Etude sur la téchouva et
Psychologie de l'homme de la téchouva

(autres publications de l'auteur)
 

La téchouva comprend des dimensions psychologiques et spirituelles, inséparables pour être véritable.
C'est pourquoi nous présentons cette longue étude réalisée sur les textes de la tradition et notre recherche psychologique menée auprès de délinquants qui "font téchouva".

Cette longue étude de 40 pages 21x27 s'adresse à ceux qui voudraient véritablement comprendre
cette particularité du judaïsme ou "faire téchouva" avec sérieux.


Rabbi Hezkia  dit : "Qui es-tu ?".  Il lui  dit : "J'étais mort et voici que je me suis réveillé par l'effet du Livre de la Torah". 
 

Plan détaillé
1-2-3  Théories non présentées ici de l'anthropologie et de l'ethnopsychologie
a)   Définition de la téchouvah
b) Notre recherche. 
4)   Bibliographie utilisée dans cette étude 
a) Ethnopsychiatrie sociale et Rééducation morale 
b) Criminologie et Rééducation morale 
c) Bibliographie dans les sources juives sur le processus de "téchouvah". 
5) Précaution méthodologique sur les  rapports entre psychologie et éthique juive. 
a) Torah et dimensions humaines 
b) non réductionisme. 
c) utilisation des sciences pour la compréhension de la Torah. 
d) Différences de champ. 
e) Points de rencontres. 
f) Le péché, la sainteté et l'amélioration.
6) Questions psychologiques sur le processus de la téchouvah

II    ANTHROPOLOGIE  et METAPSYCHOLOGIE JUIVES 
1)  l'absence de dualisme corps-âme dans l'image de soi, 
2) les dynamiques de fonctionnement de l'individu : 
3) le malade mental : 
4) le déviant et le pervers. 
 

III  ANTHROPOLOGIE  JUIVE  DE LA TECHOUVAH
1) L'origine du changement.
a) Initiative de l'homme. 
b) l'action de l'homme envers D.ieu. 
c) La réciprocité. 
2) Le niveau du premier changement.
a) Intériorité et téchouvah.
b) L'éveil du regard. 
3) Les ressources initiales. 
a) Les ressources.
b- L'éveil suscité. 
c) Le ressenti des ressources. 
d) Conditions d'utilisation des ressources. 
4) La conscience de soi. 
a) L'ordre du désordre. 
b) la conscience voilée. 
5) La sensibilité à une proposition externe. 
6) La lecture toraïque du conflit interne.
a) Le centre de tous les niveaux de l'être. 
b) La rencontre de la difficulté. 
c) La proximité du mal avec le bien. 
d) Le fil de la téchouvah. 
7) Les tendances destructrices. 
a) Le mal n'est pas un abandon. 
b) Le mal destructeur. 
c) Le mal, source de l'acte bon.
d) Le mal nécessaire. 
e) La pédagogie du renversement. 
f) La rédemption du corps.
8) Le choix du  remède. 
a) Le risque du remède.
b) La drogue de vie.
c) Remède ou bonheur. 
9) Le nouvel homme 
a) Le potentiel divin en l'homme. 
b) L'acte juste : la mitsvah
c) De la puissance à l'acte. 
10) Le jugement et le nouveau processus de changement.
a) La téchouvah est préalable à la répétition et à l'échec. 
b) Le retour au dynamisme. 
c) Le lien retrouvé avec les processus créatifs initiaux. 
d) La téchouvah est la vigilance continue qui, de jour en jour, transcende la mort . 
e) La téchouvah est donc la possibilité de casser la répétition mortifère.
f) L'annulation des sentences par la téchouvah. 
g) La rigueur du jugement dans la création. 
h) Ra'hamim ou la bonté à l'intérieur du jugement. 
i) La permanence de la bonté dans l'être.
j) Le jugement par  "rahamim" dans l'action. 
Six conclusions
11) Le sens de l'échec.
a) La création dans le cadre de l'insatisfaction et de la déception. 
b)  La honte.
c) La brisure. 
12) La religiosité. En quoi ce sens nouveau est-il ou non religieux ? 
13) L'étude.
a) L'étude.
b) La pensée-parole, lieu du face à face dans les lettres. 
14) Le désir.
a) Le désir.
b) Les freins du désir. 
c) La connaissance du désir. 
d) Le désir et l'acte. 
15) Les modèles identificatoires.
a) Les ancêtres. 
b) l'identification au tsaddik, le Juste. 
c) L'identification au Machia'h , "messie". 
d) L'identification au "Baal téchouvah", l'homme de la téchouvah. 
16) Les supports collectifs de la nouvelle identification.
a) Le renversement du passé en futur. 
b) Sortir de la répétition. 
c) Le passage à la mobilité.
d) Simultanéité du changement personnel et collectif à Kippour. 
e) Le retour à l'autre. 
17) Le narcissisme et le temps. 
18) L'unification de la personnalité.
19) Les liaisons relationnelles.
20) le sens de la réciprocité. 
21) Les relations conflictuelles. 
22)  La "dé-violence". 
23) Le lien aux générations. 
24) Les risques psychologiques dans le processus de téchouvah. 
a) Vrai soi et faux soi. 
b) L'obsession, la fermeture dans l'identique et le déplacement. 
c) Le renforcement des défenses. 
d) Supporter le manque et les contradictions. 
e) le risque d'effondrement du moi. 
 Conclusion 



 I -   Introduction

L'ensemble des références citées sera placé prochainement sur le texte.
1) L'anthropologie psychologique et l'ethnopsychologie (non présenté ici)
2) Méthodes de recherche en anthropologie psychologique (non présenté ici)
3) Méthodes  utilisées dans notre recherche (non présenté ici). 
J'ai réalisé cette étude dans le cadre d'une recherche menée sur  la réadaptation psycho-médico-sociale des délinquants par la voie juive traditionnelle de la "téchouvah".

a) Définition de la téchouvah : Nous définissons la "téchouvah" comme le mouvement personnel de retour à l'identité juive individuelle ou collective à travers le judaïsme traditionnel . Ce retour comporte le retour à la loi morale universelle et aux prescriptions morales et rituelles du judaïsme. Il est basé pour cela sur l'étude des textes juifs traditionnels auprès d'enseignants compétents.
La téchouva ou téchouvah (retour complet à une vie interne et externe selon la Torah) est une gestion de la violence personnelle, de l'auto-destruction, un remodelage complet de la personnalité, une nouvelle image de soi et représentation de soi.  La psychologie n'est pas vue ici comme un critère qui jugerait la vie spirituelle et déciderait de sa valeur. Cette erreur a été combattue par les Sages du judaïsme quand des auteurs ont voulu utiliser la philosophie en ce sens. La psychologie est la prise de conscience de ce qui se passe, la trouvaille des mots nécessaires pour l'exprimer, spécialement en ce qui concerne les dynamiques par lesquelles nous agissons et nous représentons les choses. 

b) Notre recherche.

