La Haggadah de Pessa'h


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Lire Chémote (Exode) ch. 13, 8 et les chapitres 12 et 13
Voir la page consacrée à 'Hadgadia


Et un beau cadeau pour nos lecteurs Juifs originaires du Maroc, transmis par Arrik Delouya si fraternel avec tous, le texte de la Haggadah en judeo-marocain. La version de la Haggadah de Pessah en hébreu et aussi en arabe marocain !!! (fhal di zman !!!)

Lien http://ouanounou.david.free.fr/Andalouse/Sareh%20di%20pissah%20haggada.htm

Et une belle haggadah, celle de Venise, 1609
http://www.library.yale.edu/judaica/exhibits/haggadah/VeniceHaggadah.html

et en fin de cette page, le texte imprimé réalisé par

Selon la méthode juive perpétuelle, recommandée ce soir-là, posons-nous des questions, et nous pourrons les présenter et y répondre lors de la fête.
Comme sur tout le site Modia, beit middrache d'étude sur le Web, nous entrerons sérieusement dans les connaissances.
Posons-nous donc le maximum de questions.

Pourquoi ce récit se fait-il lors d'un repas ?
Pourquoi y intercale-t-on des psaumes ?
Qui en a décidé ?
Quand .
Qui a rédigé ce texte ?


Questions sur la source de notre texte de la haggadah
Il y a deux sources qui n'en sont qu'une : la Torah écrite et la Torah orale (michna)
La Torah écrite.
C'est en Chémote 13, 8. Il y est dit, à propos de la sortie d'Egypte : "et tu le raconteras à tes enfants" (véhiggadta lévinékha). Donc ce n'est pas avant tout une prière ni une étude mais c'est un récit.
 

Il ne s'agit pas d'une coutume importée de quelque séjour des communautés dans des pays étrangers au moyen-âge. 

La haggadah dans la michna et son lien avec la terre d'Israël
La michna du traité Péssa'him consacre son dernier chapitre, le 10e, à ce sédér de Pessa'h après avoir traité du 'haméts dans les chapitres 1 à 3, de l'interdiction de tout travail le soir de la fête dans le chapitre 4 ; le sacrifice de Pessa'h occupe les chapitres 5 à 9.
La michna est composée de 6 ordres (chicha sidré michna) comportant 63 traités. Le traité de Pessa'h est dans le second ordre (ou sédér) intitulé Moêd ou Fête, où il y a aussi le chabbate, par exemple.

Cette tradition du Seder de Pessa'h remonte donc à la plus haute antiquité puisque la michna a été écrite par Ribbi Yéhouda Ha Nassi vers l'an 220 du compte courant. Mais il collectait des traditions des maîtres de la michna (les tannaïm) remontant à Moché Rabbénou. 
Reportez-vous ici à la page intitulée "De la Torah à la Michna", vous y trouverez cette liaison et l'explication précise de ce qu'est la michna.

Il y a eu diverses rédactions du séder à cette époque et la version que nous pratiquons dans toutes les communautés actuellement remonte exactement à celle qui était utilisée dans la communauté de Babylonie, reliée elle-même à la tradition de Ribbi Yéhouda hannassi. Voyons qui sont ces rédacteurs.

Ribbi Yéhouda Ha Nassi
Il fait partie de la 14e et dernière génération des tannaïm, qui s'étend depuis l'an 170 du compte courant (3930 en date hébraïque).
Ribbi Yéhouda Ha Nassi ou Rabbénou Haqqadoche ou Rabbi, vivait à Béit Chéârim, vers 170-220. Il termine ce que l'on appelle la chaîne de transmission de la michna  La halakha le suit quand il est dans une dispute avec tout opposant, hormis son père.
Ribbi Yéhouda Ha Nassi est le descendant d'une longue lignée s'étendant sur 2 siècles de présidents (les néssiim) du grand béit dine, qui eux-mêmes descendaient de Hillel : les Gamliel et les Chimeône ben Gamliel. Cette lignée ne reçut pas directement l'enseignement de Yo'hanane ben Zakaï, Éliêzér Haggadol, Ribbi Âqiva et Ribbi Yichmâel. C'est seulement Ribbi Yéhouda Ha Nassi (le président) qui reçut directement cette tradition par l'intermédiaire de Ribbi Chimeône bar Yo'haï, et cumula ainsi les deux traditions ainsi que la spécificité des présidents avec la science des Sages du béit dine. Il avait également la tradition de Ribbi Natane, collègue de son père le président Chimeône ben Gamliel II ; ce Ribbi Natane est souvent indiqué dans le texte sous la forme de "yéche omerim, il y en a qui disent"). Plusieurs de ces présidents de l'époque du Temple sont désignés dans la guémara sous le nom de béni bétéira (une rue est à ce nom à Jérusalem), comme Ribbi Yéhouda, Ribbi Chimeône ou Ribbi Yehoshua (Êdouyote 8, 1).

Il a reçu son enseignement des plus grands :
- son père Chimeône ben Gamliel II (Baba Métsiâ 84 b), président du Tribunal et Roche (directeur) de la métivta, école rabbinique où il lui succéda (Nidda 14 b),
- des amis et collègues de son père, Ribbi Natane et Ribbi Yaâqov ben Korchaï (Yoma 61 a),
- Ribbi Méïr (Sanhédrine 84 a),
- Ribbi Chimeône ben (ou bar) Yo'haï à Téqoâ (Chabbate 147 b), qui succéda à Ribbi Âqiva,
- Ribbi Elâzar ben Chamouâ (Êrouvine 53 a, Yevamote 84 a, Yoma 79 b),
- Ribbi Yossé ben 'Halafta (Chabbate 68 b),
- Ribbi Yehoshua ben Kar'ha (Chabbate 84 b).
Ses collègues d'étude furent :
- Ribbi Chimeône ben Ménassiya et Ribbi Yossé ben Méchoulam de la "sainte communauté" (qéhila qédocha) de Jérusalem, composée de Sages qui répartissaient leur temps en 3 parties égales, prière-étude-travail.
- Ribbi Yichmâel ben Yossé, Ribbi Elâzar ben Chimeône, etc.
En plus des Sages renommés en Éréts Yisrael, comme Ribbi Yo'hanane ben Nafa'ha (Sanhédrine 96 a), et des élèves innombrables d'Éréts Yisrael, de nombreux élèves affluèrent auprès de lui depuis Bavel :
Ribbi 'Hiya et ses fils 'Hizkiya et Yéhouda (Soucca 20 a), Rav (Baba Batra 52 a), Ribbi 'Hanina ben 'Hama qui le seconda à la tête de la yéchiva.

Après Rabbi commence une génération de transition entre les Sages de la michna, ou tannaïm, et ceux du talmud, ou amoraïm, aussi bien en Éréts Yisrael qu'en Bavel. Le passage se fait par Ribbi 'Hiya bar Abba ou Ribbi 'Hiya Rabba (BQ 4 b, 28) qui était venu de Bavel, avait reçu toute la tradition de Ribbi Yéhouda Hannassi et l'aida à recueillir et à ordonner les autres traditions, et à qui sont reconnus les qualités et privilèges des deux catégories de Sages dans les débats. Il a rédigé la Tossefta sur tous les traités de la michna. Il fut le maître de Rav, son neveu par son père et par sa mère qui l'appelait affectueusement 'havivi.
Rav partit à Soura, en Babylonie d'où nous est venue la haggadah.

Notre haggadah venue de Babylonie

La 1e génération des amoraïm, vers 220-250
C'est l'époque de la rédaction des tosseftotes et des béraïtotes, recueils de multiples traditions.
Rav, Chmouel et Ribbi Yo'hanane reçurent l'enseignement de Ribbi 'Hiya, élève de Rabbénou Haqqadoche. 
(Rappel : se reporter aux références indiquées des traités du talmud)

Rav, ou Rav Abba Arikha (BQ 3 a, 49), est de la 1e génération des amoraïm, vers 220-250. Il est donc le disciple de Rabbi et de Ribbi 'Hiya ; il était membre du Sanhédrine. Il partit à Soura en Babylonie, 219-247 (4007). Le niveau des études continua à rester très élevé en Éréts Yisrael mais Rav ouvrit également une période d'études brillantes à Bavel (Babylone) pour de nombreux siècles. On le qualifie de miqdache méâte, petit Temple. Il a rédigé des commentaires de middrache halakha sur le Lévitique (Torate Cohanim) et sur les Nombres et le Deutéronome (Sifré devéi Rav). L'ensemble est nommé Sifra devéi Rav. A sa mort, la plupart de ses élèves allèrent rejoindre la yéchiva de Chmouel.

-  Chmouel (BQ 3 a, 49) exerça à Néhardéa en Babylonie, vers 220-254 (4014). Il est aussi nommé  chaqoud (l'empressé à l'étude, Ketouvote 43 b) et  ariokh, en Chabbate 53 a. Son père est Abba ben (ou bar) Abba Haccohén, nommé avoua diChmouel (BQ105b). Son étude de la Torah ne le dispensait nullement de la connaissance des sciences de son époque et il disait connaître aussi bien l'astronomie et les configurations du ciel que les ruelles de Néhardéa (chaque fois que l'on trouve une allusion aux juges de Néhardéâ dans BQ 12a :  il s'agit alors de Rav Ada bar Minyomi). Peu de temps après la mort de Chmouel, la yéchiva fut détruite et les élèves partirent à Poumbédita.
 La halakha suit l'opinion de Chmouel pour les questions profanes et celle de Rav pour le culte, hormis en 3 points.

 - On trouve également Qarna, le Dayane Haggola, dans notre texte (BQ 3 a, 49) ; il était collègue d'étude de Chmouel.

Rav et Chmouel ont formé directement ou indirectement la presque totalité des Sages de Bavel. Leurs élèves directs (selon SAK) furent Rav Kahana, Ribbi Ami, Ribbi Assi, Rav Yéhouda, Rav Na'hmane bar Yaâqov, etc., dont il est parlé quand on trouve simplement Rav Na'hmane

Franchissons les siècles, à Soura et Pumbédita et nous arrivons à la 6e génération des amoraïm, vers 370-400.

Avant l'arrêt du Sanhédrine, c'est la rédaction du talmud de Jérusalem et du middrache Tan'houma.

En Babylonie, c'est l'époque des élèves de Rava et Abbayé.
-  Nous trouvons Rav Papa, qui établit une grande yéchiva à Naréch près de Soura, vers 350-370 (4110-4130).

La 7e génération des amoraïm

- Rav Kahana dirige la yéchiva de Poumbédita vers 400,
- Ravina et Rav Achi à Soura, organisent, vers 370-425 (4130-4185), le talmud de Babylone que nous étudions. L'opinion de Rav Achi prévaut sur celle de Ravina pour la halakha.
Cette époque est ce que l'on appelle sof horaa, la fin de l'enseignement. On dit aussi que par eux nikhtam vénistam hagguémara, a été écrite et clôturée la guémara. Ce sont eux qui nous ont transmis nos traditions et également la haggadah.
Puisque la halakha est selon l'avis des derniers maîtres, le talmud de Babylone l'emporte sur la michna et sur le talmud de Jérusalem pour les questions qui y sont également exposées.
Ensuite s'ouvrit l'époque des savoraïm : rabbanane savoraï, c'est-à-dire ceux qui pensent sur la michna et la guémara et en tirent les applications de halakha pour les générations ultérieures.
Puis viendront les guéonim, à la fin du 6e siècle, et ils continueront pendant 5 siècles, jusqu'au Rav 'Haï Gaone, le fils de Rav Chérira Gaone. 

