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La coupe de cheveux à 3 ans
et les péotes

étude réalisée pour la cérémonie
du fils Hillel du Rav Eliahou Riahi et de son épouse,
Rav de la synagogue Zékhor Avraham, Place de l'Indépendance à Natanya (place principale près de la mer).
Prochainement, photos de cette fête, ici sur le site. Nous y verrons le bonheur de l'enfant ainsi fêté publiquement.


par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour
Site Modia. http://www.modia.org
La reproduction et distribution de cette page pour l'étude et l'enseignement
sont autorisées à la condition de ne pas en faire un usage commercial
et d'en garder toutes les indications de la source.

Apprenez au fur et à mesure le vocabulaire de ce domaine qui est à la fois le vocabulaire de la Torah et de la vie quotidienne.
On vit dans le même temps tout cela dans le judaïsme.

Etapes de vie
Etapes de vie

Description
C'est une coutume très répandue dans les familles juives de communautés différentes: organiser une fête, réunir les amis pour le rite de la première (richona) coupe de cheveux (tisporéte ha séârotes, ou guézizate ha séarotes) d'un garçon quand il atteint ses trois ans (bén chaloch chanim). En yiddish, cela est nommé afcharanach ou oupchérine ou oupchérenich (mais je ne suis pas expert en yiddish, vérifiez donc).Cela vient de l'allemand scheren qui veut dire couper, enlever.
Auparavant, l'enfant est considéré comme tinoq, bébé.

Quel est le sens de cette pratique?
Cela consiste à couper les cheveux en les coupant partiellement ou les rasant sur l'ensemble de la tête (suivant les communautés) mais on les laisse (hachara) en deux endroits à l'emplacement des tempes. Les cheveux qui restent forment une touffe nommée péa au singulier ou péotes au pluriel. Et des communautés, surtout Yéménites ou 'Hassidim achkénazes, les laissent pousser, même chez les adultes jusqu'à la hauteur de la barbe. Certains les laissent pendre, d'autres les enroulent autour de l'oreille, d'autres les replient sous le couvre-chef.

(Photo d'un enfant yéménite avec ses péotes de cheveux qui descendent des tempes).

Après cette cérémonie, l'enfant commencera certaines pratiques: dire les bénédictions du matin (birkhote ha cha'har), porter le talite qatan (néssiate talit qatane), dire la bénédiction après le repas (birkate ha mazone), et dire le Chémâ Yisrael au lit avant de s'endormir (Chémâ Yisrael âl ha mita).
Rions: il faut un minimum d'information: un lecteur juif, adulte, me demande sérieusement "comment nomme-t'on ces tresses que les Juifs religieux attachent le Chabbate à leur chapeau comme dans le film de Rabbi Jacob". Authentique. Modia est bien nécessaire :-))


Je remercie cet ami 'hassid du quartier de Méa Chéârim à Jérusalem qui a compris spontanément qu'il pouvait aider de nombreux Juifs à comprendre cette question. Nous sommes une grande famille et avons à transmettre tous la Torah vivante.
Non, les péotes, les tresses, ne sont pas attachées au chapeau. La preuve, sans chapeau elles sont encore là:

Elles prennent leur origine en cette zone exactement et peuvent arriver souvent jusqu'à la base de la barbe chez l'adulte:


Sens
J'ai cherché dans de nombreux livres décrivant les coutumes (minhaguim) et je n'ai rien trouvé que la citation de ce rite (poul'hane) comme très répandu. Nous allons donc chercher ensemble.
Nous avons déjà un repère: cela se pratique souvent et en masse lors de la fête de Lag ba Ômer, à Mérone. Cela nous indique déjà que cet acte est relié à des niveaux très élevés et de joie. En effet, à Lag ba Ômer on célèbre en grande joie la hiloula (jour du décès comme entrée dans la gloire d'En-Haut) de Rabbi Chimeône bar Yo'haï. C'est un peu le modèle de l'union que le peuple juif et chacun devraient avoir avec le Créateur. C'est aussi le jour où il reçut la sémikha ou titre de rabbin. Ce jour-là, les fêtes et mariages reprennent après une période de tristesse due à la discorde parmi les étudiants de Torah qui entraina une épidémie tuant 24000 de ces égarés. On allume beaucoup de lumières, bougies, et on fait des feux de joie (médourotes), surtout à Jérusalem. Ce jour-là, des milliers de juifs vont en famille à Mérone sur la tombe de Ribbi Chimeône bar Yo'haï. Des autobus les y amènent de tout le pays.

