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Etude sur la téchouva
et
Psychologie de l'homme
de la téchouva
par Yehoshua Ra'hamim Dufour
http://www.modia.org/infos/etudes/techouva1.html
(autres publications de l'auteur)
La téchouva comprend des dimensions
psychologiques et spirituelles,
inséparables pour être véritable.
C'est pourquoi nous présentons cette
longue étude réalisée sur les textes de la tradition
et notre recherche psychologique menée
auprès de délinquants
qui "font téchouva".
Cette longue étude de 40 pages 21x27
s'adresse à ceux qui voudraient véritablement comprendre
cette particularité du judaïsme
ou "faire téchouva" avec sérieux.
Rabbi Hezkia dit : "Qui es-tu ?". Il lui dit : "J'étais
mort et voici que je me suis réveillé par l'effet du Livre
de la Torah".
Plan détaillé
1-2-3 Théories non présentées ici de l'anthropologie
et de l'ethnopsychologie
a) Définition de la téchouvah
b) Notre recherche.
4) Bibliographie utilisée dans cette étude
a) Ethnopsychiatrie sociale et Rééducation morale
b) Criminologie et Rééducation morale
c) Bibliographie dans les sources juives
sur le processus de "téchouvah".
5) Précaution méthodologique sur les rapports entre
psychologie et éthique juive.
a) Torah et dimensions humaines
b) non réductionisme.
c) utilisation des sciences pour la compréhension de la Torah.
d) Différences de champ.
e) Points de rencontres.
f) Le péché, la sainteté et l'amélioration.
6) Questions psychologiques sur le processus de la téchouvah
II ANTHROPOLOGIE et METAPSYCHOLOGIE JUIVES
1) l'absence de dualisme corps-âme dans l'image de soi,
2) les dynamiques de fonctionnement de l'individu :
3) le malade mental :
4) le déviant et le pervers.
III ANTHROPOLOGIE JUIVE DE LA TECHOUVAH
1) L'origine du changement.
a) Initiative de l'homme.
b) l'action de l'homme envers D.ieu.
c) La réciprocité.
2) Le niveau du premier changement.
a) Intériorité et téchouvah.
b) L'éveil du regard.
3) Les ressources initiales.
a) Les ressources.
b- L'éveil suscité.
c) Le ressenti des ressources.
d) Conditions d'utilisation des ressources.
4) La conscience de soi.
a) L'ordre du désordre.
b) la conscience voilée.
5) La sensibilité à une proposition externe.
6) La lecture toraïque du conflit interne.
a) Le centre de tous les niveaux de l'être.
b) La rencontre de la difficulté.
c) La proximité du mal avec le bien.
d) Le fil de la téchouvah.
7) Les tendances destructrices.
a) Le mal n'est pas un abandon.
b) Le mal destructeur.
c) Le mal, source de l'acte bon.
d) Le mal nécessaire.
e) La pédagogie du renversement.
f) La rédemption du corps.
8) Le choix du remède.
a) Le risque du remède.
b) La drogue de vie.
c) Remède ou bonheur.
9) Le nouvel homme
a) Le potentiel divin en l'homme.
b) L'acte juste : la mitsvah.
c) De la puissance à l'acte.
10) Le jugement et le nouveau processus de changement.
a) La téchouvah est préalable à la répétition
et à l'échec.
b) Le retour au dynamisme.
c) Le lien retrouvé avec les processus créatifs initiaux.
d) La téchouvah est la vigilance continue qui, de jour en jour,
transcende la mort .
e) La téchouvah est donc la possibilité de casser la
répétition mortifère.
f) L'annulation des sentences par la téchouvah.
g) La rigueur du jugement dans la création.
h) Ra'hamim ou la bonté à l'intérieur du jugement.
i) La permanence de la bonté dans l'être.
j) Le jugement par "rahamim" dans l'action.
Six conclusions
11) Le sens de l'échec.
a) La création dans le cadre de l'insatisfaction et de la déception.
b) La honte.
c) La brisure.
12) La religiosité. En quoi ce sens nouveau est-il ou non
religieux ?
13) L'étude.
a) L'étude.
b) La pensée-parole, lieu du face à face dans les lettres.
14) Le désir.
a) Le désir.
b) Les freins du désir.
c) La connaissance du désir.
d) Le désir et l'acte.
15) Les modèles identificatoires.
a) Les ancêtres.
b) l'identification au tsaddik, le Juste.
c) L'identification au Machia'h , "messie".
d) L'identification au "Baal téchouvah", l'homme de la téchouvah.
16) Les supports collectifs de la nouvelle identification.
a) Le renversement du passé en futur.
b) Sortir de la répétition.
c) Le passage à la mobilité.
d) Simultanéité du changement personnel et collectif
à Kippour.
e) Le retour à l'autre.
17) Le narcissisme et le temps.
18) L'unification de la personnalité.
19) Les liaisons relationnelles.
20) le sens de la réciprocité.
21) Les relations conflictuelles.
22) La "dé-violence".
23) Le lien aux générations.
24) Les risques psychologiques dans le processus de téchouvah.
a) Vrai soi et faux soi.
b) L'obsession, la fermeture dans l'identique et le déplacement.
c) Le renforcement des défenses.
d) Supporter le manque et les contradictions.
e) le risque d'effondrement du moi.
Conclusion |
I - Introduction
L'ensemble des références citées sera placé
prochainement sur le texte.
1) L'anthropologie psychologique et l'ethnopsychologie (non présenté
ici)
2) Méthodes de recherche en anthropologie psychologique (non
présenté ici)
3) Méthodes utilisées dans notre recherche (non
présenté ici).