Tout cet ensemble de générations forme la chalchéléte haqqabbala, la chaîne de la réception, qui est une transmission orale (iche mi pi iche, un homme de la bouche d'un homme) : on dirait en français que cela était un enseignement de bouche à oreille, la Torah est orale.
Le Séfér Hakkéritoute 4, 3, 24 dit que Rabbi et Ribbi Natane sont la fin de la michna, Ravina et Rav Achi sont la fin de la horaa (enseignement), Rav Guéda et Rav Sama sont la fin des  commentaires, la sévara, Ribbi Yonatane est la fin du récit démonstratif par les actes, le maâssé.

Désormais, la haggadah ne sera plus pour nous quelques feuilles imprimées ornées d'illustrations diverses, mais nous saurons que nous avons en mains le meilleur des parfums de toutes ces générations de maîtres.


 

Comment ont-ils bâti la structure de la haggada ?
Dans la Torah et la michna, on découvre que l'essentiel de Pessa'h est le sacrifice mais aussi manger la matsa, les herbes amères et boire les 4 coupes. Mais tout cela a été intégré dans un récit à raconter, la haggada, qui situe ces pratiques ou le souvenir du sacrifice, ainsi que la sortie d'Egypte encadrés par un kiddouche et le récit du hallél, psaume de reconnaissance et louanges. Les différentes commmunautés y ont ajouté des chants particuliers et des coutumes particulières.

Le texte est divisé en parties dont le titre sera chanté chaque fois que la soirée franchira cette borne. Certains chantent alors en reprenant la liste des parties précédentes jusqu'au titre nouveau.

Voici ces parties :
Kaddéche  : c'est le kiddouche que l'on trouve au début du repas de chaque fête et qui n'est donc pas une spécialité de cette soirée.
Our'hats  : c'est se laver les mains.
Karpas  : c'est manger les herbes trempées dans de l'eau salée.
Ya'hats  : c'est la division de la matsa.
Magguide  : c'est le récit de la Haggadah.
Ra'hats  : c'est se laver les mains avant le repas de Pessa'h.
Motsi-Matsa  : c'est la bénédiction sur le pain particulier de ce soir, la matsa.
Maror  : c'est manger les herbes amères.
Korékh  : c'est manger les herbes amères avec de la matsa, en sandwiche.
Choul'hane orekh  : c'est le repas lui-même.
Tsafoune  : c'est manger l'afiqoméne à la fin du repas.
Barékh  : c'est faire le birkate hammazone, la bénédiction de remerciement après le repas.
Hallél  : c'est la récitation de la seconde partie du Hallél, en louange de remerciement.
Nirtsa  : c'est la clôture.

Kaddéche  : c'est le kiddouche que l'on trouve au début du repas de chaque fête et qui n'est donc pas une spécialité de cette soirée. Ce qui est particulier c'est la suite de ce rite car cette coupe est la première des quatre qui seront bues ce soir. 

Le sens des 4 coupes
Quels sont les sens donnés par la tradition à ces 4 coupes (kos, et kossote au pluriel) ?
1. Chaque kos correspond à l'une des 4 délivrances promises dans les versets de Chémote 6, 6-8, à lire absolument : 
- véotséti étkhém mita'hat sivlote mitsrayim, je vous ferai sortir de dessous les souffrances d'Egypte.
- véhitsalti étkhém méâvodatam, je vous sauverai de leurs esclavages.
- vénaalti étkhém bizérouâ nétouya, je vous affranchirai par un bras étendu,
- vélaqa'hti étkhém ki le âm, et je vous prendrai pour moi pour être un peuple.
Réfléchir à la gradation que nous avons à franchir, et au sens de chaque étape, et échanger sur ces propositions.

Autre sens : les 4 kossotes nous rappellent les 4 types d'esclavages différents qui se sont exercés contre le peuple juif, celui d'Egypte, celui de Babylone, celui de la Perse, celui de Rome dont la philosophie d'oppression n'est pas encore terminée contre Israël. Quel est le processus de libération particulier de chacun de ces exils dans lesquels le peuple juif entre dans ces prisons, y souffre et s'y enferme aussi lui-même avant de devoir s'en dégager.

Autre sens : lisez Béréchite 40, 11-13 et vous verrez que les 4 kossotes sont nommées dans l'épisode du rêve que raconte à Yosséf le sar hammachqim, le maître-échanson. Là encore, comme en Egypte, et en Egypte, le passage va se faire de la prison à la liberté par ces coupes et par des questions et réponses autour de leur sens.

La prononciation de la bénédiction
La tradition sépharade sauf les tunisiens  dit "guéféne" (béni...créateur du fruit de la "vigne") au lieu du gaféne comme les Achkénazim qui ont raison du point de vue grammatical car ce son "a" s'introduit dans le mot à la fin d'une séquence. Les épharadim n'ont pas tort non pas tort non plus, car leurs Sages ont voulu se relier à la prononciation guéféne que l'on trouve dans Dévarim 8, 5-8 où il est dit que Hachém nous conduit vers la terre d'Israël après les chatiments, cette terre délicieuse qui produit... la vigne guéféne.
Cela nous montre que chaque tradition met en valeur des beautés  supplémentaires de la Torah ; il est donc bon de les connaître, de les comprendre et de les valoriser chacune. Quand on connait les sources, on ne trouve plus de difficultés dans les traditions diverses.
Dans cette même bénédiction, la tradition sépharade dit "boré féri ha guéfène" (béni...créateur du fruit de la "vigne") au lieu de boré péri... comme les Achkénazim, et cette fois ce sont les Séphafadim qui ont vraiment raison du point de vue grammatical, car après tout mot se terminant par l'une des lettres des deux noms de D.ieu Hachém et Ehié, la première lettre du mot suivant s'adoucit quand on la prononce immédiatement. Souvent, un Rav prononce bien mais ses élèves ne font pas attention et ils reproduisent les erreurs entendues par ailleurs. Mon maître, Ribbi Moché Yossef Zenou m'avait bien appris ces règles et veillait à ce que je les respecte même si je devenais minoritaire. Et il m'avait appris la règle antique: bé khol bégad kéfate ha samoukh lé youd-hé-vav-aleph, léôlam rafé. Un jour, bien plus tard, quel fut mon plaisir d'entendre le Rav Chalom Messas, zal, prononcer ainsi, contrairement à ceux qui suivaient son enseignement. Je lui posais la question et il m'a confirmé que c'est bien la règle, qu'il faut ainsi prononcer, et il m'a dit: "ceux qui ne le font pas, c'est par ignorance".
On ne devrait dire péri que si l'on fait une attente qui éloigne les deux mots et qui serait due au fait que l'on penserait à des intentions spéciales et élevées ! C'est inutile de faire de telles démonstrations en public! En privé, aucun problème.
 


Chaque année, sont publiées de nouvelles haggadotes pour renouveler attention, pour faire connaître des commentaires inédits, ou pour s'adresser à de nouveaux publics. Cette année, une nouvelle édition s'adresse aux jeunes sous la forme des nouveaux manuels scolaires  très animés et d'enquêtes journalistiques. Une tentative créative et pédagogique réussie :
Enquête sur le Nil. Haggadah de Pessah, 
par Carole Rosenthal-Aidane. Alliance Israélite Universelle. Paris. 120FF.

Ha la'hma
Ce texte a deux dimensions : son contenu et sa forme.
Le contenu
Il est divisé en 3 étapes : 
- voici le pain pauvre que nos pères ont mangé en Egypte.
- que celui qui a faim, vienne et mange...
- cette année ici et esclaves, l'an prochain libres et en terre d'Israël.
C'est un résumé de toute la soirée. Trop souvent, une falsification involontaire de la soirée est accomplie, en disant que l'on célèbre la sortie d'Egypte alors que cela n'est que le tiers du programme qui est précisé clairement : 
- 1/3 : s'identifier à l'état de pauvreté et d'esclavage, et véritablement examiner en quoi nous nous plaçons en ces dépendances par rapport aux propositions qui ne sont pas celles de la Torah ; 
- 2/3 : rencontrer en nous notre faim véritable et, à ce niveau-là, nous sommes tous en manque et égaux, quel que soit notre niveau social, économique ou en connaissances juives ; 
- 3/3 : les deux niveaux franchis ne sont rien si nous ne nous libérons pas pour aller vivre la Torah en terre d'Israël. Il va de soi qu'il s'agit de la terre d'Israël dans sa réalité effective qui est celle que nous a communiqué la Torah ; ce n'est pas la modifier en un autre pays géographique vidé de sa substance pour en faire seulement un lieu de vacances, de club sociologique, de retraite ou de travail comme tous les autres pays.

La question du pain "pauvre" ou de pauvreté ou du pauvre
La pédagogie concrète du judaïsme nous fait montrer ce pain pauvre (la'hma âniya) pour prendre conscience que nous sommes des pauvres en état de pauvreté existentielle, quelle que soit notre situation. 

Quelle est cette pauvreté ? 
La base de cette réflexion est en Péssa'him 115 b. L'humour est toujours présent ; le pain du pauvre (ôni) est celui sur lequel on pose beaucoup de question (ônim, lé'hém ché ônim âlav dévarim). La réponse est profonde : le riche est gonflé, hautain comme un pain et non plat comme la matsa et il est plein de son ignorance, sa richesse lui bouche l'intelligence et il croit que ses biens lui assurent la considération, l'affection et l'éternité. Il est vide de questions. Pour le pauvre, tout devient une question, comme pour le Juif.
La guémara continue encore plus joliment : le pauvre; c'est celui qui aide sa femme et s'occupe du bois dans le foyer pendant qu'elle fait la patisserie, car il faut économiser. Mais le pauvre a le don le plus élevé, le couple, la flamme, le foyer dans tous les sens du teme et le pain que la femme prépare.
C'est que la tradition le dit toujours la'hmo zo ichto, "son pain, c'est sa femme". Qui n'a pas le manque n'est pas complété dans la relation de couple. La guémara termine en disant que celui qui est pauvre n'a qu'un petit morceau de pain.
Ainsi, la tradition nous demande comme condition préalable à cette soirée de nous vivre comme étant des pauvres, en manques intérieurs, pauvres comme affamés intérieurs, pauvres comme n'ayant pas accédé à la plénitude de la terre d'Israël, et cela où que nous habitions actuellement, en Israël ou hors d'Israël. Il faut donc s'arrêter et faire de bilan de notre conscience de cette pauvreté-lacune ou non, nous demander également si nous sommes orientés vers un autre état qui en est l'antithèse, si nous avons compris ce qu'est la destination proposée (terre d'Israël) ?
Nous sommes dans la seule soirée de l'année où il nous est demandé de manger de la matsa chémoura, du pain non levé qui a évité toute possibilité de fermentation et de s'élever hors de la pauvreté, car c'est à ce prix que la géoula, la libération totale peut s'atteindre, explique longuement le Chla ha qaddoche. Toutes les questions ont pour but de nous travailler pour rester en cet état, pour que le processus prenne pour nous. Il ne s'agit nullement de raconter rapidement une histoire pour enfants avant d'arriver à l'essentiel, le bon repas familial et amical.
Autre sens, lié aux précédents. Nous savons bien que le sens est toujours transmis, dans le judaïsme, par l'histoire, par les lettres et par les chiffres. Ainsi, ces deux mots la'hma âniya ont la guématria de 210 qui est le nombre d'années que nos ancêtres ont vécu sous l'esclavage d'Egypte.

