La période du Ômér
et notre développement
personnel
par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour
http://www.modia.org/
Attention !
on commence à compter le ômer
après le premier jour de
Pessa'h,
sans exception jusqu'à la fête
de Chavouôte.
chaque
soir (ici précisions) .
©
Conditions
du copyright
Ici lien pour savoir comment dire la bénédiction chaque soir.
Plan
Le sens de la période du Ômér
"Ce mois sera pour vous le
premier des mois de l'année" (Chémote, Exode 12,
2).
De là, nos Sages tirent que Pessa'h et la période
qui suit (celle du compte du ômér Pessa'h vimé
séfirate haômér) sont la source de tous les mois
de l'année (hém choréche lé khol yémote
hachana)et, comme le courant ira pendant ces jours et comme on s'y
comportera (ouvadérékh ché holékh ba hém)
ainsi iront tous les jours de l'année (ba molikhim oto khol
yémot ha chana).
D'où l'importance capitale de cette période.
Ceux qui connaissent les orientations précises
des prières disent que l'intention qui concerne ce compte du ômer
précède toutes les autres intentions sur toutes les autres
mitsvotes pendant cette période (Naâr ha chalom 33,a).
Et l'intention principale à développer est celle d'améliorer
l'amour (ahava), la fraternité (a'hva), le sens de
la bonne relation (réoute) de l'homme envers son proche
(ich el rééou). Et spécialement la bonne appréciation,
la bienveillance entre tous les membres du peuple juif, entre tous ceux
qui vivent dans la Torah et l'étudient, donner de la considération
(latéte kavod), se comporter (linehog) en accordant
de l'honneur (kavod) l'un envers l'autre (zé la zé),
de s'éloigner des disputes (léhitra'heq min ha ma'hloqéte),
de la haine (sina), de la jalousie (qina). Et de travailler
intensément tout cela jusqu'au 33e jour, lag ba ômer, période
de base où ces dynamiques négatives sont particulièrement
menaçantes et graves dans leurs conséquences. Ceux qui penseraient
qu'on est là dans des niveaux très simplistes de morale
populaire et qui aspireraient à un judaïsme plus cérébral
et s'imagineraient pouvoir le trouver dans la qabale ésotérique,
je leur remets immédiatement les idées en place car ces
termes de base que j'ai cités sont ceux des grands de la qabale
elle-même (Ari, zal, Chaar ha cavanotes, 87a). Donc,
il est sage de rester à notre niveau et de ne pas nous égarer
vers ce qui nous dépasse et serait folie pour nous. Car ces plus
grands que nous ne sommes pas, aucun de nous, ne parlent que de ces qualités
(middotes) de base pour le travail à réaliser pendant le
Ômér dans notre coeur. CELA EST CLAIR.
Pour réaliser
ce travail personnel, voir la page qui y est consacrée: lien ici.
Pourquoi ?
La libération de ce que représentait
Mistrayim,
Egypte ; (angoisse, esclavage volontaire, perte de l'identité, assimilation
à d'autres cultures et à d'autres dieux, glissement progressif
vers la destruction) s'est faite par don gratuit de Hachém
pendant le jour de Pessa'h ; mais, ces forces négatives se ravivent
et augmentent immédiatement leur prise si un travail personnel n'est
pas entrepris sur soi-même.
De plus, nous dit le Zohar, nous avons été
sauvé d'Egypte par l'intervention d'un homme Moché
et non pas par notre conscience de la Torah. Il faudra bien qu'un jour,
c'est par la Torah que nous sortirons tous ensemble de nos esclavages.
Cette libération-là sera la dernière, dit le Zohar.
Il nous faut donc faire ce passage, chacun de nous,
de notre nature d'esclaves à la qualité personnelle où
nous serons proches de la Torah. C'est notre tâche depuis le soir
même de Pessa'h.
Quel travail personnel
réaliser sur soi-même pendant le Ômér ?
La tradition nous enseigne que
-
ce processus personnel de libération doit
être fait préalablement pour que nous soyions capables de
recevoir la Torah pendant la fête de Chavouôte.
-
ce processus personnel de libération doit
être fait systématiquement sur chaque dimension de nos tendances
(middotes).
Voilà pourquoi chaque semaine est consacrée au travail sur
l'une de ces middotes (d'abord la bonté, puis la force, puis
la beauté, puis l'expansion et la sexualité, etc...) ; on
peut se reporter au Palmier de Dévorah, de Rabbi Moché Cordovéro,
traduit en français aux Editions Verdier, pour comprendre et accomplir
ce travail qui est à la fois spirituel, moral et psychologique.
Chaque semaine est consacrée à un travail particulier, mais
également chaque jour de chaque semaine.
-
on peut se reporter au Tomar Dévora, Palmier de Dévora,
de Rabbi Moché Cordovéro, pour comprendre et accomplir ce
travail qui est à la fois spirituel, moral et psychologique. Chaque
semaine est consacrée à un travail particulier, mais également
chaque jour de chaque semaine. Nous
le suivrons comme manuel de développement personnel jusqu'à
Chavouôte. Note - Ribbi Moché ben Yaâqov Cordovéro
(1522-1570), élève de Rabbénou Yosséf Caro,
Marane, et de Ribbi Chlomo Alkabéts auteur du Lékha Dodi
fut le maître de Ribbi Yits'haq Louria, le Ari. Ses livres les plus
connus sont Pardés Rimonim (livre très spécialisé
de caballe), Or Néêrav (plaidoyer logique pour la caballe)
et Tomer Dévora (livre de moussar, morale du comportement
pour l'ensemble du public, fondé sur la compréhension de
toute la Torah jusqu'aux niveaux les plus intimes et les plus élevés
mais traduits en modéles clairs et simples de comportement interne
et externe pour tout le peuple).
