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Règles du Copyright - Traduction et commentaires par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour basés sur les livres de nos Sages
 
Les chikoukhim qui vont fonder la famille juive
(les rencontres pour la recherche du conjoint)

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Une page à lire pour tous débutants ou pour tous couples!





Hier soir la lune était ainsi, le 14 Av, mais ce soir le 15, pour la fête de l'amour, elle sera pleine.
Elle nous enseigne ainsi la persévérance pour construire jusqu'à la plénitude.
La voici, ce 15 Av, pleine comme l'amour souhaité, espéré, rêvé, réalisé, un chidoukh continu, perpétuel dans le couple:


Voir d'abord nos études sur l'amour, sur la famille juive et sur la cérémonie du mariage.

Et, après cette étude-ci basée sur les récits de chikoukhim, testez-vous et testez celui ou celle que vous rencontrez. Cela vous éclairera peut-être, peut-être...

Voici la conception qui est à la base de cette institution et tout ce qui est dit ici
concerne également toute personne de tout âge,
engagée dans son couple ou en espérance de couple!



Dessin de l'auteur

Voir cette page sur la rencontre de fleurs

Le chidoukh est une institution typiquement juive. Certes, il existe des agences matrimoniales en toute société moderne, mais le chidoukh est autre chose.
C'est une institution très importante qui facilite les rencontres des jeunes spécialement pour qu'ils rassemblent les conditions les plus favorables pour constituer une famille. Et cela est encouragé et porté par les familles et les rabbins, selon les règles traditionnelles. Chaque milieu a ses réseaux très organisés. Cela concerne également les adultes juifs de tous âges qui souhaitent reconstruire un couple.
On emploie le plus souvent l'expression au pluriel, les chidoukhim, tant -probablement- on devra faire plusieurs rencontres avant de parvenir à trouver ou à être satisfait!

Strictement, le chidoukh est l'acte par lequel on déclare qu'on est d'accord pour se fiancer puis se marier. Le chidoukh est donc aussi la rencontre pour cela: on dit "j'ai un chidoukh demain".

La situation psychologique du chidoukh
Devant les questions pratiques et psychologiques souvent posées, et qui reviennent dans le même sens, je vais tenter de mettre un peu d'ordre pour comprendre ce qui s'y passe dans la dynamique.

En effet, voici deux jeunes parmi beaucoup d'autres qui veulent être heureux, se marier avec quelqu'un avec qui la vie sera heureuse et agréable et créer une famille avec des enfants que l'on élèvera vers le meilleur; ils espèrent et veulent vivre un véritable amour, bâtir une famille selon les valeurs les meilleures, et celles du judaïsme telles qu'ils les vivent maintenant. Et, en tout cela quelle est la conception de l'autre, concorde-t'elle avec la sienne, sont-elles compatibles.

Ils vont se demander si l'autre n'est plus un enfant, s'il est normal, stable, fiable, sérieux, si on peut compter sur cet autre toujours, s'il correspond à ce que l'on attend, à ce que l'on apprécie et aime, si on à peu près la même conception de la vie et du type de judaïsme, s'il sera fidèle, si on aura une vie matérielle normale et la meilleure possible, s'il tient ses responsabilités, s'il dit la vérité.

Tout cela est clair, évident, en principes que l'on ne voudrait pas lâcher.
Cela vient de tout l'être, de toutes les meilleures parties de l'être. On veut le trouver et, pour cela, il faut le chercher.


Et pourtant, souvent on connaît déjà de nombreux jeunes comme cela dans son environnement amical, parmi les étudiants, parmi les familles amies; ils semblent correspondre à beaucoup de ces critères et, pourtant, on n'a pas eu "l'étincelle". Alors, est-ce simplement par ce que l'on se parlerait en tête que le choix pourra se faire, ou parce qu'on serait dans le cadre d'une agence matrimoniale ou de chidhoukim?

Souvent on a déjà eu plusieurs fois ce type de rencontre et il n'y a pas eu l'éblouissement; alors, comment une autre phase, souvent peu agréable: on se demande si cela dépend des autres ou de soi, est-on "trop difficile". La situation se complique car il y a une pression consciente ou inconsciente de l'entourage en raison de ses souhaits ou de son soucis. Enfin, on ne projette pas l'incertitude sur l'entourage mais on reconnaît que ce problème est le sien propre.
Certains se fatiguent un peu de ces souhaits et rencontres multiples qui n'aboutissent à rien. Faudrait-il d'abord continuer les études, et rencontrer là-bas, ou bien viser plus vite un travail qui donnera une autonomie financière, fera mûrir pour affronter la vie?
Mais on se décide quand même à continuer, on va aussi dans des rencontres plus organisées, dans des chidoukhim larges (sessions pour nombreux jeunes autour d'un voyage, d'une soirée, d'un thème, d'un cours de judaïsme) et il y a toujours des propositions nouvelles qui attirent en disant que c'est la formule miracle ou que tel rabbin sera là et attirera des jeunes bien sous tous rapports. Et on constate que l'incertitude reste exactement la même: la fameuse étincelle espérée n'a pas jailli. On lutte contre la lassitude.
Et on se dit que cette fois-ci on ira en mettant ses idées plus en ordre sur ce que l'on veut, surtout on analysera mieux ce qui se passera, ce que l'on entendra. C'est ce que nous faisons ici.

Précisons que les chidoukhim de moins jeunes ou de personnes plus agées, connaissant plus leur personnalité, ayant vécu davantage, ou ayant eu déjà un couple (séparés, divorcés, veuvage), sont un peu différents: ces situations précédentes ont éclairé un peu plus sur la psychologie de la cohabitation, de l'amour, sur les écueils à éviter surtout pour mieux réussir dans la relation, dans l'amour, et on a compris aussi qu'on ne pourra pas supporter tel défaut, ou qu'on a été naïf ou trompé sur tel point; ou que la différence d'âge est importante ou peu importante pour soi. Mais, finalement, en amour, chacun reste un jeune ou une jeune qui espère le bonheur et l'amour. Aussi restons-en à nommer cela pour tous: le chidoukh entre jeunes.

