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Livre d'or

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Comment étudier le Talmud. Le Daf Yomi.

"Voici une aide indispensable pour ceux qui assistent à un cours de Daf Yomi"
par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour
Site Modia http://www.modia.org
© Les textes de Modia sont mis gratuitement à votre disposition par l'auteur, selon la mistva obligatoire pour le Juif qui est d'étudier et d'enseigner simultanément.  Vous pouvez donc imprimer et dupliquer ces textes pour l'étude personnelle et de groupe, ou pour l'enseignement. Bien entendu, selon la Torah, en ne supprimant pas le nom de l'auteur et  l'adresse du site. Les sites ne peuvent  faire qu'un lien vers ces textes sans les capter.
Voyez les règles du Copyright.

Ne pas oublier que, sur votre version imprimée ou polycopiée, vous perdez tous les liens qui renvoient aux autres textes de Modia. Or, ils sont indispensables dans l'étude.


Présentation

En 1923, le Rav Méïr Chapira, de Loubline (hiloula le 7 maréchvane) fonda l'étude collective du Talmud par la méthode du Daf Yomi. Cette méthode consiste à commencer par étudier en groupe sous l'explication d'un rav la première page du premier traité du Talmud, au rythme d'une page par jour, sans interruption et de franchir ainsi les 2711 pages des 40 Traités en 7 ans.
Au début, cette innovation suscita de nombreuses critiques disant qu'on survole, qu'on n'apprend pas la complexité des raisonnements, que l'on ne révise pas, que l'on ne voit pas les différents niveaux du texte, que l'on n'étudie pas le texte jusqu'à la halakha, que l'on est passif à écouter un cours, que cela n'est valable que pour ceux qui connaissent déjà bien et révisent.
Mais la méthode a trouvé ses adeptes par milliers de milliers, partout où il y a des Juifs, avec le sentiment de participer à un grand mouvement qui vous soutient dans l'effort. Aujourd'hui, non seulement la méthode est admise, mais le sioum (terminaison, clôture) qui se déroule en cette semaine de fin février 2005 va voir des rassemblements gigantesques, surtout à Tel Aviv et à Jérusalem.

Lire ici la description de la cérémonie du sioum et son sens dans notre histoire: http://www.modia.org/tora/nakh/chirachirimsioum.html
Des sites internet nombreux fournissent ces cours quotidiens en videos en diverses langues (lien ici) y compris en français (lien ici).
Que vous apporte Modia en ce domaine? Un complément indispensable: vous ne suivez pas ici un cours de guémara où l'enseignant vous la traduit, mais Modia vous donne tous les outils pour que vous les perceviez sur la page du Talmud ou dans les mots du Rav, pour que vous puissiez les apprendre, les assimiler et, un jour, devenir capable alors de lire n'importe quelle page du Talmud.

Modia vous transmet aussi tout ce que les commentateurs avaient en tête quand ils ont écrit leur commentaire et qui explique pourquoi ils ont écrit cela, afin de comprendre la guémara comme eux, avec eux.
Ce cours est également très fructueux pour tous ceux qui ont un rôle de conseil, d'aide ou d'éducation auprès de Juifs, car il leur permet de comprendre comment le Juif pense, et est formé à penser depuis plusieurs millénaires. On ne peut pas assimiler le Juif à la seule pensée culturelle ambiante.
Vous avez deux possibilités:
- utiliser cette page d'outils pédagogiques en parallèle du cours que vous suivez sur le Traité Bérakhote.
- vous pouvez aussi travailler cela plus intensément encore, en étudiant les 12 leçons systématiques et progressives qui sont sur Modia à propos de l'étude de Baba Qama (lien ici).

Ici, la recommandation rabbinique sur la qualité de notre enseignement du talmud.
Notre méthode a reçu les approbations rabbiniques (lisez la amlatsa ci-dessous). Elle est aussi à la disposition des animateurs et enseignants qui peuvent ainsi en faire profiter les étudiants . Par cette somme et rigueur des notions et références, le Grand Rabbin de Jérusalem zal, le Rav Chalom Messas avait écrit en 1994 dans son asqama : "J'ai examiné avec attention le livre sur le Talmud, ouvrage important par la masse de son contenu aussi bien que par sa qualité, réalisation d'un homme à qui on peut se fier, ouvrage plus précieux que les perles, qu'a rédigé le Professeur Rav Yehoshua Dufour... Il regorge de connaissances, de règles et d'introductions présentées aussi bien que pour celui qui a déjà l'oeil aiguisé et il facilitera leur élévation dans l'étude... et même les 'hakhamim les plus confirmés dans l'étude du Talmud et de ses commentaires apprécieront ses paroles basées sur celles des grands maîtres de la tradition et ils y trouveront leur profit".


