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Questions et réponses
(page 1)
par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour
Site Modia : http://www.modia.org


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Question :  les épreuves incessantes

Que nous dit la tradition juive sur les épreuves et souffrances ?
Pourquoi durent-elles si longtemps ?
A t-on des signes que l'on va arriver à la fin de ces épreuves ?

Réponse.
On ne peut pas avoir la prétention de répondre à de telles questions. Je ne ferai que partager ma recherche qui a été nécessaire et laborieuse. Les réponses faciles de ceux qui n'ont pas l'expérience ne sont souvent que des blessures maladroites supplémentaires.
Nos Sages se sont interrogés souvent sur ces thèmes et nous ont transmis leur enseignement. La Torah, guide de vie, n'est pas silencieuse sur la question.

1. Se taire
Les deux derniers chapitres du livre de Job, après 40 consacrés aux discussions sur ces thèmes, disent  : "j'ai parlé (et j'ai compris) je ne discuterai plus, dibbarti vé lo éêné".
De même, quand Moché Rabénou demande quelle sera la récompense de Ribbi Âqiva pour toute son étude et son enseignement, il lui est montré le maître écorché vif par les Romains. Il s'étonne et proteste et il lui est répondu : "tais-toi" (Traité Ména'hote 29 b). Cela veut dire que nous sommes devant un sujet où les réponses ne sont pas à notre niveau.

2. Il s'ensuit que la véritable attitude est la confiance dans la bonté divine, le 'hésséd. David avait également une longue expérience des épreuves dont il nous témoigne dans les psaumes et il a adopté l'attitude suivante :
tov-li ki ounéti lémaâne élmad 'houqéikha
il a été bon pour moi d'avoir été dans la misère car cela m'a fait apprendre tes secrets (Psaume 119, 71).

3. Le mot "épreuve" se dit nissayone, en hébreu. Il comporte tout le résumé de la pensée juive sur le problème car la racine du mot  signifie à la fois ces 5 sens interdépendants :
- souffrance terrible,
- examen, mise en examen, épreuve d'examen
- épreuve de compétition,
- miracle (nissim, voir Dévarim 4, 34),
- mise en valeur et en évidence, étendard élevé, victoire, éminence.

Le prototype de l'épreuve et de l'éprouvé est Avraham qui passera par  10 épreuves, comme il y aura ensuite les 10 plaies, les 10 commandements, etc.
Rachi apporte un enseignement qui dit que Job a été plus grand que tous ceux qui l'on précédé : vayéhi haiche hahou gadol milol béné-adam : Avraham est nommé haadam haddagol  (Livre de Yehoshua 14, 15) tandis que Job est nommé seulement adam gadol (homme grand) car Avraham a surmonté 10 épreuves terribles et Job une seule. 
Ajoutons que l'article est le signe de la présence divine. Nous devons être ces vrais fils d'Avraham, ce n'est pas une orientation de spiritualité idéaliste mais c'est un mode concret de vie. Que nous le voulions ou pas, nous n'avons pas le choix d'éviter ce sort de fils d'Àvraham. La fuite ou l'étourdissement dans les compensations de l'argent ou de la consommation ne changent rien.

Seule l'épreuve fait connaître la puissance divine et ce qu'est Son salut comme le dit Rachi en commentaire du mot massote dans Dévarim 4, 34 : massote vient de la racine de "nissa épreuves", et c'est par là qu'il fait connaître sa puissance : glorifie-toi de Moi si je peux faire ceci, cela est une épreuve..
Il faut lire tout le psaume 11 dont les différents passages éclairent le sens des trois mots  du verset 5 : Hachém tsaddiq yiv'hane (Hachém éprouve le juste). Le premier verset du chapitre 22 de Béréchite est à comprendre dans ce contexte.

4. Cela dit, je préfère transmettre simplement ce que nous disent les textes et non pas une philosophie personnelle. Chacun est assez sage pour s'interroger sur eux.

Eïne HQBH ménassé élla éte hattsaddiqim
Haqqaddoche Baroukh Hou ne met personne à l'épreuve si ce n'est les justes, tsaddiqim. Lui-même est Le tsaddiq et il examine Avraham (Béréchite Rabba 51, 1).

Eïne HQBH noténe guédoula laadam âd ché bodeqéhou
Haqqaddoche ne donne pas la grandeur à l'homme avant qu'Il ne lui ai fait passé un examen de mise à l'épreuve (Chémote Rabba 2, 3).

