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Règles du Copyright - Traduction et commentaires par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour basés sur les livres de nos Sages
 
Etude sur la lettre hébraïque
Véhicule de la sainteté et de la Création


(Peinture de Esther Guénassia, lien ici)

Pourquoi ai-je choisi l'illustration de ce peintre pour nous approcher de cette oeuvre que nous étudions?
Parce que l'étendue de la touche et sa sensibilité font prendre conscience de la chaleur, de la vie et des courants.
L'écoute est bien réglée et peut commencer.


Scénario et commentaires par le Pr Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour
© Les textes de Modia sont mis gratuitement à votre disposition par l'auteur, selon la mistva obligatoire pour le Juif qui est d'étudier et d'enseigner simultanement. Vous pouvez donc imprimer et dupliquer ces textes pour l'étude personnelle, familiale, amicale, et de groupe, ou pour l'enseignement. Bien entendu, selon la Torah, en ne supprimant pas le nom de l'auteur et l'adresse du site. Les sites, livres et bulletins ne peuvent faire qu'un lien vers ces textes sans les capter au delà de ce qui est autorisé par les règles habituelles du Copyright.



PLAN


1. Connaissance générale du sujet:
Lire l'écriture hébraïque ancienne (du Sinaï au Second Temple environ) dans les inscriptions, pièces, etc. qui traduisent la continuité et l'ancienneté de notre peuple et de ses traditions.
Lire l'alphabet actuel sous différentes formes.
Lire l'écriture dite de Rachi (indispensable).
Lire l'écriture manuscrite sépharade.
Les niveaux de la qabale sur la lettre alef.

Sur ce lien vous arrivez directement à 134 pages de Modia où sont décrites des merveilles des lettres hébraïques dans la Torah.


2 La forme de la lettre alef


3 LE TEXTE. Traduction du Middrache des lettres de Ribbi Aqiva
La lettre alef: 1
La lettre beit: 2 (nouvelle insertion)

 


Pourquoi ai-je sollicité les oeuvres de Esther Guénassia dans cette page?
Betsalel , homme d'art, extérieurement et intérieurement, pouvait exprimer la qédoucha au mieux et sans les mots usés.
Des artistes de qualité nous rendent, ainsi quelque peu mieux qu nous-mêmes, sensibles intérieurement alors que la lecture des mots risquerait -à ces niveaux- de nous enfermer dans l'intellectuel qui raisonne, discute et ne reçoit pas.
J'ai rencontré l'artiste et l'ai interrogée sur son oeuvre des lettres pour qu'elle tente quand même pour vous d'exprimer sa "rencontre", non pour faire de la théorie à partir de ses tableaux ni de ses mots.? Voici:


Cette peinture surgit d'un travail de nombreuses années de méditation sur la richesse des lettres hébraïques selon la tradition. (Elle ne connaissait pas l'ouvrage des Otiotes de Rabbi Aqiva et je le lui ai remis, en hébreu, évidemment). Mais elle est nourrie des oeuvres très nombreuses de la tradition en ce domaine.
Elle me raconte d'abord sa relation avec les différentes couleurs qui ont des énergies très différentes pour nous relier à celles de la Création, comme un grand livre de prières.
Elle veille, dit-elle, à ne pas déformer la lettre car cette forme définie par la tradition, surtout celle qu'a précisée le Ari, condense les puissances; aussi travaille-t'elle plus sur les couleurs que sur la forme. Mais avec le souci ou le point d'équilibre faisant que le tableau restera (pour celui qui l'aura, va vivre en sa compagnie et le regardera de très nombreuses fois) un tableau qui rapproche de la méditation, de la prière et de la rencontre, du surgissement de l'invisible, et de la résonance.
Comment procède l'artiste pour cela?
Au début de chaque session de travail, elle relit des oeuvres de Torah ou des études faites sur elles en ce domaine, médite, et la couleur vient de l'intérieur de soi et donne la direction.
Alors, le peintre commence dans la visualisation et dans la matière jusqu'à un rythme équilibré qui donne à un moment un sens-direction, comme la musique. Les notes ou les couleurs se répondent entre elles. Elle travaille jusqu'à ce point, qui apparait parfois directement en une couche de couleurs et parfois le travail se poursuit beaucoup plus longtemps et en plusieurs couches qui évoluent.
Merci au peintre.

Lire ici cette même question pour l'oeuvre de Roee Suffrin
que j'ai utilisée avec sa permission dans cette page et sur d'autres études de Modia.

 


La forme de la lettre alef

Cette première lettre de l'alphabet hébraïque est composée de 3 éléments qui sont, à droite et à gauche, la lettre yod (i), et au centre la lettre vav (v).
Tout le sens de la lettre est compris dans la dynamique de ces trois éléments ainsi situés. Quels sont ces 3 éléments et quelles sont leurs dynamiques? Nous le découvrirons.
Cette lettre est ainsi écrite dans le texte de la Torah par le scribe (sofér stam)
sous cette forme quand il est de la tradition achkénaze:

et sous cette forme quand il est de la tradition sépharade:

Il est encore d'autres traditions d'écriture selon les communautés ou selon les mystiques.
N'oublions pas que l'écriture première de la Torah (kétav ivri, il y a environ 3300 ans) n'était pas celle-là et qu'il y a eu le passage à la forme d'écriture actuelle (kétav achourit), prise sur le modèle assyrien, il y a environ 2500 ans. Cette question est longuement exposée ici: l'écriture hébraïque ancienne (du Sinaï au Second Temple environ) dans les inscriptions, pièces, etc. qui traduisent la continuité et l'ancienneté de notre peuple et de ses traditions. Dans le Talmud, cette question est exposée dans le Traité Sanhédrine, page 21b. Voici les deux écritures.

Entrons maintenant dans la compréhension de l'alphabet hébraïque à partir d'un des textes les plus anciens, le Middrache des lettres de Ribbi Aqiva. Voyez les 63 pages de Modia dans lesquelles l'oeuvre de Ribbi Aqiva est présentée à propos de thèmes différents (lien ici). C'est l'un des plus grands sages de la période du Temple et de celle qui a suivi sa destruction. Tant par sa personnalité que par son oeuvre et son influence historique, il a eu et a un impact unique dans l'histoire du judaïsme.