- Les faits
Le fait est que, dans le champ de la délinquance, de la drogue en particulier, on ne peut que constater l'échec constant des méthodes de réhabilitation ou le pourcentage faible de non-récidivisme. Il se fait que, a contrario, nous constatons -sur près de 2OO cas pris en charge en Israël   par cette méthode traditionnelle de la téchouvah-  la grande majorité des anciens délinquants manifeste une stabilité dans la réhabilitation sociale, morale, professionnelle et familiale. Nous avons voulu partir de ce fait brut et l'étudier.

- Les recherches précédentes sur la téchouvah.
Quelques recherches psycho-sociologiques ont eu lieu sur cette "téchouvah". Ces recherches examinent le processus psychique de réorganisation biographique . D'autres insistent sur les dimensions sociologiques . D'autres enfin s'inscrivent dans le courant général de tentatives de traitement culturel des drogués . 

- Notre méthode dans la recherche : elle procède par analyse du discours traditionnel sur la téchouvah  (dans les textes, dans le discours des éducateurs et des délinquants en cours de rééducation ou après la réadaptation).

L'intérêt de cet exemple concret, c'est qu'il ne concerne pas seulement les délinquants mais il s'agit là d'une application contemporaine de ce qui est la méthode psychopédagogique de repentir proposée à tout Juif traditionnel dans les rites annuels.

Dans ce contexte, nous exposons la conception juive traditionnelle du fonctionnement psychique, sa "métapsychologie", ses méthodes psychothérapiques, l'interprétation du rêve, les rapports entre psychothérapie et religion, la signification du malade mental, la différence et l'analogie entre la relation psychothérapique et la relation de "maître" à disciple.
L'intérêt de cet exemple concret, c'est qu'il ne concerne pas seulement les délinquants mais il s'agit là d'une application contemporaine de ce qui est la méthode psychopédagogique de reprentir proposée à tout juif traditionnel dans les rites annuels.

 4)   Bibliographie utilisée dans cette étude

a) Ethnopsychiatrie sociale et Rééducation morale

-Allen, D. Mircea Eliade et le phénomène religieux. Paris : Payot.l982.
-Baruk H. Psychiatrie morale expérimentale, individuelle et sociale. Paris : P.U.F. l945.
-Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion. Paris : Alcan.
-Bourdieu, P. et Passeron, J.C. La reproduction. Eléments pour une théorie du système d'enseignement. Paris : Minuit. l970.
-Bourdieu, P. Genèse et structure du champ religieux. in Revue Française de Sociologie, vol XII, 3. sept l971.pp 295-334.
-Castel, R. Traitement moral, thérapeutique mentale et contrôle social au XIX ° siècle. Topique n° 2, fevrier l970.
-Devereux, G. Ethnopsychiatrie des Indiens Mohave. Paris, LEs Empêcheurs de turner en rond. 1996.
-Durkheim, E. L'éducation morale. Paris, P.U.F. l923.
-Eaton, J.W. and Weil, R.J. Culture and Mental Disorder. Glencoe : Free Press, l953.
-Ellenberger H.F. et Murphy H.B.M. Ethnopsychiatrie, les névroses et les états mineurs. - Encycl. méd. chir., Paris, psychiatrie, 4-1978, 37725 B 10.
-Foucault, M. Surveiller et punir : naissance de la prison. Paris : Gallimard, l975.
-Freund, J. Le charisme selon Max Weber, in Social Compass, Revue internationale des études socio-religieuses. Louvain. vol XXIII, l976/4, pp. 383-395.
-Guilhot, J. Désir et conduite. Paris : Denoël, l974.
-Hesnard, A. L'univers morbide de la faute. Paris : P.U.F. l949.
-Lapassade G. Essai sur la transe. Paris : Ed. Universitaires. l976.
-Lévi-Strauss,Cl. (coll) L'identité. Paris : P.U.F. l983.
-Malinowski,B. Crime and Custom in Savage Society. Traduction : Trois essais sur la vie sociale des primitifs, Paris : Payot l926.
-Maurice, F., Miaille, M. Violence et violence du droit. Deviance et Société. Genève : Medecine et Hygiène, Vol. IV, n° 2, l980.
-Mertens de Wilmers.  Identifications, modèles culturels et changements. L'Evolution Psychiatrique, l971,XXXVI,l. Privat.
-Murphy H.B.M. Ethnopsychiatrie, les psychoses. Encycl. méd. chir. Paris, Psychiatrie, 4-1978,37725 A-10.
-Murphy H.B.M. et Tousignant M. - Méthodologie de la recherche en ethnopsychiatrie. Encycl.méd. chir., Paris, psychiatrie, 4-1978,37726A-10.
-Nathan, T. L'influence qui guérit. Paris, Odile Jacob. 1994.
-Passeron R. Création et Répétition. Paris Clancier-Guenaud. l982.
-Pohier, J.-M. Psychologie et Théologie. Paris : Cerf,l967.
-Prince R.A. - Thérapie et culture. - Encycl.méd.chir., 4-1978,37725 D-10.
-Reik, Th. Le rituel-psychanalyse des rites religieux. Paris : Denoël, l974.
-Scheper-Hugues N. Saints, Scholars and Schizophrenics : Mental illness and Irish Culture.Berkeley : Thesis, University of California. l976.
-Shoham, S. Culture conflict as a frame of reference for research in Criminology and Social Deviation. in M.Wolfgang (ed.) Essays in Honor of Thorsten Sellin.
-Shopenhauer, Le fondement de la morale, Paris, Flammarion, .
-Tousignant M. et Murphy H.B.M. Fondements anthropologiques de l'etnopsychiatrie. Encycl. Méd. chir. Paris, psychiatrie, 4-1978, 37715 1-10.
-Tremblay, R.E. Favard, A.-M. Jost, R. Le traitement des adolescents délinquants. Perspectives et prospectives internationales. Paris : Fleurus.l985.
-Wolfgang, M.E., Ferracuti, F. The subculture of Violence : Towards an Integrated Theory in Criminology. London : Tavistock, l967.
-Yinger, M. Contraculture and Sub-Yochelson, S., Samenow, S. The criminal personality, vol l : A profile for change, New York : J. Arolson. l976.

