Pour ceux qui sont à des milliers de kilomètres et viennent
par le coeur trois fois par jour au moins,
mais ne viendront pas cette année à Jérusalem
faire le pélerinage de Pessa'h au Kotel,
que cela soit comme s'ils étaient venus par ce reportage visuel
où ils pourront mettre leur regard et leur coeur et leurs prières.
Partons ensemble. A pieds, bien entendu; d'ailleurs, il y a tant de
monde que les voitures ne sont pas autorisées dans les murailles.
La route est longue, nous allons pouvoir regarder et méditer.
Je traverse le quartier, encore dans les pensées du Séder,
la captivité d'Egypte me revient en tête en voyant cette
maison
aux barreaux et enserrée de lierre. Vous ne savez pas ce que
c'est de vivre dans une ville toute beauté,
où les formes et couleurs interrogent toujours l'être
par la présence qui y règne.
Ainsi nous étions derrière nos barreaux, sommes-nous
libérés, les avons-nous fait sauter?
Il faut arriver très vivant au Kotel, lieu de rencontre et
de présence.
J'avance vers le Kotel, il est encore des prisons de tranquillité,
même si le lion n'est plus méchant, et est devenu
verdure et gentillesse, il est des prisons de passivité, elles
sont mortelles.
Nouvelle question: il est des prisons de beauté et de richesse,
forteresses invincibles de bon goût. Comme m'a dit un ami
rencontré dans la rue après le Séder qu'il était
venu faire à Jérusalem et qui me faisait quelques commentaires
de Torah:
"mais tout cela est bien beau, ce serait un péché
de quitter la France quand j'y gagne tant d'argent".
J'ai eu beaucoup de mal à m'en remettre.
Il est des prisons d'incohérence que seul l'argent blinde comme
de fer. Tout cela proprement.
Et nous perdons ainsi notre unique vie de façon certaine.Le
contraire totalement du "Va vers toi-même" dit à
Avraham.
J'avance et je vois ce tronc puissant, taillé, est-il vivant,
et qui fleurit étrangement.Il n'est pas mort en Egypte,
Il marche et peut aller vers le Kotel, sûrement.
Lui est dans la réalité. Lui ne triche pas. Il vit vraiment.
Me vient ce poème en marchant en le regardant.
" Un jour, il se peut que je meure.
La vie m'aura frappé, coupé, rapé,
mais elle n'aura pas touché mon coeur.
Je resterai lyre d'Israël, lettre shine
aux triples cordes bandées de vigueur,
et jusqu'à ma dernière heure
je T'offrirai encore Tes fleurs.
Baisers de beauté, bonté, douceur,
et l'éternelle soeur.
J'aurai vécu en bonheur
et je continuerai le voyage
en d'autres lieux en d'autres heures.
Il nous sera infini Ton bonheur.
Elles en parleront les fleurs
qui en connaissent les senteurs".
Allons donc vers le rayonnement et l'épanouissement de Pessa'h
en marchant longuement vers le Kotel.
Nous débouchons dans la vallée devant les remparts.
Dans quelle ville, se rejoint à ce point le moderne,
le comique des bibendum Michelin sur le camion et l'antique lumineux
dans un présent véritable?
C'est la joie certaine.
Sur l'une des voitures, en bas à gauche, déjà
un drapeau qui annonce la prochaine date de la Fête de l'Indépendance,
Yom ha Atsmaoute.
Chaque fois que je passe ici à pied, je pense à toutes
les photos anciennes prises exactement en ce lieu
car devant nous se trouve la vallée de la piscine du Sultan
(birket es Sultane) où les troupeaux allaient se désaltérer
quand on venait d'arriver sous les remparts de la ville sainte.
Celle-ci date d'un siècle:
Et, aujourdhui, le même endroit où nous sommes.
Nous réalisons ce qu'est le développement depuis le
retour des Juifs sur leur terre.

Sur cette gravure de 1850, avant le développement de la zone
par Montefiore qui a construit tout le secteur à gauche,
la route ne semble encore qu'un passage de terre.
Ici, où je me tiens passaient les chameaux, il n'y a que quelques
années je les ai encore vus passer.

