Etude
sur la lettre hébraïque
Véhicule de la sainteté et
de la Création

(Peinture de Esther Guénassia, lien ici)
Pourquoi ai-je choisi l'illustration de ce peintre pour nous approcher de cette
oeuvre que nous étudions? Parce que l'étendue de la touche et sa
sensibilité font prendre conscience de la chaleur, de la vie et des courants.
L'écoute est bien réglée et peut commencer.
Scénario et commentaires
par le Pr Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour
Retour à la page d'accueil http://www.modia.org
© Les textes de Modia sont mis gratuitement à votre disposition par
l'auteur, selon la mistva obligatoire pour le Juif qui est d'étudier et
d'enseigner simultanement. Vous pouvez donc imprimer et dupliquer ces textes
pour l'étude personnelle, familiale, amicale, et de groupe, ou pour l'enseignement.
Bien entendu, selon la Torah, en ne supprimant pas le nom de l'auteur et l'adresse
du site. Les sites, livres et bulletins ne peuvent faire qu'un lien vers ces
textes sans les capter au delà de ce qui est autorisé par les règles
habituelles du Copyright.
PLAN
Pourquoi ai-je sollicité les
oeuvres de Esther Guénassia dans cette page?
Betsalel , homme d'art, extérieurement et intérieurement,
pouvait exprimer la qédoucha au mieux et sans les mots usés.
Des artistes de qualité nous rendent, ainsi quelque peu mieux
qu nous-mêmes, sensibles intérieurement alors que la lecture
des mots risquerait -à ces niveaux- de nous enfermer dans l'intellectuel
qui raisonne, discute et ne reçoit pas.
J'ai rencontré l'artiste et l'ai interrogée sur son oeuvre
des lettres pour qu'elle tente quand même pour vous d'exprimer
sa "rencontre", non pour faire de la théorie à partir
de ses tableaux ni de ses mots.? Voici:
Cette peinture surgit d'un
travail de nombreuses années de méditation
sur la richesse des lettres hébraïques
selon la tradition. (Elle ne connaissait pas l'ouvrage
des Otiotes de Rabbi Aqiva et je le lui ai remis,
en hébreu, évidemment). Mais elle est
nourrie des oeuvres très nombreuses de la
tradition en ce domaine.
Elle me raconte d'abord sa relation avec les différentes couleurs
qui ont des énergies très différentes pour nous
relier à celles de la Création, comme un grand livre
de prières.
Elle veille, dit-elle, à ne pas déformer la lettre car
cette forme définie par la tradition, surtout celle qu'a précisée
le Ari, condense les puissances; aussi travaille-t'elle plus sur les
couleurs que sur la forme. Mais avec le souci ou le point d'équilibre
faisant que le tableau restera (pour
celui qui l'aura, va vivre en sa compagnie et le regardera de très
nombreuses fois) un
tableau qui rapproche de la méditation, de la prière
et de la rencontre, du surgissement de l'invisible, et de la résonance.
Comment procède l'artiste pour cela?
Au début de chaque session de travail, elle relit des oeuvres
de Torah ou des études faites sur elles en ce domaine, médite,
et la couleur vient de l'intérieur de soi et donne la direction.
Alors, le peintre commence dans la visualisation et dans la matière
jusqu'à un rythme équilibré qui donne à un
moment un sens-direction, comme la musique. Les notes ou les couleurs
se répondent entre elles. Elle travaille jusqu'à ce point,
qui apparait parfois directement en une couche de couleurs et parfois
le travail se poursuit beaucoup plus longtemps et en plusieurs couches
qui évoluent.
Merci au peintre.
Lire
ici cette même question pour l'oeuvre de Roee
Suffrin
que j'ai utilisée avec sa permission dans cette page et sur
d'autres études de Modia.
|
La
forme de la lettre alef
Cette
première lettre de l'alphabet hébraïque
est composée de 3 éléments qui sont, à droite
et à gauche, la lettre yod
(i), et au centre la lettre vav (v).
Tout le sens de la lettre est compris dans la dynamique de ces trois éléments
ainsi situés. Quels sont ces 3 éléments et quelles sont
leurs dynamiques? Nous le découvrirons.
Cette lettre est ainsi écrite dans le texte de la Torah par le scribe
(sofér
stam)
sous cette forme quand il est de la tradition achkénaze:
et sous cette forme quand il est de la tradition sépharade:

Il est encore d'autres
traditions d'écriture selon les communautés ou selon les mystiques.
N'oublions pas que l'écriture première de la Torah (kétav
ivri, il y a environ
3300 ans) n'était pas celle-là et qu'il y a eu le passage à la
forme d'écriture
actuelle (kétav achourit), prise sur le modèle assyrien,
il y a environ 2500 ans. Cette question est longuement exposée ici: l'écriture
hébraïque ancienne (du Sinaï au Second Temple environ)
dans les inscriptions, pièces, etc. qui traduisent la continuité et
l'ancienneté de notre peuple et de ses traditions. Dans le Talmud,
cette question est exposée dans le Traité Sanhédrine,
page 21b. Voici les deux écritures.

Entrons maintenant
dans la compréhension de l'alphabet hébraïque à partir
d'un des textes les plus anciens, le Middrache des lettres de
Ribbi Aqiva. Voyez les 63 pages de Modia dans lesquelles l'oeuvre de
Ribbi Aqiva est présentée à propos de thèmes différents (lien
ici). C'est l'un des plus grands sages de la période du Temple
et de celle qui a suivi sa destruction. Tant par sa personnalité que
par son oeuvre et son influence historique, il a eu et a un impact unique
dans l'histoire du judaïsme.
Middrache
des lettres de Ribbi Aqiva,
selon le manuscrit de Qouchta, Venise.
Traduction
personnelle dans laquelle je place entre parenthèses les
explicitations minimales pour comprendre l'abrégé du
texte hébraïque. Quand cela est nécessaire,
je place un commentaire dans un cadre.