b) Criminologie et Rééducation morale

-Aronfreed, J. Condict and conscience. New York : Academic Press. l968.
-Baruk, H. La prophylaxie criminelle et les valeurs morales. 
-Benoit, J.C., Guilhot, J., Mathé, A.C. Sivadon, P. Créativité et guérison. Paris, :L'Expansion,l969.
-Berta M., Benoit, J. C. Le projet psychothérapique. Paris : Denoël.l976.
-Bissonnier, H. Pédagogie de résurrection. De la formation religieuse et de l'éducation chrétienne des jeunes handicapés et inadaptés. Paris : Fleurus.
-collectif. La formation dans les prisons. Agence Nation. pour le Dev. de l'Education Permanente.l980.
-Cusson, M. Le contrôle social du crime. Paris : P.U.F. l983.
-Debuyst, C. Criminels et valeurs vécues. Louvain : Publications Universitaires. l960.
-Mazerol Marie-Thérèse, Evolution et devenir du criminel, Paris : Le Centurion, l977.
-De Greef E. Actes humains et valorisations normales ou pathologiques, in Amour et crimes d'amour. Bruxelles : Dessart l973.
-Ellis G. Réapprendre la liberté. La réhabilitation basée sur le champ unifié. Paris Ed. Club 83. l985.
-Hesnard, A. Psychologie du Crime. P.U.F. l963.
-Lopez, M.-L. Handicapés sociaux et resocialisation. Paris : Masson : Medecine et Hygiène l979.
-Matisson M.-D. Sociothérapies ou Psychothérapies. Paris : Editions Universitaires . l971.
-Piaget, J. Le jugement moral chez l'enfant. Paris : P.U.F. l932.
-Reik, Th. Le besoin d'avouer. Psychanalyse du crime et du châtiment. Paris : Payot. l973.
-Robert Ph. et Lascoumes, P. Les bandes d'adolescents, une théorie de la ségrégation. Paris : Ed. Ouvrières, l974.
-Shore, M.F. and Massima, J.L. Fifteen years after treatment : A follow-up study of comprehensive vocationally oriented psychotherapy. Amer, J. Orthopsychiatry, 49 (2), 240-246, april l979.
-Sivadon, P. et Gantheret, F. La rééducation corporelle des fonctions mentales. Paris : E.S.F., l973.
-Tap, P. (ed.).Identité individuelle et personnalisation. Toulouse : Privat, l980.

c) Bibliographie sur le processus de "téchouvah".

Notre propos n'a pas été de dresser un répertoire de tout ce que la tradition juive a écrit au sujet de la téchouvah mais, auprès de maîtres, pendant des années, nous avons lu et étudié ces textes qui s'étendent sur de nombreux siècles en  y isolant spécifiquement les dimensions qui correspondent à une démarche de modification psychologique parallèle à la démarche "spirituelle" proposée. Les références  présentées sont donc lues par nous dans cette seule direction. Les références bibliques ne sont choisies  qu'en fonction des commentaires traditionnels les référant à cette approche de la psychologie et de la téchouvah. Cette lecture des textes puis cette présentation organisée en fonction de la psychologie de la téchouvah, permettra nous le pensons de mettre en évidence  une anthropologie méta-psychologique qui est latente  et dispersée dans les textes traditionnels juifs. 

Talmud
Bérakhote 7a, 10a, 17a, 23a, 34b
Chabbate 32a, 56b, 104a 123a, 
Irouvine 13b, 69b,
Pessa'him 54a, 119a, 
Yoma 8a, 36b, 85b, 86a
Soucca 53b. Roche Hachana 16b, 17b, 31a. Taânite 16b, 23b. %éguila 17b. 'Haguiga 15a. Yébamote 21a. Nédarim 32b. Sota 7b, 14a, 35b,47a. Qiddouchine 40b. Baba Qama 94b. Baba Metsia 58b. Baba Batra 16b, 110a. Sanhédrine 7a, 37a, 90b, 97b, 102a-103a, 105a, 108a109b. Âvoda Zara 4b, 7a, 19a. Avote 4, 11. Orayote 2a. Mena'hote 29b, 53b. Nidda 70b.

Middrache Rabba
Béréchite 2,5; 12,9 ; 21,6 ; 22, 27 ; 32, 10 ; 38, 13 ; 44, 15.
Chémote 7, 2 ; 11, 2 ; 12, 1 ; 13, 4 ;15, 1 ; 15, 4 ; 21, 5 ; 23, 11 ; 27, 5 ; 31, 1 ; 36, 1 ;
Vayiqra Rabba 7, 2 ; 10, 5 ; 26, 8 ; 34, 6.
Bemidbar 2, 8 ; 3, 12 ;7, 10 ; 8, 2 ; 10, 1 ;10, 14 ; 11, 16 ; 13, 5 ; 14, 4 ; 18, 6 ; 20, 13 et 17-18.
Dévarim 1, 21 ; 2, 26 ; 7, 12 et 18 ; 8, 4.
Ruth 3, 3.
Eikha Peti'ha 25. 3, 34. 4, 22.
Qohéléte 1, 27 et 38 ; 4, 10 ;7, 32 ; 8, 17.

 Tan'houma Béréchite 9 ; Noa'h 4, 5, 8, 18 ; Béchala'h 15 ; Tazriâ 9 ; Métsorâ 4 ; Qora'h 7 ; Haazinou 4.

