Etude de Tomér Dévora de Ribbi Moché Cordovéro
(livre de moussar)

ou Comment réussir la téchouva (le retour au meilleur)
par un travail personnel sur soi



Plan



Quel travail personnel réaliser sur soi-même pendant le Mois de Eloul ? 
Ce processus personnel  doit être fait systématiquement sur chaque dimension de nos tendances (middotes). 
Nous allons nous reporter au livre  Tomér Dévora, Palmier de Dévora, de Ribbi Moché Cordovéro, pour comprendre et accomplir ce travail qui est à la fois spirituel, moral et psychologique, sur l'une de ces middotes (d'abord la bonté 'hésséd, puis la force guévoura, puis la beauté tiféréte, puis l'assurance nétsa'h, puis l'expansion hod, puis l'union et la sexualité yéssod, et la complétude royale malkhoute...). Ce sera un travail progressif, lent et systématique


Pourquoi ce travail progressif, lent et systématique selon les principes que pose Ribbi Moché Cordovéro :

  • nous sommes fait à l'image et à la ressemblance du créateur,
  • nous vivons de Son influx,
  • si nous le laissons nous pénétrer par la prière et par le travail sur nous-mêmes dans des actes effectifs,
  • les semaines du Ômér sont propices à ce travail.

Cela se résume dans le principe : ha adam raouille ché yitdamé léqono (il est pertinent que l'homme se rende semblable à son créateur).

Note - Ribbi Moché ben Yaâqov Cordovéro (1522-1570), élève de Rabbénou Yosséf Caro, Marane, et de Ribbi Chlomo Alkabéts auteur du Lékha Dodi fut le maître de Ribbi Yits'haq Louria, le Ari, le plus grand des cabalistes avec Ribbi Chimeöne bar Yo'haï et Na'hmanide. Ses livres les plus connus sont Pardés Rimonim (livre très spécialisé de caballe), Or Néêrav (plaidoyer pour la caballe) et Tomer Dévora (livre de moussar, morale du comportement pour l'ensemble du public, fondé sur la compréhension de toute la Torah jusqu'aux niveaux les plus intimes et les plus élevés mais traduits en modèles clairs et simples de comportement interne et externe pour tout le peuple).

Présentation du texte de Ribbi Moché Cordovéro,
Tomér Dévorah, et explicitation

"Cela consiste, certes, à se dire que l'on va s'améliorer dans l'amour des créatures mais cela n'est possible que si on améliore notre amour du créateur dont la qualité (midda) d'amour, alors, nous imprégnera et agira en nous. C'est ce qu'il appelle le secret de la bonté" (sod ha'hésséd hou). 
Tout ce texte est un abrégé de celui du Ômér.
 
 


Photo de l'auteur à Jérusalem. Les glycines en avril descendent, généreuses, et parfument spirituellement  les rues qui entourent ma maison, placées là parla bonté des voisins. Jérusalem
La première étape
se caractérise par le travail
sur la bonté, hésséd

Conceptuellement
1. Le but est donc de comprendre ce que veut dire "aimer Hachém", ou être dans son 'hésséd, ce qui est la même chose. Voilà pourquoi on dit que chaque jour de cette semaine est dans le 'hésséd
2. Ce sera un amour absolu takhlite ahava
 

Pratiquement et activement. 
En quoi cela consistera t-il pratiquement ? 
3. Que cet amour, dans le coeur et dans les actes et dans la prière, ne soit conditionné par aucun motif que l'amour lui-même (ché lo yania'h âvodato léchoum siba). 
4. Que rien ne soit aimé par lui de façon comparable à cet amour pour Hachém. Il s'organisera donc concrètement pour réussir cette partie en priorité (véla zé yitaqén té'hila tsorkhé âvodato
5. Activement, pour la part venant de l'homme, il faut que la vie soit organisée en conséquence, dans tous les choix, pour réaliser ce programme en priorité et le reste des besoins en seconde position (vé a'har kakh, hammotar yiyé lichéar hatsérakhim). 
6.  On s'organise mentalement et concrètement pour que cet amour soit enraciné stablement dans le coeur (vétiyé ha âvoda hazzote téqouâ bélibbo.

(Commentaire : cela veut nous dire que si nous adoptons cette position d'un amour pur et total pour ce qui est la source même de la vie et de l'amour, alors notre amour concret pour les créatures sera lui aussi de cette qualité car il y puisera sa vie. Cela n'est pas une position curieuse mais le Rav explique là simplement le sens de ce que nous disons tous les jours dans le Chémâ Yisraël : tu aimeras D.ieu de tous tes coeurs, bé khol lévavékha). 