La
lettre "alef":
Ribbi Aqiva a dit:
Alef. Qu'est alef? Cela (ce mot) nous enseigne que la Torah a dit (par
le procédé nommé notaricone, par lequel
chacune des lettres qui composent le nom alef devient l'initiale des
mots suivants) Emete
lamed pikha (vérité - apprend - ta bouche), cela pour
que l'on mérite
la vie de ce monde-ci. (Puis le texte renverse l'ordre des lettre du mot
alef) Pikha
lamed émete (ta
bouche - apprend - vérité): pour que tu mérites la
vie du monde à venir.
Nous
découvrons ainsi déjà combien le mot hébraïque
est composé comme
les symboles chimiques dont chacune des lettres apporte la composition
et les dynamiques de tout un corps. Mais, bien plus encore, une
seule lettre comme le alef aura en plus de sa forme graphique
une multiplicité de symboles dans les 3 lettres qui composent
ce mot alef composé des 3 lettres: alef, lamed, pé.
Et ce procédé se poursuit.
Ici le texte nous dit Emete
lamed pikha (vérité - apprend - ta bouche) :
Emete (vérité) descend d'en haut puisque la Torah est émete,
vérité; et, donc, apprendre
la Torah nous permet de pouvoir vivre dans ce monde terrestre
selon
la vérité divine
d'En haut. L'autre dynamique Pikha
lamed émete (ta bouche - apprend - vérité) est
celle où notre corps
apprend
à se diriger selon cette vérité et gagne
ainsi de pouvoir se rapprocher de la qualité du monde
d'En-haut.
On pourrait objecter: pourquoi cela n'est-il pas dit si explicitement.
La pratique de l'hébreu de la Torah donne cette lecture
des dynamiques par abrégé et, d'ailleurs, les langues
les plus anciennes comme le chinois ou le sanscrit ont les mêmes
systèmes d'allusions
multiples et dynamiques et non pas la description analytique
fermée et mathématique des langues plus récentes
qui pensent tout cerner en décrivant tout avec précision
et perdent alors les multiples correspondances. Nous revenons
maintenant aux sources.
Nous
comprenons par ce texte de Ribbi Aqiva que le dessin de la lettre
alef (alf) est composé de 3 constituants: un en haut, un en bas
et un dans le milieu.
Il
relie ainsi le monde d'en haut et ce monde-ci d'en bas et
il a le pouvoir de les relier. Les différents livres du Zohar
décrivent de multiples façons la correspondance entre ces
trois mondes dans la lettre alef et parfois la similarité
(youd, son i, en haut et youd en bas comme dans le alef sépharade),
ou bien youd en haut mais dalet en bas comme dans le youd
sépharade où les deux traits verticaux et horizontaux du
dalet caractérisent bien notre monde concret.
Ce
rapport entre les deux mondes est si essentiel et constant
que le grand trait du vav placé en oblique est parfois décrit
dans le Zohar comme le corps reliant les deux bras. Et cette
lettre particulière a bien une reversabilité et symétrie
comme l'indique Ribbi Aqiva. Ce lien est tellement fort qu'elle
constitue la première lettre de l'alphabet et, pourtant,
elle n'a aucun son en soi, pas plus que nous n'entendons
le monde d'en Haut. Seule la voyelle qu'on placera sous elle
lui en donnera.
En somme, les deux mondes sont différents et irréductibles
mais, en même temps, ils communiquent toujours. Et ridicule
le logicien cartésien qui ne comprend que le différent incompatible
et, sûr de soi et de son savoir sur tout, et igorant son
ignorance, affirme que seule sa pensée existe: il n'a pas
compris ce 3. Il est alors probable qu'il ne comprendra pas
plus la relation entre deux personnes, ces deux un qui peuvent
aussi former un "nous", ce 1+1 qui fait 3. ou ce 1x1 qui
fait 3.
|
Pourquoi? Parce que
Ha Qaddoche baroukh Hou, le Saint Béni soit-Il est nommé émete,
vérité. Et la base du siège sur lequel Il est assis est la vérité;
et l'amour et la vérité marchent devant Lui.
C'est presque littéralement la citation du psaume 89, 15: "La justice
et le droit sont la base de Ton trône, l'amour et la vérité marchent
devant Toi". Mais il faut aussi comprendre à quel point ces deux
termes "héssed vé éméte" (amour et vérité)
sont constamment ensemble, par leur emploi commun multiple dans la Torah. Il
faut aller se reporter à ces passages pour comprendre cela de façon
réelle et variée. Voici donc ces passages: Béréchite
24, 27 et 24,49 et 32,11 et 47,29. Chémote 34,6. Yéhoshua 2,14
et 4,1. Samuel II 2,6 et 15,20. Psaumes 25,10 et 40,11-12 et 57,4 et 61,8 et
85,11 et 86,15 et 89,15 et 115,1 et 148,2. Proverbes 3,3 et 14,22 et 16,6 et
20,28. Nous apprenons ainsi combien l'enseignement des Sages suppose notre participation
active et non pas seulement d'avoir entendu leur cours et, s'imagine-t'on, avoir
ainsi compris.
Soyons
sensible au fait que Ribbi Aqiva poursuit immédiatement en apportant
le mot éméte qu'il ne faut pas voir seulement comme concept abstrait
mais aussi dans son graphisme: il est composé de la 1e lettre
de l'alphabet (alef), de la lettre du milieu (mem) et de la dernière
lettre de l'alphabet (tav).

Le Maharal de Prague, dans son Nétiv
ha émete (Sentier de vérité) développe longuement que ce mot
couvre tous les sens par son extension et surtout les plus contradictoires
et divergents, mais il les relie et les contient. Ces trois dimensions
sont présentes dans le graphisme de la lettre alef. Et cela,
même dans le graphisme ancien.

Nous devons donc
toujours avoir une pensée triple: moi-l'autre-la relation, c'est
le critère de la vérité. Celui qui reste dans le 1 de la pensée
est seul avec soi, se prend pour D.ieu qui seul peut avoir une
vision synthétique de la vérité. Nous verrons que notre monde
commence par le 2 (différents): la lettre beit.
|
Et tout ce qui est
de Lui, ce sont des paroles de éméte, vérité.