- Mots de la racine "Shouv" dans la Bible, Talmud, Zohar et leurs commentaires.
-Moses  Aberbach . Problems of discipline and punisment in the period of the Bible and Talmud. Shevilev Hahinuch, Vol XXIX, n° 3. (Spring, l969).
- Bahya Ibn Paqüda. Hovot Halevavot. 11° siècle. (Traduction française par André Chouraqui. Bruges : Desclée De Brouwer , l952, Septième Portique, La pénitence.).
- Rabbi Eliyahu Eliezer Dessler. Michtav Me-Eliyahu. (Traduction anglaise par Aryeh Carmell. New York : Feldheim, l978).
- Théo Dreyfus  Les modalités du retour sur soi d'après un moraliste juif du XIII° siècle, Rabenu Yona Gerondi. Revue de Théologie et de Philosophie. Lausanne. l969.
- Pirkei de Rabbi Eliezer. Hébreu.1° siècle. (Traduction française,  Paris : Verdier. 1983. ch. 23 et 43).
- Rabbi Moshe Feinstein. Responsa relating to the laws of Repentance. in Moshé Goldenberg, A practical guide to the mitzvah of Teshuva. N.Y. POB 82, State Island, New York.
- Rabbi David S. Goldstein. Teshuba : The evolution of the Doctrines of sin and repentance in classical Jewish thought, with reference to Maïmonides' Hichoth Teshuba. Thesis, St. Mary's Seminary and University, l74. Michigan , Ann Arbor, University Microfilms.
- Benjamin Gross. Phénoménologie de la honte : Etude comparée - Le Maharal et quelques philosophes modernes. Revue Niv Midrashia. Tel Aviv, l980.
- Rabbi Haïm de Volozhyn. Nefesh hahaïm. (l824).Hébreu,  Ed. Zilber. Jerusalem. l984. (Traduction française par B. Gross , "L'âme de la Vie". Paris : Verdier, l986).
-Naftali Hoffner. Taarat Halashon veha nefesh. Tel Aviv : Mossad Eliezer Hoffner. l986.
- R. Yeshayah ben Avraham haLevi Horowitz (Shlah haKadosh). (l560-l630. Amoud ha techouvah. in Massekhet Yomah. in Shnei louhot ha berit.
- Abraham Isaac Kook. l865-1935.  Orot hatechouvah.  Les lumières du retour. Jerusalem : Mossad haRav Kook. Traduction anglais :  Alter Metzger. Rabbi's Kook Philosophy of Repentance. NewYork, Yeshivah University Press. l968.
.- Abraham Livni. Le retour d'Israël et l'espérance du monde. Paris : Editions du Rocher. 1984.
- Moshe Haïm Luzzatto.  l8° siècle. Derekh hashem. Messilat Yesharim.. (Eds. bilingues   hébreu-anglais. Jérusalem : Feldheim Publishers).
- Maharal de Prague (Rabbi Juda ben Betsalel Liwa). l6° siècle. Netiv Hatéchouvah. Dérekh Haïm (Commentaire des Pirkeï Avot).
- Maïmonide (Rabbenou Moshe Bar Maïmon, Rambam. l2° siècle.) : 
         - Hilhot ha techouvah. in Mishnei Torah. in Hayad    hahazakah.            - Shmona prakim (Traduction française:Traité des huit      chapîtres. Paris : Verdier. imprimé à la suite du Guide des Egarés. 1979).
-  Rabbi Nahman de Braslaw. Lekutey Moharan. l815. Editions bilingues. Jerusalem : Yeshivat Hassidei Breslov.
- Avot de Rabbi Nathan . Hébreu. entre le l° et le 9° siècle. (Traduction française, in Leçons des Pères du Monde. Paris : Verdier. 1983).
- André Neher . L'essence du prophétisme. Paris : Calmann-Lévy. l972.  pp. 231-235.
- Pirkeï Avot. (Traduction française, in Leçons des Pères du Monde. Paris : Verdier. 1983).
- Pinhas H. Péli. Al Hatechouvah (l975). (Version anglaise : On repentance in the thought and oral discourses of Rabbi Joseph B. Soloveichik). Jerusalem : Orot Pub. House. Unipress. l980.
- Gaon Maran Yossef Qaro. Kessef Mishneh. Commentaire de Hilkhot techouvah, de Rambam. l5° siècle.
- Mordecai Rabinowitz. Igaroth Harambam. Tehiyat Hametim. Jerusalem, l968. pp. 341-493.
- Saadia ben Yossef HaGaon. Emunoth ve-Deoth. 5° Traité.
- Rabbi Schneour-Zalman de Liady. Igueret hatechouvah, in Likoutei Amarim. Tanya ch III. l8° siècle (Traduction anglaise et française. Paris : Merkos l'Inyonei Chinuch). 
- Moshe Halevi Spero. Judaism and Psychology. Halakhic Perspectives.  New York : Ktav; l980.
- Moshe Halevi Spero Handbook of Psychotherapy and Jewish Ethics. Jerusalem : Feldheim, l986.
- Shubert Spero. Morality, Halakha and the Jewish Tradition. New York : Ktav; l982.
- Rabbeinou Yonah Avraham de Gérone. Shaarei Téchouvah. l3° siècle. (Ed. bilingue hébreu-anglais. Jérusalem : Feldheim Publishers. l967).

5) Précaution méthodologique sur les  rapports entre psychologie et éthique juive.

Mettre en parallèle  deux processus qui se situent à des niveaux différents (le niveau du "spirituel/religieux" et le niveau du "psychologique") peut sembler contraire à toute méthodologie pertinente. Dans une question importante comme celle là, il faut avancer par éclaircissements progressifs.

