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Questions et réponses
(page 1)
par Yehoshua Ra'hamim Dufour-Gompers
Site Modia : http://www.modia.org


Dans l'analyse de la question et sa réponse, nous prenons encompte à la fois les dimensions psychologiques de l'existence etcelles de l'enseignement de la tradition.
Question : Psychanalyste et rabbin ?
Question : Pourquoi les épreuves incessantesdans certaines vie ?
Question : Comment comprendre et étudier les4 niveaux du commentaire
Question : Pourquoi parle-t-on de 600.000 âmesdans le peuple juif ?
Question : Quelle traduction de la biblechoisir ?
Question : Pourquoi les femmes ont-ellesdroit ou non à l'héritage ?
 

Suite des questions : page2 : nom, réfléchir sur ma vie.
Suite des questions : page3 : abréviations (chélita), titres (Rabbi...), tiqqoune,colère, famille...



Question : psychanalysteet rabbin  ?

Peut-on être psychanalyste et rabbin ? Dans la mesure ou le premierdonne parole au patient et le deuxième est dans le discours du maîtrefaisant souvent l' economie de la subjectivité du patient.Vous quiêtes les deux, ceci me semble être difficile à concevoir,de même sur un plan politique peut-on être défenseurde la monarchie et de la démocratie en même temps ; moi quisuis juif j'ai du mal a concevoir l'union de ses concepts que je respectepourtant profondément ; merci pour votre réponse éventuelle.

Réponse
Très brièvement et modestement. Je ne suis pas un rabbinprofessionnel mais un juif qui étudie.
D'abord, la psychanalyse est une science de l'nterrogation sur le langagede la personne et Freud n'a pu le faire que par l'intégration decette science de l'interprétation par des générationsqui le le lui ont transmis
Ensuite, toute transcription d'une question dans une métaphorequi la bloque en termes inconciliables, ferme la question (monarchie-démocratie).
Les deux systèmes dont vous parlez (monarchie-démocratie)sont autant des mystiques, des idéologies et des croyances. Pauvresnaïfs ceux qui n'en sont pas conscients et s'estiment dans la puretéet considèrent que l'autre tombe dans l'erreur que serait une mystique.Comme disait justement Desproges pour mettre en garde contre ces approches bipolaires qui disqualifient toujours l'autre: "l'ennemi estun c. Il croit que c'est nous l'ennemi alors que c'est lui !"
Ensuite, U un psychanalyste est quelqu'un qui sait entendre la parolede l'autre et sa recherche, analyse le système du transfert et ducontre transfert et l'utiliser. Cela n'a rien à voir avec le faitqu'il peut vivre totalement sa vie et en fidélité avec cellequ'il aime, avec ses enfants, son propre héritage, etc.
De plus, le judaisme me donne une extraordinaire transmission de sonanalyse de l'existence.
Je vous dirai aussi que j'ai étudié de l'intérieuravec le même sérieux (langue, idéologie par eux-mêmes)d'autres cultures de façon à pouvoir vraiment aider autruiqui vit autrement que moi.

Excusez la brièveté qui peut simplifier, je compte survous pour apporter les nuances à ce média bref.

Très cordialement
Chalom
Yehoshua Ra'hamim



Question :  les épreuvesincessantes

Que nous dit la tradition juive sur les épreuves et souffrances?
Pourquoi durent-elles si longtemps ?
A t-on des signes que l'on va arriver à la fin de ces épreuves?

Réponse.
On ne peut pas avoir la prétention de répondre àde telles questions. Je ne ferai que partager ma recherche qui a éténécessaire et laborieuse. Les réponses faciles de ceux quin'ont pas l'expérience ne sont souvent que des blessures maladroitessupplémentaires.
Nos Sages se sont interrogés souvent sur ces thèmes etnous ont transmis leur enseignement. La Torah, guide de vie, n'est passilencieuse sur la question.

1. Se taire
Les deux derniers chapitres du livre de Job, après 40 consacrésaux discussions sur ces thèmes, disent  : "j'ai parlé(et j'ai compris) je ne discuterai plus, dibbarti vé lo éêné".
De même, quand Moché Rabénou demande quelle serala récompense de Ribbi Âqiva pour toute son étude etson enseignement, il lui est montré le maître écorchévif par les Romains. Il s'étonne et proteste et il lui est répondu: "tais-toi" (Traité Ména'hote 29 b). Cela veut dire quenous sommes devant un sujet où les réponses ne sont pas ànotre niveau.

2. Il s'ensuit que la véritable attitude est la confiancedans la bonté divine, le 'hésséd. Davidavait également une longue expérience des épreuvesdont il nous témoigne dans les psaumes et il a adopté l'attitudesuivante :
tov-li ki ounéti lémaâne élmad 'houqéikha
il a été bon pour moi d'avoir été dansla misère car cela m'a fait apprendre tes secrets (Psaume 119, 71).

