Les Principes des Pères
les lire, les méditer, les appliquer

présentation par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour
http://www.modia.org 

avec le commentaire du Rav Chalom Messas, zatsal, Grand Rabbin du Maroc
puis Grand Rabbin de Jérusalem.
Et sa transmission de la Torah continue familialement, d'abord par son fils le Rav David Messas, zatsal, Grand Rabbin de Paris, le continuateur principal du flambeau de la transmission de cette digne lignée, par sa fille Rachel Benaïm (Paris) la spécialiste de l'enseignement du judaïsme aux candidats à la conversion, et par les autres enfants du Rav (qu'ils vivent en bénédiction) remarquables 'hazanim et chalia'hé tsibour qui animent ensemble son oeuvre alternativement depuis Jérusalem où, dans la maison du Rav, continue à fonctionner le Chabbat une synagogue de rite marocain très vivante (5 Rehov Itamar ben Avi). Le relais est poursuivi également par le petit-fils du Rav, Ribbi Ariel Messas qui a publié un ouvrage sur le Rav (lien ici).
Ce commentaire est inséré après le texte de chaque chapitre lu chaque semaine.
Et avec mon commentaire sur les Sages cités pour entrer dans leur succession et recevoir directement leur enseignement en les connaissant.


Plan
1. Quand lit-on les Pirqé Avotes?
2. Importance des Pirqé Avotes.
3. Pour bien connaître et comprendre les personnages historiques qui y prennent la parole.
4. Prononciation exacte de l'hébreu des Pirqé Avotes.
5. Avant chaque chapitre, on lit...
6. Texte du Premier chapitre (1e semaine de lecture).
7. Après la lecture de chaque chapitre on dit...
8. Commentaire du Rav Messas sur le 1er chapitre.
9. Texte du Second chapitre (2e semaine de lecture).
10. Commentaire du Rav Messas sur le 2e chapitre.
11. Commentaire du Rav Messas sur le 2e chapitre


1. On lit les Chapitres des Pères ou Pirqé avote, un chapitre par semaine entre la fête de Pessa'h et le don de la Torah à Chavouôte. On les lit aussi dans les semaines qui précèdent le mois de Eloul. Beaucoup les lisent à la synagogue, le Chabbate, soit le matin, soit avant ou après min'ha suivant les coutumes des différentes communautés.


2. Ceci est un enseignement très important: le Chabbate Chémini, on commence à lire les Pirké Avotes, les Principes des Pères. Pourquoi?
Il y a un principe: Dérékh érets qadma la Torah, la bonne qualité dans la relation humaine a priorité sur la Torah et la précède. Cela va loin! Pratiquement et théoriquement. Impossible de détester les autres, de mal se comporter avec eux, de les voler, de les humilier par la médisance, de les exploiter, de les tromper et de penser qu'on est par ailleurs dans la Torah, dans l'étude, dans la vie communautaire, etc. Le Ciel vomit un tel judaïsme falsifié. C'est pour cela qu'après la sortie d'Egypte, on doit se dégager de tous nos esclavages, de toutes nos erreurs dans la relation humaine, avant même de recevoir la Torah vraiment à la fête de Chavouote, 50 jours plus tard. C'est un enseignement très important! C'est simple: le judaïsme a deux règles de base: "tu aimeras ton proche comme toi-même", et "écoute" (chéma Israel). On n'a aucune échappatoire envers cela. Qui n'aime que sa communauté juive d'origine, avec ses seules coutumes, musiques et toutes caractéristiques, et estime que les autres sont moins bien, et n'est pas capable de se lier aux autres et de les apprécier est dans l'erreur pour son judaïsme. Point final selon "nos Pères, les avotes".
Aussi, nous allons étudier toutes leurs paroles qui nous éduquent sur ces points où chacun faute continuellement. Voici le texte et l'enseignement de la première semaine qui commence au Chabbate Chémini, le 22 avril. Lien ici: http://www.modia.org/infos/etudes/pirqeavot.html
Je viens d'y ajouter... en première mondiale la traduction du commentaire fait par le Rav Chalom Messas, zatsal, qui va paraître prochainement en hébreu. Je vous en informerai.

- Ce sont des règles morales qui résument la Torah et le texte nous montre que cet essentiel nous a été transmis depuis Moché rabbénou.
- La Torah ne peut se vivre sans respecter ces règles de Dérékh érets, de commencement consistant en de bonne relations humaines, aimables et morales, comme il est dit: im éin déréts ein Torah, s'il n'y a pas les bonnes relations, il n'y a PAS de Torah, (3,17).
- Bien plus encore, le middrach Vayiqra Rabba 9,3 dit que Dérékh érets qadma la Torah, le Dérékh érets a précédé la Torah. On ne peut pas mettre plus exactement les plans à leur place respective.
Un immense commentaire a été réalisé par le Maharal de Prague dans son livre Dérékh 'Hayim
(voyez le lexique des maîtres du judaïsme, ici). Rabbi Yéhouda Loew ben Betsalel est né à Pozna (1512-1609) et descendait du roi David. Son image comme rabbin de Prague, sa pensée et ses livres en ont fait l'une des figures les plus créatrices et les plus complexes de la période de la Renaissance. Il a mis en valeur la structure logique des récits haggadiques du talmud dans Béer Haggola, le Puits de l’Exil. En français, le renouveau des études maharaliennes fut essentiellement l'oeuvre d'André Neher (lien ici), et également de ses élèves, Théo Dreyfus et Benjamin Gros. Le Rav Yéhouda Léon Askénazi (lien ici) a commenté devant de nombreuses générations de francophones cet ouvrage du Maharal de Prague.



3. Pour bien comprendre qui sont ces personnages historiques cités ci-dessous, il faut se reporter et lire avec précision la page consacrée à toute la chaîne de la transmission (lien ici). Voir ici la place de ce traité parmi tous les livres du Talmud (lien ici) . Et vous aurez aussi la connaissance des rédacteurs de la Michna et du Talmud, dont ceci est extrait. J'en présente une partie dans les tableaux en jaune, ci-dessous.



