Souccote (Fête des cabanes) par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour
Ici, magnifiques
chants pour les fêtes de Souccote
Ici, cinquième page, comprendre le sens de toutes ces jours de fêtes différentes (fête, yom tov, 'hol ha moêd, etc) PLAN
Lien Ort : la paracha 1er jour Vayiqra 22,26,23 fin (Emor revii) et Bamidbar 29,12-16 2e jour I Rois 8,2-21. La haftara de Souccote (1e jour: Zacharie 14) et 2e jour . La téchouva n'est pas seulement individuelle Une erreur consiste à voir dans ce mois de Tichri un processus de téchouva uniquement individuelle, une lessive personnelle. Au contraire, Roche Hachana est la création et la re-création de tout le monde : toutes les créatures et tous les peuples y sont jugés. De même, après tous les combats de l'humanité, tous les peuples devront venir à Jérusalem, pour célébrer Souccote et pour se prosterner (Zacharie 14, 16-19). Il s'agit bien de reconnaître notre obédience de créature, selon les ordres et les lieux mais collectivement. Nous l'avons développé dans la paracha Nitsavim (lien ici). Et la fête qui est l'aboutissement de ce processus ne peut être que collective; il n'y a pas de fête individuelle. Le travail intérieur est, certes, réalisé individuellement mais ce travail individuel se fait dans le groupe et dans la collectivité et dans toute la Création. La miséricorde (ra'hamim) ne va pas s'exercer envers un individu mais envers toutes les cellules d'un organisme commun ; il est dit : atem haddévaqim baHachém... hayim koulekhém... "vous qui adhérez (pluriel) à Hachém votre Dieu, vous êtes tous vivants aujourd'hui" (Devarim 4, 4). Et quand nous faisons l'aveu des fautes, nous disons collectivement des fautes horribles dont chacun n'a pas commis la plupart d'entre elles, car nous parlons en corps collectif. La soucca, maison-cabane, n'est pas non plus une cellule monastique :
c'est un lieu de vie collective, d'invitation, d'étude, de repas,
de fête. Après Kippour, le Juif dit: Et l'assurer par mon Chiviti tamid (je me représenterai
Ta présence toujours) Merci, je suis tout cela comme tout Juif et toute Juive après Kippour, Ne plus jamais quitter, ensemble, tous ensemble Ne plus jamais quitter cette fragilité assurée, La source de la Torah
Souccote, ce n'est donc pas du tout le seul souvenir que nos ancêtres aient été dans le désert 40 ans dans "des conditions précaires" : ce n'est pas un retour écologique à la vie désertique. En effet, cette injonction a été donnée en liaison avec la sortie d'Egypte et dès la sortie d'Egypte, non pas comme une adaptation à la vie dans le désert :
Les caractéristiques de la soucca, et sa vie
(image de Michèle Doubior
- la soucca est directement sous le ciel : nous n'avons pas d'autre d.ieu
que D.ieu. que nous remercions) - on peut utiliser tout matériau pour construire les défanotes ou parois (kol dévarim, kéchérim. Choulkhane Aroukh, Ora'h 'hayim 630,1 et suivants). Les parois sont construites avant le toit. La longueur et la largeur ne sont pas limitées. Les parois doivent résister aux intempéries et si on utilise des tentures, elles devront être solidement fixées. Le bord inférieur des parois, s'il n'est pas posé sur le sol ne doit pas être plus haut que 3 téfa'him ou 24 centimètres, sinon la soucca est péssoula, non cachère. L'endroit devra être propre et non pas à proximité de saletés. - concrètement, par exemple, la soucca ne peut pas avoir moins de 70 cm de large ou de long (7 téfa'him), moins de un mètre de haut (10 téfa'him), et pas plus de 10 mètres de haut (20 coudées de 50 cm = 20 amotes). Sinon elle est pessoula, disqualifiée, invalide. Simplement, parce que les fonctions ci-dessus nommées ne pourraient pas fonctionner. Honte à ceux qui disent que le judaïsme s'occupe de détails obsessionnels car il traite de questions dans leur dimension vitale et dans la vérité du réel. Exactement comme cela doit se