Revenons à nos sources
Découverte de la synagogue, le Beit ha knesset
par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour
http://www.modia.org
Pourquoi ?
Objectivement, c'est une minorité des Juifs dans le
monde qui fréquente régulièrement la synagogue. Certes,
presque tous y vont un jour pour un mariage, presque tous pratiquent la
circoncision, beaucoup y passent le Jour du Kippour.
Et ceux qui animent les communautés et rabbins, surchargés
de tâches, pourraient facilement oublier ceux qui sont au dehors.
Ils sont la majorité. Certains ont perdu le contact avec la communauté
depuis la génération des grands parents, et n'y ont jamais
mis les pieds. Ils voudraient bien y venir mais craignent de ne pas savoir
s'y comporter. Aussi, Modia vous offre simplement une visite des lieux
pour ne plus être effrayés. Y mettre les pieds leur semble
parfois comme entrer dans un palais en ruine depuis des siècles,
ils ne font que projeter leur imaginaire intérieur, et voudraient
l'apprivoiser.

C'est tout autre chose!
Nous allons entrer dans la synagogue Hessed ve émet, rehov (rue)
Ha tséfira à Jérusalem, près de chez
moi, une synagogue sépharade ordinaire comme il y en a des milliers
et milliers.
Nous traversons le petit jardin où poussent beaucoup d'espèces
dont on aura besoin pour les fêtes, pour le loulav, ici les
branches de saules:
Dehors aussi, la plaque qui permettra de lire la bénédiction
à la lune chaque mois:

Nous entrons. Etrange, les sièges sont un peu dans tous les sens!
Cela correspond à la disposition en carré autour du sanctuaire
dans le désert, comme dans la Torah. La disposition en lignes n'est
que récente et vient de l'assimilation européenne à
ce qui s'est fait dans les églises. Mais la plupart des sépharades,
n'ayant pas eu ces pressions, restent fidèles à la disposition
traditionnelle.
Un regard vers le plafond. Ici les voutes sont belles mais, en fait,
la synagogue n'est qu'un bâtiment autour d'un rassemblement d'au
moins 10 adultes dont le nombre est nécessaire pour les prières.
C'est ce groupe qui prime, pas le bâtiment. Ensuite, chacun aime
y trouver ses repères et les ajoute, ce qui donne souvent une impression
surchargée et, à l'occasion d'événements heureux
ou tristes, on y offre tel ou tel objet. Difficile de refuser et les murs
s'encombrent souvent d'objets disparates en souvenir d'un proche important.
On le voit ici, on a voulu offrir d'avantage de lustres, après
les cristaux on a ajouté les néons.
Au centre, c'est la bama, l'estrade, d'où mène l'officiant
qui peut être n'importe quel fidèle, et d'où on lira
la Torah qui sera posée sur cette table à hauteur adéquate
pour lire. Nous voyons aussi les pupitres pour y placer le livre de prière
du 'hazane, l'animateur-délégué qui représente
la communauté. Le tapis rouge a été également
offert en souvenir d'un proche et cela est écrit en hébreu.
Il y a deux sièges ici, un pour le rabbin et un pour l'officiant
qui peut varier.

Prenons un peu de recul sous cet angle.
C'est l'angle sous lequel les femmes voient la prière depuis la
ezrate nachim, la zone des femmes. Ici elles voient la bama,
l'estrade, et donc bien la lecture de la Torah ou la prière, et
la direction du Arone ha qodech, l'armoire de la Torah.
Quand elles ferment les rideaux, quand ce n'est pas la présentation
de la Torah, les deux zones sont séparées pour les regards
afin de maintenir la concentration dans la prière. A ce moment,
la ezrate nachim se présente comme ceci, vue du côté
des hommes.
Nous avons aperçu l'armoire où sont rangés les rouleaux
de la Torah. Sachons bien que dans les siècles passés, cette
armoire, le arone ha qoddeche pouvait même être dans
une pièce à côté et ce n'est pas vers elle
que l'on se tourne en intention quand on prie, mais c'est vers la terre
d'Israël, vers Jérusalem et vers le Saint des Saints, ce qui
est symbolisé par les 3 pas que nous faisons (reportez-vous
à cette page qui développe) avant d'entrer dans
la prière dite Âmida lors des trois
prières de la journée (lien ici).
Devant le arone ha qoddeche est placé un rideau, parokhète,
par respect et par référence aux tentures du sanctuaire.
Comme on le voit, cette armoire est souvent belle et luxueuse pour mettre
en valeur la Torah et notre amour de la Torah.
Dessus, la phrase ici dit : "sache devant qui tu te tiens, devant
le Roi des rois". Mais cette phrase n'est pas obligatoire et n'a
de fonction que d'aider à nous ramener à la prière.
Approchons-nous de ce rideau et nous allons en découvrir la beauté
qui correspond à l'amour des donateurs. Tout est brodé dans
un grand luxe.
Voici de près la liste des 10 commandements.