Middrache des lettres de Ribbi Aqiva, selon le manuscrit de Qouchta, Venise

Traduction personnelle dans laquelle je place entre parenthèses les explicitations minimales pour comprendre l'abrégé du texte hébraïque. Quand cela est nécessaire, je place un commentaire dans un cadre.


La lettre "alef"

Ribbi Aqiva a dit: Alef. Qu'est alef? Cela (ce mot) nous enseigne que la Torah a dit (par le procédé nommé notaricone, par lequel chacune des lettres qui composent le nom alef devient l'initiale des mots suivants) Emete lamed pikha (vérité - apprend - ta bouche), cela pour que l'on mérite la vie de ce monde-ci. (Puis le texte renverse l'ordre des lettre du mot alef) Pikha lamed émete (ta bouche - apprend - vérité): pour que tu mérites la vie du monde à venir.


Nous découvrons ainsi déjà combien le mot hébraïque est composé comme les symboles chimiques dont chacune des lettres apporte la composition et les dynamiques de tout un corps. Mais, bien plus encore, une seule lettre comme le alef aura en plus de sa forme graphique une multiplicité de symboles dans les 3 lettres qui composent ce mot alef composé des 3 lettres: alef, lamed, pé. Et ce procédé se poursuit.
Ici le texte nous dit Emete lamed pikha (vérité - apprend - ta bouche) : Emete (vérité) descend d'en haut puisque la Torah est émete, vérité; et, donc, apprendre la Torah nous permet de pouvoir vivre dans ce monde terrestre selon la vérité divine d'En haut. L'autre dynamique Pikha lamed émete (ta bouche - apprend - vérité) est celle où notre corps apprend à se diriger selon cette vérité et gagne ainsi de pouvoir se rapprocher de la qualité du monde d'En-haut.
On pourrait objecter: pourquoi cela n'est-il pas dit si explicitement. La pratique de l'hébreu de la Torah donne cette lecture des dynamiques par abrégé et, d'ailleurs, les langues les plus anciennes comme le chinois ou le sanscrit ont les mêmes systèmes d'allusions multiples et dynamiques et non pas la description analytique fermée et mathématique des langues plus récentes qui pensent tout cerner en décrivant tout avec précision et perdent alors les multiples correspondances. Nous revenons maintenant aux sources.

Nous comprenons par ce texte de Ribbi Aqiva que le dessin de la lettre alef (alf) est composé de 3 constituants: un en haut, un en bas et un dans le milieu.

Il relie ainsi le monde d'en haut et ce monde-ci d'en bas et il a le pouvoir de les relier. Les différents livres du Zohar décrivent de multiples façons la correspondance entre ces trois mondes dans la lettre alef et parfois la similarité (youd, son i, en haut et youd en bas comme dans le alef sépharade), ou bien youd en haut mais dalet en bas comme dans le youd sépharade où les deux traits verticaux et horizontaux du dalet caractérisent bien notre monde concret.

Ce rapport entre les deux mondes est si essentiel et constant que le grand trait du vav placé en oblique est parfois décrit dans le Zohar comme le corps reliant les deux bras. Et cette lettre particulière a bien une reversabilité et symétrie comme l'indique Ribbi Aqiva. Ce lien est tellement fort qu'elle constitue la première lettre de l'alphabet et, pourtant, elle n'a aucun son en soi, pas plus que nous n'entendons le monde d'en Haut. Seule la voyelle qu'on placera sous elle lui en donnera.
En somme, les deux mondes sont différents et irréductibles mais, en même temps, ils communiquent toujours. Et ridicule le logicien cartésien qui ne comprend que le différent incompatible et, sûr de soi et de son savoir sur tout, et igorant son ignorance, affirme que seule sa pensée existe: il n'a pas compris ce 3. Il est alors probable qu'il ne comprendra pas plus la relation entre deux personnes, ces deux un qui peuvent aussi former un "nous", ce 1+1 qui fait 3. ou ce 1x1 qui fait 3.

 

Pourquoi? Parce que Ha Qaddoche baroukh Hou, le Saint Béni soit-Il est nommé émete, vérité. Et la base du siège sur lequel Il est assis est la vérité; et l'amour et la vérité marchent devant Lui.


C'est presque littéralement la citation du psaume 89, 15: "La justice et le droit sont la base de Ton trône, l'amour et la vérité marchent devant Toi". Mais il faut aussi comprendre à quel point ces deux termes "héssed vé éméte" (amour et vérité) sont constamment ensemble, par leur emploi commun multiple dans la Torah. Il faut aller se reporter à ces passages pour comprendre cela de façon réelle et variée. Voici donc ces passages: Béréchite 24, 27 et 24,49 et 32,11 et 47,29. Chémote 34,6. Yéhoshua 2,14 et 4,1. Samuel II 2,6 et 15,20. Psaumes 25,10 et 40,11-12 et 57,4 et 61,8 et 85,11 et 86,15 et 89,15 et 115,1 et 148,2. Proverbes 3,3 et 14,22 et 16,6 et 20,28. Nous apprenons ainsi combien l'enseignement des Sages suppose notre participation active et non pas seulement d'avoir entendu leur cours et, s'imagine-t'on, avoir ainsi compris.

Soyons sensible au fait que Ribbi Aqiva poursuit immédiatement en apportant le mot éméte qu'il ne faut pas voir seulement comme concept abstrait mais aussi dans son graphisme: il est composé de la 1e lettre de l'alphabet (alef), de la lettre du milieu (mem) et de la dernière lettre de l'alphabet (tav).


Le Maharal de Prague, dans son Nétiv ha émete (Sentier de vérité) développe longuement que ce mot couvre tous les sens par son extension et surtout les plus contradictoires et divergents, mais il les relie et les contient. Ces trois dimensions sont présentes dans le graphisme de la lettre alef. Et cela, même dans le graphisme ancien.