La forme
Questions :

- Pourquoi ce texte est-il écrit en araméen ? 
- Pourquoi n'est-il pas tout en araméen ?
- Quel est le sens des alternances entre l'araméen et l'hébreu suivant les mots ?
On ne peut pas aller de l'avant, en disant "avançons vite il y a encore beaucoup de textes à lire", et éviter ces faits qui comportent certainement des messages importants.
La tradition connait parfaitement ce problème de l'araméen, en particulier à l'occasion du qaddiche. La tradition dit que les anges ne comprennent pas cette langue araméenne, et ne s'adressent à D.ieu qu'en hébreu. Cela veut dire que cet échange du Ha la'hma est tellement important que D.ieu se réserve une communication directe et intime avec son peuple sans aucun intermédiaire ou autre personne présente pour traiter de ce scénario de traitement de notre esclavage intérieur et extérieur. En disant ce texte, c'est cela que nous affirmons : "nous savons que Tu es présent à notre misère, que c'est Toi qui veut nous en tirer et qui va nous en tirer, et cela est une histoire intime d'amour entre Toi et nous. Et nous l'affirmons d'emblée". Il faut donc dire ce texte en en prenant le temps et en ne courant pas vite vers les étapes suivantes.
 

Autre sens. Nous reconnaissons que nous ne sommes pas encore parvenus à l'étape où nous pourrions parler vraiment de l'intérieur de la langue de la Torah (védibbarta bam, tu parleras dans ces mots de la Torah, dit le texte du Chémâ Yisraël). C'est pour cela que nous n'atteignons pas le niveau complet de l'hébreu dans ce texte. Nous ne sommes pas encore au niveau de la langue du Saint, l'hébreu, que nous n'atteindrons qu'au Sinaï ; c'est le motif pour lequel, dit le Zohar (2, 182 b et 3, 95 b), nous ne disons pas le Hallél entier, cette suite de psaumes de louanges, pendant la semaine de Pessa'h alors qu'on la dit pendant la fête de Souccote.
La Torah, elle est liberté, 'héroute, et elle a été donnée gravée, 'haroute. Celui qui s'adonne à la Torah est un homme libre (Avotes 6, 2). Mais, ce soir de Pessa'h, nous sommes encore dans une étape partielle, avec des avancées et des reculs, c'est bien pour cela que la haggadah a été rédigée en Babylonie car nous participons tous encore de l'exil, la galoute.
Dans cette perspective et avec ces clefs, il ne vous sera pas difficile de comprendre et d'expliquer pourquoi on passe successivement à l'araméen ou à l'hébreu sur tels termes des phrases. 
Même les mots "terre d'Israël, areâ dé Yisrael" sont en araméen car la plénitude n'y est pas encore. Même pendant le second Temple, il y manquait 5 choses qui étaient présentes dans le premier (Yoma 21 b) ; cela est symbolisé par la lettre qui manque dans le verset du prophète Hagaï 1, 8 "montez sur la montagne, raportez en du bois et bâtissez le Temple, j'y prendrai plaisir et je me trouverai honoré (véhékavda), dit Hachém. Au mot véhékavda manque la lettre finale qui vaut 5 car on devrait avoir véhékavdah.
En ce sens, le Rambame (Hil'hotes 'haméts oumatsa 8, 9 et Zéva'him 56 b) écrit que l'on ne disait pas ce Ha la'hma quand le Temple existait car on était en état de plénitude.
 

Ma nichtana (qui a-t-il de changé ...?)
C'est une suite de 4 questions qui veulent faire mettre en évidence les particularités de cette soirée. La halakha nous précise que c'est une obligation de nous poser des questions et ces question minimales (Choul'hane Aroukh; Ora'h  'hayim 473, 7).
Nous remarquons déjà que de nombreux "acteurs" de cette soirée apparaîtront par groupes de 4 (4 coupes, 4 sages, 4 questions, 4 fils...) ; il faut se demander pourquoi ;  qui pose ces questions, à qui, pourquoi ? 
Le Chla ajoute d'autres questions : pourquoi n'y parle-t-on pas des coupes ni du sacrifice, pourquoi ne donne-t-on pas les réponses, pourquoi évoquer qu'il n'eût pas été possible de nous sortir d'Egypte si nos ancêtres n'en étaient pas sortis car cela semble évident. Si la suite du texte se veut une réponse à ces questions, pourquoi seul le fils qui est hakham (sage) parvient-il à bien organiser ses questions et pourquoi ne donne-t-on pas de véritable réponse aux autres questions qui sont valables ? 
Par cela, le Chla veut nous autoriser à nous poser des questions comme une base essentielle du judaïsme (rappelons que la tradition dit que seule la michna des 13 règles d'interprétation de Ribbi Yichmaël n'a pas suscité de discussion par désaccord : éine choum péréq békhol hamichnayote bilti mak'hloqéte lévad péréq zé).
La rédaction de ce passage est tirée de la michna Pessa'him 10, 4 presque textuellement (elle est reproduite et développée dans le talmud Pessa'him 116 a) et il y est dit que ces questions sont celles du père à son fils selon le rôle qu'il doit exercer pour l'éduquer, comme le demande la Torah en Chémote 13, 8.
Pour ceux qui le peuvent, il est souhaitable de lire cette michna 10, 4 de Pessa'him qui est dans un hébreu très simple et qui est le cadre précis de la Haggadah en ces passages. Cependant, par une allusion, les tossafotes nous y font entendre que ces niveaux très simples nous parlent aussi des différents niveaux des cieux (kénnéguéd chiveâ réqiîm) ; il nous suffit de savoir, par ce rappel, que la Haggadah touche les plus hauts mystères de la Torah, même si nous ne sommes pas capables de le comprendre.
C'est le Rambam qui aurait ajouté la remarque : "les autres nuits nous mangeons assis ou accoudés, cette nuit-ci seulement accoudés" (Hilkhotes 'haméts ou matsa 8, 2). Une question de la michna sur la viande du sacrifice que l'on mangeait a été supprimée après la destruction du Temple, qui a vu l'arrêt de ce sacrifice, et on aurait mis cette autre question à la place. Le Gaone de Vilna fait remarquer que la question ajoutée n'avait pas lieu d'être présente , du temps du Temple, car les Juifs se considéraient alors libres toute l'année et mangeaient, alors, toujours accoudés. Cette question a donc une certaine connotation de souffrance et tristesse, par le rappel de notre perte.

Dans la michna, le père utilise ces questions pour choquer l'enfant en lui parlant d'abord, dans ses réponses, sur le passé méprisant d'Israël (mat'hil biguénoute ouméssayém béchéva'h, il commence par du mépris et termine par la louange").
La condition digne de mépris est le lien à l'idôlatrie chez nos ancêtres (Dévarim 26, 4), notre adhésion ancienne à l'esclavage de Pharaon (Dévarim 6, , 21-22) et non seulement notre situation d'esclaves ; cette "coopération" à l'esclavage est indiquée par la préposition qui indique la direction vers, de notre part. 
Il va de soi que ce rappel du passé idolâtre et d'esclave a aussi pour but d'enlever toute prétention à ceux qui s'estimeraient différents de ceux qui rejoignent le peuple juif au cours des siècles. Cela afin de se considérer tous semblables dans le peuple. Cette dimension d'égalité sera encore présente quand on parlera des 4 sages qui discutaient de cette soirée ; en effet, ils sont des types extrêmement différents les uns des autres par leur origine ou par leur condition sociale et, pourtant, ils sont également les transmetteurs nécessaires de notre Torah. Ribbi Yehoshua était un pauvre travailleur manuel, forgeron, mais il avait étudié dès le plus jeune âge; Ribbi Eliêzér dut contourner l'opposition familiale pour pouvoir étudier la Torah, Ribbi Âqiva était fils de converti et commença à étudier à presque quarante ans, Ribbi Tarphone était d'une lignée noble de cohanim, Ribbi Elâzar était immensément riche.

La haggadah nous enseigne comment étudier 
On nous introduit, lors du séder, dans l'histoire juive par une question et par cette question (Ma nichtana) ; c'est un véritable passeport de Juif de qualité et d'instruction que l'on nous donne en cette soirée. En effet, on nous apprend par là comment nous poser des questions, ce qui est la noblesse du Juif. Cela, sous cette forme précise que nous devons intégrer pour en faire une attitude systématique, apparaît de multiples fois dans tous nos textes ; pour bien en être convaincus, donnons-en quelques exemples où cette expression est utilisée :
dans la michna :
Michna Kélim 17, 14.

dans le talmud :
- quelle différence y a-t-il entre l'offrande de min'ha et les autres (Ména'hote 104 b) ; 
- quelle différence y a-t-il entre le sacrifice de Roche Hoddéche et les autres (Chevouôtes 9 a) ; 
- quelle différence y a-t-il entre l'oreille et les autres membres (Qiddouchine 22 b) ; 
- quelle différence y a-t-il entre la mézouza et les autres objets de la maison (Qiddouchine 22 b) ; 
- quelle différence y a-t-il entre la couleur tékhéléte (bleu ciel) et les autres couleurs ('Houline 89 a, Sota 17 a, BaMidbar Rabba 14...) ; 

dans les middrachim :
  quelle différence y a-t-il entre la tribu de Zévoulone et celle de Naftali et les autres (Tanna débé Eliahou Rabba 9) ; 
- quelle différence y a-t-il entre Yael et les autres femmes (Tanna débé Eliahou Rabba 9) ; 
- quelle différence y a-t-il entre la lettre beit et les autres lettres (Tanna débé Eliahou Rabba 31) ; 
- quelle différence y a-t-il entre le roi Hochéâ et les autres rois (Tanna débé Eliahou Zota 9) ; 
- quelle différence y a-t-il entre Isaïe et les autres prophètes (Tanna débé Eliahou Rabba 49) ; 
- quelle différence y a-t-il entre l'Egypte et les autres pays (Tanna débé Eliahou Rabba 7) ; 
ou le middrache Tan'houma sur Béchala'h 10, sur Metsora 3 ou sur Chéla'h lékha 15.
 Voyez Rachi raisonner selon ce modèle sur Vayiqra 13, 46, ou le Rambane sur  Bamidbar 15, 39.