4. Prononciation exacte de son hébreu.
On lit tout haut ce texte dans les synagogues avant min'ha de Chabbat. Alors, apprenons à bien le lire.
Regarder bien la transcription, car elle est précise et exacte pour un lecteur de français. Souvent des fautes de lecture sont produites que nous corrigeons ici:
- Doublez bien une consonne doublée (bba et ne pas lire ba).
- Bien distinguer -yi de -i : Yisrael et non pas Israel.
- On double bien la consonne qui suit l'article défini "ha aspiré": Ha GGuédola
- Parfois il est écrit aréts et non pas éréts (terre), c'est quand on est prêt d'une fin de phrase.
- Quand il y a un accent circonflexe, prononcez bien gutturalement la lettre ayine comme dans Yéhochouâ; L'accent tonique est sur l'avant-dernière syllabe (YéhoCHOUâ). Et non pas sur la consonne finale comme en français.
- Bien faire la différence entre -eu et -é. Sous la première lettre d'un mot, la voyelle -e avec un chévâ se lit é : Chélomo, et non pas Chlomo. né Yisrael et non pas Bné Yisrael. En effet, on dit Yérouchalayim, et non pas Yrouchalayim.
- Prononcez bien le -h soufflé en fin de mot quand il indique le possessif ou l'attribution (ouméssarAH, et l'a transmise elle).
- Prononcer bien le hé aspiré: laHém et non pas laém.
- Prononcez bien aussi kh doux sans point daggéche quand c'est le cas, comme dans le mot KHnéssét et non pas knéssét.
- De nombreux mots de deux syllabes sont accentués sur la première syllabe, bien veiller à ne pas les prononcer à la française avec l'accent sur la dernière syllabe; spécialement les mots en é-é et en a-a ou a-é; voici la prononciation exacte: Héléq, Aréts ou éréts, Nétser, knéssét, Yoézér, 'homér, échét, taâs, qévâ, lémaâne
- Bien doubler la consonne dans les temps intensifs du piêl: diBBer, léchaKKér,
- Bien prononcer sur l'avant-dernière syllabe: chaMAyim, YérouchaLA yim, MAyim, et... Yéhochouâ,
- Bien prononcer sur l'avant-dernière syllabe les possessifs: béitékha, éïnékha, léfanékha, bidévarékha,
Le texte en hébreu se trouve dans tout livre quotidien de prières. Je mets ci dessous en capitales les principales lettres qu'il faut bien prononcer et où les erreurs sont fréquentes. Répétez l'exercice d'une bonne lecture sur le texte des Pirqé Avote, plusieurs fois chaque verset, et vous lirez très bien ensuite le texte des prières ou de la Torah.

Pour bien apprendre toutes les règles de lecture, cliquez ici: http://www.modia.org/tora/lecture/lecture.html


5. Avant chaque chapitre, on dit ce passage si important de Sanhédrine 10, 1 qu'il faut connaître par coeur en hébreu, s'y entraîner:

Kol YIsrael yéch lahém 'héléq la ôlam ha BBa
Tous les membres d'Israël ont part à la vie future,


ché NNéémar, comme il est dit (Isaïe 60, 21) : 
"véâmmékha kouLLam tsaDDiqim, Ton peuple, tous des justes,


léôlam YIréchou, possèderont à jamais


Aréts nétsér mattaê, une terre plantée par moi,
maâssé yadaï, oeuvre de mes mains
léhitpaér, pour M'embellir".



6. Texte du Chapitre 1. 1e semaine. Egalement apprenez par coeur en hébreu, s'y entraîner, ce premier paragraphe:

1.

Moché qibbél Tora mi SSinaï, Moché a reçu la Torah du Sinaï
ouméssaraH lihochOUâ, et il l'a transmise à Yehoshua


vihochouâ lizqénim, et Yehoshua l'a transmise aux anciens (cf. II Chroniques 2, 7),


ouzéqénim linéviim, et les anciens l'ont transmise aux prophètes
ounéviim méssarouah et les prophètes l'ont transmise


léaneché KHnéssét Ha GGuédola, aux membres de la Grande Assemblée.


Hém amérou chélocha dévarim

Eux ont dit trois choses :


Hévé métounim baDDine
- soyez mesurés dans vos jugements ;
- formez beaucoup d'élèves ;


Vaâssou séyag laTTora.
- faites une barrière de protection à la Torah.

2. Chimêone ha Tsaddiq était un des derniers restants de la Grande Assemblée (Knésséte ha guédola), et il avait coutume de parler au sujet de trois choses  sur lesquelles le monde se tient : sur la Torah, sur la prière (âvoda) et sur la bienfaisance de bonté (guémiloute 'hassadim).

3. Anetiguenos notable de Sokho a reçu de Chimêone ha Tsaddiq et il avait coutume de dire : ne soyez pas comme des esclaves (âvadim) qui servent le maître pour recevoir une récompense mais soyez comme des esclaves qui servent le maître non pas pour recevoir une récompense et que la crainte du Ciel  (mora chamayim) réside sur eux.

Qui sont-ils?
(Mon commentaire).

Antigonos iche Sokho
Un événement considérable pour l'avenir de toute l'humanité se produisit alors : le gouverneur de Macédoine Ptolémée qui régnait sur l'Egypte (-283-245) fit traduire la Bible en grec (ce fut le targoum chivîm, ou version dite des Septante, ou 70 Sages). Ce fut le début d'une diffusion universelle de l'héritage juif mais aussi le début d'une volonté d'appropriation de la Torah et de la terre d'Israël par d'autres cultures ou religions : celles-ci commencèrent à la revendiquer en prétendant que la Torah aurait été révélée exclusivement pour elles (les Juifs n’étant, selon l’artifice de cette conception, qu’une étape de transmission), ou comme un message universel dont telle religion revendique d'être le nouveau messager. De nombreuses persécutions et guerres s'en sont suivies jusqu'à ce jour.
C'est la période de la persécution culturelle grecque, la révolte des Maccabées, la fête de 'Hanouka, l'alliance des Hasmonéens avec Rome qui les aide à conquérir la Grèce ; puis les Juifs tombèrent sous la dictature romaine.

Vient ensuite la période des cinq générations successives de zougote, les générations 3 à 7 : 

a. Yossé ben Yoêzér et Yossé ben Yo'hanane : c'est la dernière époque des grands maîtres qui étaient à l'égal de la science de Moshé Rabbénou ; après eux commencèrent les premières incertitudes et discussions, spécialement sur la validité ou la non validité de la sémikha ou imposition des mains pour l'habilitation du maître.

b. Yehoshua ben Péra'hiya et Nitaï Haarbéli . Les Sadducéens commencèrent alors à contester vigoureusement la validité et la valeur de la Torah. Le courant de résistance rabbinique et populaire des Pharisiens réagit.

c. Yéhouda ben Tabaï : on le trouve dans 'Haguiga 16 a et Makkote 5 b ; Chimeône ben Chata'h dans Sanhédrine 19 a ; il était le frère de la reine d'heureuse mémoire Chlome Tsione hammalka. Et 'Honi Haméâguél qui savait demander la pluie.

d. Chemâya, issus d'une longue lignée de convertis au judaïsme et Âkavya ben Mahalalel.

Nous arrivons à ce que l'on appelle la 7e génération des tannaïm qui s'étend de l'an 10 (3770) jusqu'à la chute du Temple en 70 (3830) (nous savons déjà qu'une autre classification en fait la première génération des tannaïm).

4. Yossé ben Yoêzer notable de Tséréda et Yossé ben Yo'hanane notable de Jérusalem ont reçu d'eux. Yossé ben Yoêzer notable de Tséréda dit : que ta maison soit une maison de réunion (béit vaâd) pour les Sages ('hakhamim). Et adhère à la poussière de leurs pieds et bois avec soif leurs paroles.

