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Pour bien comprendre une trajectoire actuelle de Juifs, il faut lire cette saga à travers les actes qui sont en notre possession et attestent de ceci:

D'abord, le père de l'arrière-grand père de Yémima (Nicole) Dufour-Gompers, mon épouse: Lévie Samuel Gompers et son épouse Rosette de Leeuw d'Amsterdam, (regist. 7.fo 46) est née le dertig september achthienhonderd vierendertig de Emanuel Gerrit van Dam et de Rebekha Samuel Gondvis.

Puis, l'arrière-grand père de Yémima (Nicole) Dufour-Gompers est Samuel; voici la traduction de son acte de naissance.
Commune d'Amsterdam. Registre 6, fol.9. Le 29 mai 1836 est né dans la commune d'Amsterdam, Samuel, fils de Levie Samuel Gompers et de son épouse légitime Rosette de Leeuw.

Son épouse est Leentje van Dam.

Puis la génération de Louis et Flore Gompers, grands parents de Yémima (Nicole) Dufour-Gompers.

Louis ou Lévie, est fils de Samuel Gompers et de son épouse Leentje van Dam. Il est né à Amsterdam le 14 mai 1863, veertien Mei achthienhonderd drie en vestig. Nationalité néerlandaise. Nous avons l'acte de Léopold II, Roi des Belges, signé par le Prince de Chimay par lequel il est autorisé à porter les insignes de Chevalier de l'Ordre du Lion et du Soleil qui lui ont été décernés par Son Altesse le Shah de Perse. Cela en raison de ses qualités de tailleur de diamant, dit la tradition familiale. Acte en date du 9 septembre 1889.

Son épouse Flore Polak est née à Bruxelles le 10 ou 18 octobre 1867 de Abraham Meyer Polak et de Gertrude Brook. Ils émigrent en France comme joaillers-bijoutier, s'installent à Nice le 17 décembre 1869, puis ouvrent à Paris le 3 avril 1895, s'installent 39 rue Lafayette puis 13 avenue de l'Opéra et au 7 rue Georges Berger. Ils obtiennent les droits civils pour 5 ans le 3 juillet 1897 puis ensuite la nationalité française le 22 juin 1912. Nous allons voir ce que cette femme forte juive va réussir à faire en 6 ans qui a retourné l'histoire.


Voici, le jeune Louis et sa jeune épouse Flore

Le couple devenu grands-parents

Leur fils Silvinus ou Sylvain (né le 25 février 1892 à Anvers, de nationalité néérlandaise) et son épouse Renée (de famille alsacienne immigrée depuis 1870 à Buenos Aires où elle est née. Ici, avec leurs deux enfants nés à buenos Aires: Francesco (François) et Nicolassa (Nicole). Sylvain, Renée et François seront déportés à Auschwitz, que leur sang soit vengé. Une pierre de souvenir leur est érigée à Jérusalem.

Indispensable de lire la page sur cette phase de Monaco à Drancy et Auchwitz. Par ce lien.

François et Nicole enfants avec, à droite leur cousin, Raymond Huppert.

Voici François peu de temps avant sa déportation, il était résistant, impétueux, fier, et son groupe organisa en pleine guerre à quelques dizaines de mètres de la Commandantur, une exposition des oeuvres d'une artiste juive recherchée, avec symbole sur les affiches: l'Empire Stat Building de New York (les ennemis des Nazis), avec ce slogan: "un art nouveau pour un monde nouveau". Une folie pure mais la volonté de vivre et de mourir éventuellement en homme. J'ai fait des recherches et ce jeune qui était champion de France en sport dans sa catégorie d'étudiant, continua sa résistance dans les camps de la mort, fut placé de zone disciplinaire en autre, mais gardé car sa force le rendait utile dans les unités de productions d'armememnt, et il fut descendu en s'évadant avec un camarade qui survécu et raconta l'épopée et lea racontée en Nicole. J'ai vérifié et ai les dates effectives de ses déplacements d'un camp à l'autre. C'est cela les Juifs.

et voici sa soeur Nicole plus tard vers ses 25 ans. Merveilleuse.

et vers ses 45 ans, peu de temps avant notre alyah en Israël.

et vers 60 ans, peu avant une maladie cruelle et rapide.