Dans l'étude des mitsvotes, le Sémag l'utilise sur les mitsvotes 41, 52, 137, 386.

Dans la littérature de moussar, de morale, ce type de raisonnement est constat également : voyez 'Hovote hallévavote, chapitre L'amour (ahava) 5, 4.

Ainsi, la haggadah est un condensé de tout le judaïsme mis à la disposition de tout Juif. Toutes les clefs de l'héritage sont remises obligatoirement à tout membre du peuple ce soir-là.
Raison de plus pour n'oublier aucun isolé et ne pas se contenter de rassembler nos bonnes relations familiales et amicales. Chacun est père en connaissances envers les proches qui ne savent pas et qui doivent être invités à notre table, de la même manière que Hachém nous invite gratuitement à la sienne.
 

Les 4 fils
Le texte dit : "Béni le Lieu, béni Lui. Béni Celui qui a donné la Torah à Son peuple Yisraël, Béni Lui. En correspondance à 4 fils a parlé la Torah, un est un sage, un est un mauvais, un est naïf et simple, et un ne sait pas questionner".
Nous sommes là devant l'un des passages les plus connus de la Haggadah.
Chacun peut s'interroger sur lui-même et se demander vers quel type il tend davantage. Pour cela, il faut analyser les questions et les réponses concernant chacun des 4 enfants.
Mais s'il ne s'agissait que de cela, le texte eût été rédigé comme la phrase que je viens d'écrire. Or ce n'est pas le cas. Nous arrivons donc à une conception du texte de la Haggadah semblable à celle de la Torah : elle est bâtie dans ses phrases et dans son vocabulaire pour que chaque particularité soit révélatrice d'un ou de plusieurs sens.
Comment peut-on y accéder ? A travers les questions que l'on se posera sur ces phrases et sur ces mots.
Ainsi font tous les grands commentateurs de la Haggadah. Prenons un exemple qui nous est familier :
le Chla dit sur ce passage :
"des questions difficiles (qouchiyotes) se posent :
- difficulté à comprendre pourquoi le Lieu (D.ieu) est ainsi associé à ce passage des enfants.
- difficulté à comprendre le doublet : Béni le Lieu, Béni Lui.
- difficulté à comprendre l'autre doublet : Béni Celui qui a donné la Torah à Son peuple Yisraël, Béni Lui.
- difficulté à comprendre pourquoi la Torah dit : elle parle dans 4 fils, et non pas au sujet de..
- difficulté à comprendre que les réponses données aux questions ici ne sont pas les mêmes que celles données dans la Torah elle-même.
- difficulté à comprendre que l'on ait associé la question du sage au fait que l'on ne doive plus manger après l'afiqoméne.
- difficulté à comprendre car la Torah dit : tu répondras à tes enfants quand ils t'interrogeront au sujet des lois et prescriptions..., et non pas au sujet du sacrifice de Pessa'h. Peut-être est-ce pour cela que l'on parle de lois puis esclavage, puis Pessa'h ?

- difficulté à comprendre 
(à suivre... presque chaque jour un commentaire sera ajouté jusqu'à Pessa'h pour doser l'étude et l'intégrer véritablement dans l'être, jusque là).

Un exemple d'étude continuée.
 Prenons la première question du Chla :  difficulté à comprendre pourquoi le Lieu (Maqom, D.ieu) est ainsi associé à ce passage des enfants.
 1.
 D.ieu est nommé le maqom parce que tout n'a d'existence qu'en Lui. Nous sommes un lieu à l'intérieur de Son lieu, si l'on peut dire. Philosophiquement, cela s'appelle le panenthéisme. Non  pas que tout est D.ieu mais tout tient son existence de Celui qui est seul l'existant. Cela est si vrai qu'en hébreu, la tradition transmet que le mot maqom est constitué des quatre lettres du nom de D.ieu dit tétragramme, chacune étant au carré de plénitude dans la guématria.
 Vivre plus près de Lui, ou dans une conscience plus grande de ce qu'Il nous a révélé de Lui est acquérir un plus-d'être.

 2.
  Il s'ensuit une conception de la terre, de l'espace qui sont reliés à l'espace spirituel, ou monde d'en-haut. 
 Il s'ensuit aussi qu'un lieu est particulièrement relié à cet espace d'en-haut, c'est la terre d'Israël, comme Avraham l'a découvert et c'est ce vers quoi il se dirige pour le sacrifice avec son fils Yits'haq, vers le Mont Moria qui deviendra Jérusalem. C'est la base de tout le judaïsme. 
 Chaque Juif qui prie s'oriente mentalement vers la terre d'Israël, puis vers Jérusalem, puis vers le mont du Temple, pour vers le Temple et le Saint des Saints et, de là, montent ses prières. Ce lieu se  nomme chaâr hachamayim, la porte du Ciel. C'est le nom que le Chla a donné à son livre de prières. D'où l'importance de la terre et de Jérusalem sur le site Modia. Ce n'est pas une question politique mais ontologique. (Pour mieux comprendre l'importance du 'lieu" et de la terre dans le judaïsme, se reporter à la paracha Lekh lékha et à la paracha Dévarim, liens ici).

3.
Mais nous savons, par de multiples commentaires sur les parachiyotes que le sens est donné dans la Torah par 3 medias : l'histoire (sipour), les lettres (séfér) et les chiffres (séfar ou guématriyotes). Ainsi, nos sages nous indiquent que maqom vaut 186 , ce qui est la somme des quatre lettres du Nom quand chacune est en position optimale, au carré, soit  10x10 et 5x5 et 6x6 et 5x5 qui font effectivement 186, maqom. Et l'image des 4 fils se comprend alors : chaque homme, fait à l'image de D.ieu et à Sa ressemblance devrait constituer ainsi une image partielle de ce Nom, d'où les 4 fils.
Nous avons pris cet exemple pour montrer combien la Haggadah, comme le texte de la Torah, est lisible aux différents niveaux du sens et à tous les niveaux de la Torah. Chacun, suivant ses connaissances en Torah, pourra donc élargir sa compréhension de la Haggadah, s'il se pose de façon systématique les questions.


Le chant Dayénou :  pourquoi 15 montées de libérations puis de louanges ?

Kama maâlot tovote lammaqom âlénou
Combien de degrés bons à D.ieu sur nous !

Ce passage nous démontre que la libération se fait progressivement, contrairement à notre aspiration que tout se règle magiquement d'un seul coup : chaque fois que nous avons ces aspirations simplistes, nous devons repérer que nous tombons dans l'infantilisme et la magie. Ce qui est interdit au Juif. Pour cela, Hachém ne libère que par étapes comportant chaque fois une petite amélioration et encore beaucoup d'insatisfactions et de difficultés. La Sage sait que cela est signe de la présence de Dieu.
Suivons le commentaire du 'Hida dont j'explicite ce qui y est condensé.
Combien de montées ont donc lieu ? Avant de considérer le nombre, voyons d'abord le premier mot "cama", c'est l'inversion de "maca" qui est une plaie. Ainsi, Hachém joue des plaies négatives et des libérations en un seul programme, la catastrophe est marche vers la libération pour qui sait patienter et pour qui connait ces tactiques de D.ieu. Le Sage dit alors : gam zou la tov, ceci est pour le bien et il parvient à louer dans la difficulté comme dans la satisfaction.
Lisons, dans cette perspective les 15 marches de cette libération du chant Dayénou :
sortie, châtiments, jugements contre leurs dieux, plaie contre les premiers-nés, leur argent donné, mer divisée, traversée à pied sec, noyade des persécuteurs, subvenir aux besoins pendant 40 ans dans le désert, don de la manne, don du Chabbate, vision du Sinaï, don de la Torah, don du pays d'Israël, don du Temple.
Quand nous chanterons Dayénou, pensons que nous franchissons ces marches sous la achga'ha, la providence qui accompagne toujours dans la bonté. Voir quand même la présence de Ra'hamim, la miséricorde, dans l'épreuve est une suprême sagesse.

Âlénou, sur nous.
Un jeu de mots se présente là dans l'hébreu car "âlénou" veut dire également : "nous avons le devoir et l'obligation de...". Cela sous-entend : dans la marche progressive, nous avons le devoir de louer.

Âl a'hate kama vékama..., combien plus encore fut la bonté de D.ieu envers nous.
Arrive alors une nouvelle lecture qui nous montre explicitement cette série de 15 bontés dans les interventions de Hachém pour nous délivrer, car l'agrément du chant aurait pu nous nous faire oublier le sérieux de la question. On y revient donc.

Pourquoi ces 15 étapes et  non pas 13 ou 17, 18 ? Nous allons le comprendre progressivement.
Ribbi Yéhouda Hé'hassid l'enseignait à ses élèves :
- il y avait 15 marches pour monter de la place du Temple à la zone intérieure (tou maâlote ba âzara), nous le comprenons d'après ce qui vient d'être dit : il y a 15 psaumes commençant par l'expression chir hammaâlote, chant des montées (psaumes 120  à 135).
- il y a également 15 fois l'expression chira, chant au féminin, dans la Torah.
- en ce sens encore, et moins dans notre concret, le talmud Haguiga 12 b nous décrit 15 réalités se trouvant dans le monde d'en-haut.
- de même il est dit que l'enfant peut bien entrer à l'âge de 15 ans dans l'étude du talmud (Pirqé avote 5, 1).
- reliant les deux mondes, la prière du matin, chaque jour nous fait dire les 15 louanges de David : lékha... haguédoula, etc.
- et c'est le 15 du mois de Nissane que s'est faite la libération.

Passons donc au niveau de la clarification de ce motif, en deux étapes :
1. Avraham, Isaac et Yaâqov ont passé 15 ans de leur vie dans le bonheur d'étudier ensemble, et ils y étudiaient ainsi ensemble la Torah transmise jusqu'à eux par Chém et Ever 15 heures par jour. C'est l'état de bonheur optimal quand 3 générations parviennent dans leur différence à étudier ensemble la Torah, c'est pour cela que l'on dit dans la prière de la Chémoné Êsseré ou Âmida : Eloqé Avraham, Eloqé Yits'haq, Eloqé Yaâqov, car chacun y apporte son originalité dans la même et commune présence de D.ieu.
2. Cet état de plénitude est nommé par les derniers versets des psaumes : kol hannéchama téhallél Y-A hallélouya,  toute la néchama te loue Y-A, hallélouya. Le saint Nom de D.ieu utilisé ici et composé des lettres youd et a la guématria de 15. 
Ces deux points (1 et 2) sont la même chose, c'est un état céleste sur terre que le psaume 68, 5 décrit avec ce nom faisant 15. Voilà pourquoi il est dit que ces tsaddiqim complets qu'étaient les trois partriarches étudianten 15 heures par jour la Torah (et consacraient les 9 heures restantes au travail pour la subsistance, la nourriture, le sommeil et toutes les affaires autres.
Ceci est la fin de l'enseignement de Rabbi  Yéhouda hé'hassid rapporté par le 'Hida.
Il y a de quoi méditer, sur tous les plans.
N'oublions jamais que ces connaissances ne sont aucunement une seule tude littéraire qui une base de discussions mais un exercice de la parole pour nous faire avancer vers la libération personnelle de "l'Egypte" car toute la soirée nous le redit : ce soir, je dois me considérer comme sortant d'Egypte.