5. Yossé ben Yo'hanane notable de Jérusalem dit :
- que ta maison soit ouverte largement (laré'hava) 
- et que soient les pauvres (âniyim) vraiment membres de ta maison 
- et ne multiplie pas les conversations (si'ha) avec la femme (ha icha).
Avec sa femme ont dit les Sages ; a fortiori (qal va 'homér) dans l'intimité avec l'épouse de son collègue (bé échéte 'havéro). De là, les Sages ont dit que tout celui qui abonde en conversation avec la femme est la cause du mal qui se produit pour lui, et il se dispense de l'étude de la Torah et, finalement, il hérite de l'enfer (guéhinom).

6. Yéhoshua ben Péra'héya et Nitaï ha Arbéli ont reçu d'eux la Torah. Yéhoshua ben Péra'héya dit : fais ce qu'il faut pour te trouver un Rav et procure-toi un collègue ('haver) pour étudier, et sois celui qui juge tout homme avec un préjugé favorable (lé khaf zékhoute).

7. Nitaï ha Arbéli dit ; éloigne-toi d'un voisin mauvais (chakhén râ) et ne sois pas en relation avec un méchant (rachâ) et ne te vante pas d'avoir échappé à une punition méritée.

8. Yéhouda ben Tabaï et  Chimeône ben Chata'h ont reçu d'eux la Torah. 
 Yéhouda ben Tabaï  dit : ne te porte pas toi-même comme intervenant dans les procès ; mais quand tu seras devant les plaignants au tribunal, qu'ils soient à tes yeux comme des méchants ; mais, quand ils t'auront quitté hors de la salle de justice, qu'ils soient à tes yeux comme des innocents, par le fait qu'ils ont accepté le verdict.

9.  Chimeône ben Chata'h dit : procède scrupuleusement à l'interrogatoire des témoins (êdim) mais sois vigilant sur tes paroles de façon à ce que tu ne leur donnes pas l'occasion de mentir (léchaqqér).

10. Chémaya et Avtalione ont reçu d'eux la Torah.
Chémaya dit : aime le labeur (mélakha), déteste l'honneur d'être un maître (rabanoute), et ne te fait pas voir parmi les puissants.

11. Avtalione dit : que les Sages ('hakhamim) soient prudents en leurs paroles de crainte que vous ne soyiez envoyés en exil (galoute) dans un endroit d'eaux mauvaises qui n'est pas la Torah, et que vos élèves qui viendront après vous n'en meurent, et que le Nom du Ciel n'en soit profané.

12. Hillel et Chamaï furent leurs élèves.
Hillel dit : soyez comme les élèves de Aharone aimant la paix et recherchant la paix, aimant les créatures, et les rapprochant vers la Torah.

13. Il avait coutume de dire : celui qui parle et se vante finit par perdre l'honneur de son nom, celui qui n'ajoute pas (en Torah) diminuera, celui qui n'étudie pas (la Torah) se condamne à aller vers la mort, et celui qui utilise la dignité du pouvoir en tombera.

14. Il avait coutume de dire : 
- si je ne suis pas pour moi  (im éïn ani li) qui sera pour moi (mi li) ?
- et quand je suis pour moi-même (seulement) (ou khé ché ani lé atsmi) , quel manque de valeur ai-je (ma li) !
- et si ce n'est pas maintenant (que je fais le bien de la Torah), quand donc (vé im lo akhchav, émataï) ?

15. Chamaï dit : 
- fais de ton étude de ta Torah une activité fixée (qévâ).
- parle peu (émor méâte) et agis beaucoup (âssé arbé).
- et reçois tout homme avec un visage agréable (bé sévér panim yafote).

16. Rabane Gamliél avait coutume de dire :
- fais toi un maître en connaissance de la Torah (âssé lékha rav) et écarte-toi alors du doute.
- et ne verse pas fréquemment le prélèvement de la dîme de tes revenus avec simple approximation.

17. Chimeône son fils dit :
- tous les jours de ma vie, je les ai passé en grandissant parmi les Sages, et je n'ai pas trouvé pour le corps rien de mieux que le silence (chétiqa).
- ce n'est pas l'étude sans fin (ha middrache) qui est l'essentiel mais l'acte (ha maâssé).
- et celui qui surabonde en paroles aboutit à la faute ('héte).

18. Rabane Chimeône ben Gamliél dit :
- sur trois choses le monde existe et subsiste (qayam) : sur la vérité (ha éméte), sur la rigueur du jugement (ha dine), et sur la paix (ha chalom),
comme il est dit : "vérité, justice et paix seront les règles de la justice en vos tribunaux" (Zacharie 8, 16).
(Fin du premier chapitre lu à la synagogue le chabbate souvent après min'ha).



7. Après la lecture de chaque chapitre, en public on dit ce passage de la Michna de Maccote 3, 16 :
" Ribbi 'Hananya ben Âqacheya dit : Haqqadoche Baroukh Hou a voulu agrandir le mérite d'Israël;
en conséquence, il a fait surabonder pour eux la connaissance de la Torah et les mitsvotes,
comme il est dit:
Hachém avait  du désir pour Sa complétude, alors il a fait grandir la Torah et l'a embellie"  (Isaïe 42, 21). 
Puis le qaddiche. 


8. Premier commentaire du Rav Chalom Messas, zatsal (Le voici, lumineux lui, en ses dernières années avec votre serviteur qui vous transmet sa parole en une chaîne de transmission jusqu'à vous, filiation)



Kol YIsrael yéch lahém 'héléq la ôlam ha BBa
Traduction exacte: "tout Israël il y a pour eux une part dans le monde qui vient".


Résumé du commentaire du Rav

Cette phrase nous montre qu'il y a une différence entre la globalité du peuple et chacun de ses membres. Quelle que soit la qualité individuelle, tout Israël reçoit le bonheur prévu. Que cela veut-il dire? C'est comme une ville qui peut être riche mais chacun de ses habitants pauvres ou tous sont riches mais la ville est pauvre en tant que telle. Et l'individu ne bénéficie pas toujours du collectif.
Ainsi, la bénédiction est toujours assurée au collectif d'Israël, le klal, le qahal. Et celui qui est identifié à ce collectif par sa qualité de vie participe alors à cette bénédiction que reçoit le collectif. L'individu a la liberté d'être proche ou loin de la qualité d'Israël et c'est pour cela qu'après la nomination du "tout Israël" le mot est mis au pluriel pour bien préciser que chacun a la liberté de se faire concerner ou non.
C'est à dire l'importance de sa volonté de vivre individuellement et personnellement dans les actes correspondants à la Torah; mais il y a aussi l'autre dimension de se placer en appartenance à la collectivité d'Israël, à la "maison d'Israël". Ce rapport du un et du multiple qui le compose se trouve dans de nombreuses citations par exemple dans le Cantique des Cantiques 1,17 (les murs de notre maison -au singulier- sont fait de cèdres, au pluriel).
Mais cette réussite de l'assemblage des tsadiqim, les justes, dans la maison globale n'est pas bien réalisée actuellement en raison de la dispersion, la diaspora, la galoute. C'est ainsi que l'ennemi Aman nous décrit dans Le livre d'Esther: "yéchno âm é'had, méfouzar ou méforad, il y a un peuple qui est un, mais qui est dispersé et morcelé". Et n'a donc pas ce qui fait sa force, sa réunion en un.