Achré aadam ché hou ôméd bénissiono 
Heureux l'homme qui tient le choc de cette mise à l'épreuve  (Béréchite Rabba 31, 2).

Nissayone richone ké nissayone haa'harone 
La première épreuve est comme la dernière (c'est la même processus expliquée ci-dessus qui se poursuit très longtemps)  (Béréchite Rabba 51, 1).

Youd nissionote nitnassé Avraham avinou néâmad békoulam ...
Avraham a été mis à l'épreuve 10 fois et il a tenu le choc à chaque fois... Dès sa naissance, toutes les puissances du monde voulurent sa mort  (Pirqé déRibbi Eliêzér 26).

Haya ménassé éte Avraham kol paâm oufaâm lidâ éte libo im yakhol laâmod vélichmor éte kol mitsvotéya chél Torah. 
Il éprouvait Avraham chaque fois successivement pour connaître son coeur et voir s'il était capable de tenir le choc et d'accomplir toutes les mitsvotes de la Torah  (Pirqé déRibbi Eliêzér  31).

Lo bara HQBH litsér harâ élla lénassote bo béné adam. 
Haqqaddoche Baroukh Hou n'a créé l'instinct du mal que pour soumettre à l'épreuve les hommes. (Zohar I, 106).

5. Le traité Bérakhote page 5 a nous enseigne la conduite à tenir en cas de souffrances ou épreuves terribles

- 1e étape : scruter notre conduite, la passer au crible et jusqu'à revenir vraiment à Hachém comme il est dit en Qohélet, Les lamentations 3, 40
Na'hpéssa dérakhénou vé na'hqora vé nachouva âd Hachém.

- 2e étape : si, malgré cela, on ne comprend pas encore ces souffrances, c'est probablement non seulement qu'on faisait mal mais c'est aussi que l'on n'était pas assez présent à la Torah car il est écrit :
Hachré haguévér achér téyassérénou ya, ou mi Torahtékha télamédénou (Psaume 94, 12).

- 3e étape : si cela ne permet pas encore de comprendre, on peut être assuré alors qu'elles sont la manifestation d'une attention divine de bonté car il est écrit :
ki éte achér yééhav Hachém yokhia'h 
car celui que Hachém aime, il le secoue (Michlé, Proverbes 3, 12).
Le texte de Bérakhote insiste sur l'axe dans lequel il faut comprendre tout cela : l'amour. Et de prendre l'image du sel qui pique mais adoucit les viande dures et donne du goût, c'est le méla'h bérite sel de l'alliance (Vayiqra 2, 13).

Il dit qu'il y a trois "cadeaux" exceptionnels qui ne peuvent s'acquérir que par des épreuves-souffrances :
- la Torah (il est faux de croire que l'on peut acquérir la Torah par quelques lectures ou conférences séduisantes et faciles, qui font du bien sur le moment ; il faut y passer beaucoup beaucoup de temps, et donc d'argent et de privations) :
- la terre d'Israël (il est faux de croire que l'on peut venir vivre en Israël quand tout sera bien et facile ; elle n'est donnée individuellement et collectivement qu'à travers des tracas réels et redoutables) ;
- le monde qui vient, le ôlam habba.


Pour terminer, quelle attitude avoir concrètement :
1. celle de Boâz qui dit à Ruth : "halo chamaâte biti, altélkhi lilqote béssadé a'her" n'as-tu pas entendu, ma fille, ne va pas glaner dans un autre champ (Ruth 2, 8) car la Torah a des réponses de vie. Et Bérakhote dit : si tu souffres à la tête, au coeur, au ventre, étudie la Torah car elle est source de vie.