passer dans nos relations familiales, par exemple. - il peut se faire que la disposition des lieux ne permette pas de bâtir 4 parois cachères. En ce cas, 2 parois cachères à angle droit suffisent. Pour les précisions en ce cas, demander à un rabbin local, sur la façon de clore la soucca de façon cachère. - le toit (sekhakh) ne sera pas couvert de choses encore reliées à la terre ni d'objets ayant déjà servi : notre détachement doit apparaître. - l'ombre intérieure du toit de la soucca doit être plus grande que la lumière venant du ciel : nous n'avons pas d'autre lumière que D.ieu, et elle sera apparemment faible de même qu'Il n'est pas visible, mais cette petite lumière est plus forte que toutes les ténèbres. C'est pour cela qu'on n'utilisera pas des feuillages dont les feuilles se déssèchent et laissent passer la lumière en quelques jours. - le toit (sekhakh) ne comportera aucun élément agricole pouvant recevoir l'impureté de dégradation, la toumea : car dans la fragilité et la précarité, nous resterons purs. - le toit sera fait de ce qui vient de la terre car nous ne sommes pas des anges mais bien des terriens. - on ne se coupera pas du ciel par un toit fermé ni par une toile, le lien sera direct, à nos risques et périls. A cet effet, si on place des planches pour maintenir ou soutenir le sékhakh, elles ne doivent pas avoir plus téfa'him de large, soit 32 centimètres.Elles ne doivent pas avoir été déjà utilisées dans des constructions. - on s'empressera dès la fin de Kippour, si possible, de préparer la soucca et de la terminer le lendemain, hormis le toit. Cela pour continuer à bien vivre comme on l'a décidé dans les jours de téchouva. - on y vivra pendant tous les sept jours ; elle remplace réellement l'habitation pour tout ce qui est la fonction de la maison (manger, dormir, recevoir, y vivre avec ce dont on a besoin, la décorer comme une maison, une table agréable). Une soucca qui ne permet pas de remplir ces fonctions, de dormir par exemple, n'est pas cachère. Ces règles étant fixées, le judaïsme met en jeu notre réflexion, notre intelligence et chacun agit en conscience, selon son intelligence, son bon sens, sa santé, les intempéries; comme on ne veut pas tricher, on doit étudier et demander des conseils pour trouver la solution. - la soucca est une résidence sainte et l'on veille à y vivre dans la sainteté comme dans une synagogue, lieu de prière et d'étude, de présence. - il est écrit d'y être chivâte yamim, "sept jours", et non "pendant sept jours";
cela veut dire que la tradition nous demande d'y vivre dans un certain état qui se nomme "sept jours"; de quoi s'agit-il ? C'est que la tradition y voit chaque jour comme la personnification d'un des ouchpizim, "invités saints", qui sont dans l'ordre Avraham, Yits'haq, Yaâqov, Moché, Aharone, Yossef, David. A tour de rôle chacun d'eux, chaque jour, imprègne la soucca et nous imprègne de ses caractéristiques, on l'accueille comme un hôte de choix (nazmine laouchpizine) et on vit dans son ambiance. - à strictement parler, l'obligation de la soucca concerne les hommes après la bar mitsva, mais la joie commune fait que ce plaisir est partagé. Différentes catégories sont dispensées (l'endeuillé avant l'enterrement, les jeunes mariés et leurs invités, etc; se renseigner auprès du rabbin de la communauté locale pour chaque détail). - on doit renouveler et se renouveler: on ne peut utiliser telle quelle une soucca de l'an dernier. - la soucca doit être achetée et réalisée matériellement et dans l'intention de la pensée et du coeur pour être adaptée à toutes ces fonctions comme le judaïsme doit être vecu dans les règles de la vie. - on veille à embellir toute mitsva : si un minimum de
deux parois (2 défanotes) cachères sont nécessaires,
le mieux est d'en avoir 3 ou, encore mieux, 4. Mais il vaut mieux en avoir
trois parfaitement cachères que quatre imparfaites.