Pratiquement et passivement, pour la part que l'on reçoit de l'existence.
1. considérer tout ce que l'on reçoit comme amour envers nous : yé'hachévéem lé ahava lo.
2. et comme loyauté de la part de HQBH : néémanim pittsé ohév, loyales sont les blessures que fait celui qui aime (Michlé, Proverbes 27, 6)
3. avec le même enracinement en profondeur dans le coeur, que D.ieu nous envoie des choses agréables, des souffrances ou des reproches : béïn yéqabbél tovote mééte HQBH ouvéïne yéqabbél yissourine vétokha'hote.
4. on considère seulement le bon (déâto el ttsad hattov) et on cache les rigueurs (oumastir dinéya).


Résultat
A ce moment là, 
1. on aime D.ieu ouvékhol méôdékha "et de toutes tes forces" (Dévarim 6, 5).
2. alors, on a intégré la bonté dans chaque midda ou attitude de soi. Ou, inversement, on a intégré chaque comportement et attitude intérieure (midda) dans la bonté, hésséd : likhlol kol hammidote bé'hésséd.
3. cela nous place dans l'ordre de la complétude que l'on appelle malkhoute, ou royauté de toute la bénédiction sur tout le concret, et union de toutes les qualités les plus contradictoires dans la seule bonté : vénimsa sod hanhagato méhammalkhoute.
4. c'est cela un comportement toujours placé dans le 'hésséd : vézo hi hanhaga guédola léhiqachér bé'hésséd tamid.
 


Commentaire d'intégration sur ce texte (par Yehoshua Ra'hamim Dufour)

I. Les dimensions psychologiques dans le développement personnel juif
On le voit, le travail sur la bonté, hésséd,  intègre des dimensions personnelles importantes que le terme de "morale" moussar risquerait de réduire en parlant de réalisation d'actes bons mais sociaux et extérieurs.
Ce développement est d'abord un travail sur les dimensions psychologiques intérieures :


Première dimension : la capacité de mettre l'amour en takhlite ; cela veut dire, en hébreu, un amour "qui emplisse tout le domaine de tout, jusqu'aux limites et soit aussi le but de nos tendances et de nos désirs" (voyez ce mot dans Néhémie 3, 21 et Job 26, 10). 
Pour y parvenir, posons-nous les questions simples suivantes :
- quelle est la valeur et la préoccupation qui emplissent notre horizon actuellement et généralement (argent, confort, bonnes relations, joie, santé, ambition, plaisir, politique, affaires, moi, etc) ?
- serait-il possible que ce soit l'amour qui prenne la place de première valeur, de premier terrain d'existence, de premier but, de première ambition, de premier investissement ?
- serait-il possible de placer la source de cette orientation dans un amour de cette qualité précise qui est l'amour divin ? et dont nous avons le témoignage dans la Torah.


Deuxième dimension : la capacité de vigilance
Le mot takhlite comprend la notion de totalité (kol) qui caractérise la bonté et l'amour pour faire surgir de la racine de notre être :
- il faut donc développer une conscience la plus constante possible en nous qui capte notre tendance profonde et son orientation. 
- c'est un travail laborieux.Ceux qui sont en cure psychologique comprennent cette vigilance constante qui va les éclairer sur eux-mêmes. Cette bonté recherchée en nous avec constance et vigilance est un travail (âvoda), voilà pourquoi on dit en hébreu que la prière est âvodate lév, travail du coeur, comme les sacrifices étaient un travail (avôda) car ils étaient laborieux et impliquaient toutes les tendances de l'être et toute la conscience. Reportez-vous ici au commentaire de la paracha Vayiqra.
- ce travail personnel suppose une mise en action de la volonté, de la décision pour maintenir le cap car on ne parvient pas à accomplir cette tâche avec facilité.


Troisième dimension : la capacité de voir tout de l'autre dans le seul axe de l'amour.
 Néémanim pittsé ohév, loyales sont les blessures que fait celui qui aime (Michlé 27, 6). Cela veut dire que celui qui est aimé interprète toujours dans le bon sens l'intention de celui ou de celle qui s'adresse à lui dans une relation amoureuse.