Approche psychologique
Le judaïsme et la réalité ne sont qu'un. Il n'est pas une spiritualité, donc il va de pair avec la vie et son développement concret. A l'âge de trois ans, un changement se produit généralement chez l'enfant; on en trouvera la description dans tous les livres de psychologie et de pédagogie.
En résumé, l'enfant a commencé à sortir de la fusion totale avec la mère dès les 7-9 mois en découvrant l'existence d'étrangers, et cela lui déclanchait des angoisses très fortes et le repli vers la maman dans les larmes. Puis il s'est habitué, quand l'entourage sait bien l'entraîner à découvrir autrui mais aussi à se replier dans le nirvana maternel, en alternances.
Vers trois ans, sa personnalité, de l'intérieur, se transforme et c'est lui-même qui a envie de découvrir le monde; il a besoin alors de s'opposer à la fusion précédente, et il dit sans cesse "non" à ce que la mère ou les parents lui demandent. Comme l'enfant n'apprend que par le jeu, il va jouer sans cesse à dire ce" non", jusqu'à ce que cela devienne insupportable aux autres, souvent.
L'erreur est de vouloir "casser" ce non; en effet, on peut très bien acquérir cette bonne attitude éducative:
- comprendre ce qui se passe chez l'enfant,
- le laisser jouer quelque peu pour maîtriser ces processus,
- l'aider également à accepter la réalité externe avec ses exigences; pour cela, la meilleure attitude est également de le faire en jouant. Et l'enfant l'accepte. Combien de fois j'ai dit à un enfant enfermé dans cette répétition et demandant l'aide pour en sortir: "je dirai encore plus que toi non, non, non, non..." et il dit pour s'opposer et trouvant ainsi la solution: "eh bien moi je ne le dirai pas, je dirai oui". Et il commence alors à devenir capable de dire oui, et de dire non, à volonté. Tout en continuant quand même à s'entraîner dans la nouvelle capacité de dire non, et de s'opposer. Cela est une nécessité vitale.Comme les deux pôles du courant électrique.
Par ce non qui arrête, il intègre aussi la capacité de vivre dans toutes les règles qui structurent l'existence et qui nous limitent; et de pouvoir vivre ainsi dans la cohabitation avec d'autres; et accepter le rôle des parents, et l'existence des concurrents, les frères et soeurs, et le mari de la maman essentielle; et non seulement la réception continue des biens maternels. Sans cette nouvelle phase, il deviendrait un petit tyran domestique explosif. Beaucoup d'adultes sont encore empêtrés dans les râtés de cette phase de développement.
On comprend maintenant que le judaïsme a bien saisi l'importance de ce cap, et il fournit immédiatement à l'enfant des champs sérieux pour qu'il s'y exerce. On lui donne ainsi les bases les plus consistantes.
Tout cela se concrétise par les pratiques, mais aussi par la découverte des lettres qui sont la clé de tout ce savoir collectif organisé en règles de transmission. Commence une pédagogie de la lecture de l'alphabet hébraïque après cette cérémonie. Et les lettres lui sont apprises par de nombreux jeux, de la patisserie qui les rend délicieuses à manger. L'intellectuel et l'oral se mélangent et se développent simultanément.
C'est prendre très au sérieux l'enfant que de lui fournir immédiatement les clefs de ce monde adulte et sociétaire.
Certains appelleront cela: "la résolution du complexe d'Oedipe". Pas étonnant que ce soit un Juif (Freud) qui ait découvert ce stade de développement. Mais, dans ses problèmes avec son père, donc avec sa tradition familiale, il a voulu la nommer par la mythologie d'une autre culture. Comme on dit: "c'est son problème". Pour essayer de s'en sortir, il l'a analysé et inventé la psychanalyse.