Le choix de vivre en Israël fut le retour aux sources après l'échec de l'époque française de la famille qui n'a pas duré un demi-siècle. Phase payée par la France de la plus barbare ingratitude. Ce fut un choix psychologique difficile et agité car le conflit interne se jouait, comme presque toujours en ces cas, entre la fidélité première des parents à la France (fidélité flouée mais devenue lien affectif envers les disparus) et la fidélité à l'identité perdue partiellement par les parents mais pour laquelle ils furent tués, et la fidélité à la beauté découverte de l'identité juive inaltérable comme mission à accomplir au nom de toutes les générations. Ecoutons l'histoire.

En quelques années, vers 1905, ces travailleurs hyper-qualifiés dans le diamant en Hollande (pas riches, mais l'un des meilleurs cliveurs de diamants, et j'ai les multiples décorations que cela lui a valu de la part de richissimes chefs d'Etat qui voulaient des diamants rares qu'il fallait savoir cliver) apportent à la France un savoir faire remarquable qui leur crée une réussite rapide: joaillerie ouverte 28 place Vendome, Paris, là où est installé le chemisier Charvet aujourd'hui, voisinant la joaillerie Boucheron .

Puis aussi à Monte-Carlo, près du Café de Paris, joaillerie qui est devenu Albuqerque;

voici le concours des voitures devant le magasin en 1922 (on distingue le nom Gompers),


et une des images de la collection du Carnaval des Sports de cette même année 1922, passant devant la joaillerie Gompers.

Aujourd'hui, le magasin a changé de mains (sur cette image vers 1988, Nicole Yémima est devant)

Mais la vérité reste: lors de cette réfection des peintures externes, j'ai pris cette photo, le nom Gompers est resté gravé dans la pierre, et toutes ses souffrances et valeurs.

puis ils ont ouvert aussi un magasin à Aix-les-Bains, Deauville, Nice, etc.

Alors, arrive la sale guerre de 1914. Les liens sont très étroits entre Louis-Flore et la famille de leur cousin Samuel qui est le lutteur des travailleurs aux USA et le Fondateur de la puissante et morale Fédération syndicale. Samuel atteste dans son livre où il relate en détails sa vie que les différents syndicats européens faisaient une propagande effrénée aux USA pour faire virer cette puissance dans leur camp (soit Allemagne, soit les Alliés). Flore prend en main la cause française et agit discrètement mais très efficacement auprès de son cousin. Il ne relate pas ces épisodes dans ses Mémoires, lui qui est obsessionnel pour tout ce qui peut témoigner de sa vie, au point qu'une Fondation aux USA possède des dizaines de milliers de documents. Bien sûr, il veut taire cette relation puisque dans son livre, il fait état de personnes disant la louange de Madame Gompers et réplique: j'apprécie bien plus mes cousins pauvres de Hollande qui ne peuvent manger que des pommes de terre.

Dans la famille, nous savons combien étaient proches les liens. Je possède de très nombreuses cartes de correspondance avant la guerre entre les Gompers de France et la famille de Samuel. Sylvain les visite, les cousins venaient en France les visiter. Voici Sylvain aux USA avec Samuel et un de ses fils.

On s'envoie les photos familiales.

Finalement, après cet épisode efficace, Flore recevra par décrêt du 23 juillet 1925 le titre de Chevalier de la Légion d'honneur le 18 août 1925 pour services rendus à la propagande française, formulation elliptique qui témoigne.Le dossier de la Grande Chancellerie porte la mention suivante: "détails sur les services extraordinaires rendus par le candidat: Madame Gompers s'est consacrée pendant les hostilités à des oeuvres de guerre et à la cause de la propagande française...". Le Journal Officiel est plus allusif: "...et a servi utilement la cause française". La Villa Gompers, Boulevard de Belgique à Monaco est en fête. Cela n'empêchera pas la France d'envoyer son fils, sa belle-fille et son petit-fils à Auschwitz moins de 20 ans plus tard.