La conception juive du mariage
La conception juive est que le mariage se fait entre Juifs en raison de la responsabilité du peuple de porter la Torah et d'élever les enfants dans la connaissance de la Torah et dans une famille qui est le lieu privilégié de sa vie.
Mais le début de la Torah qui crée Adam puis le couple apporte un élément bien particulier. De l'image initiale double nommée Adam, une part a été tirée et séparée et la femme en a été créée. Il y aurait donc une nostalgie de cet état d'union mais aussi un besoin de retrouver celui ou celle avec qui on a constitué ce couple unique réel qui est notre existence fondamentale. Il ne s'agit donc pas du tout comme le font beaucoup de jeunes aujourd'hui d'aller avec n'importe qui et de vivre les relations sexuelles ou de bien s'entendre, d'avoir quelqu'un dans sa vie (un ou un autre) et vivre quelque temps ensemble, puis éventuellement de confirmer par un mariage quand il y a des enfants.
Le chidoukh juif est une recherche des affinités, et une sorte de reconnaissance de ces affinités pour réussir à construire. Donc, on se questionne, on se découvre sur ce que l'on est dans un échange direct, rapide, sur tous les plans. Puis on réfléchit, on se revoit, etc.
Pour faciliter, des amis ou parents ou professionnels, nommés chadkhanim, facilitent les rencontres entre personnes que l'on pense proches sur plusieurs points. Ce mot vient de la même racine que le chidoukh. On dit un chadkhane, des chadkhanim, une chadkhanite, des chadkhanotes; et l'occupation ou la fonction est la chadkhanoute. L'action, c'est léchadékh. Un tel chidékh ("organisa" la rencontre qui a marché) entre David et Yaël. Par extention, on parle d'un chidoukh entre deux organisations qui fusionnent.

Le Talmud confirme cette conception basée sur la Création. En effet, lisez le début du Traité Qédochim 2b ou Nidda 31b et l'insistance est même mise sur le fait que l'homme cherche plus sa part manquante. On dit: "darko chel ich la'hazor, c'est la voie naturelle de l'homme de re-chercher". Et le terme araméen a la même racine que le mot hébraïque qui veut dire: revenir.


Autre enseignement de base dans la culture juive: cette Création suivie d'une dispersion dans le temps et dans l'espace fait que rien n'est plus difficile que de réunir ces deux êtres dispersés (Début du Traité Sota), en même temps qu'il y a la certitude que lors de la conception une voix dit "untel est pour une telle". Mais nous ne l'entendons pas, hélas. Il s'ensuit la recherche incessante, confuse, incertaine. Et la nécessité de la faciliter, de l'organiser.

Nous développerons, si D. veut, plus longuement ces questions, pour en rester aujourd'hui sur l'expérience des jeunes qui ne savent pas toujours quoi demander, quoi rechercher, et surtout comment donner ou non de l'importance aux points exprimés, ni comment interpréter les réponses en fonction du but visé.
Certes, il faut bien être conscient que la parole ne repose pas toujours sur une bonne connaissance de soi, qu'il peut y avoir le besoin de plaire, ou de se camoufler inconsciemment, qu'une personnalité évoluera ensuite et peut se révéler différente à l'autre ou à soi-même, que certains ne sont pas vrais dans leur parole.

Point capital dans un chidoukh bien avancé

Souvent, certains parlent de leurs désirs et de leurs qualités et oublient de parler de leurs défauts.
Or, c'est très important car on se marie souvent à partir de ce qui plait, mais ce n'est pas pour cela que l'on se sépare ensuite. On se sépare à cause de ce qui déplait et qui est insupportable réellement. Il est donc important de l'examiner pour
se demander si les défauts de l'un sont supportables pour l'autre, afin de prendre des décisions en conséquence et en étant prévenus. On peut alors se tester dans plusieurs rencontres.

Il serait sage que les deux personnes aient éclairci ces deux points pour en échanger:
1- quels sont les qualités et défauts qui m'ont été reconnus aux différents âges et qui ont été appréciées ou reprochés.
2- quels sont les comportements que je ne supporte pas et qui m'ont causé souvent des problèmes dans la continuité de mes relations.

S'ils échangent sur ces points, il y a de grandes chances pour que les deux partenaires du chidoukh découvrent alors qu'ils sont incompatibles, si c'est le cas. Mieux vaut avoir recherché cette prise de conscience que de tomber dans le drame fatal en le découvrant après le mariage comme une incompatibilité absolue.


Je vais donner ici une grille qui permet un peu de comprendre comment l'autre se situe; cela est très important car la façon dont il choisira de se présenter, c'est l'univers dans lequel il vit et voudra vivre.
Cet univers est le rapport du rêve et de la réalité. Les deux sont essentiels et la part que l'on fait à chacun est capitale dans la façon de vivre le couple. Il faudra voir si ce sont des univers communs ou compatibles.
Il faudra tester aussi dans quelle mesure ce rapport de rêve et de réalité de chacun est capable de faire une place à celui de l'autre.
Cela se manifeste dans l'écoute lors de la rencontre, si l'autre comprend ce que l'on dit, mais aussi dans la preuve donnée par l'existence que l'on a déjà traversée, si on a partagé notre idéal avec les autres, si on a manifesté cet idéal dans l'existence.

Il ne faut donc pas voir seulement les détails séparément mais comprendre ce panorama d'ensemble.

Il est important de découvrir les critères de choix de chacun, et voir ce que soi ou l'autre cherchent derrière l'exposé de ce que l'on aime concrétement et du projet.

Derrière la description de soi et de ses projets et attentes:

- il y a ceux qui cherchent n'importe qui pour qu'il ou pour qu'elle joue un rôle dans le rêve enfantin (j'ai toujours rêvé d'un homme comme... ou d'une femme comme... que j'aimerais, qui m'aimerait, qui serait beau ou belle, etc.)
Et il n'est pas rare qu'il y ait une sorte de concours de vitesse entre les copines pour réaliser ce rêve, avec la cérémonie, la robe, etc. La personne n'a guère d'importance, elle est un objet répondant à une envie de vivre concrètement et vite un rêve enfantin. Quand il ou elle l'explique, c'est cela qui sort. Et ensuite, on dit: il est exactement comme je l'avais imaginé. Il est alors évident que l'autre n'a pas été découvert dans sa réalité, on a projeté, c'est tout; et la déconvenue sera grande, et vue comme une chute brutale, ou une tromperie de la part de l'autre.