J'ai réalisé cette étude dans le cadre d'une recherche
menée sur la réadaptation psycho-médico-sociale
des délinquants par la voie juive traditionnelle de la "téchouvah".
a) Définition de la téchouvah
: Nous définissons la "téchouvah" comme le mouvement personnel
de retour à l'identité juive individuelle ou collective à
travers le judaïsme traditionnel . Ce retour comporte le retour à
la loi morale universelle et aux prescriptions morales et rituelles du
judaïsme. Il est basé pour cela sur l'étude des textes
juifs traditionnels auprès d'enseignants compétents.
La téchouva ou téchouvah (retour complet à une
vie interne et externe selon la Torah) est une gestion de la violence personnelle,
de l'auto-destruction, un remodelage complet de la personnalité,
une nouvelle image de soi et représentation de soi. La psychologie
n'est pas vue ici comme un critère qui jugerait la vie spirituelle
et déciderait de sa valeur. Cette erreur a été combattue
par les Sages du judaïsme quand des auteurs ont voulu utiliser la
philosophie en ce sens. La psychologie est la prise de conscience de ce
qui se passe, la trouvaille des mots nécessaires pour l'exprimer,
spécialement en ce qui concerne les dynamiques par lesquelles nous
agissons et nous représentons les choses.
b) Notre recherche.
- Les faits
Le fait est que, dans le champ de la délinquance, de la drogue
en particulier, on ne peut que constater l'échec constant des méthodes
de réhabilitation ou le pourcentage faible de non-récidivisme.
Il se fait que, a contrario, nous constatons -sur près de 2OO cas
pris en charge en Israël par cette méthode traditionnelle
de la téchouvah- la grande majorité des anciens délinquants
manifeste une stabilité dans la réhabilitation sociale, morale,
professionnelle et familiale. Nous avons voulu partir de ce fait brut et
l'étudier.
- Les recherches précédentes sur la téchouvah.
Quelques recherches psycho-sociologiques ont eu lieu sur cette "téchouvah".
Ces recherches examinent le processus psychique de réorganisation
biographique . D'autres insistent sur les dimensions sociologiques . D'autres
enfin s'inscrivent dans le courant général de tentatives
de traitement culturel des drogués .
- Notre méthode dans la recherche : elle procède par analyse
du discours traditionnel sur la téchouvah (dans les textes,
dans le discours des éducateurs et des délinquants en cours
de rééducation ou après la réadaptation).
L'intérêt de cet exemple concret, c'est qu'il ne concerne
pas seulement les délinquants mais il s'agit là d'une application
contemporaine de ce qui est la méthode psychopédagogique
de repentir proposée à tout Juif traditionnel dans les rites
annuels.
Dans ce contexte, nous exposons la conception juive traditionnelle du
fonctionnement psychique, sa "métapsychologie", ses méthodes
psychothérapiques, l'interprétation du rêve, les rapports
entre psychothérapie et religion, la signification du malade mental,
la différence et l'analogie entre la relation psychothérapique
et la relation de "maître" à disciple.
L'intérêt de cet exemple concret, c'est qu'il ne concerne
pas seulement les délinquants mais il s'agit là d'une application
contemporaine de ce qui est la méthode psychopédagogique
de reprentir proposée à tout juif traditionnel dans les rites
annuels.
4) Bibliographie utilisée dans cette étude
a) Ethnopsychiatrie sociale et Rééducation morale
-Allen, D. Mircea Eliade et le phénomène religieux. Paris
: Payot.l982.
-Baruk H. Psychiatrie morale expérimentale, individuelle et
sociale. Paris : P.U.F. l945.
-Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion. Paris :
Alcan.
-Bourdieu, P. et Passeron, J.C. La reproduction. Eléments pour
une théorie du système d'enseignement. Paris : Minuit. l970.
-Bourdieu, P. Genèse et structure du champ religieux. in Revue
Française de Sociologie, vol XII, 3. sept l971.pp 295-334.
-Castel, R. Traitement moral, thérapeutique mentale et contrôle
social au XIX ° siècle. Topique n° 2, fevrier l970.
-Devereux, G. Ethnopsychiatrie des Indiens Mohave. Paris, LEs Empêcheurs
de turner en rond. 1996.
-Durkheim, E. L'éducation morale. Paris, P.U.F. l923.
-Eaton, J.W. and Weil, R.J. Culture and Mental Disorder. Glencoe :
Free Press, l953.
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et les états mineurs. - Encycl. méd. chir., Paris, psychiatrie,
4-1978, 37725 B 10.
-Foucault, M. Surveiller et punir : naissance de la prison. Paris :
Gallimard, l975.
-Freund, J. Le charisme selon Max Weber, in Social Compass, Revue internationale
des études socio-religieuses. Louvain. vol XXIII, l976/4, pp. 383-395.
-Guilhot, J. Désir et conduite. Paris : Denoël, l974.
-Hesnard, A. L'univers morbide de la faute. Paris : P.U.F. l949.
-Lapassade G. Essai sur la transe. Paris : Ed. Universitaires. l976.
-Lévi-Strauss,Cl. (coll) L'identité. Paris : P.U.F. l983.
-Malinowski,B. Crime and Custom in Savage Society. Traduction : Trois
essais sur la vie sociale des primitifs, Paris : Payot l926.
-Maurice, F., Miaille, M. Violence et violence du droit. Deviance et
Société. Genève : Medecine et Hygiène, Vol.
IV, n° 2, l980.
-Mertens de Wilmers. Identifications, modèles culturels
et changements. L'Evolution Psychiatrique, l971,XXXVI,l. Privat.
-Murphy H.B.M. Ethnopsychiatrie, les psychoses. Encycl. méd.
chir. Paris, Psychiatrie, 4-1978,37725 A-10.
-Murphy H.B.M. et Tousignant M. - Méthodologie de la recherche
en ethnopsychiatrie. Encycl.méd. chir., Paris, psychiatrie, 4-1978,37726A-10.