-
ce processus doit se dérouler lentement, sur
49 jours. La libération de Pessa'h elle, devait être soudaine,
comme toute décision peut être l'aboutissement d'une longue
réflexion mais, finalement, la décision est soudaine (bé'hipazone).
Tous ceux qui ont répondu à la logique juive de la montée
en Israël (âlia) connaissent ces deux étapes de
mûrissement lent et de décision. Et, à l'heure où
la décision est possible et où seule la décision de
liberté est en jeu, si l'homme ne fait pas le choix, comme
pour la sortie d'Egypte, il a perdu alors le "temps favorable" que Hachém
lui donnait (davar tov béîto). Il avait reçu
le don gratuit de la lumière progressive et, finalement, il dit
"non", pour mille motifs valables qu'ont également ceux qui font
le choix différent. La fête de Pessa'h est marquée
par ce "bé'hipazone" (en hâte) mais le Ômér
qui suit est marqué par le travail progressif, lent et systématique.
Nos Sages disent qu'il est "impossible" (i éfchar) d'annuler
la prise des forces négatives (lévattél a'hizate
ha 'hitsonim) si ce n'est que très lentement (raq léate
léate). C'est pourquoi nous aurons à travailler chaque
jour à la correction et à la purification d'un point
particulier et non pas de l'ensemble. Mais, ce jour-là, nous serons
aidés par ce que nous enseigne la tradition concernant le point
particulier qui est concerné par ce jour précis. En effet,
de même que les dynamiques d'un jour de la semaine et celles du jour
du Chabbate sont différentes, de même chaque jour juif a ses
caractéristiques, ses forces positives ou négatives.
Mais
- 1) tous les efforts devront être insérés
dans ce qui est l'essentiel et la première dynamique dans le judaïsme
: la bonté, 'hésséd. Voilà pourquoi
la première semaine y sera consacrée.
- 2) Il faudra, précisément veiller
pendant tout le Ômér, à corriger et à améliorer
dans chacune de nos relations ce qui concerne l'amour (ahava),
la fraternité (a'hva), la bonne compagnie et camaraderie
(réoute) et particulièrement dans la communauté
avec ceux qui vivent avec nous dans l'étude et la prière.
- 3) Il faut aussi être concient de toute
faute en ces domaines, la reconnaître, l'avouer et la corriger avec
précision dans le concret.
- 4) Enfin, il faut axer l'étude de la Torah
sur les textes qui traitent de ces dimensions.
- 5) Il faudra agir sur ces quatre points pour les
autres qualités qui caractérisent chacune des sept semaines
et chacun des jours différents.
|
-
Ce travail progressif et fractionné est bien
exprimé par le psaume 67 qu'on lit après
avoir fait la bénédiction et compté le jour. En effet,
après le premier verset, il y a 49 mots et chacun d'eux est la caractéristique
d'un de ces jours du ômér. De même, le verset 5 a 49
lettres dont chacune manifeste également laqualité de ce
jour. Comme les 7 de ce psaume sont l'expression du chandelier du Temple,
la ménora, on l'imprime selon cette forme et le verset 5
est alors la branche centrale. La ménora est l'homme qui
reçoit tout le flux de la bénédiction dans toutes
les structures de son être. Chaque jour, une correction (un tiqqoune)
se fait au niveau de ce qui pouvait arrêter ce flux de la bénédiction
(séfira)et son investissement complet dans notre être.
Cela est exprimé, dans le langage technique par un travail précis
sur chaque partie de séfira incluse dans chaque séfira
du jour ; ceux qui ont étudié cette partie de la Torah comprennent.
Nous le comprendrons mieux par la suite. Voici le dessin de cette ménora.

Dans l'union avec tous dans la fête de Péssa'h,
je mets le texte en ladino.
1 Al vencedor en tagnares Psalmo de Cantico. 2 Eloqim nos apiade y nos
bédiga, alumbre sus fazes con nos Selah. 3 Para saber en la tierra
tu carrera: en todas gentes tu salvacion. 4 Loartehan pueblos Eloqim,
loartehan pueblos todos ellos. 5 Alegrarsehan, y cantaran naciones:
por que juzgaras pueblos con derechedad, y naciones en la tierra los
guiaràs, Selah. 6 Loartehà pueblos Eloqim, loartehan pueblos
todos ellos. 7 Tierra darà su hermollo: bendezirnosha Eloqim
nuestro Dio 8 Bendezirnosha Eloqim y temeran del todos fines de tierra.
Rabbénou
Bé'hayé, dans son commentaire de la paracha qu'on lit
en ce moment (Tazriâ-Métsorâ)
insiste sur ces deux dimensions : le temps propice, et l'ordre systématique
de la purification.
Nous le savons depuis Pessa'h : Hachém
nous a révélé le "sédér" (ordre,
dans le sens de ordonnancement), ordre des choses qui nous concernent,
l'ordre de ce qui concerne le juif, l'ordre de son développement
personnel.
La période du Ômér n'est donc
pas seulement la continuation de la joie de Pessa'h, elle est aussi un
gymnastique rigoureuse, une pédagogie, une psychagogie (pilotage
psychologique).
La priorité qui résume tout : l'amour
L'ensemble de tout ce travail de mise en ordre se
résume dans l'importance qu'il faut accorder à l'amour (ahava),
à la fraternité (a'hva) de chacun envers les autres.
