Ici, comprendre le sens de la période du Ômér

par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour - modia.org



Attention !
Ne pas manquer et demandez à votre rabbin local les dates exactes !!!!!
On commence à compter le ômer le soir après le premier jour de Pessa'h,
DONC LE SOIR DU 26 mars 2013 nous entrons dans le 1e jour du Omer
qui dure tout le 27 jusqu'à la tombée de la nuit
et continuons ainsi jusqu'à la fête de Chavouôte - chaque soir (ici précisions)

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Ici lien pour savoir comment dire la bénédiction chaque soir et réussir à en faire un développement personnel.

Plan


Le sens de la période du Ômér
"Ce mois sera pour vous le premier des mois de l'année" (Chémote, Exode 12, 2).
De là, nos Sages tirent que Pessa'h et la période qui suit (celle du compte du ômér Pessa'h vimé séfirate haômér) sont la source de tous les mois de l'année (hém choréche lé khol yémote hachana)et, comme le courant ira pendant ces jours et comme on s'y comportera (ouvadérékh ché holékh ba hém) ainsi iront tous les jours de l'année (ba molikhim oto khol yémot ha chana). 
D'où l'importance capitale de cette période.
Ceux qui connaissent les orientations précises des prières disent que l'intention qui concerne ce compte du ômer précède toutes les autres intentions sur toutes les autres mitsvotes pendant cette période (Naâr ha chalom 33,a).

Et l'intention principale à développer est celle d'améliorer l'amour (ahava), la fraternité (a'hva), le sens de la bonne relation (réoute) de l'homme envers son proche (ich el rééou). Et spécialement la bonne appréciation, la bienveillance entre tous les membres du peuple juif, entre tous ceux qui vivent dans la Torah et l'étudient, donner de la considération (latéte kavod), se comporter (linehog) en accordant de l'honneur (kavod) l'un envers l'autre (zé la zé), de s'éloigner des disputes (léhitra'heq min ha ma'hloqéte), de la haine (sina), de la jalousie (qina).

Et de travailler intensément tout cela jusqu'au 33e jour, lag ba ômer, période de base où ces dynamiques négatives sont particulièrement menaçantes et graves dans leurs conséquences. Car les forces négatives puisent leur dynamisme à l'intérieur des forces positives, secret important à connaître!
Ceux qui penseraient qu'on est là dans des niveaux très simplistes de morale populaire et qui aspireraient à un judaïsme plus cérébral et s'imagineraient pouvoir le trouver dans une qabale ésotérique, je leur remets immédiatement les idées en place car ces termes de base que j'ai cités sont ceux des grands de la qabale elle-même (Ari, zal, Chaar ha cavanotes, 87a). Donc, il est sage de rester à notre niveau et de ne pas nous égarer vers ce qui nous dépasse et serait folie pour nous. Car ces plus grands que nous ne sommes pas, aucun de nous, ne parlent que de ces qualités (middotes) de base pour le travail à réaliser pendant le Ômér dans notre coeur. CELA EST CLAIR.
Pour réaliser ce travail personnel jour par jour, voir la page qui y est consacrée: lien ici.

Pourquoi ?
La libération de ce que représentait Mistrayim, Egypte ; (angoisse, esclavage volontaire, perte de l'identité, assimilation à d'autres cultures et à d'autres dieux, glissement progressif vers la destruction) s'est faite par don gratuit de Hachém pendant le jour de Pessa'h ; mais, ces forces négatives se ravivent et augmentent immédiatement leur prise si un travail personnel n'est pas entrepris sur soi-même.
De plus, nous dit le Zohar, nous avons été sauvé d'Egypte par l'intervention d'un homme Moché et non pas par notre conscience de la Torah. Il faudra bien qu'un jour, c'est par la Torah que nous sortirons tous personnellement et ensemble de nos esclavages. Cette libération-là sera la dernière, dit le Zohar.
Il nous faut donc faire ce passage, chacun de nous, de notre nature d'esclaves à la qualité personnelle où nous serons proches de la Torah. C'est notre tâche depuis le soir même de Pessa'h.



Quel travail personnel réaliser sur soi-même pendant le Ômér ?
La tradition nous enseigne que
 