 L'objection précédente ne peut s'appliquer à cette étude, pour plusieurs motifs :

a) Torah et dimensions humaines
- La Torah  qui est à la base de ce processus de rééducation par la téchouvah n'est pas une dimension située hors de notre appréhension humaine : "elle n'est pas dans les cieux",  "elle parle le langage des hommes" .
- Elle concerne les dimensions internes et externes de leur comportement. Nous parlons donc de ces manifestations et non pas d'autres niveaux qui ne peuvent pas être compris par une compréhension psychologique. C'est l'ensemble de ce comportement qui est concerné : il est prescrit de "marcher dans toutes Ses voies"  et les commentaires indiquent précisément qu'il s'agit des caractéristiques de l'activité, de l'affectivité et de la relation, de lenteur à la colère, de bonté, de la relation physique aux personnes qui ont besoin d'aide . 
- Les maîtres discutent pour savoir quel est le prototype de personnalité humaine qui correspond au personnage qui parviendrait ainsi à marcher dans toutes Ses voies : s'agit-il du 'hassid, du tsaddik  ou du "moyen", le beinoni .
- Nahmanide en donne le motif fondamental : c'est que toutes les manifestations de la compréhension humaine sont  "fruits de la Torah et fruits des fruits de la Torah" . Le Maharal prolonge cette conception en déclarant que toute sagesse, celle d'Israël comme celle  des autres nations , est une partie de la Sagesse de Dieu .
- dans la création, nous y reviendrons, D.ieu a placé la source de l'instinct qui porte au mal (le yetser ha ra) et, dit-il, j'ai créé son antidote, la Torah . Il s'agit donc bien de la prise en charge de toutes les dynamiques du comportement suscitées et corrigées à la fois.
- La Bible et ses commentaires  explicatifs parlent des problèmes de Moïse en ce qui concerne la distraction, la mémoire, la culpabilité, l'émoi, la colère .
- Les Pirkei Avote donnent continuellement des conseils concernant la concentration, la pensée, la mémoire, la manière d'apprendre afin d'assurer l'efficacité de la vie en conformité avec la morale divine  ; il s'agit donc bien d'un lien de communication entre ces différentes instances psychologiques et spirituelles.

b) non réductionisme.
Nous ne prétendons nullement réduire les dimensions religieuses aux seuls processus psychologiques sous prétexte que ces derniers y sont présents.

c) utilisation des sciences pour la compréhension de la Torah.
Ce recours à la comparaison entre la dynamique spirituelle et la dynamique  psychologique dans une telle question est également légitime pour un autre motif : dans la tradition juive,  chaque génération doit utiliser toutes les ressources qu'elle a à sa disposition pour mieux comprendre la torah ou les mitsvotes ; c'est même un devoir ; et la science psychologique est l'une de nos ressources en notre siècle de l'Histoire juive.
Ainsi, au 12° siècle, dans son Traité des Huit chapîtres, Maïmonide n'hésita pas à utiliser la science psycho-médicale de son époque pour jeter des éclairages sur la proposition de l'éthique juive face au fonctionnement de l'homme tel qu'il est. Alors que de nombreux ouvrages de Maïmonide ont été critiqués ou refusés par les courants orthodoxes du judaïsme, ce Traité a été unanimement accepté .

d) Différences de champ.
Il faut préciser le point de rencontre entre la psychologie, la psychanalyse et la téchouvah.  Le but de la téchouvah est plus large, il vise une rénovation plus complète de tout l'être (une "chlémoute"). Le but précis de la psychothérapie et de la psychanalyse est plus restreint : c'est d'aider quelqu'un qui souffre de son incapacité à modifier ce qui ne va pas dans la vie personnelle, ce qui le fait souffrir et qu'il ne réussit pas à modifier par l'effort individuel de connaissance. 

e) Points de rencontres.
Aider l'homme à mieux comprendre son fonctionnnement psychique ou global et à en devenir maître davantage, voilà le point de rencontre avec la téchouvah. 
 En effet, comme le montre Maimonide , la téchouvah ne concerne pas seulement les fautes dans l'action extérieure comme le vol, le meurtre, l'adultère, etc., mais aussi des attitudes psychologiques nocives (déote raote) dont nous disons la liste dans le "vidoui" (confession) : "achamnou, bagadnou..."  être méchant , violent, faux, de mauvais conseil, trompeurs,  illusionneurs, moqueurs, railleurs, rétifs, rebelles, harceleurs, entétés, odieux, avoir en horreur les autres, s'égarer, etc.
Le travail de rénovation de la téchouvah  ne vise donc pas seulement le "péché" précisément religieux  mais toutes les tendances qui concernent  l'homme,  même quand il ne pèche pas et le Traité Chabbate  cite l'exemple de tels hommes  qui n'ont pas péché et qui, cependant, ont fait téchouvah pour retrouver les forces fondamentales de leurs tendances de vie. 
Cette question était, d'ailleurs, la base du conflit entre les talmudistes traditionnels et les 'hassidim  ; la conclusion fut que , même chez les plus développés en sagesse ou sainteté, la téchouvah est toujours nécessaire du plus profond du coeur pour "déraciner l'Amalek qui refroidit l'aspiration à Dieu et les moyens de Le servir". La techouvah a donc une signification différente selon le niveau de l'être de l'individu mais elle concerne toujours le travail de perfectionnement et de développement de ses tendances et aspirations.

Sur cette base, nous pouvons mettre en correspondance le système de l'amélioration par la téchouvah et sa lecture par la compréhension psychologique. En effet, comme nous allons le découvrir, la téchouvah n'est pas une vague exhortation morale sur laquelle les prophètes  reviendraient par de multiples biais. 

Nous comprenons la difficulté du lecteur occidental : sa lecture, uniquement morale et non psychologique, lui est donnée par une lecture chrétienne de la Bible qui ne voit plus dans les  5 livres de la Torah  qu'une base théologique ancienne. Le lecteur occidental est imprégné de cette lecture séculaire et il ne découvre pas la complexité pédagogique comme il  parviendrait à le découvrir si je lui décrivais les rites d'une tribu africaine. J'insiste donc auprès du lecteur pour qu'il retrouve cette virginité du regard et comprenne que, au contraire, la téchouvah est présentée dans les textes antiques et dans la pédagogie juive d'aujourd'hui comme une méthode très précise, structurée, qui aborde successivement et dans un certain ordre, les différentes dynamiques qui meuvent l'homme. C'est un rite complexe et précis. Nous allons l'exposer. 