Pourquoi doit-on dire obligatoirement Péssa'h Matsa ou Maror ?
Commençons par nous poser les questions, avec le 'Hida (dans Na'hal Echkol) :
- puisque l'on sait que le maror indique l'amertume comme l'indique la racine du mot, pourquoi nous demander de le manger,
- pourquoi est-il lié à l'avancée vers la libération (guéoula) ?
- pourquoi le premier jour de Péssa'h tombe t-il le même jour de la semaine que le 9 av, jour de désolation ?

1e réponse
L'exil d'Egypte devait être de 400 ans et il devait ainsi rassembler tous les exils, tous les processus de guéoula dont nous avons parlé dans le passage sur le souvenir de la sortie d'Egypte. Mais, par le fait que cette période a été abrégée (Pessa'h signifie "il a enjambé, il est passé au-dessus" du nombre des années), le processus n'a pas été achevé et on continue à le jouer par la matsa et le maror qui représentent l'esclavage des exils et esclavages supplémentaires, et par le sacrifice de Pessa'h qui représente la guéoula.

2e réponse
Ce non-achèvement se prolonge et se joue spécialement dans la même journée de la semaine qu'est le 9 av où l'on perçoit le mieux que l'esclavage a continué.

3e réponse
Principe 
Nous disons ensemble Péssa'h Matsa ouMaror pour ne pas séparer la peine (Matsa ouMaror) et la joie (Péssa'h). De même, dans la composition des parfums du Temple, on place un peu de 'helbena qui n'a pas du tout une bonne odeur pour marquer qu'on lie le mal et le bien et que le mal sera transformé en bien par ce rattachement au faisceau global. 
Et une simple petite différence se produira : quand le 'héit de 'helbena se transformera en hé qui a presque la même forme mais est  un peu ouvert alors que le 'héit est fermé, alors le mot 'helbena devient halévana, la lune, but de l'épanouissement du féminin dans la création.
De même, les lettres du 'hamets sont les mêmes que celles de la matsa mais avec la petite amélioration qu'il y a entre le 'heit fermé et le ouvert.
Application morale du principe
Il ne faut pas laisser isolés ceux qui ne sont pas très bons parmi le peuple, car les méchants et les bons dans le peuple juif ne forment qu'un seul corps ; c'est cette réunion qui fera que tout l'ensemble sera bon. Il ne peut pas y avoir de salut d'une secte élitiste  sans le reste dans le peuple juif car tout le peuple est une même néchama totalement pure et divine, de même que l'est l'âme du rachâ, du mauvais ; et il sera finalement libéré. La Haggadah revient sur ce thème de multiples façons.
Péssa'h Matsa ouMaror  indiquent cette réunion du bon et du moins bon : Pessa'h ce sont les tsaddiqim ou justes qui accomplissent les 613 mitsvotes (le mot Péssa'h écrit en plene a cette guématria) ; matsa, pain de misère correspond aux bénonim, les moyens qui sont la majorité du peuple ; maror correspond aux mauvais et ce mot maror a la guématria de mavéte, mort. Le Vayiqra Rabba 30, 9 le décrit et montre que Hachém réunit ainsi tout son peuple, comme on le fait dans le loulav.

4e réponse
Nos Sages disent, en ce sens, que îqar haguéoula télouya baa'hdoute, l'essentiel de la guéoula dépend de l'unité du peuple ; c'est le manque d'unité qui a détruit le Temple ; il faut faire la correction (tiqqoune) de ce qui a détruit et, donc, réunir, rassembler, rendre un tout le peuple d'Israël. C'est pour cela qu'il y a l'OBLIGATION absolue de dire ces 3 mots et ensemble.
(Parenthèse, reliée à ces questions de rassemblement de l'éloigné. Parfois des personnes me demandent : "pourquoi faites-vous ce site et elles imaginent que je fais cela comme si je choisissais une activité de sport ou loisir". Il est clair, simplement, que nous devons communiquer les connaissances de vie à notre peuple dispersé et qui n'a pas les moyens de se lier à la communauté. Nous étions loin, certains l'ont fait pour nous. Le Web le permet avec facilité. Il est émouvant de voir avec quelle soif se rapprochent ainsi et étudient des milliers de lecteurs venant de dizaines et de dizaines de pays différents et qui nous font part de leur cheminement progressif qui les engage fortement. En plus de ceux qui sont déjà des participants réguliers de communautés. 
D'autres, conscients, me disent : comment peux-tu réaliser cela ? La force physique et intérieure et l'inspiration viennent directement de Celui qui donne la vie, et il sait ce qui fait quand Il veut. Jusqu'à maintenant, la quasi totalité des frais énormes de cette activité a été supporté par votre serviteur, en plus du temps de rédaction ; mais il devient de plus en plus impossible de soutenir seul le développement d'un tel outil qui prend cette extension. Ceux qui le comprennent et partagent ces buts peuvent coopérer en devenant des diffuseurs actifs de Modia, organiser des cours à partir de sa matière. Fin de la parenthèse).

C'est pour cela qu'il est dit ensemble Péssa'h Matsa ou Maror ; le 'Hida écrit 
"ché tsarikh ché yomrém ya'had bémotav télata ki kol âtsménou hou lé'habér kol Yisrael bé'hibbour véyi'houd
donc, il faut les dire tous les trois bien ensemble car  toute notre tâche c'est d'unifier tout Israël dans un lien et dans une unité".

5e réponse
A partir de cette explication centrée sur ce qui est une dimension capitale de la réalité (l'unité et la solidarité apportant la guéoula ou libération), on comprend que ce trio soit également mis en liaison avec ce trio qui constitue le fondement du monde : Torah (matsa)-Avodâ (Pessa'h)-Guémiloute 'hassadim (maror d'où on est tiré par la bonté).

6e réponse
Au niveau des chiffres qui donnent le sens intime, Rabbénou Yaâqov Abou'hatséira reprend ces idées fortes en montrant que matsa a la guématria de hitsil (il a sauvé) et maror la guématria de mavéte (mort) : cet assemblage est donc notre affirmation que Hachém nous a sauvé de la mort. Il montre encore que cette reconnaissance va s'exprimer par les cantiques de reconnaissance qui terminent la Haggadah et les trois mots Péssa'h Matsa ou Maror ont la guématria du mot ichta'havou, "ils se sont prosternés" et ont loué.

7e réponse : la liberté de parole féminine
La mitsva est dont de dire Péssa'h Matsa ou Maror. De même qu'il faut parler, poser des questions, répondre, ouvrir la bouche de celui qui ne sait pas poser ses questions. Tout cela est dans le mot Péssa'h que l'on divise aussi en Pé -  ssa'h (la bouche parle).Cet état d'expression est celui de la liberté. Qui a le droit de parler est libre en soi-même et au milieu des autres. C'est pour cela que nos Sages disent que pé, la bouche active, est l'état d'épanouissement que l'on nomme malkhoute, royauté ou la chékhina, ou la reine chabbat, la malka. C'est l'état d'épanouissement du féminin que représente la femme ou Israël dans le  monde, ou la lune. Que ce temps advienne. Ce soir-là, enfin, la "bouche" parle. Cet état est aussi nommé la couronne (kétér) de la royauté et la guématria de Péssa'h écrit en "plene" et de kéter (couronne) est identique.

Le Hallél
Son lien au sacrifice
N'oublions pas que notre soirée du Sédér est basée sur le cérémonial que l'on suivait au Temple. La Michna Pessa'him 5, 7 nous raconte que chaque fois qu'un groupe arrivait pour présenter son animal pour le sacrifice de Pessa'h, les Lévi qareou éte hahallél proclamaient le Hallél, et s'ils avaient terminé avant la fin du sacrifice, ils le recommençaient une seconde ou une troisième fois.
Ainsi, ce Sédér qui avait lieu à Jérusalem n'était pas seulement une évocation de récits historiques mais nos ancêtres payaient de leur personne par ces sacrifices et réalisaient alors qu'ils engagaient tout leur être pour se rapprocher de Hachém. Le sacrifice ainsi ressenti dans la réalité, et qui fait que l'on vainct la mort et l'oppression externe et interne, est accompagné par le soutien du chant des Lévi. Il nous encourage, nous exalte et met en assurance de victoire ce qui est encore inapparent ou ce qui coûte jusque dans la chair.
Aujourd'hui, le rôle des Cohen entre de plus en plus dans la conscience du peuple, comme transmetteurs de la bénédiction et rappel du beau type d'homme, de Adam, que doit être le Juif. La bénédiction constante des Cohanim lors des offices le rappelle aisément. Bien plus, pendant la fête de Pessa'h, il y a une gigantesque bénédiction des Cohanim sur l'esplanade du Mur à Jérusalem. Même si vous êtes encore loin de Jérusalem en kilomètres, vous pouvez sur le site Modia, vous rendre compte de cette ambiance par un enregistrement accompagné d'image. Des associations, instituts, yechivotes développent aujourd'hui la conscience de ce rôle des Cohanim et les y préparent.
Par contre, les Lévi n'ont pas encore repris conscience de ce rôle qu'ils jouaient. Autrefois, à l'entrée de Jérusalem, une "chorale et un orchestre" de Lévi jouait pour que les pélerins arrivant de loin avec leurs sacrifices et fatigués reprennent force et soient émus de leur approche vers Jérusalem. Imaginez qu'un groupe de Lévi reprenne cette initiative. Je leur lance cette idée. Quel bien ils feraient à tous le peuple. Quel bonheur et émotion ce serait de les entendre alors chanter le psaume 122 : "Psaume des montées. De David. Je suis dans la joie quand on me dit : allons vers la maison de Hachém. Nos pieds s'arrêtent dans tes portails, ô Jérusalem... C'est là que montent les tribus d'Israël...". S'il y a des préparatifs d'initiatives en ce sens, qu'on me les communique et je vous en informerai.

La composition du Hallél
Il comprend les psaumes 113 à 118. Il est relié aux Psaumes des montées par le grand psaume 119 qui chante l'amour de la Torah. Ce hallél décrit l'intervention de Hachém qui relève son peuple de la misère, le fait sortir d'Egypte, le délivre par le miracle de la mer Rouge, l'illumine au Sinaï et lui donne la Torah, ressuscitera les morts, éliminera toutes les formes d'idolâtries et nous fera vivre dans Sa bénédiction. Il faut lire, en langue parlée couramment, ces psaumes avant le Sédér pour bien  comprendre cete dynamique importante du rite de la fête et faire du Sédér un moment où les mots seront portés par les sentiments et par la pensée, et tous ensemble.

