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Les chikoukhim qui vont fonder
la famille juive
(les rencontres pour la recherche du conjoint)
par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour
http://www.modia.org
Recommandez cet
article à vos
amis, jeunes et parents!
Donnez-leur l'adresse du site ou imprimez-le et remettez-le.
Une page à lire pour tous débutants ou pour tous couples!
 

Hier soir la lune était ainsi, le 14 Av, mais ce soir le 15, pour la
fête de l'amour, elle sera pleine.
Elle nous enseigne ainsi la persévérance pour construire jusqu'à la
plénitude.
La voici, ce 15 Av, pleine comme l'amour souhaité, espéré, rêvé, réalisé,
un chidoukh continu, perpétuel dans le couple:
Voir d'abord nos
études sur l'amour, sur la
famille juive
et sur la cérémonie du mariage.
Et, après cette étude-ci
basée sur les récits de chikoukhim, testez-vous et testez
celui ou celle que vous rencontrez. Cela vous éclairera peut-être,
peut-être...
Voici la conception qui est à
la base de cette institution
et tout ce qui est dit
ici concerne également toute personne de tout âge,
engagée dans son couple ou en espérance de couple!

Dessin
de l'auteur
Voir cette page sur la
rencontre de fleurs
Le chidoukh est une institution typiquement juive. Certes,
il existe des agences matrimoniales en toute société moderne,
mais le chidoukh est autre chose.
C'est une institution très importante qui facilite les rencontres
des jeunes spécialement pour qu'ils rassemblent les conditions
les plus favorables pour constituer une famille. Et cela est encouragé
et porté par les familles et les rabbins, selon les règles
traditionnelles. Chaque milieu a ses réseaux très organisés. Cela
concerne également les adultes juifs de tous âges qui souhaitent reconstruire
un couple.
On emploie le plus souvent l'expression au pluriel, les chidoukhim,
tant -probablement- on devra faire plusieurs rencontres avant de parvenir
à trouver ou à être satisfait!
Strictement, le chidoukh est l'acte par lequel on déclare
qu'on est d'accord pour se fiancer puis se marier. Le chidoukh
est donc aussi la rencontre pour cela: on dit "j'ai un chidoukh
demain".
La situation psychologique du chidoukh
Devant les questions pratiques et psychologiques souvent posées,
et qui reviennent dans le même sens, je vais tenter de mettre un
peu d'ordre pour comprendre ce qui s'y passe dans la dynamique.
En effet, voici deux jeunes parmi beaucoup d'autres qui veulent être
heureux, se marier avec quelqu'un avec qui la vie sera heureuse et agréable
et créer une famille avec des enfants que l'on élèvera
vers le meilleur; ils espèrent et veulent vivre un véritable
amour, bâtir une famille selon les valeurs les meilleures,
et celles du judaïsme telles qu'ils les vivent maintenant.
Et, en tout cela quelle est la conception de l'autre, concorde-t'elle
avec la sienne, sont-elles compatibles.
Ils vont se demander si l'autre n'est plus un enfant, s'il est normal,
stable, fiable, sérieux, si on peut compter sur cet autre toujours,
s'il correspond
à ce que l'on attend, à ce que l'on apprécie et
aime, si on à peu près la même conception de la
vie et du type de judaïsme, s'il sera fidèle, si on aura
une vie matérielle
normale et la meilleure possible, s'il tient ses responsabilités, s'il
dit la vérité.
Tout cela est clair, évident, en principes que l'on ne voudrait
pas lâcher.
Cela vient de tout l'être, de toutes les meilleures parties de
l'être.
On veut le trouver et, pour cela, il faut le chercher.
Et pourtant, souvent on connaît déjà de nombreux
jeunes comme cela dans son environnement amical, parmi les étudiants,
parmi les familles amies; ils semblent correspondre à beaucoup de ces
critères et, pourtant, on n'a pas eu "l'étincelle".
Alors, est-ce simplement par ce que l'on se parlerait en tête
que le choix pourra se faire, ou parce qu'on serait dans le cadre
d'une agence
matrimoniale ou de chidhoukim?
Souvent on a déjà eu plusieurs fois ce type de rencontre
et il n'y a pas eu l'éblouissement; alors, comment une autre
phase, souvent peu agréable: on se demande si cela dépend
des autres ou de soi, est-on "trop difficile". La situation se complique
car il y a une pression consciente ou inconsciente
de l'entourage
en raison
de
ses souhaits
ou de
son soucis. Enfin, on ne projette pas l'incertitude sur l'entourage
mais on reconnaît
que ce problème est le sien propre.
Certains se fatiguent un peu de ces souhaits
et rencontres multiples qui n'aboutissent à rien. Faudrait-il
d'abord continuer les études, et rencontrer là-bas, ou
bien viser plus vite un travail qui donnera une autonomie financière,
fera mûrir pour affronter la vie?
Mais on se décide quand même à continuer, on va aussi
dans des rencontres plus organisées, dans des chidoukhim larges
(sessions pour nombreux jeunes autour d'un voyage, d'une soirée,
d'un thème,
d'un cours de judaïsme) et il y a toujours des propositions nouvelles
qui attirent en disant que c'est la formule miracle ou que tel rabbin
sera là et attirera des jeunes bien sous tous rapports. Et on
constate que l'incertitude reste exactement la même: la fameuse étincelle
espérée n'a pas jailli. On lutte contre la lassitude.
Et on se dit que cette fois-ci on ira en mettant ses idées plus
en ordre sur ce que l'on veut, surtout on analysera mieux ce qui se passera,
ce que l'on entendra. C'est ce que nous faisons ici.
Précisons que les chidoukhim de moins jeunes ou de personnes
plus agées, connaissant plus leur personnalité, ayant
vécu
davantage, ou ayant eu déjà un couple (séparés,
divorcés, veuvage), sont un peu différents: ces situations
précédentes ont éclairé un peu plus sur
la psychologie de la cohabitation, de l'amour, sur les écueils à
éviter surtout pour mieux réussir dans la relation, dans
l'amour, et on a compris aussi qu'on ne pourra pas supporter tel défaut,
ou qu'on a été naïf ou trompé sur tel point;
ou que la différence d'âge est importante ou peu importante
pour soi. Mais, finalement, en amour, chacun reste un jeune ou une
jeune
qui espère le bonheur et l'amour. Aussi restons-en à nommer
cela pour tous: le chidoukh entre
jeunes.
La conception juive du mariage
La conception juive est que le mariage se fait entre Juifs en raison de
la responsabilité du peuple de porter la Torah et d'élever
les enfants dans la connaissance de la Torah et dans une famille qui est
le lieu privilégié de sa vie.