Nous devons donc toujours avoir une pensée triple: moi-l'autre-la relation, c'est le critère de la vérité. Celui qui reste dans le 1 de la pensée est seul avec soi, se prend pour D.ieu qui seul peut avoir une vision synthétique de la vérité. Nous verrons que notre monde commence par le 2 (différents): la lettre beit.


Et tout ce qui est de Lui, ce sont des paroles de éméte, vérité. Et tous Ses jugements, des jugements de vérité.
Et tous Ses sentiers qui orientent et font avancer sont bonté et vérité.


C'est la citation du psaume 25,10, et il faut lire tout ce psaume pour bien comprendre ce qu'on entend par les voies et les chemins et les sentiers de D.ieu.

Et d'où sait-on que Ha Qaddoche baroukh Hou, le Saint Béni soit-Il est nommé émete, vérité?
Parce qu'il est dit: Hachém Eloqim est émete.


C'est la citation du prophète Jérémie (Yérmiyahou) 10,10 qui ridiculise les fabricants d'idoles et le produit de leurs mains et déclare alors: "Tandis que Hachém Eloqim est vérité. Lui seul est un D.ieu vivant et un Roi éternel. Sa colère fait trembler la terre et les peuples ne peuvent pas supporter sa colère". L'auteur montre ainsi que D.ieu et sa lettre sont vérité, émet, ce qui donne à la lettre un statut et une puissance et une dynamique très particuliers, différents de toutes les autres lettres.

Et d'où (comprend-on) que Son siège sur lequel Il est assis est émet? C'est qu'il est écrit (Isaïe 16,5): "ainsi un trône sera affermi par 'héssed, la bonté, et sur lui sera assis en émete, vérité, dans la tente de David, un juge cherchant la droiture (michpate) et empressé pour la justice (tsédéq)".
Et d'où que la bonté et la vérité sont devant Lui? C'est qu'il est dit: "La justice et le droit sont la base de Ton trône, l'amour et la vérité marchent devant Toi".


C'est la citation du psaume 89, 15. Encore une fois, disons que le message apporté par la preuve d'une citation ne se comprend dans le judaïsme qu'en se reportant à tout le contexte de cette citation: tout ce psaume 89 explique pourquoi nous chanterons la bonté et la fidélité de Hachém: elle rayonne sur l'ensemble du monde et tout le monde est une démonstration de ces qualités. D'où le bonheur de notre peuple amoureux ('hassid) qui connait ces faits et en reçoit les enseignements. Par cela même il est protégé à jamais et aucun ennemis ne pourra l'abattre, mais il doit aussi vivre en concordance avec ce trésor et avec cet amour protecteur sinon il s'attirerait des ennuis par sa seule faute.
Cette citation utilisée pour expliquer la lettre en fait un véhicule direct de toute cette réalité et non seulement un objet de transmission: àl'intérieur des dynamiques divines qui circulent.

Et d'où (comprend-on) que Ses paroles sont éméte, vérité? C'est qu'il est dit: "la tête de Tes paroles est éméte, vérité".


C'est la citation du psaume 119, 159-160. Cette expression curieuse: "la tête de Tes paroles est éméte, vérité" doit attirer l'attention et voici la citation complète qui explicite: "Vois comme j'aime Tes prescriptions, Hachém, selon Ta bonté, 'héssed, fais-moi vivre. La tête de tes paroles est éméte, vérité, éternel est tout jugement de Ta justice".
Rappelons-nous que tout cela nous est dit simplement à propos d'une lettre: pour nous montrer de quoi elle est la transmission directe, non comme facteur simplement mais comme participation à une vie à nous proposée. Lire maintenant le psaume 89 deviendra compréhensible sur l'intimité de communication qu'ouvre la liaison qu'est la lettre. Nous pouvons maintenant lire et comprendre parfaitement chaque mot du psaume 19 d'où est tiré la citation suivante du verset 10. Bien comprendre ce qu'est une lettre hébraïque, ùelle est insérée.


Et d'où (comprend-on) que ses jugements sont des jugements de "émete"? C'est qu'il est dit: "les jugements de Hachém sont vérité, ils sont parfaits tous ensemble". Et toutes Ses voies sont 'héssed, bonté et éméte, vérité, comme il est dit: "toutes les voies de Hachém sont 'héssed, bonté et éméte, vérité, pour ceux qui respectent son alliance et ses prescriptions".


Nous venons de terminer le premier enseignement de Ribbi Aqiva. La dernière citation est dans le psaume 25,10 et ce psaume nous montre alors, concrètement, comment vivre en conséquence. Puis, dans cette proximité, le dialogue du psaume devient un échange que je vous laisse aller découvrir.
Etudier ainsi auprès des grands sages d'Israël, en direct, apporte le contact avec la source. Nous en sommes capables chacun de bénéficier de cet enseignement.

Apprenons maintenant succinctement sur ce Maître:
Il est de la 12e génération des tannaïm qui s'étend de l'an 110 (3870) sous Trajan à la chute de Bar Korba à Bétar en 135 (3895) sous Hadrien.On y trouve les grands disciples de Ribbi Éliêzér Haggadol :
Ribbi Âqiva ben Yossef à Bné Braq (BQ 5 a, BQ 6), parfois nommé Qor'ha.
Il est le disciple de Ribbi Yehoshua ben 'Hanania, de Na'houm iche Gamzou et de Ribbi Éliêzér.
Il a formé les plus grands de sa génération dont Ribbi Yichmâel et Ribbi Méïr (SAK).
Ses collègues d'étude étaient particulièrement Ribbi Yehoshua ben 'Hanania, Ribbi Yichmâel ben Élicha, Ribbi Chimeône ben Azzaï, Ribbi Tarfone.
Il a vécu la destruction du Temple et y a survécu 68 ans. Bien qu'il commençât à s’adonner totalement à l’étude à l’âge de 40 ans seulement (et grâce à son épouse Ra'hel), il parvint à être l'un des Sages du Grand béit dine (tribunal) de Jérusalem. Il développa la yéshiva de Bnéï Braq et commença à recueillir l'ensemble des traditions et les ordonna très bien, "en anneaux comme dans un collier". Il soutint la révolte de Bar Korba et périt dans de grandes souffrances avec les 10 martyrs nommés âsséra arouguéï malkhoute. C'est de lui qu'il est dit : "il faut attribuer une michna anonyme à Ribbi Méïr, une tossefta anonyme à Ribbi Né'hémia, un Sifra anonyme à Ribbi Yéhouda, un Sifré anonyme à Ribbi Chimeône et tous ces enseignements viennent de Ribbi Âqiva", leur maître.