Et tous Ses jugements, des jugements de vérité. Et tous
Ses sentiers qui orientent et font avancer sont bonté et vérité.
|
C'est
la citation du psaume 25,10, et il faut lire tout ce psaume pour
bien comprendre ce qu'on entend par les voies et les chemins
et les
sentiers
de D.ieu.
|
Et d'où sait-on que Ha
Qaddoche baroukh Hou, le Saint Béni soit-Il est nommé émete,
vérité? Parce qu'il est dit: Hachém Eloqim est émete.
|
C'est la citation du prophète Jérémie (Yérmiyahou) 10,10 qui ridiculise
les fabricants d'idoles et le produit de leurs mains et déclare
alors: "Tandis que Hachém Eloqim est vérité. Lui seul est un D.ieu
vivant et un Roi éternel. Sa colère fait trembler la terre et les
peuples ne peuvent pas supporter sa colère". L'auteur montre ainsi
que D.ieu et sa lettre sont vérité, émet, ce qui donne à la lettre
un statut et une puissance et une dynamique très particuliers,
différents de toutes les autres lettres.
|
Et d'où (comprend-on)
que Son siège sur lequel Il est assis est émet? C'est qu'il est écrit
(Isaïe 16,5): "ainsi un trône sera affermi par 'héssed, la bonté, et
sur lui sera assis en émete,
vérité, dans la tente de David, un juge cherchant la droiture (michpate)
et empressé pour la justice (tsédéq)".
Et d'où que la bonté et la vérité sont devant Lui? C'est qu'il est dit: "La justice
et le droit sont la base de Ton trône, l'amour et la vérité marchent devant Toi".
|
C'est la citation du psaume 89, 15. Encore une fois, disons que le message apporté par
la preuve d'une citation ne se comprend dans le judaïsme qu'en se reportant à tout
le contexte de cette citation: tout ce psaume 89 explique pourquoi nous chanterons
la bonté et la fidélité de Hachém: elle rayonne sur
l'ensemble du monde et tout le monde est une démonstration de ces qualités.
D'où le bonheur de notre peuple amoureux ('hassid) qui connait ces faits
et en reçoit les enseignements. Par cela même il est protégé à jamais
et aucun ennemis ne pourra l'abattre, mais il doit aussi vivre en concordance
avec ce trésor et avec cet amour protecteur sinon il s'attirerait des
ennuis par sa seule faute.
Cette citation utilisée pour expliquer la lettre en fait un véhicule
direct de toute cette réalité et non seulement un objet de transmission:
àl'intérieur des dynamiques divines qui circulent.
|
Et d'où (comprend-on)
que Ses paroles
sont éméte, vérité? C'est qu'il est dit: "la tête de Tes paroles est
éméte, vérité".
|
C'est la citation du psaume 119, 159-160. Cette expression curieuse: "la
tête de Tes paroles est éméte, vérité" doit
attirer l'attention et voici la citation complète
qui explicite: "Vois comme j'aime Tes prescriptions,
Hachém, selon Ta bonté, 'héssed, fais-moi
vivre. La tête de tes paroles est éméte,
vérité, éternel est tout jugement de
Ta justice".
Rappelons-nous que tout cela nous est dit simplement à propos d'une lettre:
pour nous montrer de quoi elle est la transmission directe, non comme facteur
simplement mais comme participation à une vie à nous proposée.
Lire maintenant le psaume 89 deviendra compréhensible sur l'intimité de
communication qu'ouvre la liaison qu'est la lettre. Nous pouvons maintenant lire
et comprendre parfaitement chaque mot du psaume 19 d'où est tiré la
citation suivante du verset 10. Bien comprendre ce qu'est une lettre hébraïque,
ùelle est insérée.
|
Et d'où (comprend-on)
que ses jugements
sont des jugements de "émete"? C'est qu'il est dit: "les jugements de
Hachém sont vérité, ils sont parfaits tous ensemble".
Et toutes Ses voies
sont 'héssed, bonté et éméte, vérité, comme il est dit: "toutes les voies
de Hachém sont 'héssed, bonté et éméte,
vérité, pour ceux qui respectent son alliance et ses prescriptions".
Nous venons de terminer le premier enseignement de Ribbi Aqiva. La dernière
citation est dans le psaume 25,10 et ce psaume nous montre alors, concrètement,
comment vivre en conséquence. Puis, dans cette proximité, le dialogue
du psaume devient un échange que je vous laisse aller découvrir.
Etudier ainsi auprès des grands sages d'Israël, en direct, apporte
le contact avec la source. Nous en sommes capables chacun de bénéficier
de cet enseignement.
Apprenons
maintenant succinctement sur ce Maître:
Il est de la 12e génération des tannaïm
qui s'étend de l'an 110 (3870) sous Trajan à la chute
de Bar Korba à Bétar en 135 (3895) sous Hadrien.On
y trouve les grands disciples de Ribbi Éliêzér
Haggadol :
Ribbi Âqiva ben Yossef à Bné Braq (BQ 5
a, BQ 6), parfois nommé Qor'ha.
Il est le disciple de Ribbi Yehoshua ben 'Hanania, de Na'houm
iche Gamzou et de Ribbi Éliêzér.
Il a formé les plus grands de sa génération dont Ribbi
Yichmâel et Ribbi Méïr (SAK).
Ses collègues d'étude étaient particulièrement
Ribbi Yehoshua ben 'Hanania, Ribbi Yichmâel ben Élicha, Ribbi
Chimeône ben Azzaï, Ribbi Tarfone.
Il a vécu la destruction du Temple et y a survécu 68 ans. Bien
qu'il commençât à s’adonner totalement à l’étude à l’âge
de 40 ans seulement (et grâce à son épouse Ra'hel), il
parvint à être l'un des Sages du Grand béit dine (tribunal)
de Jérusalem.
Il développa la yéshiva de Bnéï Braq et commença à recueillir
l'ensemble des traditions et les ordonna très bien, "en anneaux
comme dans un collier". Il soutint la révolte de Bar Korba et périt
dans de grandes souffrances avec les 10 martyrs nommés âsséra
arouguéï malkhoute. C'est de lui qu'il est dit : "il
faut attribuer une michna anonyme à Ribbi Méïr, une tossefta
anonyme à Ribbi Né'hémia, un Sifra anonyme à Ribbi
Yéhouda, un Sifré anonyme à Ribbi Chimeône et tous
ces enseignements viennent de Ribbi Âqiva", leur maître.