Mais le début de la Torah qui crée Adam puis le couple apporte
un élément bien particulier. De l'image initiale double
nommée Adam, une part a été tirée et séparée
et la femme en a été créée. Il y aurait donc
une nostalgie de cet état d'union mais aussi un besoin de retrouver
celui ou celle avec qui on a constitué ce couple unique réel
qui est notre existence fondamentale. Il ne s'agit donc pas du tout comme
le font beaucoup de jeunes aujourd'hui d'aller avec n'importe qui et de
vivre les relations sexuelles ou de bien s'entendre, d'avoir quelqu'un
dans sa vie (un ou un autre) et vivre quelque temps ensemble, puis éventuellement
de confirmer par un mariage quand il y a des enfants.
Le chidoukh juif est une recherche des affinités, et une
sorte de reconnaissance de ces affinités pour réussir
à construire. Donc, on se questionne, on se découvre sur
ce que l'on est dans un échange
direct, rapide, sur tous les plans. Puis on réfléchit,
on se revoit, etc.
Pour faciliter, des amis ou parents ou professionnels, nommés chadkhanim,
facilitent les rencontres entre personnes que l'on pense proches sur
plusieurs
points. Ce mot vient de la même racine que le chidoukh.
On dit un chadkhane, des chadkhanim, une chadkhanite,
des chadkhanotes; et l'occupation ou la fonction est la chadkhanoute.
L'action, c'est léchadékh. Un tel chidékh
("organisa" la rencontre qui a marché) entre David et
Yaël.
Par extention, on parle d'un chidoukh entre deux organisations
qui fusionnent.
Le Talmud confirme cette conception basée sur la Création.
En effet, lisez le début du Traité Qédochim 2b
ou Nidda 31b et l'insistance est même mise sur le fait que l'homme
cherche plus sa part manquante. On dit: "darko chel ich la'hazor,
c'est la voie naturelle de l'homme de re-chercher". Et le terme
araméen
a la même racine que le mot hébraïque qui veut dire:
revenir.
Autre enseignement de base dans la culture juive: cette
Création
suivie d'une dispersion dans le temps et dans l'espace fait que rien
n'est plus difficile que de réunir ces deux êtres dispersés
(Début du Traité Sota), en même temps qu'il y a
la certitude que lors de la conception une voix dit "untel est
pour une telle". Mais nous ne l'entendons pas, hélas. Il
s'ensuit la recherche incessante, confuse, incertaine. Et la nécessité
de la faciliter, de l'organiser.
Nous développerons, si D. veut, plus longuement ces questions,
pour en rester aujourd'hui sur l'expérience des jeunes qui ne savent
pas toujours quoi demander, quoi rechercher, et surtout comment donner
ou non de l'importance aux points exprimés, ni comment interpréter
les réponses en fonction du but visé.
Certes, il faut bien être conscient que la parole ne repose pas
toujours sur une bonne connaissance de soi, qu'il peut y avoir le besoin
de plaire, ou de se camoufler inconsciemment, qu'une personnalité
évoluera ensuite et peut se révéler différente
à l'autre ou à soi-même, que certains ne sont pas
vrais dans leur parole.
Point capital dans
un chidoukh bien avancé.
Souvent, certains parlent de leurs désirs et de leurs qualités
et oublient de parler de leurs défauts. Or, c'est très important
car on se marie souvent à partir de ce qui plait, mais ce n'est pas pour
cela que l'on se sépare ensuite. On se sépare à cause de
ce qui déplait et qui est insupportable réellement. Il est donc
important de l'examiner pour se demander si les défauts de l'un sont supportables
pour l'autre, afin de prendre des décisions en conséquence et en étant
prévenus. On peut alors se tester dans plusieurs rencontres.
Il serait sage que les deux personnes aient éclairci ces deux points pour
en échanger:
1- quels sont les qualités et défauts qui m'ont été reconnus
aux différents âges et qui ont été appréciées
ou reprochés.
2- quels sont les comportements que je ne supporte pas et qui m'ont causé souvent
des problèmes dans la continuité de mes relations.
S'ils échangent sur ces points, il y a de grandes chances pour que les
deux partenaires du chidoukh découvrent alors qu'ils sont incompatibles,
si c'est le cas. Mieux vaut avoir recherché cette prise de conscience
que de tomber dans le drame fatal en le découvrant après le mariage
comme une incompatibilité absolue.
|
Je vais donner ici une grille qui permet un peu de comprendre comment
l'autre se situe; cela est très important car la façon dont
il choisira de se présenter, c'est l'univers dans lequel il vit
et voudra vivre.
Cet univers est le rapport du rêve et de la réalité.
Les deux sont essentiels et la part que l'on fait à chacun est
capitale dans la façon de vivre le couple. Il faudra voir si ce
sont des univers communs ou compatibles.
Il faudra tester aussi dans quelle mesure ce rapport de rêve et
de réalité de chacun est capable de faire une place à celui
de l'autre.
Cela se manifeste dans l'écoute lors de la rencontre, si l'autre
comprend ce que l'on dit, mais aussi dans la preuve donnée par
l'existence que l'on a déjà traversée, si on a
partagé
notre idéal avec les autres, si on a manifesté cet idéal
dans l'existence.
Il ne faut donc pas voir seulement les détails séparément
mais comprendre ce panorama d'ensemble.
Il est important de découvrir les critères
de choix de chacun, et voir ce que soi ou l'autre cherchent derrière
l'exposé de ce que l'on aime concrétement et du projet.
Derrière la description de soi et de ses projets et attentes:
- il y a ceux qui cherchent n'importe qui pour qu'il ou pour qu'elle
joue
un rôle dans le rêve enfantin (j'ai toujours rêvé
d'un homme comme... ou d'une femme comme... que j'aimerais, qui m'aimerait,
qui serait beau ou belle, etc.) Et il n'est pas rare qu'il y ait
une sorte de concours de vitesse entre les copines pour réaliser
ce rêve, avec la cérémonie, la robe, etc. La personne
n'a guère d'importance, elle est un objet répondant à
une envie de vivre concrètement et vite un rêve enfantin.
Quand il ou elle l'explique, c'est cela qui sort. Et ensuite, on dit:
il est exactement comme je l'avais imaginé. Il
est alors évident
que l'autre n'a pas été découvert dans sa réalité,
on a projeté, c'est tout; et la déconvenue sera grande,
et vue comme une chute brutale, ou une tromperie de la part de l'autre.
- il y a ceux qui cherchent n'importe qui pour remplir un autre rôle
précis dans leur rêve: c'est le besoin d'acquérir
une certaine situation sociale et sa garantie (un dentiste, un
avocat, un étudiant
de la Torah, quelqu'un de tel âge, un blond ou un brun, un israélien
ou un francophone, etc.). La personne n'a pas beaucoup d'importance,
elle est un objet formel répondant à un besoin fantasmé,
inconsciemment elle doit seulement répondre à ces critères.
