La Haggadah de Pessa'h

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Plan



 Le chant Dayénou et les 15 étapes

Pourquoi 15 montées de libérations puis de louanges ?
Kama maâlot tovote lammaqom âlénou
Combien de degrés bons à D.ieu sur nous !

Ce passage nous démontre que la libération se fait progressivement, contrairement à notre aspiration que tout se règle magiquement d'un seul coup : chaque fois que nous avons ces aspirations simplistes, nous devons repérer que nous tombons dans l'infantilisme et la magie. Ce qui est interdit au juif. Pour cela, Hachém ne libère que par étapes comportant chaque fois une petite amélioration et encore beaucoup d'insatisfactions et de difficultés. La Sage sait que cela est signe de la présence de Dieu.

Suivons le commentaire du 'Hida dont j'explicite ce qui y est condensé.
Combien de montées ont donc lieu ? Avant de considérer le nombre, voyons d'abord le premier mot "cama", c'est l'inversion de "maca" qui est une plaie. Ainsi, Hachém joue des plaies négatives et des libérations en un seul programme, la catastrophe est marche vers la libération pour qui sait patienter et pour qui connait ces tactiques de D.ieu. Le Sage dit alors : gam zou la tov, ceci est pour le bien et il parvient à louer dans la difficulté comme dans la satisfaction.

Lisons, dans cette perspective, les 15 marches de cette libération du chant Dayénou :
sortie, châtiments, jugements contre leurs dieux, plaie contre les premiers-nés, leur argent donné, mer divisée, traversée à pied sec, noyade des persécuteurs, subvenir aux besoins pendant 40 ans dans le désert, don de la manne, don du Chabbate, vision du Sinaï, don de la Torah, don du pays d'Israël, don du Temple.
Quand nous chanterons Dayénou, pensons que nous franchissons ces marches sous la achga'ha, la providence qui accompagne toujours dans la bonté. Voir quand même la présence de Ra'hamim, la miséricorde, dans l'épreuve est une suprême sagesse.

Âlénou, sur nous.
Un jeu de mots se présente là dans l'hébreu car "âlénou" veut dire également : "nous avons le devoir et l'obligation de...". Cela sous-entend : dans la marche progressive, nous avons le devoir de louer.

Âl a'hate kama vékhama..., combien plus encore fut la bonté de D.ieu envers nous.
Arrive alors une nouvelle lecture qui nous montre explicitement cette série de 15 bontés dans les interventions de Hachém pour nous délivrer, car l'agrément du chant aurait pu nous nous faire oublier le sérieux de la question. On y revient donc.

Pourquoi ces 15 étapes et  non pas 13 ou 17, 18 ? Nous allons le comprendre progressivement.
Ribbi Yéhouda Hé'hassid l'enseignait à ses élèves :

  •  il y avait 15 marches pour monter de la place du Temple à la zone intérieure (tou maâlote ba âzara), nous le comprenons d'après ce qui vient d'être dit : il y a 15 psaumes commençant par l'expression chir hammaâlote, chant des montées (psaumes  120 à 134).
  •  il y a également 15 fois l'expression chira, chant au féminin, dans la Torah.
  •  en ce sens encore, et moins dans notre concret, le talmud Haguiga 12 b nous décrit 15 réalités se trouvant dans le monde d'en-haut.
  •  de même il est dit que l'enfant peut bien entrer à l'âge de 15 ans dans l'étude du talmud (Pirqé avote 5, 1).
  •  reliant les deux mondes, la prière du matin, chaque jour nous fait dire les 15 louanges de David : lékha... haguédoula, etc.
  •  et c'est le 15 du mois de Nissane que s'est faite la libération.

 

 
 
 

Passons donc au niveau de la clarification de ce motif, en deux étapes :
1. Avraham, Isaac et Yaâqov ont passé 15 ans de leur vie dans le bonheur d'étudier ensemble, et ils y étudiaient ainsi ensemble la Torah transmise jusqu'à eux par Chém et Ever 15 heures par jour. C'est l'état de bonheur optimal quand 3 générations parviennent dans leur différence à étudier ensemble la Torah, c'est pour cela que l'on dit dans la prière de la Chémoné Êsseré ou Âmida : Eloqé Avraham, Eloqé Yits'haq, Eloqé Yaâqov, car chacun y apporte son originalité dans la même et commune présence de D.ieu.
2. Cet état de plénitude est nommé par les derniers versets des psaumes : kol hannéchama téhallél Y-A hallélouya,  toute la néchama te loue Y-A, hallélouya. Le saint Nom de D.ieu utilisé ici et composé des lettres youd et a la guématria de 15. 
Ces deux points (1 et 2) sont la même chose, c'est un état céleste sur terre que le psaume 68, 5 décrit avec ce nom faisant 15 : solou larokhév baâravote béya chémo. Voilà pourquoi il est dit que ces tsaddiqim (juste) complets qu'étaient les trois partriarches étudiaient 15 heures par jour la Torah (et consacraient les 9 heures restantes au travail pour la subsistance, la nourriture, le sommeil et toutes les affaires autres).
Ceci est la fin de l'enseignement de Rabbi  Yéhouda hé'hassid rapporté par le 'Hida.
Il y a de quoi méditer, sur tous les plans.
N'oublions jamais que ces connaissances ne sont aucunement une seule étude littéraire ou une base de discussions mais un exercice de la parole pour nous faire avancer vers la libération personnelle de "l'Egypte" car toute la soirée nous le redit : "ce soir, je dois me considérer comme sortant d'Egypte".


