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Voir Israël, c'est vivre

image
(photo prise par l'auteur depuis la Jordanie de la zone où se trouvaient les bné Yisrael)


Voir aussi : Poème, Liens et photos, Etude brève


Etude,

parue sur le site Modia
http://www.modia.org
par Yehoshua Ra'hamim Dufour

(ce texte est libre de tous droits de copyright,
et peut être reproduit librement,
avec références au site et à l'auteur)

Voir Israël, c'est vivre


Plan

Précaution de première importance

1. Notre privilège
2. Face au désir de Moché vers la terre d'Israël
3. Yéri'ho, le symbole de notre entrée en possession d'Israël
4. L'importance pédagogique de ce passage
5. La transgression multiple et essentielle
6. Qui s'apprête à commettre une telle ignominie ?
7. Ce que 20 siècles de persécution et Auschwitz n'avaient pas réussi à faire
8. Cela prépare un désastre
9. Mais alors, le chalom, la paix ?
10. La fatigue, suprême argument
11. Comment s'en débarrasser
12. La manipulation des mots : le fanatisme
13. L’imperceptible différence qui fait virer le pur en impur
14. Le défi
15. Les règles du jeu données par la Torah
16. Prier
17. Etudier, pour connaître les politiques de la vie.
18. Le mariage
19. Y a-t-il un espoir ?
20. Références pour l'étude


2 précautions de première importance

1. Cette étude n'est pas un acte politique aligné sur les positions d'un camp ou d'un autre dans les débats israéliens.

Je n'ai jamais participé à un manifeste politique, ni à une manifestation politique, ni à un parti ou mouvement politique israélien. Je n'ai co-signé que quelques mises en garde graves. Mon souci est l'analyse d'un débat commun. Je participe à de nombreuses activités d'analyse avec des gens de toutes tendances.

Dans toute ma carrière, je n'ai publié ce type d'analyse de conflits avec mise en garde que deux fois, n'intervenant publiquement que dans les situations extrêmes et urgentes.

Cette étude :

  • situe des débats cruciaux actuels en fonction de ce qu'en dit la tradition et nos textes.
  • en raison des situations analogues de l'histoire et des options prises alors, selon l'analyse transmise par la tradition.
  • montre que le débat n'est pas récent (dès autour de Moché, voir pour cela nos commentaires de la paracha ; il faut absolument lire le ch. 4 du livre d'Ezra ; Néhémie ch 4 ; II Chroniques 17, 10-13 ; qui ne veut pas comprendre ces dimensions permanentes chez ces peuples égaux dans la mémoire falsifie ces problèmes politiques et les rendra insolubles).
  • montre que ces débats touchent des questions centrales du judaïsme, et de l'être juif de chacun et du couple.
  • montre que des décisions contraires à toute l'histoire risquent d'être prise dans l'ignorance.
  • met en garde contre les conséquences tragiques de ces erreurs dont nous avons les actes dans l'histoire : les prophètes de cette sorte de paix sont des artisans et prophètes du désastre à venir.
Sur cette base, à chacun d'établir sa réflexion et ses choix.

2. Pour ne pas imaginer que  la question de la terre d'Israël fait partie d'un débat politique de notre actualité et selon les positions de deux ou trois camps,  reportons nous d'abord à ce que dit Rachi, LE maître inconstesté de tout juif et que je développe sur la paracha Dévarim :

- sur Béréchite 16, 3 (séjour d'Avram en Kanaâne) : "ceci indique que les années de séjour hors de la terre (d'Israël) ne sont pas prises en compte. Dieu ne lui a dit : je ferai de toi un grand peuple, que lorsqu'il est entré sur la terre d'Israël".

 - sur Béréchite 47, 29 (ne m'enterre pas en Egypte) : "Egypte dont la terre deviendra un jour vermine (lors des plaies), et de plus les morts qui sont hors de la terre d'Israël vivent dans la souffrance des migrations souterraines pour rejoindre la terre d'Israël lors de la résurrection" (voir Béréchite Rabba 96).