3. Le mot "épreuve" se dit nissayone, en hébreu.Il comporte tout le résumé de la pensée juive surle problème car la racine du mot  signifie à la foisces 5 sens interdépendants :
- souffrance terrible,
- examen, mise en examen, épreuve d'examen
- épreuve de compétition,
- miracle (nissim, voir Dévarim 4, 34),
- mise en valeur et en évidence, étendard élevé,victoire, éminence.

Le prototype de l'épreuve et de l'éprouvé estAvraham qui passera par  10 épreuves, comme il y aura ensuiteles 10 plaies, les 10 commandements, etc.
Rachi apporte un enseignement qui dit que Job a été plusgrand que tous ceux qui l'on précédé : vayéhihaiche hahou gadol milol béné-adam : Avraham est nomméhaadamhaddagol  (Livre de Yehoshua 14, 15) tandis que Job est nomméseulement adam gadol (homme grand) car Avraham a surmonté10 épreuves terribles et Job une seule. 
Ajoutons que l'article est le signe de la présencedivine. Nous devons être ces vrais fils d'Avraham, ce n'est pas uneorientation de spiritualité idéaliste mais c'est un modeconcret de vie. Que nous le voulions ou pas, nous n'avons pas le choixd'éviter ce sort de fils d'Àvraham. La fuite ou l'étourdissementdans les compensations de l'argent ou de la consommation ne changent rien.

Seule l'épreuve fait connaître la puissance divine etce qu'est Son salut comme le dit Rachi en commentaire du mot massotedans Dévarim 4, 34 : massote vient de la racine de "nissaépreuves", et c'est par là qu'il fait connaître sapuissance : glorifie-toi de Moi si je peux faire ceci, cela est une épreuve..
Il faut lire tout le psaume 11 dont les différents passageséclairent le sens des trois mots  du verset 5 : Hachémtsaddiq yiv'hane (Hachém éprouve le juste). Le premierverset du chapitre 22 de Béréchite est à comprendredans ce contexte.

4. Cela dit, je préfère transmettre simplementce que nous disent les textes et non pas une philosophie personnelle.Chacun est assez sage pour s'interroger sur eux.

Eïne HQBH ménassé élla éte hattsaddiqim
Haqqaddoche Baroukh Hou ne met personne à l'épreuvesi ce n'est les justes, tsaddiqim. Lui-même est Le tsaddiqet il examine Avraham (Béréchite Rabba 51, 1).

Eïne HQBH noténe guédoula laadam âd chébodeqéhou
Haqqaddoche ne donne pas la grandeur à l'homme avant qu'Il nelui ai fait passé un examen de mise à l'épreuve (ChémoteRabba 2, 3).

Achré aadam ché hou ôméd bénissiono 
Heureux l'homme qui tient le choc de cette mise à l'épreuve (Béréchite Rabba 31, 2).

Nissayone richone ké nissayone haa'harone 
La première épreuve est comme la dernière (c'estla même processus expliquée ci-dessus qui se poursuit trèslongtemps)  (Béréchite Rabba 51, 1).

Youd nissionote nitnassé Avraham avinou néâmadbékoulam ...
Avraham a été mis à l'épreuve 10 fois etil a tenu le choc à chaque fois... Dès sa naissance, toutesles puissances du monde voulurent sa mort  (Pirqé déRibbiEliêzér 26).

Haya ménassé éte Avraham kol paâm oufaâmlidâ éte libo im yakhol laâmod vélichmor étekol mitsvotéya chél Torah. 
Il éprouvait Avraham chaque fois successivement pour connaîtreson coeur et voir s'il était capable de tenir le choc et d'accomplirtoutes les mitsvotes de la Torah  (Pirqé déRibbi Eliêzér 31).

Lo bara HQBH litsér harâ élla lénassotebo béné adam. 
Haqqaddoche Baroukh Hou n'a créé l'instinct du mal quepour soumettre à l'épreuve les hommes. (Zohar I, 106).

5. Le traité Bérakhote page 5 a nous enseigne la conduiteà tenir en cas de souffrances ou épreuves terribles

- 1e étape : scruter notre conduite, la passer au cribleet jusqu'à revenir vraiment à Hachém comme ilest dit en Qohélet, Les lamentations 3, 40
Na'hpéssa dérakhénou vé na'hqora vénachouva âd Hachém.

- 2e étape : si, malgré cela, on ne comprend pasencore ces souffrances, c'est probablement non seulement qu'on faisaitmal mais c'est aussi que l'on n'était pas assez présentà la Torah car il est écrit :
Hachré haguévér achér téyassérénouya, ou mi Torahtékha télamédénou (Psaume94, 12).

