La Haggadah de Pessa'h
par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour
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Plan
Sa bonté face à notre Egypte intérieure
L'étape de la sortie réelle
Deux points essentiels
Une demande
Qui est le 'Hida qui est venu à notre Sédér
?
"Mittokham"
(Il nous a délivré de notre prison
où nous nous mettions "à l'intérieur d'eux-mêmes")
Louons-Le pour Sa Bonté, éternelle.
Dans le Hallél, regardons un seul des versets, celui
du Psaume
136, 11 Hodou laChém :
Lémaké Mitsrayim bivkhoréihém,
Vayotsé Yisrael mittokham ki léôlam 'hassdo
Et Il a frappé l'Egypte dans ses premiers-nés,
et il a fait sortir Israël du milieu d'eux car son amour est éternel.
Ce psaume est appelé le grand Hallél. Les Sages qui connaissent
les secrets des lettres et des chiffres dans la Torah nous expliquent que
ce psaume est composé de 26 versets comme le chiffre du Nom Hachémpar
lequel D.ieu a expliqué à Moché qu'Il ferait sortir
le peuple d'Egypte (lire ici Chémote, chapitre 3) et qu'Il vaincrait
tous les puissants d'Egypte.
Il est appelé aussi le psaume de Ra'hamim, la miséricorde
qui est inébranlable depuis la création du monde et pour
toujours, une bonté qui est patiente et améliore sans
cesse, donnant toujours plus à chaque étape comme le font
ceux qui aiment vraiment.
Et celle qui est aimé (Israël, pensez au déroulement
du Cantique des Cantiques), même si les épreuves continuent,
ne voit que l'amour de son bien-aimé dont elle ne doute pas. Ainsi,
de versets en versets dans ce psaume que nous lisons. Et, ainsi, chaque
épreuve et chaque étape, et chaque don sont des assurances
inébranlables sur le bonheur futur total (lisez en ce sens le
Cantique des Cantiques que l'on lira pendant le Chabbate de la semaine
de Péssa'h).
La lune est évoquée, quelques versets plus haut que celui-ci,
car elle est l'image de la femme et d'Israël, toujours en modification
et souvent réduites, mais cela est ânava et non humiliation,
et D.ieu aime l'humilité comme la plus grande qualité humaine,
nous l'avons vu.
Dans ce contexte, nous arrivons à notre verset qui relie l'extermination
de tous les premiers-nés d'Egypte et la sortie d'Israël de
l'intérieur d'eux. Suivons le commentaire du 'Hida, tiré de Sim'hate
haréguél.
Nous savons comment étudier, par de multiples exemples
sur les
parachiyotes : il faut d'abord bien regarder la structure précise
de la phrase : Israël est nommé, "les fils du D.ieu vivant, béné El
'Haï "; et c'est en correspondance de cela que tous leurs fils
premiers-nés sans exception sont tués. Qu'est-ce que cela
veut dire ?
1. Un premier enseignement capital.
D'abord, c'est pour nous enseigner que tous les peuples de la terre,
et même les réchaîm les mauvais qui se comporteraient à notre égard comme des bêtes, dit le 'Hida, sont appelés
fils de D.ieu. (Seuls ceux qui n'entrent pas dans le sérieux de
l'étude juive auraient simplifié en disant : nous sommes
les bons et les autres sont les mauvais. Et beaucoup, également,
auraient été choqués d'une telle dichotomie. On voit
ensuite, sur une lecture erronée, ce que des ignorants antisémites
peuvent dire de mal de la Torah qu'ils ne savent même pas lire, car
ils n'ont pas reçu la tradition, et croient proposer alors des messages
d'amour, prétendument opposés à ce qu'ils appellent
"la crainte" de la Torah).
Cela nous dit que D.ieu a fit un seul Adam, une seule création
et tous sont Ses enfants. Mais le mal fait à Ses fils (qu'Il a choisi
pour une tâche particulière de bénédiction)
par l'excès de l'esclavage entraine ipso facto la destruction des
fils des persécuteurs, en symétrie ;
cela devrait leur ouvrir les yeux sur le plan de D.ieu,
sur l'amour qu'Il
porte à Son peuple choisi et à tous.
Au lieu de cela, d'âge en âge comme dit la Haggadah, combien
ont cru honorer D.ieu en exterminant ses fils juifs et en les exterminant
sur des bûchers.
2e enseignement dans ce seul verset.
L'Egypte est le niveau le plus élevé de tous les peuples
non seulement sur la terre mais aussi dans les cieux. Voilà pourquoi
le Pharaon, Roche haSsarim, Premier des ministres de D.ieu, était
entouré de sages, devins, sorciers car ils avaient de grandes connaissances
sur les forces qui gouvernent le monde et sur les astres.
Ce point positif est encore un signe de l'amour qu'il porte à tous
les hommes et qu'Il nous porte.
Car, malgré cela, quand les meilleurs des hommes profitent de leur
génie pour nous persécuter, ils ne sont plus rien quand D.ieu
intervient pour Ses enfants. C'est le sens de "Il a frappé l'Egypte
dans ses premiers-nés" pour nous sauver du Prince de tous
les princes.