Revenons en arrière: Samuel, cet épisode est officiel dans l'histoire des USA, se rendit en 1917 chez le Président et lui promit le calme social et la collaboration de tous les travailleurs s'il s'engageait auprès des alliés et le Président trancha en ce sens. Vérité historique.


Samuel est dans la Délégation américaine. Flore reçoit une carte (que je possède) du signataire français des accords de paix montrant la table de la signature et disant: "nous avons réussi", avec l'heure. Puis, la photo suivante témoigne du lien entre les trois compères lors de ce bref passage en France de l'Américain.

"En souvenir des années terribles et glorieuses... Paris le 11 novembre 1918".

A Versailles, lors de la signature,

Poncet prend la peine de lui envoyer cette carte sur le champ avec ces termes: "Signature de la Paix, Versailles 28 juin 1919-15 heures. Cordial souvenir". Délicate attention.

Le résultat terrible lui aussi est que leur fils Sylvain attendit trop longtemps au lieu d'utiliser les passeports argentins de la famille, simplement parce qu'il croyait en la France, et sentait comme une trahison de la quitter. La France n'a pas remercié autrement qu'en livrant aux Nazis ces Juifs, point final.

Voici la bijouterie joaillerie Gompers à Monaco en 1944, comme elle était pendant des décades et encore comme elle est exactement aujourd'hui, sur la place face au casino.

Dans cette pièce, les dénonciateurs et les Nazis ont pris et emporté le papa, la maman et le fils François. Le monde a continué depuis comme si rien ne s'est passé. Un jour, depuis Israël, je me suis rendu à Monaco enquêter sur ces faits et il y avait un Congrès international des télévisions. Caméra en mains, les journalistes cherchaient quelques belles images pour leur émission du soir dans leurs pays. Ils m'arrêtent et me demandent si je connais bien Monaco et si je peux leur en parler. Ils s'attendaient à ce que je leur parle de courses de voitures, des princes ou des impôts. J'étais à deux pas de la bijouterie, je leur ai décrit le Monaco réel que je connais. Ils ont eu un sérieux choc des mots et des images.