En particulier, il nous est prescrit d'être
vigilant sur toutes les querelles qui existent dans le peuple de la Torah
et qui doivent être jaugées à la mesure de cet amour.
L'exemple des dissensions qui eurent lieu parmi
les disciples de Ribbi Âqiba qui en moururent nous est rappelé
avec intensité, au point que nous devons vivre les 32 premiers
jours de l'ômer dans un souvenir de deuil pour cette catastrophe
(étudier la page 62 b du traité Yébamote). Le 33e
jour, l'épidémie mortelle physique qui accompagnait l'épidémie
mortelle de la dissension, cessa.
En souvenir, et pour en tirer les leçons,
on va jusqu'à s'abstenir de fêtes pendant cette période
(comme les mariages) ; certains s'abstiennent pendant les 33 premiers jours
de l'ômér, d'autres entre le 1e jour du mois de Iyar et le
33e jour de l'ômér ; demander à un rabbin pour tenir
compte de ces usages dans la lignée ou dans la communauté
auxquelles on appartient.
Comment compter l'Ômér
?
A partir du soir du lendemain de Péssa'h (du premier
Péssa'h donc le jeudi 17 avril 2003 au soir après la tombée
de la nuit), on commence à compter les jours de la première
semaine, puis les jours et les sept semaines (lire Vayiqra, 23, 15). Cela
est indiqué dans tout siddour et la communauté le dit en semble
à l'occasion de la prière du soir (ârbite),
c'est la meilleure façon pour apprendre cette pratique et ne pas
oublier l'un des jours.
Ce compte se fait chaque jour, dès la tombée
de la nuit, après une bénédiction et avant de prendre
toute nourriture. Quand c'est un chabbate, on fait le qiddouche
avant de dire le ômer.
On peut dire le compte avec la bénédiction
pendant toute la nuit. Si on l'a oublié pendant la nuit, on le dit
pendant le jour mais sans bénédiction.
Si on a oublié un jour, le compte n'est
plus valable et on ne pourra plus le dire avec bénédiction.
Cela, pour les motifs importants indiqués plus haut qui, eux-mêmes,
sont liés à ce que nous devons être dans le dessein
de la Torah.
Cela nous montre combien il faut être vigilants pendant ce travail
sur nous-mêmes.
Cette obligation de compter ne concerne que les
hommes car, aux niveaux du "sod" (secrets de la Torah), les femmes
n'ont pas "l'obligation" de compter ces jours car, dit en termes simples,
leur rapport au temps est très différent
de celui de l'homme ; le judaïsme a une réflexion très
profonde sur ces réalités, très éloignée
des projections rapides et faciles que l'on peut faire sur un sujet si
important. L'homme participe plus à l'aspect laborieux et systématique
de la réalisation de la bénédiction et il en remercie
le ciel de ce labeur continu ; la femme est, naturellement, beaucoup plus
proche de l'ordre du plan et de la volonté du créateur, comme
elle le dit dans la bénédiction du matin ; pour cela, c'est
elle qui porte la vie et la fait fructifier.
Etudier les textes sur
le Ômér
Dans la Torah
Lire Vayiqra 23, 4-22. Juste après le texte
instaurant la fête de Péssa'h, il est dit ceci :
"quand nous serez arrivés dans le pays que
je vous accorde et que vous y ferez la moisson,
- vous apporterez un ômér des prémices
de votre moisson au cohen...
- vous offrirez un agneau d'un an, sans défaut,
- vous offrirez deux dixièmes de fleur de
farine pétrie à l'huile et un quart de h'ine de vin,
- vous compterez chacun depuis le lendemain de la
fête 7 semaines qui doivent être entières...
Lire aussi Chémote 23, 19 : les prémices
de ton sol, tu les apporteras dans la maison de Hachém ton
Dieu". Cela s'applique à chacun des 7 produits de la terre d'Israël
(lisez Dévarim 8, 8).
Lire Vayiqra 2, 14 : "quand tu offriras à
Hachém les prémices, c'est en épis grillés
au feu, réduits en gruau pur..., tu y ajouteras de l'huile et y
mettras de l'encens, c'est une oblation. Le cohen le fera fumer...". A
cette occasion, Rachi, selon sa méthode nous apprend que le mot
im
qui ouvre cete phrase signifie parfois dans la Torah "quand" et non pas
"si" et implique donc une obligation ; il donne des exemples qui le prouvent
comme dans Bémidbar 36, 4.
Taille du ômér dans la Torah
Ce volume servant à prendre le grain correspond
à environ deux litres et demi. Pour certaines mitsvotes, on l'évaluait
plus largement. Un "ômér" de manne avait été
gardé en souvenir pour les générations ultérieures
et le texte précise que c'est le 1/10 de la mesure de l'épha
(lisez Chémote 16, 32-36 et ce Rachi y dit sur le verset 36) ; on
en déduit tout le système des mesures de volume de l'époque
(pour la éfa 25 litres environ, la séa 8 litres,
le hine 4 litres, le ômér 2,5 litres, le qav
1,5 litre, le log 1/3 de litre, le reviîte mesure à
boire pour le qiddouche 86 cm3, le beitsa ou l'oeuf 57 cm3
et kazayite 28 cm3, ces deux dernières mesures étant
la partie de pain à prélever pour manger après la
bénédiction).
Dans la Michna
La question du ômér est traitée
en détail dans le chapitre 10 des 13 chapitres de la Michna Ména'hote
(offrandes) qui est de second traité dans l'ordre intitulé
Koddachim.