Approche juive
On découvre aussi que l'on est loin de toutes les théories psychopédagogiques qui se succèdent en modes, et qui interdisent à l'enfant d'apprendre à lire avant un âge bien plus avancé. La plupart des enfants juifs, élevés dans la tradition, parlent plusieurs langues dès cet âge et lisent très vite sans problèmes de dyslexie ou de parole. On a une expérience millénaire, et assurée.
Chez les Juifs, l'âge de "raison" est beaucoup plus près de trois ans que de 6-7 ans. Et ils jouent aussi comme des enfants. Je connais beaucoup d'enfants juifs de cet âge, élevés dans la tradition, qui me posent des questions très sérieuses et essentielles sur le mariage, la mort, etc, quand on les prend au sérieux, à la fois joueurs et réfléchis et capables de parler.
J'ai connu de très près, en France, un garçon de 3 ans, à qui à l'école la maîtresse s'est mise à expliquer -pour avoir des enfants sages- que bien obéir et être gentil avec ses parents et camarades donne le bonheur dans le monde présent et le bonheur même éternel mais que les méchants sont plus tard précipités dans un enfer où ils souffrent toujours. Cet enfant, peu instruit, a interrompu et dit, très posément: "non, ce n'est pas vrai, parce que si on doit bien faire, ce n'est pas bien de punir pour toujours des gens qui ont fait mal, alors ça ne peut pas être vrai ce que vous dites". La maîtresse lui a demandé de se taire, il s'est tû, et elle lui a demandé d'accepter ce qu'elle disait, il a dit "non, parce que ce n'est pas vrai". Et il n'en a pas démordu. Ce fut un conflit. Il avait vu la contradiction logique. Sa disputatio a perturbé la classe, l'enfant n'a pas cédé et fut mis à la porte. Il a dû présenter ses excuses amené par ses parents pour être à nouveau accepté à l'école! Bien entendu, il a dû se soumettre, mais il avait "raison".
Voilà ce qu'est un enfant de 3 ans, comme tout enfant de 3 ans.


Sources
Si nous allons dans les Pirqé avotes, les Principes des Pères 5,24, nous apprenons qu'on enseigne la Torah à l'enfant à partir de 5 ans; à 10 ans la Michna, à 13 ans il pratique les mitsvotes comme un adulte, à 15 ans il commence à étudier le Talmud, etc. Mais rien n'est indiqué pour l'âge de 3 ans.
Mais les sources sont nombreuses qui montrent que les parents introduisent progressivement l'enfant dans la pratique: la maman enceinte allant à la synagogue pour que l'enfant bénéficie déjà de l'audition de la Torah et des chants (des millénaires avant que les découvertes "modernes" révèlent que le foetus réagit à ces sons).
Dans le Talmud, Souccah 42a, en bas de la page, il est dit: "un petit (qatane) qui sait agiter (lénaânéâ) un loulav doit ('hayav) le faire; sait-il s'habiller (léhitâtef) il doit revêtir les tsitsit; s'il sait faire attention (lichmor) aux téfillines, son père lui en procure; s'il sait parler, son père doit lui apprendre la Torah et dire le Chémâ. Quoi de la Torah? Le verset de Dévarim 33,4: "Torah tsiva lanou Moché, moracha qéhilate Yaâqov, Moché nous a ordonné la Torah, héritage de l'assemblée de Yaâqov. Et du Chémâ on lui apprend le premier verset". Et le Talmud continue. Il ressort de cela que, le judaïsme a accumulé une longue expérience des capacités de l'enfant dès le plus jeune âge, et sait qu'il faut fournir à l'enfant la nourriture dont il a besoin, tant à la pratique du corps qu'à celle de l'esprit.
Nombreuses sont les photos sur le site Modia où on voit les enfants s'introduire dans les moments les plus importants près des grands de la Torah ou des officiants pour les observer de près dans leur relation de prière (non pas pour être sur la photo, mais c'est la photo qui les a surpris là):

