Jérusalem est nommée Chaâr hachamayim,
la porte du Ciel.
Nous savons que tous les Juifs et Juives du monde se tournent pour prier
vers ce point que D.ieu a dit avoir choisi pour Lui, et pour y donner
à Son peuple un rôle de bénédiction pour
l'ensemble des peuples et de la Création. De là, descendent
toutes les bénédictions.
Chaque jour, nous avançons vers Jérusalem avant de prier
(voir la page: http://www.modia.org/infos/israel/troispas.html).
Pour retrouver le vrai sens des choses, nous devons chaque matin prendre
bien le temps de retrouver les axes vrais, c'est le rôle de la
prière de Cha'harite (lien ici); elle est longue car cela
n'est pas facile, et c'est très complexe.
Bien plus, nous nous préparons avant même de faire cette
prière et pour ne pas la dire en superficialité. Pour
cela, beaucoup pratiquent aussi des moments de prière pendant
la nuit, le Tiqoune
'hatsote (lien ici); alors, il est plus facile de contacter l'essentiel,
le vrai.
C'est la nuit que la rencontre est la plus vraie, la plus intérieure,
la plus intime, et elle met toutes choses à leur place secondaire.
La nuit, nous oublions la lumière éblouissante qui écrase
tout, et nous redécouvrons la pointe fine des étoiles
qui ouvre sur un autre univers immense, l'importance sûre des
vraies dimensions, et de la vraie source de la vraie lumière.
Le moment de l'aurore où se fait le passage de la vraie lumière
surgissant de la nuit est un moment très important pour la prière.
Ceux qui le peuvent y font la prière dite de vatiqine;
du moment optimal qu'est celui de l'aurore.
Je vous propose de rassembler tout cela dans une expérience
exceptionnelle: aller assister à l'aurore à Jérusalem,
ensemble.
En ce moment, elle commence à pointer de façon minuscule
à 4h22. A 5h04, nous pouvons mettre les téfillines et
le talite. Et l'envahissement de la lumière du soleil se fera
à 5h47. La fin du temps de la récitation du Chémâ
Yisrael est entre 8h05 et 8h47 selon les méthodes de calcul.
La fin du temps de la prière du matin est entre 9h19 et 9h47.
Un peu avant 4 heures, je me suis levé, j'ai fait les bénédictions
du matin. Un ami est venu me chercher et m'a conduit à l'endroit
de Jérusalem où on verra le mieux pour vous cette aurore.
C'est dans le quartier juif de la vieille ville (le rovâ ha
yéhoudi), juste à l'Ouest du Kotel à 150 mètres
de lui, dans l'antique yeshiva de Ribbi Na'hmane de Braslav. On traverse
le labyrinthe des cours, salles et escaliers sans fin et on monte, on
monte bien au dessus des toits des autres bâtiments et nous arrivons
à l'endroit le plus élevé, plus haut même
que le plateau et les bâtiments du Mont du Temple. L'ami me laisse
là, seul. Je suis tourné vers l'Est d'où va surgir
le festival de l'aurore et nous allons le vivre dans la conscience et
la prière.
Nous allons le vivre en un scénario prodigieux de plus de 40
séquences différentes en photos.
Pour l'instant, il fait noir. Seulement quelques pointes de lumière.
On comprend la beauté et la justesse de l'hébreu: le mot
aurore (cha'har) est de la racine de cha'hor, qui veut
dire noir. Mais il veut dire aussi: "avant", ou "demander".
Tout cela dit notre besoin, notre attente première; comme le
dit le Roi David avec ce mot: vé chi'harou-El, "ils
se mirent en quête de D.ieu" (Psaume 78, 34). L'hébreu
nous prend toujours tout l'être en vérité, c'est
langue de création.
Nous devinons, en bas sur la droite, le Kotel éclairé
mais écrasé par l'obscurité de la nuit.
Connaissant le paysage, je devine que la ligne supérieure en
haut à droite est le dessus du Mont des Oliviers avec l'Hôtel
Intercontinental.
Et la tâche légère orangée sur la gauche
est le dome de la mosquée de Omar. Nous sommes face au "lieu",
au maqom.
Cette nuit a quelque chose d'impressionnant, oppressant, la lumière
à venir ne semble pas sûre. Tous les humains avec leurs
questions, leurs ambitions, leurs haines, leurs combats, tous dorment
et ils vont se réveiller pour aller se battre, agir, souffrir,
rarement aimer.
Notre tâche va être comme le dit le Roi David: j'éveillerai
l'aurore, aîra cha'har (psaumes 57,9 et 108,3).