Quand nous étions dans le désert, notre importance venait de ce que nous constituions un peuple face aux nations, mais non pas de la qualité individuelle qui ne pouvait pas se mettre en valeur.
Autre point: s'il est dit "tout Israël il y a pour eux une part dans le monde qui vient", cela veut dire qu'ils bénéficient de cette promesse seulement dans le cas où ils sont unis ensemble. Mais si quelqu'un se sépare de l'ensemble, alors le bouclier ne fonctionne plus. C'est pour cela qu'il est écrit: "et construisez moi un sanctuaire et j'habiterai parmi eux". S'il y a dans le peuple des 'haridim, des moyens, des incultes, des 'hilonim et que tous sont ensemble, alors chaque partie du peuple protège les autres.
Et quand quelqu'un pris en solitaire, D.ieu regarde la qualité de sa prière avant de l'exaucer, tandis que lorsque le public prie ensemble, D.ieu l'exauce comme tel de par son unité.

Et quand il est écrit que Moché rassembla tout le peuple et lui dit les choses ce que Hachém a ordonné, cela veut dire que D.ieu a ordonné que tout le peuple soit uni et rassemblé en un seul faisceau pour l'entendre, c'est ce qu'on appelle "toute la Torah". Allons plus loin: quand tout le peuple est uni, c'est cela accomplir toute la Torah, et que chacun éveille les autres. Et alors, D.ieu leur révèler Sa Torah et ils peuvent la réaliser.
Et l'essentiel du travail contre le yestser ha râ, l'instinct du mal, c'est d'aider le public à s'unir en une seule unité en communauté et maison d'étude, et cela assure notre existence dans le monde, et notre sauvetage de la dispersion tient à cela... Et comme le dit Rachi, par le fait qu'ils se rapprochèrent les uns des autres au temps d'Aman dans le Rouleau d'Esther, quand ils se réunissent ils sont purs et complets.
C'est bien de cela dont parle le prophète Ezéchiel 37,19: "Voici, je vais prendre k'arbre de Josph qui est dans la main d'Ephraïm, et les tiges d'Israël ses associées; je les lui adjoindrai avec l'arbre de Juda et j'en ferai un arbre unique, et ils ne feront qu'un dans ma main".
(Note du traducteur: allez lire toute cette citation magnifique).

Il ressort de cela que l'unité est l'essentiel de la Torah, et c'est ce qu'on dit dans la Haggadah de Pessa'h: "et par le fait qu'il s'est mis en dehors de la communauté, il a brisé l'essentiel". Prions que toutes les composantes divisées d'Israël ouvrent leurs yeux et comprennent que D.ieu est UN et Son nom est UN. Et alors D.ieu nous enverra Son Machia'h.



9. Chapitre II. 2e semaine entre Pessa'h et Chavouôtes. et avant le mois de Eloul.

1. Rabbi dit : Quel est le droit chemin (dérekh yéchara) que l'homme doit choisir pour lui-même (lo). Le chemin qui est beauté (tiféréte) pour celui qui y avance, et le chemin qui lui procurera la beauté de la part des hommes (mine ha adam).
Et sois vigilant quand tu fais une mitsva simple et légère (mitsva qala) comme lorsque tu en accomplis une très importante et grave (ké va 'hamoura) ; car tu ne connais pas le prix respectif (sékharane) des mitsvotes.
Prends en considération la perte (éfséd) que te procure la réalisation d'une mitsva en comparaison de son salaire. Et le salaire d'une infraction à la mitsva, en comparaison de la perte que la mitsva te procurait.
Regarde bien trois choses et tu n'en viendras pas  à l'infraction :
sache ce qui est au-dessus de toi, un oeil qui voit (âyine roê), une oreille qui comprend (ozéne chomaâte), et que tous tes actes sont inscrits dans le livre (ba séfér).

Qui sont-ils? Mon commentaire.

La situation vers les années 170-200 de l'ère actuelle, 

Ribbi Yéhouda Hannassi, qui était né le jour même de la mort de Ribbi Âqiva, selon la règle des destinées majeures (Qiddouchine 72 b), entreprit à son tour de recueillir l'ensemble des traditions devant le risque de leur disparition à cause des persécutions.

Un autre risque de perte venait de la méthode pédagogique traditionnelle qui était utilisée : l'enseignement étaitoral et on n'écrivait pas son contenu ; devant l'immensitéde la matière, on veillait à parvenir à l'expression la plus concise possible, ce que Rabbi fera lui-même, mais les auditeur savaient entendre le détail dont cette concision était un résumé; ils notaient seulement des points de repère (simanim) qui étaient des moyens mnémotechniques. 

Il est clair que, si ce système pédagogique développe la mémoire et assure la transmission dans une situation historique stable, la transmission est en péril dès qu'il y a un arrêt temporaire de la transmission directe et de sa vérification: il n'y a plus alors de traces tangibles et elles ne sont plus guère compréhensibles pour un lecteur extérieur.

Le Chla dit que "Rabbi se trouva face à 600 corpus déjà constitués" :
qodém rabbi hayou chéche méote sidréïmichna.

Le traité 'Haguiga 14 parle même de 700 traditions. 

Il faut bien réaliser l'immensité de ce savoir juif très précis qui était alors totalement mémorisé.
 
 

La mise en ordre d'un fond commun

Rabbi "mit un ordre dans ces michnayotes" (sidér michnayote) en se conformant à plusieurs principes. 

Il établit 13 classes de méthodes différentes dans les traditions et les enseigna à Ribbi 'Hiya. Constatant la rapidité de la perte d'information, de compréhension et de mémorisation et la diversification des enseignements, il se résolut à organiser et rédiger la tradition orale pour que tous les Maîtres aient un fond commun qu'ils enseigneraient d'un plein accord (péé'had, d'une seule bouche) et dans une même langue, de façon à ce que sur l'essentiel on revienne à ce qui était jadis :
bité'hila lo hayéta ma'hloqéte béyisrael
auparavant où il n'y avait pas de dissensions en Yisrael.

Il y avait, certes, des discussions vives et nombreuses et des enseignements réputés pour leur brièveté ou leur longueurmais, en général, chacun connaissait les autres traditions et savait distinguer l'essentiel du particulier, et les divergences ne brisaient pas l'unité de compréhension.
 
 

La méthode de rédaction

Rabbi tenta d'abord d'éclaircir les traditions qu'il recueillait, de les raccourcir (biér véqitsér), de raccourcir les expressions (qotsér miline), de les classer par thèmes. 