Voici les élèves
de Ribbi Âqiva et ses collègues d'étude :
- le grand Ribbi Méïr (BQ 16 a, 46 ; 23 b...). Son
nom d'origine était Ribbi Miacha ; ce nom de Méïr,
venant de la racine signifiant "lumière", lui
fut donné parce qu'il illumine les yeux des Sages. Beaucoup
d'enseignements rapportés par lui sont mis sous le nom de
(a'hérim omerim, d'autres disent ; BQ 11 a ; 33 a ; CC 35
; cette expression indique qu'il tient cet enseignement de son
maître Élichâ ben Abouya surnommé, l'autre,
en 'Haguiga 15 a. Cette expression concerne parfois Ribbi Natane).
Il s'agit de Ribbi Méïr quand il est dit : un élève
rapporte une tradition de Ribbi Yichmâel devant Ribbi Âqiva car il
reçut son enseignement de Ribbi Âqiva et de Ribbi Yichmâel, élève
lui-même de Ribbi Âqiva.
Ses collègues d'étude cités par diverses sources étaient
: Ribbi Yéhouda, Ribbi Yossé ben 'Halafta dont il s'agit quand
on trouve seulement le nom Yossé (BQ 20 b ; 21 b), Ribbi Chimeône,
Ribbi Elâzar ben Chamouâ, Ribbi Yo'hanane Hassanedélar, Ribbi
Né'hémia.
La halakha ne fut pas retenue selon la démonstration qu'en donna Ribbi
Méïr, non pas parce qu'il se trompait mais parce que son niveau de
compréhension était beaucoup trop au-delà de la mesure de
sa génération. Le talmud insiste sur la grandeur de son épouse
Brouria, reconnue pour ses compétences halakhiques par les grands de son
temps, qui était capable d'étudier en un seul jour 300 traditions
de 300 Sages, apprenait aux étudiants les méthodes de l'étude
et les corrigeait à ce sujet et donnait à son mari l'interprétation
exacte de versets concernant la prière.
- Ribbi Chimeône bar Yohaï (BQ 17 a, 17 ; 20 a ; 84
a) est connu comme le rédacteur de la tradition qui allait
devenir le livre du Zohar. Il exprima sa vive opposition à Rome
et dut, pour son intransigeance, passer 13 ans en cachette, avec
son fils Ribbi Elâzar, dans une grotte.
Il est un des élèves de Ribbi Âqiva en même temps
que Ribbi Méïr, Ribbi Yehoshua Haggarsi, Ribbi Yossé ben
'Halafta, etc.
Il est le maître de Ribbi Yéhouda Hannassi et de Ribbi Chimeône
ben Yéhouda.
- Ribbi Yéhouda ben Ilaï ; on le trouve nommé derrière
l'appellation "un 'hassid, un pieux" : ('hassid é'had,
BQ 50 b). La guémara lui donne toujours la préséance
dans la liste des intervenants sous l'appellation de Ribbi Yéhouda
sans indiquer son père (Ribbi Yéhouda seul peut aussi
désigner Ribbi Yéhouda bar Yé'hézqel,
que l'on ne peut confondre avec le tanna précédent
car il est, lui, de Poumbédita à la fin du 3e siècle
; voir BQ 3 b, 44).
- Ribbi Né'hémia (BQ 17 a, 4) : la halakha va selon
son opinion contre celle de Ribbi Yéhouda dans leurs disputes
(mais le Rambam n'accepte pas cette règle).
- Abba Chaoul (BQ 11 a, 1), etc.
|
Autre
point (Davar a'her). Le mot alef (est composé des initiales des
mots) éfta'h (j'ouvrirai), lachone (langue), pé (bouche)
et en sens inverse:
pé (bouche),
lachone (langue), éfta'h
(j'ouvrirai). Ha
Qaddoche baroukh Hou, le Saint Béni soit-Il, a dit: éfta'h
(j'ouvrirai), lachone (langue), pé (bouche) de tout être de
chair et de sang pour qu'ils louent devant Moi chaque jour et Me considèrent
comme Roi dans les quatres directions de l'univers, car s'il n'y avait
pas le chant et les cantiques qu'ils disent devant Moi chaque jour,
Je n'aurais pas créé Mon monde. Et d'où sait-on
que Ha
Qaddoche baroukh Hou, le Saint Béni soit-Il, n'a pas créé
le monde si ce n'est pour le chant et le cantique, c'est qu'il est
dit: "Majesté et Splendeur sont devant Lui, force et beauté
emplissent Son sanctuaire".
|
C'est la citation du psaume 96,6: "Majesté (hod)
et Splendeur (hadar) sont devant Lui (léfanav), force (ôz) et beauté (tiférét)
emplissent Son sanctuaire (bé miqdacho)". Ces termes hébraïques
sont ce que l'on connait au sens littéral, le pchate, mais ce sont aussi
des étapes dans la descente de la bénédiction, ce que l'on nomme des
sphères ou séfirotes. Mais la connaissance de ce que c'est ne peut être
atteinte que après la connaissance de toute la Torah au niveau du pchate,
et du Talmud qui étudie toutes les questions soulevées jusque dans la
vie pratique selon la Torah (halakha). Donc, ce serait vraiment folie
que de nous représenter ces notions au niveau de
ce qu'elles
disent
en réalité simple. Et toute personne qui prétendrait être capable de
l'enseigner avec facilité à ceux qui n'ont pas accordé tout le temps
de l'étude nécessaire,
nous révèlent par là qu'ils sont des imposteurs; ils ne sont pas rares. Il
y a aussi des niveaux du middrache qui éveillent le coeur en belles images,
ce n'est pas inutile mais il faut le situer à ce niveau.
|
"Majesté (hod)
et Splendeur (hadar) sont devant Lui (léfanav), force" se
produit dans les Cieux, et "force
(ôz) et beauté (tiférét) emplissent
Son sanctuaire (bé miqdacho)" se produit sur terre. Les
cieux recouvrent Sa majesté et Sa louange emplit la terre comme
il est dit: "Sa splendeur se répand sur les cieux et Sa gloire
emplit la terre".