Les jeunes enfants, portés par leurs parents, placent les rimonim (ornements) sur le Séfer Torah, ils aident à habiller le rouleau de la Torah, les exemples sont sans fin. Tout ceci pour montrer que non seulement, on l'entraine pédagogiquement mais, bien plus, on RECONNAIT qu'il est participant déjà aux dimensions les plus grandes de la Torah.
Cela nous vient de la Torah elle-même (Dévarim 31,12): "haqhel éte ha âm, ha anachim, vé hanachim, vé ha taf... Assemble le peuple, les hommes, et les femmes, et les petits enfants et tout étranger qui habite avec toi, afin qu'ils entendent et apprennent...".
Et que l'on se souvienne de la place importante des enfants dans les questions du Séder de Pessa'h, et cela n'est pas de la technique pédagogique, car la réalité de l'enfant est alors modèle pour tous, et touche des niveaux très élevés que nos Sages nous dévoilent.
Puisque Avraham avinou est le modèle de l'homme, et du Juif, nous ne sommes plus surpris -dans le sens de tout ce que nous venons de comprendre- que nos sages enseignent qu'Avraham connaissait déjà son Créateur dès l'âge de 3 ans: "halo ben chaloch chanim hekir éte boreo, ouvevadaï kévar yadâ vé héssig davar zé ou kéyotsé ba zé alafim ou révavote hésségotes" dit le Chla ha qadoche dans son commentaire de la paracha Lékh lékha (Béréchite). Pesons bien ses mots: "est-ce qu'il n'avait pas trois ans quand Avraham connut son Créateur? Et c'est une évidence que déjà il avait la connaissance et atteignit cela et ce qu'il en découle en des milliers et millions d'aspects". Rien de moins.
Et on parle aussi en ce sens de l'âge de 3 ans pour Saraï quand elle épousa Avraham.
Que nous ayons chacun cette droiture de la connaissance juste de l'enfant de 3 ans!

Le Chla se base sur le texte du Traité Nédarim du Talmud, 32b: "R. Ami ben Abba dit: Avraham avait trois ans quand il a connu son Créateur ainsi qu'il est dit (êkev, en récompense de ce que Avraham a obéi à Ma voix, Béréchite 26,5); cela se démontre parce que le mot êkev a pour guématria la valeur de 172, ce qui correspond aux années qu'Avraham a vécu en plus de ces trois années".

Mais alors, à trois ans, pourquoi couper les cheveux, et laisser les péotes?
D'abord, je ne connais pas tous les sens. Vous chercherez par vous-mêmes aussi.
Les élèves du Ari, zal, rapportent dans leurs écrits qu'il pratiquait cette coutume. Elle a donc sens, et tradition.
Même si on comprend maintenant aisément que l'enfant quitte l'âge du non-contrôle exprimé par les cheveux libres et entre dans la régulation du savoir, de la connaissance, du pilotage, de la transmission de la tradition, etc. il reste une question: pourquoi laisse-t'on les péotes?
La source en est dans Vayiqra 19,27 qui indique de ne pas tailler ces zones. On objectera: pourquoi pas aux femmes également? Le Traité Qiddouchine 35b répond que la règle de l'analogie donne la solution: comme on parle de ceux qui se rasent la barbe, il ne s'agit donc pas des femmes.

Pour comprendre ces pratiques très corporelles du judaïsme, il faut bien se souvenir que l'homme est fait à l'image de D.ieu dans tout son être; non pas que D.ieu serait matière et forme mais la structure de l'homme lui-même est expressive de cette ressemblance dans une forme que nous ne comprenons pas. Seuls ceux qui ont appris tout ce que la tradition à enseigné du sens littéral de la Torah (le pchate), puis le sens symbolique, et cela dans la Torah, la Michna, le Talmud, les middrachim, etc, peuvent accéder à la compréhension des niveaux les plus élevés de ce type. Sans cela, impossible. Avec cela, il y a assurance dans la connaissance. En conséquence, on ne pourra pas le trouver ici. Et cela ne s'acquiert alors que dans la relation individuelle à un maître qui a atteint ce niveau de connaissance.
Il reste que nous savons ces principes et avons confiance dans la parole de D.ieu et dans la tradition. Et les quelques bribes que nous allons dire ne sont pas des explications mais ils sont simplement des poteaux indicateurs comme sur une route. Si nous voyons un poteau portant l'indication: "Jérusalem 3000 kilomètres" nous ne connaissons pas Jérusalem mais nous connaissons la direction, c'est notre cas.
Les cheveux et la barbe réfèrent à la descente de la bénédiction comme il est dit en parlant de l'huile qui descend sur la barbe de Aharone. La longue barbe est signe de ce flux. (S'il y a cohérence entre l'apparence et l'être, bien entendu, sinon, ce n'est qu'une comédie outrageante envers D.ieu et un mensonge envers soi et autrui). Cela est exprimé en parlant d'une union au 'hessed divin, à la bonté divine. Les 13 points qu'il est proposé de ne pas raser sur le visage réfèrent ainsi aux 13 middotes et points essentiels pour lesquels nous avons à nous améliorer. Les péotes marquent l'équilibre de droite et de gauche dans cette régulation entre le haut et le bas pour parvenir à la plénitude que l'on appelle makhoute, ou royaume. Il va de soi que ces indications, exactes, ne peuvent rien signifier tant que l'on n'a pas acquis l'ensemble de la connaissance dont il est parlé plus haut.