Qu'est-il resté de ce labeur et de cette fortune? Rien. Quand la petite Nicole s'est retrouvée seule et est revenue sur les lieux après le désastre, elle a fait expertiser. La grand'mère, femme d'affaires remarquable avait mis la fortune en tableaux authentiques dès le début de la crise de 1926 et depuis on ne mangeait pas les tableaux. On attendait. Les bons "experts" ont fait croire à l'innocente survivante que tous ces tableaux étaient des faux et ils les ont "dispersés" pour une bouchée de pain. Nicole, inconsciente ou trop consciente de la méchanceté humaine, laissa faire. Elle ne chercha plus qu'à vivre vraiment.
Avant cela, elle a du se cacher pour survivre; à Monaco, les voisins la cherchaient pour la livrer; elle savait par son frère actif dans un réseau de résistants qu'un de ses amis à Nice fabriquait des faux papiers, et elle alla chez lui; il lui en fit, fut arrêté, torturé et tué; elle, la petite timide quelques jours auparavant, se sauva et partit à la recherche des maquis dont elle avait entendu dire qu'il y en avait dans les Alpes; elle traversa seule ces centaines de kilomètres sans aucun repère ni aide au risque des barrages, trouva les maquis, se proposa pour faire la liaison entre eux, et y devint une pièce utile; quand l'armée provisoire de De Gaulle y arriva et enrôla ces maquis, elle devait se retirer puisque mineure mais se bâtit et fut engagée sous la responsabilité d'une officière. Elle travailla immédiatement pour la constitution des dossiers de criminels de guerre puis, à la Libération, revint à la vie civile. Seule. Mais construisant lentement pour améliorer: d'abord travailler pour l'éducation, la psychothérapie, la psychanalyse, la formation éducative des adultes pour un monde meilleur, et ce chemin aboutissait à Jérusalem dans la joie... en 1983 comme la victoire de toute sa lignée. Le Ciel nous avait uni en cette phase. En 1991, si peu de temps après cette arrivée et lors de la construction encore en friches en Israël, elle fut demandée à la Yeshiva d'En-haut. Avec une simplicité, sourire et élégance stupéfiantes, elle étudia et acquit rapidement un haut niveau en hébreu, araméen, et j'ai encore des volumes de la michna ou de la guémara très difficiles où elle inscrivait en marge ses commentaires d'étude en français ou en anglais ou en hébreu, assise sur le rebord d'un canapé, alors que moi je peinais laborieusement. Avant son "retour", ne connaissant pas encore l'hébreu, elle me raconta un rêve qu'elle ne comprenait pas: "j'étais devant un livre, et les lettres se sont envolées et elles sont montées au ciel, et j'ai compris que c'était des lettres d'hébreu". Quand elle fut demandé là Haut, dans l'élan de son étude, j'ai compris le rêve.
Sa venue en Israël fut laborieuse, comme pour de nombreux Juifs français ayant perdu leurs parents dans la Choa, car ils avaient vécu l'assimilation aux valeurs de la France de Zola et son père n'avait même pas voulu la quitter pour fuir en Argentine alors qu'ils en étaient citoyens aussi. Bien que psychanalyste, quitter la France c'était un peu trahir les parents et Israël aux kibbouts entrourés de barbelés lui évoquaient des camps douloureux. Nous avons pris le temps de laisser l'évolution se faire, un de mes enfants (nous lui en sommes reconnaissants) vint vivre avant nous pour son bac en Israël. Puis je proposais à Yémima d'aller seule cherche un petit pied-à-terre qui lui plairait, sans moi, pour le faire à son rythme; elle trouva son rêve, minuscule mais paradisiaque, accompagnée par mon fils comme soutien. Quand elle revint à Paris, je lui redonnais la clef qu'elle me montrait et lui dit: "si tu le peux et quand tu le peux, tu me donneras la clef et nous partirons pour Israël". Un jour, bien plus tard, elle vint vers moi et me donna la clef. Nous avons pleuré, ensemble. Tout était réglé. Les enfants nous encouragèrent, comprenant bien ce que cela représentait, et c'était nécessaire. Bonheur.

La vie et les valeurs continuent et gagnent. Les enfants ont une longue lignée à continuer. En particulier, François, le fils de Nicole, Léa et Benjamin, ses deux petits-enfants. A leur façon, à leur rythme.

Cette page est écrite juste avant le 9 Av en 2002. Elle me rappelle alors ce qui s'est passé en Espagne aussi le 9 Av 1492 (il y a 510 ans). A cette époque, pour un autre Juif qui, lui aussi, était plein de bonne volonté envers son pays, Don Yis'haq Abarbanel. Comme la plupart des grands Juifs sépharades qui nous sont restés comme grands commentateurs de la Torah, imprimés à côté du texte de la Torah, il était un homme d'affaire de très grande réussite, écrivain, financier aidant la couronne royale et la renflouant volontiers quand elle perdait dans ses entreprises internes et dans sa déraisonnable conquête du monde entier. Il sauve ainsi plusieurs fois de la banqueroute le Roi d'Espagne Ferdinand et la Reine Isabelle la Catholique. Rôle qu'ont souvent tenu les Juifs en de multiples pays.