-Nathan, T. L'influence qui guérit. Paris, Odile Jacob. 1994.
-Passeron R. Création et Répétition. Paris Clancier-Guenaud.
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-Prince R.A. - Thérapie et culture. - Encycl.méd.chir.,
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-Reik, Th. Le rituel-psychanalyse des rites religieux. Paris : Denoël,
l974.
-Scheper-Hugues N. Saints, Scholars and Schizophrenics : Mental illness
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-Shoham, S. Culture conflict as a frame of reference for research in
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-Shopenhauer, Le fondement de la morale, Paris, Flammarion, .
-Tousignant M. et Murphy H.B.M. Fondements anthropologiques de l'etnopsychiatrie.
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-Tremblay, R.E. Favard, A.-M. Jost, R. Le traitement des adolescents
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-Wolfgang, M.E., Ferracuti, F. The subculture of Violence : Towards
an Integrated Theory in Criminology. London : Tavistock, l967.
-Yinger, M. Contraculture and Sub-Yochelson, S., Samenow, S. The criminal
personality, vol l : A profile for change, New York : J. Arolson. l976.
b) Criminologie et Rééducation morale
-Aronfreed, J. Condict and conscience. New York : Academic Press. l968.
-Baruk, H. La prophylaxie criminelle et les valeurs morales.
-Benoit, J.C., Guilhot, J., Mathé, A.C. Sivadon, P. Créativité
et guérison. Paris, :L'Expansion,l969.
-Berta M., Benoit, J. C. Le projet psychothérapique. Paris :
Denoël.l976.
-Bissonnier, H. Pédagogie de résurrection. De la formation
religieuse et de l'éducation chrétienne des jeunes handicapés
et inadaptés. Paris : Fleurus.
-collectif. La formation dans les prisons. Agence Nation. pour le Dev.
de l'Education Permanente.l980.
-Cusson, M. Le contrôle social du crime. Paris : P.U.F. l983.
-Debuyst, C. Criminels et valeurs vécues. Louvain : Publications
Universitaires. l960.
-Mazerol Marie-Thérèse, Evolution et devenir du criminel,
Paris : Le Centurion, l977.
-De Greef E. Actes humains et valorisations normales ou pathologiques,
in Amour et crimes d'amour. Bruxelles : Dessart l973.
-Ellis G. Réapprendre la liberté. La réhabilitation
basée sur le champ unifié. Paris Ed. Club 83. l985.
-Hesnard, A. Psychologie du Crime. P.U.F. l963.
-Lopez, M.-L. Handicapés sociaux et resocialisation. Paris :
Masson : Medecine et Hygiène l979.
-Matisson M.-D. Sociothérapies ou Psychothérapies. Paris
: Editions Universitaires . l971.
-Piaget, J. Le jugement moral chez l'enfant. Paris : P.U.F. l932.
-Reik, Th. Le besoin d'avouer. Psychanalyse du crime et du châtiment.
Paris : Payot. l973.
-Robert Ph. et Lascoumes, P. Les bandes d'adolescents, une théorie
de la ségrégation. Paris : Ed. Ouvrières, l974.
-Shore, M.F. and Massima, J.L. Fifteen years after treatment : A follow-up
study of comprehensive vocationally oriented psychotherapy. Amer, J. Orthopsychiatry,
49 (2), 240-246, april l979.
-Sivadon, P. et Gantheret, F. La rééducation corporelle
des fonctions mentales. Paris : E.S.F., l973.
-Tap, P. (ed.).Identité individuelle et personnalisation. Toulouse
: Privat, l980.
c) Bibliographie sur le processus de
"téchouvah".
Notre propos n'a pas été de dresser un répertoire
de tout ce que la tradition juive a écrit au sujet de la téchouvah
mais, auprès de maîtres, pendant des années, nous avons
lu et étudié ces textes qui s'étendent sur de nombreux
siècles en y isolant spécifiquement les dimensions
qui correspondent à une démarche de modification psychologique
parallèle à la démarche "spirituelle" proposée.
Les références présentées sont donc lues
par nous dans cette seule direction. Les références bibliques
ne sont choisies qu'en fonction des commentaires traditionnels les
référant à cette approche de la psychologie et de
la téchouvah. Cette lecture des textes puis cette présentation
organisée en fonction de la psychologie de la téchouvah,
permettra nous le pensons de mettre en évidence une anthropologie
méta-psychologique qui est latente et dispersée dans
les textes traditionnels juifs.
Talmud
Bérakhote 7a, 10a, 17a, 23a, 34b
Chabbate 32a, 56b, 104a 123a,
Irouvine 13b, 69b,
Pessa'him 54a, 119a,
Yoma 8a, 36b, 85b, 86a
Soucca 53b. Roche Hachana 16b, 17b, 31a. Taânite 16b, 23b. %éguila
17b. 'Haguiga 15a. Yébamote 21a. Nédarim 32b. Sota 7b, 14a,
35b,47a. Qiddouchine 40b. Baba Qama 94b. Baba Metsia 58b. Baba Batra 16b,
110a. Sanhédrine 7a, 37a, 90b, 97b, 102a-103a, 105a, 108a109b. Âvoda
Zara 4b, 7a, 19a. Avote 4, 11. Orayote 2a. Mena'hote 29b, 53b. Nidda 70b.
Middrache Rabba
Béréchite 2,5; 12,9 ; 21,6 ; 22, 27 ; 32, 10 ; 38, 13
; 44, 15.
Chémote 7, 2 ; 11, 2 ; 12, 1 ; 13, 4 ;15, 1 ; 15, 4 ; 21, 5
; 23, 11 ; 27, 5 ; 31, 1 ; 36, 1 ;
Vayiqra Rabba 7, 2 ; 10, 5 ; 26, 8 ; 34, 6.