Mais il ne voulut pas détruire les habitudes admises par les méthodes diverses de mémorisation basées soit sur la proximité du sens ou des thèmes (mitsad hannossé), soit simplement par le même nom d’auteur d’enseignements très différents (mitsad hamédabbér). 

Il adopta finalement un système mixte qui explique le caractère parfois insolite de la succession des textes. De plus, il fit plusieurs rédactions successives, les juxtaposa et ne les synthétisa pas ni n'en donna d'explication. Sa méthode était qu'aucun des mots qu'il employait n'était superflu (éïn bomila lévatela).

Enfin, Rabbi intégra telles quelles, sous leur forme connue, des traditions qui étaient tellement "admises par tous ou par la plupart" (mouskam lé kama 'hakhamim) qu'elles ne portaient plus le nom de leur formulateur et que Rabbi transmit au nom de tous (on les nomme alors : divréï 'hakhamim ou paroles des Sages); généralement ces michnayotes ne comportent que leur résumé, sans rapporter en même temps toutes les discussions dues aux divergences d'opinion (makhloqote, au pluriel ; makhloqéte, au singulier) ou les commentaires qui ont pu les accompagner ; elles fournissent presque toujours la halakha (qui, le plus souvent, vient de la tradition de Ribbi Méïr, et qui est nommée alors stam ou, au pluriel, michnayote setoumote). Ces michnayotes sont donc assumées par l’autorité de Rabbi qui, ne nommant pas une source particulière, assure qu’on peut y éviter toute discussion superflue.
 
 

Adjonctions à la halakha "stam"

D'autres fois, Rabbi a constaté qu'il y avait divergence ou contestation entre les traditions des Sages que chacun, cependant, avait recueilli de la bouche de son maître et qui pouvaient ainsi remonter jusqu'à Moshé Rabbénou. 

Dans ces cas, il choisit de rapporter ces traditions en indiquant le nom du Sage qui en était porteur, non seulement par objectivité mais parce que Rabbi tenait compte de cette vérité importante que chaque tanna (enseignant majeur) transmet une tradition et que, sur cette base, il est habilité à contester les autres enseignements et à en débattre, compétence qui ne sera plus l’apanage d’aucun après ces grands (hormis Ribbi 'Hiya et Rav).
 
 

C'est ainsi que Rabbi a joint à la halakha stam des traditions spécifiques formulées par :

• un seul grand Maître qu'il nomme et qui conteste la tradition admise ou apporte un éclairage différent ; dans ce cas, il ouvre cette adjonction par "Ribbi Untel a dit" (en hébreu: Ribbi ploni amar). On parle alors d'une discussion entre "un seul et un seul" ou ma'hloqéte ya'hid vé ha'hid. S'il s'agissait d'une simple référence à un auteur, Rabbi mettait les mots dans un autre ordre, avec le verbe au commencement de l'expression: amar Ribbi ploni comme à la 4e ligne de la page 2 b de Baba Qama : amar Rav Papa.

• une suite de plusieurs Sages qui discutent ou contestent individuellement, par exemple : Ribbi Âqiva omér... Ribbi Yéhoudaomér, etc.

• tout un groupe de Sages qui contestent ; l'expression qui l'indique sera alors :
'hakhamim omérim lo kédéribbi zé vélo kédéribbi zé 
les Sages disent non comme ce rabbi-ci et non comme ce rabbi-là.

Règles pour détecter les traditions

Des règles permettent aussi de savoir selon qui est la halakha quand il y a une succession de plusieurs traditions :

• quand il y a à la fois un avis dit stam (c'est-à-dire un avis formulé sans référence nominale à l'auteur) et une discussion entre une michna et une béraïta, que le stam soit dans l'une ou dans l'autre, la halakha est selon le stam ;

• quand il y a simplement un avis stam dans la michna, la halakha va en son sens ;

• quand une michna stam est suivie par une autre stam également, mais qui est soutenue par un ensemble de rabbis, c'est celle-ci qui est retenue, selon le principe stama dérabim âdif;

• quand il y a une michna stam puis une michna de rabbanane groupées, la halakha est selon le groupe (Chéérite Yossef , p. 23 a);

• quand une halakha stam est suivie de discussion, la halakha ne va pas selon le stam;

• quand il y a d'abord une discussion suivie d'une halakha stam, la halakha retenue est selon le stam .

Le langage de la michna

Selon Halikhote Ôlam, Rabbi a tenu à formuler sa collection de textes dans le langage le plus concis (lachone qétsara) et le plus clair (safa béroura), le plus pur et le plus beau (lachone tsa'h), pour en faciliter la connaissance et l'apprentissage mémorisés par chaque génération à venir. 


2. Rabane Gamliel fils de Ribbi Yéhouda Ha Nassi dit : c'est une beauté l'étude de la Torah (talmoud Torah) jointe au bon comportement professionnel  (îm dérékh éréts). Car le labeur (yéguiya) pour ces deux (chénéhém) fait oublier (machka'hate) de transgresser par le péché (âvone). Et toute connaissance de la Torah (vékhol Torah) qui n'est pas accompagnée d'une activité concrète (ché éine îma mélakha), finalement se réduit à néant  (sofah bétéla) et tire avec elle le péché (vé ghoréréte âvon).
Que tous ceux qui travaillent avec le public (îm ha tsibbour) fassent leur travail avec les gens en fonction du Ciel (lé chém Chamayim)  et alors le mérite des Pères (zékhoute avote)  les aidera et leur position de justes sera établie éternellement.
Et Moi, je fais monter sur vous un salaire abondant comme si vous l'aviez fait.

3. Soyez très prudents envers ceux qui gouvernent car ils ne se rapprochent des hommes que pour leur propre intérêt. Ils semblent vous aimer tant qu'ils vont recevoir de vous, et ils ne sont plus là pour aucun homme à l'heure où celui-ci est dans la détresse.

4. Il disait aussi: Fais Son désir et Sa volonté comme si c'est la tienne, pour qu'Il fasse Sa volonté de la tienne. Annule Ta volonté devant la sienne, et alors Il annulera la volonté des autres devant la tienne.

5. Hillel dit: ne te sépare pas de la communauté. Et ne te fies pas à ce que tu conçois, cela jusqu'au jour de ta mort. Et ne juge pas ton ami tant que tu n'as pas été dans sa situation. Et ne dis rien qui soit impossible de comprendre, en comptant qu'à la fin on le comprendra. Et ne dis pas, un jour j'étudierai quand j'aurai du temps libre, car tu n'auras jamais de temps libre.