Début du 1e cours


Commençons l'étude.
Voici l'apparence d'une page de Talmud, la première de Bérakhote, page 2b, qui est étudiée le 21 Adar, 2 février 2005.
Je la mets en grande taille pour qu'elle soit bien lisible :



et voici le sens de chaque partie de la belle mise en page séculaire que l'on retrouve en tout volume du Talmud.
Il faut mémoriser le nom et le sens de chaque partie :


La michna ouvre le Traité Bérakhote.
Ainsi, tout traité et tout chapitre dans le Talmud, commence par une michna et elle sera ensuite commentée par le texte de la guémara.

Voici la traduction, du Rav Moïse Schwab (1871, Imprimerie Nationale) qui traduit les deux versions du traité Bérakhote, de Jérusalem et de Babylone. Je change seulement quelques termes pour actualiser le vocabulaire, et j'ajoute quelques termes hébraïques qui sont les clefs ou codes de la Guémara; ils reviennent constamment et il est donc important de les connaître. Les autres mots qui sont entre deux sont simples et variables, ils décrivent le cas, tandis que les codes sont les clefs logiques.
"A partir de quel moment (émataï) récite-t'on la prière du Chémâ du soir? Depuis l'instant auquel les cohanim rentrent au Temple pour manger de la térouma ou oblation, jusqu'à la fin de la première veille. C'est l'avis (divré) de Ribbi Eliézer; (les autres) Sages (va 'hakhamim) disent jusqu'à minuit, et Rabane Gamliel dit: jusqu'au lever de l'aurore.
(maâssé) Voici un fait à l'appui de cet avis: ses fils, revenant une fois d'un festin après minuit, lui dirent (amérou lo): " nous n'avons pas encore récité le Chémâ. Il leur répondit (amar lahém): si l'aurore n'est pas encore levée, vous êtes obligés ('hayavine atem) de faire la dite prière.
Non seulement pour ce sujet (vé lo zo bilvad), mais (élla) pour tout ce que les Sages ont limité par l'heure de minuit, il est permis légalement (mitsvatane) de l'accomplir jusqu'à l'aurore.
La combustion des graisses ou de membres de certains sacrifices, ainsi que la consommation de tout ce qui a la journée pour limite, peut également être accomplie (mitvatane) jusqu'à l'aurore. Pourquoi alors (im kén lama) les Sages disent-ils jusqu'à minuit? Pour éloigner l'homme du péché (par une limite anticipée)".

Méthode : apprendre les mots mis entre parenthèses et leur signification.
Vous devez avant tout examiner ce texte personnellement en l'absence de tout commentaire et de tout enseignement, y réfléchir, découvrir la structure, vous demander pourquoi on commence par là, pourquoi ceci ou cela plutôt qu'autre chose. Bien découvrir la structure, l'apprendre par coeur, car ce petit texte restera la base de beaucoup de débats.
Ensuite seulement, on va à Rachi (lien ici). Ne soyez pas effrayés par le nombre de pages auxquelles je vous renvoie, car il en faut pour tous suivant leur niveau. Et il vaut mieux que vous ayez ces références de formation à votre disposition, même si vous ne pouvez pas tout acquérir simultanément. Mais vous pourrez y revenir. Sachez enfin que les premiers chapitres sont des bases de l'ensemble.

Commentaire:
Qui est ce Ribbi Eliézer?
Découvrez sa place à la 11e génération des grands maîtres, les Tanaïm (lien ici). Il y a une présentation brève, puis détaillée.
Ribbi Éliêzér Haggadol, à Lydda (BQ 3 a, 20), est l'un des deux grands disciples de Rabbane Yo'hanane ben Zakaï, avec Ribbi Yehoshua ; il est donc de la tradition de Hillel mais fut également disciple de Chammaï, cumulant les deux traditions. Son maître le qualifia de "citerne fermée qui ne perd aucune goutte", ou de "gourde enduite de poix qui garde son vin". Il commença à étudier à 28 ans. Les Pirqéï Avote 2, 8 disent que, si tous les Sages d'Israël se tenaient sur un plateau d'une balance et Ribbi Éliêzér seul sur l'autre plateau, la balance pencherait en sa faveur. Il s'agit de lui quand le nom du père n'est pas indiqué après Éliêzér. La halakha n'est jamais fixée selon l'avis de Ribbi Éliêzér car il était  chamouti c'est-à-dire qu'il était de l'École de Chammaï ou, selon la lecture de Rachi en Baba Métsiâ 59 b, parce qu'un type de 'hérem aurait été mis sur lui.
 Ses échanges avec sa femme Imma Chalom sont rapportés dans Êrouvine 63 a.
 Ses autres collègues principaux cités étaient : Ribbi Tarfone, maître de Ribbi Âqiva, Ribbi Yossi Haggalili, Ribbi Chimeône ben Elâzar, Ribbi Yo'hanane ben Nori.
Voir ici ainsi que ses maîtres, et voir ici ses immenses disciples (lien).
Ses enfants lui posent une question; voyez quelle est la place de cette méthode dans la guémara (lien ici).