- il y a ceux qui cherchent n'importe qui pour remplir un autre rôle précis dans leur rêve: c'est le besoin d'acquérir une certaine situation sociale et sa garantie (un dentiste, un avocat, un étudiant de la Torah, quelqu'un de tel âge, un blond ou un brun, un israélien ou un francophone, etc.).
La personne n'a pas beaucoup d'importance, elle est un objet formel répondant à un besoin fantasmé, inconsciemment elle doit seulement répondre à ces critères. Peu ou pas d'intériorité, de besoin d'amour, de qédoucha en tout cela. C'est extérieur. D'autres voient aussi, en ce sens, le mariage comme l'accomplissement nécessaire et rapide et obligatoire d'exigences de la Torah et ils veulent vite régulariser cette situation, pensant que le plus important c'est cette "régularisation" et que, grosso modo, les bonnes personnes sont interchangeables. Attention, il n'est pas rare que certains conseillers ou rabbins bien intentionnés qui aiment marier les gens, aient cette conception. Le regard réciproque sera ensuite absent dans le couple, il faut le savoir. Beaucoup de personnes vivent comme cela "en bonne compagnie". Et quand une vraie rencontre d'amour se fera par surprise, alors bonjour les dégâts. Et ces conseillers-là disparaîtront comme par enchantement et n'assureront pas le service après-vente. Il y aura les psychologues pour cela.

- il y a ceux qui cherchent n'importe qui pour remplir le rôle de médicament contre la solitude, contre l'absence de sentiments ou de vie sexuelle, ou pour régulariser la santé, ou la tranquillité dans l'existence, ou pour quitter l'ennui, ou les parents.
La personne n'a guère d'importance non plus, elle est un objet interchangeable répondant comme le remède à une maladie, elle n'est qu'un médicament. Et quand l'autre personne se révèlera, une fois la maladie passée après le changement d'état, on sera devant une situation totalement imprévue et devant une relation non voulue. Et envie de vivre ailleurs un véritable amour.
photo de l'auteur

"Ô Ciel, si tu pouvais me donner le visage de Celui (de Celle) que j'aimerai et que Tu m'as destiné.
Je l'ai déjà tant imaginé et je ne l'ai jamais rencontré. Je continuerai à le rêver.
Et quand les oiseaux arrivent de si loin, je me dis qu'il m'apportent sa lettre ce matin.
Et quand cet avion commença à écrire dans le ciel, j'ai cru qu'il me donnerait son nom.
Il n'a dessiné qu'un ballon, mais peut-être voit-il (voit-elle) en même temps que moi ce rond.
Ou peut-être était-il dans l'avion... Et il m'a dessiné la bague de nos fiançailles...
Mon amour pour lui sera aussi grand que le ciel sera toujours bleu et blanc."

Je ne dis certainement pas que ces rêves sont à condamner ou que ce sont des erreurs.
En effet, toute vie et toute relation et toute création sont d'abord bâties sur des rêves, sur l'imagination enfantine, ou l'imagination plus sociale, sur des compensations aussi. Et les rêves sont 1/60e de la prophétie. Nos Sages nous disent qu'il faut non seulement les interpréter mais aussi beaucoup les trier car il y a dedans le meilleur et l'inutile. Mais surtout, chacun peut leur donner des sens importants mais divers et multiples (Traité Bérakhote 55...).

Beaucoup de gens ne cherchent rien d'autre que réaliser le rêve socialement banal et commun dans la vie, pas le leur personnel, et vivent bien en couple "social" ainsi toute leur vie.
Et si cela leur convient, pourquoi pas! S'ils partagent cette même conception du couple (et j'en ai vu beaucoup de bons couples bourgeois de ce type, et ils me le disent), ils peuvent passer toute leur vie ensemble sans problèmes car ils ne voient rien de plus ni d'autre dans la vie de couple: une conception utilitaire comme on a un appartement ou une télé. Ils ont la tranquillité, ne cherchent pas des histoires. Ils peuvent même aimer l'autre simplement d'être cela et de procurer cela. La question alors est seulement: nos deux solitudes parallèles sont-elles compatibles? Sont-elles compatibles de façon pacifique et agréable?
Il y a donc à tester ce point, mais rien de plus. Et essayer de deviner si ces deux bulles sont perméables ou non. Si on en a le souhait ou non.Et combien de temps on passera sur ce point ou non. En effet, beaucoup de gens sont déterminés à ne pas investir du tout dans "l'ajustement"; ils disent ensuite: "je t'avais dit et montré exactement comment j'étais, ce que je voulais, j'ai été clair et honnête et maintenant tu remets en question". Ce point est capital pour l'avenir.


Et pourtant! Il y a plus

Mais il reste que nous sommes aujourd'hui dans des sociétés mobiles, où les rencontres sont multiples et proches dans la vie sociale et professionnelle. Le couple doit donc aussi être solide par le lien de la compréhension, de l'estime, de l'amour, et pour les Juifs par une vie intérieure dans la Torah.
Il faut aussi découvrir si l'autre est capable d'écouter, ce qui est la première qualité puisque nous disons sans cesse ce commandement "Ecoute Israël!". C'est à dire, comme était le titre de mon premier livre: "Ecouter le rêve" de l'autre, aimer le découvrir, savoir passer du temps à s'intéresser à l'autre, à chercher à le comprendre, mais aussi écouter son propre rêve. Etre capable d'échanger sur nos rêves, et d'apprendre de l'autre.
Capacité de partager, en donnant mais aussi en prenant sa part dans la résolution des tâches et soucis.
Capacité de patience, de tolérer les défauts de l'autre ou des situations sans y voir un cauchemar, sans en faire un cauchemar dans l'humeur.
Capacité de mise en question de soi, d'évolution. En effet, y a-t'il la volonté que ce soit un "amour-toujours" ou non. En effet, il faudra beaucoup d'ajustement car chacun ne se sera pas révélé avec exactitude, et surtout chacun évoluera.
Il faut beaucoup de modestie et de courage volontaire et d'honneteté pour tout cela.
Ensuite, l'amour des couleurs intérieures de l'autre à partir de leur correspondance à nos propres couleurs sera la cerise sur le gâteau. Mais un amour ou une relation agréable sans ces qualités ne tiendraient pas longtemps.



C'est sur cette base générale que les intérêts dans la vie, ou sur le style de vie peuvent aussi compter. Il est clair que si, par exemple, l'un déteste la musique hassidique et ne peut entendre que de la musique orientale (ou inversement), cela démontre une différence infranchissable, et une ouverture sur soi exclusivement, une fermeture totale à autrui. Et une incompatibilité entre ces deux limités à un monde étroit et différent. De même si le champ des intérêts est constamment large chez l'un ou étroit chez l'autre. La conscience, large ou étroite, abstraite ou intérieure, des dimensions du judaïsme dans la vie sociale et l'histoire sont à situer dans ces lignes pour la capacité de les vivre ensemble.