Voici les élèves de Ribbi Âqiva et ses collègues d'étude :
- le grand Ribbi Méïr (BQ 16 a, 46 ; 23 b...). Son nom d'origine était Ribbi Miacha ; ce nom de Méïr, venant de la racine signifiant "lumière", lui fut donné parce qu'il illumine les yeux des Sages. Beaucoup d'enseignements rapportés par lui sont mis sous le nom de (a'hérim omerim, d'autres disent ; BQ 11 a ; 33 a ; CC 35 ; cette expression indique qu'il tient cet enseignement de son maître Élichâ ben Abouya surnommé, l'autre, en 'Haguiga 15 a. Cette expression concerne parfois Ribbi Natane).
Il s'agit de Ribbi Méïr quand il est dit : un élève rapporte une tradition de Ribbi Yichmâel devant Ribbi Âqiva car il reçut son enseignement de Ribbi Âqiva et de Ribbi Yichmâel, élève lui-même de Ribbi Âqiva.
Ses collègues d'étude cités par diverses sources étaient : Ribbi Yéhouda, Ribbi Yossé ben 'Halafta dont il s'agit quand on trouve seulement le nom Yossé (BQ 20 b ; 21 b), Ribbi Chimeône, Ribbi Elâzar ben Chamouâ, Ribbi Yo'hanane Hassanedélar, Ribbi Né'hémia.
La halakha ne fut pas retenue selon la démonstration qu'en donna Ribbi Méïr, non pas parce qu'il se trompait mais parce que son niveau de compréhension était beaucoup trop au-delà de la mesure de sa génération. Le talmud insiste sur la grandeur de son épouse Brouria, reconnue pour ses compétences halakhiques par les grands de son temps, qui était capable d'étudier en un seul jour 300 traditions de 300 Sages, apprenait aux étudiants les méthodes de l'étude et les corrigeait à ce sujet et donnait à son mari l'interprétation exacte de versets concernant la prière.

- Ribbi Chimeône bar Yohaï (BQ 17 a, 17 ; 20 a ; 84 a) est connu comme le rédacteur de la tradition qui allait devenir le livre du Zohar. Il exprima sa vive opposition à Rome et dut, pour son intransigeance, passer 13 ans en cachette, avec son fils Ribbi Elâzar, dans une grotte.
Il est un des élèves de Ribbi Âqiva en même temps que Ribbi Méïr, Ribbi Yehoshua Haggarsi, Ribbi Yossé ben 'Halafta, etc.
Il est le maître de Ribbi Yéhouda Hannassi et de Ribbi Chimeône ben Yéhouda.

- Ribbi Yéhouda ben Ilaï ; on le trouve nommé derrière l'appellation "un 'hassid, un pieux" : ('hassid é'had, BQ 50 b). La guémara lui donne toujours la préséance dans la liste des intervenants sous l'appellation de Ribbi Yéhouda sans indiquer son père (Ribbi Yéhouda seul peut aussi désigner Ribbi Yéhouda bar Yé'hézqel, que l'on ne peut confondre avec le tanna précédent car il est, lui, de Poumbédita à la fin du 3e siècle ; voir BQ 3 b, 44).

- Ribbi Né'hémia (BQ 17 a, 4) : la halakha va selon son opinion contre celle de Ribbi Yéhouda dans leurs disputes (mais le Rambam n'accepte pas cette règle).

- Abba Chaoul (BQ 11 a, 1), etc.

Autre point (Davar a'her). Le mot alef (est composé des initiales des mots) éfta'h (j'ouvrirai), lachone (langue), pé (bouche) et en sens inverse: pé (bouche), lachone (langue), éfta'h (j'ouvrirai). Ha Qaddoche baroukh Hou, le Saint Béni soit-Il, a dit: éfta'h (j'ouvrirai), lachone (langue), pé (bouche) de tout être de chair et de sang pour qu'ils louent devant Moi chaque jour et Me considèrent comme Roi dans les quatres directions de l'univers, car s'il n'y avait pas le chant et les cantiques qu'ils disent devant Moi chaque jour, Je n'aurais pas créé Mon monde. Et d'où sait-on que Ha Qaddoche baroukh Hou, le Saint Béni soit-Il, n'a pas créé le monde si ce n'est pour le chant et le cantique, c'est qu'il est dit: "Majesté et Splendeur sont devant Lui, force et beauté emplissent Son sanctuaire".


C'est la citation du psaume 96,6: "Majesté (hod) et Splendeur (hadar) sont devant Lui (léfanav), force (ôz) et beauté (tiférét) emplissent Son sanctuaire (bé miqdacho)". Ces termes hébraïques sont ce que l'on connait au sens littéral, le pchate, mais ce sont aussi des étapes dans la descente de la bénédiction, ce que l'on nomme des sphères ou séfirotes. Mais la connaissance de ce que c'est ne peut être atteinte que après la connaissance de toute la Torah au niveau du pchate, et du Talmud qui étudie toutes les questions soulevées jusque dans la vie pratique selon la Torah (halakha). Donc, ce serait vraiment folie que de nous représenter ces notions au niveau de ce qu'elles disent en réalité simple. Et toute personne qui prétendrait être capable de l'enseigner avec facilité à ceux qui n'ont pas accordé tout le temps de l'étude nécessaire, nous révèlent par là qu'ils sont des imposteurs; ils ne sont pas rares. Il y a aussi des niveaux du middrache qui éveillent le coeur en belles images, ce n'est pas inutile mais il faut le situer à ce niveau.