- sur Vayiqra 18, 28 : que cette terre ne vous vomisse pas : "Eréts yisrael éina méqayéméte ôveréi âvéra... ainsi la terre d'Israël ne conserve pas ceux qui pratiquent des transgressions (ici Rachi utilise le même verbe ôssé qu'en 25,38 ci-dessus) ; le targoum rend cela par le terme de vider, de s'en débarrasser".

- sur Vayiqra 28, 12 : lors du rêve de Yaâqov, Rachi met en valeur le principe que l'on ne redescend pas de niveau dans la qeddoucha (baqqoddéche maâline véla moridine, Zohar III; 162 b), en disant : "les anges qui l'avaient accompagné sur la terre d'Israël ne pouvaient pas sortir de la terre d'Israël, alors ils montaient au ciel, sur l'échelle".

On ne doit pas s'éloigner de la terre d'Israël ; et les Sages discutent longuement pour savoir si celui qui y habite a le droit ou non d'en sortir pour des voyages qui ne soient pas pour la diffusion de la Torah.
- sur Bamidbar 13, 17 Rachi prévient qu'on verra d'abord ce qui est moins bon d'Israël et qu'ensuite le très bon se révélera (on ne doit pas oublier cet enseignement à l'heure où on utilise l'argument de ce qui n'est pas bien dans la vie israélienne et qui y existe de fait pour se dispenser d'aller y vivre) : "dirigez-vous de ce côté, dit Moché : c'est la méthode des commerçants qui montrent d'abord la marchandise de moindre valeur et ensuite ils font voir celle de grande qualité".
- sur Devarim 11, 10 : Rachi dit que la ville la moins belle d'Israël est plus belle que la plus belle d'Egypte (il est évident qu'il ne parle pas d'abord du paysage visuel). Il dit sur le verset "n'est pas comme le pays d'Egypte : meilleure".

- sur Devarim 33, 13 : "à partir du moment où Jérusalem a été choisie comme lieu de résidence de la chékhina, celle-ci n'a plus résidé ailleurs".

- sur Devarim 46, 6 : "Yaâqov disait : les biens qui viennent d'en dehors de la terre d'Israël ne me conviennent pas".

- en ce sens, Rachi dit sur le livre de Yehoshua 15, 3 : "Jérusalem est plus haute que toute la terre d'Israël".

- en ce même sens, il dit sur Isaïe 30, 2 : "la terre d'Israël est plus haute que tous les pays" (voyez aussi Béréchite 45, 9 et Bamidbar 1, 25).

- sur Isaïe 45, 8 : "la terre d'Israël que je préfère à toutes les autres".

- sur Ezékiel 36, 2 : "la terre d'Israël qui est le point le plus élevé et le plus beau de tout l'univers".

- sur le prophète Yoél 2, 21 : "la terre d'Israël, si j'y reviens par repentance".
- sur le psaume 24, 1 : "laChém haaréts ; à Hachém est la terre : la terre d'Israël".

- sur le psaume 132, 6 : "le béit hammiqdache (le Temple) est plus haut que toute la terre d'Israël".

- sur Job 5, 10 : "il donne la rosée à la terre : à la terre d'Israël".
- sur Qohéléte (les Lamentations) 1, 4 : "tous les justes (tsaddiqim) de la terre d'Israël sont appelés érets, terre".
 
 

1. Notre privilège

Pour comprendre notre privilège, 
nous qui pouvons, quand nous le voulons, aller en Israël,
sur Erets 'Hayim, la terre de vie,
la voir, y éprouver cette émotion de vie que tous y ont ressentie, 
et y vivre,
lisons, lentement en dégustant chaque mot, 
le dernier chapitre du dernier livre de la Torah dont voici un extrait :
 
 

2. Face au désir de Moché vers la terre d'Israël

"Moïse se dirigea des plaines de Moab vers le mont Nébo,
et il monta au sommet de Pisga qui est en face de Yéri'ho. 