2. celle de Ribbi Yo'hanane qui a eu 10 enfants qui sont tous morts ; il savait de quoi il s'agissait et consolait. Il s'est rendu auprès de Ribbi 'Hiya qui était malade et il lui dit : "est-ce que tu supportes bien ces souffrances en pensant que ce sont des châtiments pour les fautes ou parce que cela t'ouvrirait la vie future ?". Ni cela, ni cela, répondit Ribbi 'Hiya, ni les souffrances ni leur récompense (voyez la vérité des faits, des maîtres et de l'enseignement de la Torah). Alors, Ribbi Yo'hanane lui dit "donne-moi ta main", il la lui donna et il fut guéri. Cet enseignement dit tout : ils étaient dans la Torah, une Torah de vérité et il donnaient totalement d'eux-mêmes dans le concret. Cela ne veut nullement dire que la Torah a ses limites, car Ribbi Yo'hanane -pour dire "donne-moi ta main"et faire l'acte a su employer les mots les plus simples et qui étaient en même temps un nom de D.ieu. Grandeur des Sages. 
Il appliquait simplement la phrase qui rassemble en trois points toute la Torah (d'abord enlever tout ce qui est négatif puis faire le positif et qu'il intégré dans Hachém) : 
"ne te venge ni ne garde aucune rancune contre les enfants de ton peuple, 
lotiqqom vélo tittor éte béné âmékha
mais aime vers ton prochain comme toi-même, 
vé ahavta léréâkha kamokha
je suis Hachém ani Hachém".

3. L'assurance du bonheur. Ribbi Na'hmane de Braslav qui traversa beaucoup de souffrances (en particulier la perte d'un enfant qui était tout son bonheur et son espoir) répétait le passage du prophète Jérémie 31, 10-14 et, en particulier le verset 12 :
véhayéta nafcham kéghane ravé vélo yossifou lédaaga ôd.
Et leur personne sera comme un jardin d'agrément et il ne leur sera plus ajouté de soucis.
Et le texte continue :
"alors la jeune fille se réjouira et dansera, jeunes et vieillards ensemble ; je changerai leur deuil en joie et en consolation et je ferai succéder la joie à leur tristesse... mon peuple sera comblé de mes biens, dit Hachém".
Il citait le traité Taânite, page 31 a, qui donne une vision de cet état  :
"on disait au nom de Ribbi Eléâzar : dans les temps futurs, Haqqaddoche Baroukh Hou aura tous les tsaddiqim autour de lui et il s'assiéra au milieu d'eux. Ils chanteront et danseront et le montreront du doigt en disant le verset de Isaïe 25, 9 :
on dira en ce jour : voici, c'est notre D.ieu zé qivinou lo, celui-là nous avons espéré en Lui, nous avons eu confiance en Lui et il nous a sauvés, zé Hachém qivinou lo c'est Hachém en qui nous avons eu confiance, soyons dans l'allégresse et réjouissons-nous de Son salut."

4. Les psaumes nous donnent les mots que nous ne pouvons trouver et dans l'ordre juste pour nous exprimer eb ces phases.


Question : les 4 niveaux du commentaire

Vous avez écrit que le Chla marquait bien les 4 niveaux du commentaire. Ce serait bien si pour un verset par semaine, vous faisiez figurer clairement ces quatre niveaux par parvenir à une formation claire à ces différentes niveaux.

Réponse

Votre question sur les différentes niveaux du commentaire à placer sur le site est difficile. Dans le commentaire sur Vaét'hannane j'explique pourquoi, à la fin. J'en parle à la rubrique "Les maîtres" en présentant la pédagogie de Rachi, du Chla et de Rabbeinou Behayé. Mais je ne pourrai pas le faire systématiquement car chaque paracha à des points particuliers à exposer mais je le ferai parfois.

Vous trouverez une formation méthodique à ces niveaux à la page de l'index : comment étudier la Torah sur le site, située sous la liste de toutes les parachiyotes : http://www.modia.org/tora/etudier-torah.html

Comment étudier les niveaux différents du texte :

  • le pchate : Ki Tissa
  • le middrache : Péqoudé
  • le dérékh 'hayim : Péqoudéi
  • le taâm : Emor
  • les différentes interprétations : A'harémote.
Comment analyser un mot (dans le pchate)
  • 'haya : Chémini
  • émor : Emor
  • kol : Bé'houqotaï
  • léchém : Vayiqra
  • lechone qabala : Ki Tissa
  • nassa : Ki Tissa
  • qéddochim : Qéddochim
  • vénatati : Métsorâ
Connaître la méthode particulière de chaque maître :
  • Rachi : sa méthode (Tazriâ, Ki Tissa)
  • Rachi face à Onqélos (Ki Tissa)
  • R. Be'hayé (Vayaqel, Bé'houqotaï)
  • Le Chla (A'harémote, Qéddochim)
Reportez vous à la belle distinction des 4 niveaux qui est faite par Rachi et que vous trouverez dans la réponse à la question sur l'héritage des femmes.
 