  • ce processus personnel de libération doit être fait préalablement pour que nous soyions capables de recevoir la Torah pendant la fête de Chavouôte.
  • ce processus personnel de libération doit être fait systématiquement et progressivement sur chaque dimension de nos tendances (middotes). Voilà pourquoi chaque semaine est consacrée au travail sur l'une de ces middotes (d'abord la bonté, puis la force, puis la beauté, puis l'expansion et la sexualité, etc...) ; chaque semaine est consacrée ainsi à un travail particulier, mais également chaque jour à l'intérieur de chaque semaine.
  • on peut se reporter au Tomar Dévora, Palmier de Dévora, de Rabbi Moché Cordovéro, pour comprendre et accomplir ce travail qui est à la fois spirituel, moral et psychologique. Chaque semaine est consacrée à un travail particulier, mais également chaque jour de chaque semaine. Nous le suivrons comme manuel de développement personnel jusqu'à Chavouôte. Note - Ribbi Moché ben Yaâqov Cordovéro (1522-1570), élève de Rabbénou Yosséf Caro, Marane, et de Ribbi Chlomo Alkabéts auteur du Lékha Dodi fut le maître de Ribbi Yits'haq Louria, le Ari. Ses livres les plus connus sont Pardés Rimonim (livre très spécialisé de cabale), Or Néêrav (plaidoyer logique pour la cabale) et Tomer Dévora (livre de moussar, morale du comportement pour l'ensemble du public, fondé sur la compréhension de toute la Torah jusqu'aux niveaux les plus intimes et les plus élevés mais traduits en modéles clairs et simples de comportement interne et externe pour tout le peuple). 
  • ce processus de perfectionnement doit se dérouler lentement, sur 49 jours. La libération de Pessa'h elle, devait être soudaine, comme toute décision peut être l'aboutissement d'une longue réflexion mais, finalement, la décision est soudaine (bé'hipazone). Tous ceux qui ont répondu à la logique juive de la montée en Israël (âlia) connaissent ces deux étapes de mûrissement lent et de décision. Et, à l'heure où la décision est possible et où seule la décision de liberté est en jeu, si l'homme ne fait pas le choix, comme pour la sortie d'Egypte, il a perdu alors le "temps favorable, êt ratsone" que Hachém lui donnait (davar tov béîto). Il avait reçu le don gratuit de la lumière progressive et, finalement, il a dit "non", pour mille motifs valables qu'ont également ceux qui font le choix différent. La fête de Pessa'h était marquée par ce "bé'hipazone" (en hâte) mais le Ômér qui suit est marqué par le travail progressif, lent et systématique. Nos Sages disent qu'il est "impossible" (i éfchar) d'annuler la prise des forces négatives (lévattél a'hizate ha 'hitsonim) si ce n'est que très lentement (raq léate léate).
    Donc c'est une erreur, celle des nouveaux qui reviennent au judaïsme et se déguiseraient en sage achevé comme si cela était possible pour l'être effectivement.
    C'est pourquoi nous aurons à travailler chaque jour à la correction et à la purification  d'un point particulier et non pas de l'ensemble. Mais, ce jour-là, nous serons aidés par ce que nous enseigne la tradition concernant le point particulier qui est concerné par ce jour précis. En effet, de même que les dynamiques d'un jour de la semaine et celles du jour du Chabbate sont différentes, de même chaque jour juif a ses caractéristiques, ses forces positives ou négatives.
     
    Mais
    - 1) tous les efforts devront être insérés dans ce qui est l'essentiel et la première dynamique dans le judaïsme : la bonté, 'hésséd. Voilà pourquoi la première semaine y sera consacrée. 
    - 2) Il faudra, précisément veiller pendant tout le Ômér, à corriger et à améliorer dans chacune de nos relations  ce qui concerne l'amour (ahava), la fraternité (a'hva), la bonne compagnie et camaraderie (réoute) et particulièrement dans la communauté (qéhila) avec ceux  qui vivent avec nous dans l'étude et la prière. 
    - 3) Il faut aussi être concient de toute faute en ces domaines, la reconnaître, l'avouer et la corriger avec précision dans le concret. 
    - 4) Enfin, il faut axer l'étude de la Torah sur les textes qui traitent de ces dimensions. 
    - 5) Il faudra agir sur ces quatre points pour les autres qualités qui caractérisent chacune des sept semaines et chacun des jours différents.
  • Ce travail progressif et fractionné est bien exprimé par le psaume 67 qu'on lit après avoir fait la bénédiction et compté le jour. En effet, après le premier verset, il y a 49 mots et chacun d'eux est la caractéristique d'un de ces 49 jours du ômér. De même, le verset 5 a 49 lettres dont chacune manifeste également laqualité de ce jour. Comme les 7 de ce psaume sont l'expression du chandelier du Temple (la ménora), on imprime ce psaume selon cette forme du chandelier et le verset 5 est alors la branche centrale. Cette ménora est l'homme qui reçoit tout le flux de la bénédiction dans toutes les structures de son être. Chaque jour, une correction (un tiqqoune) se fera alors au niveau de ce qui pouvait arrêter ce flux de la bénédiction (séfira) et son investissement complet dans notre être. Nous verrons pas à pas que cela est exprimé, dans le langage technique par un travail précis sur chaque partie de séfira (étape de descente de la bénédiction) incluse dans chaque séfira du jour ; ceux qui ont étudié cette partie de la Torah comprennent. Nous le comprendrons mieux par la suite. Voici le dessin de cette ménora.

Pour être sensibles à l'union avec tous dans la fête de Péssa'h, cette fois les Séfaradim, je mets le texte de ce psaume en ladino:
1 Al vencedor en tagnares Psalmo de Cantico. 2 Eloqim nos apiade y nos bédiga, alumbre sus fazes con nos Selah. 3 Para saber en la tierra tu carrera: en todas gentes tu salvacion. 4 Loartehan pueblos Eloqim, loartehan pueblos todos ellos. 5 Alegrarsehan, y cantaran naciones: por que juzgaras pueblos con derechedad, y naciones en la tierra los guiaràs, Selah. 6 Loartehà pueblos Eloqim, loartehan pueblos todos ellos. 7 Tierra darà su hermollo: bendezirnosha Eloqim nuestro Dio 8 Bendezirnosha Eloqim y temeran del todos fines de tierra.

Et voici maintenant avec les Juifs d'Iran, en farsi et hébreu, puisqu'ils sont sont au coeur du cyclone pour être avec eux (sidour iranien):



Rabbénou Bé'hayé, dans son commentaire de la paracha Tazriâ-Métsorâ (lien) insiste sur ces deux dimensions : le temps propice, et l'ordre systématique de la purification.
Nous le savons depuis Pessa'h : Hachém nous a révélé le "sédér" (ordre, dans le sens de ordonnancement), ordre des choses qui nous concernent, l'ordre de ce qui concerne le juif, l'ordre de son développement personnel.
La période du Ômér n'est donc pas seulement la continuation de la joie de Pessa'h, elle est aussi un gymnastique rigoureuse, une pédagogie, une psychagogie (pilotage psychologique).