Bemidbar 2, 8 ; 3, 12 ;7, 10 ; 8, 2 ; 10, 1 ;10, 14 ; 11, 16 ; 13,
5 ; 14, 4 ; 18, 6 ; 20, 13 et 17-18.
Dévarim 1, 21 ; 2, 26 ; 7, 12 et 18 ; 8, 4.
Ruth 3, 3.
Eikha Peti'ha 25. 3, 34. 4, 22.
Qohéléte 1, 27 et 38 ; 4, 10 ;7, 32 ; 8, 17.
Tan'houma Béréchite 9 ; Noa'h 4, 5, 8, 18
; Béchala'h 15 ; Tazriâ 9 ; Métsorâ 4 ; Qora'h
7 ; Haazinou 4.
- Mots de la racine "Shouv" dans la Bible, Talmud, Zohar et leurs commentaires.
-Moses Aberbach . Problems of discipline and punisment in the
period of the Bible and Talmud. Shevilev Hahinuch, Vol XXIX, n° 3.
(Spring, l969).
- Bahya Ibn Paqüda. Hovot Halevavot. 11° siècle. (Traduction
française par André Chouraqui. Bruges : Desclée De
Brouwer , l952, Septième Portique, La pénitence.).
- Rabbi Eliyahu Eliezer Dessler. Michtav Me-Eliyahu. (Traduction anglaise
par Aryeh Carmell. New York : Feldheim, l978).
- Théo Dreyfus Les modalités du retour sur soi
d'après un moraliste juif du XIII° siècle, Rabenu Yona
Gerondi. Revue de Théologie et de Philosophie. Lausanne. l969.
- Pirkei de Rabbi Eliezer. Hébreu.1° siècle. (Traduction
française, Paris : Verdier. 1983. ch. 23 et 43).
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Jerusalem : Yeshivat Hassidei Breslov.
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l3° siècle. (Ed. bilingue hébreu-anglais. Jérusalem
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5) Précaution méthodologique sur les rapports entre
psychologie et éthique juive.
Mettre en parallèle deux processus qui se situent à
des niveaux différents (le niveau du "spirituel/religieux" et le
niveau du "psychologique") peut sembler contraire à toute méthodologie
pertinente. Dans une question importante comme celle là, il faut
avancer par éclaircissements progressifs.
L'objection précédente ne peut s'appliquer à
cette étude, pour plusieurs motifs :
a) Torah et dimensions humaines
- La Torah qui est à la base de ce processus de rééducation
par la téchouvah n'est pas une dimension située hors de notre
appréhension humaine : "elle n'est pas dans les cieux", "elle
parle le langage des hommes" .
- Elle concerne les dimensions internes et externes de leur comportement.
Nous parlons donc de ces manifestations et non pas d'autres niveaux qui
ne peuvent pas être compris par une compréhension psychologique.
C'est l'ensemble de ce comportement qui est concerné : il est prescrit
de "marcher dans toutes Ses voies" et les commentaires indiquent
précisément qu'il s'agit des caractéristiques de l'activité,
de l'affectivité et de la relation, de lenteur à la colère,
de bonté, de la relation physique aux personnes qui ont besoin d'aide
.
- Les maîtres discutent pour savoir quel est le prototype de
personnalité humaine qui correspond au personnage qui parviendrait
ainsi à marcher dans toutes Ses voies : s'agit-il du 'hassid,
du tsaddik ou du "moyen", le beinoni .
- Nahmanide en donne le motif fondamental : c'est que toutes les manifestations
de la compréhension humaine sont "fruits de la Torah et fruits
des fruits de la Torah" . Le Maharal prolonge cette conception en déclarant
que toute sagesse, celle d'Israël comme celle des autres nations
, est une partie de la Sagesse de Dieu .
- dans la création, nous y reviendrons, D.ieu a placé
la source de l'instinct qui porte au mal (le yetser ha ra) et, dit-il,
j'ai créé son antidote, la Torah . Il s'agit donc bien de
la prise en charge de toutes les dynamiques du comportement suscitées
et corrigées à la fois.
- La Bible et ses commentaires explicatifs parlent des problèmes
de Moïse en ce qui concerne la distraction, la mémoire, la
culpabilité, l'émoi, la colère .
- Les Pirkei Avote donnent continuellement des conseils concernant
la concentration, la pensée, la mémoire, la manière
d'apprendre afin d'assurer l'efficacité de la vie en conformité
avec la morale divine ; il s'agit donc bien d'un lien de communication
entre ces différentes instances psychologiques et spirituelles.
b) non réductionisme.
Nous ne prétendons nullement réduire les dimensions religieuses
aux seuls processus psychologiques sous prétexte que ces derniers
y sont présents.
c) utilisation des sciences pour la compréhension de la Torah.
Ce recours à la comparaison entre la dynamique spirituelle et
la dynamique psychologique dans une telle question est également
légitime pour un autre motif : dans la tradition juive, chaque
génération doit utiliser toutes les ressources qu'elle a
à sa disposition pour mieux comprendre la torah ou les mitsvotes
; c'est même un devoir ; et la science psychologique est l'une de
nos ressources en notre siècle de l'Histoire juive.
Ainsi, au 12° siècle, dans son Traité des Huit chapîtres,
Maïmonide n'hésita pas à utiliser la science psycho-médicale
de son époque pour jeter des éclairages sur la proposition
de l'éthique juive face au fonctionnement de l'homme tel qu'il est.
Alors que de nombreux ouvrages de Maïmonide ont été
critiqués ou refusés par les courants orthodoxes du judaïsme,
ce Traité a été unanimement accepté .
d) Différences de champ.