 

Yehoshua Ra'hamim


Question : Pourquoi parle-t-on de 600.000 âmes dans le peuple juif ?

Je profite de cette opportunité pour vous poser une question à laquelle personne encore ne m'a donné de réponse satisfaisante.

En effet la tradition enseigne que lors de la sortie du peuple Juif d'Egypte leur nombre était de 600 000 âmes.Dans son livre Gevouroth Hachem, le Maharal de Prague insiste sur la nécessité que ce nombre fut atteint pour permettre cette sortie. Pourquoi ? Que représente ce nombre de 600 000? Merci d'essayer de m'éclairer un peu sur ce sujet.

Votre question touche au monde du middrache, explication de la Torah qui utilise les richesses des symboles et de la pensée imagée. Elle touche aussi à des niveaux plus intérieurs de la Torah, le sod que je ne toucherai pas ici.

Nous allons l'explorer dans le Middrache Rabba.
 
 

Dans Béréchite Rabba

Au chapitre 74, 17 sur Béréchite 32, 2 il est dit que Yaâqov rencontra ce nombre d'anges, 60 myriades (600 000) ; d'autres parlent de 120 myriades. Le sens donné alors est que la chékhina ne réside pas sur moins que ce nombre.

Il est dit que Yaâqov ne quitta pas le monde tant qu'il ne vit pas les 60 myriades de ses descendants. Cela indique ici une multitude (sur laquelle réside la chékhina, comme il est dit ci-dessus).
 
 

Dans Chémote Rabba

Au chapitre 3, 16, c'est en ce sens aussi que Moché demande à Dieu d'être préservé de la mission de libérer le peuple ; il dit alors : "vous envoyez des anges, mais pour délivrer les 60 myriades des enfants d'Avraham, c'est moi que vous envoyez !".
 
 

Dans Vayiqra Rabba

C'est là (10, 9) que se trouve l'expression précise que vous dites ; il est dit à Moché : "rassemble toute la communauté à l'entrée du Ohél moêd, la tente d'assignation", et Ribbi Eleâzar dit qu'ils étaient 60 myriades, et ce middrache fait la liste des endroits où il est ainsi dit que la multitude se rassembla dans un endroit très étroit. Ce miracle survient quand le peuple vit avec la chékhina.
 
 

Dans Bamidbar Rabba 

Cela se confirme dans le passage qui commente le verset de Osée 2, 1 ("il arrivera que la multitude des enfants d'Israël égalera le sable de la mer qu'on ne peut ni compter ni mesurer ; et, au lieu de s'entendre dire "vous n'êtes pas Mon peuple", ils seront nommés "les fils du Dieu vivant"). Le middrache indique alors que lorsqu'ils accomplissent la volonté de Hachém on ne peut les compter ; quand ils sont imparfaits, cela est possible mais ils ne sont cependant pas moins de 60 myriades. En effet, nous voyons que Moché nomme le peuple comme un peuple de 600 000 personnes quand ils se révoltent (Bamidbar ch 11, et Qohéléte Rabba 1, 5). Donc ce nombre n'est pas alors le niveau le plus élevé mais il indique cependant une grande qualité, preuve de la bénédiction et de la présence de la chékhina.

Vous pourriez me dire à juste titre : "nous avançons dans la résolution du problème, mais pourquoi ce nombre plutôt qu'un autre ?". 

Réponse : en 11, 3, ce middrache apporte le sens de 60 cité dans le Cantique des Cantiques 3, 7 : c'est l'état de l'homme qui a la crainte de Dieu et s'abtient de la faute et vit ainsi dans la plénitude (jeu sur le nom chalem et Chlomo). Et cela fait allusion, dit-il, aux 60 myriades qui sortirent d'Egypte et qui incluent les femmes et les enfants. Le sens est donc clair. Et il est l'aboutissement de la bénédiction promise. Voyez Rachi sur ce verset 3, 7, il dit explicitement que ces 60 sont les 600 000.
 
 

Dans Devarim Rabba

Cette différence entre le grand nombre imparfait et la perfection de la chékhina apparait aussi en Devarim Rabba où il est dit que lorsque les ennemis vinrent détruire Jérusalem, ils étaient 60 myriades d'esprits du mal ; mais, quand ils virent la chékhina avec son peuple bien qu'elle fût silencieuse, il passèrent leur chemin.