La priorité qui résume tout : l'amour

L'ensemble de tout ce travail de mise en ordre se résume dans l'importance qu'il faut accorder à l'amour (ahava), à la fraternité (a'hva) de chacun envers les autres. 
En particulier, il nous est prescrit d'être vigilant sur toutes les querelles qui existent dans le peuple de la Torah et qui doivent être jaugées à la mesure de cet amour.
L'exemple des dissensions qui eurent lieu parmi les disciples de Ribbi Âqiba qui en moururent nous est rappelé avec intensité, au point que nous devons vivre les 32 premiers jours de l'ômer dans un souvenir de deuil pour cette catastrophe (étudier la page 62 b du traité Yébamote). Le 33e jour, l'épidémie mortelle physique qui accompagnait l'épidémie mortelle de la dissension, cessa.
En souvenir, et pour en tirer les leçons, on va jusqu'à s'abstenir de fêtes pendant cette période (comme les mariages) ; certains s'abstiennent pendant les 33 premiers jours de l'ômér, d'autres entre le 1e jour du mois de Iyar et le 33e jour de l'ômér ; demander à un rabbin pour tenir compte de ces usages dans la lignée ou dans la communauté auxquelles on appartient.

Comment compter l'Ômér ?

La bénédiction du compte du Ômér, chaque jour

Les règles de base
(Le jour juif va du soir au lendemain soir à la tombée de la nuit).

Il y a une modification dans l'ordre des mots pour les achkénazes et pour les sépharades, mais le compte est, bien entendu, le même). Si on ne connait pas l'hébreu, on le dit dans sa langue habituelle. On ne nomme pas le compte du jour avant d'avoir dit la bénédiction; donc, si quelqu'un vous demande quel compte du Ômér on est aujourd'hui, vous répondrez: "hier, on était le...". Bien vérifier le nombre avant de compter. On dispose de divers calendriers très pratiques et souvent très esthétiques pour cela.

1. On attend la tombée de la nuit pour le dire et on le dit alors même si on n'a pas dit Arvite, mais généralement on le dit à la fin de la prière de Arvite. En communauté, l'officiant le dit d'abord mais ensuite chacun le dit également car c'est une obligation personnelle pour chacun.
2 . On le dit debout mais si on l'a dit assis, on a rempli la mitsva aussi. Les femmes ne le disent pas car elles sont dispensées des mitsvotes liées à une précision du temps. Mais, si elles le désirent, elles peuvent le dire en omettant la bénédiction.
3. Il est souhaitable de le dire avant de prendre le repas du soir.
4. On peut le dire pendant toute la nuit avec la bénédiction. Si on l'a oublié, on pourra encore le dire toute la journée, mais sans la bénédiction. Et les jours suivants on reprendra avec la bénédiction.
4. Cas de quelqu'un qui a oublié de compter un jour. Alors, son compte des 49 jours sera définitivement incomplet, donc il ne pourra plus continuer à compter avec la bénédiction. De même, s'il s'aperçoit qu'hier a fait une erreur dans le nombre. Mais, il se devra de compter quand même chaque jour (sans la bénédiction), de façon à continuer à faire tout le travail d'amélioration nécessaire.
 

Le calendrier de cette année:

On commence à compter le ômer le soir après le premier jour de Pessa'h,
DONC LE SOIR DU 26 MARS 2013 nous entrons dans le 1e jour du Omer

et continuons ainsi jusqu'à la fête de Chavouôte.
chaque soir (ici précisions) .

Le texte et les étapes de la bénédiction
(certains disent auparavant une formule non obligatoire qui oriente le coeur et la: "pour unifier, léchém yi'houd...)
"Baroukh atta Hachém Eloqénou mélékh haôlam, achér qiddéchanou vémitsvotav vétsivanou âl séfirate ha ômér".
ou "Béni est-Tu, Hachém notre D.ieu, Roi du monde, qui nous a sanctifiés par Tes mitsvotes et nous a ordonné au sujet du compte du Ômér". (En hébreu, bien respecter les consonnes doublées, et le vé au lieu de b).

(exemple pour un certain jour:)

- "Hayom, yom é'had laÔmér"
, ou "Aujourd'hui, jour un dans le Ômér".

Ensuite, on dit:
"Ha Ra'hamane, Hou yivné véite ha miqdache véya'hazir ha âvoda liméqomah vimhéra véyaménou. Amén".
ou "Le Miséricordieux, Lui, reconstruira le Temple et il fera revenir ses tâches en leur lieu bientôt de nos jours. Amén".

Enfin: on dit le psaume 67.
Rappel:
En effet, après le premier verset, il y a 49 mots et chacun d'eux est la caractéristique d'un de ces jours du Ômér.
De même, le verset 5 a 49 lettres dont chacune manifeste également la qualité de ce jour.
Puisque les 7 versets de ce psaume sont l'expression du chandelier du Temple, la ménora,


on l'imprime selon cette forme et le verset 5 est alors la branche centrale.