Qui sont-ils?
Mon commentaire.
Hillel Hazzaqén et Chammaï Hazzaqén (BQ 65 b, 66 a). A cette époque, Hérode prend le pouvoir et fait alliance avec Rome après avoir assassiné les derniers membres de la descendance des Hasmonéens ('hachmonaïm), puis les autres Juifs qui ne reconnaissaient pas son identité juive ou son autorité ; pour amadouer le peuple, il devient un grand constructeur et rebâtit le Temple, ouvrant une dynastie de 103 ans qui s'achèvera par la destruction du Temple sous le règne de son arrière petit-fils Agrippas II.
Hillel et Chammaï, qui ne s'opposaient que sur trois ou quatre points, fondèrent deux grandes yéchivotes nommées Béit Hillel (BQ 65 b ; 66 a) et Béit Chammaï (BQ 65 b) qui, elles, entrèrent dans de multiples querelles sur plus de 300 cas pour lesquels l’École de Chammaï opta pour l’option la moins sévère dans 55 cas seulement. La halakha a été fixée selon Hillel sauf sur 6 points, ou sauf sur 3 points selon d'autres auteurs. L'opinion de Béit Chammaï n'a pas force de préemption sur les autres opinions.
Hillel était venu de Bavel. En plus de ses connaissances brillantes, il a précisé sept règles d'interprétation de la Torah, les Chivâ middote chél Hillel. De plus, il possédait toutes les qualités du 'hassid, le pieux.
Hillel a ouvert une longue dynastie de 14 générations de présidents du béit dine (tribunal rabbinique), jusqu'en l'an 360. La majorité des décisions halakhiques débattues entre les deux Écoles adoptèrent son opinion. Considérer que Hillel était laxiste, contrairement à Chammaï, est une erreur ; au contraire, par exemple, sa souplesse pour les admissions dans le judaïsme allait de pair avec des exigences souvent plus sévères ensuite. De plus, malgré leurs désaccords dans l’interprétation (par exemple sur la validité des mariages), ils manifestaient une grande tolérance et les mariages continuèrent toujours entre les familles de leurs disciples.



6. Il avait aussi coutume de dire: l'ignorant n'a aucune peur de la faute, et le grossier n'a pas de bonté. Et le timide n'apprend pas, et l'enseignant colérique n'enseigne pas. Et celui qui se consacre beaucoup aux affaires n'acquiérera jamais la sagesse de la Torah. Et dans un endroit où l'on ne se comporte pas comme des êtres humains, efforce-toi d'être un homme.

7. Il vit même un crâne flottant à la surface de l'eau. Il lui parla en ces termes: parce que tu en as noyé d'autres, tu as été noyé, et ceux qui t'ont noyé seront noyés à leur tour.

8. Hillel nous a encore donné les avertissements suivants:
- Beaucoup de chair produit beaucoup de vers.
- Beaucoup de propriétés donnent beaucoup de soucis.
- Un grand nombre d'épouses, beaucoup de sorcellerie.
- Beaucoup de domestiques, beaucoup de vols.
- Une étude approfondie de la Torah donne la vie.
- La fréquentation des Sages rend sage.
- De bons conseils nous aident à discerner.
- Beaucoup de tsédaqa (bienfaisance), procure beaucoup de paix.
- Celui qui a acquis un nom honorable s'est assuré un bien effectif.
- Celui qui a une vraie connaissance de la Torah a acquis la vie du monde à venir.

9. Rabbane Yo'hanane fils de Zakaï a reçu de Hillel et Chammaï et il disait:
si tu as appris beaucoup de la Torah, ne t'en glorifie pas car c'est pour cela que tu as été créé.

10. Rabbane Yo'hanane avait cinq élèves: Ribbi Eliézer ben Ourcanous, Ribbi Yehoshua ben 'Hanania, Ribbi Yossé haCohen, Ribbi Chiméone ben Nétanél et Ribbi Elâzar ben Ârakh.

11. Voici comment il les caractérisait avec louanges:
- Eliézer ben Ourcanous est une citerne enduite de ciment qui ne perd pas une goutte de ses eaux.
- Yehoshua ben 'Hanania, heureuse celle qu'i l'a mise au monde.
- Yossé haCohen est un 'hassid (un amant de D.ieu).
- Chiméone ben Nétanél craint la faute.
- Elâzar ben Ârakh est comme une source dont la force s'amplifie.

Qui sont-ils?
Mon commentaire.

Nous arrivons à la 10e génération des tannaïm qui s'étend de l'an 70 (3830) à l'an 110 (3870).
A partir d'ici, il y a quelques différences entre le Rambam et le Séfér Hakkéritoute.

-  Rabbane ou Ribbi Yo'hanane ben Zakaï (BQ 79 b) partit à Yavné après la destruction du Temple en 68-70; c'est lui qui obtint de Vespasien l'autorisation d'assurer la continuité de la transmission et de l'étude pendant cette période de l'anéantissement du second Temple, 'horbane.
 Sa louange est faite dans le chapitre 14 des Avote de Ribbi Natane (s'y reporter). Il est nommé "Père des générations", av létoladote. Il est l'élève direct de Hillel, le maître de Ribbi Éliêzér ben Hyrcanous et de Ribbi Yehoshua ben 'Hanania.

-  Ribbi Chimeône ben Hillel .

A la 11e génération viennent les grandissimes disciples de Rabbane Yo'hanane ben Zakaï qu'il qualifia chacun selon sa caractéristique :

-  Ribbi Éliêzér Haggadol, à Lydda (BQ 3 a, 20), est l'un des deux grands disciples de Rabbane Yo'hanane ben Zakaï, avec Ribbi Yehoshua ; il est donc de la tradition de Hillel mais fut également disciple de Chammaï, cumulant les deux traditions. Son maître le qualifia de "citerne fermée qui ne perd aucune goutte", ou de "gourde enduite de poix qui garde son vin". Il commença à étudier à 28 ans. Les Pirqéï Avote 2, 8 disent que, si tous les Sages d'Israël se tenaient sur un plateau d'une balance et Ribbi Éliêzér seul sur l'autre plateau, la balance pencherait en sa faveur. Il s'agit de lui quand le nom du père n'est pas indiqué après Éliêzér. La halakha n'est jamais fixée selon l'avis de Ribbi Éliêzér car il était  chamouti c'est-à-dire qu'il était de l'École de Chammaï ou, selon la lecture de Rachi en Baba Métsiâ 59 b, parce qu'un type de 'hérem aurait été mis sur lui.
 Ses échanges avec sa femme Imma Chalom sont rapportés dans Êrouvine 63 a.
 Ses autres collègues principaux cités étaient : Ribbi Tarfone, maître de Ribbi Âqiva, Ribbi Yossi Haggalili, Ribbi Chimeône ben Elâzar, Ribbi Yo'hanane ben Nori.

- Ribbi Yehoshua ben 'Hanania, à Pékiîne. Il fut, avec Ribbi Éliêzér et Rabbane Gamliel II de Yavné, l'un des grands Sages de cette génération particulière, celle qui a suivi la destruction du Temple; il avait été un des lévites assurant le service des chants. Il est dit de lui : "une corde tressée de trois fils ne se rompra pas facilement". Il fut un collègue d'étude des plus grands Sages. Chaque fois que le nom de Yehoshua apparaît sans nom du père, c'est de lui qu'il s'agit.