- 3e étape : si cela ne permet pas encore de comprendre,on peut être assuré alors qu'elles sont la manifestation d'uneattention divine de bonté car il est écrit :
ki éte achér yééhav Hachém yokhia'h 
car celui que Hachém aime, il le secoue (Michlé, Proverbes3, 12).
Le texte de Bérakhote insiste sur l'axe dans lequel il fautcomprendre tout cela : l'amour. Et de prendre l'image du sel quipique mais adoucit les viande dures et donne du goût, c'est le méla'hbérite sel de l'alliance (Vayiqra 2, 13).

Il dit qu'il y a trois "cadeaux" exceptionnels qui ne peuvent s'acquérirque par des épreuves-souffrances :
- la Torah (il est faux de croire que l'on peut acquérirla Torah par quelques lectures ou conférences séduisanteset faciles, qui font du bien sur le moment ; il faut y passer beaucoupbeaucoup de temps, et donc d'argent et de privations) :
- la terre d'Israël (il est faux de croire que l'on peutvenir vivre en Israël quand tout sera bien et facile ; elle n'estdonnée individuellement et collectivement qu'à travers destracas réels et redoutables) ;
- le monde qui vient, le ôlam habba.


Pour terminer, quelle attitude avoir concrètement :
1. celle de Boâz qui dit à Ruth : "halo chamaâtebiti, altélkhi lilqote béssadé a'her" n'as-tupas entendu, ma fille, ne va pas glaner dans un autre champ (Ruth 2, 8)car la Torah a des réponses de vie. Et Bérakhote dit : situ souffres à la tête, au coeur, au ventre, étudiela Torah car elle est source de vie.

2. celle de Ribbi Yo'hanane qui a eu 10 enfants qui sont tousmorts ; il savait de quoi il s'agissait et consolait. Il s'est rendu auprèsde Ribbi 'Hiya qui était malade et il lui dit : "est-ce que tu supportesbien ces souffrances en pensant que ce sont des châtiments pour lesfautes ou parce que cela t'ouvrirait la vie future ?". Ni cela, ni cela,répondit Ribbi 'Hiya, ni les souffrances ni leur récompense(voyez la vérité des faits, des maîtres et de l'enseignementde la Torah). Alors, Ribbi Yo'hanane lui dit "donne-moi ta main", il lalui donna et il fut guéri. Cet enseignement dit tout : ils étaientdans la Torah, une Torah de vérité et il donnaient totalementd'eux-mêmes dans le concret. Cela ne veut nullement dire quela Torah a ses limites, car Ribbi Yo'hanane -pour dire "donne-moi ta main"etfaire l'acte a su employer les mots les plus simples et qui étaienten même temps un nom de D.ieu. Grandeur des Sages. 
Il appliquait simplement la phrase qui rassemble en trois pointstoute la Torah (d'abord enlever tout ce qui est négatif puisfaire le positif et qu'il intégré dans Hachém) : 
"ne te venge ni ne garde aucune rancune contre les enfants de ton peuple, 
lotiqqom vélo tittor éte béné âmékha
mais aime vers ton prochain comme toi-même, 
vé ahavta léréâkha kamokha
je suis Hachém ani Hachém".

3. L'assurance du bonheur. Ribbi Na'hmane de Braslav qui traversabeaucoup de souffrances (en particulier la perte d'un enfant qui étaittout son bonheur et son espoir) répétait le passage du prophèteJérémie 31, 10-14 et, en particulier le verset 12 :
véhayéta nafcham kéghane ravé véloyossifou lédaaga ôd.
Et leur personne sera comme un jardin d'agrément et il ne leursera plus ajouté de soucis.
Et le texte continue :
"alors la jeune fille se réjouira et dansera, jeunes et vieillardsensemble ; je changerai leur deuil en joie et en consolation et je feraisuccéder la joie à leur tristesse... mon peuple sera combléde mes biens, dit Hachém".
Il citait le traité Taânite, page 31 a, qui donne unevision de cet état  :
"on disait au nom de Ribbi Eléâzar : dans les temps futurs,HaqqaddocheBaroukh Hou aura tous les tsaddiqim autour de lui et il s'assiéraau milieu d'eux. Ils chanteront et danseront et le montreront du doigten disant le verset de Isaïe 25, 9 :
on dira en ce jour : voici, c'est notre D.ieu zé qivinoulo, celui-là nous avons espéré en Lui, nous avonseu confiance en Lui et il nous a sauvés, zé Hachémqivinou lo c'est Hachém en qui nous avons eu confiance, soyonsdans l'allégresse et réjouissons-nous de Son salut."