La victoire du Nom
Appuyons nous ici sur le commentaire du Chla dans Massékhéte Péssa'him.
La paracha Chémote nous a indiqué clairement qu'il y avait un renouvellement de la création par ceci : D.ieu venait dire à Moché et au peuple qu'il dévoilait Son nom de quatre lettres et que, par ce nom il allait sauver Son peuple pour renouveler la création. Ce nom (nommé souvent "l'Eternel" dans les traductions) donne la vie à tous les mondes créés. Ainsi, ce nom, écrit en toutes lettres sous l'une de ses formes est la même guématria que l'homme, Adam, montrant bien qu'il n'y a aucune division entre l'homme et D.ieu, l'homme étant fait à Son image et à Sa ressemblance comme être de créativité, yétsira. Par ce type d'homme, la lumière de vie des niveaux supérieurs devrait se diffuser dans la création la plus concrète. (La division entre les droits de l'homme et les questions
religieuses est une conception absurde dans la vie juive. C'est une idéologie étrangère.)

Le Chla démontre que, en union avec Son nom, la Torah investit le concret, le corps, l'âme et les niveaux les plus élevés de l'âme humaine. C'est cela qui s'exprime dans les 4 premiers psaumes du Hallél puis le psaume 117 est la reconnaissance par les nations de cette réalité et mission d'Israël comme manifestation du plan de D.ieu et comme Adam proche de D.ieu. Ces quatre psaumes sont en parallèle des quatre premiers livres de la Torah, et le psaume 118 est comme le livre Dévarim qui résume les quatre premiers livres, ce que l'on appelle une "michna" qui double.

Commentaire d'un verset
Pour comprendre comment le contenu de chaque verset du Hallél déploie cet ensemble mais y apporte aussi une note particulière, commentons seulement le verset 9 du psaume 115 :
Yisrael béta'h baHachém, êzram ou maghinam Hou
Israël, aie confiance en Hachém, leur aide et leur bouclier, Il est Lui.
Je rapporte ici et explicite le commentaire du 'Hida ; il dit qu'il faut être attentif au fait que le verset commence au singulier et se termine au pluriel et il faut en comprendre le message transmis par là.
Il est possible d'y voir que cela nous parle de cet exil amère et long ; et l'essentiel qui peut mouvoir la guéoula, libération ou sauvetage, c'est l'unité qui est exprimée par le singulier du mot Israël et du premier verbe. La seconde partie qui est au pluriel fait allusion à notre état multiple, dispersés, divisés et c'est là que Hachém intervient ; par une sortie unique constituée de malheurs et du sauvetage, il nous a tous rassemblés. (C'est une leçon à ne plus jamais oublier, spécialement dans une génération qui a encore connu de grands malheurs et la possibilité de se réunir sur notre terre. Plus jamais nous ne devons acepter aucune des manoeuvres de division, que ce soit au niveau de chaque petite communauté de vie ou d'association, ou de vie sociale ou politique. Les clivages organisés par l'exploitation économique ou par des leaders politiques agressifs pour leurs intérêts ne peuvent pas être tolérés mais doivent être corrigés dans le sens de l'unité de la Torah, du peuple et de la terre qui ne sont qu'un, selon la Torah).
Le 'Hida poursuit : c'est par la haine gratuite que le Temple a été détruit (Traité Yoma, page 9 b) et comment donc pourrait se rebâtir le lieu de notre unité tant qu'il y aurait de la haine gratuite. C'est pour cela qu'il est dit au singulier 
Yisrael béta'h baHachém, ...
Israël, aie confiance en Hachém, quand Israël parvient à être uni, 
et
êzram ou maghinam Hou
leur aide et leur bouclier, Il est Lui
quand Il nous sauve nous qui sommes multiples et susceptibles de haine gratuite entre nous.
Quelle beauté que la Torah, quel éclairage sur tous les plans de la vie personelle et collective. Il y a de quoi dit Hallél, hallélou-ya, louons, louons ensemble D.ieu.
C'est cela que nous exprimerons en étant assis ensemble, et fatalement différents mais participant à ce même désir de nous rectifier pour être unis et Un entre nous et à Son image, et selon Son plan.
 

Louons-Le pour Sa Bonté, éternelle.
Dans le Hallél, regardons un seul des versets, celui du Psaume 136, 11 Hodou laChém : 
Lémaké Mitsrayim bivkhoréihém,
Vayotsé Yisrael mittokham ki léôlam 'hassdo
Et Il a frappé l'Egypte dans ses premiers-nés,
et il a fait sortir Israël du milieu d'eux car son amour est éternel.
Ce psaume est appelé le grand Hallél. Les Sages qui connaissent les secrets des lettres et des chiffres dans la Torah nous expliquent que ce psaume est composé de 26 versets comme le chiffre du Nom Hachém par lequel D.ieu a expliqué à Moché qu'Il ferait sortir le peuple d'Egypte (lire ici Chémote, chapitre 3) et qu'Il vaincrait tous les puissants d'Egypte. Il est appelé aussi le psaume de Ra'hamim, la miséricorde qui est inébranlable depuis la création du monde et pour toujours, une bonté qui est patiente et améliore sans cesse, donnant toujours plus à chaque étape comme le font ceux qui aiment vraiment. Et celle qui est aimée (Israël, pensez au déroulement du Cantique des Cantiques), même si les épreuves continuent, ne voit que l'amour de son bien-aimé dont elle ne doute pas. Ainsi, de verset en versets dans ce psaume que nous lisons. Et, ainsi, chaque épreuve et chaque étape, et chaque don sont des assurances inébranlables sur le bonheur futur total (lisez en ce sens le Cantique des Cantiques que l'on lira pendant le Chabbate de la semaine de Péssa'h). 
La lune est évoquée car elle est l'image de la femme et d'Israël, toujours en modification et souvent réduites, mais cela est ânava et non humiliation, et D.ieu aime l'humilité comme la plus grande qualité humaine, nous l'avons vu.
Dans ce contexte, nous arrivons à notre verset qui relie l'extermination de tous les premiers-nés d'Egypte et la sortie d'Israël de l'intérieur d'eux. Suivons le commentaire du 'Hida.

Israël est nommé, les fils du D.ieu vivant, béné El 'Haï ; et c'est en correspondance de cela que tous leurs fils premiers-nés sans exception sont tués. Qu'est-ce que cela veut dire ?

1. Un premier enseignement capital.
D'abord pour nous enseigner que tous les peuples de la terre, et même les réchaîm les mauvais qui se comporteraient à notre égard comme des bêtes, dit le 'Hida, sont appelés fils de D.ieu. (Seuls ceux qui n'entrent pas dans le sérieux de l'étude juive auraient simplifié en disant : nous sommes les bons et les autres sont les mauvais. Et beaucoup auraient été choqués d'une telle dichotomie. On voit ensuite ce que des ignorants antisémites peuvent dire de mal de la Torah qu'ils ne savent même pas lire, car ils n'ont pas reçu la tradition, et croient proposer alors des messages d'amour opposés à ce qu'ils appellent "la crainte" de la Torah). Cela nous dit que D.ieu a fit un seul Adam, une seule création et tous sont Ses enfants. Mais le mal fait à Ses fils (qu'Il a choisi pour une tâche particulière de bénédiction) par l'excès de l'esclavage entraine ipso facto la destruction des fils des persécuteurs, en symétrie ; et cela devrait leur ouvrir les yeux sur le plan de D.ieu, sur l'amour qu'Il porte à Son peuple choisi et à tous. Au lieu de cela, d'âge en âge comme dit la Haggadah, combien ont cru honorer D.ieu en exterminant ses fils juifs et en les exterminant sur des bûchers.

2e enseignement dans ce seul verset.
 L'Egypte était le niveau le plus élevé de tous les peuples non seulement sur la terre mais aussi dans les cieux. Voilà pourquoi le Pharaon, Roche haSsarim, Premier des ministres de D.ieu, était entouré de sages, devins, sorciers car ils avaient de grandes connaissances sur les forces qui gouvernent le monde et sur les astres.
Ce point positif est encore un signe de l'amour qu'Il porte à tous les hommes et qu'Il nous porte. Car, malgré cela, quand les meilleurs des hommes profitent de leur génie pour nous persécuter, ils ne sont plus rien quand D.ieu intervient pour Ses enfants. C'est le sens de "Il a frappé l'Egypte dans ses premiers-nés" pour nous sauver  du Prince de tous les princes. Et cela est signe "qu'Il a pour nous un amour éternel", ki léôlam 'hassdo.

3. enseignement dans ce seul verset.
Vayotsé Yisrael mittokham
" et il a fait sortir Israël du milieu d'eux".
Ils étaient tellement entrés dans cet univers (comme tous les Juifs quand ils s'assimilent à une culture où ils essayent d'être autant et plus français que les français, américains que les américains, etc.) qu'ils avaient absorbé toute la toumea de cette culture que nous avons décrite plus haut ché hayou bétokh ha toumea chél Mystrayim. (Là aussi les Juifs veulent s'intégrer et surtout prouver leur intégration). C'est en ce sens que la Haggadah dit : nos ancêtres étaient idolâtres, et ce n'est pas pour nous parler de l'histoire passée mais c'est, pédagogiquement, pour nous faire analyser nos intégrations dans le mauvais sens. Le 'Hida dit : "de même que les autres étaient idolâtres, af éllou ôvdé âvoda zara (Mékhilta, paracha Béchala'h) eux mêmes étaient idolâtres. Et ils étaient presque devenus impurs jusqu'à l'extrême des 50 degrés (Zohar 'Hadache, paracha Béchala'h).
Mais que s'est-il passé pour que cela ne se termine pas tragiquement ? Ce que nous avons dit ci-dessus : à la fois l'excès de l'oppression que Le Miséricordieux n'a pas supporté et le fait que nous soyions Ses fils choisis et bien-aimés de façon éternelle ki léôlam 'hassdo. Et l'excès de Sa colère fut à la mesure de Son excès d'amour, exactement comme des parents réagiraient envers quelqu'un qu'il verrait en train de torturer ses enfants jusqu'à les faire mourir de souffrances.
C'est tout cela qui est contenu dans l'expression mitokham, exactement "à l'intérieur d'eux" (comme assimilés, comme participant à leur impureté, comme devenus des jouets à détruire pour eux).

5. enseignement dans ce seul verset.
Donc, si cela s'est produit dans ces conditions extrêmes, tant défavorables, alors combien a fortiori qal va'homér cela se produira t-il pour nous sauver de tous les exils suivants, d'autant plus que nous avons le soutien interne de la Torah et des mitsvotes qu'ils n'avaient pas alors (chékén yéche banou tora ou mitsvote).

6. enseignement dans ce seul verset.
Aussi nous n'oublions pas tout cet amour : 'héssed.

Note personnelle - Ces enseignements arrivant ainsi jusqu'à vous, imaginez et cela est exact, que ces Sages sont à votre table et y commentent pour vous la Torah. C'est bien pour cela qu'on nomme ces Sages qui parlaient toute la nuit de cela, et que le prophète Elie est dit nous accorder sa présence ce soir.
N'est-ce pas merveilleux tout ce qu'ils nous découvrent sur quelques mots de la Torah ? N'est-ce pas prodigieux ce dispositif pédagogique qu'ils ont mis à notre disposition dans la Haggadah ? Messager, facteur, je suis vraiment heureux de vous apporter leur lettre, si importante. Et d'entendre que vos l'avez ouverte et lue. A votre tour, faites-la connaître à d'autres, comme je le fais, comme d'autres l'ont fait pour moi. C'est cela la chaîne de la tradition. Passerez-vous cette lettre aux autres ? La direz-vous, puisque c'est le sens de Pé-sa'h (la bouche parle) et de la haggadah (la parole).