Ayant bien compris maintenant qu'il y a une démarche méthodique de la téchouvah, il est également possible de l'interroger avec la grille, elle aussi  systématique, que nous donne la psychologie.

f) Le péché, la sainteté et l'amélioration.
Cette conjonction repose sur la conception particulière du péché dans le judaïsme : l'homme ne pèche vraiment que si un vent de folie et d'égarement s'empare de lui. Maïmonide parle des 'holé hannefesh (les maladies de l'âme") .
Sur cette base, nous trouvons un autre point de rencontre entre la psychologie et la téchouvah.  Isaïe  donne la  description très précise de ce processus d'échec humain dans les attitudes qu'est le péché  : ce dernier est basé sur l'incapacité à écouter, à entendre, à comprendre, mouvements internes qui concernent la psychologie et qui conduisent l'homme à ne pas pouvoir revenir à Dieu et à se modifier soi-même.
Le prophète indique les étapes à traverser pour y parvenir à nouveau : il ne suffit pas de se revêtir d'un style extérieur de sagesse, s'acheter les vêtements portés par les Sages. Il ne suffit pas non plus de pleurer et de demander grâce, il est indiqué que cela seul est inefficace . Comme pour l'année jubilaire, ce qu'il faut  c'est rentrer dans la possession de soi  par ces étapes : écouter , entendre, comprendre. Nous pouvons synthétiser cette conception par le recours à l'image et l'instrument du chofar (corne dont on sonne dans les cérémonies de pénitence) pour parvenir à "être saints". Or le chofar est constitué de la racine linguistique qui signifie "amélioration" .

Si ce travail préalable sur soi n'est pas effectué, on ne parvient pas à quitter la tristesse, la mélancolie, la colère, l'anxiété et Dieu n'accorde pas la prophétie  dans de tels états.  L'arrêt de la prophétie se manifeste quand le prophète est sous l'emprise de la passion sexuelle , du meurtre , de la colère , du chagrin  ou du souci   ; on aboutit alors à cette fausse techouvah dont parle Jérémie   qui est  tournée contre les autres et qui les opprime. La prophétie ne réside que dans l'homme savant, fort et riche moralement.
Maïmonide le résume clairement : la techouvah, c'est se remettre en présence des conditions de notre désordre intérieur pour les surmonter.

g) Point commun : la parole.
Un autre éclairage sur la rencontre entre la techouvah et la science psychologique moderne, c'est que ce travail intérieur se fait en parlant : Comme dit Osée   : "reviens Israël, prenez avec vous des paroles et revenez à Dieu".

6) QUESTIONS PSYCHOLOGIQUES SUR LE PROCESSUS DE TECHOUVAH.
 

Quand un individu manifeste un changement important et souvent rapide dans son orientation de vie, dans ses orientations morales, dans son lien à la société, dans l'image de soi, l'éducateur et le psychologue se posent un certain nombre de questions s'ils ne veulent pas être aveugles. En effet, l'expérience a montré bien souvent qu'il peut s'agir de fausses solutions dont l'individu pâtit ensuite douloureusement. Cette position critique ne manifeste pas un scepticisme idéologique, une étroitesse de vue scientiste dans la compréhension, l'opposition  à des modes d'évolution qui relèvent d'une autre discipline que la psychothérapie ; il s'agit simplement de prudence et de besoin de comprendre.

Ajoutons également qu'il est sain pour cet individu inséré dans ce processus de changement de s'interroger  (comme psychologue de soi-même) sur la signification psychologique de ce changement : cette évolution peut être un développement positif, l'épanouissement  des phases antérieures qui se préparaient, la synthèse de la personnalité jusque là fragmentée, le réglement de nombreuses difficultés qui est le signe de la réalisation de la personnalité ; cela peut être également -et nous insistons sur le mot "également"- un camouflage de difficultés antérieures, une fuite qui permet de quitter les difficultés réelles en les masquant alors que la dynamique interne continue ses effets négatifs dans le refoulement ; une magnifique sublimation peut-être une fausse sublimation et, tôt ou tard, les effets en retour sur la personnalité seront violents et destructeurs. Ce peut être, enfin,
la moins mauvaise solution pour une personnalité qui n'avait trouvé jusqu'ici que des formes auto-destructrices.

Nous faisons maintenant la liste de quelques unes de ces questions importantes portant sur le processus de changement lors du "retour" (téchouvah).

l -  L'origine du changement. 
Ce changement a-t'il  été vécu comme venant de l'intérieur de soi-même ou comme suscité de l'extérieur, comme un don , un ordre, un appel ? Où est la source de l'initiative ? Qui l'éveille ?

2 - Le niveau du premier changement.
Sur quel plan le changement s'est-il amorcé  : dans l'action, dans l'interrogation intérieure, l'imagination ?

3 - Les ressources initiales.
Sur quelles ressources a-t'on pu s'appuyer pour commencer à évoluer ?

4 - La conscience de soi.
Quel était le degré initial de conscience face au désordre intérieur ?

5 - La sensibilité à une proposition externe.
A quelle proposition particulière de la Torah le 'hozér bi-téchouvah  a-t'il été sensible face à ce désordre intérieur ?

6 - La lecture toraïque du conflit interne.
Quelle  analyse de soi comme être interne divisé a-t'il pu faire avec l'aide de la grille de lecture de la Torah ?

7 - Les tendances destructrices.
A quelle proposition d'évolution de ses tendances destructrices a-t'il été sensible ?

8 - Le choix du remède.
En quoi la Torah, plutôt que toute autre mesure,  a-t'elle pu être choisie comme un remède ou une thérapie  ?

9 - Le nouvel homme.
A quelle conception de l'homme nouveau a-t'il été sensible ?

10 - Le jugement et le nouveau processus de changement.
A quelle  solution psychologique particulière de changement, le 'hozér bi-téchouvah, bloqué sur le plan psychologique et condamné sur les plans  judicaires et sociaux, a-t'il pu être sensible ?

11 - Le sens de l'échec.
Quel sens nouveau a-t'il pu donner à son échec personnel antérieur pour s'appuyer dessus et avancer ?

12 - La religiosité.
En quoi ce sens nouveau est-il, ou non,  religieux ?

13 - L'étude.
Pourquoi cette évolution s'appuie-t'elle particulièrement sur l'étude des textes ?

14 - Le désir.
Quelle est la nouvelle relation du sujet à son désir dans cette évolution ?

15  -  Les modèles identificatoires.
A quel modèle externe l'image de soi tend-elle à se référer ?
Quel est le rapport entre l'image identificatoire et le vrai moi ?

16  -  Les supports collectifs de la nouvelle identification.
Quelle est la dynamique psychologique interne qui s'exerce lors des manifestations de soutien collectif à cette évolution ?

17  -  Le narcissisme.
La nouvelle image de soi est-elle narcissiquement satisfaisante ?