Et Hachém lui fit contempler tout le pays :
le Gilâd jusqu'à Dane, tout Neftali, la terre d'Ephraïm et de Ménaché,
et toute la terre de Yéhouda jusqu'à la dernière mer.
Et le Négév, et le bassin de la vallée de Yéri'ho, 
la ville des palmiers, jusqu'à Tsoar. 

Et Hachém lui dit : 
zote haaréts, c'est là, elle,
la terre que j'ai juré par serment envers Avraham,
envers Yits'haq et envers Yaâqov et transmettez-leur cela :
à ta postérité je la donnerai
lézarâkha étenénna.

Je te l'ai fait voir de tes yeux
et là tu n'y passeras pas".

Chacun des mots de ce passage est si émouvant, si profond, si plein d'enseignements pour chacun et pour nous aujourd'hui qu'il est inutile d'en donner des commentaires avant d'avoir pris le temps de le ressentir et de le comprendre :

Pourquoi Moché Rabbénou n'a-t-il pas pu y entrer ?

Que semblait-il éprouver ?

Pourquoi, nous, pouvons-nous y entrer, au contraire ?

Que dit la tradition de la place des autres peuples sur cette terre particulière ?

Qu'en dit Rachi dans son premier commentaire de toute la Torah ?
 
 

3. Yéri'ho, le symbole de notre entrée en possession d'Israël

Autre réflexion par rapport à ce texte : 

c'est, précisément, cette ville de Yéri'ho (Jériqo) que nous avons donnée, 

et en premier ;

c'est aussi cette ville de Yéri'ho que nous avons donnée à ceux pour qui la paix signée, "selon leurs propres termes publics", ne sera qu'une étape dans une conquête progressive selon les possibilités tactiques successives ouvertes par les traités. 

Comme les pétales d'une fleur que l'on arrache, ainsi un à un on enlève les territoires de ce verset qui est le sommet de la Torah : 

après Yéri'ho,

maintenant c'est le tour de la terre de Yéhouda. "Si vous le voulez, vous serez des bâtisseurs, ce ne sera pas un rêve", disaient les sionistes. Non cela n'est pas un rêve, c'est l'action effective des fils de ces dignes bâtisseurs. Pour la mort du père, ils détruisent leur histoire et leur être propre.
 
 

4. L'importance pédagogique de ce passage

Comprenons bien que ce verset du regard de Moché sur la terre n'est pas un passage parmi d'autres de la Torah : toute la Torah se termine sur ces lignes où Hachém nous rappelle 

  • qu'il a juré
  • qu'Il a juré à chaque génération de patriarches
  • que cette terre-là zote (zote, comme il est dit aussi dans la création de la femme) précisément, on doit le dire à chaque génération qu'elle est à transmettre à la postérité 
  • et cela par un serment divin
5. La transgression multiple et essentielle

Et nous allons transgresser tout cela,
et signer que nous n'en voulons plus, 
ni pour nous,
ni pour les générations. 

Devant les nations qui vont applaudir,
et le chef de l'Etat juif, quel qu'il soit, recevra en récompense qu'il appréciera
le "prix Nobel", octroyé par cet inventeur des dynamites qui ont tué tant de millions d'êtres.

Et nous parviendrions tous à être ainsi heureux ? A nous regarder dans la glace ? A soutenir le regard des générations passées et des prochaines générations ?
 
 

6. Qui s'apprête à commettre une telle ignominie ?

Pour la première fois de toutes les générations,
pas n'importe qui :
vous et moi, nous.
"Nous" allons casser ce serment, cette fidélité séculaire

TOUTES les générations ont subi les pires persécutions depuis des millénaires pour ne rien renier de la Torah et pour la transmettre intégralement. 

Pour LA première fois, il y aura non pas une "concession", non pas une "rééquilibration" mais une renonciation explicite en regard d'un serment fait par Hachém, et d'un devoir éternel de transmettre cet ensemble indissoluble : Torah-terre-peuple.