Vous apprenez aussi, par la question des fils de Ribbi Eliézer, que la guémara veut nous faire faire le passage de la Torah à la halakha, à la Torah vécue. Aussi, vous devez comprendre comment on fait logiquement ce passage, sur cette page (lien).

Prenons l'habitude de regarder un commentaire de Rachi en l'analysant :
1. Nous y voyons que Rachi ne fait pas ici de commentaire allégorique ou symbolique (pas de réméz).
2. Nous sommes intrigués par le fait que son commentaire sur le talmud soit en araméen alors que son commentaire sur la Torah est en hébreu. Quand Rachi étudie la Torah, il écoute et il pense dans la langue de la Torah, en hébreu, exemple parfait d'écoute et de relation intérieure au texte. De même, quand il étudie la guémara, il privilégie l'araméen, même sur l'hébreu de la michna, car la vérité de la michna ne se trouve que dans son explicitation par la guémara, en araméen. Pourtant, le commentaire de Rachi sur la michna, peut être en hébreu car cette phrase veut justement nous expliquer le lien continu qu'il y a entre la michna et l'hébreu de la Torah.
3. Il faut parvenir à ce réflexe dans le regard et dans l'analyse que toute locution de liaison utilisée par Rachi est un code très précis ; il faut apprendre ces codes pour comprendre ce que Rachi nous apporte car cette expression revient fréquemment.

Puis on va aux Tossafotes (lien ici), aux explications du Rav dans le cours oral ou sur internet. C'est la méthode la plus ancienne, celle qui était utilisée dans toutes les galouyotes sépharades avant l'expulsion d'Espagne et encore dans le Sud du Maroc il y a un siècle, où on cachait d'une feuille les commentaires imprimés pendant cette première phase. Le Rav Qanepanetone l'a prescrite clairement dans son ouvrage pour les directeurs de yéchivotes. C'est la base de tout mon livre le Lev Gompers qui est en grande partie sur le site Modia.

Lisez ici qui est le Rav Qanepanetone et quelle est sa méthode (lien) ; il demande ensuite la même rigueur dans l'examen linguistique du sujet ou du thème étudiés, et dans le langage des commentateurs du texte ; il émet une mise en garde contre toute impression que des parties de phrases seraient sans intérêt, fades, peu claires, sans consistance, alors que tout mot y a été rigoureusement soupesé, trié, assuré comme porteur d'un message.

Il importe de souligner, à travers ces indications de méthode, que l'étude du Talmud exige de l'étudiant une mobilisation de son intelligence et son initiative, son originalité de pensée, avant même de parvenir à recevoir le message. D'abord, parce que cela demande une mobilisation très importante des ressources intellectuelles mais aussi parce que l'étudiant porte en lui un regard, un visage de la Torah que nul autre ne peut révéler (chiveîm panim la Torah : la Torah a 70 visages que chaque visage d'étudiant découvre par sa singularité. Otiote de Ribbi Âqiva).

Vous devez vous demander ce qu'est une michna, sa place par rapport à la Torah; réponses ici (lien).
Ecouter un cours oral et ne pas faire ce travail traditionnel, on le comprend maintenant, serait débile, car ce serait un apprentissage à ne pas réfléchir par soi et à ne pas chercher à comprendre, tout le contraire de l'étude de la guémara malgré le nombre d'heures passées.
Quand on passera de la michna à la guémara, ci-dessous, il faudra lire ce lien pour comprendre ce qu'est la guémara par rapport à la Torah et à la michna (lien ici).


Ce texte de la michna est immédiatement suivi de son explication par le début de la guémara, comme ceci:


Traduction
De quelle source (éikha qaéi déqatanéi), le tanna déduit-il l'obligation de lire le Chémâ?
Pour quel motif commencer par la forme interrogative: "A partir de quel instant"?
Et pourquoi (maï chéna) commencer (dérécha) par le Chémâ du soir?
Pourquoi ne pas nous renseigner (litnéi) d'abord (dérécha) sur le Chémâ du matin?