Il faut préciser le point de rencontre entre la psychologie,
la psychanalyse et la téchouvah. Le but de la téchouvah
est plus large, il vise une rénovation plus complète de tout
l'être (une "chlémoute"). Le but précis de la
psychothérapie et de la psychanalyse est plus restreint : c'est
d'aider quelqu'un qui souffre de son incapacité à modifier
ce qui ne va pas dans la vie personnelle, ce qui le fait souffrir et qu'il
ne réussit pas à modifier par l'effort individuel de connaissance.
e) Points de rencontres.
Aider l'homme à mieux comprendre son fonctionnnement psychique
ou global et à en devenir maître davantage, voilà le
point de rencontre avec la téchouvah.
En effet, comme le montre Maimonide , la téchouvah ne
concerne pas seulement les fautes dans l'action extérieure comme
le vol, le meurtre, l'adultère, etc., mais aussi des attitudes psychologiques
nocives (déote raote) dont nous disons la liste dans le "vidoui"
(confession)
: "achamnou, bagadnou..." être méchant , violent,
faux, de mauvais conseil, trompeurs, illusionneurs, moqueurs, railleurs,
rétifs, rebelles, harceleurs, entétés, odieux, avoir
en horreur les autres, s'égarer, etc.
Le travail de rénovation de la téchouvah ne vise
donc pas seulement le "péché" précisément religieux
mais toutes les tendances qui concernent l'homme, même
quand il ne pèche pas et le Traité Chabbate cite l'exemple
de tels hommes qui n'ont pas péché et qui, cependant,
ont fait téchouvah pour retrouver les forces fondamentales de leurs
tendances de vie.
Cette question était, d'ailleurs, la base du conflit entre les
talmudistes traditionnels et les 'hassidim ; la conclusion fut que
, même chez les plus développés en sagesse ou sainteté,
la téchouvah est toujours nécessaire du plus profond du coeur
pour "déraciner l'Amalek qui refroidit l'aspiration à Dieu
et les moyens de Le servir". La techouvah a donc une signification différente
selon le niveau de l'être de l'individu mais elle concerne toujours
le travail de perfectionnement et de développement de ses tendances
et aspirations.
Sur cette base, nous pouvons mettre en correspondance le système
de l'amélioration par la téchouvah et sa lecture par la compréhension
psychologique. En effet, comme nous allons le découvrir, la téchouvah
n'est pas une vague exhortation morale sur laquelle les prophètes
reviendraient par de multiples biais.
Nous comprenons la difficulté du lecteur occidental : sa lecture,
uniquement morale et non psychologique, lui est donnée par une lecture
chrétienne de la Bible qui ne voit plus dans les 5 livres
de la Torah qu'une base théologique ancienne. Le lecteur occidental
est imprégné de cette lecture séculaire et il ne découvre
pas la complexité pédagogique comme il parviendrait
à le découvrir si je lui décrivais les rites d'une
tribu africaine. J'insiste donc auprès du lecteur pour qu'il retrouve
cette virginité du regard et comprenne que, au contraire, la téchouvah
est présentée dans les textes antiques et dans la pédagogie
juive d'aujourd'hui comme une méthode très précise,
structurée, qui aborde successivement et dans un certain ordre,
les différentes dynamiques qui meuvent l'homme. C'est un rite complexe
et précis. Nous allons l'exposer.
Ayant bien compris maintenant qu'il y a une démarche méthodique
de la téchouvah, il est également possible de l'interroger
avec la grille, elle aussi systématique, que nous donne la
psychologie.
f) Le péché, la sainteté et l'amélioration.
Cette conjonction repose sur la conception particulière du péché
dans le judaïsme : l'homme ne pèche vraiment que si un vent
de folie et d'égarement s'empare de lui. Maïmonide parle des
'holé hannefesh (les maladies de l'âme") .
Sur cette base, nous trouvons un autre point de rencontre entre la
psychologie et la téchouvah. Isaïe donne la
description très précise de ce processus d'échec humain
dans les attitudes qu'est le péché : ce dernier est
basé sur l'incapacité à écouter, à entendre,
à comprendre, mouvements internes qui concernent la psychologie
et qui conduisent l'homme à ne pas pouvoir revenir à Dieu
et à se modifier soi-même.
Le prophète indique les étapes à traverser pour
y parvenir à nouveau : il ne suffit pas de se revêtir d'un
style extérieur de sagesse, s'acheter les vêtements portés
par les Sages. Il ne suffit pas non plus de pleurer et de demander grâce,
il est indiqué que cela seul est inefficace . Comme pour l'année
jubilaire, ce qu'il faut c'est rentrer dans la possession de soi
par ces étapes : écouter , entendre, comprendre. Nous pouvons
synthétiser cette conception par le recours à l'image et
l'instrument du chofar (corne dont on sonne dans les cérémonies
de pénitence) pour parvenir à "être saints". Or le
chofar est constitué de la racine linguistique qui signifie "amélioration"
.
Si ce travail préalable sur soi n'est pas effectué, on
ne parvient pas à quitter la tristesse, la mélancolie, la
colère, l'anxiété et Dieu n'accorde pas la prophétie
dans de tels états. L'arrêt de la prophétie se
manifeste quand le prophète est sous l'emprise de la passion sexuelle
, du meurtre , de la colère , du chagrin ou du souci
; on aboutit alors à cette fausse techouvah dont parle Jérémie
qui est tournée contre les autres et qui les opprime. La prophétie
ne réside que dans l'homme savant, fort et riche moralement.
Maïmonide le résume clairement : la techouvah, c'est se
remettre en présence des conditions de notre désordre intérieur
pour les surmonter.
g) Point commun : la parole.
Un autre éclairage sur la rencontre entre la techouvah et la
science psychologique moderne, c'est que ce travail intérieur se
fait en parlant : Comme dit Osée : "reviens Israël,
prenez avec vous des paroles et revenez à Dieu".