Cette dimension dramatique apparait aussi lors de la mort du Moché quand Samael (11, 10) l'esprit des forces du mal veut attaquer Moché et lui prendre sa vie. Moché lui dit : qui t'a envoyé ? - Celui qui a créé toutes les créatures. - Tu ne prendras pas mon âme. - Les âmes de tous ceux qui viennent dans le monde sont remises en mes mains. - Je suis plus fort que tout ce qui vient dans le monde. - Prouve-le. - J'avais 80 ans et j'ai accompli des miracles... et fait sortir 60 myriades d'Egypte...
 
 

Dans Chir hachirim Rabba

Votre éveil à cette question est un très bon signe car c'est elle que Rabbi (Chir hachirim Rabba 1, 65 et 4, 2) utilisait pour susciter la curiosité de ses élèves avant un cours ; il disait : "une femme en Egypte enfantait 60 myriades d'enfants en une seule fois". On lui demandait : comment est-ce possible ? Il répondait : "c'est Yokhébéd qui enfanta Moché qui pèse autant que 600 000 béné yisrael ; et c'est pour cela qu'on dit : alors chantera Moché et les béné yisrael".

Tout cela nous montre que nous faisons là le lien entre la valeur des béné yisrael et celle de Moché dont ils participent. Cette même participation à la chékhina et à la sainteté nous est indiquée par la multiplication (pérou ourevou) qui se produisit dès la construction du sanctuaire (ibid. 2, 69).
 
 

Nous pouvons maintenant comprendre le middrache qui fait le lien de tout cela (Chir hachirim Rabba 4, 5) : au Mont Sinaï quand les 60 myriades de béné yisrael étaient assemblées, accompagnèrent Hachém 60 myriades d'anges (également dans Middrache Tan'houma, Tétsavé 11) avec chacun une couronne dans la main et ils la déposèrent sur la tête de chaque membre du peuple. Cela nous explique que chaque membre du peuple participe de la gloire et de la sainteté du roi d'En-Haut qui seule est plénitude. Ce nombre réfère à la royauté suprême et à sa cour. 

On dit que 60 myriades d'anges accompagnèrent Yaâqov à sa sortie de chez Lavane (Chir hachirim Rabba 7, 2).

On parle aussi en ce sens de 60 myriades de prophètes qui existaient au temps d'Elie (4, 23).
 
 

On comprend maintenant que des commentateurs relèvent que la bénédiction des cohanim comporte 60 lettres.
 
 

Sens du middrache

Vous voyez par là que le middrache n'est pas une suite d'histoires merveilleuses confuses pour des populations primitives, mais c'est une organisation très logique de l'enseignement sous la forme d'un discours qui s'exprime par métaphores.
 
 

Cohérence du middrache et du pchate

En fonction de ce dernier point, vous trouvez ce même enseignement sur ce thème chez des auteurs qui l'ont structuré sous une forme plus rationnelle ; par exemple, Rabbénou Bé'hayé que nous citons constamment sur le site développe exactement ce même enseignement sur les mêmes versets.
 
 

La preuve par Rachi

Voyez également les commentaires de Rachi sur Chémote 18, 9 ; Bamidbar 25, 6 et 31, 8 ; Devarim 1, 10 ou ses nombreux commentaires sur Sanhédrine 111 a.

Ceci nous permet de comprendre une régle de Rachi : "je ne suis venu que pour mettre en évidence le pchate et si je choisis un middrache, c'est que ce middrache met le mieux en valeur ce pchate" (Béréchite 3, 8 : vaani lo vati ella lifchouto chél miqra ouléagada haméyachévéte divré hammiqra davar davour âl ofnavs.

Il n'y a donc pas contradiction entre ces systèmes d'interprétation et le middrache peut être très précis.
 
 

Résumé

Nous avons donc compris ce nombre comme une profusion de la création du monde d'En-haut, à laquelle se conjoint en notre monde les forces parallèles qui entravent. Si le peuple vit selon cet ordre qui est celui émanant du roi des rois, alors cette profusion se reproduit dans le monde et dans le peuple d'Israël, d'autres auteurs disent également dans la compréhension des mitsvotes et les interprétations de la Torah qui se révèlent.
 
 

Merci pour votre question qui,be'H, a permis de synthétiser ce sujet.
 