Cette michna se termine par un enseignement majeur
: le fait que l'expression réa'h ni'hoa laChém (une
odeur agréable pour Hachém) est utilisée pour
des offrandes de taille différentes en Vayiqra 1, 9 et 1, 17 et
2, 2 nous montre que ce n'est pas la quantité qui compte mais le
coeur et l'orientation de ce coeur vers le Ciel.
De là, le texte s'attarde sur ce qui a fait
détruire le Temple ? Nous savons que la haine gratuite en est une
des causes essentielles ainsi que la justice exercée rigoureusement
sans souci de compréhension. Inversement nous avons vu dans le commentaire
de la Haggadah que les bné Yisrael n'ont été
sauvé d'Egypte que parce qu'ils ne pratiquaient pas la médisance
(lachone harâ). La michna se termine par le rôle universel
du Temple dans l'avenir. Nous avons souvent insisté ainsi sur le
rôle bénéfique du Temple pour toutes les nations et
sur la nécessité qu'elles nous laissent pratiquer ces rôles
bénéfiques pour l'ensemble de l'humanité en paix à
Jérusalem, ville de la paix.
Dans le Talmud
Le Traité Pessa'him et le traité
Ména'hote
abondent en commentaires sur le ômér. En particulier la page
110a de ce dernier traité développe
l'importance
du lév, coeur, dans les offrandes et sacrifices par
de magnifiques allusions de l'hébreu qu'il est difficile de rendre
en traduction ; par exemple, dans Kohéléte, l'Ecclésiaste
5, 11 il est dit :
métouqa chénate haôvéd
im-méâte véim- harbé yokhél
qui peut signifier également
- "doux est le sommeil de l'ouvrier, qu'il mange
peu ou beaucoup"
- "doux est le sommeil de celui qui fait un sacrifice,
qu'il mange (du sacrifice) peu ou beaucoup".
De même, le talmud prolonge en remarquant que
le seul nom de D.ieu (Eloqim) employé dans la Torah quand
il s'agit des sacrifices est le nom intime de 4 lettres, révélé
pleinement à Moché. C'est donc une relation d'amour.
Le montre bien le verset 50, 12 des psaumes montrant que Hachém
a besoin de l'intention du coeur à travers le sacrifice mais non
pas du sacrifice seul lui-même comme s'il était un moyen
de contraindre D.ieu d'agir pour nous puisque nous aurions obéi
à Ses ordres de réaliser les sacrifices. Il faut que cela
vienne du coeur comme il est dit en Vayiqra 19, 5.
Nous voyons par là que l'ignorance venant
d'un manque d'étude, et le fait d'être à son insu influencé
par des siècles d'antisémitisme religieux chrétien
produisent une vision négative des sacrifices et des offrandes du
Temple ; il faut le détecter en soi-même et le corriger. Car
on y voit alors quelque chose de primitif et sauvage, païen, formel
et extérieur, n'étant pas arrivé à un haut
niveau de spiritualité et ne donnant pas la priorité à
l'intention sur l'acte.
Au contraire, une spiritualité réelle
se traduit par des actes, comme nous le faisons réellement dans
nos actes réels envers ceux que nous aimons, et toute vie sociale
est scandée de rites qui formulent le sens et le véhiculent.
Cette intériorité présente
dans l'acte est bien montrée dans le commentaire de la page
104 b de Ména'hote :
vénéféche ki taqriv qorbane
min'ha laChém(si une personne néféche veut
présenter une offrande à Hachém... Vayiqra
2,1). Qui apporte seulement une offrande de céréales ? C'est
le pauvre et Je le lui considère comme s'il M'apportait son identité
même en sacrifice... Et pourquoi y a-t-il cinq préparations
différentes indiquées pour cette offrande du pauvre ? C'est
comme si un roi disait à un ami pauvre : de ce que tu as (car tu
es pauvre), fais moi cinq préparations différentes.
Délicatesse et vérité de
la relation heureuse.
C'est là le lieu des améliorations
que nous avons à concrétiser chaque jour pendant la période
du Ômér, après Ârvite, dès la tombée
de la nuit, pendant cette période des 49 jours du Ômér.
Coutumes
Elles sont liées au sens de la période :
- ne pas se couper les cheveux ni la barbe depuis le soir de Pessa'h
jusqu'à Chavouôte (coutume ainsi fixée par le Ari
zal). Les diverses comunautés ont parfois des durées
différentes. Le sens en est que les cheveux et la barbe sont considérés
dans la représentation de l'homme juif comme le symbole de
la descente de la bénédiction et la coupure comme l'arrêt
de ce flux.
- aller sur la tombe de Ribbi Chimeône bar Yo'haï le 33
Ômér (lag ba Ômér) qui est le jour où
il a été nommé rabbin par Ribbi Âqiva et aussi
le jour de sa hiloula, sa mort.
Sens du mot tiqqoune
Le mot "tiqqoune" étant une dynamique
et un concept importants dans le judaïsme et particulièrement
dans cette période du Ômér, il faut bien en comprendre
le sens.
Il a plusieurs significations reliées :
1. c'est la réparation d'un manque ou d'un
défaut, qu'ils soient dans la fabrication ou dans ce qu'est devenu
un objet, une personne, une situation.
C'est le "processus" réparateur, ou bien"
l'état" atteint après la réparation. Un traitement
en cours est un tiqqoune et, s'il est réussi, il a réalisé
le tiqqoune. Cela peut être sur le plan corporel, spirituel, moral,
etc.