La ménora est l'homme qui reçoit tout le flux de la bénédiction dans toutes les structures de son être. Chaque jour, une correction (un tiqqoune) se fait au niveau de ce qui pouvait arrêter ce flux de la bénédiction en une dimension précise de nous-même, et son investissement complet dans notre être. Cela est exprimé, dans le langage technique par un travail précis sur chaque partie de séfira incluse dans chaque séfira ; ceux qui ont étudié cette partie de la Torah comprennent. Voici un dessin de cette ménora écrite avec le psaume. Chaque artiste juif ou scribe (sofér) aime composer son propre dessin de "sa" ménora.

Pour que vous puissiez situer chaque jour le mot et la lettre qui y correspondent, d'après les indications données plus haut, j'ai placé un numéro près de chaque mot:


Traduction du psaume 67 (en gras, le mot et la lettre à dire à la tombée de la nuit, début du jour juif):



verset
1. La ménatséa'h binéguinote mizmor chir.

    Au chef du choeur des chantres (au victorieux), sur les instruments à cordes, cantique, chant.

verset 2. 1Eloqim 2yé'hannénou 3vivarkhénou 4yaér 5panav 6itanou 7séla.
    1D.ieu 2nous prendra en grâce 3et nous bénira ! 4Qu'il illumine 5Son visage 6sur nous, 7éternellement.




verset 3. 8Ladaâte 9baaréts 10darkékha 11békhol 12goyim 13yéchouâtékha.

    8Pour connaître 9sur la terre 10Tes voies, 11dans tous les 12 peuples 13Ton salut.

verset 4. 14Yodoukha 15âmim 16Eloqim, 17yodoukha 18âmim 19koulam.
    14Ils Te loueront 15les peuples, 16D.ieu, 17ils Te loueront 18les peuples, 19tous.



1 verset 5. Yismé'hou virannénou léoumim ki-tichpote âmim michor ouléoumim baaréts téna'hem séla.

    Ils se réjouiront et jubileront les peuples car Tu jugeras droitement, et les nations sur la terre Tu verras avec bonté éternellement.



verset 6. Yodoukha âmim Eloqim, yodoukha âmim koulam.

    Ils Te loueront les peuples, D.ieu, ils Te loueront les peuples, tous.

verset 7. Eréts naténa yévoula yévarkhénou Eloqim Eloqénou.
    La terre a donné sa moisson et Il nous bénira Eloqim notre D.ieu.

verset 8. Yévarkhénou Eloqim véyireou oto kol-afsé-49aréts.
    Il nous bénira Eloqim et elles Le vénèreront toutes les extrémités de la 49terre.

50 Fête de Chavouôte

 


Ensuite,
La prière Anna békhoa'h
Oh ! par ta force...

(traduction par l'auteur du site Modia,
Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour. © Copyright)

Cette prière-poème est lue aussi chaque matin dans la prière des séfarades
et, par tous, pendant la période du Ômér

Cette prière est attribuée à Ribbi Né'houniya ben Haqana (fin du 1e siècle).
Il est sûr que la place de Ribbi Né'houniya ben Haqana est éminente car son élève, Ribbi Yichmaël nous a transmis en son nom les 13 règles d'interprétations que nous lisons également dans la prière du matin et dont il est dit que c'est le seul passage de la Michna sur lequel il n'y a jamais eu de discordance dans les interprétations.

Cette prière est composée de 7 versets de 6 mots. Les initiales de chaque mot dans un verset forment un mot supplémentaire qui a des sens élevés par rapport aux appellations de D.ieu.
On arrive ainsi à la somme de 7 x 7 =  49 mots, ce qui correspond aux 49 jours qui séparent la fête de Péssa'h de celle de Chavouôte (comme le psaume 67). Aussi, ces deux textes sont utilisés pour scander la marche d'amélioration de soi qui doit se faire chaque jour entre ces deux fêtes : un mot sera utilisé chaque jour et il sera mis en relation avec le travail à effectuer, que nous décrivons par l'intermédiaire du livre de moussar, morale, Tomér Dévora.

Voici une traduction de cette prière que nous avons réalisée. Elle s'ajoute à nos autres traductions. La traduction de chacun des 6 mots hébraïques dans l'une des 7 lignes  est séparée par un /.
 

  • Oh ! je T'en prie / par la force / de la bonté / de Ta droite / délivre / ce qui est empaqueté et ficelé.
  • Reçois / la supplication / de Ton peuple / protège-nous / purifie-nous / Redoutable !
  • Veuille / Puissant / ceux qui désirent / Ton unité / comme la prunelle des yeux / les conserver.
  • Bénis-les / purifie-les / mets-les dans Ta miséricorde / Ta juste bonté / toujours / comble-les en.
  • Inébranlable / Saint / dans l'immensité / de Ta bonté / conduis / ce peuple qui est Ta part.
  • Unique / glorifié / vers Ton peuple / tourne-Toi / eux qui font mémoire / de Ta sainteté.
  • Nos supplications / reçois-les / et écoute / nos cris / Toi qui connais / les mystères des êtres.

(Béni soit le Nom glorieux de Sa royauté à jamais et pour toujours).

Il n'est pas de notre niveau ni de ce lieu de commenter les allusions que chacun de ces mots évoque, dans l'hébreu. Ceux qui savent, comme on nomme les Sages qui ont reçu par l'étude venant en son temps la tradition la plus profonde, disent que cette prière de 42 noms contient de multiples secrets et une grande puissance qui permet à l'homme de s'élever. C'est pour cela que le qaddiche est bâti sur cette même structure de 6x7 car il a la force d'assurer également la montée de celui qui le dit, de la communauté et de l'âme du défunt.