Le sens de dire obligatoirement le trio : Pessa'h-Matsa-Maror

Commençons par nous poser les questions, avec le 'Hida (dans Na'hal Echkol) :
- puisque l'on sait que le maror indique l'amertume comme l'indique la racine du mot, pourquoi nous demander de le manger,
- pourquoi est-il lié à l'avancée vers la libération (guéoula) ?
- pourquoi le premier jour de Pessa'h tombe t-il le même jour de la semaine que le 9 av, jour de désolation ?

1e réponse
L'exil d'Egypte devait être de 400 ans et il devait ainsi rassembler tous les exils, tous les processus de guéoula dont nous avons parlé dans le passage sur le souvenir de la sortie d'Egypte. Mais, par le fait que cette période a été abrégée (Pessa'h signifie "il a enjambé, il est passé au-dessus" du nombre des années), le processus n'a pas été achevé et on continue à le jouer par la matsa et le maror qui représentent l'esclavage des exils et esclavages supplémentaires, et par le sacrifice de Pessa'h qui représente la libération (2e réponse
Ce non-achèvement se prolonge et se joue spécialement dans la même journée de la semaine qu'est le 9 av où l'on perçoit le mieux que l'esclavage a continué.

3e réponse
Principe 
Nous disons ensemble "Pessa'h-Matsa-ouMaror" pour ne pas séparer la peine (Matsa ouMaror) et la joie (Pessa'h). De même, dans la composition des parfums du Temple, on place un peu de 'helbena qui n'a pas du tout une bonne odeur pour marquer qu'on lie le mal et le bien et que le mal sera transformé en bien par ce rattachement au faisceau global. 
Et une simple petite différence se produira : quand le 'héit de 'helbena se transformera en qui a presque la même forme mais est  un peu ouvert alors que le 'héit est fermé, alors le mot 'helbena devient halévana, la lune, but de l'épanouissement du féminin dans la création.
De même, les lettres du 'hamets ('HMTs) sont les mêmes que celles de la matsa (MTsH) mais avec la petite amélioration qu'il y a entre le 'heit fermé et le ouvert.
Application morale du principe
Il ne faut pas laisser isolés ceux qui ne sont pas très bons parmi le peuple, car les méchants et les bons dans le peuple juif ne forment qu'un seul corps ; c'est cette réunion qui fera que tout l'ensemble sera bon. Il ne peut pas y avoir de salut d'une secte élitiste  sans le reste dans le peuple juif car tout le peuple est une même néchama (âme) totalement pure et divine, de même que l'est l'âme du rachâ, du mauvais ; et il sera finalement libéré. La Haggadah revient sur ce thème de multiples façons.
Pessa'h Matsa ouMaror  indiquent cette réunion du bon et du moins bon : "Pessa'h" ce sont les tsaddiqim ou justes qui accomplissent les 613 mitsvotes (le mot Pessa'h écrit en plene a cette guématria : ph-smkh-hit) ; "matsa", pain de misère correspond aux bénonim, les moyens qui sont la majorité du peuple ; "maror" correspond aux mauvais et ce mot maror a la guématria de mavéte, mort. Le Vayiqra Rabba 30, 9 le décrit et montre que Hachém réunit ainsi tout son peuple, comme on le fait dans le
loulav.