 

Tavo âlékha bérakha
 
 

Yehoshua Ra'hamim


Question : Quelle traduction de la bible choisir ?

...Je voudrais acheter une bible, une petite bible que je puisse facilement emporter partout. Et je ne sais pas quoi prendre... Ca pullule littéralement de bibles dans les rayons de la FNAC, par exemple (Bible de Jérusalem, Bible Segond, etc...). Je pose la question, c'est pour avoir une référence.

Réponse

Par tout l'ensemble de votre longue lettre, je vois que vous voulez connaître davantage le judaïsme. Or, les bibles sont traduites par des gens de courants religieux différents et, avec la plus grande honnêteté chacun traduit dans le cadre de ses références idéologiques et de sa croyance, comme un journaliste de tel journal traduira l'événement dans le langage de ses lecteurs.

Ces bibles que vous citez ne sont pas des bibles juives.

La Bible de Segond est un classique ancien et reconnu de la religion protestante. La Bible de Jérusalem est un classique récent de la religion catholique réalisée par les chercheurs catholiques dominicains de l'Ecole biblique de Jérusalem. Le nom de Jérusalem ne s'y réfère en rien au judaïsme dans ce titre, et ne doit pas vous conduire à une erreur, à l'heure où Jérusalem prend un sens pour vous.

Ces bibles contiennent ce que ces religions appelent l'ancien testament et le nouveau testament et sont donc, dans leur propre fidélité, totalement étrangères à la tradition juive et à son message.
 
 

Concernant la Bible de Jérusalem, je vous mets en garde contre l'appareil considérable de références, notes et introduction qui semblent apporter une garantie de sérieux scientifique. Mais, qui sait lire avec attention découvre ce qui est glissé au milieu et oriente. 

Un seul exemple : Au chapitre 9 d'Ezéchiel, le prophète décrit une vision où Jérusalem serait détruite à cause de ceux qui vivent dans les abominations sans respecter la Torah et l'ange de la mort reçoit l'ordre de marquer les justes d'un signe (tav) sur le front pour les préserver du désastre tandis que les autres qui vivent dans les pratiques abominables seront exterminés. Le mot signe se dit tav en hébreu ancien et courant sans erreur possible.

La Bible de Jérusalem change totalement le sens du texte en remplaçant ce mot "signe, tav" par "croix", ce qui est en plus une ineptie historique car Ezéchiel a vécu près de 600 ans avant les épisodes de crucifixion commis par les Romains. Le texte devient alors celui-ci : "n'ayez pas un regard de pitié, n'épargnez pas ; vieillards, jeunes gens, vierges, enfants femmes, tuez et exterminez tout le monde. Mais quiconque portera la croix au front, ne le touchez pas". C'est la citation exacte de la Bible de Jérusalem : cela devient l'annonce divine d'un pogrome à Jérusalem où les seuls chrétiens seront préservés. On tremble que l'on puisse écrire de telles choses après la Choa, après les silences de l'Eglise, après les repentirs progressifs et partiels de l'Eglise, après les amitiés judéo-chrétienne et les textes du concile.

Comment les traducteurs ont-ils pu commettre une telle falsification ? Car c'est de cela qu'il s'agit. Ils la justifient par une note qui ne fait qu'augmenter le forfait : "littéralement, d'un tav, comme traduit la Vulgate. Cette lettre avait, dans l'alphabet ancien, exactement la forme d'une croix". Une analogie visuelle dans la tête du traducteur devient la falsification idéologique d'une texte du canon juif qui est la parole divine dite par un prophète. Ajoutons encore que ce tav ancien avait la forme proche d'un x, et non de la croix plantée sur son pied vertical. Et là-dessus le lecteur est trompé par le traducteur qui se présente à ses yeux en savant.

En conclusion, cela suffit pour vous faire comprendre que, si vous souhaitez une traduction française de la Torah ou du Tanakh, la bible, selon la tradition juive, prenez la bible dite du rabbinat, ancienne parfois dans le style, mais qui est basée sur l'axe de lecture des commentaires traditionnels. Ou toute Bible traduite par un juif qui connait la tradition juive. Et qui ne vous emportera pas à votre insu dans tout cela.
 
 

Yehoshua Ra'hamim


Question : L'héritage par les femmes.