|
C'est la citation du prophète Habacuc 3,3: "Sa
splendeur se répand sur les cieux (kissa chamaim hodo)et Sa gloire
emplit la terre (ou téhilato maléa haarets)". Mais
il faut toujours aller lire le contexte quand on fournit une citation;
voici le contexte: "Hachém, j'ai entendu Ton message et j'ai été pris
de crainte; l'oeuvre que Tu as projetée, Hachém, fais-la surgir au cours
des années, au cours des années fais-la connaître. Mais, au milieu de
Ta colère, souviens-Toi de Ta clémence. Hachém s'avance du Téman, le
Saint s'avance du mont Parane. Eternellement (sélah). Sa
splendeur se répand sur les cieux (kissa chamaim hodo)et Sa gloire
emplit la terre (ou téhilato maléa haarets). C'est un éclat
éblouissant comme la lumière, des rayons jaillent de Ses côtés et servent
de voile à Sa grandeur"... Nous trouvons là aussi bien la description
de la Gloire divine et notre assurance envers cela, mais aussi le besoin
de demander la réalisation prochaine des promesses. Et, on le voit, contrairement
aux divagations de faux prophètes qui nous annoncent sans cesse que tout
va se réaliser demain et que eux le savent, le prophète Habacuc nous
enseigne qu'il faut demander à D.ieu qu'Il se fasse connaître. C'est
une téfila, une prière.
|
Et d'où sait-on
que
Ha Qaddoche
baroukh Hou, le Saint Béni soit-Il, a créé
les cieux pour le chant (chira), c'est qu'il est dit: "les cieux
racontent la gloire de D.ieu.
C'est la citation du psaume 19: "Au
chef des chantres. Psaume de David. Les cieux racontent la gloire de
Dieu, et le firmament proclame l’œuvre de ses mains. Le
jour en fait le récit au jour, la nuit en donne connaissance à la
nuit. Pas de discours, pas de paroles, leur voix ne se fait pas
entendre. Sur toute la terre s’étend leur harmonie,
et leurs accents vont jusqu’aux confins du monde, là où Il
a assigné une demeure au soleil. Celui-ci, pareil au jeune époux
sortant de sa chambre nuptiale, se fait une joie, tel un héros,
de parcourir sa carrière. Son point de départ est à l’extrémité des
cieux, son orbite embrasse leur étendue: rien ne se dérobe à sa
chaleur. La doctrine de Hachém est parfaite: elle réconforte
l’âme. Le témoignage de Hachém est véridique:
il donne la sagesse au simple. Les préceptes de Hachém
sont droits: ils réjouissent le cœur. Le commandement de
Hachém est lumineux; il éclaire les yeux. La crainte
de Hachém est pure: elle subsiste à jamais. Les jugements
de Hachém sont vérité: ils sont parfaits tous
ensemble; plus désirables que l’or, que beaucoup d’or
fin, plus doux que le miel, que le suc des rayons. Aussi Ton serviteur
les respecte-t-il avec soin: les observer est d’un haut prix. Qui
peut se rendre compte des faux pas? Laisse-moi indemne des [fautes] cachées!
Plus encore, préserve ton serviteur des fautes
volontaires, qu’elles n’aient pas le dessus sur moi! Ainsi
je me rendrai parfait et pur de grands péchés. Que les
paroles de ma bouche et les pensées de mon cœur soient agréables à tes
yeux, Hachém, mon rocher et mon sauveur!"
Si nous n'avions pas lu tout ce psaume, nous aurions fait une erreur
de méthode dans l'étude et nous aurions vu simplement une
description d'un beau spectacle" mais maintenant nous comprenons
qu'il y a cohérence
entre la beauté des cieux et la beauté de la Torah et la
beauté du coeur
et de la conduite de l'homme. Nous en arrivons à demander l'aide
du ciel pour que notre coeur et tout notre être entièrement soient
conformes à ce
programme déployé devant nous par la beauté des
cieux.
|
(peinture de
Roee Suffrin)
Et d'où sait-on
que du jour où Ha Qaddoche baroukh Hou, le Saint
Béni
soit-Il, a créé la terre, elle dit un chant (chira). C'est qu'il
est dit: "Du bout de la terre nous entendons des cantiques: "Gloire
au juste!".
C'est la citation de Isaïe 24, 16 et vous allez découvrir à nouveau
que cette belle description est à comprendre dans le décor d'ensemble
où la vie est cruelle dans le mal qu'elle veut exercer, mais notre fidélité à la
Torah fera que le bien gagne dans le ciel et gagnera sur terre. Voici le texte: " Du
bout de la terre nous entendons des cantiques: "Gloire au
juste!" Mais moi je dis: "La misère est mon lot,
la misère est mon lot! Malheur à moi! Les violents
exercent leurs violences, ils poussent au comble leurs violences.
Epouvante, fosse et piège vous menacent, habitants de
la terre. Quiconque prend la fuite devant les cris, de l'épouvante
tombe dans la fosse, et, s'il remonte du fond de la fosse, il est
pris dans le filet: les écluses s'ouvrent dans les hauteurs
célestes et les fondements de la -terre sont ébranlés.
La terre éclate en se brisant, la terre tombe en pièces,
la terre vacille étrangement. La terre chancelle comme
un homme ivre, elle est secouée comme une hutte; elle est écrasée
sous le poids de son iniquité, elle tombe et ne peut plus
se relever. En ce jour, Hachém châtiera les milices
du ciel au ciel et les rois de la terre sur la terre. Ceux-ci
seront réunis en tas comme des prisonniers au bord d'une
fosse, ils seront enfermés dans la geôle; seulement,
après de longs jours, on pensera à eux. Et la
lune sera couverte de honte, le soleil de confusion, car Hachém-Tsévaotes
régnera alors sur la montagne de Sion et à Jérusalem,
et sa gloire brillera aux yeux de ses anciens". Il est indispensable
que nous nous souvenions de l'ensemble des défis et des combats
véritables sans nous laisser tomber au niveau de la seule politique
des luttes d'intérêts. Notre salut de toute la planète tient à
ceci: les Juifs ont à vivre leur Torah qui a décrit les véritables
enjeux. Ne nous laissons pas tromper par les fêtes de consommation,
ni par les haines des groupuscules ou des religions. Voyons avec
recul, avançons dans l'éducation, solides dans notre identité inscrite
dans les Cieux et la terre et marchons, forts, au milieu de ce
vacarme.