Questions très simples : 
1. envisageons-nous ce que "devrait, selon nous" nous envoyer D.ieu comme uniquement l'agréable ou bien acceptons-nous à l'avance les programmes difficiles comme faisant partie de ce que nous ne comprenons pas qui est certainement "bon" et ont des fonctions bonnes (élévation, dépassement de soi, complétude en cours, changements, etc) cela afin de parvenir à bénir dans le mal comme dans le bien ainsi qu'il est demandé, sachant aussi que D.ieu seul voit les temps, les plans d'ensemble qui exigent des détours, les réparations et purifications nécessaires, etc.
- sommes-nous prêt a priori à, ainsi, tout intégrer dans une vue de bonté (même si nous souffrons en même temps) ? Lisez le verset 119, 71 des psaumes
tov-li kh ounéti lémaâne élmad 'houkéikha,
c'est bon pour moi que j'ai été dans la misère afin que j'y apprenne tes secrets.
Le traité Bérakhote 54 a, des Bénédictions, dit également  ce que la halakha a repris dans ses prescriptions : 
'hayav adam lévarékh âl haraâ kéchém chémévarékh âl hattova chénéémar : véahavta éte Hachém élohékha békhol lévavékha... bichné yétsaréikha, béyétsér hattov ouvéyétsér harâ.
"l'homme a l'obligation de bénir à propos du mal de la même manière qu'il bénit sur le bien comme il est dit 'avec tes deux coeurs' (békhol lévavéikha, Dévarim 6, 5) où le mot coeur est mis au pluriel pour parler de l'instinct du bien et de l'instinct du mal" (Traité Bérakhote 54 a).
Cette conception qui intègre tout dans la bénédiction et la bonté est importante comme pacification. En effet, nous devons alors être indulgents envers nous-mêmes et envers les autres pour la part impure qui vient toujours tout déformer et perturber ; ce léger mal ou ces erreurs sont aussi une force et ils n'altèrent pas le bien réalisé ; au contraire, il faut apprendre à intégrer cette art de déviation à l'intérieur du bien et de la bénédiction.
Gam zo la tov, également celle-là (cette part-là) est pour le bien disait Na'houm dont cette phrase fut associée à son nom (Taânite 21 a, Sanhédrine 105 b et 109 a).


Le grand art de la conscience juive de l'épreuve
Rav Cordovero nous enseigne là un grand art à travers une particularité linguistique.
Il fait remarquer que zo  est délibérément au féminin. Explicitons-le. Cela fait allusion au fait que les épreuves viennent du côté gauche qui est appelé soit dinim soit guévourotes. Quand c'est dinim, ce sont des jugements terribles mais ce peut-être aussi guévourotes qui sont, certes des chocs, mais qui donnent alors des forces et c'est le cas quand ces épreuves sont intégrées dans la bonté. Cela doit nous donner une conception juive de l'épreuve que nous présentons dans la réponse aux questions.



II. Les dimensions au-delà du psychologique dans le développement personnel juif

Aimer dans la source de la bonté
Le Rav Cordovéro nous éclaire ensuite sur la véritable nature de cette bonté qui pourrait nous sembler seulement de bonnes inter-relations humaines. Il cite l'introduction des Tiqqouné Zohar disant : éïne 'hassid élla hamit'hasséd îm qono déâvid qén... da chékhina
"il n'est pas de 'hassid, si ce n'est celui qui fait sa bonté en étant avec son créateur en Lui faisant un nid... qui est la chékhina".
Commentons. Il précise là un point important. La Torah nous apprend ce qu'est et ce que doit être la bonté, parce que sa source et sa nature sont en Haqqaddoche baroukh Hou Lui-même dans la bonté intérieure et intime qu'Il a avec la chékhina (Sa présence divine dans le monde). Ainsi, aimer la créature, en ce qui nous concerne ici-bas, c'est comme si nous bâtissions un nid pour la chékhina et assurions la relation d'amour entre HQBH et Sa chékhina

L'association divine
Cela montre la haute nature de la bonté, et quel rôle important nous accorde D.ieu de participer à Sa relation d'amour intime. Cela est formulé parfois en disant : D.ieu a besoin des hommes.

Notre part active
Le Rav, à partir de là, indique autre point important : dans nos sentiments humains, notre intention affective peut aller jusqu'au créateur comme objectif-source de tout notre être  : léfi ché guémiloute 'hassadim ché adam ôssé bata'htonim, tsarikh ché yikhavéne ba hattiqqoune haêliyone dougmato, vé hou ché gomél 'hésséd îm qono.
C'est ainsi que l'homme "donne la bonté à son créateur" gomél 'hésséd îm qono, merveille de la liberté humaine. 