Enfin, tout cela étant dit, arrive l'essentiel:
1. Y a-t'il une capacité d'amour, comment a t'elle été manifestée dans la vie? Quel amour? Calme, intense, tumultueux?
2. Y a-t'il une capacité de vivre l'intériorité de la Torah, l'amour, la rencontre, la relation qui y est avec Hachém, ou est-ce vu de façon formelle, n'allant guère plus loin que la nécessité d'aller au club de gymnatique régulièrement. L'étude est-elle cérébrale ou celle du coeur? Les mots de la prière sont-ils des rencontres ou des pages à tourner et rapidement? Si on ne se rencontre pas à ces niveaux, si on ne se comprend pas à ces niveaux, la satisfaction commune sera faible.La dimension de l'amour humain est-elle ou non insérée dans la dimension immense, puissante et présente de la vie divine qui en serait la source?
3. C'est tout cet ensemble qui se traduit, finalement, dans la position envers les enfants; si non les enfants sont vus seulement comme nous le disions plus haut (rêve pour ou contre, médicament, rôle social). Y a t'il la volonté de soumettre tout le rêve ou le souhait ou le projet à la dimension de réalité? Si oui, on comprend comment on situe les enfants.
4. Y a t'il l'humour, la gaité, la joie qui élèvent toute question hors des problèmes?
5. Y a t'il la volonté des deux côtés de porter l'autre s'il vient à flancher, s'il est en difficulté, avec patience et amour? Ou est-il incapable et "fait toujours des histoires". Car cela se posera.
S'il n'y a pas accord (comme on parle d'un accord en musique) entre les deux sur ces dimensions, alors chacun vivra un désert bien solitaire et bien triste, tout en étant chacun de très bonnes personnes. La non compréhension de ce qui est essentiel tournera en frustration continue. Et la frustration tourne ensuite en agressions réciproques.
On voit qu'on est loin des annonces matrimoniales du type: "1,75, beau, musclé, médecin, cherche compagne pour sorties ou plus, sérieux".

Il ressort aussi de là que la connaissance prend du temps, pour se connaître soi-même, pour apprendre à se communiquer, pour écouter, pour comprendre ce que cela dit vraiment, pour s'interroger, pour se construire ensemble en une nouvelle unité.

Vous direz: mais pourtant, avec tout cela, beaucoup ne parviennent pas à vivre ensemble!
Revenez au début, nos textes le disent bien: former le vrai couple est plus difficile pour D. Lui-même que séparer les eaux de la Mer Rouge. Est-ce lui, est elle? C'est le réalisme de l'humour juif!

Lisez les vies des Patriarches et Matriarches et méditez.
Et surtout l'admirable parole d'Avraham à Sarah sur sa découverte progressive:
Un exemple : le respect de la découverte dans le couple

C'est un exemple de délicatesse avançant avec précaution, de respect absolu, de considération, d'autonomie de chacun ; il lui dit : 
vayomér el-Saraï ichto hiné na yadâti ki
icha yéfate mareé ate

"et il dit à Saraï sa femme: voici, je te prie, j'ai connu que
femme belle à voir toi (ate)".

Regardez bien le déroulement des étapes basées sur tellement d'attention: "1.et il dit 2. à Saraï 3. sa femme: 4. voici, 5. je te prie, 6. j'ai connu que 7. femme 8.belle à voir 9. toi".
Qu'il y ait toutes ces qualités dans les couples et que cela commence dans les chidoukhim.

C'est l'émergence du respect et du "tu" dans l'histoire et dans le couple. Avraham dit avec une lente précaution à son épouse : "ate, toi", je sais maintenant que tu es cela "toi", "cela" qui peut se dire en hébreu par la première et par la dernière lettre qui ensèrent tout l'alphabet comme la circoncision : aleph-tav, "ate"; ce qui veut dire, s'il est possible de la formuler ainsi, "avec respect je te connais du début à la fin et je te respecte en toutes tes dimensions et c'est cela que je choisis pour constituer le mot "ate" ("toi") que j'utiliserai désormais pour te nommer et te parler". (Un conseil: lire L'exil de la parole, de André Neher, Seuil, Paris, pour acquérir cette sensibilité aux mots dans la Torah). 

L'humanité est loin de ce respect prononcé il y a presque 4000 ans :
- elle n'a guère conscience de cette relation au Créateur dans le regard sur l'autre, 
- partout dans le monde, la relation de l'homme à la femme (qui symbolise le mieux la relation à l'autre-différent) est d'une violence, d'un mépris sarcastistique et d'usage, d'une suffisance, d'une grossièreté, d'une utilisation et d'un sadisme sexuel, psychologique et social qui font frémir et qui font souffrir tant de femmes. Et la civilisation de consommation nous pousse vers le superficiel, il n'y a qu'à voir ce qui est fait parfois des mariages qui ne sont que des concours de richesses extérieures et de paillettes et de bruit; l'intériorité est impossible et n'a pas place. Mais bien souvent tout est réussi, et les amis et les familles y contribuent.

Rien n'est plus beau que ce bonheur, que ces rêves, que construire ces vies, que de réaliser ce qui est à l'image directe de l'union d'amour entre le Créateur et son peuple créé. Rien n'est plus important pour Lui aussi. C'est pour cela qu'Il a créé l'homme et la femme. Il y a encore beaucoup à étudier...



Dessin de l'auteur




La maturité
Un mariage ne tiendra pas ou sera un cauchemar si l'un des deux n'a pas de maturité. A fortiori, si les deux ne l'ont pas atteinte.
De quelle maturité parle-t'on?
- Pendant notre enfance, nous avons été modelé inévitablement par l'éducation des parents et du milieu, et la véritable personnalité n'a pas émergé. Certes le judaïsme dit d'élever l'enfant "léfi darko, selon son propre chemin à lui". Mais, même si les parents le comprennent ainsi, ils ne peuvent vraiment y parvenir car la personnalité de l'enfant n'a émergé que très partiellement. Donc, même s'ils le font, le problème n'est pas encore résolu. L'enfance doit donner les valeurs de base (parmi lesquelles la Torah), le sens de la réciprocité, l'attention à autrui et développer les apprentissages et la personnalité.
- L'adolescence est la phase de transition: une révolte partielle, un culte du moi que l'on découvre, un entrainement à la vie sociale mais très partiel car on ne parvient à le faire que parmi les semblables, et sans capacité financière et matérielle d'autonomie.
- La phase de jeune adulte est celle de la recherche des dimensions sociales correspondant à la fois à la véritable personnalité qui émerge, aux capacités personnelles d'autonomie, aux dimensions de réalité, à l'auto-responsabilité. C'est surtout la phase du tri entre le moi fait dans les étapes antérieures et le moi véritable. Et on s'aperçoit alors de nombreuses erreurs adoptées soit par nous-mêmes et par des modèles étrangers que nous avons adoptés, soit par une éducation, soit par des blocages ou vulnérabilités dans les phases premières de l'amour enfantin.Et cela pose de nombreux problèmes et parasite les relations, malgré toute la bonne volonté.
Je dis tout cela pour bien découvrir que le désir d'aimer et d'être aimé, et de fonder un couple et une famille arrivent avant que toute cette évolution soit achevée. D'ailleurs, elle ne sera jamais achevée.
Il y a alors ceux qui vivent en faisant de toutes ces influences et phases un oripeau ostentatoire qui les camoufle et où on ne sait plus qui ils sont ni où ils sont:

Il y a ceux qui simplifient et se comportent comme des chiens, ramenant la vie d'amour envers l'autre sexe aux actes avec n'importe qui rencontré.
Il y a ceux qui voient la complexité et refusent le contact par crainte.
Il y a la majorité qui recherche au milieu de cette trajectoire vers la maturité. Le judaïsme a un excellent concept: la chélémoute, qui indique que l'on n'arrive que très progressivement vers la paix, le chalom. D'ici là, regarde la lumière de loin, et avance.

La conclusion est claire:

il faut se situer soi-même dans ce parcours d'évolution,
et essayer de situer ce que l'autre dit de soi et montre de soi dans ce parcours.
Si vous êtes quelqu'un qui réfléchit et a un sens moral et psychologique, vous ne pouvez envisager un mariage qu'avec quelqu'un qui se situe soi-même sur tous ces plans et qui veut continuer à travailler sur soi, cela veut dire prendre conscience de ce qu'il fait continuellement, et s'améliorer, et écouter ce que l'entourage dit de lui pour en apprendre, pour trier, être responsable.



Et arrive une autre question importante. De combien de personnes faut-il tenir compte dans un chidoukh?
Je veux dire: combien de personnes a-t'on intériosées en soi et dont il faut tenir compte?

De soi-même? Certes, et la rencontre se passe entre ces deux soi-mêmes.
Mais il y a aussi l'autre partenaire essentiel: le Créateur. Si on ne vit pas en se reliant à ce pôle, c'est comme un navigateur aveugle ou qui ne voit pas les étoiles, ne sent pas le vent et n'est pas relié à une tour de pilotage. D'autant que le Créateur a réellement créé les êtres en une unité. Mais elle n'est pas simpliste, car le judaïsme pense aussi que plusieurs personnes peuvent appartenir à la même "néchama" (âme, ou être essentiel). Un Juif ou une Juive doivent donc aussi avancer dans la connaissance du Créateur par Sa Torah, par la prière de rencontre.

Ensuite, chacun a intériorisé fortement ses parents, que l'on s'entende bien ou mal avec eux, ils sont une partie du moi, à la fois en identification et en différence, mais toujours en référence interne. Il importe donc de ne pas confondre autrui avec ses parents (d'ailleurs chaque enfant est différent des autres dans la même famille) mais aussi de comprendre ce qui caractérise les parents car cela ressurgira inévitablement dans la relation de couple, dans le modèle d'imitation, dans les réactions que l'on a vues lors des difficultés de vie quotidienne ou de couple.
Ensuite, la relation de couple est une relation fraternelle également; et, ce que nous venons de dire des parents intériorisés en nous, joue aussi concernant les frères et soeurs. Et toutes les dynamiques d'amour, de réactions aux difficultés vont ressurgir comme modèle spontané que l'on projettera sur le conjoint, sans même en avoir conscience.
Ajoutons aussi: comment nous avons vu les enfants dans la famille ou l'enfant que nous avons été. Et cela joue sur le lien non conscient que nous avons déjà envers les enfants à venir, ou dans notre orientation vers la construction d'une famille.

Cela fait beaucoup de personnages qui sont présents dans le chidoukh: comptez-le, en tenant compte des deux partenaires.

Ajoutons encore, la conception du chadkhane ou de la chadkhanite ou des rabbins qui penseront que leur expérience a la bonne clef pour notre avenir. Et des amis qui influencent aussi.
C'est n'avoir rien compris que de penser que l'amour ne se joue qu'entre deux personnes, en seul duo. Et beaucoup, même n'atteignent pas véritablement le duo, comme nous l'avons vu au début lorsque chacun est enfermé dans son rêve.

Il faut donc être capable avant tout d'être conscient de tout cela envers soi-même et envers l'autre lors de la rencontre, ou quand on réfléchira sur tout ce que l'on a entendu après s'être rencontrés.

Le mots et les attitudes ne sont pas seulement ce que l'on a dit, mais ils dévoilent aussi tous ces personnages intérieurs qui sont sur la scène en même temps que le moi véritable. Vous me direz: "mais c'est l'arche de Noé!". Peut-être, et vous découvrez que l'arche de Noé nous a été communiqué pour en tirer des leçons.

Certes, la rencontre ne peut pas être une séance de tests sur toutes ces dimensions mais, pour bâtir un couple qui se développera bien, dans le bonheur, la compréhension et l'amour, dans l'estime, dans la durée, tout cela doit être pris en considération. Peu à peu. Patience!

Il va de soi que ce moment du chiddoukh est, en fait, un rite aussi important que la bar-mitsva (rite qui n'est pas inscrit non plus dans la Torah mais est sage), et qui doit nous mettre devant ceci:
1. où en suis-je dans ma découverte de moi, au milieu de tous ces personnages qui m'ont fait ou ont voulu me faire selon leur image (début de notre étude),
2. où en suis-je dans ma construction de moi à travers toutes les étapes que j'ai franchies, ai-je découvert et stabilisé mon être (passage de l'étude sur ces étapes, plus loin).
3. ces mêmes questions ont à se poser à toute personne de tout âge, engagée dans son couple ou en espérance de couple.



Ce n'est donc pas, contrairement à la présentation habituelle, aller au meilleur Grand magasin et revenir avec un achat dans un beau paquet qu'est la cérémonie du mariage. Hélas, beaucoup rêvent de se comporter ainsi avant le mariage et jusqu'au mariage. Moi-moi-moi et ne rien voir de toi comme les trois petits singes: ne rien voir de la réalité mais acheter vite un beau rêve complètement imaginaire et, surtout, complètement solitaire.
"mizaru, iwazaru, kikazaru" en japonais, ce qui veut dire: ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire, sont mes trois vérités.
On peut vivre cela dans des styles très différents: le classique bourgeois bien installé dans ses beaux meubles, cossu et maniaque:

Seulement marié(e) avec mon rêve et tu me permets de le réaliser. Point final, et inconscient en plus.
Ou le jeune moderne ikea qui se croit simple et innocent, donc parfait:

ou encore la belle fleur qui ne se voit aucun reproche tant elle est pure et vierge:

ou l'artiste cultivé et raffiné qui aime avant tout sa prison y compris l'art de Nikko au Japon

ou l'étudiant habillé de noir et intellectuel brillant, perdu dans sa mission,
et qui n'a pas le temps sur terre de voir, d'entendre et d'écouter celle qui bosse à la maison

Chacun doit s'examiner au même degré.