Les bénédictions
Après avoir compris ce schéma, on peut se référer aux livres de prière, ou se faire aider par des amis ou questionner le rabbin. Le qiddouche du samedi midi suivra ce même plan, avec le texte approprié. Ensuite, chaque jour on refera les étapes 1 et 2, puis la reconnaissance de la mitsva (léchév bassouqa), la bénédiction sur la nourriture. Rappel : on doit prendre ses repas dans la soucca. Quelques commentaires du Chla ha Qadoche (lien ici)
- entre Kippour et Souccote, il y a 4 jours où on s'occupe de préparer la soucca et le loulav pour intensifier progressivement notre vie dans la sainteté (qéddoucha). - Kippour termine Roche hachana (le renouvellement de l'année), et Hochaâna Rabba termine Kippour. - l'expression "sept jours résidez dans la soucca" est pleine de significations les plus élevées, il faut viser une plénitude et une lumière exprimée par ces mots "sept jours" qui réfèrent aux sept processus de descente de la bénédiction de vie vers le monde, ou séfirotes. - le fait que le mot "soucca" soit écrit dans la Torah sans la lettre hébraïque vav (de son "ou" ) met en valeur le fait que cette réalité est incomplète; cela réfère à une autre soucca plus élevée dont celle-ci est quelque peu à la ressemblance, c'est le monde de la sagesse d'en-haut qui nous invite à habiter en lui. - à Souccote, on présente 70 sacrifices pour les nations
; ce n'est pas seulement pour demander le bien en leur faveur, c'est aussi
pour ne pas être pris sous leur influence (a'hiza) qui nous
détournerait de cette relation à notre D.ieu. Nous demandons
à la fois que le grand festin de la nature et des sacrifices comble
les nations, et que nous vivions aussi dans l'intimité de notre
Dieu dans la soucca.
Sur un plan moral, dit le Chla,
- pour bien réaliser que tout nous vient seulement de la bonté du Ciel et de sa protection. - nous devons rester en ce monde dans cette attitude, et ne pas nous
installer dans des maisons qui dépassent les besoins temporaires,
ne pas regorger de richesses superflues mais en rester au nécessaire.
C'est la conclusion du Chla.
Ecoute de la soucca
Il nous faut donc maintenant, chacun, reprendre tout ce qui a été
dit ci-dessus (dans l'information et dans les précisions de halakha,
et dans les suggestions du Chla) pour en entendre le retentissement
selon le rythme de notre être. Commençons. Retentissement intime
- l'importance du développement lent et progressif ; la téchouva a demandé les jours d'Eloul (lien ici), puis l'expérience de Roche hachana (lien ici), puis encore 4 jours jusqu'à Kippour ou 10 jusqu'à Souccote, puis les 7 jours de la fête, puis il faut encore parfaire avec Hochaâna Rabba, et Chémini Âtséréte et Sim'hate Torah. - c'est qu'il ne s'agit pas d'un jugement seulement, cet examen et ce jugement n'ont qu'un but : c'est de ramener tout l'être dans l'amour, dans le 'hésséd qui a suscité la Création et de réorganiser notre vie dans la cohérence du Créateur. - et même quand il y a amour, la cure d'amour est lente et longue ; le Cantique des Cantiques (lien ici) nous l'enseigne : combien de fermetures, de réveil, de recherches, de disparitions, de retrouvailles, d'oublis, de rencontre ; c'est très actif ; mais, en tout cela, l'union avance. - les Sages mettent tout ce processus sous l'image de vimino té'habéqéni (Cantique des Cantiques 2, 6 et 8, 3), "et sa droite m'enlace" ; cela veut dire: "et son amour m'entoure peu à peu davantage", ou plutôt "peu à peu je parviens à me laisser entourer davantage par son amour qui m'imprègne dans la réalité". - ainsi la soucca entoure, ainsi on tourne pendant les aqafotes à la synagogue en tenant le loulav, ainsi chaque jour tournent une nouvelle fois toutes les heures pour une tentative renouvelée d'amour. Avons-nous monté en cette journée à cette échelle en spirale de l'amour qui repousse ipso facto les puissances négatives, comme Yehoshua le fit en tournant 7 fois autour de Jéricho ? - c'est