Précaution
Cependant, ferait erreur celui qui verrait le judaïsme avancé comme un ésotérisme. En effet, dans le judaïsme, les niveaux des secrets sont exactement en correspondance avec la structure du concret et avec la dynamique de la prière et des actes moraux les plus quotidiens. C'est une structure globale, holistique, qui est inséparable. On ne peut pas être soit un spécialiste de la halakha ou de l'interprétation, ou du moussar (morale), ou... ou. Mais les maîtres véritables et complets sont toujours et... et... et ils ont écrit simultanément en ces différentes branches du savoir.

La synthèse des secrets
Ainsi, il nous est rapporté 2 enseignements très quotidiens de Ribbi Né'houniya ben Haqana :
1. Dans le Traité Méguila 28 a, les élèves de Ribbi Né'houniya ben Haqana lui ont demandé le secret de ce qui lui a permis d'atteindre une telle vieillesse (bamé héérakhta yamim). Il leur a répondu (et à nous) par ses trois secrets :
1a. de toute ma vie mimaï, je n'ai jamais accepté un honneur ou une promotion sur le dos d'un autre lo nitkavadti véqalone 'havéraï, à l'exemple de Rav Houna qui portait un lourd instrument sur l'épaule et Rav 'Hana a voulu le lui porter pour le soulager ; alors Rav Houna lui a dit : "si tu as l'habitude de porter ainsi en public, je veux bien" mais sinon je ne veux pas (car cela t'humilierait). C'est donc une extrême délicatesse qui porte attention à l'honneur de l'autre.
1b. jamais je n'ai proféré dans le secret de malédictions contre des collégues, lo âleta âl mitati qélalate 'havéraï ; cela, à l'exemple de Mar Zoutra qui disait avant de s'endormir : chéri lé lékhol mane détsaârén "je pardonne à tout homme qui m'a causé des tracas".
1c. j'ai su renoncer à mon argent, vatrane bémamouni hayiti, comme un Sage nous a enseigné que Job savait l'être ; ainsi, quand il achetait et qu'on lui rendait la monnaie, il en laissait toujours une part sur place.

2. On comprend que les Pirqé Avote (Principes des Pères) nous disent :
Ribbi Né'houniya ben Haqana disait que celui qui s'engage à porter vraiment le joug de ce que demande la Torah (kol hamméqabbél palav ôl Tora)
n'a pas besoin de juger des choses selon les exigences du gouvernement en place (maâvirine mimménou ôl malkhoute) ni des contraintes sociales (véôl dérékh éréts) ;
mais, au contraire, celui qui ne se mène pas selon le joug réel de la Torah, alors il ne lui reste plus qu'à mener sa vie selon le niveau des lois et des contraintes sociales.
Il est évident qu'il ne s'agit pas d'un anarchisme mais, au contraire, de se fonder absolument sur la véritable morale avec laquelle on ne peut pas tricher.

Nous comprenons maintenant 
- pourquoi cette prière de Ribbi Né'houniya ben Haqana nous est proposée quotidiennement pendant le temps du Ômér pour son exigence concrète en même temps que pour son lien à la véritable morale de tout.
- ce que nous rencontrons souvent sur le site Modia, notre Beit Middrache: un aspect du judaïsme (par exemple, ici, cette prière) ne nous révèle son sens que si nous recherchons par l'étude ce qui est autour et nous l'explique. Alors, la Torah abstraite devient vraiment une Torah "de vie".

Je souhaite que cela se réalise pour vous et pour ceux que vous aimez. Amen!

A partir du soir du lendemain de Péssa'h (du premier Péssa'h donc le 3 avril 2007 au soir après la tombée de la nuit), on commence à compter les jours de la première semaine, puis les jours et les sept semaines (lire Vayiqra, 23, 15). Cela est indiqué dans tout siddour et la communauté le dit en semble à l'occasion de la prière du soir (ârbite), c'est la meilleure façon pour apprendre cette pratique et ne pas oublier l'un des jours.

 


Etudier les textes sur le Ômér

Dans la Torah
Lire Vayiqra 23, 4-22. Juste après le texte instaurant la fête de Péssa'h, il est dit ceci : 
"quand nous serez arrivés dans le pays que je vous accorde et que vous y ferez la moisson, 
- vous apporterez un ômér des prémices de votre moisson au cohen...
- vous offrirez un agneau d'un an, sans défaut,
- vous offrirez deux dixièmes de fleur de farine pétrie à l'huile et un quart de h'ine de vin,
- vous compterez chacun depuis le lendemain de la fête 7 semaines qui doivent être entières... 
Lire aussi Chémote 23, 19 : les prémices de ton sol, tu les apporteras dans la maison de Hachém ton Dieu". Cela s'applique à chacun des 7 produits de la terre d'Israël (lisez Dévarim 8, 8).
Lire Vayiqra 2, 14 : "quand tu offriras à Hachém les prémices, c'est en épis grillés au feu, réduits en gruau pur..., tu y ajouteras de l'huile et y mettras de l'encens, c'est une oblation. Le cohen le fera fumer...". A cette occasion, Rachi, selon sa méthode nous apprend que le mot im qui ouvre cete phrase signifie parfois dans la Torah "quand" et non pas "si" et implique donc une obligation ; il donne des exemples qui le prouvent comme dans Bémidbar 36, 4.