Exemples
En plus des actes courants de bonté, il cite plusieurs actes qui relient ainsi, de façon particulièrement visible, la bonté humaine et la bonté directement divine :
- le don de nourriture au nouveau-né qui n'a aucun moyen de se la procurer, au moment où la créature est dans les rigueurs de la vie sans aucune défense.
- le don de la circoncision où, gratuitement, on fait franchir des stades très importants à l'enfant face à des freins qui s'exercent sur lui.
- la visite aux malades et leur soin,
- les dons aux pauvres,
- l'accueil des personnes seules et en déplacement,
- le soin des personnes décédées qui n'ont aucune capacité de veiller à leur dignité et ne pourront pas en remercier,
- l'assurance des besoins matériels de la mariée qui n'en dispose pas,
- l'aide à la paix entre les hommes lorsqu'ils sont en relations conflictuelles. Tout ce qui ressort de faire avancer les chemins de la paix c'est bonté envers le Très-haut : vékhol kéyotsé bazé midarkhéi chalom hou guémiloute 'hésséd lémaâla.
Tout cela est bonté, bonté humaine à l'image de la bonté divine, mais, davantage encore, cela contribue à la circulation heureuse de l'amour en D.ieu Lui-même.

Rappelons ici ce que nous disions dans la paracha Vayiqra :
"La pauvreté de D.ieu
C'est peut-être l'un des sens de cette modestie du aleph dans le mot vayiqra : cette rétraction et retenue d'affection est la condition d'une transmission qui ne tuera pas l'autre par sa puissance. 
Cette démarche, qui est un enseignement de Hachém envers Moché, se retrouve constamment dans la Torah ; il est souhaitable qu'elle puisse se retrouver tout autant dans la relation entre les personnes.
Ribbi Yaâqov Abou'hatséra (voir le lexique) va dans cette ligne et nous mène en des sommets où nous n'oserions jamais aller. Il nous indique sur ce mot Vayiqra que la rétraction nous informe de l'état de déficience et de fragilité de la présence de D.ieu en ce monde, que l'on nomme chékhina ou royauté de D.ieu, malkhoute. C'est un état de pauvreté, daloute, dans lequel le monde met D.ieu, si l'on peut dire. Chaque jour, le plan de plénitude de D.ieu est ainsi appauvri. 

Le pouvoir de l'homme de répondre et reconstruire
Et c'est le propre de l'homme, des membres du peuple d'Israël, que de pouvoir reconstituer cette plénitude, d'abord dans la prière de cha'harite, cette longue prière du matin (dite à un rythme normal pour  prononcer chacun mot sans s'attarder, à haute voix comme le font les sépharades, elle dure environ une heure 1/4 chaque jour où il n'y a pas de lecture de Torah comme c'est le cas le lundi et le jeudi).
C'est un thème constant dans son oeuvre, spécialement dans son commentaire Ma'hsof hallavane (y voir Béréchite sur Béhibaram, ou le début de la paracha Térouma ou la paracha Béchala'h sur le chant après le franchissement de la mer Rouge). "



Deuxième étape : le travail personnel sur les tendances de force et de rigueur (dine)

(photo de l'auteur)

Cette seconde étape travaille sur les tendances de force. 
 Comment y parvenir ? (Héakh yarguil haadam âtsmo bémidate haguévoura).

 1.  Elles peuvent être destructrices (on dit, aller vers la gauche) ou devenir constructrices (on dit, aller vers la droite qui est  le lieu symbolique du 'hésséd, source de tout). 

 2. Plus exactement, elles sont automatiquement destructrices 
  - si elles ne sont pas assumées consciemment 
  - et si elles ne sont pas orientées uniquement vers le bien d'autrui. 

  3. C'est ce que le judaïsme appelle l'instinct du mal ou yétsér harâ avec lequel l'homme a été également créé (haadam notsar bichté yétsirote). Tout éveil de cet instinct met en mouvement des forces de rigueur et de destruction : hén  mamache méôrérote haguévourote ha'hazaqotes.

 4. Si l'homme n'est pas conscient de sa force qui cherche une auto-satisfaction (de plaisir matériel, sensuel, intellectuel ou moral), il sera toujours prêt à détruire autrui même en parlant de bien familial ou d'idéaux politiques ou de religion. 

 5. Voilà pourquoi Ribbi Moché Cordovéro dit que le yétsér harâ a été fait uniquement pour donner satisfaction à son épouse ( yétsér harâ létsorér ichto, Zohar I, 49 a), ce qui veut dire que c'est l'exemple le plus précis du bien pour ce qui est certes très proche mais qui n'est pas moi. 