4. Les psaumes nous donnent les mots que nous ne pouvons trouveret dans l'ordre juste pour nous exprimer eb ces phases.


Question : les 4 niveaux ducommentaire

Vous avez écrit que le Chla marquait bien les 4 niveaux du commentaire.Ce serait bien si pour un verset par semaine, vous faisiez figurer clairementces quatre niveaux par parvenir à une formation claire àces différentes niveaux.

Réponse

Votre question sur les différentes niveaux du commentaire àplacer sur le site est difficile. Dans le commentaire sur Vaét'hannanej'explique pourquoi, à la fin. J'en parle à la rubrique "Lesmaîtres" en présentant la pédagogie de Rachi, du Chlaet de Rabbeinou Behayé. Mais je ne pourrai pas le faire systématiquementcar chaque paracha à des points particuliers à exposer maisje le ferai parfois.

Vous trouverez une formation méthodique à ces niveauxà la page de l'index : comment étudier la Torah sur le site,située sous la liste de toutes les parachiyotes : http://www.modia.org/tora/etudier-torah.html

Comment étudier les niveaux différents du texte :

  • le pchate : Ki Tissa
  • le middrache : Péqoudé
  • le dérékh 'hayim : Péqoudéi
  • le taâm : Emor
  • les différentes interprétations : A'harémote.
Comment analyser un mot (dans le pchate)
  • 'haya : Chémini
  • émor : Emor
  • kol : Bé'houqotaï
  • léchém : Vayiqra
  • lechone qabala : Ki Tissa
  • nassa : Ki Tissa
  • qéddochim : Qéddochim
  • vénatati : Métsorâ
Connaître la méthode particulière de chaque maître:
  • Rachi : sa méthode (Tazriâ, Ki Tissa)
  • Rachi face à Onqélos (Ki Tissa)
  • R. Be'hayé (Vayaqel, Bé'houqotaï)
  • Le Chla (A'harémote, Qéddochim)
Reportez vous à la belle distinction des 4 niveaux qui est faitepar Rachi et que vous trouverez dans la réponse à la questionsur l'héritage des femmes.
 
 

Yehoshua Ra'hamim


Question : Pourquoi parle-t-onde 600.000 âmes dans le peuple juif ?

Je profite de cette opportunité pour vous poser une questionà laquelle personne encore ne m'a donné de réponsesatisfaisante.

En effet la tradition enseigne que lors de la sortie du peuple Juifd'Egypte leur nombre était de 600 000 âmes.Dans son livreGevouroth Hachem, le Maharal de Prague insiste sur la nécessitéque ce nombre fut atteint pour permettre cette sortie. Pourquoi ? Que représentece nombre de 600 000? Merci d'essayer de m'éclairer un peu sur cesujet.

Votre question touche au monde du middrache, explication de laTorah qui utilise les richesses des symboles et de la pensée imagée.Elle touche aussi à des niveaux plus intérieurs de la Torah,le sod que je ne toucherai pas ici.

Nous allons l'explorer dans le Middrache Rabba.
 
 

Dans Béréchite Rabba

Au chapitre 74, 17 sur Béréchite 32, 2 il est dit queYaâqov rencontra ce nombre d'anges, 60 myriades (600 000) ; d'autresparlent de 120 myriades. Le sens donné alors est que lachékhinane réside pas sur moins que ce nombre.

Il est dit que Yaâqov ne quitta pas le monde tant qu'il ne vitpas les 60 myriades de ses descendants. Cela indique ici une multitude(sur laquelle réside la chékhina, comme il est ditci-dessus).
 
 

Dans Chémote Rabba

Au chapitre 3, 16, c'est en ce sens aussi que Moché demande àDieu d'être préservé de la mission de libérerle peuple ; il dit alors : "vous envoyez des anges, mais pour délivrerles 60 myriades des enfants d'Avraham, c'est moi que vous envoyez !".
 
 

Dans Vayiqra Rabba

C'est là (10, 9) que se trouve l'expression précise quevous dites ; il est dit à Moché : "rassemble toute la communautéà l'entrée du Ohél moêd, la tente d'assignation",et Ribbi Eleâzar dit qu'ils étaient 60 myriades, et ce middrachefait la liste des endroits où il est ainsi dit que la multitudese rassembla dans un endroit très étroit. Ce miracle survientquand le peuple vit avec la chékhina.
 
 

Dans Bamidbar Rabba 

Cela se confirme dans le passage qui commente le verset de Osée2, 1 ("il arrivera que la multitude des enfants d'Israël égalerale sable de la mer qu'on ne peut ni compter ni mesurer ; et, au lieu des'entendre dire "vous n'êtes pas Mon peuple", ils seront nommés"les fils du Dieu vivant"). Le middrache indique alors que lorsqu'ilsaccomplissent la volonté de Hachém on ne peut les compter; quand ils sont imparfaits, cela est possible mais ils ne sont cependantpas moins de 60 myriades. En effet, nous voyons que Moché nommele peuple comme un peuple de 600 000 personnes quand ils se révoltent(Bamidbar ch 11, et Qohéléte Rabba 1, 5). Donc cenombre n'est pas alors le niveau le plus élevé mais il indiquecependant une grande qualité, preuve de la bénédictionet de la présence de la chékhina.