4e réponse, capitale
Nos Sages disent, en ce sens, que îqar haguéoula télouya baa'hdoute, l'essentiel de la guéoula dépend de l'unité du peuple ; c'est le manque d'unité qui a détruit le Temple ; il faut faire la correction (tiqqoune) de ce qui a détruit et, donc, réunir, rassembler, rendre un tout le peuple d'Israël. C'est pour cela qu'il y a l'OBLIGATION absolue de dire ces 3 mots et ensemble.
(Parenthèse, reliée à ces questions de rassemblement des éloignés, que nous sommes chacun un peu. Parfois des personnes me demandent : "pourquoi faites-vous ce site" et elles imaginent que je fais cela comme si je choisissais une activité de sport ou loisir. Il est clair, simplement, que nous devons communiquer les connaissances de vie à ceux de notre peuple dispersés, isolés, loins des connaissances et qui n'ont pas les moyens de se lier à la communauté. Nous étions loin, certains l'ont fait pour nous. Le Web le permet avec facilité. Il est émouvant de voir avec quelle soif se rapprochent ainsi et étudient des "milliers" de lecteurs venant de "dizaines et de dizaines" de pays différents et qui nous font part de leur cheminement progressif qui les engage très intimement, familialement et fortement. En plus de ceux qui sont déjà des participants réguliers de communautés. 
D'autres, conscients, me disent : "comment peux-tu réaliser cela, en temps et par quels moyens, car il n'y a pas une équipe ? La force physique et intérieure et l'inspiration viennent directement de Celui qui donne la vie, et il sait ce qu'Il donne quand Il veut. Jusqu'à maintenant, la quasi totalité des frais énormes de cette activité a été supporté par votre serviteur, en plus du temps de rédaction ; mais il devient de plus en plus impossible de soutenir seul le développement d'un tel outil qui prend cette extension. Ceux qui le comprennent et partagent ces buts peuvent aller à la rubrique "Soutenez Modia". Fin de la parenthèse).

C'est pour cela qu'il est dit ensemble Pessa'h  Matsa ouMaror ; le 'Hida écrit 
" ché tsarikh ché yomrém ya'had bémotav télata ki kol âtsménou hou lé'habér kol Yisrael bé'hibbour véyi'houd
donc, il faut les dire tous les trois bien ensemble car  toute notre tâche c'est d'unifier tout Israël dans un lien et dans une unité".

5e réponse
A partir de cette explication centrée sur ce qui est une dimension capitale de la réalité (l'unité et la solidarité apportant la 6e réponse
Au niveau des chiffres qui donnent le sens intime, Rabbénou Yaâqov Abou'hatséira reprend ces idées fortes en montrant que matsa a la guématria de hitsil (il a sauvé) et maror la guématria de mavéte (mort) : cet assemblage matsa-marorest donc notre affirmation que Hachém nous a sauvé de la mort. Il montre encore que cette reconnaissance va s'exprimer par les cantiques de reconnaissance qui terminent la Haggadah et les trois mots Péssa'h Matsa ouMaror ont la guématria du mot ichta'havou, "ils se sont prosternés" et ont loué.

7e réponse : la liberté de parole féminine
La mitsva est dont de dire Pessa'h Matsa ouMaror. De même qu'il faut parler, poser des questions, répondre, ouvrir la bouche de celui qui ne sait pas poser ses questions. Tout cela est dans le mot Pessa'h que l'on divise aussi en Pé -  ssa'h (la bouche parle).Cet état d'expression est celui de la liberté. Qui a le droit de parler est libre en soi-même et au milieu des autres. C'est pour cela que nos Sages disent que , la bouche active, est l'état d'épanouissement que l'on nomme malkhoute, royauté ou la chékhina, ou la "reine" chabbate, la malka. C'est l'état d'épanouissement du féminin que représente la femme ou Israël dans le  monde, ou la lune. Que ce temps advienne. Ce soir-là, enfin, la "bouche" parle. Cet état est aussi nommé la couronne (kétér) de la royauté et sa guématria est identique à celle de Pessa'h écrit en plene.

C'est de tout cela que discutaient toute la nuit les Sages cités dans la Haggadah. On voit qu'il y a matière !


Le Hallél

(Cette page estdédiée à Adam Ackerman entré dans l'alliance le 9 nissane, 26 mars, à Jérusalem, fils de Theo et Sophie Ackerman et petit fils de Arlette Foldes et de Georges Foldes zal, et de Henri et Liliane Ackerman de Strasbourg. Nos voeux l'accompagnent pour l'accomplissement du beau programme des son nom).

Le lien du Hallél au sacrifice
N'oublions pas que notre soirée du Sédér est basée sur le cérémonial que l'on suivait au Temple. La Michna Pessa'him 5, 7 nous raconte que chaque fois qu'un groupe arrivait pour présenter son animal pour le sacrifice de Pessa'h, les Lévi qareou éte hahallél proclamaient le Hallél, et s'ils avaient terminé avant la fin du sacrifice, ils  recommençaient le hallél une seconde ou une troisième fois.