Pas d'embouteillages à l'époque. Au croisement, à
droite, maintenant la police inspecte les autos pour la sécurité.
Et je vais monter dans un instant sur le même sentier qui rejoint
le rempart, la Porte de Sion.
En 1898, le Kaiser est passé ici et a même fait abattre
la muraille à la Porte de Yaffa pour ne pas se baisser en entrant.
Stupidité des gouvernants qui oublient qu'ils sont mortels
et profanent ce qui avait été bâti en hommage
pour D.ieu.
Je connais aussi les photos des soldats turcs, puis celles des Anglais
d'Allenby. Le monde est toujours concerné par Jérusalem.
C'est à mon tour, dis-je en souriant. Moi aussi, d'une lignée,
j'ai pu atteindre mais pas en guerrier, dans les pas d'Avraham
allant vers la Aqéda, je pense aux tribus montant en pélerinage
avec Yehoshua, à David chantant les 15 psaumes des montées
(120 et suivants),
à l'émotion du Rambam, du Rambane, du Chla s'approchant,
et à Ribbi Yâaqov Abou'hatséra qui ne l'a pas
atteint
mais est décédé à Damenhour en Egypte.
Et au Gaone de Vilna
qui n'a pas réussi à atteindre ce lieu, et moi, ridicule
petit auprès d'eux,
je me promène avec facilité avec mon appareil photo
pour partager avec vous.
Montons par le sentier que nous connaissons déjà. Oui,
ici nous réalisons qu'il s'agit de monter à Jérusalem.
Je n'arriverai jamais à comprendre pourquoi tant se privent
de ces expériences et restent si loin, se contentant d'en rêver,
ou filant vers des hôtels au bord d'autres mers pour vivre leur
Pessa'h casher. Et puis je me souviens que j'ai vécu aussi
ainsi.
Et j'étais le même.
Nous voici arrivés à l'angle de la muraille et nous
montons l'escalier avant de longer la muraille. Montons ensemble.
Et que nos coeurs et notre être montent, sinon tout cela ne
sert à rien.
Les jambes tirent, le regard coincé entre les murailles découvre
le ciel, d'un bleu pur.
Et nous voici devant la Porte de Sion, la bien nommée, car
Sion est l'approche vers Yérouchalayim.
Nous la vivons avec les siècles précédents où
nos pères plaçaient leurs pas en ces lieux (photo de
Robertson 1857)
Nous sommes vraiment à blâmer dans notre luxe. Nous achetons
tout avec facilité comme si cela était normal,
le billet d'avion, l'hotel. Non, les ennemis ont envahis, nous ont
tiré dessus et il a fallu reconquérir, voici ce même
lieu
où vous devez entendre les tirs sur les pierres et les hommes
qui avancent et tombent, et foncent et s'écroulent
et tirent quand même sur les interstices pierres en pénètrent
dans la porte, non pas avec notre incousciance.
Honte à nous si nous oublions la reconnaissance.
J'entends les pierres crier et les hommes hurler quand j'entre en
embrassant la mézouza.
Derrière les remparts, ce ne sont plus les ennemis, mais les
pélerins qui avancent, sans doute eux aussi pensent.
Ce ne sont plus les soldats turcs comme sur cette photo de 1850
Mais, toujours, je serai reconnaissant envers l'Empire ottoman dont
Suliman le Magnifique a fait au ciel le plus beau présent
qu'aucun milliardaire n'a fait depuis par cette muraille d'hommage
à Jérusalem.
A l'intérieur ce ne sont plus des militaires, mais les pélerins
en masse longent les terrains de sport de ceux qui logent dans la
vieille ville
La Torah n'est pas dans le Ciel mais sur terre et on s'approche du
paradis terrestre.
Ces jeunes jouent au crocket, une réalité que n'imaginent
pas ceux pour qui Israël n'est que ce qu'en disent les médias,
des déclarations de politiciens pour ou contre, des attentats;
vous vivez ici le vrai Israël,
j'espère que vous regrettez de n'avoir pas été
avec moi aujourd'hui à Jérusalem:

Des enfants, des enfants, des enfants, c'est cela Israël, l'amour
des enfants. Le Cantique des Cantiques dit:
"notre petite soeur, si elle est une muraille, nous lui bâtirons
dessus une tourelle d'argent" (8,9). Ce sont ces enfants,
les tourelles d'argents des murailles de Jérusalem. Combien
d'enfants a ce père? Tous si beaux et propres
et de la tenue, sûrs ils connaissent déjà par
coeur beaucoup de la Torah.
Nous suivons le rempart sur la droite et nous apercevons maintenant
l'angle du Mont du Temple.
La route est en pente forte car le Mont est modeste et ne domine pas
comme les mosquées et les églises.
Nous allons croiser des files et des files de pères poussant
les poussettes de leurs enfants, forts à bras.
Toutes les types d'Israéliens sont là. Nous n'avons
pas peur, nous tenons et vivons.

C'est le festival des pères et des poussettes!
Tous différents mais ensemble au Kotel.
Quelques touristes quand même, apparemment! Car il n'a pas de
poussette. Le pôvre.
Suite, sur ce lien,
page 2, l'arrivée au Kotel
Voyez aussi, à deux pas d'ici, dans la vieille ville,
les 4 vieilles
synagogues séfarades
qui constituent un seul ensemble. Suite, donc, sur ce lien.
et notre arrivée de même en
belles photos différentes de 2003.