Vous pourriez me dire à juste titre : "nous avançons dansla résolution du problème, mais pourquoi ce nombre plutôtqu'un autre ?". 

Réponse : en 11, 3, ce middrache apporte le sens de 60 citédans le Cantique des Cantiques 3, 7 : c'est l'état de l'homme quia la crainte de Dieu et s'abtient de la faute et vit ainsi dans la plénitude(jeu sur le nom chalem et Chlomo). Et cela fait allusion,dit-il, aux 60 myriades qui sortirent d'Egypte et qui incluent les femmeset les enfants. Le sens est donc clair. Et il est l'aboutissement de labénédiction promise. Voyez Rachi sur ce verset 3, 7, il ditexplicitement que ces 60 sont les 600 000.
 
 

Dans Devarim Rabba

Cette différence entre le grand nombre imparfait et la perfectionde la chékhina apparait aussi en Devarim Rabba oùil est dit que lorsque les ennemis vinrent détruire Jérusalem,ils étaient 60 myriades d'esprits du mal ; mais, quand ils virentla chékhina avec son peuple bien qu'elle fût silencieuse,il passèrent leur chemin.

Cette dimension dramatique apparait aussi lors de la mort du Mochéquand Samael (11, 10) l'esprit des forces du mal veut attaquer Mochéet lui prendre sa vie. Moché lui dit : qui t'a envoyé ? -Celui qui a créé toutes les créatures. - Tu ne prendraspas mon âme. - Les âmes de tous ceux qui viennent dans le mondesont remises en mes mains. - Je suis plus fort que tout ce qui vient dansle monde. - Prouve-le. - J'avais 80 ans et j'ai accompli des miracles...et fait sortir 60 myriades d'Egypte...
 
 

Dans Chir hachirim Rabba

Votre éveil à cette question est un très bon signecar c'est elle que Rabbi (Chir hachirim Rabba 1, 65 et 4, 2) utilisaitpour susciter la curiosité de ses élèves avant uncours ; il disait : "une femme en Egypte enfantait 60 myriades d'enfantsen une seule fois". On lui demandait : comment est-ce possible ? Il répondait: "c'est Yokhébéd qui enfanta Moché qui pèseautant que 600 000 béné yisrael ; et c'est pour celaqu'on dit : alors chantera Moché et les béné yisrael".

Tout cela nous montre que nous faisons là le lien entre la valeurdes béné yisrael et celle de Moché dont ilsparticipent. Cette même participation à la chékhinaet à la sainteté nous est indiquée par la multiplication(pérou ourevou) qui se produisit dès la constructiondu sanctuaire (ibid. 2, 69).
 
 

Nous pouvons maintenant comprendre le middrache qui fait le lien detout cela (Chir hachirim Rabba 4, 5) : au Mont Sinaï quandles 60 myriades de béné yisrael étaient assemblées,accompagnèrent Hachém 60 myriades d'anges (égalementdans Middrache Tan'houma, Tétsavé 11) avec chacunune couronne dans la main et ils la déposèrent sur la têtede chaque membre du peuple. Cela nous explique que chaque membre du peupleparticipe de la gloire et de la sainteté du roi d'En-Haut qui seuleest plénitude. Ce nombre réfère à la royautésuprême et à sa cour. 

On dit que 60 myriades d'anges accompagnèrent Yaâqov àsa sortie de chez Lavane (Chir hachirim Rabba 7, 2).

On parle aussi en ce sens de 60 myriades de prophètes qui existaientau temps d'Elie (4, 23).
 
 

On comprend maintenant que des commentateurs relèvent que labénédictiondes cohanim comporte 60 lettres.
 
 

Sens du middrache

Vous voyez par là que le middrache n'est pas une suite d'histoiresmerveilleuses confuses pour des populations primitives, mais c'est uneorganisation très logique de l'enseignement sous la forme d'un discoursqui s'exprime par métaphores.
 
 

Cohérence du middrache et du pchate

En fonction de ce dernier point, vous trouvez ce même enseignementsur ce thème chez des auteurs qui l'ont structuré sous uneforme plus rationnelle ; par exemple, Rabbénou Bé'hayéque nous citons constamment sur le site développe exactement cemême enseignement sur les mêmes versets.
 