  6. Mais le judaïsme est toujours un art du lien et de la complétude qui est le concept de paix, chalom. Aussi, chaque jour  verra un travail particulier sur le lien d'une autre qualité à l'intérieur de la force. 

 7. Le Rav dit : vois combien ces choses sont douces (réé kama métouqim dévarav) alors qu'elles pourraient détruire. 

 8. L'art d'aimer , effectivement, est souvent ignorant de ces réalités et tourne à l'horreur sans les que les deux partenaires ne comprennent rien à la situation. De plus, par le lien que nous avons vu entre le bas et le haut, par le fait que l'homme est créé à l'image du monde d'en-haut, et par le fait de la liberté donnée à l'homme d'influencer le monde d'en haut dont les  forces sont encore bien plus grandes, l'ignorance dans l'art d'aimer et de gérer ces pulsions entraîne des forces  destructrices socialement. La moindre colère (kaâs) est de cet ordre. La recherche de la jouissance personnelle également dans la sexualité (biah) ou l'argent (mamone). De même, la recherche de la gloire (kavod) personnelle.
 Celui qui dispose de la capacité de mettre en jeu ces forces dans le couple ou dans la politique et les détourne à son profit ne sait pas qu'il est en train de mobiliser des tornades qui vont ravager. 

 9. Par contre, pour le bien de son épouse (omenam, lé tsorékh ichto yéorér yitsro béna'hat létsad haguévourotes hamétouqim) il éveillera son instinct avec douceur du côté des forces de tendresse délicieuse. 
 C'est ainsi que l'on construit et rectifie un couple et une maison (létaqén la bayite). 

 10. Nous l'avons déjà vu : ce travail produit "comme" un travail d'amélioration dans l'union divine elle-même, comme si on embellissait la chékhina (ajoutons : ainsi qu'il est dit dans le chapitre 15 de Chémote dans le Chant de la sortie  d'Egypte : il est mon D.ieu et je l'embellis, zé Eli vé anevéHou). Et toute amélioration dans le couple crée, pour ainsi  dire, ce type d'amélioration (léfikhak, kol tiqouné habbayite hém tiqouné ha chékhina).

 11. Améliorer ainsi en adoucissant, se dit lémattéq. C'est éveiller l'instinct de mal pour l'amour (mitsad zé yéôrér hayétsér harâ léahavatah). C'est le sens du verset 8, 3 du Cantique des Cantiques  : "sa gauche (ces forces) sous ma tête (apportées là en élévation) smolo ta'hate lérochi, et sa droite m'embrasse, vimino té'habéqéni (et le tout est ramené dans l'ordre de la droite, hésséd)" que l'on comprend par cet exposé. 

 Tout cela par le travail sur les tendances de force et du yétsér harâ. 



 


Troisième étape : le travail personnel sur les tendances de beauté (tiféréte)

  Comment l'homme s'éduquera lui-même pour se développer dans la 3e midda (tendance et attitude) de beauté (tiféréte)
 
(photo de l'auteur, au Jardin Botanique en face de notre maison à Jérusalem)

 Il n'y a aucun doute que la midda de beauté tiféréte trouve sa source et son expression et sa nature dans l'étude de la Torah :  Eïne saféq chémiddate hattiféréte hi haêsséq ba -TTorah. 
 (Commentaire. Nous sommes placés immédiatement dans un décalage par rapport à nos conceptions spontanées, nous  aurions pu penser que nous aurions à nous améliorer concernant l'esthétique de l'apparence extérieure. 
  Le Rav ne dit pas qu'il ne s'agit pas de cela, mais il va droit à la nature des choses -toute beauté a sa nature et source  d'existence en la beauté d'en-haut dont le témoin est la Torah. 
 Il nous rappelle ainsi que nous ne nous développerons que dans la mesure 
 - où nous nous situerons dans notre nature qui est d'être semblable au Créateur, 
  - et où nous chercherons à nous rendre le plus possible semblable à Son image que nous pouvons connaître dans la Torah). 

  ...(suite) Cependant, il faut accorder une grande attention à ce point capital : ne pas nous enorgueillir justement dans notre connaissance de la Torah car cela causerait un très grand dommage, ché lo yigrom raâ guédola. 
 (Le Rav nous apprend par là que tout homme qui a bénéficié d'une qualité de beauté, sur un plan ou sur un autre, physique, moral, spirituel, manifeste la beauté d'En-haut et celle de la Torah ; mais l'erreur dans la gestion de cette qualité peut entraîner des nuisances graves, ce que nous allons découvrir). 