- Ribbi Yossi Haccohén, à Yavné :  "le 'hassid ou le pieux et zélé de sa génération".
- Ribbi Chimeône ben Natanael : "une oasis dans le désert".
- Ribbi Elâzar ben Arakh :  "une source débordante". Son maître l'autorisa à parler des mystères du Trône de D.ieu (maâsséi hammerkava) et le qualifia de "parfait fils d'Avraham qui connait la beauté de la Torah et l'applique".


10. Second extrait du commentaire du Rav Chalom Messas, (second chapitre).
Texte commenté: "Regarde bien trois choses et tu n'en viendras pas à l'infraction :
sache ce qui est au-dessus de toi, un oeil qui voit (âyine roê), une oreille qui comprend (ozéne chomaâte), et que tous tes actes sont inscrits dans le livre (ba séfér)."

Commentaire:
Cela veut dire que même si toi tu ne vois pas de tes propres yeux les horreurs qui sont dans tes actes, malgré cela sache bien et crois-le que de tout ce que tu fais ici, là-haut tu fais également dans les mondes selon tes actes et tes comportements.
De la même manière donc, quand tu appliques la Torah et les mitsvotes, tu réalises également dans tous les mondes; et, inversement, quand tu ne réalises pas la Torah, tu détruis. Et ce n'est pas le Très-haut qui réalises cela car il est bon mais ce sont les infractions elles-mêmes qui inscrivent là-haut, car la faute porte atteinte aux mondes élevés, c'est comme si l'homme lui-même écrit et signe là-haut.

Texte commenté: "Que tous ceux qui travaillent avec le public (îm ha tsibbour) fassent leur travail avec les gens en fonction du Ciel (lé chém Chamayim)  et alors le mérite des Pères (zékhoute avote)  les aidera et leur position de justes sera établie éternellement."
Commentaire:
Le mérite des Pères de la communauté aide ceux qui s'occupent d'elle, et la qualité de ceux qui besognent pour le peuple agit jusqu'au long terme, car le fait qu'ils ont diffusé la Torah continue à porter des fruits et ceux-ci portent encore des fruits bien après eux, comme les yeshivotes, les miqvés et autres, et il faut les en louer même bien après leur mort comme le dit Qohelet 4,2. Cela bien que les morts sont dispensés des mitsvotes car ils sont vivants, et on continue selon la même voie que les premiers...

Texte commenté: "Beaucoup de propriétés, beaucoup de soucis."
Commentaire:
Le Roi Salomon dit en Qohélét 5,11: "celui qui surabonde en richesses, cela ne lui donne même pas le repos du sommeil". Le mot "en richesses" est en trop apparemment, quel en est le sens? S'il y a une telle surabondance dans les richesses, le riche s'imagine que c'est sa science et sa sagesse qui lui ont procuré sa richesse; et alors il se dit: la nuit est encore longue et au lieu de dormir, il reste au travail et continue à penser pour trouver comment faire encore davantage d'argent; il se dit: je ferai comme ceci, et comme cela, et il accumule encore plus d'argent chaque mois. Et il a alors besoin de dormir mais il se dit encore: oh, encore une heure et je gagnerai encore bien plus ce mois-ci; et il est dans l'incapacité d'aller dormir.
Mais comme elle est douce, l'année pour celui qui se vit comme un serviteur de Hachém, qu'il s'approprie peu ou beaucoup, et il est en repos et rassasié, et son année est douceur pour lui.

Texte commenté: "si tu as appris beaucoup de la Torah, ne t'en glorifie pas car c'est pour cela que tu as été créé." (9).
Commentaire:
Si tu as étudié beaucoup, ne garde pas cela pour toi dans tes notes, mais tu dois publier cela dans le peuple d'Israël; tu dois diffuser tes fontaines et sources à l'extérieur pour influer sur le nombre "car c'est pour cela que tu as été créé"... car toute la formation et la création de l'homme tient en cela seul que Hachém a voulu que l'homme fasse le bien pour son semblable... à la fois pour que Hachém te fasse du bien et pour que tu doives en faire autant aux autres.


9. Chapitre III (Péréq chélichi). 3e semaine entre Pessa'h et Chavouôtes. et avant le mois de Eloul.


1. Akabia ben Mahalaleél disait:
Rappelle-toi constamment de trois choses et tu n'en viendras pas à transgresser. Sache d'où tu viens et vers quoi tu vas, et devant Qui tu auras à rendre des comptes.
D'où tu viens? D'une goutte imparfaite.
Où tu vas? Vers un endroit de poussière et de vermine.
Et devant qui tu auras à rendre des comptes? Devant le Roi des rois des rois, devant Ha Qadoche baroukh Hou, le Saint béni soit-Il.


2. Ribbi 'Hanina, le grand prêtre suppléant, disait: sois quelqu'un qui prie pour la santé du gouvernant car sans la crainte qu'il inspire, chacun avalerait vivant son voisin.



3. Ribbi 'Hanania ben Téradiyone disait:
deux personnes qui parlent ensemble et qui n'ont pas entre eux d'échanges de Torah, c'est une réunion d'impies, comme il est dit: "Heureux l'homme qui ne fréquente pas la société des méchants" (Premier verset de tous les psaumes).
Mais deux qui sont assis ensemble et qui échangent sur les paroles de la Torah, la Chékhina (la présence de D.ieu) réside sur eux, comme il est dit (en Malakhi 3,16): "Alors ils s'entretenaient de Torah l'un avec l'autre, et D.ieu les a écouté et les a entendu et Il a écrit dans le Livre du souvenir qui est devant Lui en faveur de ceux qui craignent Hachém et de ceux qui réfléchissent sur Son nom".
Ici, il n'y en a que deux ("l'un avec l'autre", dit le texte). Mais même un seul qui s'assied pour étudier et est plongé dans la Torah, sera-t'il récompensé? (Certainement) car il est dit: "Qu'il soit seul ou plongé dans la méditation (de la Torah), son bon sort est assuré" (Lamentations 3,27).


Ribbi Chiméône dit: "Rois qui mangent ensemble à une même table et qui n'ont pas parlé de Torah, c'est comme s'ils avaient mangé des aliments offerts en sacrifices à des idoles mortes", comme il est dit: "car leurs tables sont pleines de mets orduriers, sans place pour D.ieu" (Isaïe 28,8). Mais trois personnes qui mangent à la même table et y ont dit des paroles de Torah, c'est comme s'ils avaient mangé à la table de D.ieu le maître du monde (Maqom). Comme il est dit: "Et il m'a parlé et dit: cette table-ci est celle qui est devant Hachém" (Ezékiel 42,22).

 

Qui sont-ils? Mon commentaire.
Il y a plusieurs Ribbi Chimeône:

A la 10e génération des tannaïm qui s'étend de l'an 70 (3830) à l'an 110 (3870)...   Ribbi Chimeône ben Hillel ..