 

La preuve par Rachi

Voyez également les commentaires de Rachi sur Chémote18, 9 ; Bamidbar 25, 6 et 31, 8 ; Devarim 1, 10 ou ses nombreux commentairessur Sanhédrine 111 a.

Ceci nous permet de comprendre une régle de Rachi : "jene suis venu que pour mettre en évidence le pchate et sije choisis un middrache, c'est que ce middrache met le mieuxen valeur ce pchate" (Béréchite 3, 8 :vaani lovati ella lifchouto chél miqra ouléagada haméyachévétedivré hammiqra davar davour âl ofnavs.

Il n'y a donc pas contradiction entre ces systèmes d'interprétationet le middrache peut être très précis.
 
 

Résumé

Nous avons donc compris ce nombre comme une profusion de la créationdu monde d'En-haut, à laquelle se conjoint en notre monde les forcesparallèles qui entravent. Si le peuple vit selon cet ordre qui estcelui émanant du roi des rois, alors cette profusion se reproduitdans le monde et dans le peuple d'Israël, d'autres auteurs disentégalement dans la compréhension des mitsvotes et les interprétationsde la Torah qui se révèlent.
 
 

Merci pour votre question qui,be'H, a permis de synthétiser cesujet.
 
 

Tavo âlékha bérakha
 
 

Yehoshua Ra'hamim


Question : Quelle traductionde la bible choisir ?

...Je voudrais acheter une bible, une petite bible que je puisse facilementemporter partout. Et je ne sais pas quoi prendre... Ca pullule littéralementde bibles dans les rayons de la FNAC, par exemple (Bible de Jérusalem,Bible Segond, etc...). Je pose la question, c'est pour avoir une référence.

Réponse

Par tout l'ensemble de votre longue lettre, je vois que vous voulezconnaître davantage le judaïsme. Or, les bibles sont traduitespar des gens de courants religieux différents et, avec la plus grandehonnêteté chacun traduit dans le cadre de ses référencesidéologiques et de sa croyance, comme un journaliste de tel journaltraduira l'événement dans le langage de ses lecteurs.

Ces bibles que vous citez ne sont pas des bibles juives.

La Bible de Segond est un classique ancien et reconnu de la religionprotestante. La Bible de Jérusalem est un classique récentde la religion catholique réalisée par les chercheurs catholiquesdominicains de l'Ecole biblique de Jérusalem. Le nom de Jérusalemne s'y réfère en rien au judaïsme dans ce titre, etne doit pas vous conduire à une erreur, à l'heure oùJérusalem prend un sens pour vous.

Ces bibles contiennent ce que ces religions appelent l'ancien testamentet le nouveau testament et sont donc, dans leur propre fidélité,totalement étrangères à la tradition juive et àson message.
 
 

Concernant la Bible de Jérusalem, je vous mets en garde contrel'appareil considérable de références, notes et introductionqui semblent apporter une garantie de sérieux scientifique. Mais,qui sait lire avec attention découvre ce qui est glissé aumilieu et oriente. 

Un seul exemple : Au chapitre 9 d'Ezéchiel, le prophètedécrit une vision où Jérusalem serait détruiteà cause de ceux qui vivent dans les abominations sans respecterla Torah et l'ange de la mort reçoit l'ordre de marquer les justesd'un signe (tav) sur le front pour les préserver du désastretandis que les autres qui vivent dans les pratiques abominables serontexterminés. Le mot signe se dit tav en hébreu ancienet courant sans erreur possible.

La Bible de Jérusalem change totalement le sens du texte en remplaçantce mot "signe, tav" par "croix", ce qui est en plus une ineptie historiquecar Ezéchiel a vécu près de 600 ans avant les épisodesde crucifixion commis par les Romains. Le texte devient alors celui-ci: "n'ayez pas un regard de pitié, n'épargnez pas ; vieillards,jeunes gens, vierges, enfants femmes, tuez et exterminez tout le monde.Mais quiconque portera la croix au front, ne le touchez pas". C'est lacitation exacte de la Bible de Jérusalem : cela devient l'annoncedivine d'un pogrome à Jérusalem où les seuls chrétiensseront préservés. On tremble que l'on puisse écrirede telles choses après la Choa, après les silences de l'Eglise,après les repentirs progressifs et partiels de l'Eglise, aprèsles amitiés judéo-chrétienne et les textes du concile.

Comment les traducteurs ont-ils pu commettre une telle falsification? Car c'est de cela qu'il s'agit. Ils la justifient par une note qui nefait qu'augmenter le forfait : "littéralement, d'un tav,comme traduit la Vulgate. Cette lettre avait, dans l'alphabet ancien, exactementla forme d'une croix". Une analogie visuelle dans la tête du traducteurdevient la falsification idéologique d'une texte du canon juif quiest la parole divine dite par un prophète. Ajoutons encore que cetavancien avait la forme proche d'un x, et non de la croix plantéesur son pied vertical. Et là-dessus le lecteur est trompépar le traducteur qui se présente à ses yeux en savant.