Nous ne laissons pas les autres prendre (cela est arrivé souvent), nous donnons, nous renonçons et nous signons, nous nous débarrassons, nous liquidons.

Il faudrait être ou totalement ignare,
ou totalement inconscient sous le fait d'autres idéologies,
ou totalement devenu veule par la soumission aux pressions de 20 siècles d'assimilation pour parvenir à cela. 
 
 

7. Ce que 20 siècles de persécution n'avaient pas réussi à faire,
ce que Auschwitz n'a pas réussi à faire,
c'est NOUS qui allons le commettre, personne d'autre.

N'oublions donc pas cette terre aimée placée dans le regard de Moché. 

Ce fut sa douleur la plus grande de ne pas pouvoir y entrer, 
c'est le moment le plus dramatique de la Torah, pour nous en enseigner la valeur. 

C'est le point dernier de la Torah. Mais nous...

Et calmement, sans aucune conscience, ni aucun souci de l'ensemble des profanations que cela représente. Cela en dit long sur la perte d'identité. 

Plus précisément, cela nous montre que la violence du conflit est A L'INTÉRIEUR de l'identité ; il n'y a pas ceux qui seraient hors de l'identité, et seraient opposés à ceux qui seraient dans l'identité.

De plus, ce problème n'est pas récent car il a surgi dès le lendemain de la sortie d'Egypte et du Sinaï. Il n'y a donc pas les bons d'un côté et les mauvais de l'autre puisque nous sommes un seul débat, une même lutte pour une seule reconstruction de l'homme.

Cela dit, aucun peuple ne commet cela. Pourquoi nous ? Et après avoir été menacés d'extermination ? C'est que aucun peuple n'a ainsi été soumis à cette pression de 20 siècles pour exiger la capitulation. Aucune génération n'a cédé, et ce serait nous... qui avions précisément reçu ce cadeau des générations. On est dans le surréalisme.

Le problème est celui-ci uniquement : pourquoi notre génération et elle seule déserterait-elle ? 

Concernant ce combat de l'identité, je revois la douleur concrète de mon épouse, dernière survivante de sa lignée après Auschwitz, ayant lentement et laborieusement réussi grâce au Ciel à se rebrancher sur le judaïsme, puis sur Israël, puis sur Jérusalem, portant la mémoire consciente et vive des combats de ces générations, et découvrant ici l'activisme destructeur, tapageur, violent et suicidaire de ces activistes qui n'avaient que mépris pour cette identification personnelle à la trajectoire d'ensemble et parcouraient le monde pour présenter négativement ce type de juif et trouver des fonds à cet effet. Elle me disait : je n'ai eu aucune difficulté, même enfant et toujours, à lutter contre les nazis et les antisémites, mais je serai toujours incapable ici d'attaquer contre des juifs qui me détruisent et nous détruisent. 

Moments tragiques, dans ce retour des exilés.

On a trouvé, mais cette fois chez les séfarades, cette même incapacité de réagir à des pratiques destructrices à leur égard ; il faudra de longs traitements pour réparer tous ces dégâts.
 
 

8. Cela prépare un désastre

Hélas, quels que soient les dynamiques ou les mobiles de la genèse, il reste qu'il s'agira d'une profanation de l'héritage essentiel, et d'une forfaiture historique.

De plus, si hélas cela se réalisait, il ne pourrait amener que "désastres" ; la Torah et toutes les chroniques rapportées par le Tanakh entier, et analysées par la tradition, nous ont averti. Ce n'est ni moi, ni une partie du peuple qui dit cela, c'est la Torah écrite et orale qui nous en a décrit et transmis les preuves historiques de génération en génération ; combien de démissions moins grandes ont amené des catastrophes. Cette dynamique inéluctable est inadmissible, mais on ne peut pas falsifier les actes de l'histoire.
 