 ...(suite) En effet, exactement à l'image de la hauteur dédaigneuse qu'il prendrait envers autrui en s'enorgueillissant, de même il causerait par là que la qualité de beauté tiféréte qui est la Torah, elle-même prendrait de la hauteur dédaigneuse et se retirerait en haut, que cela ne se produise :  ché aré kémo ché hou mitgaé, raq gorém ché midate hattiféréte, ché hi hattorah, titgaé vé tistaléq lémaâla, 'has véchalom ! 
  (Le Rav nous montre par là comme il est grand le pouvoir de l'homme, en bien comme en mal, dans la création et par  rapport à Dieu. Si le monde va bien, c'est parce que l'homme permet à la vie et à la bonté de d'expanser ; inversement c'est  nous qui fermons le monde à la profusion des bontés divines et ce n'est pas alors un "silence de Dieu"). 

  ...(suite) Et, a contrario, celui qui veille à s'abaisser avec humilité concernant tout ce que dit la Torah, il devient la cause  précise que la beauté tiféréte s'humilie en descendant vers nous pour diffuser vers le bas son influx de vie :   élla kol hammachpil âtsmo bédivré torah dorém él hattiféréte ché yéréd oumachpil âtsmo léhachpiâ lémata. 
 (Le Rav souligne, si l'on peut dire, l'interdépendance très forte et automatique qui existe entre notre attitude face à la beauté de notre être et la présence ou le retrait de Hachém. Si nous sommes conscients que la beauté est seulement une continuité  de celle de Dieu et de Sa Torah, alors celle-ci s'expanse ; si notre beauté est référée à nous-même, alors autrui devient méprisé, D.ieu est ignoré et c'est comme s'il était repoussé). 

 ...(suite) Pour comprendre cela, il faut se représenter que la Torah est une étape dans la descente de la bonté divine envers nous, étape qui est suivie de quatre autres pour atteindre la réalisation idéale, et ces quatre étapes ont trois middotes ou attitudes de comportement qui leur permettent de se dérouler : vaharé lémata méhattiféréte arbâ séfirotes vélahéne chaloche middote. 
 (Ces étapes qui suivent la descente de la Torah jusqu'à sa concrétisation dans l'existence par la manifestation qu'en fera le peuple juif, sont des "séfirote" portant les noms de la beauté tiféréte pour celle de la Torah,
puis la séfira qui est  l'assurance victorieuse ou nétsa'h, 
puis la séfira qui est la splendeur, hod,
puis la séfira qui est l'union et la sexualité yéssod,
et enfin la séfira qui est  la complétude royale malkhoute. 
Le Rav va étudier le comportement 
  - envers l'élève ou l'éduqué, qui réfère aux séfirotes nétsa'h et hod ;
 - envers le pauvre, qui réfère à la séfira yéssod ;
 - envers l'ignorant, qui réfère à la séfira malkhoute.


Quatrième étape : le travail personnel sur les tendances d'assurance victorieuse et de splendeur (dine)

La première midda envers l'élève, qui réfère aux séfirotes nétsa'h et hod
 ...(suite) Celui qui s'enorgueillit au sujet de ses élèves, envers ses élèves, au-dessus de ses élèves : Hammitgahé âl talmidav... 
 ...(suite) est la cause que la beauté tiféréte reprend de sa hauteur, de son orgueil par rapport à ses étapes suivantes  (séfirotes nétsa'h et hod) qui sont comme des enfants, des étudiants :  gorém ché hattiféréte yitgaé véyitâlé méâl nétsa'h va hod, ché hém limoudé Hachém, talmidé hattiféréte. 

 (Le Rav prend un exemple qui pourrait sembler le plus justifié : l'auto-satisfaction de quelqu'un qui connait la Torah, a  réussi à former des disciples jusqu'à un haut niveau, est fier d'eux, et ressent un sentiment de plaisir de cela, et sait qu'il est plus qu'eux. 