un progrès lent de la "sensibilité à l'amour". Voilà pourquoi la soucca est fragile, ne nous étonnons plus des fragilités qui caractérisent nos vies. Le judaïsme-soucca n'a rien à voir avec la mentalité contemporaine qui crée l'obsession de la satisfaction qu'il faudrait continuellement assurer par des achats et la vie dans les centres commerciaux. Un Juif admet les épreuves d'une vie fragile et il continue. - la soucca est aussi transparente, car l'amour apprivoise, l'amour est délicatesse, je répète toujours que l'amour est "sensibilité à la sensibilité de l'autre"; et l'amour sait attendre, l'amour de Hachém sait attendre depuis des millénaires le retour de l'homme qu'Il a créé pour cette relation. Quel exemple de la fidélité constante et silencieuse dans l'amour ! Un seul et simple exemple: voilà des millénaires que l'appel à aller vivre sur Sa terre en Sa présence à été fait au peuple, dès la sortie d'Egypte, et le peuple trouve encore mille raison depuis ces millénaires pour ne pas répondre, malgré le psaume qui dit explicitement (106,24): "ils montrèrent du dédain pour un pays délicieux, n'ayant pas foi en Sa parole"; phrase claire qui n'est pas celle d'un rabbin ni d'un délégué recruteur de l'Etat d'Israël, c'est D.ieu Lui-même par la parole du prophète. C'est dans la sensibilité qu'il faut entendre cela sans se défendre, non pas sur le plan intellectuel des justifications. - tout cela est exprimé dans ces mots : "7 jours", chévâ yamim. Nos Sages disent que chélo toukhal létaqén hamalkhoute raq âl yédé orékh hazzemane "tu ne pourras réparer la royauté (en ce qui est incomplet) que par la durée du temps". A petites doses. Ribbi Âqiba (le tanna de la 12e génération, lien ici) qui commença à étudier à 40 ans, a compris cela en voyant une goutte d'eau tomber lentement sur un rocher qu'elle avait fini par percer avec le temps; il se dit alors : "si une goutte d'eau si tendre et si impuissante parvient à cela, alors lentement mais bien plus rapidement que la goutte d'eau je parviendrai à comprendre la Torah". Il est ainsi devenu le grand Ribbi Âqiba. Voyez Devarim Rabba ch. 8, et relisez surtout notre commentaire de Béhaâlotékha et de Êqév. - nos Sages l'expriment encore plus nettement en disant : la soucca (samekh, khaf, hé, plus le mot ou collel) est la guématria de Eloqim, 86. Car chaque composante de la soucca est faite pour nous rendre sensible cet amour invisible (mais pourtant visible pour qui accorde du prix à la force de la délicatesse) de Hachém pour nous dans nos conditions de vie. - nous ne sommes pas capables de comprendre vite, encore moins ceux qui savent beaucoup, encore moins ceux qui sont encombrés d'images extérieures, de rivalité et d'ambitions extérieures, et surtout ceux qui sont encombrés par l'argent ; il nous faut tout ce temps de Souccote pour redécouvrir l'intériorité, et la rencontre délicate et douce, la caresse dans la rencontre d'autrui au lieu du style brutal et machiste. Il faut retrouver, avec nous-même et avec autrui, la délicatesse du vol plané de la libellule. C'est un peu cette écoute tendue calmement vers la présence qui débouche dans les poèmes de "l'ami des aurores", ou dans ceux du "guetteur" ou de "rencontre". - et la soucca va cependant très loin dans l'intimité
et l'union, car elle nous sort de notre coquille séparée
et nous met "dedans". Quelques questions pratiques pour la construction et la décoration de la soucca
(image Studio)
- la soucca ne doit pas être sous un arbre ni sous un toit (si
une partie y est, demandez au rabbin les précisions).
Lectures : 1. Vayiqra (le Lévitique) 23, 33-44 Rambam: Hilkhotes chévitate yom tov 1;1 Séfér hamitsvotes négatives 327-328 et positives 163-167. Séfer ha 'hinoukh 318-323. 2. Lire lentement, dans cette perspective, tout le Cantique des Cantiques, ICI, suite de l'étude sur souccote et les fêtes suivantes et horaires. |
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||