Cependant, même en ne comprenant que des bribes en cela comme en la majorité des choses de la vie, nous disons ces mots et nous pratiquons ces actes, car nous avons tout cela en potentiel. Et, dans la prière de Chaharite, nous nommons même ces processus de descente de la bénédiction en disant: Vayévarekh David (et David a béni, II Chroniques 1,29 10-13) et nous nommons alors ces 10 étapes jusqu'à ce que l'on appelle malkhoute qui sera la réalisation du royaume de la bénédiction sur notre terre depuis la terre d'Israël avec le foyer central du Temple de Jérusalem, qu'il soit bientôt rebâti, de nos jours. La difficulté de cette réalisation en notre monde où le bien et le mal sont mélangés et luttent, s'exprime aussi par le fait que les commentaires soulignent que malkhoute, le royaume, est une conquête dans la difficulté et cela s'exprime aussi par le fait que la péa a la guématria 86 du nom divin Eloqim.
Tout, dans le judaisme, est concret et atteint les sommets.

L'enfant juif est très respecté, on le voit. Nous sommes cet enfant. Et il nous enseigne. Nous devons toujours être cet enfant. Nous sommes un duo indispensable l'un à l'autre.
Regardons bien l'image ci-dessus, et la barbe de cette descente de la bonté et de la sagesse.
La longueur des péotes n'est pas capitale dans ce symbolisme.

Tout rite juif qui semble anodin est porteur d'un immense enseignement; nous pouvons le connaître, mais ne soumettons pas notre pratique à notre seul savoir, faisons aussi confiance, et avançons parallèlement dans l'étude et la connaissance. Et transmettons aux autres notre connaissance.

Pour les étudiants avancés:
Chaâr ha pessouqim, paracha Lekh lékha.

Aller selon les rites présents dans la tradition de notre communauté
Le judaïsme ne propose nullement d'aller dans la voie du maximum de pratiques que l'on peut trouver dans toutes les communautés. Cela viendrait d'un enthousiasme partant d'un bon sentiment mais irréfléchi et donc dangereux, reposant simplement sur le besoin de quelqu'un qui n'a pas assez étudié et qui ne prend pas l'avis des Sages qui, eux, connaissent l'enseignement de la tradition.
En effet, et le Ari, zal, le dit clairement dans l'introduction de son livre Péri Ets Hayim, chaque tradition véritable de communauté repose sur une vérité partielle de la Torah que ne possède pas une autre communauté et il l'exprime en disant qu'elle ouvre une porte de la prière et du Ciel que ne possède pas une autre tradition.
Il faut préciser que l'on parle ici de tradition véritable et non pas de ce que l'on connaît dans une communauté qui aurait abandonné une grande part de sa tradition en s'assimilant depuis plusieurs générations. Pas plus que d'une partie de communauté qui, par déplacement géographique ou par militantisme d'une autre communauté aurait perdu ses propres caractéristiques.
Je donnerai un exemple concret. Un jour, j'étais auprès du Rav Chalom Messas, zal, à Jérusalem, assis près de lui sur le divan de son bureau où il était assis pour étudier, quand le téléphone sonne; il le prend et j'entends nettement la conversation brève. Un jeune se présente: "je suis du Maroc, étudiant en yeshiva, je me demande si je peux laisser pousser mes péotes comme les autres; selon le Rav quelle était la tradition parmi les Juifs au Maroc sur ce point". La réponse immédiate, concise et pleine d'enseignements et de délicatesse fut celle-ci: "je n'ai quasiment jamais vu de Juifs au Maroc qui portaient de longues péotes, mais les quelques uns qui en portaient étaient comme des anges". Et il lui donna une bénédiction et interrompit la conversation. Tout était dit: "suivez la voie de votre communauté, mais si vous vous sentez avec sérieux de la qualité des rares et purs qui sont comme des anges, alors vous pouvez en porter". Et il renvoyait au bon sens et à la responsabilité personnelle, sans décider à la place de ce Juif adulte.
Celui qui n'agit pas comme cela est ce que la tradition appelle: un 'hassid choté, un amoureux cinglé.
Mais celui qui connaît bien la tradition, qui connaît bien et modestement son propre niveau et souhaite faire un peu plus que le minimum imposé, peut le faire, on appelle cela aussi de la 'hassidoute, du zèle par amour, et on dit que la bénédiction lui en viendra pour ce choix ("tavo âlékha bérakha"). Mais tous nos Sages demandent d'être réalistes sur ce que nous sommes, et d'être cohérents. L'habit ne fait pas le Juif. Et ne jugeons jamais autrui sur ces questions, jugeons-nous nous-mêmes, cela suffit.