Sortir de cette Egypte intérieure

Ce fragment de miniature nous montre bien que nos ancêtres au Moyen-Âge percevaient tout ce qui vient d'être dit :
- les hébreux qui sortent ne sont pas des esclaves nus épuisés dans des camps de concentration et de travail forcé, mais ce sont en grande majorité des citoyens qui ne se différencient guère des Egyptiens, qui ont le même statut culturel et qui vont devoir lâcher tout cela ; mais ils en sont encore totalement imprégnés. C'est bien pour cela que les Egyptiens leur ont prêté sans crainte leur vaisselle d'or et d'argent car on ne prête pas ces ustensiles précieux à des travailleurs immégrés sans le sou qui  vont franchir la frontière et dire qu'ils reviendront plus tard. De même, il est écrit qu'ils avaient des bijoux précieux qu'ils ont pu offrir pour le sanctuaire.
Nous devons donc nous interroger sur ce qui a fait, pourtant, qu'ils parvinrent à sortir, alors que, de nos jours, où nous avons vécu en Europe les périls de la Shoa et le miracle d'Israël, seule une minorité du peuple est sortie géographiquement de l'exil.
Nos Sages analysent les textes et disent (Chir haChirim Rabah 4, 25) que, dans cet état d'assimilation intérieure qui était un véritable esclavage culturel jusqu'à l'idolâtrie, ils avaient su... 
- ne pas abandonner leur langue hébraïque (ce qui n'est pas le cas dans la civilisation actuelle),
- ne pas changer leurs noms, de manière à constituer un groupe délimité qui se reconnaissait et qui était relié à ses filiations,
- ne pas pratiquer les unions sexuelles interdites,
- ne pas pratiquer la médisance entre eux et il n'y en n'avait pas un seul qui disait du mal d'un autre auprès des Egyptiens. 
Aujourd'hui, nous sommes loin de ces qualités. Combien de fois, ne serait-ce que dans la presse mondiale, des Juifs particuliers, intellectuels ou responsables attaquent d'autres ou les organismes qui les représentent internationalement.
Si tout cela nous est dit, ce n'est pas comme quelques règles morales floues, mais parce que l'analyse a été réalisée avec précision par nos Sages qui en ont conclu que, sans ces qualités, il n'est pas de salut pour le peuple, même quand la bonté de D.ieu se manifeste.

Il ne nous est pas possible de faire l'impasse sur ces messages.
A chacun de les méditer.

Voir aussi la page consacrée à 'Hadgadia

(Suite. Page 2)
(Suite page 3)


Texte de la Haggadah en judéo-marocain
qui permettra à beaucoup de continuer leur tradition familiale
avec vos remerciements et bénédictions à Arrik Delouya, Jacqui Kessous via David Bensoussan de Montréal pour ce service communautaire.

 

Haq’da Qssam L’lah lb’har âla tnass l’treq ‘hin khrzeu zdoud’na min massar, âla yed sid’na oun’bina moussa ben amram haq’da n’khrzeu min had l’galouth amen ken yehi ratson

Had tâam d’êef di kleu zdoud’na fi ardi massar, zmeê azze’ane yizi ou yakoul, zmeê l’mhtaz yizi ouîiyed pissah, had ssna hna, ssna azzayya fi ard Israel, had ssna hna âbid, ssna azzayya fi ard Israel, oulad l’hrarr

Ass n’hyya lila hadi min zmêe llilali, di fzmêe lliali man nkhattso hta m’rra, llila hadi zouz mrrat’ , di fzmêe lliali hna nakleu lkhmir ou lftèr, llila hadi koullo ftèr’ , di fzmêe lliali hna nakleu, seyr l’khdra, llila hadi lmrar, di fzmêe lliali hna nakleu oun’ssrbo, soua galssin’ soua mtkkin’, oullila hadi koul’na mttkin’

Abid koun’na lpar’o fi massar, oukhrrezna llah’ ilah’na min tmma, byed qouiyya ou bdrâa mmdouda, ouloukan, ma khrrz llah’ mbarek houa, zdoudna min massar, mazalin’ hna ou ouladna, ou oulad ouladna mkhddmin koun’na lpar’o fi massar, oukhalléh, koulna kiyssin koulna fahmin, koulna ârfin tora, ossaya âlina ln’âoudou fi khrouz massar, ouzmêe di ktter liaouéd fi khrouz massar ra’h hada msskor.

Zra maâssé bribbi eliezer ou ribbi Yehousoua ouribbi Elaâzar ben Äzaria, ouribbi aquiva ouribbi tarfo’n di kaneu mttkki’n fi Bnei Berak, oukaneu kay âoudou fi khrouz massar, toul hadik llila, hatta zaou’ talmidim ouqallou l’houm ya syad’na lhaq ouaq’t qri’at chemaâ d’ssba’h

Qal ribbi Elaâzar ben Âzaria ra ana kif ould sbîin âm ou ma zkhit’ch littouqal khrouz massar flliali, htta drass’ha ben zoma, fhal ma qal l’passouk, lssba tfkkar n’har khrouzek min ardi massar, toul yam hyattek, yam hyyatek liyyam, toul yam hyyatek llilali, oul’hkhamim qalou, yam hyyatek ldounia hadi, toul yam hyyatek, lizib yam l’massiyah.

Mbarek llah ila’hna mbarek houwa, di âta thora lqoumo Israel, mbarek houwa, mqbalat’ rbâa dloulad tklmét’ thora, wahed kiyess wahed dalém, wahed niyya, ouwahed laysso yiâaraf yisqssi.

Kiéss ass houwa yiqol, ass s’houd ou’rssoum ou’ssrayéê di oussakoum llah’ ilah’na hatta nti koullo kif dinim di pissah ma nokh’rouss mnnor pissa’h lfouaki.

Dalém ass houwa yiqol, ass l’khdma hadi likoum, likoum ou layss léh, qd yi khrrez rouho zm’lla, kfar filla’h , htta nti gz’z snaneu, oukoullo fss’bba, hada âmel’li lla’h fkhrouzi min massar, li ou ma léh, ouloukan kan t’mma ma ykoun tfé’k.

Nyya ass houwa yiqol, ass hada, outqoullou bi quouwat l’yed khrrzna lla’h ilahna min massar min dar l’âboudiya.

Oudi ma yaâraff yi saqssi, n’ti tb’daleu, fhal ma qal l’passouk, ou’tkbber lbnek f’nhar hada liyqol, fssbat hada âmel’li lla’h fi khrouzi min massar, yiqdar min rass ss’har, tâllem litqol f’nhar hadak, yira fi nhar hadak yiqdér min mazzal n’har, tâllel litqol, fi ssbat hada, fi ssbat hada ma qol’t fi saâ di lftèr ou lmrrar mnézzli’ne qouddamek

Min llouel Âbdi’n âboda zara kanou zdoud’na, oudaba, qrrebna llah ila’hna lkhdm’tou, fhal ma qal l’passouk, ouqal yehochoua lzméê l’qouwam, haqda qal lla’h ila’h Israel, fqtéê l’wad galssou zdoudkoum m’llabda, Tera’h bo Abraham oubo Na’hor, ouâbdou maâbad oukhrin’

Ou khoud’et boukoum Abraham min qt’eê l’wad, oum’ssiteu fi zmêe Erets Kenaân, oukttér’t nasslo, ouâtiteu Itshaq ouâtit l’Itshaq Yaâkov ou Essav, ou âtit l’Essav zbel seîr liwouratto, ouyaâkob ououladeu, nzlou lmassar.

Mbarek ‘hafed yitkhalyato l’Israel, mbarek houwa, di lmqddech mbarek houwa mkhmmem l’hhed, bass yi âmel, kif qal l’Abraham bouna fi âh’d ben habetarim, fhal ma qal l’passouk, ouqal li Abraham , äref t’âraf, bayin ghreb yikounou ouladek, fi ard layss lihoum, ouyikhddmou’houm ouyâbbdouhoum rbaâ miyat âm, ouhtta l’qouwam li yikhdmou, sarêe ana, ou m’nnorah dak, yikhrzzou bqssab kbir


Hiyya di ouqfat l’zdoud’na oulina di mahouwa si wahed bwah’dou li ouqaf âlina li’yeqdina, ghir di fi zmêe zil ou zil, waqfin âlina liqdiw’na oulmqddech mbareh houwa fkk’na min yddihoum.

Khrez ou taâlem ass fttess Lavan lkhdaâ liyaêmel lyaakov bouna, layn Parôo ma qtâa gher âla dkora, ou lavan fttess yiqlleâ koullssi, fhal ma qal l’passouk, lkhdaâ mâaddem baba, ounzel lmassar ouske’n tmma bnass qlal, oukan tmma lqouyem kbir qwi ou ktir

Ounzel massar, mak-hour ala qol illah, ousken tmma yiaâllem di ma nzel si lyitghrraq gher lssken tmma, fhal ma qal l’passouk ouqalou lparô nsknou f’lard zina, layn ma kay’n ma yirâawou lghnem, di ând aâbidak, layn qwi zeuê fi ard kenaân ou daba yi glssou aâbidak fi ard goshen

Bnass qlal fhal ma qal l’passouk, bssbîn’ nfss nzlou zdoudek lmassar, oudaba zâlek llah ilahek f’hal nzoum ssma lilkatra.
Oukan tmma li gan’ss kbir, yiâallem di kanou Israel mrssmin tmma, liga’nss kbir, ou qwi, fhal ma qal l’passouk, ou oulad Israel tmmrou, ou dbbou, ou ktrou, ou tqouwaw, bzzaf bzzaf, ou tâamtret l’ard bihoum

Ou ktir fhal ma qal l’passouk, rbbo kif nbayt lfddan zâaltek, ouktrti, oukbrti, ouziti, fi zil li zil, tdayn tssawbou, ou saârek nbbat, oun’ti âariyana ou mzzrrda

Ouqb’hou mâna lmissriyim ou âabdouna ouâamlou alina khdma sâeba

Ouqb’hou mâna lmissriyim, fhal ma qal l’passouk, ara nt’kissoulou lama yikter, ouykoun illa tzina si mdarba ouytzad hatta houwa âla kar-hin’na ouyi’tsar fina ouyitlâa min l’ard

Ouâd’dbouna fhal ma qal l’passouk, ouâmlou aliha qyyad lghramin, bass yiâddbouh bkhdmthoum, oubna blda’n lmkhzen lparô , Pito’m ou Raâmessess Ouâmlou alina khdma ssaîba, fhal ma qal l’passouk, ou khddmou massar oulad Israel, blqsso’ha

Ouâyit’na llah ilah zdoudna oussmaâ llah hssna, oughzer ghbinatna, oussaqna, ou hassar’nana