On parle ainsi de "Tiqqoune hammidote", la
réparation qualitative des modes de comportement envers autrui ou
dans l'existence en général, pour se rapprocher du modèle
qu'est le Créateur qui nous a fait à son image, et qui se
manifeste à nous selon ses "middotes" qu'il a révélées
à Moché Rabbénou. Il a 13 middotes (Chémote
34, 6-7).
2. C'est la technique de réparation établie
par nos Sages et qui consiste dans des programmes précis de textes
à étudier, de prières à dire, à des
dates ou heures particulières ou dans des circonstances précises,
après avoir réalisé des actes précis de purification
des intentions (par exemple, miqvé, tsédaqa, viddouï
;
bain de purification, bienfaisance, aveu des fautes, etc.). Ainsi,
le Tiqqoune 'hatsote qui se dit la nuit à minuit.
Ces techniques peuvent faire partie d'un mode de
vie continu, ou répondre à des besoins spécifiques
en cas de crise.
Il va de soi que cela ne peut être entrepris
que sans superstition, dans la émouna (confiance droite),
et dans une cohérence avec une vie qui se rectifie sur tous les
plans. La première démarche est d'abord de pratiquer les
mitsvotes de base ; ensuite, éventuellement, on accède à
la 'hassidoute qui atteint ces niveaux ; modifier cet ordre sain
des choses est preuve d'errance. Le plus souvent, il est nécessaire
de n'utiliser ces techniques qu'avec la supervision d'un véritable
Sage qui connait bien ces traditions et qui a une longue expérience
des humains. Il faut prendre ses distances vis-à-vis de toute personne
qui s'improvise maître en la matière sans avoir reçu
la formation par la voie de la tradition reconnue.
3. Un tiqqoune particulier basé également
sur des textes composés par les Sages, est le corpus de textes que
l'on lit pendant la nuit de certaines fêtes comme le "tiqqoune
Chavouôte". La nuit de Chavouôte se passe à étudier
en lisant le Tiqqoune léil Chavouôte composé
d'un abrégé de chaque chapitre de la Torah, de tout le Tanakh,
de la michna, de la guémara, du Zohar et de parties de halakha.
Le Chla a particulièrement contribué à développer
cette coutume.
La nuit de Hochaâna Rabba se passe
à étudier en lisant le Tiqqoune léil Hochaâna
Rabba, composé du livre de Dévarim, du traité
Idra
zota du Zohar et des psaumes. Cette étude ne se passe pas seulement
dans la synagogue, mais de nombreux groupes ou particuliers organisent
des nuits d'études, souvent avec des lectures ou conférences
adaptées aux publics particuliers par des personnes qui ont étudié
davantage.
4. Le "tiqqoune néchama" entre dans
ces cadres qui dépassent le niveau du commun. Il s'agit d'améliorer
"l'être", non plus seulement dans ses comportements et dans ses attitudes
intérieures, mais dans la nature de son âme car il y aurait
eu des accidents de parcours, soit dans les vies antérieures, soit
dans le processus de purification après la mort, et l'âme
aurait besoin de l'aide de prières. Les plus grands mystiques juives
parlent de cela. Mais, ici, c'est plus qu'une mise en garde qu'il faut
placer ; en effet, qui peut prétendre qu'il vit à ces niveaux
de pureté, qu'il a reçu le don divin de voir et de comprendre
ces niveaux ? Qui se prononce là-dessus et prétend interpréter
ou donner des conseils en ce domaine, organiser les couples selon ses visions
des néchamotes est un dangereux charlatan, hormis les rares Sages
reconnus comme tels par les plus grands tsaddiqim de la génération.
Le judaïsme qui a une longue expérience
millénaire des conduites des hommes met en garde contre les tentatives
de s'égarer dans les situations extrêmes. Les fils de Aharone
ont péri dans cette voie ; le roi David pensait pouvoir aisément
affronter ces voyages avec leurs périls et il a reçu des
épreuves qu'il lui fut très difficile de supporter. Et nous
n'avons pas ces niveaux.
Il existe une pathologie de ces expériences,
dont parle la littérature 'hassidique et le folklore concernant
le "dibbouq".
Cependant, nous participons au "tiqqoune néchama"
par la lecture simple des textes ou des psaumes, mais sans chercher à
nous représenter ce que nous produisons alors, ni à le calculer.
5. En ce sens, dans la conduite populaire, on parle
aussi de "tiqqouné chabbate" (au pluriel) pour désigner
la pratique de lire des ensembles de cantiques ou psaumes qui mettent en
valeur la beauté du Chabbate, et qui ont été organisés
par les caballistes, spécialement le Ari zal.
6. Dans la même ligne, on désigne le
"tiqqoune klali". Rabbi Na'hmane de Breslav recommandait de réciter
une suite de 10 psaumes qu'il nommé Tiqqoune hakklali, pour
la purification de l'âme et du corps, spécialement face aux
difficultés sexuelles (psaumes16, 32, 41, 42, 59, 77, 90, 105, 137,
150).
7. On parle aussi de "tiqqoune hallachone"
quand une lettre supplémentaire apparait et produit des anomalies
dans une forme grammaticale d'un mot de la Torah. Voyez l'analyse de ce
phénomène par Rachi dans son commentaire de Béréchite
49, 22 et Chémote 18, 8 et Bamidbar 11, 16 et Isaïe
9, 6 et Job 32, 3. Il y a des raisons très profondes à ces
anomalies, qui transmettent souvent des secrets de la Torah ; ou parfois
ce sont des formes qui permettent d'éviter une lecture qui porterait
préjudice à la dignité de la Torah.