Approche symbolique
1) L'homme comme arbre.

Une autre approche pour comprendre ce rite est d'appliquer à l'homme ce qui est dit de l'arbre dans la Torah, cela par une extension symbolique. Il va de soi que la Torah parle de l'arbre, elle parle bien de l'arbre, et que les applications symboliques ont pour but de nous soutenir et de nous enrichir mais que ce n'est pas le sens littéral de la Torah, pas le pchate. On appelle cela du middrache (de l'extension réfléchie), du rémez (de l'allusion). Ces dimensions sont une nécessité pour l'homme qui s'exprime en images.
Mais il y a des images symboliques fournies par les hommes dans leurs commentaires, et il y a des images symboliques founies par la Torah de D.ieu elle-même, et elles ont alors des sens réels très profonds. C'est le cas pour l'analogie de l'arbre et de l'homme.
Dans la paracha Chofétim (Dévarim 20,19), il est dit: "ki haadam ets hassadé, car l'homme est un arbre du champ". Ceci pour interdire de détruire les arbres lors d'une guerre.
Cette image, qui va sans doute beaucoup plus loin qu'une image, est reprise dans de nombreux endroits du Tanakh; allez comprendre dans le contexte que je ne décris pas ici:
- Isaïe (Yéchayahou) 65,22: "ki, kiméi ha éts yémei âmi, car en effet, les jours de mon peuple sont comme les jours de l'arbre.
- Jérémie (Yermiahou) 17,7-8: Béni soit l'homme qui se confie en Hachém et dont Hachém est l'espoir. Il sera comme un arbre planté au bord de l'eau et qui étend ses racines près d'une rivière! vienne la saison chaude, il ne s'en aerçoit pas et son feuillage reste vert; une année de sécheresse, il ne s'en inquiète pas, il ne cessera pas de porter des fruits".
- Cela est repris dans le premier psaume, verset 3, sur l'homme comme arbre planté (éts chatoul) fécond, sûr et surtout heureux! Et le psaume 92 (lisez-le) insiste sur les fruits portés jusque dans la vieillesse qui peut encore être le temps de la réalisation selon le plan de D.ieu.
Ils sont innombrables les dessinateurs, peintres et sculpteurs qui ont illustré ce thème.

2) Application symbolique à l'homme des règles prescrites par la Torah pour l'arbre.

Dans Vayiqra 19,23-25, il est dit: "Quand vous serez entrés dans la terre (la terre d'Israël) et y aurez planté un arbre fruitier quel qu'il soit, vous en considérez alors le fruit comme une excroissance (ôrla): trois années ce sera pour vous comme excroissance (ôrla) et vous n'en mangerez pas; mais dans la quatrième année, tous ses fruits seront qodéch hilloulim laChém, consacrés en louange à Hachém, et la cinquième année vous pourrez en manger".
Donc, analogiquement, pendant les trois premières années, on ne touche pas aux cheveux pour se rappeler que ce nouvel homme qu'est l'enfant est un arbre dont on a à lui appliquer ce que disent les psaumes pour bien se conduire et la 4e année, l'enfant entre dans le qodéche, dans la connaissance de la révélation et on l'initie à la Torah. Cela est clair. Comme ce fut pour Avraham. Et les parents ont donc envers l'enfant qui entre dans sa 4e année, un rôle très important d'éducateurs de Torah. Et cela doit se faire dans la joie et le bonheur.
Et, pour que l'enfant le comprenne, on organise cette fête.
Mais, nous les adultes, avons alors à nous rappeler que nous devons vivre selon ce que dit le premier psaume, et que nous devons éduquer l'enfant comme cela, et considérer les enfants avec ce respect et les voir sous cet angle du plan divin envers eux.