18  - L'unification de la personnalité.
La nouvelle organisation de personnalité s'avère-t'elle unifiée ou discordante?

19  - Les liaisons dans la personnalité.
Quelles sont les nouvelles liaisons entre les composantes de la personnalité ?

20  -  Les liaisons relationnelles.
Quel est le mode de relations nouvelles avec l'entourage ?

21  -  Les relations conflictuelles.
Quel est le nouveau mode de résolution des relations conflictuelles ?

22  -  La dé-violence.
Quelle est la forme de gestion des pulsions violentes ?

22 - Le fonctionnement intellectuel.
Qu'est devenue la confusion intellectuelle initiale ?

23  -  Le lien aux générations.
Qu'est devenu le lien aux générations précédentes après cette évolution de la personnalité ?

24  -  Les risques psychologiques dans le processus de téchouvah.

Pour chacune de ces questions,  examinons  maintenant ce qu'en dit, dans son langage, l'expérience de la tradition juive . Nous ne puisons pas au hasard des textes traditionnels qui sembleraient en conjonction avec nos préoccupations mais nos références puisées dans les textes traditionnels sont sélectionnées par ce critère : les grands commentateurs les ont mis eux-mêmes en rapport avec le processus de téchouvah, dans le Talmud, le middrache et les commentaires classiques au long des siècles.

Ce rassemblement que nous réalisons des dimensions traditionnelles de la téchouvah était indispensable pour ne pas plaquer quelques  préjugés psychologiques ou sociologiques sur cette démarche.

Nous précisons également ces données  parce que ces concepts sont clairement présents dans les textes connus des éducateurs impliqués dans le processus éducatif de téchouvah et parmi les personnes qui sont en cours de téchouvah : ils peuvent les trouver soit dans leur étude  des textes traditionnels soit dans le discours de leurs éducateurs ou collègues ; ils les ont intégrées aussi culturellement et dans leur mémoire auditive.

Nous mettons ainsi en valeur les paramètres psychologiques qui, peut-être, sont en jeu actuellement dans  le processus de téchouvah (retour)  particulièrement présent  dans la société israélienne et, plus précisement encore, répandu parmi les délinquants dans les prisons.  Ces concepts ainsi isolés servent de base à la recherche sur  l'évolution psychologique qui se déroule au cours de la téchouvah. 


II    ANTHROPOLOGIE  et METAPSYCHOLOGIE JUIVES

Pour comprendre le langage des textes présentés, il est nécessaire de préciser préalablement quelle est la représentation du fonctionnement "intra-psychique" dans le judaïsme :
1)  l'absence de dualisme corps-âme dans l'image de soi,
2) les dynamiques de fonctionnement de l'individu : 
            a- complexité de la  "chair" (bassar),
            b- l'intelligence émotionnelle du "coeur" (lév),
            c- les 5 niveaux  de régulation   : 
 l'identité (néféche), l'esprit (roua'h), l'âme (néchamah),  le niveau vital (haïa), la source d'unité (yé'hidah).
3) le malade mental :
           a- les diverses nominations et définitions, les symptômes et procédures de diagnostic.
           b- ses droits,
           c- l'irresponsabilité.
4) le déviant et le pervers.
 

III  ANTHROPOLOGIE  JUIVE  DE LA TECHOUVAH

1) L'origine du changement.
Ce changement a-t'il été vécu comme venant de l'intérieur de soi-même ou a-t'il été vécu comme suscité de l'extérieur, comme un don, un ordre, un appel ? Où est la source de l'initiative ? Qui l'éveille ?

   a) Initiative de l'homme.

La téchouvah (retour de l'homme à D.ieu et aux hommes, repentir ou modification morale de l'existence)  n'est pas  une grâce  gratuite, une mesure de pardon que l'homme pourrait seulement implorer.  Non seulement,  la décision de l'homme lui-même peut mettre en route le processus mais  l'initiative de la décision lui revient entièrement. 

b) l'action de l'homme envers D.ieu.
L'homme déclenche la réaction divine qui s'ensuivra : "revenez à moi et je reviendrai à vous" , dit D.ieu. Le fait que, parfois, l'homme demande à D.ieu de le faire revenir   ne supprime pas  la primauté de l'initiative de l'homme car c'est lui qui fait cette demande et, en la faisant, il se prépare intérieurement à y répondre et à s'y conformer.
L'insistance sur la part active de l'homme dans ce processus n'en élimine pas D.ieu mais il est situé comme "désir et aspiration" plus que comme maïtre et gouverneur du monde. La présence de D.ieu dans ce processus est celle d'une voix qui manifeste son attente : "D.ieu demande que l'homme fasse téchouvah " ; les étapes sont bien précisées : d'abord se manifeste une voix douce que peuvent seuls entendre ceux qui sont orientés en ce sens ... ensuite elle invite à la téchouvah... puis l'homme prend éventuellement l'initiative dans les actes... enfin, D.ieu revient .
La qualité particulière de cette voix n'en supprime ni la force ni la proximité. En effet, il est dit que "D.ieu est assis et aspire à la téchouvah d'Israël plus que le père a d'aspiration envers son fils et l'épouse envers son époux" . Cette aspiration n'est donc pas externe mais elle ne peut se reconnaître que depuis l'intérieur de soi-même comme quelqu'un ressent l'affection qui l'unit à quelqu'un d'autre.

c) La réciprocité.
Maïmonide insiste dans les cinq premiers chapîtres de "Hilkhote hattéchouvah" sur cette libre détermination de l'homme et sur l'efficacité immédiate qui est déclenchée ensuite auprès de D.ieu après cette mise en route de l'homme : "ils parleront encore que, déjà, Je les aurai exaucés"  . Il faut souligner le fait que c'est le même terme qui est utilisé dans l'action de l'homme et dans la réponse divine : revenir. Il y a réciprocité totale des attitudes des partenaires.

Bien plus, l'homme  a le droit d'initiative de téchouvah envers D.ieu lui-même. Après l'épisode du Veau d'or, Moïse ose dire à D.ieu : "fais téchouvah de ton emportement"   et  le plus étonnant  c'est que D.ieu révoqua le malheur  vers lequel il s'orientait envers son peuple. 