Ainsi, ce Sédér qui avait lieu à Jérusalem, n'était pas seulement une évocation de récits historiques mais nos ancêtres payaient de leur personne par ces sacrifices et réalisaient alors qu'ils engagaient tout leur être pour se rapprocher de Hachém
 

Le sacrifice et le soutien du chant
Le sacrifice ainsi ressenti dans la réalité, et qui fait que l'on vainct la mort et l'oppression externe et interne, est accompagné par le soutien du chant des Lévi. Ce chant nous encourage, nous exalte et  situe en assurance de victoire ce qui est encore inapparent ou ce qui coûte jusque dans la chair.
Aujourd'hui, le rôle des Cohen entre de plus en plus dans la conscience du peuple, comme transmetteurs de la bénédiction et rappels du beau type d'homme, de Adam, que doit être le juif. La bénédiction constante des Cohanim lors des offices le rappelle aisément. Bien plus, pendant la fête de Pessa'h, il y a une Par contre, les Lévi n'ont pas encore repris conscience de ce rôle qu'ils jouaient. Autrefois, à l'entrée de Jérusalem, une "chorale et un orchestre" de Lévi jouait pour que les pélerins arrivant de loin avec leurs sacrifices et fatigués reprennent force et soient émus de leur approche vers Jérusalem. Imaginez qu'un groupe de Lévi reprenne cette initiative. Je leur lance cette idée. Quel bien ils feraient à tous le peuple. Quel bonheur et émotion ce serait de les entendre alors chanter le psaume 122 : "Psaume des montées. De David. Je suis dans la joie quand on me dit : allons vers la maison de Hachém. Nos pieds s'arrêtent dans tes portails, ô Jérusalem... C'est là que montent les tribus d'Israël...". S'il y a des préparatifs d'initiatives en ce sens, qu'on me les communique et je vous en informerai.

La composition du Hallél
Il comprend les psaumes 113 à 118. Il est relié aux Psaumes des montées par le grand psaume 119 qui chante l'amour de la Torah. Ce hallél décrit l'intervention de Hachém qui relève son peuple de la misère, le fait sortir d'Egypte, le délivre par le miracle de la mer Rouge, l'illumine au Sinaï et lui donne la Torah, ressuscitera les morts, éliminera toutes les formes d'idolâtries et nous fera vivre dans Sa bénédiction. Il faut lire, en langue parlée couramment, ces psaumes avant le Sédér pour bien  comprendre cette dynamique importante du rite de la fête et faire du Sédér un moment où les mots seront portés par les sentiments, par la relation et par la pensée, chez chacun et tous ensemble.

La victoire du Nom
Appuyons nous ici sur le commentaire du
Chla dans Massékhéte Péssa'him.
La paracha Chémote nous a indiqué clairement qu'il y avait un renouvellement de la création par ceci : D.ieu venait dire à Moché et au peuple qu'il dévoilait Son nom de quatre lettres et que, par ce nom il allait sauver Son peuple pour renouveler la création. Ce nom (nommé souvent "l'Eternel" dans les traductions) donne la vie à tous les mondes créés. Ainsi, ce nom, écrit en toutes lettres sous l'une de ses formes est la même guématria que l'homme, Adam, montrant bien qu'il n'y a aucune division entre l'homme et D.ieu, l'homme étant fait à Son image et à Sa ressemblance comme être de créativité, yétsira. Par ce type d'homme, la lumière de vie des niveaux supérieurs devrait se diffuser dans la création la plus concrète. (La division entre les droits de l'homme et les questions
religieuses est une conception absurde dans la vie juive. C'est une idéologie étrangère.)

Le Chla démontre que, en union avec ce qui est Son nom, la Torah investit le concret, le corps, l'âme et les niveaux les plus élevés de l'âme humaine. C'est tout cela qui s'exprime dans les 4 premiers psaumes du Hallél ; puis le psaume 117 est la reconnaissance par les nations de cette réalité et mission d'Israël comme manifestation du plan de D.ieu et comme Adam proche de D.ieu. Ces quatre psaumes sont en parallèle des quatre premiers livrs de la Torah, et le psaume 118 est comme le livre Dévarim qui résume les quatre premiers livres, ce que l'on appelle une "michna" qui double.

Commentaire d'un verset
Pour comprendre comment le contenu de chaque verset du Hallél déploie cet ensemble mais y apporte aussi une note particulière, commentons seulement le verset 9 du psaume 115 :
Yisrael béta'h baHachém, êzram ou maghinam Hou
Israël, aie confiance en Hachém, leur aide et leur bouclier, Il est Lui.
Je rapporte ici et explicite le commentaire du Israël, aie confiance en Hachém, quand Israël parvient à être uni, 
et
êzram ou maghinam Hou
leur aide et leur bouclier, Il est Lui
quand Il nous sauve nous qui sommes multiples et susceptibles de haine gratuite entre nous.
Quelle beauté que la Torah, quel éclairage sur tous les plans de la vie personelle et collective. Il y a de quoi dire Hallél, hallélou-ya, louons, louons ensemble D.ieu.
C'est cela que nous exprimerons en étant assis ensemble, et fatalement différents mais participant à ce même désir de nous rectifier pour être unis et Un entre nous et à Son image, et selon Son plan.

 

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