Peu ou pas d'intériorité, de besoin d'amour, de qédoucha
en tout cela. C'est extérieur. D'autres voient aussi, en ce
sens, le mariage comme l'accomplissement nécessaire et rapide
et obligatoire d'exigences de la Torah et ils veulent vite régulariser
cette situation, pensant que le plus important c'est cette "régularisation" et
que, grosso modo, les bonnes personnes sont interchangeables. Attention,
il n'est pas rare que certains conseillers ou rabbins bien intentionnés
qui aiment marier les gens, aient cette conception. Le regard réciproque
sera ensuite absent dans le couple, il faut le savoir. Beaucoup de
personnes
vivent
comme
cela "en
bonne compagnie".
Et quand une vraie rencontre d'amour se fera par surprise, alors bonjour
les dégâts. Et ces conseillers-là disparaîtront comme par
enchantement et n'assureront pas le service après-vente. Il y aura les
psychologues pour cela.
- il y a ceux qui cherchent n'importe qui pour remplir le rôle
de médicament contre la solitude, contre l'absence de sentiments
ou de vie sexuelle, ou pour régulariser la santé, ou la
tranquillité dans l'existence, ou pour quitter l'ennui, ou les
parents. La personne n'a guère d'importance non plus, elle
est un objet interchangeable répondant comme le remède à
une maladie, elle n'est qu'un médicament. Et quand l'autre personne
se révèlera, une fois la maladie passée après
le changement d'état, on sera devant une situation totalement imprévue
et devant une relation non voulue. Et envie de vivre ailleurs un véritable
amour.
photo de l'auteur
"Ô Ciel, si tu pouvais me donner le visage de Celui (de Celle) que
j'aimerai et que Tu m'as destiné.
Je l'ai déjà tant imaginé et je ne l'ai jamais rencontré.
Je continuerai à le rêver.
Et quand les oiseaux arrivent de si loin, je me dis qu'il m'apportent
sa lettre ce matin.
Et quand cet avion commença à écrire dans le ciel,
j'ai cru qu'il me donnerait son nom.
Il n'a dessiné qu'un ballon, mais peut-être voit-il (voit-elle)
en même
temps que moi ce rond.
Ou peut-être était-il dans l'avion... Et il m'a dessiné
la bague de nos fiançailles...
Mon amour pour lui sera aussi grand que le ciel sera toujours bleu et
blanc."
Je ne dis certainement pas que ces rêves
sont à condamner ou que ce sont des erreurs.
En effet, toute vie et toute relation et toute création sont
d'abord bâties sur des rêves, sur l'imagination enfantine,
ou l'imagination plus sociale, sur des compensations aussi. Et les
rêves
sont 1/60e de la prophétie. Nos Sages nous disent qu'il faut non
seulement les interpréter mais aussi beaucoup les trier car il
y a dedans le meilleur et l'inutile. Mais surtout, chacun peut leur
donner
des sens
importants mais divers et multiples (Traité Bérakhote 55...).
Beaucoup de gens ne cherchent rien d'autre que réaliser le rêve
socialement banal et commun dans la vie, pas le leur personnel, et vivent
bien en couple "social" ainsi toute
leur vie. Et si cela leur convient, pourquoi pas! S'ils partagent
cette même conception du couple (et j'en ai vu beaucoup de bons
couples bourgeois de ce type, et ils me le disent), ils peuvent passer
toute leur vie ensemble sans problèmes car ils ne voient rien
de plus ni d'autre dans la vie de couple: une conception utilitaire
comme on a un appartement ou une télé. Ils ont la tranquillité,
ne cherchent pas des histoires. Ils peuvent même aimer l'autre
simplement d'être cela et de procurer cela. La question alors
est seulement: nos deux solitudes parallèles sont-elles compatibles?
Sont-elles compatibles de façon pacifique et agréable?
Il y a donc à tester ce point, mais rien de plus. Et essayer de
deviner si ces deux bulles sont perméables ou non. Si on en a
le souhait ou non.Et combien de temps on passera sur ce point ou non.
En
effet,
beaucoup
de gens sont
déterminés à ne pas investir du tout dans "l'ajustement";
ils disent ensuite: "je t'avais dit et montré exactement
comment j'étais, ce que je voulais, j'ai été clair
et honnête
et maintenant tu remets en question". Ce point est capital pour
l'avenir.
Et pourtant! Il y a plus.
Mais il reste que nous sommes
aujourd'hui dans des sociétés
mobiles, où les rencontres sont multiples et proches dans
la vie sociale et professionnelle. Le couple doit donc aussi être
solide par le lien de la compréhension, de l'estime, de l'amour,
et pour les Juifs par une vie intérieure dans la Torah.
Il faut aussi découvrir si l'autre est capable d'écouter,
ce qui est la première qualité puisque nous disons sans cesse ce
commandement "Ecoute Israël!". C'est à dire, comme était
le titre de mon premier livre: "Ecouter le rêve" de l'autre,
aimer le découvrir, savoir passer du temps à s'intéresser à l'autre, à chercher à le
comprendre, mais aussi écouter son propre rêve. Etre capable d'échanger
sur nos rêves, et d'apprendre de l'autre.
Capacité de partager, en donnant mais aussi en prenant
sa part dans la résolution des tâches et soucis.
Capacité de patience, de tolérer les défauts
de l'autre ou des situations sans y voir un cauchemar, sans
en faire un cauchemar dans l'humeur.
Capacité de mise en question de soi, d'évolution.
En effet, y a-t'il la volonté que ce soit un "amour-toujours" ou
non. En effet, il faudra beaucoup d'ajustement car chacun ne se
sera pas révélé avec exactitude, et surtout
chacun évoluera.
Il faut beaucoup de modestie et de courage volontaire et d'honneteté pour
tout cela.
Ensuite, l'amour des couleurs intérieures de l'autre à partir
de leur correspondance à nos propres couleurs sera la cerise sur le
gâteau. Mais un amour ou une relation agréable sans ces qualités
ne tiendraient pas longtemps.
|
C'est sur cette base générale que les intérêts
dans la vie, ou sur le style de vie peuvent aussi compter. Il est
clair que si, par exemple, l'un déteste la musique hassidique
et ne peut entendre que de la musique orientale (ou inversement),
cela démontre une différence infranchissable, et une
ouverture sur soi exclusivement, une fermeture totale à autrui.
Et une incompatibilité
entre ces deux limités à un monde étroit et différent.
De même si le champ des intérêts est constamment
large chez l'un ou étroit chez l'autre. La conscience, large
ou étroite,
abstraite ou intérieure, des dimensions du judaïsme dans
la vie sociale et l'histoire sont à situer dans ces lignes pour
la capacité de les vivre ensemble.
Enfin, tout cela étant dit, arrive l'essentiel:
1. Y a-t'il une capacité d'amour, comment a t'elle été
manifestée dans la vie? Quel amour? Calme, intense, tumultueux?