La paracha de Pinhas m'a posé cette question : 
quel est le rôle de ces femmes, les filles de Tsélof'had, dans la succession des terres, alors que la succession était patriarcale ?

Réponse

Votre question porte sur l'épisode de Bamidbar ch. 27 des filles de Tsélof'had, ce porteur de bois (Bamidbar 15, 32-36). Au milieu d'un long passage portant sur les mitsvotes, il est rapporté que cet homme, un ignorant, viola le chabbate pour des motifs divers ; certains de sa génération pensaient que les mitsvotes ne s'appliquaient plus à eux puisqu'ils n'entreraient pas dans la terre promise. 

Partant d'un bon sentiment, il a transgressé le chabbat pour voir ce qui se produirait ; il obtint la sentence de mort et enseigna ainsi à Israël de respecter le chabbat. Erreurs multiples de discernement : transgresser pour enseigner, décider par soi-même au lieu de demander à ceux qui sont compétents, penser que les bons sentiments suffisent. Toujours est-il que, malgré la sanction, son acte fut reconnu comme venant d'un coeur pur. Cela, comme pour les fils de Aharone, Nadav et Abihou qui moururent par excès de zèle ; leur acte est réprouvé, mais leur intention est louangée par la tradition.

Les filles de Tsélof'had voyant que leur père était mort sans fils, son héritage allait disparaître. Dans leur amour de la terre, elles revendiquèrent cet héritage. Mais elles eurent la sagesse de ne pas suivre l'exemple erroné de leur père, elles prirent conseil auprès de ceux qui savent. Et, comme lui, elles étaient mues par des intentions de qualité à l'intérieur du peuple. De plus, privées de père, elles crurent en la bonté du père du Ciel.
 
 

Il est remarquable de constater que Moché (qui avait appris toute le Torah et l'avait reçue), fut incapable de répondre à la question posée par ces femmes. Les commentaires disent que l'on est là dans le 49e degré de sagesse. La femme est toujours placée en nos textes au degré le plus éminent ; ils soulignent qu'au sommet de sagesse Moché est nommé au féminin comme le rappelle la fin du échéte hayil (Proverbes ch. 31), ou que Israël est nommé au féminin, de même que la Torah est féminine.
 
 

Juste après cette question, Hachém dit à Moché d'aller regarder la terre d'Israël.
 
 

La question que vous soulevez n'est donc pas seulement une question de droit de succession. Elle nous montre le souci que l'on doit manifester pour cette terre très spéciale et pour les mitsvotes qui s'y rattachent. Voilà pourquoi cet épisode est situé au centre du passage sur les mitsvotes. Pour l'attitude de ces femmes dont nous avons à apprendre, pour leur zèle envers la réalisation des mitsvotes.
 
 

Situons donc maintenant cette perspective sur ce que dit Rachi et que nous avons précisé dans la paracha Vaét'hanane (aller voir).
 
 

Rachi commente alors: "aval âl nachim lo nigzera guézérate hameraglim, léfi ché héne mé'habevote éte ha aréts, mais la condamnation concernant les explorateurs n'était pas tombée sur les femmes car elles chérissaient la terre (d'Israël)". 
 
 

Il continue : les hommes disaient (Bamidbar 14, 4) : "donnons-nous un chef et retournons en Egypte" (comme aujourd'hui, certains disent : restons-en là, trouvons un autre chef et décidons de tout cela selon la Torah des Etats-Unis et de l'Europe"), tandis que les femmes disaient (Bamidbar 27, 4) : "donne-nous un héritage", et voilà pourquoi les femmes ont hérité dans les versets suivants alors que l'usage faisait que la transmission de l'héritage passait par les hommes.
 
 

C'est le commentaire de Rachi. Il est certain qu'il a en tête cette espérance indéracinable qu'il y avait déjà chez Myriam seule quand tous les autres et tous les hommes étaient écrasés par l'esclavage, et l'espérance indomptable des accoucheuses juives qui refusaient d'obéir au Pharaon, et la certitude de Myriam qui sauva son frère bébé, assurée que l'avenir serait retourné par Hachém. (Lire les commentaires de Rachi sur Chémote 1, 15-19 et 2, 1).
 
 

Voilà, disent nos commentaires, pourquoi on la nomme Hannévia car ce Ha fait l'éloge, par la lettre , de la présence de Hachém qu'elle savait garder vive en elle. Et voilà pourquoi, dans le même sens, on dit hattof en parlant de son tambourin, "le" tambourin. (Voir aussi l'étude sur la paracha Chémote).
 