"Majesté (hod) et Splendeur (hadar) sont devant Lui (léfanav), force" se produit dans les Cieux, et "force (ôz) et beauté (tiférét) emplissent Son sanctuaire (bé miqdacho)" se produit sur terre. Les cieux recouvrent Sa majesté et Sa louange emplit la terre comme il est dit: "Sa splendeur se répand sur les cieux et Sa gloire emplit la terre".


C'est la citation du prophète Habacuc 3,3: "Sa splendeur se répand sur les cieux (kissa chamaim hodo)et Sa gloire emplit la terre (ou téhilato maléa haarets)". Mais il faut toujours aller lire le contexte quand on fournit une citation; voici le contexte: "Hachém, j'ai entendu Ton message et j'ai été pris de crainte; l'oeuvre que Tu as projetée, Hachém, fais-la surgir au cours des années, au cours des années fais-la connaître. Mais, au milieu de Ta colère, souviens-Toi de Ta clémence. Hachém s'avance du Téman, le Saint s'avance du mont Parane. Eternellement (sélah). Sa splendeur se répand sur les cieux (kissa chamaim hodo)et Sa gloire emplit la terre (ou téhilato maléa haarets). C'est un éclat éblouissant comme la lumière, des rayons jaillent de Ses côtés et servent de voile à Sa grandeur"... Nous trouvons là aussi bien la description de la Gloire divine et notre assurance envers cela, mais aussi le besoin de demander la réalisation prochaine des promesses. Et, on le voit, contrairement aux divagations de faux prophètes qui nous annoncent sans cesse que tout va se réaliser demain et que eux le savent, le prophète Habacuc nous enseigne qu'il faut demander à D.ieu qu'Il se fasse connaître. C'est une téfila, une prière.

Et d'où sait-on que Ha Qaddoche baroukh Hou, le Saint Béni soit-Il, a créé les cieux pour le chant (chira), c'est qu'il est dit: "les cieux racontent la gloire de D.ieu.


C'est la citation du psaume 19: "Au chef des chantres. Psaume de David. Les cieux racontent la gloire de Dieu, et le firmament proclame l’œuvre de ses mains. Le jour en fait le récit au jour, la nuit en donne connaissance à la nuit. Pas de discours, pas de paroles, leur voix ne se fait pas entendre. Sur toute la terre s’étend leur harmonie, et leurs accents vont jusqu’aux confins du monde, là où Il a assigné une demeure au soleil. Celui-ci, pareil au jeune époux sortant de sa chambre nuptiale, se fait une joie, tel un héros, de parcourir sa carrière. Son point de départ est à l’extrémité des cieux, son orbite embrasse leur étendue: rien ne se dérobe à sa chaleur. La doctrine de Hachém est parfaite: elle réconforte l’âme. Le témoignage de Hachém est véridique: il donne la sagesse au simple. Les préceptes de Hachém sont droits: ils réjouissent le cœur. Le commandement de Hachém est lumineux; il éclaire les yeux. La crainte de Hachém est pure: elle subsiste à jamais. Les jugements de Hachém sont vérité: ils sont parfaits tous ensemble; plus désirables que l’or, que beaucoup d’or fin, plus doux que le miel, que le suc des rayons. Aussi Ton serviteur les respecte-t-il avec soin: les observer est d’un haut prix. Qui peut se rendre compte des faux pas? Laisse-moi indemne des [fautes] cachées! Plus encore, préserve ton serviteur des fautes volontaires, qu’elles n’aient pas le dessus sur moi! Ainsi je me rendrai parfait et pur de grands péchés. Que les paroles de ma bouche et les pensées de mon cœur soient agréables à tes yeux, Hachém, mon rocher et mon sauveur!"
Si nous n'avions pas lu tout ce psaume, nous aurions fait une erreur de méthode dans l'étude et nous aurions vu simplement une description d'un beau spectacle" mais maintenant nous comprenons qu'il y a cohérence entre la beauté des cieux et la beauté de la Torah et la beauté du coeur et de la conduite de l'homme. Nous en arrivons à demander l'aide du ciel pour que notre coeur et tout notre être entièrement soient conformes à ce programme déployé devant nous par la beauté des cieux.



(peinture de Roee Suffrin)

Et d'où sait-on que du jour où Ha Qaddoche baroukh Hou, le Saint Béni soit-Il, a créé la terre, elle dit un chant (chira). C'est qu'il est dit: "Du bout de la terre nous entendons des cantiques: "Gloire au juste!".


C'est la citation de Isaïe 24, 16 et vous allez découvrir à nouveau que cette belle description est à comprendre dans le décor d'ensemble où la vie est cruelle dans le mal qu'elle veut exercer, mais notre fidélité à la Torah fera que le bien gagne dans le ciel et gagnera sur terre. Voici le texte: " Du bout de la terre nous entendons des cantiques: "Gloire au juste!" Mais moi je dis: "La misère est mon lot, la misère est mon lot! Malheur à moi! Les violents exercent leurs violences, ils poussent au comble leurs violences. Epouvante, fosse et piège vous menacent, habitants de la terre. Quiconque prend la fuite devant les cris, de l'épouvante tombe dans la fosse, et, s'il remonte du fond de la fosse, il est pris dans le filet: les écluses s'ouvrent dans les hauteurs célestes et les fondements de la -terre sont ébranlés. La terre éclate en se brisant, la terre tombe en pièces, la terre vacille étrangement. La terre chancelle comme un homme ivre, elle est secouée comme une hutte; elle est écrasée sous le poids de son iniquité, elle tombe et ne peut plus se relever. En ce jour, Hachém châtiera les milices du ciel au ciel et les rois de la terre sur la terre. Ceux-ci seront réunis en tas comme des prisonniers au bord d'une fosse, ils seront enfermés dans la geôle; seulement, après de longs jours, on pensera à eux. Et la lune sera couverte de honte, le soleil de confusion, car Hachém-Tsévaotes régnera alors sur la montagne de Sion et à Jérusalem, et sa gloire brillera aux yeux de ses anciens". Il est indispensable que nous nous souvenions de l'ensemble des défis et des combats véritables sans nous laisser tomber au niveau de la seule politique des luttes d'intérêts. Notre salut de toute la planète tient à ceci: les Juifs ont à vivre leur Torah qui a décrit les véritables enjeux. Ne nous laissons pas tromper par les fêtes de consommation, ni par les haines des groupuscules ou des religions. Voyons avec recul, avançons dans l'éducation, solides dans notre identité inscrite dans les Cieux et la terre et marchons, forts, au milieu de ce vacarme.