2. Y a-t'il une capacité de vivre l'intériorité de
la Torah, l'amour, la rencontre, la relation qui y est avec Hachém,
ou est-ce vu de façon formelle, n'allant guère plus loin
que la nécessité d'aller au club de gymnatique régulièrement.
L'étude est-elle cérébrale ou celle du coeur? Les
mots de la prière sont-ils des rencontres ou des pages à
tourner et rapidement? Si on ne se rencontre pas à ces niveaux,
si on ne se comprend pas à ces niveaux, la satisfaction commune
sera faible.La dimension de l'amour humain est-elle ou non insérée
dans la dimension immense, puissante et présente de la vie divine
qui en serait la source?
3. C'est tout cet ensemble qui se traduit, finalement, dans la position
envers les enfants; si non les enfants sont vus seulement comme nous
le
disions plus haut (rêve pour ou contre, médicament, rôle
social). Y a t'il la volonté de soumettre tout le rêve ou
le souhait ou le projet à la dimension de réalité?
Si oui, on comprend comment on situe les enfants.
4. Y a t'il l'humour, la gaité, la joie qui élèvent
toute question hors des problèmes?
5. Y a t'il la volonté des deux côtés de porter l'autre
s'il vient à flancher, s'il est en difficulté, avec patience
et amour? Ou est-il incapable et "fait toujours des histoires".
Car cela se posera.
S'il n'y a pas accord (comme on parle d'un accord en musique) entre
les deux sur ces dimensions, alors chacun vivra un désert bien
solitaire et bien triste, tout en étant chacun de très bonnes
personnes. La non compréhension de ce qui est essentiel tournera
en frustration continue. Et la frustration tourne ensuite en agressions
réciproques.
On voit qu'on est loin des annonces matrimoniales du type: "1,75, beau,
musclé,
médecin, cherche compagne pour sorties ou plus, sérieux".
Il ressort aussi de là que la connaissance prend du temps, pour
se connaître soi-même, pour apprendre à se communiquer,
pour écouter, pour comprendre ce que cela dit vraiment, pour s'interroger,
pour se construire ensemble en une nouvelle unité.
Vous direz: mais pourtant, avec tout cela, beaucoup ne parviennent pas à vivre
ensemble!
Revenez au début, nos textes le disent bien: former le vrai couple
est plus difficile pour D. Lui-même que séparer les eaux
de la Mer Rouge. Est-ce lui, est elle? C'est le réalisme de l'humour
juif!
Lisez les vies des Patriarches et Matriarches et méditez.
Et surtout l'admirable parole d'Avraham à Sarah sur sa découverte
progressive:
Un exemple : le respect de la découverte dans le couple
C'est un exemple de délicatesse avançant avec précaution,
de respect absolu, de considération, d'autonomie de chacun ; il
lui dit :
vayomér el-Saraï ichto hiné na yadâti ki
icha yéfate mareé ate
"et il dit à Saraï sa femme: voici, je te prie, j'ai connu
que
femme belle à voir toi (ate)".

Regardez bien le déroulement des étapes basées sur
tellement d'attention: "1.et il dit 2. à Saraï 3. sa femme:
4. voici, 5. je te prie, 6. j'ai connu que 7. femme 8.belle à voir
9. toi".
Qu'il y ait toutes ces qualités dans les couples et que cela commence
dans les chidoukhim.
C'est l'émergence du respect et du "tu" dans l'histoire et
dans le couple. Avraham dit avec une lente précaution à
son épouse : "ate, toi", je sais maintenant que tu es cela
"toi", "cela" qui peut se dire en hébreu par la première
et par la dernière lettre qui ensèrent tout l'alphabet comme
la circoncision : aleph-tav, "ate"; ce qui veut dire, s'il est
possible de la formuler ainsi, "avec respect je te connais du début
à la fin et je te respecte en toutes tes dimensions et c'est
cela que je choisis pour constituer le mot "ate" ("toi") que j'utiliserai
désormais pour te nommer et te parler". (Un conseil: lire L'exil
de la parole, de André Neher, Seuil, Paris, pour acquérir
cette sensibilité aux mots dans la Torah).
L'humanité est loin de ce respect prononcé il y a presque
4000 ans :
- elle n'a guère conscience de cette relation au Créateur
dans le regard sur l'autre,
- partout dans le monde, la relation de l'homme à la femme (qui
symbolise le mieux la relation à l'autre-différent) est
d'une violence, d'un mépris sarcastistique et d'usage, d'une suffisance,
d'une grossièreté, d'une utilisation et d'un sadisme sexuel,
psychologique et social qui font frémir et qui font souffrir tant
de femmes. Et la civilisation de consommation nous pousse vers le
superficiel, il n'y a qu'à voir ce qui est fait parfois des mariages
qui ne sont que des concours de richesses extérieures et de paillettes
et de bruit; l'intériorité est impossible et n'a pas place.
Mais bien souvent tout est réussi, et les amis et les familles
y contribuent.
Rien n'est plus beau que ce bonheur, que ces rêves, que construire
ces vies, que de réaliser ce qui est à l'image directe de
l'union d'amour entre le Créateur et son peuple créé.
Rien n'est plus important pour Lui aussi. C'est pour cela qu'Il a créé
l'homme et la femme. Il y a encore beaucoup à étudier...
Dessin
de l'auteur
La maturité
Un mariage ne tiendra pas ou sera un cauchemar si l'un des deux n'a pas
de maturité. A fortiori, si les deux ne l'ont pas atteinte.
De quelle maturité parle-t'on?
- Pendant notre enfance, nous avons été modelé
inévitablement par l'éducation des parents et du milieu,
et la véritable personnalité n'a pas émergé.
Certes le judaïsme dit d'élever l'enfant "léfi
darko,
selon son propre chemin à lui". Mais, même si les parents
le comprennent ainsi, ils ne peuvent vraiment y parvenir car la personnalité
de l'enfant n'a émergé que très partiellement. Donc,
même s'ils le font, le problème n'est pas encore résolu.
L'enfance doit donner les valeurs de base (parmi lesquelles la Torah),
le sens de la réciprocité, l'attention à autrui
et développer les apprentissages et la personnalité.
- L'adolescence est la phase de transition: une révolte
partielle, un culte du moi que l'on découvre, un entrainement à
la vie sociale mais très partiel car on ne parvient à le
faire que parmi les semblables, et sans capacité financière
et matérielle d'autonomie.
- La phase de jeune adulte est celle de la recherche des dimensions
sociales correspondant à la fois à la véritable personnalité
qui émerge, aux capacités personnelles d'autonomie, aux
dimensions de réalité, à l'auto-responsabilité.
C'est surtout la phase du tri entre le moi fait dans les étapes
antérieures et le moi véritable. Et on s'aperçoit
alors de nombreuses erreurs adoptées soit par nous-mêmes
et par des modèles étrangers que nous avons adoptés,
soit par une éducation, soit par des blocages ou vulnérabilités
dans les phases premières de l'amour enfantin.Et cela pose de nombreux
problèmes et parasite les relations, malgré toute la bonne
volonté.