 

9. Mais alors, le chalom, la paix ?

Ne nous trompons pas en disant que c'est par souci de chalom, de paix, que nous faisons cela, quand nous savons par la mémoire que cela n'apportera que le contraire de la paix ; car cette terre vomit les habitants qui transgressent sa mission et sa nature, et qui la rejettent elle-même

Nous n'avons pas besoin de prophètes pour nous rappeler cela, c'est écrit et nous le savons clairement par les actes de l'histoire. Ceux qui proposent de tels plans, comme s'ils pouvaient apporter la paix, la fraternité et le bonheur, savent pertinement qu'ils falsifient l'histoire et les textes, et les souffrances et les persévérances de toutes les générations, et qu'ils sont des prophètes de malheur car ils dirigent leur peuple vers le désastre répété.

Ils ne sont pas ce qu'ils disent être : des prophètes du 'camp de la paix' ; ils sont 'prophètes de notre malheur", il faut oser le dire : ils organisent directement et le malheur et le désastre.

Et, hélas, nous savons précisément ce que sont ces désastres. La haine apparente et les dérapages inadmissibles que cela suscite alors entre frères, n'est que la force de cet abcès d'ensemble qui crève et révèle la perte profonde des valeurs qui progressait jusqu'aux racines.

Le côté aberrant des propositions montre qu'elles reposent sur un imbroglio confus, à la fois sur le plan logique et identitaire.

En effet, analysons ces arguments :

  • "nous aurons la paix si nous séparons les deux peuples" : mais, en même temps, par la plus grande absurdité, ils amènent les palestiniens lourdement armés comme un domino à l'intérieur des populations d'israéliens, à proximité des grandes agglomérations, et renforcent l'identité des arabes israéliens au combat de l'OLP alors que ces arabes vivent au milieu même des israéliens. Et ils revendiquent pour les palestiniens le droit de continuer à venir travailler au milieu des populations civiles israéliennes.
  • "nous ne pouvons contrarier les palestiniens ni les arabes, ni les USA, ni l'Europe". Aucun pays ne mène sa politique de cette manière.
  • "nous ne devons pas prendre en compte les arguments historiques juifs, ce serait de la mystique" (on a vu l'ancienne ministre de l'éducation refuser des voyages d'écoliers à Auschwitz "parce que cela risquait d'augmenter le nationalisme de ces jeunes israéliens !". Les distributions de bibles en fin d'étude étaient supprimées. Illogiquement, ce camp qui veut s'identifier à ce qu'il dit être les USA ignore le nationalisme vif en ce pays et le respect de la religion qui y règne. Inversement, étrangement, ce camp est virulent pour combattre pour les droits identitaires des arabes.
En fait, tout cet imbroglio, ce sont les restes de siècles d'aliénation, d'identification à l'adversaire pour survivre, ce que l'on connait bien en psychologie dans ce que l'on nomme le Syndrome de Stockholm où les otages finissent par s'identifier à leur bourreau et à l'aimer plus qu'eux-mêmes parce qu'il a en son pouvoir le droit de mort ou de vie sur eux.

C'est une pathologie de 20 siècles d'exil et d'impuissance qui resurgit chez les fils des bâtisseurs. Avec un mélange classique de besoin de détruire ce que les pères ont construit. Mort du père au prix de la mort de soi-même.

C'est aussi la logique finale d'une idéologie qui avait bâti en voulant faire table rase du judaïsme pour créer un homme nouveau et, après avoir réellement construit le pays, elle n'a transmis ni cet homme nouveau et elle ne parvient pas encore à aimer le juif de sa propre tradition de peuple.

Il va de soi, que nombre de ces chantres, au delà des arrogances de toutes les déclarations politiques, souffrent en eux-mêmes de cette situation, qui est dénommée "vide" dans le constat qu'en fait la majeure partie du peuple. 

C'est donc un grave problème de rassemblement des exilés, de pathologie de l'exil, un reliquat des utopies antinationalistes des juifs communistes qui ont fait l'Etat, un goût du peuple juif pour le conflit interne... C'est une douloureuse histoire de famille.