8. On parle alors de "tiqqoune sofrim".
Par sens dérivé, on emploie aussi
ce terme de "tiqqoune sofrim" pour toute correction élégante
du style ou de la prononciation.
Il désigne aussi une édition imprimée
de la Torah sans voyelle qu'utilisent ceux qui écrivent la Torah
sur les rouleaux comme modèle (le sofér stam) ou ceux
qui apprennent à lire la Torah en public. Il y a maintenant de magnifiques
éditions de tiqqouné sofrim en Israël.
9. Last but not least, les Tiqqouné hazzohar
sont l'un des livres du Zohar qui, en 70 chapitres commentent uniquement
le premier mot de la Torah et décrivent les nombreuses correspondances
qui existent entre les lettres ou les versets de la Torah, aux niveaux
les plus élevés. Ce livre est écrit en araméen.
10. Une expression courante, qui joue sur tous ses
niveaux, mais en revenant sur le plan de l'organisation sociale, par le
"tiqqoune haôlam", c'est souvent une décision d'un
Sage reconnu par la génération entière qui décide
d'une mesure qui change les usages, mais justement parce que cela remet
dans le bon ordre des choses. On en parle ainsi pour ce qui vient améliorer
les choses dans la paix.
11. Enfin, tout cet ensemble s'insère dans
une conception générale, présente dans le judaïsme
le plus authentique que le peuple juif, est engagé dans un "tiqqoune"
du monde où agissent des forces positives et négatives. La
"réparation" a commencé avec les patriarches, elle s'est
poursuivie sur le plan familial puis national ; il y a eu des rechutes
comme les phases de destruction du Temple ; des groupes situent l'édification
de l'Etat d'Israël dans ce contexte (soit pour le valoriser, soit
pour le regretter) ; il y a aussi une certitude que le processus de réparation
n'échouera pas et qu'il y aura des phases propices au retour au
projet divin. On trouve là le concept de téchouva
(retour), celui de machia'h (messie) qui est très complexe
et est analysé avec précision à la fin du Traité
Sanhédrine et par le Rambam.
Les Sages y indiquent qu'il est interdit de chercher
des dates pour ces processus car il est écrit explicitement dans
la Torah que "aujourd'hui, si vous m'écoutez" tout cela peur se
réaliser.
Il y a toujours des individus qui exploitent ces
espérances pour abuser des personnes de qualité qui n'ont
pas de formation suffisante dans le discernement. C'est tout le problème
constant des faux-messies. A la fois, la réalité du
tiqqoune est authentiquement juive, et le processus est très complexe
à mobiliser et à descerner. C'est cependant une des
base de la émouna juive ; c'est pour cela que le Rambam l'a introduit
dans ces "îqarim", principes de base.
Chacun sait qu'il y a des courants actifs et respectés
qui placent ces dynamiques au centre de leur action collective, de leur
prière, de leur vocabulaire constant et de leur pensée, tandis
que d'autres Sages de la plus haute qualité également
exigent une prudence extrême.
Le tiqqoune doit toujours commencer par les
middotes du coeur et du comportement, par la réalisation
concrète des mitsvotes, par la conduite de bonne relation humaine
(ce dérékh érets précède la
Torah disent nos Sages), tandis que le tiqqoune des conceptions
sur les âmes, l'éternité, la venue des temps est en
position seconde.
Plan
La formule de la bénédiction,
chaque jour
Traduction du psaume
67
Comment compter
l'Ômér ?
Traduction de la
prière : Ana békhoa'h, Oh ! par ta force
La science et l'exemple de Ribbi
Né'houniya ben Haqana
Nous comprenons maintenant.
La bénédiction du compte
du Ômér, chaque jour
Les règles de
base
(Le jour juif va du soir au lendemain soir à la tombée de
la nuit).
Il y a une modification dans l'ordre des mots pour les achkénazes
et pour les sépharades, mais le compte est, bien entendu, le même).
Si on ne connait pas l'hébreu, on le dit dans sa langue habituelle.
On ne nomme pas le compte du jour avant d'avoir dit la bénédiction;
donc, si quelqu'un vous demande quel compte du Ômér on est
aujourd'hui, vous répondrez: hier, on était le...".
Bien vérifier le nombre avant de compter. On dispose de divers
calendriers très pratiques et souvent très esthétiques
pour cela.
1. On attend la tombée de la nuit pour le dire et on le dit alors
même si on n'a pas dit Arvite, mais généralement on
le dit à la fin de la prière de Arvite. L'officiant le dit
d'abord mais ensuite chacun le dit également car c'est une obligation
personnelle pour chacun.
2 . On le dit debout mais si on l'a dit assis, on a rempli la mitsva aussi.
Les femmes ne le disent pas car elles sont dispensées des mitsvotes
liées à une précision du temps. Mais, si elles le
désirent, elles peuvent le dire en omettant la bénédiction.
Il est souhaitable de le dire avant de prendre le repas du soir.
3. On peut le dire pendant toute la nuit avec la bénédiction.
Si on l'a oublié, on pourra encore le dire toute la journée,
mais sans la bénédiction. Et les jours suivants on reprendra
avec la bénédiction.
4. Cas de quelqu'un qui a oublié de compter un jour. Alors, son
compte des 49 jours sera définitivement incomplet, donc il ne pourra
plus continuer à compter avec la bénédiction. De
même s'il s'aperçoit qu' hier a fait une erreur dans le nombre.