(peinture de Roee Suffrin)

Et il n'y a pas de tsaddik (juste) si ce n'est Ha Qaddoche baroukh Hou, le Saint Béni soit-Il, comme il est dit: "Hachém est juste en toutes Ses voies".


C'est la citation du psaume 145,17. Pour le comprendre, lisez l'étude du psaume précédent, le 144, ici. C'est le bonheur dans notre vie parce que Hachém est bon. Voici le texte du psaume 145: " Louange de David. Je veux t’exalter, ô mon Dieu, ô Roi, bénir ton nom jusque dans l’éternité. Chaque jour je Te bénirai, je célébrerai Ton nom à jamais. Grand est Hachém et justement glorifié, sa grandeur est sans bornes. Une génération vante Tes œuvres à l’autre, et proclame Tes hauts faits. La splendeur de Ta glorieuse majesté, le détail de Tes merveilles, voilà ce que je veux raconter. Tous célèbrent la puissance de Tes prodiges, et moi aussi je veux annoncer Ta grandeur. Ils ne tarissent pas sur la gloire de Ta grande bonté, et ils chantent Ta justice. Clément et miséricordieux est Hachém, tardif à la colère et abondant en grâce. Hachém est bon pour tous, Sa pitié s’étend à toutes Ses créatures. Toutes tes œuvres Te louent, Hachém; et Tes fidèles adorateurs Te bénissent. Ils célèbrent l’honneur de Ta royauté, et disent Ta puissance, pour faire connaître aux fils de l’homme Tes hauts faits et l’éclat glorieux de Ton règne. Ta royauté remplit toute l’éternité, et Ta domination se prolonge d’âge en âge. Hachém soutient tous ceux qui tombent, et redresse ceux qui sont courbés. Tous les yeux se tournent avec espoir vers Toi, et, Toi, Tu leur donnes leur subsistance en temps voulu. Tu ouvres la main et rassasies avec bienveillance tout être vivant. Hachém est juste en toutes Ses voies, et généreux en tous Ses actes. Hachém est proche de tous ceux qui L’invoquent, de tous ceux qui L’appellent avec sincérité. Il accomplit les désirs de Ses fidèles, entend leurs supplications et leur porte secours. Hachém protège tous ceux qui L’aiment, mais Il anéantit tous les impies. Que ma bouche dise les louanges de Hachém, et que toute créature bénisse Son saint nom à jamais!"
Voilà tout ce que nous aurions perdu si nous n'avions pas su qu'une citation n'est qu'un poteau indicateur sur la route. Maintenant, nous avons ouvert l'éventail et nous comprenons la richesse éducative de ce Middrache de Ribbi Aqiva et des lettres hébraïques. Tout cela devrait nous apparaître en regardant chaque fois une seule de ces lettres alef, par le jeu des deux youd en haut (ciel) et en bas (terre) que nous devons réunir avec notre corps au centre comme s'il tendait les deux bras dit le Zohar.


(Peinture de Esther Guénassia, lien ici)




La lettre "alef", selon le livre "Roch Miline" du Rav Kook
(lien ici concernant le Rav Kook)

Voici son enseignement. Je place de nombreux mots en hébreu pour être en relation directe avec ce qu'il dit, et aussi pour apprendre l'hébreu.
Vous verrez alors combien les mots simples de l'hébreu sont reliés à l'essentiel et vous découvrirez ainsi que vous êtes capables de parler hébreu ou de penser en hébreu spontanément à des niveaux très centraux, vitaux, essentiels.
De plus, chez le Rav Kook, ses mots sont au coeur des secrets de l'hébreu et ils sont des carrefours multiples de sens et de références. Mais nombreux sont ceux qui simplifient l'enseignement du Rav Kook et le ramènent au seul concept presque politique de la sainteté de la terre d'Israël. On passe alors à côté de tout le visage: comme quelqu'un qui résumerait une symphonie de Beethoven ou toute son oeuvre aux fameuses quatre premières notes de la 5e symphonie. Le Rav Kook est poète, et chaque phrase du Rav Kook juxtapose presque les mots sans précision de liaison pour ne pas limiter l'expression à un sens unilatéral de conjonctions de subordination avec tous les points et virgules qui enserrent le sens et l'empêchent d'ouvrir plusieurs fenêtres. A l'inverse, la culture française a poussé à l'extrême, depuis le 17e siècle avec Descartes, ce découpage et cette limitation de la pensée dans la phrase ("Je pense, donc je suis"; mais la plupart des langues anciennes, encore reliées à la chose et à l'acte dans la pensée comme disait Levi-Strauss, ont cette richesse de l'allusion multiple. Ce qui est comique chez Lévi Strauss, ce Juif, c'est qu'il a découvert cela dans l'Evangile et ose dire: dommage que nous n'ayons pas de témoignage plus ancien que ce texte sur cette forme tellement riche de langage et du mot. Il était ignorant de la source hébraïque et aussi de cette source dans d'autres langues fondatrices de l'humanité qui existent encore comme le chinois, le persan, qui n'ont pourtant pas en même temps la même simultanéité du sens ancien et présent. Ni le latin ni le grec ne sont identiques à l'italien ou au grec actuel, l'hébreu oui. Commençons le texte après ces précautions nécessaires.
De tout cela, il s'ensuit que de multiples autres traductions sont aussi valables que la mienne et seront complémentaires. Ainsi de la Torah traduite, voilà pourquoi il y a tant de commentaires et tant de 'hidouchim, de renouvellements découverts (au sens propre, car ils étaient là mais recouverts par le regard aveugle). A chacun, donc, de lire et de se laisser créer de l'intérieur par ce texte. Le voici.