Cela veut dire que nous mettrons tout notre être au rythme de
l'illumination lumineuse dont la source est le Maître de toute
vie, réellement.

Le batiment du dome ressent l'aurore qui pointe et son or s'éclaire
légèrement.

Son éclairage se déclanche, les hommes veulent
dominer sur la nature et trouver leur lumière en eux-mêmes.
Il est vrai que leurs oeuvres sont belles, mais fragiles comme les échafaudages
le rappellent.
Qu'ils n'oublient jamais qu'ils ne sont que reflets et ne créent
aucun matériau.
Qu'ils manifestent seulement la beauté et respectent l'ordre
des choses du Créateur,
en commençant par respecter Sa Torah et Son peuple et Sa terre
et Son Mont du Temple.
Le Temple fut détruit parce que nous l'avons oublié un
instant.
A fortiori de ceux qui prétendent prendre notre place et disent
que nous "occupons" la terre,
ils auraient dû lire le premier Rachi sur la Torah. Un jour, ils
le feront. La patience de D.ieu est immense. La notre également.
Autour du Kotel, même réaction humaine, des
lumière s'allument, des coqs aussi commencent à chanter
sans cesse;
appellent-ils l'aurore, s'imaginent-ils comme les hommes qu'ils vont
tout créer aujourd'hui?
Et comme eux vouloir être les premiers.
Le Pérek Chira,
louange des animaux, vient de commencer (lien ici).
Les hommes veulent devancer l'aurore, gagner sur la nuit,
les détails de l'architecture sont mis en évidence,
nous sommes les vainqueurs, les conquérants, les maîtres,
disent-ils.
Les arches apparaissent, l'esthétique humaine veut dépasser
celle de la nature.
Qui gagnera? Un combat prétentieux commence.
Il ne devra jamais oublier qu'il n'est que reconnaissance et louange.
La nuit est noire, mais les repères des hommes
s'installent: le Kotel est modeste mais il présage le bouleversement
qui se produira. Au loin, une ligne s'éclaire, c'est la muraille
qui délimite le haut du cimetière du Mont des Oliviers
(Har ha zéitim).
Le monde du jour et le monde de la nuit sont en transaction et posent
leurs pions.
La véritable lumière reprend le dessus,
elle ne vient pas des hommes. Nous savons que la pierre céleste
est
bleue comme le saphir. C'est comme si toute la Création devait
reconnaître la présence de cette substance totale
qui domine l'univers. Les journaux sont distribués aux portes,
et vont tenter de donner les clefs de l'actualité,
erreur et falsification. La réalité, c'est la lumière
bleue qui se révèle, aucun humain ne peut l'arrêter,
ils essayent
seulement de ne pas la voir et de ne pas l'entendre, ils ouvrent leurs
radios pour s'aveugler face à la beauté.
Aucun humain ne peut arrêter cet immense baiser, et nous y sommes
présents.
Des clochers de diverses religions piquent le ciel pour dire qu'ils
dominent et sont plus hauts les uns que les autres.
Nous avons seulement un texte, une terre qui est sur le sol, un mur
Kotel bien modeste mais aussi, en ce lieu unique
au monde, le baiser éternel entre le Créateur et son peuple,
c'est écrit. Mais nous sommes solitaires.
Sur le mont du Temple, occupé par les musulmans,
des gens se rendent aussi à la prière, trouveront-ils
le
chemin de la paix, de l'écoute de la parole du Créateur
au peuple de Son texte? Y aura-t'il aujourd'hui un, un seul
de leurs sages qui se lèvera pour dire que c'est faute que de
tuer le peuple de la Torah? Chaque jour fut un échec,
aucun n'a voulu poser un acte moral pareil, aucun, aucun, en aucun lieu
sur la terre. La nouvelle lumière entrera-t'elle
dans leurs prières?
Regardons ce ciel, frémissant comme une mère,
comme une respiration rayonnante.
Elle impose le silence aux dimensions humaines.
On sait, on voit d'où vient la source, sur les côtés
c'est encore ténèbres.
Ces ténèbres deviennent bleues, même
les pierres se colorent de même.
Et, soudain, la puissance d'une source lumineuse se révèle
rendant plus noires encore nos dimensions humaines.
La terre semble trembler de la découverte de cette puissance
hors de notre suffisance.
La création des couleurs dégradées se fait sous
nos yeux.
Au loin, sur les pentes du Mont des Oliviers, l'obscurité
de noire devient comme une mer
et pourtant, dessous, c'est seulement la terre et des maisons humaines.
Le bleu est la clef de toutes les lumières.
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