6) QUESTIONS PSYCHOLOGIQUES SUR LE PROCESSUS DE TECHOUVAH.
Quand un individu manifeste un changement important et souvent rapide
dans son orientation de vie, dans ses orientations morales, dans son lien
à la société, dans l'image de soi, l'éducateur
et le psychologue se posent un certain nombre de questions s'ils ne veulent
pas être aveugles. En effet, l'expérience a montré
bien souvent qu'il peut s'agir de fausses solutions dont l'individu pâtit
ensuite douloureusement. Cette position critique ne manifeste pas un scepticisme
idéologique, une étroitesse de vue scientiste dans la compréhension,
l'opposition à des modes d'évolution qui relèvent
d'une autre discipline que la psychothérapie ; il s'agit simplement
de prudence et de besoin de comprendre.
Ajoutons également qu'il est sain pour cet individu inséré
dans ce processus de changement de s'interroger (comme psychologue
de soi-même) sur la signification psychologique de ce changement
: cette évolution peut être un développement positif,
l'épanouissement des phases antérieures qui se préparaient,
la synthèse de la personnalité jusque là fragmentée,
le réglement de nombreuses difficultés qui est le signe de
la réalisation de la personnalité ; cela peut être
également -et nous insistons sur le mot "également"- un camouflage
de difficultés antérieures, une fuite qui permet de quitter
les difficultés réelles en les masquant alors que la dynamique
interne continue ses effets négatifs dans le refoulement ; une magnifique
sublimation peut-être une fausse sublimation et, tôt ou tard,
les effets en retour sur la personnalité seront violents et destructeurs.
Ce peut être, enfin,
la moins mauvaise solution pour une personnalité qui n'avait
trouvé jusqu'ici que des formes auto-destructrices.
Nous faisons maintenant la liste de quelques unes de ces questions importantes
portant sur le processus de changement lors du "retour" (téchouvah).
l - L'origine du changement.
Ce changement a-t'il été vécu comme venant
de l'intérieur de soi-même ou comme suscité de l'extérieur,
comme un don , un ordre, un appel ? Où est la source de l'initiative
? Qui l'éveille ?
2 - Le niveau du premier changement.
Sur quel plan le changement s'est-il amorcé : dans l'action,
dans l'interrogation intérieure, l'imagination ?
3 - Les ressources initiales.
Sur quelles ressources a-t'on pu s'appuyer pour commencer à
évoluer ?
4 - La conscience de soi.
Quel était le degré initial de conscience face au désordre
intérieur ?
5 - La sensibilité à une proposition externe.
A quelle proposition particulière de la Torah le 'hozér
bi-téchouvah a-t'il été sensible face à
ce désordre intérieur ?
6 - La lecture toraïque du conflit interne.
Quelle analyse de soi comme être interne divisé
a-t'il pu faire avec l'aide de la grille de lecture de la Torah ?
7 - Les tendances destructrices.
A quelle proposition d'évolution de ses tendances destructrices
a-t'il été sensible ?
8 - Le choix du remède.
En quoi la Torah, plutôt que toute autre mesure, a-t'elle
pu être choisie comme un remède ou une thérapie
?
9 - Le nouvel homme.
A quelle conception de l'homme nouveau a-t'il été sensible
?
10 - Le jugement et le nouveau processus de changement.
A quelle solution psychologique particulière de changement,
le 'hozér bi-téchouvah, bloqué sur le plan
psychologique et condamné sur les plans judicaires et sociaux,
a-t'il pu être sensible ?
11 - Le sens de l'échec.
Quel sens nouveau a-t'il pu donner à son échec personnel
antérieur pour s'appuyer dessus et avancer ?
12 - La religiosité.
En quoi ce sens nouveau est-il, ou non, religieux ?
13 - L'étude.
Pourquoi cette évolution s'appuie-t'elle particulièrement
sur l'étude des textes ?
14 - Le désir.
Quelle est la nouvelle relation du sujet à son désir
dans cette évolution ?
15 - Les modèles identificatoires.
A quel modèle externe l'image de soi tend-elle à se référer
?
Quel est le rapport entre l'image identificatoire et le vrai moi ?
16 - Les supports collectifs de la nouvelle identification.
Quelle est la dynamique psychologique interne qui s'exerce lors des
manifestations de soutien collectif à cette évolution ?
17 - Le narcissisme.
La nouvelle image de soi est-elle narcissiquement satisfaisante ?
18 - L'unification de la personnalité.
La nouvelle organisation de personnalité s'avère-t'elle
unifiée ou discordante?
19 - Les liaisons dans la personnalité.
Quelles sont les nouvelles liaisons entre les composantes de la personnalité
?
20 - Les liaisons relationnelles.
Quel est le mode de relations nouvelles avec l'entourage ?
21 - Les relations conflictuelles.
Quel est le nouveau mode de résolution des relations conflictuelles
?
22 - La dé-violence.
Quelle est la forme de gestion des pulsions violentes ?
22 - Le fonctionnement intellectuel.
Qu'est devenue la confusion intellectuelle initiale ?
23 - Le lien aux générations.
Qu'est devenu le lien aux générations précédentes
après cette évolution de la personnalité ?
24 - Les risques psychologiques dans le processus de téchouvah.
Pour chacune de ces questions, examinons maintenant ce qu'en
dit, dans son langage, l'expérience de la tradition juive . Nous
ne puisons pas au hasard des textes traditionnels qui sembleraient en conjonction
avec nos préoccupations mais nos références puisées
dans les textes traditionnels sont sélectionnées par ce critère
: les grands commentateurs les ont mis eux-mêmes en rapport avec
le processus de téchouvah, dans le Talmud, le middrache et les commentaires
classiques au long des siècles.