A la 11e génération viennent les grandissimes disciples de Rabbane Yo'hanane ben Zakaï qu'il qualifia chacun selon sa caractéristique : Ribbi Chimeône ben Natanael : une oasis dans le désert".

Nous arrivons à la 12e génération des tannaïm qui s'étend de l'an 110 (3870) sous Trajan à la chute de Bar Korba à Bétar en 135 (3895) sous Hadrien.
On trouve les grands disciples de Ribbi Éliêzér Haggadol :
 Ses collègues d'étude étaient particulièrement Ribbi Yehoshua ben 'Hanania, Ribbi Yichmâel ben Élicha, Ribbi Chimeône ben Azzaï, Ribbi Tarfone.
 Il a vécu la destruction du Temple et y a survécu 68 ans. Bien qu'il commençât à s’adonner totalement à l’étude à l’âge de 40 ans seulement (et grâce à son épouse Ra'hel), il parvint à être l'un des sages du Grand béit dine de Jérusalem. Il développa la yéshiva de Bnéï Braq et commença à recueillir l'ensemble des traditions et les ordonna très bien, "en anneaux comme dans un collier". Il soutint la révolte de Bar Korba et périt dans de grandes souffrances avec les 10 martyrs nommés âsséra arouguéï malkhoute. C'est de lui qu'il est dit : "il faut attribuer une michna anonyme à Ribbi Méïr, une tossefta anonyme à Ribbi Né'hémia, un Sifra anonyme à Ribbi Yéhouda, un Sifré anonyme à Ribbi Chimeône et tous ces enseignements viennent de Ribbi Âqiva", leur maître.
.../...
- Ribbi Chimeône ben Azzaï (BQ 13 a, 5), qui était également versé en nistar, ce qui est caché, etc.

Nous arrivons à la 13e génération des tannaïm qui s'étend de la chute de Bar Korba à Bétar en 135 (3895) à l'an 170 (3930).

On y trouve les élèves de Ribbi Âqiva et ses collègues d'étude :
- le grand Ribbi Méïr (BQ 16 a, 46 ; 23 b...). Son nom d'origine était Ribbi Miacha ; ce nom de Méïr, venant de la racine signifiant "lumière", lui fut donné parce qu'il illumine les yeux des Sages. Beaucoup d'enseignements rapportés par lui sont mis sous le nom de (a'hérim omerim, d'autres disent ; BQ 11 a ; 33 a ; CC 35 ; cette expression indique qu'il tient cet enseignement de son maître Élichâ ben Abouya surnommé, l'autre, en 'Haguiga 15 a. Cette expression concerne parfois Ribbi Natane). 
 Il s'agit de Ribbi Méïr quand il est dit : , un élève rapporte une tradition de Ribbi Yichmâel devant Ribbi Âqiva car il reçut son enseignement de Ribbi Âqiva et de Ribbi Yichmâel, élève lui-même de Ribbi Âqiva.
 Ses collègues d'étude cités par diverses sources étaient : Ribbi Yéhouda, Ribbi Yossé ben 'Halafta dont il s'agit quand on trouve seulement le nom Yossé (BQ 20 b ; 21 b), Ribbi Chimeône, Ribbi Elâzar ben Chamouâ, Ribbi Yo'hanane Hassanedélar, Ribbi Né'hémia.
 La halakha ne fut pas retenue selon la démonstration qu'en donna Ribbi Méïr, non pas parce qu'il se trompait mais parce que son niveau de compréhension était beaucoup trop au-delà de la mesure de sa génération. Le talmud insiste sur la grandeur de son épouse Brouria, reconnue pour ses compétences halakhiques par les grands de son temps, qui était capable d'étudier en un seul jour 300 traditions de 300 Sages, apprenait aux étudiants les méthodes de l'étude et les corrigeait à ce sujet et donnait à son mari l'interprétation exacte de versets concernant la prière.

- Ribbi Chimeône bar Yohaï (BQ 17 a, 17 ; 20 a ; 84 a) est connu comme le rédacteur de la tradition qui allait devenir le livre du Zohar. Il exprima sa vive opposition à Rome et dut, pour son intransigeance, passer 13 ans en cachette, avec son fils Ribbi Elâzar, dans une grotte.
 Il est un des élèves de Ribbi Âqiva en même temps que Ribbi Méïr, Ribbi Yehoshua Haggarsi, Ribbi Yossé ben 'Halafta, etc.
 Il est le maître de Ribbi Yéhouda Hannassi et de Ribbi Chimeône ben Yéhouda.


.../...

3,13. Et il avait l'habitude de dire: celui qui plaît aux hommes plaît au Maqom (Lieu, D.ieu). Et toute personne qui ne plaît pas aux homme ne plaît pas au Maqom (Lieu, D.ieu).

Commentaire du Rav Chalom Messas, zatsal.
Il y a beaucoup de commentaires sur cela, dont les miens.
1. Selon ce qu'ont dit nos Sages dans le Traité Chabbate 153a: c'est du hespéd (éloge du défunt après sa mort) il est connu alors si l'homme est digne du monde qui vient ou non.
Et Rachi commente: si l'homme est cachér, alors tous pleurent sur lui et leurs larmes coulent et racontent sa louange (fin de Rachi). C'est le sens de ce passage.

2. Selon le verset 30 du psaume 119: "dérékh émouna va'harti, michpatéikha chiviti" (la voie de la confiance fidèle j'ai choisi, Tes prescriptions de bonté je me les représente). qu'il ne dise pas l'homme: puisqu'il y a tellement de mitsvotes à réaliser, qui peut les accomplir toutes? Et le Roi David lui-même a été confronté à 11 mitsvotes sévères. C'est pour cela que le Sage dit: puisque je vais sur la voie de la confiance fidèle, alors c'est comme si je me représente toutes Tes prescriptions, puisqu'une mitsva elle-même renferme en elle plusieurs autres prescriptions: vol, etc, amour des créatures, "tu aimeras ton proche comme toi-même" ce qui est toute la Torah, également ce qui concerne la médisance (lachone ha râ). Et c'est pour cela que nos Sages ont dit: "ce qui est juste à Ses yeux, fais-le". C'est celui qui se comporte avec la confiance fidèle et de lui est dit: qu'il entend les mitsvotes. Et un autre a dit: mais qui donc peut accomplit! Et à cela on lui a répondu:
"celui qui plaît aux hommes" (dans les affaires courantes avec eux où il se dirige selon la confiance fidèle) alors également il "plaît au Maqom (Lieu, D.ieu)". C'est comme s'il avait accompli toute la Torah. Et, évidemment a fortiori le reste des mitsvotes qui ne concernent pas le yetser ha râ, l'instinct méchant, il les accomplit.

Mon commentaire.
Pour ceux qui le peuvent, ils se reporteront à ces pages du Traité Chabbate 152-153 qui réfléchissent longuement sur le rapport de l'existence au monde futur, dans une perspective d'en tirer des leçons morales concrètes.



 
Semaines du Ômer La fête de Chavouote
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