Ouâyit’na llah ilah zdoudna fhal ma qal l’passouk, oukan filyiam hadeuk, ouma’t soultan massar, out’nehhdou oulad Israel min lkhddma, ouaâytou out’laât’ îtathoum llah min lkhedma

Ouss’maâ llah saout’na, fhal ma qal l’passouk, oussmaâ llah ghit’houm, oufggd llah haâdou, di mâa Abraham, mâa Itshaq, oumâa Yaaqob

Oura ghbinatna hada âazil treq l’ard, fhal ma qal l’passouk, oura llah oulad Israel ouâraf llah

Oussaqna, hadou loulad, fhal ma qal l’passouk, ou-oussa parô lizmeê qoumo lyiqol zmeê loulad llwad trmiwouéh ouzmêe lbnat tâyssou

Ouhassarna hadi l’hassra fhal ma qal l’passouk, ou hatta rit lhassra, di massar hassrin’koum

Oukhrrezna llah min massar byed qwoui’ya oubdraâ mmdouda, oumoukif kbir, oulemayér, oublâzayéb

Oukhrrzna llah min massar layss âla yad Mal’akh ou layss âla yéd mahtreq oulayss âla yéd rqqass ghir lmqddess mbarek houwa bouquaro oubqwiyto, fhal ma qal l’passouk, oun’douz fi zmeê ard massar fllila hadi, oun’drab zmeê l’bkher fi ard massar, min bn’adém hatta b’hima, ouf’zmeê maâbad massar naâmél ssrayeê ana llah

Oundouz fi ard massar, ana oulayss Mal’akh oun’drab zmeê lbkhr ana oulayss mahtreq, ouf’zmeê maâbad massar naâmel ssrayee ana oulayss raqqass ana llah ana houwa oulayss akhor

Byéd qwouiya hada lémarr fhal ma qal l’passouk, ra qdourat llah kayina fiqssbek di flfddan’ fil’âoud, fil’hmir, fil’zmal, fil’bkar, oufil’ghnam émar qwi bzzaf

Oub’draa mmdouda hada ssif fhal ma qal l’passouk oussifo mssloula fyiddo mmdouda ala yeroushalayim
Obmoqif kbir hada sshir naouar llah, fhal ma qal l’passouk, aw yizrrab llah liyzi yakhed leh quwam min wasst quwam bttzribat blemayer oublaazayeb oublmdrba, oubyed qwuiyya oubdraa mmdouda oubmokhifat kbar, kif zmee di amal likoum llah ilahkoum fmassar lihadratek

Oublemayer hadi lassa fhal ma qal l’passouk, oulaassa hadi tqbd fiydek di taamel beh lemayer
Oublaazayeb hara dem, fhal ma qal l’passouk, ounaamal lemayer fssma ou lard dem ounnar, ouqddban ddkhan

Klam akhor byed qwouyya zouz, oubdraa mmdouda zouz, oubmoqif kbir zouz, oublemayer zouz, oublaazayeb zouz

Hadou aassra d’drbat di zab lmqddess mbarek houwa, ala lmissiyim fmassar, ouhadou houma

Dem, zzran, lqmoul, lkhla’t, lemar, zzdem, lbrad, zzrad, d’lma, drbat lbkoura
Rbbi youda kan yaati bihoum limayer
DETSAKH AADACH BEAHAB

Rabbi yosse hagalili yqol, mnnayen nti tqol, di ndrbo lmissryim fmassar aasra d’drbat, ouaala lbhar ndrbou khm’ssin drba
Fmassar ass houwa yqol, ouqalou sshari’n lparoo qdourat llah hiyya, ouaala lbhar ass houwa yqoul, oughzer Israel lyed lkbira di amel llah fmassar oukhafo lqwam llah, ou’amnou b’llah, oub’mosse abdeu
Qddass nd’rbou d’ssbaa allah assra d’drbat, qoul mn daba, fi massar ndrbou assra d’drbat ouala lbhar ndrbou khm’ssin drba

Rbbi Eliezer yqol, mnayen di zmee drba oudrba di zab lmqddess houwa ala lmissriyim fmassar, kan’t di rb’aa d’drbat, fhal ma qal l’passouk, ouss’llat fihoum sskh’t ndbou, sskht ouh’raz oud’diqa mssoufdat rqaqss qbah’
Skht wahid, oulh’raz zouz, oud’diqa tlata, mssoufdat rqaqss qbah r’ baa qol mdaba fmassar ndrbou rbiin drba ouaala lbhar ndrbou miytayn drba

Rbbi Aquiba yqol, mnayen di zmee drba oudrba di zab lmqddess houwa ala lmissriyim fmassar, kan’t di Khmssa d’drbat, fhal ma qal l’passouk, ouss’llat fihoum sskh’t ndbou, sskht oulh’raz oud’diqa mssoufdat rqaqss qbah’
Skht ndbou wahid,sskht zouz, oulh’raz tlata, oud’diqa r’baa, mssoufdat rqaqss qbah khmssa qol mdaba fmassar ndrbou khmssin’ drba ouaala lbhar ndrbou miytayn oukhmssin’ drba

Qd ass min dzarat’ mla’h llah’ baroukh hou alina
Loukan khrrzna mn massar ouma aâmel fihoum ssraya’ ykfana
Loukan aâmel fihoum ssraya’ ouma amelss fmaabadhoum ykfana
Loukan amel fmaabadhoum ouma qtelss bkour’houm ykfana
Loukan qtel bkour’houm ouma aatana si mal’houm ykfana
Loukan aatana mal’houm ouma qssm’lna si lbhar ykfana
Loukan qssm’lna lbhar oumadouwzna f’wosto filibiss ykfana
Loukan douwzna f’wosto filibiss oumaghrr’q aadyanna f’wosto ykfana
Loukan ghrr’q aadyanna f’wosto ouma khfass hdzna flkhla r’b’in am ykfana
Loukan khfa hdzna flkhla raba’in am oumaouklnass l’man’ ykfana
Loukan oukklna l’man’ ouma’atalnass seb’t ykfana
Loukan atana seb’t oumaqrrbnass lqddem zbel sinaï ykfana
Loukan qrrbna lqddem zbel sinaï ouma aatalnass Torah ykfana
Loukan aatalna torah oumadkhlnass l’erets Israel ykfana
Loukan dkhlna l’Erets Israel oumabnal’nass beit Hamiqdach ykfana


Ala wahda s’hal ou s’hal mleiha mt’niya oumt’lta llah baroukh hou alina,
? khrrzna mn massar
? aâmel fihoum ssraya’
? amel fmaabadhoum
? qtel bkour’houm
? aatana mal’houm
? qssm’lna lbhar
? douwzna f’wosto filibiss
? ghrr’q aadyanna f’wosto
? khfa hdzna flkhla raba’in am
? oukklna l’man’
? atana seb’t
? qrrbna lqddem zbel sinaï
? aatalna torah
? dkhlna l’Erets Israel
? oubnal’na beit Hamiqdach bass yghfar ala zmee dnoubatna


Raban gamliel kan yqol zmee di ma qal tlata dlmssayel hadou fpissa’h madouwez frado
Ouhadou houma Pissah Lfter Oulmrar

Pissah di kanou zdoudna flouk’t di beit lmiqdach baquia ala sbba’t ass ala sbbat, di sefq lmqddass mbarek houwa ala diar zdoudna fmassar fhal ma qal lpassouk, outkoulou dbeh pissah houwa di sefq ala diar oulad Israel fimassar fdrbou massar ou diar’na fek ourqk’oo l’qouam oubay’oo

Lfter hada di h’na naklou ala s’bat ass, ala sbbat di ma taalelss azin’houm di zdoud’na liykhmer, hta tzlla alihoum sultan ms’ltan sslatan’ lqddss mbarek houwa, oufkkhoum dghia, fhal ma qal lpassouk, ouaznou laazin’ di khrrzou nm’n massar rkak fter ma khmreu, layn trrdou mn massar, ouma qdrhoum ytaatlou, ouhatta l’aawin’ ma amlou lihoum

L’mrar hada di hna nakleu ala sbbat ass ala sbbat di mrrou lmissriyim hayat zdoudna fimassar, fhal ma qal lpassouk, oumarrou hayathoum blkhdma ssiiba b’tein oub’ttob, oubzmee lkhdma dlfddan’ zmee khdmat’houm di khdmou fihoum bss’ouba

Fzmee zil ou zil, mlzoum bnadèm liwourri rou’ho fhal illa houwa khrez m’n massar fhal ma qal lpasouk, out’khbbar lbnèk fn’har hadak liqol fssbat hada amel llah liya, fkhrouzi m’n massar, di layss zdoud’na wahdhoum fèk l’mqddess mbarèk houwa, ghir hatta lina fèk maahoum, fhal ma qal lpassouk, oulina khrrèz m’n tmma yzib’na l’yaati lina l’ard di h’lèf lzdoudna

Likadalik, hna mlzoumin lin ‘sskro lin’hallo linssab’ho, linfkro, linaaliwou, libh’hzo, oun’mzzdo, liman di amel lzdoudna oulina tzribat hado, khr’rzna m’n laabouda l’tahrir, oum’n lkhdma l’tfèk, oum’n n’nkhd lilfr’ha, oum’n l’hzen l’nhar mlèh oum’n ddlma l’n’har kbir, oun’qolo lkddamo, ah sqro llah.

Asqro llah asqro ya abid allah asqro yssèm llah, ykoun yssèm llah mbarek mn’daba hatta llabda, min srèq semss hata m’ghyoubeu, mssqor yssem llah, ali ala zme loumam llah, ala s’ma ouqaro, ma’n kif llah ila’hna, ali lsskna hadèr liyndar, fssma oularad, yqoum min trab lmsskin, mn zbèl yrfaa lmghbo’n, liysskèn maa ssakhi’n, maa ssakhi’n qouwamo, lyrèd aagrat’ ddar, oum loulad far’hana assqro llah

Fkhrouz Israel mn masar, Yaakov m’n qwam azmi, kan’t yehouda lqod’sso, ysrael min hkoumato, lb’har ra ou hrab, lyardem ystakhar llora, lzbal yst’ho fhal lqbbass, lkhda kif oulad lghnam, ass lik ya lbhar bass t’hrab, lyarden tstakhar llora, lzbal tst’ho fhal lqbbass, lkhda kif oulad lghnam, min quddam sayed khalèk l’ard, min qddèss ilah yaakov, lql’b l’hzzra lkhliz lma, ssmam laayoun’ lma

Di f’kna oukèk zdoudna mn massar, oul’hhqna llila hadi, linaklou feh lftèr oul’mrar, hagdak llah ilahna ou-illah zdoud’na, lhhkna loukat ouayad oukhrin’ zayn lqddamna lmaafia, far’hanin bibnyan bladèk, ou sarrin fi khdmatèk, ounaklo tmma min ddbayèh oumn qorban pessah, li yal’haq dmm’houm ala hyo’t mdba’hèk llrda, oun’ssqrolèk, sqra’n zdid, ala f’kkna ou fkak zdoudna mbarèk llah di fèk Israel