Taille du ômér dans la Torah
Ce volume servant à prendre le grain correspond à environ deux litres et demi. Pour certaines mitsvotes, on l'évaluait plus largement. Un "ômér" de manne avait été gardé en souvenir pour les générations ultérieures et le texte précise que c'est le 1/10 de la mesure de l'épha (lisez Chémote 16, 32-36 et ce Rachi y dit sur le verset 36) ; on en déduit tout le système des mesures de volume de l'époque (pour la éfa 25 litres environ, la séa 8 litres, le hine 4 litres, le ômér 2,5 litres, le qav 1,5 litre, le log 1/3 de litre, le reviîte mesure à boire pour le qiddouche 86 cm3, le beitsa ou l'oeuf 57 cm3 et kazayite 28 cm3, ces deux dernières mesures étant la partie de pain à prélever pour manger après la bénédiction).

Dans la Michna
La question du ômér est traitée en détail dans le chapitre 10 des 13 chapitres de la Michna Ména'hote (offrandes) qui est de second traité dans l'ordre intitulé Koddachim.
Cette michna se termine par un enseignement majeur : le fait que l'expression réa'h ni'hoa laChém (une odeur agréable pour Hachém) est utilisée pour des offrandes de taille différentes en Vayiqra 1, 9 et 1, 17 et 2, 2 nous montre que ce n'est pas la quantité qui compte mais le coeur et l'orientation de ce coeur vers le Ciel. 
De là, le texte s'attarde sur ce qui a fait détruire le Temple? Nous savons que la haine gratuite en est une des causes essentielles ainsi que la justice exercée rigoureusement sans souci de compréhension. Inversement nous avons vu dans le commentaire de la Haggadah que les bné Yisrael n'ont été sauvé d'Egypte que parce qu'ils ne pratiquaient pas la médisance (lachone harâ). La michna se termine par le rôle universel du Temple dans l'avenir. Nous avons souvent insisté ainsi sur le rôle bénéfique du Temple pour toutes les nations et sur la nécessité qu'elles nous laissent pratiquer ces rôles bénéfiques pour l'ensemble de l'humanité en paix à Jérusalem, ville de la paix.

Dans le Talmud
Le Traité Pessa'him et le traité Ména'hote abondent en commentaires sur le ômér. En particulier la page 110a de ce dernier traité développe l'importance du lév, coeur, dans les offrandes et sacrifices par de magnifiques allusions de l'hébreu qu'il est difficile de rendre en traduction ; par exemple, dans Kohéléte, l'Ecclésiaste 5, 11 il est dit : 
métouqa chénate haôvéd im-méâte véim- harbé yokhél
qui peut signifier également 
- "doux est le sommeil de l'ouvrier, qu'il mange peu ou beaucoup"
- "doux est le sommeil de celui qui fait un sacrifice, qu'il mange (du sacrifice) peu ou beaucoup".

De même, le talmud prolonge en remarquant que le seul nom de D.ieu (Eloqim) employé dans la Torah quand il s'agit des sacrifices est le nom intime de 4 lettres, révélé pleinement à Moché. C'est donc une relation d'amour. Le montre bien le verset 50, 12 des psaumes montrant que Hachém a besoin de l'intention du coeur à travers le sacrifice mais non pas du sacrifice seul lui-même comme s'il était un moyen de contraindre D.ieu d'agir pour nous puisque nous aurions obéi à Ses ordres de réaliser les sacrifices. Il faut que cela vienne du coeur comme il est dit en Vayiqra 19, 5.

Nous voyons par là que l'ignorance venant d'un manque d'étude, et le fait d'être à son insu influencé par des siècles d'antisémitisme religieux chrétien produisent une vision négative des sacrifices et des offrandes du Temple ; il faut le détecter en soi-même et le corriger. Car on y voit alors quelque chose de primitif et sauvage, païen, formel et extérieur, n'étant pas arrivé à un haut niveau de spiritualité et ne donnant pas la priorité à l'intention sur l'acte. 
Au contraire, une spiritualité réelle se traduit par des actes, comme nous le faisons réellement dans nos actes réels envers ceux que nous aimons, et toute vie sociale est scandée de rites qui formulent le sens et le véhiculent. 
Cette intériorité présente dans l'acte est bien montrée dans le commentaire de la page 104 b de Ména'hote : 
vénéféche ki taqriv qorbane min'ha laChém(si une personne néféche veut présenter une offrande à Hachém... Vayiqra 2,1). Qui apporte seulement une offrande de céréales ? C'est le pauvre et Je le lui considère comme s'il M'apportait son identité même en sacrifice... Et pourquoi y a-t-il cinq préparations différentes indiquées pour cette offrande du pauvre ? C'est comme si un roi disait à un ami pauvre : de ce que tu as (car tu es pauvre), fais moi cinq préparations différentes.

Délicatesse et vérité de la relation heureuse.
C'est là le lieu des améliorations que nous avons à concrétiser chaque jour pendant la période du Ômér, après Ârvite, dès la tombée de la nuit, pendant cette période des 49 jours du Ômér.

Coutumes
Elles sont liées au sens de la période :
- ne pas se couper les cheveux ni la barbe depuis le soir de Pessa'h jusqu'à Chavouôte (coutume ainsi fixée par le Ari zal). Les diverses comunautés ont parfois des durées différentes. Le sens en est que les cheveux et la barbe sont considérés dans la représentation de l'homme juif comme  le symbole de la descente de la bénédiction et la coupure comme l'arrêt de ce flux.
- aller sur la tombe de Ribbi Chimeône bar Yo'haï le 33 Ômér (lag ba Ômér) qui est le jour où il a été nommé rabbin par Ribbi Âqiva et aussi le jour de sa hiloula, sa mort.