Et cela est signe "qu'Il a pour nous un amour éternel", ki
léôlam 'hassdo.
3. enseignement dans ce seul verset.
Vayotsé Yisrael mittokham
"
et il a fait sortir Israël du milieu d'eux".
Ils étaient tellement entrés dans cet univers (comme tous
les juifs quand ils s'assimilent à une culture où ils essayent
d'être autant et plus français que les français, américains
que les américains, etc. au point que "on les voit partout", Yossef
devient le premier ministre, Moché est élevé à
la Cour) qu'ils avaient absorbé toute la toumea de cette
culture que nous avons décrite plus haut, ché hayou bétokh
ha toumea chél Mystrayim. (Là aussi les juifs veulent
s'intégrer et surtout prouver leur intégration).
C'est en ce sens que la Haggadah dit : nos ancêtres étaient
idolâtres, et ce n'est pas pour nous parler de l'histoire passée
mais c'est, pédagogiquement, pour nous faire analyser nos intégrations
dans le mauvais sens. Le 'Hida dit : "de même que les autres étaient
idolâtres, af éllou ôvdé âvoda zara
(Mékhilta, paracha Béchala'h) eux mêmes étaient
idolâtres. Et ils étaient presque devenus impurs jusqu'à
l'extrême des 50 degrés (Zohar 'Hadache, paracha Béchala'h).
Mais que s'est-il passé pour que cela ne se termine pas tragiquement
sur une telle pente fatale ? Ce que nous avons dit ci-dessus : à
la fois l'excès de l'oppression que Le Miséricordieux n'a
pas supporté et le fait que nous soyions Ses fils choisis et bien-aimés
de façon éternelle ki léôlam 'hassdo.
Et l'excès de Sa colère fut à la mesure de Son excès
d'amour, exactement comme des parents réagiraient envers quelqu'un
qu'ils verraient en train de torturer leurs enfants jusqu'à les
faire mourir de souffrances.
C'est tout cela qui est contenu dans l'expression mitokham,
exactement "à l'intérieur d'eux" (comme assimilés,
comme participant à leur impureté, comme devenus des jouets
à détruire pour eux).
4e enseignement dans ce seul verset.
Donc, si cela s'est produit dans ces conditions extrêmes, tant
défavorables, alors combien a fortiori (qal va'homér)
cela se produira t-il pour nous sauver de tous les exils suivants, d'autant
plus que nous avons le soutien interne de la Torah et des mitsvotes qu'ils
n'avaient pas alors (chékén yéche banou tora ou
mitsvote).
5e enseignement dans ce seul verset.
Aussi nous n'oublions pas tout cet amour : 'héssed.
Note personnelle - Ces enseignements arrivant ainsi jusqu'à vous,
imaginez -et cela est exact-, que ces Sages sont à votre table et
y commentent pour vous la Torah. C'est bien pour cela qu'on nomme dans
la Haggadah ces Sages qui parlaient toute la nuit de cela, et que le prophète
Elie est dit nous accorder sa présence ce soir.
N'est-ce pas merveilleux tout ce qu'ils nous découvrent sur
seulement quelques mots de la Torah ? N'est-ce pas prodigieux ce dispositif
pédagogique qu'ils ont mis à notre disposition dans la
Haggadah ? Messager, facteur, je suis vraiment heureux de vous apporter
leur lettre, si importante. Et d'entendre parfois que vous l'avez ouverte
et lue. A votre tour, faites-la connaître à d'autres, comme
je le fais, comme d'autres l'ont fait pour moi. C'est cela la chaîne
de la tradition. Il est interdit d'étudier sans transmettre à son
tour. Passerez-vous cette lettre aux autres ? Il ne s'agit pas
d'Internet, ni de hobbie. La direz-vous à d'autres, puisque c'est
le sens de Pé-sa'h (la bouche parle) et de la haggadah
(la parole dite) ?
Vraiment, je vous pose la question. Informez-moi de ce que vous avez
pu en faire. Merci d'avance.
(Téhila : avez-vous enlevé tout le 'haméts,
dehors et dedans ?)
Sortir de cette Egypte intérieure
Ce fragment de miniature est accompagné du texte : Bétséte
Yisrael mimmitsrayim (en sortant d'Egypte) ; il nous montre bien que
nos ancêtres au Moyen-Âge percevaient tout ce qui vient d'être
dit :
les hébreux qui sortent ne sont pas des esclaves nus épuisés
dans des camps de concentration et de travail forcé, mais ce sont
en grande majorité des citoyens qui ne se différencient guère
des Egyptiens, qui ont le même statut culturel et qui vont devoir
lâcher tout cela ; mais ils sont encore totalement imprégnés.
C'est bien pour cela que les Egyptiens leur ont prêté sans
crainte leur vaisselle d'or et d'argent car on ne prête pas ces ustensiles
précieux à des travailleurs immigrés sans le sou qui
vont franchir la frontière et dire qu'ils reviendront plus tard.
De même, il est écrit qu'ils avaient des bijoux précieux
qu'ils purent offrir pour le sanctuaire.