Mais les dirigeants religieux catholiques donnèrent mandat à l'Inquisition de Tortemada de faire poids sur les monarques : qu'ils décrètent que les Juifs doivent choisir entre la conversion, ou la torture et la mort, l'autodafé. Et les beaux manuscrits juifs sont volés et exposés aujourd'hui dans les bibliothèques catholiques, biens spoliés à réclamer au Vatican comme on l'a fait envers les autres persécuteurs. Après seulement, on croira à leurs mots nouveaux de dialogue et d'estime. Voilà comment le christianisme a utilisé la parole de D.ieu contre le peuple que D.ieu a choisi et cet enseignement dit mensongèrement "divin" a permis sans difficulté Auschwitz. Abarbanel intervient, rappelle les bons services des Juifs, propose de sauver encore la trésorerie royale mais les monarques cédèrent le 9 Av à la hiérarchie religieuse: ou la conversion ou l'expulsion immédiate. Abarbanel finance la sortie des Juifs d'Espagne vers le Portugal ou les autres pays et les rabbins autorisent que ce long convoi soit accompagné par des instruments de musique bien qu'on soit dans les terribles trois semaines, cela pour maintenir le moral et affirmer la foi en la vie et en la réussite de la promesse divine. Nous continuons tout cela, avec ces exemples.

Dans mon enfance, à la campagne dans cette région du Nord de la France qui fit partie des Pays-Bas espagnols jusqu'en 1650, tous les voisins nous disaient sans cesse que "vous les Dufour, vous êtes venus d'Espagne et vous êtes des indépendants, des cabochards, des intraitables". En quelques générations seulement, à la campagne, tout se savait, se gardait et se transmettait. Effectivement, nous vivions en clan familial, depuis quelques siècles, dans un petit village à 8 kms du bourg. Seul lien gardé: cette mémoire, les valeurs morales intraitables, la dignité dans la pauvreté qui fut toujours heureuse, l'assurance de ne s'incliner devant personne sinon D.ieu, et toute fête locale ou tout anniversaire familial souhaités et fêtés la veille au soir, voilà ce qui restait. Mais les aînés nous entendions la mémoire répétée sans cesse par le voisinage. Et une mémoire interne et sûre du coeur nous demandait de rester fidèle à cela que l'on ne parvenait pas à nommer davantage. Plus tard, apprenant les langues, je découvris que notre patois familial, quotidien encore dans la petite enfance jusque dix ans environ, gardait certains mots de ladino ou d'espagnol.
De génération en génération, on joignait à l'un de nous le prénom de "Constant", et je l'ai reçu. Dès l'enfance, je vivais dans la Bible bien qu'elle fut interdite dans l'environnement, et la connaissais entièrement par coeur en français à l'adolescence, ayant écrit dans ma recherche solitaire sans aucun appui les correspondances des mots ou leurs différences d'un livre à l'autre, ou d'un paragraphe à l'autre. Je fut stupéfait de trouver cette approche dans nos textes bien plus tard. La mémoire n'avait pas été perdue. Quand je redécouvris tous les livres, leur étude fut très simple, une relecture rapide de la mémoire. Quand les rabbins m'ont examiné, épluché, au retour adulte, ils souriaient de plus en plus en redoublant de questions alors que je mourrais d'angoisse, entre la vie et la mort, et je leur ai demandé le motif de ce comportement qui me semblait incompréhensible en cette circonstance grave; ils me dirent: "vous récitez des pages de guémara sur le texte de la Torah sans le savoir, vous êtes cachér, c'est tout ce que nous avons à dire". Et pourtant il fallut y consacrer pendant des années un temps immense et laborieusement; je vérifiais qu'il est impossible de dire: "j'ai trouvé et je n'ai pas peiné".
Un jour, en 1995, avant sa mort, ma mère, que son souvenir soit béni, me dit : "je viens de te comprendre, j'ai vu une émission de télévision du Rabbin Eisenberg sur le 'héder, et les petits enfants y posaient sans cesse et à toute allure des questions sur la Bible, et répondaient, contestaient avec logique et rapidité. Tu étais comme cela toute ton enfance... Tu diras de ma part à tes enfants que tu as eu raison dans ta trajectoire". Je pleure quand je me remémore cet échange, la dernière fois que je l'ai vue à l'hôpital. J'étais revenu sans difficulté à Israël et venais la voir pour cet instant du passage éternel. Cette histoire est très fréquente, banale presque dans tous les cas de retour familial. Tout cela, je le dois à la fidélité extraordinaire de mes parents en leur droiture, en leur intelligence si grande et si complexe et si rapide et si modeste réellement dans leur simplicité populaire.