Le duo du couple est autre chose. C'est le "ate", aleph-tav, toi. Extrêmes dans la différence mais proches et unis en un baiser: TOI.

Où le commencement (aleph) réfère à la source divine. Et la fin (tav) à l'aboutissement de tout le programme.

Encore une fois, vous me direz: oui, mais tant ont agi dans cette bonne direction du couple véritable, et ils n'ont pas réussi ensemble.
Je réponds: "exact, mais ne pas comprendre tout cela est aller sûrement à l'échec rapide, qu'il se termine par un divorce ou par une vie de solitude affreuse, ou par une vie de cauchemar pour ceux qui n'ont jamais la force de se prendre en mains.
Le comprendre ne dispensera pas de tout le travail qu'il y aura à faire sur soi-même et ensemble, même avec le conjoint le plus adapté et le plus merveilleux. Mais, alors, on pourra réussir".

L'obstacle de la "fixation" (qibaône, en hébreu)
Il y a aussi ce cas fréquent, concernant le point suivant:
beaucoup rencontrent la personne qui correspond vraiment par tout cela à ce que l'on est (et on pense alors que l'on a rencontré celui ou celle que le Créateur a créé en un seul être avec soi-même), et on refuse de faire le pas simplement parce que cela ne correspond pas au modèle que l'on avait imaginé. Cela veut dire: il ou elle ne correspond pas au modèle enfantin du rêve intérieur, au modèle que les parents représentent, ou au modèle admis dans la société adolescente des semblables.
Alors, notre cas est grave et il est urgent de décider d'aller réaliser un travail personnel sur soi en psychothérapie car nous venons de découvrir que nous ne nous développons pas et restons fixé, rivé, à du passé. Et nous venons de prendre conscience que toute notre vie est bloquée concernant l'essentiel.

Beaucoup traverseront ainsi toute la vie, sans atteindre leur véritable moi personnel, a fortiori sans être capables de rencontrer le complément quand il passera et quand ils le découvriront.
Souvent même, l'entourage est complice de cette fixation et enrage quand le complément véritable de l'autre apparaît. On connaît cette histoire qui l'exprime parfaitement:
un jeune a rencontré l'amie parfaite avec qui il veut vivre. Il dit à sa mère (ou à son père): j'ai trouvé celle avec qui je veux faire ma vie et j'ai une bonne idée, je vais inviter 7-8 de mes amies à un repas à la maison et tu devras découvrir laquelle c'est.
L'idée semble superbe à sa mère (ou à son père) et le repas se déroule. La maman (ou le papa) va à la cuisine et le fils la suit: "alors as-tu deviné? -Oui, c'est Sarah. -Exactement, mais comment as-tu deviné si bien? -C'est celle que j'ai détestée tout de suite".

L'histoire semble horrible ou comique et elle n'est pas du tout à prendre comme une critique envers les parents juifs. Elle montre simplement, comme un rêve qui nous révèle, que ce jeune est emberlificoté dans sa double relation parents-épouse. Il doit étudier et régler ce problème d'urgence.

Aujourd'hui, des baté dine (tribunaux rabbiniques) en Israël et dans de nombreux pays comme celui du Consistoire de Paris offrent un service aux époux qui veulent divorcer, celui de rencontrer leur service psychologique. Mais il est préférable de se former sur tous ces points de la maturité, de l'écoute, etc. avant de commencer et non pas après le désastre.

Comment gérer la tendance à l'auto-destruction.

En particulier, il faut savoir ceci: chaque individu au monde a une tendance plus forte que la tendance au bonheur, j'ai appris cela en plus de trente ans de carrière de psychologue, psychothérapeute et psychanalyste en connaissant profondément des centaines et centaines de vies dans leur plus grande intimité.
C'est la tendance à l'auto-destruction.


Nous l'ignorons toujours, nous attribuons toujours les ennuis aux autres; et nous camouflons cette tendance que l'on voit particulièrement se manifester avec force quand nous avons atteint un bonheur.
Pour le comprendre, il suffit d'observer ce qui se passe chez les hommes politiques qui ont oeuvré très difficilement pour réussir et atteignent enfin le sommet. On pourrait croire qu'ils vont gérer leur bonheur, non, la plupart agissent alors pour le détruire en un an ou deux au plus; il y a très peu d'exceptions. Cela nous montre ce que l'on fait quand le bonheur que l'on désire le plus est à notre portée. Les mères connaissent bien la tristesse qui les envahit à la naissance de leur bébé alors qu'elles attendaient ce moment comme une joie immense. Application: bien souvent le Ciel apporte la rencontre; l'unité imprévue mais souhaitée par tous les rêves est là, et on la refuse; ou bien, on l'accepte et on commence insidieusement toute une statégie camouflée pour mettre en oeuvre le ver dans le fruit qui pourrira l'ensemble.

Une fois que l'on sait que c'est une caractéristique NORMALE de la psychologie humaine, on passera au crible nos comportements non pas pour éviter cela (c'est inévitable) mais pour le contrôler et le corriger vite, et à répétition, car la tendance sera très dure à modifier.

Une autre forme de cette tendance est de rejeter autrui pour les 20% de défauts qu'il a et oublier les 80% magnifiques. Et de jouer la déception, les reproches, l'injustice. Or, on sait très bien que, sur notre terre, aucun être humain n'a 100% de perfection; nos textes disent que le plus grand tsaddiq pèche réellement 7 fois par jour. Donc, quand cela se manifeste, il est ABSOLUMENT incorrect (lo fair, dit-on en hébreu!) de commencer tout un cirque dans lequel on serait déçu, trompé, agressé, on interprète les qualités comme des camouflages et mensonges, et que l'on a découvert que la personne finalement vous veut du mal et ne pense qu'à soi. Certes, il y a quand même des personnes qui sont vraiment méchantes, menteuses, perverses, mais cela est rare.
Il faut donc parvenir à travailler sur nous psychologiquement aussi sur ce point supplémentaire: découvrir, certes, les 20% de défauts, mais les laisser à leur place de 20% sans abimer les 80% de qualités qui nous rendent heureux et qui rendent heureux notre partenaire quand il voit notre regard bon.