"Le alef témoigne (méîd) en nous (banou) de la pensée (ma'hchava) du commencement (réchite), le début (hat'hala) primitif (qédouma).
Nous regardons (tsofim) sa grandeur (guédoulata), et nous sommes stupéfaits (michtomémim) de l'excellence (youqra) de sa vision ('hazia).
Elle nous dit : dire éternellement d'écouter (léhaqchiv), d'apprendre (lilmod), d'étudier (léélef)".

 


Commentaire.
Soyons sensibles aux sens des mots.
1. Le Rav ne dit pas que le alef signifie, veut dire, etc mais "témoigne": cette lettre est une manifestation, une action vivante, une relation entre trois 'lui, moi, la relation), une révélation.
2. L'expression: "le alef témoigne (méîd) en nous (banou)" insiste sur une participation de nature entre ces niveaux élevés et nous, et sur le fait que cela est situé dans un centre intérieur avec lequel nous pouvons être reliés.
3. L'expression " le début (hat'hala) primitif (qédouma)" souligne notre capacité à être reliés à la source initiale de tout.
4. La suite confirme qu'à partir de cette seule lettre nous sommes stupéfaits de pouvoir atteindre à une telle relation sublime et qui est la pensée initiale sur tout: " le début (hat'hala) primitif (qédouma)".
5. En fonction de cela, nous arrivons à un autre point; l'expression "Elle nous dit : dire éternellement d'écouter (léhaqchiv), d'apprendre (lilmod), d'étudier (léélef)" nous enseigne qu'il est possible de réaliser ce contact, de développer par nous-mêmes cette compréhension, de l'élargir considérablement et cela se nomme "étudier".
6. Voilà pourquoi l'étude est tellement importante en hébreu et dans le judaïsme. Mais ce n'est pas une seule étude réalisée par petit intellect de type cartésien ("je pense donc je suis"), le mot hébraïque signifiant étudier est le verbe "alef, un", ce qui signifie clairement non seulement que l'on atteint cette unité par l'étude, mais aussi que l'étude ne devrait être que dans une rencontre, et une rencontre qui soit liée à la source de l'être, au UN essentiel qui crée, vient jusqu'à nous et est déjà présent en nous. C'est pour cela que le Livre des Proverbes 22, 25 donne au mot alef le sens de "apprendre et assimilier, intégrer" quand il dit: "de peur que tu en viennes à apprendre, assimiler, intégrer leur façon de vivre et t'engager toi-même dans un piège". Cette intégration est très puissante puisque le Livre de Job 15,5 dit "ki-yéaléf âvonékha fikha vé tiv'har lkéchone âroumim, car ton péché insuffle ta bouche et tu adoptes le langage de la mauvaise foi". Elle demande donc que l'on soit vraiment centré sur cette relation comme le dit ce livre en 33,33 :""ha'haréch vaaakkéfkha 'hokhma, tais-toi et je t'enseignerai la sagesse".
7. Et, alors et essentiellement, ce lien (la source, moi et cette relation d'étude) est "un-seul": donc, on le nomme 1, alef.
8. Si nous avions lu trop rapidement ce texte si simple du Rav Kook, nous n'aurions pas saisi sa richesse "sublime" ni sa démonstration avançant calmement comme plusieurs marches.
9. Il faut donc une "lecture-méditation" agissant dans une vibration du coeur pour saisir et lire vraiment ces textes de la tradition. Beaucoup parcourent le monde à la recherche de sagesses occultes lointaines et n'ont pas pris connaissance du trésor qu'ils ont en leur propre demeure depuis des millénaires car on ne les leur a pas transmis et ils cherchent à juste titre. Et, finalement, ils entendront là-bas des bribes de ce même discours s'ils ont le privilège de connaître ces langues ancestrales et d'entendre de véritables maîtres qui seront aussi là-bas loin de toutes idoles. Et ils se rappelleront alors, dans une écoute nouvelle qu'il y avait ce trésor chez eux, plus une révélation qui fut donnée à Avraham, dont le nom est semblable à toute la Création elle-même: béhibaram.
Il faut une lecture-écoute et intérieure comme elle est symbolisée dans ce tableau.



Continuons après la lecture de ces deux ou trois lignes du Rav Kook!

"Et "oulpane" c'est la traduction (targoum) de l'étude (limoud). L'âme, la néchama, sait (yodaate) que tout un chacun qui vient dans l'étude n'est pas original-originaire. Originale-originaire est l'idée (raâiyone) intérieure (pnimi) qui n'est pas exprimée qui était (haya) et sera (yiyé) l'héritage (na'hala) du monde dans le grand jour où l'homme avec (éte) son frère (é'hav) et l'homme avec son prochain n'étudieront plus pour connaître (ladaâte) Hachém, car (ki) tous (koulam) ke connaîtront depuis les petits jusqu'aux grands. L'étude, elle, est une traduction, l'arrière du visage (panim) qui pense, pas le réveil de la néchama mais encore l'assoupissement. C'est la voie de l'enseignement".


Commentaire
En raison de l'indentité du mot alef (un, 1) et du mot étudier, le Rav va préciser les différences entre Celui qui est le Seul un, et la néchama, et celui qui étudie, et son étude.
1. Le Rav ouvre logiquement un nouvel horizon: l'étude ne commence pas par la volonté ni la création de l'homme mais elle rencontre ce qui existe en "premier (alef)". Et elle l'enseigne. Et
2. Tandis que notre néchama connaît, elle, par nature, cette source.
3. Il continue en démontrant une hiérarchie précise et une restriction à notre niveau; chaque dynamique est placée dans sa justesse, similitudes et différences et spécificités.