Dans le Zohar
Ceux qui ont accès à sa langue pourront étudier sur le sacrifice du Ômer:
III Zohar, 96b à 98a. 188b à 189a

et sur le compte du Ômer:
I Zohar 260b
II Zohar 182b-183b
III Zohar 97a-b
.
Tiqouné Zohar 150b
Zohar HAdash Yitro 39a
Quelques pensées de ces textes pour en donner un goût: "celui qui ne compte pas le omér ne parvient pas à être pur et donc à accéder vraiment à la Torah.
C'est pour cela que celui qui a bien compté pendant les 48 jours doit passer la nuit de Chavouôte dans la Torah.
C'est une mitsva de compter et les jours et les semaines car il y a une force force du mal et une force de la qédoucha liée à chacun d'eux.
Les 7 semaines font allusion aux 7 jours pendant lesquelles la femme se rapproche de la période de fécondité après ses règles qui étaient le signe que le cycle précédent n'avait pas été fécond, comme la période que nous avons passée en Egypte. (Admirons au passage la science de nos ancêtres sur les jours de fécondité que la science moderne vient seulement de découvrir).
etc.



Sens du mot tiqqoune
Le mot "tiqqoune" étant une dynamique et un concept importants dans le judaïsme et particulièrement dans cette période du Ômér, il faut bien en comprendre le sens. 
Il a plusieurs significations reliées :

1. c'est la réparation d'un manque ou d'un défaut, qu'ils soient dans la fabrication ou dans ce qu'est devenu un objet, une personne, une situation. 
C'est le "processus" réparateur, ou bien" l'état" atteint après la réparation. Un traitement en cours est un tiqqoune et, s'il est réussi, il a réalisé le tiqqoune. Cela peut être sur le plan corporel, spirituel, moral, etc.

On parle ainsi de "Tiqqoune hammidote", la réparation qualitative des modes de comportement envers autrui ou dans l'existence en général, pour se rapprocher du modèle qu'est le Créateur qui nous a fait à son image, et qui se manifeste à nous selon ses "middotes" qu'il a révélées à Moché Rabbénou. Il a 13 middotes (Chémote 34, 6-7).

2. C'est la technique de réparation établie par nos Sages et qui consiste dans des programmes précis de textes à étudier, de prières à dire, à des dates ou heures particulières ou dans des circonstances précises, après avoir réalisé des actes précis de purification des intentions (par exemple, miqvé, tsédaqa, viddouï ; bain de purification, bienfaisance, aveu des fautes, etc.). Ainsi,  le Tiqqoune 'hatsote qui se dit la nuit à minuit.

Ces techniques peuvent faire partie d'un mode de vie continu, ou répondre à des besoins spécifiques en cas de crise.
 Il va de soi que cela ne peut être entrepris que sans superstition, dans la émouna (confiance droite), et dans une cohérence avec une vie qui se rectifie sur tous les plans. La première démarche est d'abord de pratiquer les mitsvotes de base ; ensuite, éventuellement, on accède à la 'hassidoute qui atteint ces niveaux ; modifier cet ordre sain des choses est preuve d'errance. Le plus souvent, il est nécessaire de n'utiliser ces techniques qu'avec la supervision d'un véritable Sage qui connait bien ces traditions et qui a une longue expérience des humains. Il faut prendre ses distances vis-à-vis de toute personne qui s'improvise maître en la matière sans avoir reçu la formation par la voie de la tradition reconnue.

3. Un tiqqoune particulier basé également sur des textes composés par les Sages, est le corpus de textes que l'on lit pendant la nuit de certaines fêtes comme le "tiqqoune Chavouôte". La nuit de Chavouôte se passe à étudier en lisant le Tiqqoune léil Chavouôte composé d'un abrégé de chaque chapitre de la Torah, de tout le Tanakh, de la michna, de la guémara, du Zohar et de parties de halakha. Le Chla a particulièrement contribué à développer cette coutume.
La nuit de Hochaâna Rabba se passe à étudier en lisant le Tiqqoune léil Hochaâna Rabba, composé du livre de Dévarim, du traité Idra zota du Zohar et des psaumes. Cette étude ne se passe pas seulement dans la synagogue, mais de nombreux groupes ou particuliers  organisent des nuits d'études, souvent avec des lectures ou conférences adaptées aux publics particuliers par des personnes qui ont étudié davantage.

4. Le "tiqqoune néchama" entre dans ces cadres qui dépassent le niveau du commun. Il s'agit d'améliorer "l'être", non plus seulement dans ses comportements et dans ses attitudes intérieures, mais dans la nature de son âme car il y aurait eu des accidents de parcours, soit dans les vies antérieures, soit dans le processus de purification après la mort, et l'âme aurait besoin de l'aide de prières. Les plus grands mystiques juives parlent de cela. Mais, ici, c'est plus qu'une mise en garde qu'il faut placer ; en effet, qui peut prétendre qu'il vit à ces niveaux de pureté, qu'il a reçu le don divin de voir et de comprendre ces niveaux ? Qui se prononce là-dessus et prétend interpréter ou donner des conseils en ce domaine, organiser les couples selon ses visions des néchamotes est un dangereux charlatan, hormis les rares Sages reconnus comme tels par les plus grands tsaddiqim de la génération.