En conclusion, cela suffit pour vous faire comprendre que, si vous souhaitezune traduction française de la Torah ou du Tanakh, la bible, selonla tradition juive, prenez la bible dite du rabbinat, ancienne parfoisdans le style, mais qui est basée sur l'axe de lecture des commentairestraditionnels. Ou toute Bible traduite par un juif qui connait la traditionjuive. Et qui ne vous emportera pas à votre insu dans tout cela.
 
 

Yehoshua Ra'hamim


Question : L'héritagepar les femmes.

La paracha de Pine'hasm'a posé cette question : 
quel est le rôle de ces femmes, les filles de Tsélof'had,dans la succession des terres, alors que la succession était patriarcale?

Réponse

Votre question porte sur l'épisode de Bamidbar ch. 27 des fillesde Tsélof'had, ce porteur de bois (Bamidbar 15, 32-36). Au milieud'un long passage portant sur les mitsvotes, il est rapporté quecet homme, un ignorant, viola le chabbate pour des motifs divers ; certainsde sa génération pensaient que les mitsvotes ne s'appliquaientplus à eux puisqu'ils n'entreraient pas dans la terre promise. 

Partant d'un bon sentiment, il a transgressé le chabbat pourvoir ce qui se produirait ; il obtint la sentence de mort et enseigna ainsià Israël de respecter le chabbat. Erreurs multiples de discernement: transgresser pour enseigner, décider par soi-même au lieude demander à ceux qui sont compétents, penser que les bonssentiments suffisent. Toujours est-il que, malgré la sanction, sonacte fut reconnu comme venant d'un coeur pur. Cela, comme pour les filsde Aharone, Nadav et Abihou qui moururent par excès de zèle; leur acte est réprouvé, mais leur intention est louangéepar la tradition.

Les filles de Tsélof'had voyant que leur père étaitmort sans fils, son héritage allait disparaître. Dans leuramour de la terre, elles revendiquèrent cet héritage. Maiselles eurent la sagesse de ne pas suivre l'exemple erroné de leurpère, elles prirent conseil auprès de ceux qui savent. Et,comme lui, elles étaient mues par des intentions de qualitéà l'intérieur du peuple. De plus, privées de père,elles crurent en la bonté du père du Ciel.
 
 

Il est remarquable de constater que Moché (qui avait appris toutele Torah et l'avait reçue), fut incapable de répondre àla question posée par ces femmes. Les commentaires disent que l'onest là dans le 49e degré de sagesse. La femme est toujoursplacée en nos textes au degré le plus éminent ; ilssoulignent qu'au sommet de sagesse Moché est nommé au féminincomme le rappelle la fin du échéte hayil (Proverbesch. 31), ou que Israël est nommé au féminin, de mêmeque la Torah est féminine.
 
 

Juste après cette question, Hachém dit à Mochéd'aller regarder la terre d'Israël.
 
 

La question que vous soulevez n'est donc pas seulement une questionde droit de succession. Elle nous montre le souci que l'on doit manifesterpour cette terre très spéciale et pour les mitsvotes quis'y rattachent. Voilà pourquoi cet épisode est situéau centre du passage sur les mitsvotes. Pour l'attitude de ces femmes dontnous avons à apprendre, pour leur zèle envers la réalisationdes mitsvotes.
 
 

Situons donc maintenant cette perspective sur ce que dit Rachi et quenous avons précisé dans la paracha Vaét'hannane (allervoit).
 
 

Rachi commente alors: "aval âl nachim lo nigzera guézératehameraglim, léfi ché héne mé'habevote éteha aréts, mais la condamnation concernant les explorateurs n'étaitpas tombée sur les femmes car elles chérissaient la terre(d'Israël)". 
 
 

Il continue : les hommes disaient (Bamidbar 14, 4) : "donnons-nous unchef et retournons en Egypte" (comme aujourd'hui, certains disent : restons-enlà, trouvons un autre chef et décidons de tout cela selonla Torah des Etats-Unis et de l'Europe"), tandis que les femmes disaient(Bamidbar 27, 4) : "donne-nous un héritage", et voilàpourquoi les femmes ont hérité dans les versets suivantsalors que l'usage faisait que la transmission de l'héritage passaitpar les hommes.
 
 

C'est le commentaire de Rachi. Il est certain qu'il a en têtecette espérance indéracinable qu'il y avait déjàchez Myriam seule quand tous les autres et tous les hommes étaientécrasés par l'esclavage, et l'espérance indomptabledes accoucheuses juives qui refusaient d'obéir au Pharaon, et lacertitude de Myriam qui sauva son frère bébé, assuréeque l'avenir serait retourné par Hachém. (Lire les commentairesde Rachi sur Chémote 1, 15-19 et 2, 1).
 