dont nous admirons encore plus le travail.
et le haut de la broderie. Et chaque synagogue a ainsi plusieurs parokhetes,
ou rideau que l'on change suivant les occasions.
Ouvrons l'armoire de la Torah.Ce sont les trésors familiaux et
on les place ici où ils seront en sécurité, et utilisés
pour la lecture publique de la Torah le lundi, le jeudi et le Chabbate
et aux fêtes.
Chaque boitier révèle l'origine et les Achkénazes
ainsi que les Marocains ne mettent pas un boitier rigide mais une enveloppe
de tissu brodé.
Il n'est pas rare qu'il y ait une dizaines de rouleaux de Torah dans une
synagogue.
Voici quelqu'un qui l'ouvre à la bonne place pour qu'il soit prêt
lors de la lecture tout à l'heure.
Voici le boitier ouvert tel qu'on le verra lors de la lecture
et voici le texte de près, magnifique. Lettres saintes qui comprennent
les noms de D.ieu
Sur les lettres, des fioritures, les taguim, qui ont aussi des
significations.
Au dessus de la bama, l'estrade, est écrit Chiviti Hachem
lé negdi tamid (je me représente Hachém
devant moi toujours) afin de bien revenir à cette position. Et
je vous dirai que, dans cette synagogue comme dans la plupart des synagogues
séfarades que je fréquente à Jérusalem, personne
ne parle avec ses voisins lors de la prière, et on attend en silence
que tous aient terminé avant de reprendre ensemble.
Ces écritaux sont l'occasion de travaux artistiques très
variés et très beaux et imaginatifs, sans règle.
Et on aime les apporter dans la synagogue et les placer. Il faut beaucoup
de doigté aux dirigeants pour maintenir quelques espaces libres
sur les murs.
Il y a beaucoup de noms saints sur ce tableau.
Ici, un tableau indiquant les horaires de la prière le matin, à
min'ha, en semaine et le Chabbate:
Un autre tableau indique quelle est la paracha de la semaine et les variantes
du jour:
Il y a aussi des tableaux qui permettent à tous de voir ensemble
quand on est debout, par exemple celui-ci indique la prière bérikh
par laquelle on loue le Sefer Torah quand on le sort pour le lire.
Lors de la reprise de la Âmida, il y a une prière
brève que le public dit en plus de ce que dit l'officiant, c'est
Modim:
Et il y a le qaddiche qui ponctue les étapes de la prière
et qui est souvent dit par les endeuillés, debout. Un autre tableau
le leur montre clairement le texte. Tout cela peut être dans des
styles différents. Vous savez tout, ou presque, et vous voyez que
l'hébreu devient vite une langue comprise. Elle est très
simple et facile à acquérir pour ce niveau.
Ceci est le tableau qui donne les noms des fidèles décédés,
pour évoquer leur souvenir dans la prière et pour prier
pour le repos et l'élévation de leur néchama.
Un autre texte revient souvent, c'est le psaume 67 Laménatséah
et il est l'objet de l'imagination artistique des fidèles. Voyons-en
quelques exemples dans cette seule petite synagogue.
Admirez le travail graphique:
Ici, sur bois:
Ici, festival de couleurs:
et la personnalité:
Ainsi, chacun peut suivre et dire, partout où l'on se trouve.
Maintenant que vous avez vos repères, n'hésitez plus à
revenir. Chacun comprend que l'on est différents, on ne pose pas
de questions, tous sont des Juifs frères, revenant de cent pays
différents ou continuant leur exil et pérégrination.
Vous êtes chez vous. Et 9 des plus grands Sages ne peuvent pas prier
s'il manque le 10e et ce peut être un ignorant, il est aussi important
que tous les autres. C'est cela la beauté de la "synagogue",
mot qui veut dire "ensemble".
Bien entendu, on a toujours la tête couverte dans la synagogue.
On n'y entre pas et on n'en sort pas en courant, mais on fait un temps
d'arrêt, pour garder le contact avec La Présence. On y trouve
des livres des livres pour y prier et si vous ne savez pas lire l'hébreu,
personne ne vous fera de réflexion.
Explorez les différentes synagogues, elles ont chacune un charme
particulier.
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