Le judaïsme qui a une longue expérience millénaire des conduites des hommes met en garde contre les tentatives de s'égarer dans les situations extrêmes. Les fils de Aharone ont péri dans cette voie ; le roi David pensait pouvoir aisément affronter ces voyages avec leurs périls et il a reçu des épreuves qu'il lui fut très difficile de supporter. Et nous n'avons pas ces niveaux. 

Il existe une pathologie de ces expériences, dont parle la littérature 'hassidique et le folklore concernant le "dibbouq".

Cependant, nous participons au "tiqqoune néchama" par la lecture simple des textes ou des psaumes, mais sans chercher à nous représenter ce que nous produisons alors, ni à le calculer.

5. En ce sens, dans la conduite populaire, on parle aussi de "tiqqouné chabbate" (au pluriel) pour désigner la pratique de lire des ensembles de cantiques ou psaumes qui mettent en valeur la beauté du Chabbate, et qui ont été organisés par les caballistes, spécialement le Ari zal.

6. Dans la même ligne, on désigne le "tiqqoune klali". Rabbi Na'hmane de Breslav recommandait de réciter une suite de 10 psaumes qu'il nommé Tiqqoune hakklali, pour la purification de l'âme et du corps, spécialement face aux difficultés sexuelles (psaumes16, 32, 41, 42, 59, 77, 90, 105, 137, 150).

7. On parle aussi de "tiqqoune hallachone" quand une lettre supplémentaire apparait et produit des anomalies dans une forme grammaticale d'un mot de la Torah. Voyez l'analyse de ce phénomène par Rachi dans son commentaire de Béréchite 49, 22 et Chémote 18, 8 et Bamidbar 11, 16 et Isaïe 9, 6 et Job 32, 3. Il y a des raisons très profondes à ces anomalies, qui transmettent souvent des secrets de la Torah ; ou parfois ce sont des formes qui permettent d'éviter une lecture qui porterait préjudice à la dignité de la Torah.

8. On parle alors de "tiqqoune sofrim".
Par sens dérivé, on emploie aussi ce terme de "tiqqoune sofrim" pour toute correction élégante du style ou de la prononciation.
Il désigne aussi une édition imprimée de la Torah sans voyelle qu'utilisent ceux qui écrivent la Torah sur les rouleaux comme modèle (le sofér stam) ou ceux qui apprennent à lire la Torah en public. Il y a maintenant de magnifiques éditions de tiqqouné sofrim en Israël.

9. Last but not least, les Tiqqouné hazzohar sont l'un des livres du Zohar qui, en 70 chapitres commentent uniquement le premier mot de la Torah et décrivent les nombreuses correspondances qui existent entre les lettres ou les versets de la Torah, aux niveaux les plus élevés. Ce livre est écrit en araméen.

10. Une expression courante, qui joue sur tous ses niveaux, mais en revenant sur le plan de l'organisation sociale, par le "tiqqoune haôlam", c'est souvent une décision d'un Sage reconnu par la génération entière qui décide d'une mesure qui change les usages, mais justement parce que cela remet dans le bon ordre des choses. On en parle ainsi pour ce qui vient améliorer les choses dans la paix.

11. Enfin, tout cet ensemble s'insère dans une conception générale, présente dans le judaïsme le plus authentique que le peuple juif, est engagé dans un "tiqqoune" du monde où agissent des forces positives et négatives. La "réparation" a commencé avec les patriarches, elle s'est poursuivie sur le plan familial puis national ; il y a eu des rechutes comme les phases de destruction du Temple ; des groupes situent l'édification de l'Etat d'Israël dans ce contexte (soit pour le valoriser, soit pour le regretter) ; il y a aussi une certitude que le processus de réparation n'échouera pas et qu'il y aura des phases propices au retour au projet divin. On trouve là le concept de téchouva (retour), celui de machia'h (messie) qui est très complexe et est analysé avec précision à la fin du Traité Sanhédrine et par le Rambam.

Les Sages y indiquent qu'il est interdit de chercher des dates pour ces processus car il est écrit explicitement dans la Torah que "aujourd'hui, si vous m'écoutez" tout cela peur se réaliser.

Il y a toujours des individus qui exploitent ces espérances pour abuser des personnes de qualité qui n'ont pas de formation suffisante dans le discernement. C'est tout le problème constant des faux-messies.  A la fois, la réalité du tiqqoune est authentiquement juive, et le processus est très complexe à mobiliser et à descerner. C'est cependant une des  base de la émouna juive ; c'est pour cela que le Rambam l'a introduit dans ces "îqarim", principes de base.

Chacun sait qu'il y a des courants actifs et respectés qui placent ces dynamiques au centre de leur action collective, de leur prière, de leur vocabulaire constant et de leur pensée, tandis que d'autres Sages de la plus haute qualité également  exigent une prudence extrême.

Le tiqqoune doit toujours commencer par les middotes du coeur et du comportement, par la réalisation concrète des mitsvotes, par la conduite de bonne relation humaine (ce dérékh érets précède la Torah disent nos Sages), tandis que le tiqqoune des conceptions sur les âmes, l'éternité, la venue des temps est en position seconde.



Que cela se réalise pour vous et pour ceux que vous aimez. Amen!
Et quand vous direz la bénédiction, seul ou seule, pensez que des milliers sont en train de la dire en même temps que vous, avec vous. Une amélioration globale dans le peuple.

Maintenant reportez-vous ici au travail personnel et psychologique particulier pendant chaque jour de chaque semaine.