Je dis tout cela pour bien découvrir que le désir d'aimer
et d'être aimé, et de fonder un couple et une famille arrivent
avant que toute cette évolution soit achevée. D'ailleurs,
elle ne sera jamais achevée.
Il y a alors ceux qui vivent en faisant de toutes ces influences et phases
un oripeau ostentatoire qui les camoufle et où on ne sait plus
qui ils sont ni où ils sont:

Il y a ceux qui simplifient et se comportent comme des chiens, ramenant
la vie d'amour envers l'autre sexe aux actes avec n'importe qui rencontré.
Il y a ceux qui voient la complexité et refusent le contact par
crainte.
Il y a la majorité qui recherche au milieu de cette trajectoire
vers la maturité. Le judaïsme a un excellent concept: la chélémoute,
qui indique que l'on n'arrive que très progressivement vers la
paix, le chalom. D'ici là, regarde la lumière de
loin, et avance.
La conclusion est claire:
il faut se situer soi-même
dans ce parcours d'évolution,
et essayer de situer ce que l'autre
dit de soi et montre de soi dans ce parcours.
Si vous êtes quelqu'un qui réfléchit et a un sens moral et
psychologique, vous ne pouvez envisager un mariage qu'avec quelqu'un qui se situe
soi-même sur tous ces plans et qui veut continuer à travailler sur
soi, cela veut dire prendre conscience de ce qu'il fait continuellement, et s'améliorer,
et écouter ce que l'entourage dit de lui pour en apprendre, pour trier, être
responsable.
|
Et arrive une autre question importante. De
combien de personnes faut-il tenir compte dans un chidoukh?Je
veux dire: combien de personnes a-t'on intériosées
en soi et dont il faut tenir compte?
De soi-même? Certes, et la rencontre se passe entre ces
deux soi-mêmes.
Mais il y a aussi l'autre partenaire essentiel: le Créateur.
Si on ne vit pas en se reliant à ce pôle, c'est comme un
navigateur aveugle ou qui ne voit pas les étoiles, ne sent pas
le vent et n'est pas relié à une tour de pilotage. D'autant
que le Créateur a réellement créé les êtres
en une unité. Mais elle n'est pas simpliste, car le judaïsme
pense aussi que plusieurs personnes peuvent appartenir à la même "néchama" (âme, ou être essentiel).
Un Juif ou une Juive doivent donc aussi avancer dans la connaissance du
Créateur par Sa Torah, par la prière de rencontre.
Ensuite, chacun a intériorisé fortement ses parents,
que l'on s'entende bien ou mal avec eux, ils sont une partie du moi, à
la fois en identification et en différence, mais toujours en référence
interne. Il importe donc de ne pas confondre autrui avec ses parents (d'ailleurs
chaque enfant est différent des autres dans la même famille)
mais aussi de comprendre ce qui caractérise les parents car cela
ressurgira inévitablement dans la relation de couple, dans le modèle
d'imitation, dans les réactions que l'on a vues lors des difficultés
de vie quotidienne ou de couple.
Ensuite, la relation de couple est une relation fraternelle également;
et, ce que nous venons de dire des parents intériorisés
en nous, joue aussi concernant les frères et soeurs. Et toutes
les dynamiques d'amour, de réactions aux difficultés
vont ressurgir comme modèle spontané que l'on projettera
sur le conjoint, sans même en avoir conscience.
Ajoutons aussi: comment nous avons vu les enfants dans la famille ou
l'enfant que nous avons été. Et cela joue sur le lien
non conscient que nous avons déjà envers les enfants à venir,
ou dans notre orientation vers la construction d'une famille.
Cela fait beaucoup de personnages qui sont
présents
dans le chidoukh:
comptez-le, en tenant compte des deux partenaires.
Ajoutons encore, la conception du chadkhane ou de la chadkhanite ou
des rabbins qui penseront que leur expérience a la bonne clef
pour notre avenir. Et des amis qui influencent aussi.
C'est n'avoir rien compris que de penser que l'amour ne se joue qu'entre
deux personnes, en seul duo. Et beaucoup, même n'atteignent pas
véritablement le duo, comme nous l'avons vu au début lorsque
chacun est enfermé dans son rêve.
Il faut donc être capable avant tout d'être
conscient de tout
cela envers soi-même et envers l'autre lors de la rencontre,
ou quand on réfléchira sur tout ce que l'on a entendu
après
s'être rencontrés.
Le mots et les attitudes ne sont pas
seulement ce que l'on a dit, mais ils dévoilent aussi tous
ces personnages intérieurs qui sont sur la scène en même
temps que le moi véritable. Vous me direz: "mais c'est
l'arche de Noé!". Peut-être, et vous découvrez
que l'arche de Noé nous a été communiqué pour
en tirer des leçons.
Certes, la rencontre ne peut pas être une séance de tests
sur toutes ces dimensions mais, pour bâtir un couple qui se développera
bien, dans le bonheur, la compréhension et l'amour, dans l'estime,
dans la durée, tout cela doit être pris en considération.
Peu à peu. Patience!
Il va de soi que ce moment du
chiddoukh est, en fait, un rite aussi important que la bar-mitsva
(rite qui n'est pas inscrit non plus dans la Torah mais est sage), et
qui doit nous mettre devant ceci:
1. où en suis-je dans ma découverte de moi, au milieu de
tous ces personnages qui m'ont fait ou ont voulu me faire selon leur image
(début de notre étude),
2. où en suis-je dans ma construction de moi à travers toutes
les étapes que j'ai franchies, ai-je découvert et stabilisé
mon être (passage de l'étude sur ces étapes, plus
loin).
3. ces mêmes questions ont à se poser à toute personne
de tout âge, engagée dans son couple ou en espérance
de couple.
Ce n'est donc pas, contrairement à la présentation habituelle,
aller au meilleur Grand magasin et revenir avec un achat dans un beau
paquet qu'est la cérémonie du mariage. Hélas, beaucoup
rêvent de se comporter ainsi avant le mariage et jusqu'au mariage.
Moi-moi-moi et ne rien voir de toi comme les trois petits singes: ne rien
voir de la réalité mais acheter vite un beau rêve
complètement imaginaire et, surtout, complètement solitaire.
"mizaru, iwazaru, kikazaru" en japonais, ce qui veut dire: ne
rien voir, ne rien entendre, ne rien dire, sont mes trois vérités.
On peut vivre cela dans des styles très différents: le classique
bourgeois bien installé dans ses beaux meubles, cossu et maniaque:
Seulement marié(e) avec mon rêve et tu me permets de le
réaliser. Point
final, et inconscient en plus.