 

Que le mérite des femmes d'Israël sauve aujourd'hui notre génération comme il a sauvé celles-là !

Et qu'elles parviennent à calmer les explorateurs agités qui nous démontrent qu'il faut, aujourd'hui exceptionnellement, abandonner notre héritage transmis sans faille par toutes les générations qui ne nous ont certes pas mandatés pour l'abandonner en leur nom. Que ces femmes d'Israël nous apprennent à chérir comme elles cette terre, lé'habev éte ha aréts.
 
 

Si quelqu'un a eu le malheur d'être expulsé de son appartement, il sait physiquement ce que c'est, dans son ré'hem, dans son ventre ; il nous faudrait ressentir de cette manière l'horreur que l'on commettrait en séparant ainsi cette terre de Celui à qui elle appartient. Et qui, comme dit le premier Rachi de toute la Torah (Béréchite 1, 1), Il la donne à qui Il veut. Il vaut mieux ne pas jouer avec ces choses là quand nous avons tous nos enseignements. Notre histoire s'est toujours déroulée selon ce qui est écrit. Nous le savons.
 
 

Donc, pourquoi ces femmes héritent-elles aussi ?

En réponse à une autre question de lectrice, ajoutons ceci : pourquoi ces femmes héritent-elles aussi ? alors que ce n'était pas l'usage.
 
 

Rachi l'explique à un autre niveau sur le verset de Bamidbar 26, 36.

Il se place d'abord au niveau du pchate : les hommes recensés sont en tout 65.
 
 

Puis il passe au niveau du sens du middrache qui extrapole symboliquement : le texte de Devarim 7, 7 dit "vous êtes le moindre (hameate) de tous les peuples" (65 au lieu de 70).
 
 

Puis Rachi apporte une lecture par allusion (niveau du réméz) basée sur le jeu des lettres : hameate qu'il traduit "5 en moins" ; en effet la lettre vaut 5. Cela lui permet de dire "vous êtes 5 de moins que les familles de toutes les nations qui sont au nombre de 70". En effet, il est bien connu que dans la tradition juive, le chiffre 70 symbolise toutes les nations du monde.
 
 

Que veut dire Rachi, ou plutôt vers quoi veut-il nous orienter qu'il ne dit pas, tout en plaçant le poteau indicateur. C'est que son réméz nous oriente vers le secret, le niveau du sod qu'il montre pour les lecteurs qui connaissent. 
 
 

Il est possible de l'expliciter simplement, sans entrer dans des sphères hors de notre portée. Israël est 65, c'est le chiffre de Adonoute, donc Israël est le peuple de la présence divine dans le monde, il est plus petit que tous les autres comme la Chékhina est discrète et pauvre et fragile, mais il a la présence de Hachém (ce hé, 5, invisible). C'est dans cette mesure-là qu'il peut jouer sa fonction d'être cohén lagoyim, prêtre pour les nations par la lumière de la Torah qu'il pratique, or lagoyim.

Mais pour jouer ce rôle pleinement, ce 5 nécessaire devrait être plein et non pas seulement en potentiel, voilà pourquoi les 5 filles de Célof'had ont été ajoutées au 65 et ont eu les mêmes droits que les hommes. Elles le méritaient d'autant plus qu'elles étaient l'excellence de la présence divine en tant qu'humain, et en tant qu'aimant la terre qui est le lieu de la présence divine, éréts haqqodéche.
 
 

C'est par cette inclusion de la reconnaissance des femmes que le peuple peut jouer ce rôle qu'il a à jouer dans la création envers tous les peuples. Israël est alors 70, de même que Joseph est allé avec 70 en Egypte pour réassumer toute l'humanité, et de même que nous offrions 70 sacrifices à Souccotes pour toutes les nations du monde.

Ceci n'est que commentaires stricts rapportés de notre tradition, sans adjonction de notre part.
 
 

Comme toujours, Rachi fait franchir les niveaux, les relie et ne montre que la direction du niveau le plus important. Qui connait sa méthode sait dans quelle direction regarder et chercher.

Le lecteur qui voulait comprendre la présence des 4 niveaux du sens dans un verset en a ici l'exemple.
 
 

Rav Yehoshua Ra'hamim Dipour
 


 
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