Soulignons, en jonction avec cette question que, dans la tradition juive, D.ieu est présenté comme étant lui aussi en position d'erreur ou de "faute". Présentons-en, deux exemples importants :
- après la Création, les deux luminaires symboliques de la masculinité et de la féminité (le soleil et la lune) étaient à égalité de taille ; la lune contesta l'utilité de cette dualité pour donner une seule lumière. Etait-ce la non-acceptation de l'égalité ?  En punition de cette intolérance, D.ieu réduisit la taille et l'éclat de la lune , en attendant les temps messianiques  ; cela symbolise probablement le temps où les relations entre l'homme et la femme redeviendront plus faciles et moins rivales. Mais D.ieu regretta son abus de pouvoir et de rigueur dans la justice (le "din"") et il demanda que, désormais, chaque début du mois, un sacrifice de repentir soit offert en souvenir de cette erreur et de ce  repentir de D.ieu. C'est le début du rite de Roche 'hoddéche (commencement de chaque mois) qui se poursuit encore dans le judaïsme sous d'autres formes que celle du sacrifice.
- après deux ans et demi de discussions sur le fait de savoir s'il eut mieux valu que l'homme ne fut pas créé (étant donné sa faible valeur morale), les deux Ecoles les plus célébres de Sages qui s'opposaient dans toutes les discussions firent accord pour une fois sur le fait qu'il eut mieux valu qu'il ne fut pas créé  en cet état. Ils ajoutèrent : maintenant qu'il est ainsi créé, il faut se réjouir qu'il ait reçu la Torah pour tenter de s'améliorer !  Soulignons l'audace des avocats de ces délinquants que sont les humains d'avoir osé déplacer le procès envers le Juge Suprême lui-même qui est son créateur. Dans le même sens, D.ieu lui-même reconnait ses erreurs dans la création : les Middrachim (commentaires allégoriques)  citent les nombreux mondes qui avaient déjà échoué avant la création du monde actuel .
Nous le voyons, l'erreur et la faute semblent généralisées dans la création. L'initiative de l'homme de se corriger après s'être jugé est ainsi relativisée. La culpabilité  juive n'est pas celle d'un péché originel inscrit comme une chute et une tare irréversible de "péché", désormais inscrite dans la nature de  l'homme qui ne devrait son salut éventuel qu'à la foi ou au décret souverain de D.ieu. L'approche est plus cosmologique et réciproque entre D.ieu et l'homme.

2) Le niveau du premier changement.
Sur quel plan le changement s'est-il amorcé chez l'homme : dans l'action, dans l'interrogation intérieure, l'imagination ?

a) Intériorité et téchouvah.
Cette initiative placée dans les mains de l'homme correspond aussi à l'échec continu du changement de l'homme quand D.ieu en prend l'initiative : "Ne soyez pas comme un cheval ou un mulet qui ne comprend pas, comme une bête brute... Combien de fois la Torah a élevé la voix de tous côtés pour éveiller les hommes mais ils dorment tous dans le sommeil et dans les forfaits"  . C'est que la téchouvah est un mouvement qui doit venir depuis l'intériorité même, de l'intérieur de l'homme et ne peut donc pas être déclenchée de l'extérieur.

C'est du centre du premier mot de la Torah, béréchite, depuis le point originel que se forme le changement : un jeu de lettres avec le mot "béréchite" forme simultanément les deux mots "honte" (dans l'homme) et "crainte" révérentielle (envers D.ieu). Ainsi D.ieu ne peut que placer devant l'homme la bénédiction et la malédiction  vers lesquelles il a la liberté de se précipiter par sa conduite. En langage anthropomorphique, il est dit que D.ieu observe cette évolution, il "voit" le repentir , comme en attente.

b) L'éveil du regard. 
L'éveil du regard semble être une étape préalable qui facilite l'accès à la téchouvah.  Ce processus apparait en étapes successives quand D.ieu présente à Moïse le buisson ardent,  celui-ci oriente son regard vers le buisson et dit "je veux m'écarter et voir" . Rachi, se basant sur la grammaire du texte, précise la signification : "je veux m'écarter d'ici pour m'approcher de là-bas", ce qui est la téchouvah. Plus tard, quand les Hébreux sont poursuivis par les Egyptiens, ils "lèvent les yeux et font téchouvah" et prient  .

Cet éveil préalable du regard de l'homme par rapport à la rencontre avec D.ieu s'insère dans la conception selon laquelle l'éveil d'en haut est suscité par l'éveil d'en bas("avodah tsorekh gavoah" ).

3) Les ressources initiales.
Sur quelles ressources l'homme a-t'il pu s'appuyer pour avancer ?

a) Les ressources .
Si D.ieu ne peut contraindre l'homme ni le devancer, Il a cependant mis à sa disposition des ressources que son initiative personnelle ne parviendrait pas à élaborer par lui-même . L'homme y trouvera les forces indispensables dont il ne disposait pas  auparavant  : cette ressource est constituée par les lettres de la Torah. 

b- L'éveil suscité.
L'homme en reçoit un "éveil" à la sainteté  qui aiguise sa compréhension . Fut-elle faible, la compréhension de la Torah exerce une influence positive réelle à la fois sur le sujet et sur l'ensemble du monde .  Il peut découvrir des dimensions positives là où il ne voyait que noir et mal. Cela est important car on sait qu'une part importante de la volonté d'agression de la part des hommes ou des délinquants vient souvent de ce qu'ils ressentent le monde comme mauvais et réagissent alors en agression face à cet adversaire situé dans leur imaginaire, même si la réalité y correspond peu ou prou.

c) Le ressenti des ressources.
Le candidat à la téchouvah constate ou , plutôt, ressent qu'il peut déclencher ces processus. 

d) Conditions d'utilisation des ressources.
Cependant, la Torah n'exerce cette influence qu'à trois conditions : 
- si elle est étudiée,
- si cette étude est centrée sur la force qui est interne aux secrets des structures du monde  et des structures de la vie,
- si cette étude est accompagnée d'une correction des actions  car si l'acte parvient au niveau de l'existence réelle dans l'action, il se branche alors sur les principes de la vie . 
Il ressent également que le bénéfice est proportionnel à l'étude : plus il se mobilise en ce sens, plus l'influence positive s'exerce .

Examinons maintenant comment  fonctionne ce processus psychologique dans l'étude de la Torah.

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