Nous devons donc nous interroger sur ce qui a fait, pourtant,
qu'ils
parvinrent à sortir, alors que, de nos jours, où nous
avons vécu en Europe les périls de la Shoa et le miracle
d'Israël, seule une minorité du peuple est sortie géographiquement
de l'exil. Et, de même que les hébreux ont eu besoin de plus
de 40 ans pour ne plus être rappelés vers l'arrière,
ne nous étonnons pas de nos confusions constantes.
Nos Sages analysent les textes qui parlent de la dynamique de cette
sortie et ils disent (Chir haChirim Rabah 4, 25) que, dans cet état
d'assimilation intérieure qui était un véritable esclavage
culturel jusqu'à l'idolâtrie, ils avaient su préserver
4 choses :
ne pas abandonner leur langue hébraïque (ce
qui n'est pas le
cas dans la civilisation actuelle),
ne pas changer leurs noms, de manière à constituer un groupe
délimité qui se reconnaissait et qui était reliés
à ses filiations,
ne pas pratiquer les unions sexuelles interdites,
ne pas pratiquer la médisance entre eux et il n'y en n'avait pas
un seul qui disait du mal d'un autre auprès des Egyptiens.
Deux points essentiels
Aujourd'hui, nous sommes loin, chacun et tous ensemble, de
ces qualités.
Combien de fois, ne serait-ce que dans la presse nationale etmondiale,
des juifs particuliers, intellectuels ou responsables attaquent d'autres
ou les organismes qui les représentent nationalement ou internationalement.
Ne donnons-nous jamais le spectacle des conflits excessifs dans les
communautés, dans les familles ou sur les lieux du travail ?
Les élections approchent en Israël.
NOUS AVONS L'OBLIGATION D'Y NEUTRALISER LE 'HAMÉTS DE TOUTE
MANIPULATION HAINEUSE QUI COMMENCE À S'Y METTRE EN MOUVEMENT,
DE QUEL QUE CÔTÉ QUE CELA VIENNE.
SOUVENONS-NOUS DE CES DEUX POINTS :
- IL N'Y A PAS DE GUÉOULA, DE SALUT ET LIBÉRATION, SANS UNITÉ : éïne guéoula béli
a'hdoute.
- LE TEMPLE A ÉTÉ DÉTRUIT PAR LA MÉDISANCE
ET
LA HAINE GRATUITE. Cela ne sert que nos destructeurs, qui existent.
Si tout cela nous est dit, ce n'est pas comme quelques règles
morales floues, mais parce que l'analyse a été réalisée
avec précision par nos Sages. Ils en ont conclu que, sans ces
qualités, il n'est PAS de salut pour le peuple, même quand
la bonté de D.ieu se manifeste, éternelle et constante
Il ne nous est pas possible de faire l'impasse sur ces messages.
Une demande :
soyons DONC TOUS ensemble pendant ce Sédér
et ayez la bonté de demander quelques bénédictions
pour votre serviteur et pour ses proches.
Maintenant, j'ai enlevé tout les 'haméts
alors, envoie-nous Ta guéoula
Qui est le 'Hida qui est venu partager
notre table
du Sédér et nous faire part de son enseignement ?
Le 'Hida, ce sont les initiales de 'Hayim Yosséf David
Azoulaï
(1724-1806) ; il est sépharade et naquit à Jérusalem.
Il était l'arrière petit-fils de Ribbi Avraham Azoulaï
de Féz (1570-1643) qui vint à
'Hévrone (Hébron).
Il étudia auprès de Ribbi 'Hayim ben Âttar, exceptionnel
commentateur de la Torah, enterré au Mont des Oliviers, Har hazéïtim où sa tombe est un lieu très fréquenté
de pélerinage.
Sa personnalité est très particulière et brillante
en de nombreux domaines. Il fut, au même titre,
- le grand talmid 'hakham de sa génération, estimé
et vénéré par tous,
- commentateur brillant et prolifique de nos sources,
- responsable communautaire et impliqué dans les affaires locales,
- caballiste,
- posséq reconnu, décideur dans la halakha,
- bibliophile,
- quêteur dans le monde pour les communautés de la terre
d'Israël et la Yéchiva de 'Hévrone (Hébron),
- grand voyageur, enquêteur sur les communautés de la
dispersion et sur le monde non juif, anthropologue sur les coutumes juives
dans les diverses communautés autour du bassin méditerranéen,
et écrivain sur ses voyages. Son passage dans la communauté
de Tunis et à la cour de Versailles sont restés célèbres.
Ses livres les plus connus sont Birkhé Yosséf (qui
est un commentaire sur le Choulkhane Âroukh de Ribbi Yosséf
Caro), ses enquêtes de voyages (Zikhrone maâssiyote vé nissim),
son répertoire des noms de sages (Chém haguédolim),
son commentaire des psaumes (Téhilote Yosséf) qui
est l'objet de notre méditation continue. Il est l'un de ceux qui
sont la source vivante de l'esprit des commentaires que l'on trouve sur
le site Modia
Il est enterré à Jérusalem. Âlav hachalom,
que la paix soit sur lui. Zatsal, que le souvenir du tsaddiq soit
bénédiction.
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