 1. Le seul mot d'hébreu âl (par les sens divers que nous avons indiqués ci-dessus) montre toutes les ambigüités de l'attitude et révèle l'erreur : il "s'élève" alors que la relation qui apporte la beauté de la vie et qui devrait être son exemple, est une relation de "descente et d'abaissement" : D.ieu -si l'on peut dire- "descend" vers l'homme, comme un parent qui descend au niveau d'un bébé et joue avec lui très sérieusement. 
Toute élévation de soi, toute assurance dans le ton, dans les affirmations, dans les idées, dans l'expérience, semblent justifiées et le sont en tant que résultat de la formation, mais sont contraires à ce qui crée, à ce qui donne la vie,  à ce qui est la "nature" divine et celle de la Torah. 
                                                       
2. Le Rav nous enseigne par là ce qui devrait être toute relation dans la société : nous ne sommes que transitoires et avons à  passer l'enfant (tout) à d'autres mains, nous aurions dû comprendre cela de la seule existence des générations et de l'écart  entre ceux qui peuvent et savent et ceux qui ne sont pas encore parvenus à ce stade ; nous devons nous comporter comme  Celui qui est LE riche : nous "abaisser". 
 Le Rav prend ensuite l'exemple inverse pour mieux le faire comprendre ). 

 ...(suite) Et celui qui s'abaisse lui-même vers ses élèves dans l'amour, également la beauté tiféréte s'abaissera elle-même vers ses étapes suivantes et leur transmettra son bon influx : Vé hammachpil âtsmo oumélaméda béahava, gam hattiféréte yachpil âtsmo él talmidav véyachpiêm. 
 (Cela étant bien compris, le Rav en tire une conclusion pour le comportement concret. C'est cet ensemble que l'on appelle,  dans le judaïsme, le moussar, improprement traduit par "la morale". C'est tout un courant important de l'enseignement  qui comporte ses maîtres, nous les découvrirons peu à peu.) 

  ...(suite) Donc, que l'homme soit agréable envers ses élèves quand il les enseigne et quand ils parviennent à se rapprocher  de lui, et alors la beauté tiféréte par son mérite d'avoir agi ainsi, fera descendre son influx dans les étapes suivantes dans  ces élèves de Hachém (aussi bien les étudiants réels que netsa'h et hod) comme il sera pertinent selon ce qu'ils sont. 

 (En fait, le Rav Moché Cordovéro, l'un des plus grands et qui a enseigné les plus grands, nous révèle le travail de remise en question de soi qu'il faisait ; par là il nous enseigne la méthode. Il est important pour nous de bien comprendre par là  que la morale, pour ceux qui veulent connaître la Torah comme lui, n'est pas "de faire ou de ne pas faire" ; elle est de  comprendre, si l'on peut dire, les "comportements" (middotes) de D.ieu qui nous a créés à Son image et ressemblance, et à se mettre à agir selon cet exemple. 
  Mais, deuxièmement, cette méthode fait que Hachém peut alors continuer envers Son processus de création, pour le bien de nous et du monde. 
 C'est probablement cela le rôle de bénédiction du peuple juif pour les nations : être un canal de LA bénédiction, comme le Cohen l'est pour le peuple). 

La seconde midda. 
 Celui qui s'enorgueillit sur le compte du pauvre et le méprise 
 hammitgaé âl héâni oumévazé oto 
 est la cause que la beauté tiféréte reprenne de sa hauteur et de son orgueil par rapport à l'étape suivante (séfirote yéssod qui sont l'arrivée à l'union et à la sexualité) :  gorém ché hattiféréte yitgaé âl ha yéssod 
 et ne lui apportera pas sa bénédiction, vélo yachpiâ bo. 
 Au contraire, si la compréhension du sage est unie en lui et avec le pauvre 
 véîm tiyé daeto chél 'hakham méyoouchévéte âlav îm héâni, 
alors, tiféréte apportera pas sa bénédiction, az hattiféréte yachpiâ béyéssod

                                                       (Le Rav nous apporte une conception dont notre société est dépourvue. Elle accorde l'appréciation au riche,  à ceux qui se nomment eux-mêmes les élites, et le mépris du pauvre est tel que celui-ci est totalement exclu. Le judaïsme ne peut pas être cela. La société juive israélienne doit réagir car elle prend un tournant d'immoralité grave en ce domaine, à  l'image des autres sociétés occidentales. 
 Le rôle des sages en Torah devrait être de le rappeler à haute voix. Il est vrai que des milliers et milliers de familles vivent en Israël dans la pauvreté la plus grande parce qu'elles consacrent leur vie à la Torah. Mais cela ne suffit pas. 