Ou le jeune moderne ikea qui se croit simple et innocent, donc parfait:
ou encore la belle fleur qui ne se voit aucun reproche tant elle est pure
et vierge:
ou l'artiste cultivé et raffiné qui aime avant tout sa
prison y compris l'art de Nikko au Japon
ou l'étudiant habillé de noir et intellectuel brillant, perdu
dans sa mission,
et qui n'a pas le temps sur terre de voir, d'entendre et d'écouter
celle qui bosse à la maison
Chacun doit s'examiner au même degré.
Le duo du couple est autre chose.C'est
le "ate", aleph-tav,
toi. Extrêmes dans la différence mais proches et unis en
un baiser: TOI.
Où le commencement (aleph) réfère à la
source divine. Et la fin (tav) à l'aboutissement de tout
le programme.
Encore une fois, vous me direz: oui, mais tant ont agi dans cette bonne
direction du couple véritable, et ils n'ont pas réussi
ensemble.
Je réponds: "exact, mais ne pas comprendre tout cela est aller
sûrement
à l'échec rapide, qu'il se termine par un divorce ou par
une vie de solitude affreuse, ou par une vie de cauchemar pour ceux qui
n'ont jamais la force de se prendre en mains.
Le comprendre ne dispensera pas de tout le travail qu'il y aura à
faire sur soi-même et ensemble, même avec le conjoint le
plus adapté et le plus merveilleux. Mais, alors, on pourra réussir".
L'obstacle de la "fixation" (qibaône, en hébreu)
Il y a aussi ce cas fréquent, concernant le point suivant:
beaucoup rencontrent la personne qui correspond vraiment par tout cela à ce que l'on est (et on pense alors que l'on a rencontré
celui ou celle que le Créateur a créé en un seul
être avec soi-même), et on refuse de faire le pas simplement
parce que cela ne correspond pas au modèle que l'on avait imaginé.
Cela veut dire: il ou elle ne correspond pas au modèle enfantin
du rêve intérieur, au modèle que les parents représentent,
ou au modèle admis dans la société adolescente des
semblables.
Alors, notre cas est grave et il est urgent de décider d'aller
réaliser un travail personnel sur soi en psychothérapie
car nous venons de découvrir
que nous ne nous développons pas et restons fixé, rivé, à
du passé. Et nous venons de prendre conscience que toute notre
vie est bloquée
concernant l'essentiel.
Beaucoup traverseront ainsi toute la vie, sans
atteindre
leur véritable
moi personnel, a fortiori sans être capables de rencontrer le
complément
quand il passera et quand ils le découvriront.
Souvent même, l'entourage est complice de cette fixation et enrage
quand le complément véritable de l'autre apparaît. On
connaît
cette histoire qui l'exprime parfaitement:
un jeune a rencontré l'amie parfaite avec qui il veut vivre. Il
dit à sa mère (ou à son père): j'ai trouvé
celle avec qui je veux faire ma vie et j'ai une bonne idée, je
vais inviter 7-8 de mes amies à un repas à la maison et
tu devras découvrir laquelle c'est.
L'idée semble superbe à sa mère (ou à son
père) et le repas se déroule. La maman (ou le papa) va à
la cuisine et le fils la suit: "alors as-tu deviné? -Oui,
c'est Sarah. -Exactement, mais comment as-tu deviné si bien? -C'est
celle que j'ai détestée tout de suite".
L'histoire semble horrible ou comique et elle n'est pas du tout à
prendre comme une critique envers les parents juifs. Elle montre simplement,
comme un rêve qui nous révèle, que ce jeune est emberlificoté
dans sa double relation parents-épouse. Il doit étudier
et régler ce problème d'urgence.
Aujourd'hui, des baté dine (tribunaux rabbiniques) en Israël
et dans de nombreux pays comme celui du Consistoire de Paris offrent
un service
aux époux qui veulent divorcer, celui de rencontrer leur service
psychologique. Mais il est préférable de se former sur
tous ces points de la maturité, de l'écoute, etc. avant
de commencer et non pas après le désastre.
Comment gérer la tendance à l'auto-destruction.
En particulier, il faut savoir ceci:
chaque individu au monde a une tendance plus forte que la tendance au
bonheur, j'ai appris cela en plus de trente
ans de carrière
de psychologue, psychothérapeute et psychanalyste en connaissant
profondément des centaines et centaines de vies dans leur plus
grande intimité. C'est la tendance à l'auto-destruction.
Nous l'ignorons toujours, nous attribuons toujours les ennuis aux autres;
et nous camouflons cette tendance que l'on voit particulièrement
se manifester avec force quand nous avons atteint un bonheur.
Pour le comprendre, il suffit d'observer ce qui se passe chez les hommes
politiques qui ont oeuvré très difficilement pour réussir
et atteignent enfin le sommet. On pourrait croire qu'ils vont gérer
leur bonheur, non, la plupart agissent alors pour le détruire
en un an ou deux au plus; il y a très peu d'exceptions. Cela
nous montre ce que l'on fait quand le bonheur que l'on désire
le plus est à notre portée. Les mères connaissent
bien la tristesse qui les envahit à la naissance de leur bébé
alors qu'elles attendaient ce moment comme une joie immense. Application:
bien souvent le Ciel apporte la rencontre; l'unité imprévue
mais souhaitée par tous les rêves est là, et on
la refuse; ou bien, on l'accepte et on commence insidieusement toute
une statégie
camouflée pour mettre en oeuvre le ver dans le fruit qui pourrira
l'ensemble.
Une fois que l'on sait que c'est une caractéristique NORMALE de la psychologie humaine, on passera au crible nos comportements
non pas pour éviter cela (c'est inévitable) mais pour le
contrôler et le corriger vite, et à répétition,
car la tendance sera très dure à modifier.
Une autre forme de cette tendance est de rejeter autrui pour les 20%
de défauts qu'il a et oublier les 80% magnifiques. Et de jouer
la déception, les reproches, l'injustice. Or, on sait très
bien que, sur notre terre, aucun être humain n'a 100% de perfection;
nos textes disent que le plus grand tsaddiq pèche réellement
7 fois par jour. Donc, quand cela se manifeste, il est ABSOLUMENT incorrect
(lo fair, dit-on en hébreu!) de commencer tout un cirque
dans lequel on serait déçu, trompé, agressé,
on interprète les qualités comme des camouflages et mensonges,
et que l'on a découvert que la personne finalement vous veut
du mal et ne pense qu'à soi. Certes, il y a quand même
des personnes qui sont vraiment méchantes, menteuses, perverses,
mais cela est rare.
Il faut donc parvenir à travailler sur nous psychologiquement aussi
sur ce point supplémentaire: découvrir, certes, les 20%
de défauts, mais les laisser à leur place de 20% sans abimer
les 80% de qualités qui nous rendent heureux et qui rendent heureux
notre partenaire quand il voit notre regard bon.