Ainsi, l'histoire juive nous a rattrapés chacun. Et nous sommes revenus, Nicole Yémima et moi, chacun à sa façon et ensemble jusqu'à Jérusalem. D.ieu merci. Je pouvais bien comprendre aussi le vécu achkénaze: de l'enfance très heureuse pendant la guerre où je faisais l'apprentissage de l'intelligence plus auprès de mes cousins fermiers dans les champs que à l'école, car nous vivions dans une région soumise aux bombardements anglais continus, la rue -qui rassemblait tout notre clan familial qui ne s'était pas quitté en se rapprochant de l'agglomération proche dans la dernière génération- reçut les rafales de bombes qui détruisirent exactement toute notre localisation, et plus de cent personnes de mes cousins de jeux, oncles, tous chers voisins furent anéantis. Etre des survivants, je savais banalement ce que cela signifiait et, sous les cris dans les caves, l'enfant en moi qui aime aujourd'hui les photos de fleurs, au lieu de se joindre aux cris hurlant "au secours, sauvez-nous ", dit sa confiance à D.ieu sous le bruit infernal par ces seuls mots: "je ne lâcherai pas les fleurs", dis-je en les tenant et en les voyant imaginairement dans ma main. Je voulais et pouvais ensuite être éducateur puis psychothérapeute et travailler sur les violences; naïf toujours mais solide, pas surpris et pas abattu par la banalité du mal, familier. Ayant comme Yémima, choisi en une seconde de ne pas me distancier de la vie belle et bonne qui est la seule réalité.
Dans sa détermination et consciente de ces rassemblements qui n'ont d'autre pilotage que celui du C.iel, Nicole Yémima, née achkénaze et persécutée comme telle, aimait porter constamment une 'Hamsa sépharade. Ses amis achkénazes ne comprenaient pas, mais c'était sa façon d'aimer tout le peuple, toutes les peines et toutes les joies de tout le peuple qui avait retrouvé son lieu, son identité, sa vie. J'ai gardé son amour égal vraiment de "toutes" les communautés, que j'ai retrouvé porté à la perfection chez le Rav Chalom Messas, zal.

Et comme la lettre "u" n'existe pas en hébreu mais est convertie en "i", mon nom de famille -et le sien- est devenu en hébreu "Di pour". La traduction de ce nom hébraïque signifie aussi "de la mitsva de Pour (Pour= initiales de Pérou ou révou, fructifiez et multipliez)". Beau programme sur tous les plans pour le peuple juif.
Mais, dans le livre que j'ai écrit d'introduction au Talmud, je l'ai placé sous le nom de sa famille, le Lév Gompers, seul témoin.

Le prix payé a été très lourd, certes, mais nous ne trahirons pas, Jérusalem vit. En notre génération, nous sommes tous la victoire des générations précédentes, si nous le voulons. Aucun de ceux qui nous demandent de contribuer à la destruction de notre peuple ne réussira à trouver en nous des complices. Voilà tant de siècles que nous sommes constants. Et nous n'avons aucun besoin de plaire aux autres contre notre peuple. Nous avons vu les prix payés, nous avons payé pour construire et vivre. Et nous sommes responsables pour l'honneur de tous ceux qui ont porté jusqu'à nous ce trésor dont nous bénéficions. Je les ai vus courageux et heureux de l'être. A nous de continuer, 'hazaq vé émats.

Rav Yéhoshua Ra'hamim Dufour (voir ici le lien sur l'auteur du site Modia).

en hébreu: Rav Yéhoshua Ra'hamim Di Pour.

Lire ce document familial intime: la lettre écrite par Yémima à sa maman.

Suite détaillée de l'histoire de la famille jusqu'à aujourd'hui avec de nombreux documents: lien ici.


 
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