|
(peinture de
Roee Suffrin)
Et il n'y a
pas de tsaddik (juste) si ce n'est Ha Qaddoche baroukh Hou,
le Saint Béni soit-Il, comme il est dit: "Hachém est juste
en toutes Ses voies".
C'est la citation du psaume 145,17. Pour le comprendre, lisez
l'étude du psaume précédent, le 144, ici. C'est le bonheur
dans notre vie parce que Hachém est bon. Voici le texte du psaume 145: " Louange
de David. Je veux t’exalter, ô mon Dieu, ô Roi, bénir
ton nom jusque dans l’éternité. Chaque jour je
Te bénirai, je célébrerai Ton nom à jamais.
Grand est Hachém et justement glorifié, sa grandeur
est sans bornes. Une génération vante Tes œuvres à l’autre,
et proclame Tes hauts faits. La splendeur de Ta glorieuse majesté,
le détail de Tes merveilles, voilà ce que je veux raconter.
Tous célèbrent la puissance de Tes prodiges, et moi aussi
je veux annoncer Ta grandeur. Ils ne tarissent pas sur la gloire de
Ta grande bonté, et ils chantent Ta justice. Clément
et miséricordieux est Hachém, tardif à la colère
et abondant en grâce. Hachém est bon pour tous, Sa pitié s’étend à toutes
Ses créatures. Toutes tes œuvres Te louent, Hachém;
et Tes fidèles adorateurs Te bénissent. Ils célèbrent
l’honneur de Ta royauté, et disent Ta puissance, pour
faire connaître aux fils de l’homme Tes hauts faits et
l’éclat
glorieux de Ton règne. Ta royauté remplit toute l’éternité,
et Ta domination se prolonge d’âge en âge. Hachém
soutient tous ceux qui tombent, et redresse ceux qui sont courbés.
Tous les yeux se tournent avec espoir vers Toi, et, Toi, Tu leur donnes
leur subsistance en temps voulu. Tu ouvres la main et rassasies avec
bienveillance tout être vivant. Hachém est juste en
toutes Ses voies, et généreux en tous Ses actes. Hachém
est proche de tous ceux qui L’invoquent, de tous ceux qui L’appellent
avec sincérité. Il accomplit les désirs de Ses
fidèles, entend leurs supplications et leur porte secours. Hachém
protège
tous ceux qui L’aiment, mais Il
anéantit tous les impies. Que ma bouche dise les louanges de
Hachém, et que toute créature bénisse Son saint
nom à jamais!"
Voilà tout ce que nous aurions perdu si nous n'avions pas su qu'une
citation n'est qu'un poteau indicateur sur la route. Maintenant, nous
avons ouvert
l'éventail et nous comprenons la richesse éducative de ce Middrache
de Ribbi Aqiva et des lettres hébraïques. Tout cela devrait
nous apparaître en regardant chaque fois une seule de ces lettres alef,
par le jeu des deux youd en haut (ciel) et en bas (terre) que nous
devons réunir avec notre corps au centre comme s'il tendait les deux
bras dit
le Zohar.

|
(Peinture
de Esther Guénassia, lien ici)
La
lettre "alef", selon le livre "Roch Miline" du Rav Kook
(lien
ici concernant le Rav Kook).
Voici
son enseignement. Je place de nombreux mots en hébreu pour être en relation
directe avec ce qu'il dit, et aussi pour apprendre l'hébreu.
Vous verrez alors combien les mots simples de l'hébreu
sont reliés à l'essentiel et
vous découvrirez ainsi que vous êtes capables de
parler hébreu
ou de penser en hébreu spontanément à des
niveaux très centraux,
vitaux, essentiels.
De plus, chez le Rav Kook, ses mots sont au
coeur des secrets de l'hébreu et ils sont des carrefours
multiples de sens et de références. Mais nombreux
sont ceux qui simplifient l'enseignement du Rav Kook et le ramènent
au seul concept presque politique de la sainteté de la terre
d'Israël. On passe
alors à côté de tout le visage: comme quelqu'un
qui résumerait une
symphonie de Beethoven ou toute son oeuvre aux fameuses quatre
premières notes de la 5e symphonie. Le Rav Kook est poète,
et chaque phrase du Rav Kook juxtapose presque les mots sans précision
de liaison pour ne pas limiter l'expression à un sens unilatéral
de conjonctions de subordination avec tous les points et virgules
qui enserrent
le sens et l'empêchent
d'ouvrir plusieurs fenêtres. A l'inverse, la culture française
a poussé à l'extrême, depuis le 17e siècle
avec Descartes, ce découpage et cette limitation de la pensée
dans la phrase ("Je pense, donc je suis"; mais la plupart
des langues anciennes, encore reliées à la
chose et à l'acte
dans la pensée comme disait Levi-Strauss, ont cette
richesse de l'allusion multiple. Ce qui est comique chez Lévi
Strauss, ce Juif, c'est qu'il a découvert cela dans l'Evangile
et ose dire: dommage que
nous n'ayons pas de témoignage plus ancien que ce texte
sur cette forme tellement riche de langage et du mot. Il était
ignorant de la source hébraïque et aussi de cette source
dans d'autres langues fondatrices de l'humanité qui existent
encore comme le chinois, le persan, qui n'ont pourtant pas en même
temps la même simultanéité du sens ancien et
présent. Ni le latin ni
le grec ne sont identiques à l'italien ou au grec actuel,
l'hébreu
oui. Commençons le texte après ces précautions
nécessaires.
De tout cela, il s'ensuit que de multiples autres traductions sont
aussi valables que la mienne et seront complémentaires.