Cette attitude s'appelle "ra'hamim" que l'on traduit mal par miséricorde, je n'ai pas trouvé meilleure traduction non plus. En effet, comme dans la progression de la bénédiction exprimée par l'ordre des séfirotes, on passe d'abord par la bonté et la découverte du bonheur ('héssed) puis par le dine (la rigueur dure et implacable qui est né-cé-ssai-re, mais qui tue tout si c'est elle qui gouverne) qui correspond aux 20%; et enfin on parvient à l'attitude équilibrée de ra'hamim qui connait en 'héssed les 80% de bonté, et qui connait en dine les 20% de rigueur terrible mais laisse chaque proportion à sa place en les séparant bien, et en parvenant à donner la priorité au bon. C'est ra'hamim, sans lequel il n'est pas possible de vivre. Il faut travailler beaucoup aussi envers soi-même pour nous aimer ainsi, en séparant nos qualités et défauts; si nous sommes en colère ou déprimés, ou malheureux, c'est le signe clair et net que nous n'avons pas acquis cette conscience de 'héssed-dine-ra'hamim, non seulement envers autrui mais, pire encore, envers nous-même.
Si nous avons compris cela, alors la relation à nous-même et aux autres va changer. Et nous allons maintenant vers la capacité de vivre dans le bonheur. Bonheur avec nous-même et bonheur avec les autres. La sagesse populaire appelle cela: savoir regarder le demi-verre plein, et non pas le demi-verre vide.
Voici un exemple antique de la capacité de se détruire au lieu d'écouter et de découvrir l'autre dans sa différence qui est probablement richesse inouïe:

A l'âge des cavernes: "quand arrêteras-tu de perdre ton temps avec cette science fiction qui n'a aucun sens et te mettras-tu un peu à t'affronter à la réalité?". Sans commentaires. C'est ainsi qu'on perd des siècles! Un autre caricaturiste avait croqué un homme des cavernes essayant péniblement de dessiner des formes diverses (cornes, bison, etc) et avait aussi écrit E=mc2. Et il est parti en disant: "aujourd'hui, je n'ai aucune inspiration". Aimer découvrir l'autre, même à son insu, tout est là.

Comment organiser notre travail pour améliorer?
Le mieux est de faire ce travail psychologique sur nous-même avant même le chidoukh, et de le continuer continuellement, pour se découvrir en réfléchissant, et pour rectifier sans attendre que les choses explosent dans un contexte émotionnel incontrôlable et douloureux. Il faut voir la nécessité de cette interrogation sur soi comme l'huile nécessaire à mettre dans un moteur, comme ce qui est normal et nécessaire. Surtout aujourd'hui, où nous ne sommes plus dans une société stable où les modèles de vie règlent tout sur chacun. Le chidoukh est alors simplement un moment parmi d'autres de la construction de soi pour chacun des deux partenaires et non pas un drame.

Conclusion
Si chacun des deux membres d'un couple fait cela (c'est la condition de base),
ou si parfois on se questionne ensemble devant quelqu'un quand une apparence de problème surgit ou quand on voit que nos fixations sont trop fortes et posent des problèmes dans nos relations de couple, ou que notre prise de conscience est trop laborieuse, ou que notre amélioration ne parvient pas à se réaliser,
alors le moteur tournera bien si la personne rencontrée est celle qui nous convient.
Mazal tov, dit-on lors des mariages, mais le bonheur n'est pas une question seulement de mazal, de sort prévu à l'avance.

Il va de soi que cette aide doit être compétente et formée sur le plan psychologique, et savoir garder la distance. Elle joue un rôle de miroir, d'écoute bienveillante et aide dans l'analyse. Une fonction sociale de médecin, de rabbin, n'a pas assuré ipso facto une formation psychologique.
Evidemment, inversement, une fonction de psychologue doit aussi bien connaître et respecter le judaïsme.
Et vivre dans yireate chamayim, le respect de l'ordre vrai des choses qui nous dépasse et que l'on appelle la crainte du Ciel. Et savoir garder la distance pour ne pas compliquer la relation par la projection de ses propres attentes et problèmes. Cela suppose une véritable formation ad hoc.
Donc, la seule moralité de la personne et sa seule connaissance de la Torah ne suffisent absolument pas, c'est une condition nécessaire mais pas du tout suffisante.

Attention:
La tendance au refus du bonheur peut encore se manifester ici insidieusement et nous faire dire ceci: mais la vie n'est pas si compliquée! Vouloir passer à côté de ces questions soi-disant pour simplifier et gagner du temps, c'est comme un passager qui interromprait le pilote expérimenté ayant des dizaines d'années de vol et qui est encore en train de réviser toutes les commandes à faire avant de démarrer, et lui dirait: parlez plutôt avec moi, vous savez tout cela. Le pilote sait que si, aujourd'hui encore, il ne révise pas, il commettra des erreurs et elles peuvent vraiment être mortelles.Ainsi du couple.
Le grand pianiste Rubinstein, âgé de plus de 80 ans, était invité par les organisateurs à leur réception avant le concert, et il demanda vite l'autorisation de s'éclipser, disant sérieusement: "je dois aller faire mes gammes". Tous les invités ont bien ri. C'est lui qui fut surpris et il leur dit: "mais si je ne les fais pas, je ferais beaucoup d'erreurs, vous vous ne les entendrez pas mais moi je les entendrai".
Ainsi pour ce qui se passe dans tous nos comportements: nous comprenons alors ce que disent nos textes: "éine ménou'ha la tsaddiqim, il n'y a pas de repos pour les justes".

Accordons donc à l'autre et à nous même le temps nécessaire pour faire nos gammes chaque jour, et sans reproches et sans amertume ni déception. Comme une hygiène nécessaire. J'apprends cela aux étudiants que je forme pour devenir des psychothérapeutes. Il y a deux temps indissociables: un temps pour cette préparation continue, et un temps pour s'aimer.
Mieux, le temps de plongée dans les difficultés pour mieux en prendre conscience et mieux les piloter est aussi le véritable temps de l'amour: la vague doit nécessairement descendre pour avancer et remonter.
Laissons notre vague et celle de l'autre aller selon ce rythme nécessaire. Il est parfois calme parfois agité mais il faut prendre le temps des descentes avant les montées; on dit dans la 'hassidoute: "alyah dérekh yérida, la montée se fait par le passage dans la descente". Et tout ce que j'ai décrit pour réfléchir n'est pas plus compliqué que le mouvement de la vague. On peut dire aussi ce que m'a appris un de mes enfants: "mais, Papa, c'est très compliqué d'être simple".