Ce rassemblement que nous réalisons des dimensions traditionnelles
de la téchouvah était indispensable pour ne pas plaquer quelques
préjugés psychologiques ou sociologiques sur cette démarche.
Nous précisons également ces données parce
que ces concepts sont clairement présents dans les textes connus
des éducateurs impliqués dans le processus éducatif
de téchouvah et parmi les personnes qui sont en cours de téchouvah
: ils peuvent les trouver soit dans leur étude des textes
traditionnels soit dans le discours de leurs éducateurs ou collègues
; ils les ont intégrées aussi culturellement et dans leur
mémoire auditive.
Nous mettons ainsi en valeur les paramètres psychologiques qui,
peut-être, sont en jeu actuellement dans le processus de téchouvah
(retour) particulièrement présent dans la société
israélienne et, plus précisement encore, répandu parmi
les délinquants dans les prisons. Ces concepts ainsi isolés
servent de base à la recherche sur l'évolution psychologique
qui se déroule au cours de la téchouvah.
II ANTHROPOLOGIE et METAPSYCHOLOGIE JUIVES
Pour comprendre le langage des textes présentés, il est
nécessaire de préciser préalablement quelle est la
représentation du fonctionnement "intra-psychique" dans le judaïsme
:
1) l'absence de dualisme corps-âme dans l'image de soi,
2) les dynamiques de fonctionnement de l'individu :
a- complexité de la "chair" (bassar),
b- l'intelligence émotionnelle du "coeur" (lév),
c- les 5 niveaux de régulation :
l'identité (néféche), l'esprit (roua'h),
l'âme (néchamah), le niveau vital (haïa),
la source d'unité (yé'hidah).
3) le malade mental :
a- les
diverses nominations et définitions, les symptômes et procédures
de diagnostic.
b- ses
droits,
c- l'irresponsabilité.
4) le déviant et le pervers.
III ANTHROPOLOGIE JUIVE DE LA TECHOUVAH
1) L'origine du changement.
Ce changement a-t'il été vécu comme venant de
l'intérieur de soi-même ou a-t'il été vécu
comme suscité de l'extérieur, comme un don, un ordre, un
appel ? Où est la source de l'initiative ? Qui l'éveille
?
a) Initiative de l'homme.
La téchouvah (retour de l'homme à D.ieu et aux hommes,
repentir ou modification morale de l'existence) n'est pas une
grâce gratuite, une mesure de pardon que l'homme pourrait seulement
implorer. Non seulement, la décision de l'homme lui-même
peut mettre en route le processus mais l'initiative de la décision
lui revient entièrement.
b) l'action de l'homme envers D.ieu.
L'homme déclenche la réaction divine qui s'ensuivra :
"revenez à moi et je reviendrai à vous" , dit D.ieu. Le fait
que, parfois, l'homme demande à D.ieu de le faire revenir
ne supprime pas la primauté de l'initiative de l'homme car
c'est lui qui fait cette demande et, en la faisant, il se prépare
intérieurement à y répondre et à s'y conformer.
L'insistance sur la part active de l'homme dans ce processus n'en élimine
pas D.ieu mais il est situé comme "désir et aspiration" plus
que comme maïtre et gouverneur du monde. La présence de D.ieu
dans ce processus est celle d'une voix qui manifeste son attente : "D.ieu
demande que l'homme fasse téchouvah " ; les étapes sont bien
précisées : d'abord se manifeste une voix douce que peuvent
seuls entendre ceux qui sont orientés en ce sens ... ensuite elle
invite à la téchouvah... puis l'homme prend éventuellement
l'initiative dans les actes... enfin, D.ieu revient .
La qualité particulière de cette voix n'en supprime ni
la force ni la proximité. En effet, il est dit que "D.ieu est assis
et aspire à la téchouvah d'Israël plus que le père
a d'aspiration envers son fils et l'épouse envers son époux"
. Cette aspiration n'est donc pas externe mais elle ne peut se reconnaître
que depuis l'intérieur de soi-même comme quelqu'un ressent
l'affection qui l'unit à quelqu'un d'autre.
c) La réciprocité.
Maïmonide insiste dans les cinq premiers chapîtres de "Hilkhote
hattéchouvah" sur cette libre détermination de l'homme
et sur l'efficacité immédiate qui est déclenchée
ensuite auprès de D.ieu après cette mise en route de l'homme
: "ils parleront encore que, déjà, Je les aurai exaucés"
. Il faut souligner le fait que c'est le même terme qui est utilisé
dans l'action de l'homme et dans la réponse divine : revenir. Il
y a réciprocité totale des attitudes des partenaires.
Bien plus, l'homme a le droit d'initiative de téchouvah
envers D.ieu lui-même. Après l'épisode du Veau d'or,
Moïse ose dire à D.ieu : "fais téchouvah de ton emportement"
et le plus étonnant c'est que D.ieu révoqua le
malheur vers lequel il s'orientait envers son peuple.
Soulignons, en jonction avec cette question que, dans la tradition juive,
D.ieu est présenté comme étant lui aussi en position
d'erreur ou de "faute". Présentons-en, deux exemples importants
:
- après la Création, les deux luminaires symboliques
de la masculinité et de la féminité (le soleil et
la lune) étaient à égalité de taille ; la lune
contesta l'utilité de cette dualité pour donner une seule
lumière. Etait-ce la non-acceptation de l'égalité
? En punition de cette intolérance, D.ieu réduisit
la taille et l'éclat de la lune , en attendant les temps messianiques
; cela symbolise probablement le temps où les relations entre l'homme
et la femme redeviendront plus faciles et moins rivales. Mais D.ieu regretta
son abus de pouvoir et de rigueur dans la justice (le "din"") et il demanda
que, désormais, chaque début du mois, un sacrifice de repentir
soit offert en souvenir de cette erreur et de ce repentir de D.ieu.