Ainsi de la Torah traduite, voilà pourquoi il y a tant de
commentaires et tant de 'hidouchim, de renouvellements découverts
(au sens propre, car ils étaient là mais recouverts par le regard
aveugle). A chacun, donc, de lire et de se laisser créer
de l'intérieur par ce texte. Le voici.
"Le alef témoigne (méîd) en nous (banou)
de la pensée (ma'hchava)
du commencement (réchite), le début (hat'hala) primitif
(qédouma).
Nous regardons (tsofim) sa grandeur (guédoulata), et nous sommes
stupéfaits (michtomémim) de l'excellence (youqra)
de sa vision ('hazia).
Elle nous dit : dire éternellement d'écouter (léhaqchiv),
d'apprendre (lilmod), d'étudier (léélef)".
Commentaire.
Soyons
sensibles aux sens des mots.
1. Le Rav ne dit pas que le alef signifie,
veut dire, etc mais "témoigne": cette lettre est une
manifestation, une action vivante, une relation entre trois 'lui, moi,
la relation), une révélation.
2. L'expression: "le alef témoigne (méîd) en nous (banou)" insiste
sur une participation de nature entre ces niveaux élevés
et nous, et sur le fait que cela est situé dans un centre intérieur
avec lequel nous pouvons être reliés.
3. L'expression " le début (hat'hala) primitif (qédouma)"
souligne notre capacité à être reliés à la
source initiale de tout.
4. La
suite confirme qu'à partir de cette seule lettre nous sommes stupéfaits
de pouvoir atteindre à une telle relation sublime et qui est la
pensée
initiale sur tout: " le début (hat'hala) primitif (qédouma)".
5. En
fonction de cela, nous arrivons à un autre point; l'expression "Elle nous dit : dire éternellement d'écouter (léhaqchiv),
d'apprendre (lilmod), d'étudier (léélef)" nous
enseigne qu'il est possible de réaliser ce contact, de développer
par nous-mêmes cette compréhension, de l'élargir
considérablement
et cela se nomme "étudier".
6. Voilà pourquoi
l'étude est tellement importante en hébreu
et dans le judaïsme. Mais ce n'est pas une seule étude
réalisée
par petit intellect de type cartésien ("je pense donc
je suis"), le mot hébraïque signifiant
étudier est le verbe "alef, un", ce qui signifie clairement
non seulement que l'on atteint cette unité par l'étude,
mais aussi que l'étude ne
devrait être que dans une rencontre, et une rencontre qui soit
liée
à la source de l'être, au UN essentiel qui crée,
vient jusqu'à nous et est déjà présent en nous. C'est pour cela que
le Livre des Proverbes 22, 25 donne au mot alef le sens de "apprendre
et assimilier, intégrer" quand il dit: "de peur que tu en viennes à
apprendre, assimiler,
intégrer leur façon de vivre et t'engager toi-même dans un piège". Cette
intégration est très puissante puisque le Livre de Job 15,5 dit "ki-yéaléf
âvonékha fikha vé tiv'har lkéchone âroumim, car ton péché insuffle ta
bouche et tu adoptes le langage de la mauvaise foi". Elle demande
donc que l'on soit vraiment centré sur cette relation comme le dit ce
livre en 33,33 :""ha'haréch vaaakkéfkha 'hokhma, tais-toi et je t'enseignerai
la sagesse".
7. Et,
alors et essentiellement, ce lien (la source, moi et cette relation
d'étude)
est "un-seul": donc, on le nomme 1, alef.
8. Si
nous avions lu trop rapidement ce texte si simple du Rav Kook, nous
n'aurions pas saisi sa richesse "sublime" ni sa démonstration
avançant calmement
comme plusieurs marches.
9. Il
faut donc une "lecture-méditation" agissant dans une vibration
du coeur pour saisir et lire vraiment ces textes de la tradition. Beaucoup
parcourent
le monde à la recherche de sagesses occultes lointaines et n'ont
pas pris connaissance du trésor qu'ils ont en leur propre demeure
depuis des millénaires car on ne les leur a pas transmis et ils
cherchent à juste titre. Et, finalement, ils entendront là-bas
des bribes de ce même discours s'ils ont le privilège de
connaître ces langues ancestrales
et d'entendre de véritables maîtres qui seront aussi là-bas
loin de toutes idoles. Et ils se rappelleront alors, dans une écoute
nouvelle qu'il y avait ce trésor chez eux, plus une révélation
qui fut donnée à Avraham, dont
le nom est semblable à toute la Création elle-même:
béhibaram.
Il faut une lecture-écoute et intérieure comme elle est symbolisée
dans ce tableau.

|
Continuons
après
la lecture de ces deux ou trois lignes du Rav Kook!
"Et "oulpane"
c'est la traduction (targoum) de l'étude (limoud). L'âme, la néchama,
sait (yodaate) que tout un chacun qui vient dans l'étude n'est
pas original-originaire. Originale-originaire
est l'idée (raâiyone) intérieure (pnimi) qui
n'est pas exprimée qui était (haya) et sera (yiyé)
l'héritage (na'hala) du monde dans le grand jour où l'homme
avec (éte) son frère (é'hav) et l'homme avec
son prochain n'étudieront plus pour connaître (ladaâte)
Hachém, car (ki) tous (koulam) ke connaîtront depuis
les petits jusqu'aux grands. L'étude, elle, est une traduction,
l'arrière du visage (panim) qui pense, pas le réveil
de la néchama mais encore l'assoupissement. C'est la voie
de l'enseignement".
Commentaire
En raison de l'indentité du mot alef (un, 1) et du
mot étudier,
le Rav va préciser les différences entre Celui
qui est le Seul un, et la néchama, et celui qui étudie,
et son étude.
1. Le Rav ouvre logiquement un nouvel horizon:
l'étude ne commence pas par la volonté ni la création de l'homme mais
elle rencontre ce qui existe en "premier (alef)". Et elle
l'enseigne. Et
2. Tandis
que notre néchama connaît, elle, par nature, cette source.