Il faudra du temps pour que ce discours idéologique puisse réintégrer les mots des valeurs communes mais les choix se présentent.
 
 

10. La fatigue, suprême argument

Oui, mais entend-on dans ces courants activistes, nous sommes fatigués de tant de guerres ; et puis les nations le veulent !

Honte à nous, première génération qui faiblit ; même celle qui sortait d'Auschwitz n'a pas faibli. Aucune !

Il faut relire ici le chapitre 7 du livre des Juges. Israël est face à des myriades d'ennemis autour de lui. Dieu dit : "que ceux qui ont peur et qui tremblent rebroussent chemin... 22000 se retirèrent et il en resta 10000". Il demande ensuite d'éliminer pour ce combat ceux qui se mettent à genoux, ceux qui boivent en lapant comme des chiens, et Il ne garde que 300 hommes ; "tout le reste de la troupe s'était agenouillé pour boire", dit le texte.

Ces termes sont évidemment très symboliques. 

Nos textes nous apportent toujours les outils d'analyse d'une étonnante actualité, non pas par prophétisme mais simplement parce que l'homme reste le même de siècles en siècles. Mais notre peuple garde la mémoire et les archives pour analyser sans cesse.

Dans ce contexte, des jeunes loups montent également dans divers partis de gauche et de droite, qui rêvent de se regrouper pour lancer un courant libéral centriste qui prendrait les valeurs de ce qu'ils nomment les démocraties occidentales mais en enlevant les valeurs de ces pays avancés dans le domaine de la conscience du patrimoine et des valeurs d'identité.

Comme disent nos Sages dans le Talmud : "vous prenez ce qu'il y a de mal dans les autres peuples et vous ne prenez pas ce qu'il y a de bien".
 
 

11 - Comment s'en débarrasser

Rien de tout cela n'est nouveau. 

Déjà, malgré la sortie miraculeuse d'Egypte, et même malgré le Sinaï, Moché découvre que le peuple cherche tous les prétextes pour ne pas se rendre vers la terre d'Israël, et cherche des faux problèmes idéologiques contre la société prônée par la Torah et contre les Sages.

Ne nous étonnons donc pas que ces travers ressurgissent en notre génération également où nous sommes dans une situation parallèle : sommés d'agir en peuple, en nation sur notre terre, avec toute notre diversité. C'est exactement le problème qui s'est posé en ces termes. De génération en génération ; mais, cette fois, nous sommes sur notre terre et nous avons plus que la possibilité de disparaître en nous assimilant, nous pouvons détruire l'héritage d'Israël.

Ceux qui ont conduit à la destruction du Temple ne savaiet peut-être pas que leurs erreurs conduiraient là, aujourd'hui, nous savons beaucoup plus.

C'est donc un simple problème de croissance, mais aussi un problème constant d'auto-destruction. Ce n'est pas simple du tout ! Mais c'est typiquement juif, identiquement juif depuis la constitution de notre peuple et de sa constitution écrite. 
Les nations n'ont pas réussi à éteindre l'amour de la Torah ; nous essayons, on risque de le payer très cher. Bien entendu, cette fois encore, nous n'y parviendrons pas. Il faut relire la haftara de Eqév pour reprendre confiance (Isaïe, ch 49 et 50). 
 
 

12 - La manipulation des mots : le fanatisme

Aujourd'hui, quand quelqu'un veut neutraliser un adversaire réfléchissant sur la Torah et l'histoire juive, perfidement il le taxe de "fanatique", voulant faire accroire que lui serait l'équilibre ("je ne suis pas religieux, je ne suis pas mystique, je ne suis pas un fanatique, il faut enlever toute mystique de la politique") ; pourtant, l'usage de l'injure elle-même enlève toute valeur à ce jugement. Nous avons quand même quelques outils logiques pour analyser l'artifice de cette manipulation du langage.