L'origine de ce concept de excroissance (ôrla) réfère encore à l'enfant. C'est lors de la prescription de la circoncision (mila) que Béréchite 17,11-14 demande d'enlever l'étui qui recouvre le prépuce et qui est nommé excroissance (ôrla). Pour en comprendre le sens, reportez vous à la page de Modia sur la circoncision, ici.
La Torah étend ce concept au Juif de tout âge dans la paracha Eqev (Dévarim 10,16): "oumaltem éte ôrlate lévavkhem véôrpékhem lo taqchou ôd, supprimez ce qui doit l'être de votre coeur, et arrêtez de raidir votre cou". C'est là que nous devons chercher ce que nous avons chacun à supprimer. Pour bien comprendre ce concept de coeur qui englobe tout l'homme, cliquez ici.

On comprend, pour toutes ces raisons, que l'on trouve dans le Sefer ha kavanotes de R. 'Hayim Vital: "mon maître, le Ari, zal, alla à Mérone couper les cheveux de son fils lors de Lag ba ömer, selon la coutume bien connue".

Concrètement, comment cela se passe t'il? Reportage photo.
Les coutumes sont très variables suivant les traditions et la forme actuelle de la communauté.
Le lieu peut aussi bien être à la maison, à la synagogue ou dans une salle de fête.
Souvent, les amis, la famille et la communauté sont invités; on prépare des aliments et de la boisson, et de la musique pour fêter, chanter, danser en respectant la séparation (hommes et femmes) pour la danse.
L'enfant est bien préparé pour aimer cette cérémonie, l'attendre avec joie, et bien supporter cette immense ambiance centrée sur lui.

Il est bien installé pour que tous puissent voir. Nous voyons ici la tresse faite de ses longs cheveux intacts.
Et il compense un peu cette perte prochaine en se régalant d'une bonne sucette!
Un devar Torah est prononcé avant.
Puis commence la coupe.

Souvent, on la commence à l'endroit où il mettra les téfillines de la tête, au centre au dessus du front. Parfois on laisse cet honneur à un Cohen s'il en est. Puis diverses personnes complètent la coupe par une petite mèche.

Finalement, un coiffeur professionnel vient terminer pour que la coupe finale soit belle.

Ici, le papa lui fait répéter le verset: Moché tsiva lanou... sous le regard heureux et responsable du grand frère. Et le papa lui pose sur la tête sa première kipa dont il est très fier.



Le papa très recueilli et heureux lui transmet la bénédiction aux enfants. L'attitude de l'enfant est recueillie.
Et les hommes de la communauté bondissent à leur tour pour le bénir dans la joie collective.


L'instant de la rencontre où chacun est responsable et heureux. Regardez l'échange du regard entre le petit (aie confiance en moi, j'ai réussi et je ne te décevrai pas) et son papa qui le rencontre vraiment et lui transmet son bonheur. Et la maman, maternelle, attentiveinterrogeant dans les moindres nuances son enfant pour voir si tout s'est bien passé pour lui.

Et la fête commence avec le buffet, la musique et les danses. Les amis des grands frères occupent la piste.


Le héros passe de l'un à l'autre, c'est son jour de victoire, il est plus grand que tous. Le buffet s'offre à tous les bras tendus.


Le héros s'éclipse un instant et reste bien sur terre. Il a bien repéré que ce gâteau est pour lui et il tient à l'honorer! A pleines mains.

La famille donne une tsedaqa. La fête continue. Chacun se souvient de cette étape et se réjouit et remercie pour la continuité et la relève assurée.

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Dufour