Cette attitude s'appelle "ra'hamim" que l'on
traduit mal par miséricorde, je n'ai pas trouvé meilleure traduction
non plus. En effet, comme dans la progression de la bénédiction
exprimée par l'ordre des séfirotes, on passe d'abord
par la bonté et la découverte du bonheur ('héssed) puis par le dine (la
rigueur dure et implacable qui est né-cé-ssai-re,
mais qui tue tout si c'est elle qui gouverne) qui correspond aux 20%;
et enfin on parvient à l'attitude équilibrée de
ra'hamim qui connait en 'héssed les 80% de bonté,
et qui connait en dine les 20% de rigueur terrible mais laisse
chaque proportion à sa place en les séparant bien, et en
parvenant à donner la priorité au bon. C'est ra'hamim,
sans lequel il n'est pas possible de vivre. Il faut travailler beaucoup
aussi envers soi-même pour nous aimer ainsi, en séparant
nos qualités et défauts; si nous sommes en colère
ou déprimés, ou malheureux, c'est le signe clair et
net que nous n'avons pas acquis cette conscience de 'héssed-dine-ra'hamim,
non seulement envers autrui mais, pire encore, envers nous-même.
Si nous avons compris cela, alors la relation à nous-même
et aux autres va changer. Et nous allons maintenant vers la capacité
de vivre dans le bonheur. Bonheur avec nous-même et bonheur avec
les autres. La sagesse populaire appelle cela: savoir regarder le
demi-verre plein, et non pas le demi-verre vide.
Voici un exemple antique de la capacité de se détruire au
lieu d'écouter et de découvrir l'autre dans sa différence
qui est probablement richesse inouïe:
A l'âge des cavernes: "quand arrêteras-tu de perdre ton
temps avec cette science fiction qui n'a aucun sens et te mettras-tu un
peu à t'affronter à la réalité?". Sans
commentaires. C'est ainsi qu'on perd des siècles! Un autre caricaturiste
avait croqué un homme des cavernes essayant péniblement
de dessiner des formes diverses (cornes, bison, etc) et avait aussi écrit
E=mc2. Et il est parti en disant: "aujourd'hui, je n'ai aucune inspiration".
Aimer découvrir l'autre, même à son insu, tout est
là.
Comment organiser notre travail pour améliorer?
Le mieux est de faire ce travail psychologique sur nous-même avant
même le chidoukh, et de le continuer continuellement, pour
se découvrir en réfléchissant, et pour rectifier
sans attendre que les choses explosent dans un contexte émotionnel
incontrôlable et douloureux. Il faut voir la nécessité
de cette interrogation sur soi comme l'huile nécessaire à
mettre dans un moteur, comme ce qui est normal et nécessaire.
Surtout aujourd'hui, où nous ne sommes plus dans une société
stable où les modèles de vie règlent tout sur chacun.
Le chidoukh est alors simplement un moment parmi d'autres de la construction
de soi pour chacun des deux partenaires et non pas un drame.
Conclusion
Si chacun des deux membres d'un couple fait cela (c'est
la condition de base),
ou si parfois on se questionne ensemble devant quelqu'un quand une apparence
de problème surgit ou quand on voit que nos fixations sont trop fortes
et posent des problèmes dans nos relations de couple, ou que notre
prise de conscience est trop laborieuse, ou que notre amélioration
ne parvient pas à se réaliser,
alors le moteur tournera bien si la personne rencontrée est celle
qui nous convient. Mazal tov, dit-on lors des mariages,
mais le bonheur n'est pas une question seulement de mazal,
de sort prévu à l'avance.
Il va de soi que cette aide doit être compétente et formée
sur le plan psychologique, et savoir garder la distance. Elle joue un
rôle de miroir, d'écoute bienveillante et aide dans l'analyse.
Une fonction sociale de médecin, de rabbin, n'a pas assuré ipso facto
une formation psychologique.
Evidemment, inversement, une fonction de psychologue doit aussi bien
connaître
et respecter le judaïsme.
Et vivre dans yireate chamayim, le respect de l'ordre vrai des
choses qui nous dépasse et que l'on appelle la crainte du Ciel.
Et savoir garder la distance pour ne pas compliquer la relation par
la
projection de ses propres attentes et problèmes. Cela suppose
une véritable formation ad hoc.
Donc, la seule moralité de la personne et sa seule connaissance
de la Torah ne suffisent absolument pas, c'est une condition nécessaire
mais pas du tout suffisante.
Attention:
La tendance au refus du bonheur peut encore se manifester ici insidieusement
et nous faire dire ceci: mais la vie n'est pas si compliquée! Vouloir
passer à côté de ces questions soi-disant pour simplifier
et gagner du temps, c'est comme un passager qui interromprait le pilote
expérimenté ayant des dizaines d'années de vol et
qui est encore en train de réviser toutes les commandes à
faire avant de démarrer, et lui dirait: parlez plutôt avec
moi, vous savez tout cela. Le pilote sait que si, aujourd'hui encore,
il ne révise pas, il commettra des erreurs et elles peuvent vraiment
être mortelles.Ainsi du couple.
Le grand pianiste Rubinstein, âgé de plus de 80 ans, était
invité par les organisateurs à leur réception avant
le concert, et il demanda vite l'autorisation de s'éclipser, disant
sérieusement: "je dois aller faire mes gammes". Tous
les invités ont bien ri. C'est lui qui fut surpris et il leur dit:
"mais si je ne les fais pas, je ferais beaucoup d'erreurs, vous vous
ne les entendrez pas mais moi je les entendrai".
Ainsi pour ce qui se passe dans tous nos comportements: nous comprenons
alors ce que disent nos textes: "éine ménou'ha
la tsaddiqim, il n'y a pas de repos pour les justes".
Accordons donc à l'autre et à nous même le temps nécessaire
pour faire nos gammes chaque jour, et sans reproches et sans amertume
ni déception. Comme une hygiène nécessaire. J'apprends
cela aux étudiants que je forme pour devenir des psychothérapeutes.
Il y a deux temps indissociables: un temps pour cette préparation
continue, et un temps pour s'aimer.
Mieux, le temps de plongée dans les difficultés pour mieux
en prendre conscience et mieux les piloter est aussi le véritable
temps de l'amour: la vague doit nécessairement descendre pour
avancer et remonter.
Laissons notre vague et celle de l'autre aller selon ce rythme nécessaire.
Il est parfois calme parfois agité mais il faut prendre le temps
des descentes avant les montées; on dit dans la 'hassidoute:
"alyah dérekh yérida, la montée se fait
par le passage dans la descente". Et tout ce que j'ai décrit pour
réfléchir n'est pas plus compliqué que le mouvement de la vague. On
peut dire aussi ce que m'a appris un de mes enfants: "mais, Papa, c'est
très compliqué d'être simple".
photo de l'auteur
Ce rythme de la vague est le rythme de vie. Nageons ensemble avec plaisir
en passant ainsi les vagues, à leur rythme de descente avant la
montée. Comme des alternances de jours et de nuits passés
ensemble.