"L'expression (bitouy) proche (qarov) du alef nous conduira à penser à quatre marches du chiffre: unités, dizaines, centaines, milliers; la réflexion (hahigayone) scellée ('hatoum), la réflexion de la pensée, la réflexion verbale (milouli), et la réflexion intégrée (nichmâ). L'étude arrivera dans ce quatrième dispositif (maârakha reviîte) dans la réflexion intégrée, assimilée, dans la fouille (kériah) des oreilles (oznayim), la quatrième niveau dont l'abondance (ribouyah) est restreinte.

La lettre youd qui est la partie supérieure (élionah) du alef nous fait souvenir de la richesse qui est la source de toute force qui en descend.../... et le youd qui est la partie inférieure du alef en est la base de réalisation concrète (mamachi).

.../...et de là parvient vers le bas les courants raffinés (mézouqaq) qui se diffusent (hamitpatsel) à l'infini (ein sof) et qui construisent des mondes (habonim ôlamot) sans interruption (ein takhlite). Et tous s'unissent (mita'hadim) en une seule unité (bé 'hativa a'hat) . Et un éclair de lumière (barak or) surgit et illumine (yair) du commencement de toutes les lumières (réchite haorim), c'est le alef dans la forme de son écriture (bé tavnito hamikhtavit)



Commentaire
Le Rav nous montre là comment la vision graphique de la lettre alef nous dépeint la dynamique de l'existence toute entière et notre unité personnelle qui est composite: le dessin de la lettre est une combinaison de deux lettres yod, une au dessus et une au dessous reliées en unité par une barre qui est en même temps une séparation:

Il y a à la fois deux plans, et une séparation-lien qui assure aussi une unité.
Cela explique la Création mais surtout cela nous informe sur la relation constante de notre être aux niveaux supérieurs qui créent notre matière et nos niveaux moins spirituels, plus intellectuels; mais cela nous rappelle qu'il y a un flux constant et créatif en nous. Il s'agit donc d'en être conscient et de laisser ce flux agir en nous et dans la réalité extérieure. Le judaïsme a conscience de cet ordre global de l'univers et des êtres humains et ce flux est la bénédiction que le judaïsme est chargé de laisser s'écouler dans le monde pour qu'il vive. A ce niveau, il n'y a pas de différence entre la physique du monde et la morale. C'est l'ordre vivant, le Séder comme on dit du rite de Pessa'h, la pâque juive. Et le Rav termine son article en disant que ce processus de vie s'écoule ensuite dans l'ensemble des autres lettres.

Il y a beaucoup à intégrer dans ce texte:
- apprendre à nous mettre en relation de contact, d'écoute, de conscience, de sensation, de réceptivité, avec chacun de nos différents niveaux,
- ensuite, en maintenir cette conscience par une méditation,
- y revenir ensuite dans la journée et dans les actes.

Cela, à notre avis (lé ânioute déâti), est condensé dans les trois premiers mots que nous disons le matin: "modé ani léfanéikha, je reconnais et merci que je suis devant Toi". Etudier ici la page qui est consacrée à ces premiers mots du matin.

J'essaie de rendre, pour la pédagogie, cette triple composition de l'être à notre niveau par cette esquisse de l'homme en forme du alef:
- il reçoit les influx supérieurs et s'oriente vers eux de toute sa possibilité que le bras droit et la tête indiquent, recevant cet au-delà de ui qui le pénètre.
- il reçoit également les influx du bas de toutes les forces matérielles qui ne sont pas mauvaises mais sont vie dans la matière.
- la ligne jaune en diagonale intègre ces deux champs et les unit en soi.
- et cette diagonale est celle de la marche dynamique, du "va" dit à Avraham ou à Yehoshua, ou à Moché rabbéinou, ou à tous ceux qui sont sortis d'Egypte.
- il est ainsi en unité symbolisée par le cercle vert.
- il possède la symétrie calme que d'autres civilisations représentant de grands méditants ont toujours représentés; mais, à la différence, il n'est pas assis mais il marche; c'est une dynamique, une halakha, une avancée, un progrès.
- nourri par ces forces du alef, il est aussi solide que ce que voulaient exprimer les colonnes typiques de la puissante civilisation égyptienne mais, à la différence de leurs représentations, il n'a pas d'armes, ni arc ni flèches ni chars que D.ieu a précipités dans la mer; c'est lui même qui est force et d'une force qui est celle de la Création, comme D.ieu l'a dit à Yehoshua: "je suis et je serai avec toi (éhiyé îmakhe); quant à toi, donc, sois fort et courageux ('hazak vé émats)".

Les niveaux de la qabale sur la lettre alef

Les niveaux de la qabale sur la lettre alef ne pouvant être compris sans se tromper que de la part des étudiants avancés et ayant appris auprès de maîtres qualifiés dans tous les niveaux de la connaissance de la Torah, ils ne seront pas exposés sur le site. Mais en voici les références pour ces étudiants:
- Séfer Ets 'haïm du Ari, z"al: Chaâr 39,1 et 73,2 et 74, 5-8
- Quelques références précises dans le Zohar: I, 3,a-b et 21a et 32b et 200a et 205b et 234b et 239a et 262b. II 109a et 123a et 234b. III, 2a-b et 53b et 73a et 163b et 193b et 223b et 235b et 295b. Tiqouné Zohar Aqdama 6b et 7a et 12a et 15,a-b et 16a et 19b et 20b et 40b et 41b et 42a et 59a et 80b et 88 et 99a et 107b et 116a et 120b et 123a et 126a et 133,a et 135a-b. Zohar Yitro 48b. Zohar Chir ha chirim 74b et 80b. Zohar Hadach Berechit 9a.


A suivre, mais il y a encore beaucoup à intégrer dans cela.

 



 


Prochainement la suite. Elle nous parle de quel don de bonheur et de chant D.ieu a voulu nous faire par ses lettres.


 


 
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