Mais, il se devra de compter quand même chaque jour (sans la bénédiction),
de façon à continuer à faire tout le travail d'amélioration
nécessaire.
Le calendrier pour chaque
jour, voir la page qui lui est consacrée
Le texte et les étapes de
la bénédiction
(certains disent auparavant une formule non obligatoire:
"pour unifier, léchém yi'houd...)
Baroukh atta Hachém Eloqénou mélékh haôlam,
achér qiddéchanou vémitsvotav vétsivanou âl
séfirate ha ômér.
Béni est-Tu, Hachém
notre D.ieu, Roi du monde, qui nous a sanctifiés par Tes mitsvotes
et nous a ordonné au sujet du compte du Ômér.
(exemple pour un certain jour:)
- Hayom, yom é'had laÔmér,
Aujourd'hui jour 1 dans le Ômér.
Ensuite, on dit: Ha Ra'hamane, Hou yivné véite
ha miqdache véya'hazir ha âvoda liméqomah vimhéra
véyaménou. Amén. Le Miséricordieux,
Lui, reconstruira le Temple et il fera revenir ses tâches en leur
lieu bientôt de nos jours. Amén.
Enfin: on dit le psaume
67.
En effet, après le premier verset, il y a 49 mots et chacun d'eux
est la caractéristique d'un de ces jours du Ômér.
De même, le verset 5 a 49 lettres dont chacune manifeste également
la qualité de ce jour.
Puisque les 7 versets de ce psaume sont l'expression du chandelier du
Temple, la ménora,

on l'imprime selon cette forme et le verset 5 est alors la branche centrale.
La ménora est l'homme qui reçoit
tout le flux de la bénédiction dans toutes les structures
de son être. Chaque jour, une correction (un tiqqoune)
se fait au niveau de ce qui pouvait arrêter ce flux de la bénédiction
en une dimension précise de nous-même, et son investissement
complet dans notre être. Cela est exprimé, dans le langage
technique par un travail précis sur chaque partie de séfira
incluse dans chaque séfira ; ceux qui ont étudié
cette partie de la Torah comprennent. Voici un dessin de cette ménora
écrite avec le psaume. Chaque artiste juif ou scribe (sofér)
aime composer son propre dessin de "sa" ménora.
Pour que vous puissiez situer chaque jour le mot et la lettre qui y correspondent,
d'après les indications données plus haut, j'ai placé
un numéro près de chaque mot:
Traduction du psaume 67 (en
gras, le mot et la lettre à dire à la tombée de la
nuit, début du jour juif):

verset 1. La ménatséa'h binéguinote mizmor chir.
Au chef du choeur des chantres (au
victorieux), sur les instruments à cordes, cantique, chant.
verset 2. 1Eloqim
2yé'hannénou 3vivarkhénou
4yaér 5panav
6itanou
7séla.
1D.ieu
2nous prendra en grâce 3et
nous bénira ! 4Qu'il illumine 5Son
visage 6sur nous, 7éternellement.

verset 3. 8Ladaâte 9baaréts
10darkékha 11békhol
12goyim 13yéchouâtékha.
8Pour
connaître 9sur la terre 10Tes
voies, 11dans tous les 12
peuples 13Ton salut.
verset 4. 14Yodoukha
15âmim 16Eloqim,
17yodoukha 18âmim
19koulam.
14Ils
Te loueront 15les peuples, 16D.ieu,
17ils Te loueront 18les
peuples, 19tous.

1 verset 5. Yismé'hou virannénou léoumim ki-tichpote
âmim michor ouléoumim baaréts téna'hem séla.
Ils se réjouiront et jubileront
les peuples car Tu jugeras droitement, et les nations sur la terre Tu
verras avec bonté éternellement.

verset 6. Yodoukha âmim Eloqim, yodoukha âmim koulam.
Ils Te loueront les peuples, D.ieu,
ils Te loueront les peuples, tous.
verset 7. Eréts naténa yévoula
yévarkhénou Eloqim Eloqénou.
La terre a donné sa moisson
et Il nous bénira Eloqim notre D.ieu.
verset 8. Yévarkhénou Eloqim véyireou
oto kol-afsé-49aréts.
Il nous bénira Eloqim et
elles Le vénèreront toutes les extrémités
de la 49terre.
50 Fête de
Chavouôte
Ensuite,
La prière Anna békhoa'h
Oh ! par ta force
(traduction par l'auteur du site
Modia,
Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour. ©
Copyright)
Cette prière poème est lue chaque
matin dans la prière des séfarades
et, par tous, pendant la période du Ômér
Cette prière est attribuée à
Ribbi Né'houniya ben Haqana (fin du 1e siècle).
Il est sûr que la place de Ribbi Né'houniya
ben Haqana est éminente car son élève, Ribbi Yichmaël
nous a transmis en son nom les 13 règles d'interprétations
que nous lisons également dans la prière du matin et dont
il est dit que c'est le seul passage de la Michna sur lequel il n'y a
jamais eu de discordance dans les interprétations.
Cette prière est composée de
7 versets de 6 mots. Les initiales de chaque mot dans un verset forment
un mot supplémentaire qui a des sens élevés par rapport
aux appellations de D.ieu.