Qui n'a pas nagé de nuit en mer, ne sait pas combien il faut une
telle confiance dans les vagues. Surtout quand on perd alors les repères
habituels du temps. Et dans les questions d'amour et de rencontre de l'unité essentielle,
parfois il n'y a pas synchronie dans le temps.
Cela permet de comprendre un autre fait qui joue dans le chidoukh. La
fameuse question des âges: les rêves d'adolescence sur les
âges n'ont rien à voir avec la réalité des
âmes et des amours. Il y a toujours des décalages entre les
âges en amour, on n'est jamais jumeaux en âges. Face à
la découverte de ce qui était inconnu et imprévu,
il faut encore plus de calme, de lucidité, de connaissance de notre
être véritable, pour trier entre nos rêves et la réalité,
pour dégager nos rêves qui embuent nos lunettes; et il faut
encore plus de confiance en Hachém pour comprendre ces
amours nouveaux puisqu'Il a décidé une fois pour toute que l'amour
serait... dans la différence et dans le différent. En
hébreu,
le deuxième (chéni) et le différent (choni)
ont la même sonorité. Et nos Sages méditent beaucoup
sur le fait que la fécondité n'existe que dans ce qui est
fondamentalement différent (féminin et masculin).
Et puis, personne ne voit vraiment les néchamotes,
les âmes,
aujourd'hui. Personne ne pourra nous donner des certitudes pour le choix.
Le grand cabaliste Ribbi Yaâqov Hillel, Roch yeshiva Ahavate Chalom
à Jérusalem, a écrit un livre Tamim tiyou traduit
en français sous le titre "La foi, la caballe et la folie"
(en toute librairie juive) dans lequel il met en garde contre ceux qui
prétendent lire les néchamotes, voir les âmes
et les marier selon l'unité initiale, d'après des procédés,
et le Rav dit qu'ils montrent par là qu'ils ne sont que des
menteurs et charlatans en Torah. N'est pas qui veut le Ari, zal.
En nos générations, nous n'avons plus ces pouvoirs.
Combien de couples crédules ont été ainsi abusés,
et les psychologues récoltent ensuite ces couples, adressés
à eux par d'autres rabbins, pour les aider à se sortir
du bourbier dans lequel ils sont tombés par innocence grave.
Méditer aussi sur le Chir
ha Chirim (lien ici) avec tous ces problèmes d'amour entre
Israël et son Créateur peut donner des lueurs, car nombre
des dynamiques des distances, incompréhensions, tristesses, espoirs
et joies, y sont décrites, même si c'est à tout autre
échelle. Lé havdil, sans comparaison exacte possible.
Arrivons à une règle essentielle: ayons la confiance
fondamentale, même aux heures où le paysage des couleurs
et des vagues autour de nous prend des apparences imprévues ou
d'orage, où ne savons plus qui nous sommes ni où nous sommes,
ni où nous allons; mais, sachant tout cela, nous garderons confiance
dans notre avancée, tous les deux, ensemble et différents.
photo de l'auteur
Et quand nous ne voyons pas clairement, ayons confiance. Il faut vivre
en permanence dans le dialogue de l'échange entre le roi David
et Hachém quand David passe ainsi constamment par le haut et par
le bas de la vague et fait finalement toujours confiance totale. Voyez
les psaumes sur le site, ici.
Parole pour ceux qui sont fatigués de rêver, d'espérer,
de chercher, de rencontrer avec déception que ces rencontres vous
abiment et vous lassent:
Vous alternez entre le rêve, l'acceptation de ce qui passera, l'amertume.
Vous avez tendance, n'est-ce pas, à penser que vous ne trouverez
jamais, que la vie n'est faite que de solitudes, qu'elle est dure comme
les cailloux du désert. Que chacun erre parmi les autres en devant
se munir seulement des provisions intérieures comme ces chameaux
dans le désert d'Israël.
photo de l'auteur
Je vous rappelle ceci:
- chaque matin nous disons que, réellement, "Hachém
matir assourim, Il délivre ceux qui sont prisonniers et bloqués
dans l'interdit".
- le psaume 68, 6-7 en est la source. Il dit: "Père des orphelins
et juge défenseur des veuves, ainsi est D.ieu dans Sa résidence
de sainteté. D.ieu ramène les solitaires à leur maison
(nous avons vu ce que cela veut dire, au début de notre étude),
Il délivre les prisonniers avec des chants et dans le bien-être,
mais les rebelles resteront dans les régions arides".
- le rapprochement d'amour est un combat qui va exiger un apprentissage,
une formation, des étapes, des luttes et des renoncements:
"Lé David, Baroukh Hachém tsouri, hamélamméd
yadaï laqrav, étsbéôtav lammil'hama.
A David. Béni Hachém, mon rocher, qui enseigne mes
mains au combat, mes doigts à la guerre".
- Mais nous n'y sommes pas seuls: la Torah nous enseigne cet art de ce
combat de rapprochement. C'est
ce que nous enseigne le psaume 144.
Et nous allons le comprendre et nous pourrons ainsi chanter un chant nouveau
comme le dit son verset 9:
"Elohim chir 'hadache achira lakh, Eloqim un chant nouveau
je Te chanterai".
Comme nous le dit le psaume 51, 12:
"Lev taor béra-li Eloqim vé roua'h nakhone 'haddéche
béqirbi,
Un coeur pur m'a créé Eloqim et un esprit juste Il a renouvelé
en mon sein".
- Mais cet apprentissage ne se fait que par des éclosions qui brisent
nos coquilles bien montées sur nos rêves clos,
c'est pour cela qu'il est dit dans le psaume 51,19:
"c'est un esprit brisé et un coeur brisé qui vont vers
D.ieu et Il ne les dédaigne pas".
La prière des larmes devance par sa sincérité et
sa profondeur vraie toutes les prières des grands tsaddiqim.
Et cela réussit à restaurer Tsiyone et à rebâtir
Yérouchalayim. Image des couples souhaités.
- lisez
l'étude (lien ici) du psaume 27: ses 3 premiers versets montrent
un scénario en 4 temps:
Hachém est « ma lumière (ori), mon salut
(icheî), rempart de ma vie (maôz-‘haillaï). Alors,
pourquoi craindrais-je?"
LéDavid -
Hachém - ori
véichî mimmi ira
Hachém maôz-'haillaï mimi éf'had.
Bonne route! Je vous souhaite tout le bonheur:

photo de l'auteur
Suite
de la page ici : le chiddoukh vécu -nombreuses photos.
Voir aussi nos études sur
la prière du Chla
pour que les enfants fondent une bonne famille,
les différents
psaumes,
sur la famille juive
et sur la cérémonie du mariage.
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