En fait, cette conception est elle-même une mystique, Car toujours l'homme est un être pensant, se mouvant par des valeurs et les transmettant par l'éducation. Tous les adversaires simplistes de cet homme traditionnel pensant n'ont amené que des didactures sanguinaires. Nous n'avons pas le choix : nous pensons.

Et tout se joue sur le fil, sur l'épaisseur d'un cheveu, dans la compréhension humaine entre nous, aussi bien qu'avec nous-mêmes.
 
 

13 - L’imperceptible différence qui fait virer le pur en impur 

Nous devrions nous souvenir de l'enseignement de nos Sages : André Neher zal aiguisait notre sens d’analyse dans les textes pour percevoir l’imperceptible différence qui fait virer le pur en impur et réciproquement, le bonheur en mensonge, l'espérance en cruauté ; il exprimant souvent cela à travers l’enseignement le plus traditionnel sur 

  • la guématria de 358 qui désigne également le na’hache, le serpent, ou le machia’h
  • la guématria de 376 qui désigne le féroce Essave, Esaü (cette civilisation occidentale qui veut notre coopération politique pour renoncer à notre mission historique, alors qu'elle n'y était jamais parvenue en l'exigeant par les arguments religieux) : tout ce problème, c'est identiquement l'oscillation dans la proposition de paix de Essave-chalom. La paix d'Esaü.
14. Le défi

Le défi qui se pose devant nous est bien ce défi qui résume toute la Torah, défi rappelé dans Devarim 30, 18 : extirper la haine de soi qui pousse l’humanité et les frères soit à la guerre soit au suicide réel ou déguisé, alors qu'il faut "choisir la vie" par la connaissance, la fidélité, l'amour, la tranmission.

Essayons donc d'abord de ressentir et de comprendre le regard de Moïse que la Torah a voulu nous transmettre, dans ce serment, dans cette fidélité millénaire de tous les ancêtres. Dans les dernières lignes du message de la Torah.

Comment alors nous célébrer nos 50 ans sur cette terre-là, dans ces conditions-là ?
 
 

15. Les règles du jeu données par la Torah

Prier

Et, par dessus-tout, nous devons prier pour tous nos responsables politiques et religieux. Ce sont les membres de notre famille.

C'est un acte de fraternité réel, nous sommes tous un même corps, exactement.

Cela, c'est aussi nous mettre en liaison ensemble avec la seule source de la vie, la même.

Etudier, pour connaître les politiques de la vie

Après les parachiyotes qui analysent et démontrent l'importance de la terre et tous les artifices utilisés pour ne pas y vivre (voir Vaét'hannane et les précédentes), la Torah nous donne une leçon magistrale de politique : celle de la fidélité et celle de l'amour (voir la paracha Êqév).

Deux valeurs qui manquent trop dans notre monde, et que nous pouvons apprendre.

A ces conditions, nous pourrons hériter de la terre et, au sens fort, y "vivre".

Vivre, c'est le but de la Torah : c h o i s i s   l a   v i e.

Le mariage

Revenons aux réalités les plus concrètes : celles qui consistent à éplucher les territoires de Yéhouda et les zones proches de Jérusalem pour les détacher définitivement du judaïsme.

Allons au coeur du problème. Car nous sommes là au coeur du problème, au coeur de l'existence pour les juifs depuis toujours. L'Auschwitz suivant ne se joue plus en Allemagne ou en Pologne, il se joue ici ; Jérusalem et Yéhouda. Par nous, et non pas par d'autres.

Depuis toujours ces deux termes, Jérusalem et Yéhouda, sont tellement essentiels que, en chaque mariage, on chante
méhéra, Hachém Elohénou, yichamâ béharé yéhouda ouvé'houtsote yérouchalayim,
'bientôt, Hachém Elohénou, rassemblera dans les montagnes de Yéhouda et dans les rues de Jérusalem'.

Il ne s'agit donc pas là du slogan d'un parti politique de droite partisan d'occupation de territoires.

Il s'agit du mariage de chaque couple juif dans toutes les générations.

