Voyage anthropologique
du Journal des Voyages
pour les lecteurs de Modia
commenté par Yehoshua Rahamim Dufour

avec l'accompagnement de
l'ethnographe-dessinateur
Castelli

C'est bien cela :
Journal des Voyages
et des aventures de père et de mère.
7 Septembre 1894.

Les populations de Tunis.
Le samedi soir dans une famille juive à Tunis.

Ce document est remarquable pour la qualité de son observation :

- les mains sont  à 5 doigts ('hamsa), typiquement tunisien.
- les doigts féminins légèrement gonflés, bellement arrondis et en dégradé, comme ceux de la pianiste.
- les 2 doigts joints du père en vigilance permanente contre le mauvais oeil.
- ses doigts contre la joue, en position inversée par rapport à toutes les autres populations connues à ce jour : il pose le dos des doigts et non la paume de l'index contre la joue. Cette position permet d'être toujours prêt à se brandir en 'hamsa.
- le père, est le centre de tout, mais il est généralement fatigué à la maison. Le manque d'espace et de marche lui donne fréquemment mal au genou gauche comme on le voit et il va dire : j'ai besoin de marcher un peu du côté du café.
- la mère domine et veille fermement (ses mains), la lumière vient d'elle seule. Elle est le soleil et le père n'est que la lune (regardez l'ombre du visage du père).
- son pied levé trahit son envie d'aller rejoindre ses amis pour la partie de dominos. Il compte jusqu'à 2.
- il a le nez fin et descendant un peu plus que les narines, typique.
- la mère et la fille ont aussi les yeux typiques des juives tunisiennes avec les extrémités des paupières légèrement relevées. Et regard direct et affirmé.
- La fille a, bien entendu, la même position des doigts sous le menton. C'est le dos du doigt qui touche le visage.
- toute sa lumière est dans sa main qui est posée contre son père.
- le dessin courbé de la ceinture du père montre qu'il a aprécié les nombreux plats du chabbate. Il est en position de vaincu et dominé par les armes culinaires.
- la pianiste s'appelle probablement Léa et son père fignole les dernières touches de sa préparation pour un mariage espéré prochainement. Pour cela, il a mis toute sa fortune dans les vêtements ; il faut espérer que la mode ne changera pas rapidement. Il ne restait plus assez d'argent pour acheter un piano à plus de notes.Les sourcils de Léa témoignent de son désarroi quand le destin tient à si peu de choses au bout des doigts.
- l'autre fille se nomme Rachel et elle encourage sa soeur à se marier rapidement pour que son père s'occupe d'elle à son tour. Elle est rebelle comme toute cadette mais le père tunisien dit : c'est Moi qui Donne Ma fille en mariage, quand Je voudrai à qui Je voudrai. Il souffre déjà de ces deux séparations, voyez ses deux yeux brisés.
- Un personnage vous observe et vous scrute et analyse, c'est la mère.
- Les bouches sont fermées, mais quelle intensité dans les regards ! Quand les bouches vont s'ouvrir, quelle libération cosmique. Papa, ne t'énerve pas, tu vas encore avoir mal à ton genou... Attention au piano, il est fragile, on vient encore de le réparer !