C'est le début du rite de Roche 'hoddéche (commencement
de chaque mois) qui se poursuit encore dans le judaïsme sous d'autres
formes que celle du sacrifice.
- après deux ans et demi de discussions sur le fait de savoir
s'il eut mieux valu que l'homme ne fut pas créé (étant
donné sa faible valeur morale), les deux Ecoles les plus célébres
de Sages qui s'opposaient dans toutes les discussions firent accord pour
une fois sur le fait qu'il eut mieux valu qu'il ne fut pas créé
en cet état. Ils ajoutèrent : maintenant qu'il est ainsi
créé, il faut se réjouir qu'il ait reçu la
Torah pour tenter de s'améliorer ! Soulignons l'audace des
avocats de ces délinquants que sont les humains d'avoir osé
déplacer le procès envers le Juge Suprême lui-même
qui est son créateur. Dans le même sens, D.ieu lui-même
reconnait ses erreurs dans la création : les Middrachim (commentaires
allégoriques) citent les nombreux mondes qui avaient déjà
échoué avant la création du monde actuel .
Nous le voyons, l'erreur et la faute semblent généralisées
dans la création. L'initiative de l'homme de se corriger après
s'être jugé est ainsi relativisée. La culpabilité
juive n'est pas celle d'un péché originel inscrit comme une
chute et une tare irréversible de "péché", désormais
inscrite dans la nature de l'homme qui ne devrait son salut éventuel
qu'à la foi ou au décret souverain de D.ieu. L'approche est
plus cosmologique et réciproque entre D.ieu et l'homme.
2) Le niveau du premier changement.
Sur quel plan le changement s'est-il amorcé chez l'homme : dans
l'action, dans l'interrogation intérieure, l'imagination ?
a) Intériorité et téchouvah.
Cette initiative placée dans les mains de l'homme correspond
aussi à l'échec continu du changement de l'homme quand D.ieu
en prend l'initiative : "Ne soyez pas comme un cheval ou un mulet qui ne
comprend pas, comme une bête brute... Combien de fois la Torah a
élevé la voix de tous côtés pour éveiller
les hommes mais ils dorment tous dans le sommeil et dans les forfaits"
. C'est que la téchouvah est un mouvement qui doit venir depuis
l'intériorité même, de l'intérieur de l'homme
et ne peut donc pas être déclenchée de l'extérieur.
C'est du centre du premier mot de la Torah, béréchite,
depuis le point originel que se forme le changement : un jeu de lettres
avec le mot "béréchite" forme simultanément les deux
mots "honte" (dans l'homme) et "crainte" révérentielle (envers
D.ieu). Ainsi D.ieu ne peut que placer devant l'homme la bénédiction
et la malédiction vers lesquelles il a la liberté de
se précipiter par sa conduite. En langage anthropomorphique, il
est dit que D.ieu observe cette évolution, il "voit" le repentir
, comme en attente.
b) L'éveil du regard.
L'éveil du regard semble être une étape préalable
qui facilite l'accès à la téchouvah. Ce processus
apparait en étapes successives quand D.ieu présente à
Moïse le buisson ardent, celui-ci oriente son regard vers le
buisson et dit "je veux m'écarter et voir" . Rachi, se basant sur
la grammaire du texte, précise la signification : "je veux m'écarter
d'ici pour m'approcher de là-bas", ce qui est la téchouvah.
Plus tard, quand les Hébreux sont poursuivis par les Egyptiens,
ils "lèvent les yeux et font téchouvah" et prient .
Cet éveil préalable du regard de l'homme par rapport à
la rencontre avec D.ieu s'insère dans la conception selon laquelle
l'éveil d'en haut est suscité par l'éveil d'en bas("avodah
tsorekh gavoah" ).
3) Les ressources initiales.
Sur quelles ressources l'homme a-t'il pu s'appuyer pour avancer ?
a) Les ressources .
Si D.ieu ne peut contraindre l'homme ni le devancer, Il a cependant
mis à sa disposition des ressources que son initiative personnelle
ne parviendrait pas à élaborer par lui-même . L'homme
y trouvera les forces indispensables dont il ne disposait pas auparavant
: cette ressource est constituée par les lettres de la Torah.
b- L'éveil suscité.
L'homme en reçoit un "éveil" à la sainteté
qui aiguise sa compréhension . Fut-elle faible, la compréhension
de la Torah exerce une influence positive réelle à la fois
sur le sujet et sur l'ensemble du monde . Il peut découvrir
des dimensions positives là où il ne voyait que noir et mal.
Cela est important car on sait qu'une part importante de la volonté
d'agression de la part des hommes ou des délinquants vient souvent
de ce qu'ils ressentent le monde comme mauvais et réagissent alors
en agression face à cet adversaire situé dans leur imaginaire,
même si la réalité y correspond peu ou prou.
c) Le ressenti des ressources.
Le candidat à la téchouvah constate ou , plutôt,
ressent qu'il peut déclencher ces processus.
d) Conditions d'utilisation des ressources.
Cependant, la Torah n'exerce cette influence qu'à trois conditions
:
- si elle est étudiée,
- si cette étude est centrée sur la force qui est interne
aux secrets des structures du monde et des structures de la vie,
- si cette étude est accompagnée d'une correction des
actions car si l'acte parvient au niveau de l'existence réelle
dans l'action, il se branche alors sur les principes de la vie .
Il ressent également que le bénéfice est proportionnel
à l'étude : plus il se mobilise en ce sens, plus l'influence
positive s'exerce .
Examinons maintenant comment fonctionne ce processus psychologique
dans l'étude de la Torah.
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