Ces termes, Jérusalem et Yéhouda, sont choisis parce qu'ils expriment la réalité la plus exacte de l'union la plus essentielle, celle de l'homme et de la femme dans le lien d'amour de la terre d'en-bas à la terre d'En-haut, unis en une seule réalité de présence divine avec nous.

C'est tellement le coeur du judaïsme que tout juif, ignare aussi bien que talmid 'hakham, entendra ce chant depuis toujours lors de son mariage.

C'EST CELA
que des politiciens,
n'ayant pas connaissance de ces bases et enjeux de leur tradition,
ou les abandonnant pour les intérêts politiciens,
quel que soit leur courant politique,
BRISERAIENT

En toute inconscience.

A la demande de puissances extérieures qui, on le comprend bien, n'ont rien de ces données et n'en sont aucunement responsables. En toute bonne foi.

Ils n'ont rien à faire de nos problèmes de famille. Et ils n'y comprennent rien.

Ils ne comprennent rien non plus, de ces conflits de cousinage qui durent depuis des millénaires et dont nous avons les uns et les autres les actes précis. 

Ils les ignorent.
 
 

19. Y-a-t'il un espoir ?

Notre peuple montre bien par ses débats, ses espoirs, ses divisions, qu'il n'a pas changé depuis les tracas qu'il donnait à Moché Rabénou. Nous pourrions ressentir que la situation est encore plus grave cette fois, car nous sommes sur place, pris dans le piège que les explorateurs essayaient d'éviter au peuple avec la proposition de leur processus de paix par abandon.

C'est bien pour cela qu'après cet enseignement très exigeant et dernier de Moché sur la terre, trois aides nos sont données :

1. être fort et courageux ('hazaq vé émats), c'est la consigne donnée à Yehoshua.

Sur ce texte, Ribbi Yaâqov Abou'hatséira fait remarquer que "être fort ('hazaq)" est dit trois fois à Yehoshua dans le premier chapitre du Livre de Yéhoshua ; or, la guématria de "être forts ('hazaq)", 115, répétée trois fois, est la même que celle du nom Moshé : 345. Cela veut dire que, une fois sur la terre d'Israël, nous aurons à faire face aux mêmes défis que Moché, nous serons dans le même peuple et avec les mêmes difficultés typiques de ce peuple, et que nous devrons nous appuyer sur la force qui est la Torah, en faisant comme lui. Ce Sage montre dans le même sens que l'autre mot émats qui veut dire "courageux" a la même guématria que le nom de Yehohua quand il est ainsi dit trois fois. Moché dit bien à Yéhoshua qui sait l'entendre : je serai avec toi, et sois comme moi.

2. en conséquence, la première aide est accompagnée de : étudie la Torah jour et nuit.

3. Face à cette difficulté considérable dans laquelle nous place la Torah, elle nous apporte encore une autre aide : les haftarotes de cette période sont toutes une pédagogie de la confiance. Lisons par exemple celle de Eqév (Isaïe 49, 14 à 50, 3) ; elle nous dit : vous avez l'impression d'être abandonnés, entourés de plus forts que vous qui se sont saisis de votre butin et veulent en disposer. Mais sachez ceci... (ici lire cette haftara).
 
 

Retour à la précaution initiale

On ne peut pas laisser le débat au seul niveau des luttes électorales des partis qui essaient de nous enrôler, ni au seul plan des tactiques variables de la défense d'un territoire. De ceci et de cela, je n'ai pas parlé, non par ignorance ou mépris, mais parce que ce n'est pas le lieu ni ce que je peux apporter, bh


Références pour l'étude :

de l'expression yichamâ (rassembler, convoquer, et non pas seulement écouter) : I Samuel 15, 4 et 23, 8

de l'expression "dans les montagnes de Yéhouda et dans les rues de Jérusalem" : Jérémie 5, 1 ; 7, 17 ; 11, 6 ; 33, 10 ; 44, 6, 17 et 21.


 
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Roger Dufour