On arrive ainsi à la somme de 7 x 7 =
49 mots, ce qui correspond aux 49 jours qui séparent la fête
de Péssa'h de celle de Chavouôte (comme le psaume 67). Aussi,
ces deux textes sont utilisés pour scander la marche d'amélioration
de soi qui doit se faire chaque jour entre ces deux fêtes : un mot
sera utilisé chaque jour et il sera mis en relation avec le travail
à effectuer, que nous décrivons par l'intermédiaire
du livre de moussar, morale, Tomér
Dévora.
Voici une traduction
de cette prière que nous avons réalisée.
Elle s'ajoute à nos
autres traductions. La traduction de chacun des 6 mots hébraïques
dans l'une des 7 lignes est séparée par un /.
- Oh ! je T'en prie / par la force / de la
bonté / de Ta droite / délivre / ce qui est empaqueté
et ficelé.
- Reçois / la supplication
/ de Ton peuple / protège-nous / purifie-nous / Redoutable !
- Veuille / Puissant / ceux qui désirent
/ Ton unité / comme la prunelle des yeux / les conserver.
- Bénis-les / purifie-les /
mets-les dans Ta miséricorde / Ta juste bonté / toujours
/ comble-les en.
- Inébranlable / Saint / dans l'immensité
/ de Ta bonté / conduis / ce peuple qui est Ta part.
- Unique / glorifié / vers
Ton peuple / tourne-Toi / eux qui font mémoire / de Ta sainteté.
- Nos supplications / reçois-les /
et écoute / nos cris / Toi qui connais / les mystères
des êtres.
(Béni soit le Nom glorieux de Sa royauté
à jamais et pour toujours).
Il n'est pas de notre niveau ni de ce lieu de commenter
les allusions que chacun de ces mots évoque, dans l'hébreu.
Ceux qui savent, comme on nomme les Sages qui ont reçu la tradition
la plus profonde, disent que cette prière de 42 noms contient de
multiples secrets et une grande puissance qui permet à l'homme
de s'élever. C'est pour cela que le qaddiche est bâti
sur cette même structure de 6x7 car il a la force d'assurer également
la montée de celui qui le dit, de la communauté et de l'âme
du défunt.
Précaution
Cependant, ferait erreur celui qui verrait le judaïsme
avancé comme un ésotérisme. En effet, dans le judaïsme,
les niveaux des secrets sont exactement en correspondance avec la structure
du concret et avec la dynamique de la prière et des actes moraux
les plus quotidiens. C'est une structure globale, holistique, qui est
inséparable. On ne peut pas être soit un spécialiste
de la halakha ou de l'interprétation, ou du moussar (morale), ou...
ou. Mais les maîtres sont toujours et... et... et ils ont écrit
simultanément en ces différentes branches du savoir.
La synthèse des secrets
Ainsi, il nous est rapporté 2 enseignements
très quotidiens de Ribbi Né'houniya ben Haqana :
1. Dans le Traité Méguila 28 a,
les élèves de Ribbi Né'houniya ben Haqana lui ont
demandé le secret de ce qui lui a permis d'atteindre une telle
vieillesse (bamé héérakhta yamim). Il leur
a répondu (et à nous) par ses trois secrets :
1a. de toute ma vie mimaï, je n'ai
jamais accepté un honneur ou une promotion sur le dos d'un autre
lo nitkavadti véqalone 'havéraï, à l'exemple
de Rav Houna qui portait un lourd instrument sur l'épaule et Rav
'Hana a voulu le lui porter pour le soulager ; alors Rav Houna lui a dit
: "si tu as l'habitude de porter ainsi en public, je veux bien" mais sinon
je ne veux pas (car cela t'humilierait). C'est donc une extrême
délicatesse qui porte attention à l'honneur de l'autre.
1b. jamais je n'ai proféré dans
le secret de malédictions contre des collégues, lo âleta
âl mitati qélalate 'havéraï ; cela, à
l'exemple de Mar Zoutra qui disait avant de s'endormir : chéri
lé lékhol mane détsaârén "je pardonne
à tout homme qui m'a causé des tracas".
1c. j'ai su renoncer à mon argent, vatrane
bémamouni hayiti, comme un Sage nous a enseigné que
Job savait l'être ; ainsi, quand il achetait et qu'on lui rendait
la monnaie, il en laissait toujours une part sur place.
2. On comprend maintenant que les Pirqé
Avote (Principes des Pères) nous disent :
Ribbi Né'houniya ben Haqana disait que celui
qui s'engage à porter vraiment le joug de ce que demande la Torah
(kol hamméqabbél palav ôl Tora)
n'a pas besoin de juger des choses selon les exigences
du gouvernement en place (maâvirine mimménou ôl
malkhoute) ni des contraintes sociales (véôl dérékh
éréts) ;
mais, au contraire, celui qui ne se mène pas
selon le joug réel de la Torah, alors il ne lui reste plus qu'à
mener sa vie selon le niveau des lois et des contraintes sociales.
Il est évident qu'il ne s'agit pas d'un anarchisme
mais, au contraire, de se fonder absolument sur la véritable morale
avec laquelle on ne peut pas tricher.
Nous comprenons maintenant
- pourquoi cette prière de Ribbi Né'houniya
ben Haqana nous est proposée quotidiennement pendant le temps du
Ômér pour son exigence concrète en même temps
que pour son lien à la véritable morale de tout.
- ce que nous rencontrons souvent sur le site, notre
Beit Middrache, qu'un aspect du judaïsme (par exemple, ici,
cette prière) ne nous révèle son sens que si nous
recherchons par l'étude ce qui est autour et nous l'explique.
Alors, la Torah abstraite devient vraiment une Torah "de vie".
Que cela se réalise pour vous et pour ceux
que vous aimez. Amen!
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