De plus, en le formulant selon nos repères, disons que le Rav nous fait comprendre que cela n'est pas seulement une morale  sociale et politique, mais cette morale est celle qui permet l'existence même du monde. Nous sommes tous également et  totalement les pauvres par rapport à Hachém et ne vivons que par Son don. Nous devons vivre selon Son exemple vital  et nous devons faire suivre la vie envers les pauvres, sinon nous arrêtons ensemble et la vie divine et la vie naturelle, par notre responsabilité. 
 Le Rav nous fait comprendre, que le soin constant et absolu de tout pauvre, n'est pas une attitude décorative pour les riches, c'est le minimum de l'honnêteté ontologique, de la responsabilité d'existence du monde.) 

La troisième midda. 
                                                       Celui qui s'enorgueillit par sa connaissance de la Torah sur le compte de celui qui n'a pas d'instruction en ce domaine 
 hammitgaé bétorato âl âma déarâ 
 et cela c'est tout le peuple de Hachém 
  ché hou klal âm Hachém 

est la cause que la beauté tiféréte reprend de sa hauteur, et s'éloigne par rapport à l'étape suivante (séfirote malkhoute qui sont la complétude et la réalisation totale). 
 gorém ché hattiféréte yitgaé méâl hammalkhoute 
 et ne lui apportera pas sa bénédiction, vélo yachpiâ bo. 
 Au contraire, que la compréhension du sage soit intriquée parmi les créatures 
 et que tout le peuple qui existe soit aussi important devant son visage ;  et s'il ne leur accorde pas ce regard il les enferme ipso facto dans les forces négatives par son action. 

 (Permettez-moi de vous dire que j'avais les larmes aux yeux en traduisant et rédigeant ce texte  en pensant aux souffrances réelles actuellement dans notre peuple de la part de gens que je connais (pauvres sur l'un de ces trois points), souffrances toutes superflues et dues simplement à l'ignorance de ces termes de la part de  ceux qui se posent comme l'establishment intellectuel, économique, religieux en toute assurance et qui pourraient aisément  réduire ces situations, par ce regard que nous enseigne la Torah et ses Sages dans un dévoilement. 

 J'avais les larmes aux yeux en voyant ces mots qui nous disent explicitement ce qu'est notre Torah, qui nous expliquent ce  qu'est "la" nature du monde comme l'a découverte Avraham notre père : la nature du monde est la bonté, le 'hésséd seulement, et aucune autre dynamique ni la science, force, ni l'intelligence, ni l'argent, ni la communication, ni la politique, etc. ; mais tout cela n'a d'existence que dans le 'héssed, la beauté de la bonté, tiféréte. 

 Si nous ne le comprenons pas, le monde continuera à aller à sa destruction d'âge en âge. Nous  le  voyons encore en ce moment où les nations les plus avancées, pensent-elles, n'ont comme moyen intelligent selon leur  morale pour résoudre les difficultés réelles que le rideau de bombes et la fuite des réfugiés massacrés à la fois par les  persécuteurs et par ces morales étrangères à la bonté. 

  Le peuple de la Torah a une autre réponse. C'est notre fonction. 
  Avraham fut seul dans la monde de l'époque qui était comparable. Il est le père du peuple juif. 
 La vérité ne peut pas être séparée de la beauté et de la bonté, dit le Rav en terminant. Cela vous explique l'importance que j'essaie de placer dans la beauté et la bonté sur le site Modia qui cherche à transmettre la Torah, faire savoir, Modia). 
  Beaucoup disent qu'en eux-mêmes ils sont touchés par cet axe qu'ils sentent de l'intérieur.  C'est la Torah, elle est tiféréte,  beauté. Et cette séfira de beauté anime toutes celles qui sont autour.

 Comprenez que cette option et cette tentative que nous essayons de partager ensemble  n'est pas une philosophie personnelle. 
 Si elle s'exprime personnellement (graphisme, couleurs, photos, etc), elle ne fait qu'obéir à l'enseignement du Rav qui dit  en ce chapitre : 
  Ajoutons autre chose,  qu'il soit coutumier en tout exposé et discussion sur la Torah 
  ôd yiyé raghil bihéyoto nossé vénoténe bédivré Tora 
 d'orienter son intention vers la réparation de la chékhina 
 lékhavéne él tiqouné chékhina, 

 létaqénah ouléqachtah él hattiféréte 
 de la réparer et de l'embellir de parures et de bijoux de beauté. 

 (Nous l'essayons dans la musique des mots, parfois, ou des poèmes. 
 Toujours notre sensibilité doit être en fonctionnement quand nous sommes centrés sur la Torah, et pas seulement notre tête.
  Pourquoi le dire ? Cela semble un peu impudique ; cette explication fait partie de l'explicitation et de la transmission). 
 C'est un prix à payer pour cela. 

A SUIVRE