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Ce rythme de la vague est le rythme de vie. Nageons ensemble avec plaisir en passant ainsi les vagues, à leur rythme de descente avant la montée. Comme des alternances de jours et de nuits passés ensemble.
Qui n'a pas nagé de nuit en mer, ne sait pas combien il faut une telle confiance dans les vagues. Surtout quand on perd alors les repères habituels du temps. Et dans les questions d'amour et de rencontre de l'unité essentielle, parfois il n'y a pas synchronie dans le temps.

Cela permet de comprendre un autre fait qui joue dans le chidoukh. La fameuse question des âges: les rêves d'adolescence sur les âges n'ont rien à voir avec la réalité des âmes et des amours. Il y a toujours des décalages entre les âges en amour, on n'est jamais jumeaux en âges. Face à la découverte de ce qui était inconnu et imprévu, il faut encore plus de calme, de lucidité, de connaissance de notre être véritable, pour trier entre nos rêves et la réalité, pour dégager nos rêves qui embuent nos lunettes; et il faut encore plus de confiance en Hachém pour comprendre ces amours nouveaux puisqu'Il a décidé une fois pour toute que l'amour serait... dans la différence et dans le différent. En hébreu, le deuxième (chéni) et le différent (choni) ont la même sonorité. Et nos Sages méditent beaucoup sur le fait que la fécondité n'existe que dans ce qui est fondamentalement différent (féminin et masculin).

Et puis, personne ne voit vraiment les néchamotes, les âmes, aujourd'hui. Personne ne pourra nous donner des certitudes pour le choix. Le grand cabaliste Ribbi Yaâqov Hillel, Roch yeshiva Ahavate Chalom à Jérusalem, a écrit un livre Tamim tiyou traduit en français sous le titre "La foi, la caballe et la folie" (en toute librairie juive) dans lequel il met en garde contre ceux qui prétendent lire les néchamotes, voir les âmes et les marier selon l'unité initiale, d'après des procédés, et le Rav dit qu'ils montrent par là qu'ils ne sont que des menteurs et charlatans en Torah. N'est pas qui veut le Ari, zal. En nos générations, nous n'avons plus ces pouvoirs. Combien de couples crédules ont été ainsi abusés, et les psychologues récoltent ensuite ces couples, adressés à eux par d'autres rabbins, pour les aider à se sortir du bourbier dans lequel ils sont tombés par innocence grave.

Méditer aussi sur le Chir ha Chirim (lien ici) avec tous ces problèmes d'amour entre Israël et son Créateur peut donner des lueurs, car nombre des dynamiques des distances, incompréhensions, tristesses, espoirs et joies, y sont décrites, même si c'est à tout autre échelle. Lé havdil, sans comparaison exacte possible.

Arrivons à une règle essentielle: ayons la confiance fondamentale, même aux heures où le paysage des couleurs et des vagues autour de nous prend des apparences imprévues ou d'orage, où ne savons plus qui nous sommes ni où nous sommes, ni où nous allons; mais, sachant tout cela, nous garderons confiance dans notre avancée, tous les deux, ensemble et différents.


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Et quand nous ne voyons pas clairement, ayons confiance. Il faut vivre en permanence dans le dialogue de l'échange entre le roi David et Hachém quand David passe ainsi constamment par le haut et par le bas de la vague et fait finalement toujours confiance totale. Voyez les psaumes sur le site, ici.

Parole pour ceux qui sont fatigués de rêver, d'espérer, de chercher, de rencontrer avec déception que ces rencontres vous abiment et vous lassent:
Vous alternez entre le rêve, l'acceptation de ce qui passera, l'amertume.
Vous avez tendance, n'est-ce pas, à penser que vous ne trouverez jamais, que la vie n'est faite que de solitudes, qu'elle est dure comme les cailloux du désert. Que chacun erre parmi les autres en devant se munir seulement des provisions intérieures comme ces chameaux dans le désert d'Israël.


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Je vous rappelle ceci:
- chaque matin nous disons que, réellement, "Hachém matir assourim, Il délivre ceux qui sont prisonniers et bloqués dans l'interdit".
- le psaume 68, 6-7 en est la source. Il dit: "Père des orphelins et juge défenseur des veuves, ainsi est D.ieu dans Sa résidence de sainteté. D.ieu ramène les solitaires à leur maison (nous avons vu ce que cela veut dire, au début de notre étude), Il délivre les prisonniers avec des chants et dans le bien-être, mais les rebelles resteront dans les régions arides".

- le rapprochement d'amour est un combat qui va exiger un apprentissage, une formation, des étapes, des luttes et des renoncements:
"Lé David, Baroukh Hachém tsouri, hamélamméd yadaï laqrav, étsbéôtav lammil'hama.
A David. Béni Hachém, mon rocher, qui enseigne mes mains au combat, mes doigts à la guerre".

- Mais nous n'y sommes pas seuls: la Torah nous enseigne cet art de ce combat de rapprochement. C'est ce que nous enseigne le psaume 144.
Et nous allons le comprendre et nous pourrons ainsi chanter un chant nouveau comme le dit son verset 9:
"Elohim chir 'hadache achira lakh, Eloqim un chant nouveau je Te chanterai".
Comme nous le dit le psaume 51, 12:
"Lev taor béra-li Eloqim vé roua'h nakhone 'haddéche béqirbi,

Un coeur pur m'a créé Eloqim et un esprit juste Il a renouvelé en mon sein".

- Mais cet apprentissage ne se fait que par des éclosions qui brisent nos coquilles bien montées sur nos rêves clos,
c'est pour cela qu'il est dit dans le psaume 51,19:
"c'est un esprit brisé et un coeur brisé qui vont vers D.ieu et Il ne les dédaigne pas".
La prière des larmes devance par sa sincérité et sa profondeur vraie toutes les prières des grands tsaddiqim.
Et cela réussit à restaurer Tsiyone et à rebâtir Yérouchalayim. Image des couples souhaités.


- lisez l'étude (lien ici) du psaume 27: ses 3 premiers versets montrent un scénario en 4 temps:
Hachém est « ma lumière (ori), mon salut (icheî), rempart de ma vie (maôz-‘haillaï).
Alors, pourquoi craindrais-je?"
LéDavid -

Hachém - ori véichî mimmi ira
Hachém maôz-'haillaï mimi éf'had.


Bonne route!

Je vous souhaite tout le bonheur


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