3. Il continue en démontrant une hiérarchie précise et une restriction
à notre niveau; chaque dynamique est placée dans sa justesse, similitudes
et différences et spécificités.
|
"L'expression
(bitouy) proche (qarov) du alef nous conduira à penser à quatre
marches du chiffre: unités, dizaines, centaines, milliers;
la réflexion
(hahigayone) scellée ('hatoum), la réflexion de la
pensée,
la réflexion verbale
(milouli), et la réflexion intégrée (nichmâ).
L'étude
arrivera dans ce quatrième dispositif (maârakha reviîte)
dans la réflexion intégrée, assimilée, dans la fouille (kériah)
des oreilles (oznayim), la quatrième niveau dont l'abondance (ribouyah)
est restreinte.
La lettre
youd qui est la partie supérieure (élionah) du alef nous fait
souvenir de la richesse qui est la source de toute force qui
en descend.../... et le youd qui est la partie inférieure du
alef en est la base de réalisation concrète (mamachi).
.../...et
de là parvient vers le bas les courants raffinés (mézouqaq) qui
se diffusent (hamitpatsel) à l'infini (ein sof) et qui construisent
des mondes (habonim ôlamot) sans interruption (ein takhlite).
Et tous s'unissent (mita'hadim) en une seule unité (bé 'hativa
a'hat) . Et
un éclair
de lumière
(barak or) surgit et illumine (yair) du commencement de
toutes les lumières (réchite haorim), c'est le alef dans la forme
de son écriture (bé tavnito hamikhtavit).
Commentaire
Le Rav nous montre là comment la vision graphique de la lettre alef
nous dépeint la dynamique de l'existence toute entière et notre unité
personnelle qui est composite: le dessin de la lettre est une combinaison
de deux lettres yod, une au dessus et une au dessous reliées en unité
par une barre qui est en même temps une séparation:

Il
y a à la fois deux plans, et
une séparation-lien
qui assure aussi une unité.
Cela explique la Création mais surtout
cela nous informe sur la relation constante
de notre être aux niveaux supérieurs
qui créent notre matière et nos niveaux
moins spirituels, plus intellectuels;
mais cela nous rappelle qu'il y a un
flux constant et créatif en nous. Il
s'agit donc d'en être conscient et de
laisser ce flux agir en nous et dans
la réalité extérieure. Le judaïsme a
conscience de cet ordre global de l'univers
et des êtres humains et ce flux est
la bénédiction que le judaïsme est chargé
de laisser s'écouler dans le monde pour
qu'il vive. A ce niveau, il n'y a pas
de différence entre la physique du monde
et la morale. C'est l'ordre vivant,
le Séder comme on dit du rite de Pessa'h,
la pâque juive. Et
le Rav termine son article en disant
que ce processus de vie s'écoule ensuite
dans l'ensemble des autres lettres.
Il y a beaucoup à intégrer
dans ce texte:
- apprendre à nous mettre en relation
de contact, d'écoute, de conscience,
de sensation, de réceptivité, avec chacun
de nos différents
niveaux,
- ensuite,
en maintenir cette conscience par
une méditation,
-
y revenir ensuite dans la journée
et dans les actes.
Cela, à notre
avis (lé ânioute déâti),
est condensé dans
les trois premiers mots que nous disons
le matin: "modé ani
léfanéikha,
je reconnais et merci que je suis devant
Toi". Etudier
ici la page qui est consacrée à ces
premiers mots du matin.
J'essaie
de rendre, pour la pédagogie, cette triple composition
de l'être à notre niveau par cette esquisse de
l'homme
en forme du alef:
- il reçoit les influx supérieurs et s'oriente
vers eux de toute sa possibilité que le bras
droit et la tête indiquent, recevant cet au-delà
de ui qui le pénètre.
- il reçoit également les influx du bas de toutes
les forces matérielles qui ne sont pas mauvaises
mais sont vie dans la matière.
- la ligne jaune en diagonale intègre ces deux
champs et les unit en soi.
- et cette diagonale est celle de la marche dynamique,
du "va" dit à Avraham ou à Yehoshua, ou à Moché
rabbéinou, ou à tous ceux qui sont sortis d'Egypte.
- il est ainsi en unité symbolisée par le cercle
vert.
- il possède la symétrie calme que d'autres civilisations
représentant de grands méditants ont toujours
représentés; mais, à la différence, il n'est
pas assis mais il marche; c'est une dynamique,
une halakha, une avancée, un progrès.
- nourri par ces forces du alef, il est aussi
solide que ce que voulaient exprimer les colonnes
typiques de la puissante civilisation égyptienne
mais, à la différence de leurs représentations,
il n'a pas d'armes, ni arc ni flèches ni chars
que D.ieu a précipités dans la mer; c'est lui
même qui est force et d'une force qui est celle
de la Création, comme D.ieu l'a dit à Yehoshua:
"je suis et je serai avec toi (éhiyé îmakhe);
quant à toi, donc, sois fort et courageux ('hazak
vé émats)".
|
Les
niveaux de la qabale sur la lettre alef
Les
niveaux de la qabale sur la lettre alef ne pouvant être
compris sans se tromper que de la part des étudiants
avancés et ayant appris auprès de maîtres
qualifiés dans tous les niveaux de la connaissance de
la Torah, ils ne seront pas exposés sur le site. Mais
en voici les références pour ces étudiants:
- Séfer Ets 'haïm du Ari, z"al: Chaâr 39,1 et 73,2 et
74, 5-8
- Quelques références précises dans le Zohar: I, 3,a-b et
21a et 32b et 200a et 205b et 234b et 239a et 262b. II 109a et 123a et 234b.
III, 2a-b et 53b et 73a et 163b et 193b et 223b et 235b et 295b. Tiqouné Zohar
Aqdama 6b et 7a et 12a et 15,a-b et 16a et 19b et 20b et 40b et 41b et 42a et
59a et 80b et 88 et 99a et 107b et 116a et 120b et 123a et 126a et 133,a et 135a-b.
Zohar Yitro 48b. Zohar Chir ha chirim 74b et 80b. Zohar Hadach Berechit 9a.
A suivre, mais il y a encore beaucoup à intégrer
dans cela.
Prochainement
la suite. Elle nous parle de quel don de bonheur et de chant
D.ieu a voulu nous faire par ses lettres.
|
|