 

Voilà, disent nos commentaires, pourquoi on la nomme Hannéviacar ce Ha fait l'éloge, par la lettre , dela présence de Hachém qu'elle savait garder vive enelle. Et voilà pourquoi, dans le même sens, on dit hattofen parlant de son tambourin, "le" tambourin. (Voir aussi l'étudesur la paracha Chémote).
 
 

Que le mérite des femmes d'Israël sauve aujourd'hui notregénération comme il a sauvé celles-là !

Et qu'elles parviennent à calmer les explorateurs agitésqui nous démontrent qu'il faut, aujourd'hui exceptionnellement,abandonner notre héritage transmis sans faille par toutesles générations qui ne nous ont certes pas mandatéspour l'abandonner en leur nom. Que ces femmes d'Israël nousapprennent à chérir comme elles cette terre, lé'habevéte ha aréts.
 
 

Si quelqu'un a eu le malheur d'être expulsé de son appartement,il sait physiquement ce que c'est, dans son ré'hem, dansson ventre ; il nous faudrait ressentir de cette manière l'horreurque l'on commettrait en séparant ainsi cette terre de Celui àqui elle appartient. Et qui, comme dit le premier Rachi de toute la Torah(Béréchite 1, 1), Il la donne à qui Il veut. Il vautmieux ne pas jouer avec ces choses là quand nous avons tous nosenseignements. Notre histoire s'est toujours déroulée selonce qui est écrit. Nous le savons.
 
 

Donc, pourquoi ces femmes héritent-elles aussi ?

En réponse à une autre question de lectrice, ajoutonsceci : pourquoi ces femmes héritent-elles aussi ? alors que ce n'étaitpas l'usage.
 
 

Rachi l'explique à un autre niveau sur le verset de Bamidbar26, 36.

Il se place d'abord au niveau du pchate : les hommes recenséssont en tout 65.
 
 

Puis il passe au niveau du sens du middrache qui extrapole symboliquement: le texte de Devarim 7, 7 dit "vous êtes le moindre (hameate)detous les peuples" (65 au lieu de 70).
 
 

Puis Rachi apporte une lecture par allusion (niveau du réméz)basée sur le jeu des lettres : hameate qu'il traduit "5 enmoins" ; en effet la lettre vaut 5. Cela lui permet dedire "vous êtes 5 de moins que les familles de toutes les nationsqui sont au nombre de 70". En effet, il est bien connu que das la traditionjuive, le chiffre 70 symbolise toutes les nations du monde.
 
 

Que veut dire Rachi, ou plutôt vers quoi veut-il nous orienterqu'il ne dit pas, tout en plaçant le poteau indicateur. C'est queson réméz nous oriente vers le secret, le niveau dusodqu'il montre pour les lecteurs qui connaissent. 
 
 

Il est possible de l'expliciter simplement, sans entrer dans des sphèreshors de notre portée. Israël est 65, c'est le chiffre de Adonoute,donc Israël est le peuple de la présence divine dans lemonde, il est plus petit que tous les autres comme la chékhinaest discrète et pauvre et fragile, mais il a la présencede Hachém (ce hé, 5, invisible). C'est dans cettemesure-là qu'il peut jouer sa fonction d'être cohénlagoyim, prêtre pour les nations par la lumière de laTorah qu'il pratique, or lagoyim.

Mais pour jouer ce rôle pleinement, ce 5 nécessaire devraitêtre plein et non pas seulement en potentiel, voilà pourquoiles 5 filles de Célof'had ont été ajoutéesau 65 et ont eu les mêmes droits que les hommes. Elles le méritaientd'autant plus qu'elles étaient l'excellence de la présencedivine en tant qu'humain, et en tant qu'aimant la terre qui est le lieude la présence divine, éréts haqqodéche.
 
 

C'est par cette inclusion de la reconnaissance des femmes que le peuplepeut jouer ce rôle qu'il a à jouer dans la créationenvers tous les peuples. Israël est alors 70, de même que Josephest allé avec 70 en Egypte pour réassumer toute l'humanité,et de même que nous offrions 70 sacrifices à Souccotes pourtoutes les nations du monde.

Ceci n'est que commentaires stricts rapportés de notre tradition,sans adjonction de notre part.
 
 

Comme toujours, Rachi fait franchir les niveaux, les relie et ne montreque la direction du niveau le plus important. Qui connait sa méthodesait dans quelle direction regarder et chercher.

Le lecteur qui voulait comprendre la présence des 4 niveaux dusens dans un verset en a ici l'exemple.
 
 

Yehoshua Ra'hamim
 


 
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