C'est que le Tanna fonde (Tanna éqra qaï) l'obligation de cette lecture sur le verset où il est écrit (dikhtiv):
"en te couchant et en te levant" (Dévarim 6,7).
Et il nous apprend (véhakhi katanéi) que l'heure de dire le Chémâ au coucher compte depuis l'instant auquel les cohanim rentrent chez eux pour manger les offrandes.
Ou bien encore, si l'on aime mieux, (vaï baét éima) on peut dire que le Tanna, pour commencer après le soir, s'est fondé (yalif) sur le passage du récit de la création du monde qui s'exprime ainsi: (Béréchite 1,5) "il fut soir, il fut matin, jour un" (et dans ce verset il est d'abord question du soir).
S'il en est ainsi (i hakhi), pourquoi enseigne-t'on la règle suivante à la fin de la michna (séfa dékétanei)?
Le matin (y dit-on), on récite deux bénédictions avant le Chémâ et une après, et le soir deux bénédictions avant et deux après.
Pourquoi (litnéi) ne pas commencer aussi par le soir!?
C'est que le Tanna a commencé (pata'h) par exposer ce qui concerne le Chémâ du soir, puis il a passé (vahadar tanei) à celui du matin; et après avoir enseigné (ad déqaei) tout ce qui concerne le matin, il est revenu sur certains détails (vahadar paréch miléi) qui concernent le soir.

Mar dit (amar mar) dans cette michna: "depuis l'heure où les cohanim mangent l'offrande".
Et depuis quand (mi kédi émate qa) la mangent-ils? Depuis l'apparition des étoiles.
Alors, pourquoi ne pas dire tout de suite (litnei): depuis l'apparition des étoiles?
Et nous apprenons par là (milta agav or'héi qa machmâ lane) que si le sacrifice expiatoire n'est pas encore offert, ce retard (dékhapara) ne forme pas un obstacle à la consommation (la méakava).
Ainsi nous lisons (kidétania) en Vayiqra 22,7: "lorsque le soleil vient, il est pur". Tant que le soleil n'est pas couché, il est défendu au cohen de manger les offrandes, mais (dès que le soleil est couché), bien que le sacrifice expiatoire ne soit pas encore offert, le cohen peut en manger (il est considéré comme entièrement purifié).
Mais d'où sait-on que ces mots (oumi maï) "le soleil vient" veulent dire que le soleil se couche? Peut-être que cette expression signifie-t'elle que le soleil se lève, en se rapportant au jour suivant, et les mots "il est pur" s'appliqueraient à l'homme qui, après avoir fait son sacrifice (et non pas auparavantà, pourrait manger des oblations.
Rabba, fils de Ribbi Chila répond ceci: (verso de la page, à suivre)

Vous voyez nettement, par cet exemple, qu'un code araméen d'un mot ou de quelques mots indique toute une longue phrase de raisonnement en français. Donc:
- il suffit de connaître ces expressions pour pouvoir déchiffrer la guémara facilement.
- il est impossible de lire la guémara sans cela.
- écouter seulement la traduction lue par un rav sans mémoriser ces expressions pendant et après le cours, est de peu de profit.
C'est pour cela qu'il est nécessaire d'étudier avec précisions tous ces codes sur Modia. On peut alors préparer ainsi un cours avant d'y aller, le réviser ensuite seul ou avec un ami. Et le progrès est alors extrêmement rapide car ces formules reviennent sans cesse, comme les signes + ou- ou = en mathématiques.


UN MOTIF DE NOTRE DIFFICULTÉ dans la rencontre de la page du Talmud : Le chemin long est le plus rapide

Le texte est sans ponctuation, comme l'étaient tous les textes anciens. 
Cette présentation, manifestant les formes de la pensée antique et qui est conservée dans le Talmud, est positive car elle demande une attitude active de la part du lecteur pour chercher la ponctuation du sens et, devant la multiplicité des sens possibles quand il n'y a pas de ponctuation, il est clair qu'il faut aussi se référer au sens transmis et soutenu par l'enseignement oral si l'on ne veut pas délirer ou errer. Inversement, des sens multiples sont parfois suggérés par la non-ponctuation et aiguisent la perspicacité des commentateurs et des étudiants.
Contrairement à ce que pensent les débutants, la lecture non pointée de voyelles devient très facile rapidement... après une phase brève de désarroi. Entreprendre d'étudier la guémara de façon exclusive dans une édition où les voyelles sont toutes pointées est une grave erreur. L'expérience personnelle et celle de nombreux autres montrent alors que le progrès stagne rapidement car on ne pourra plus se passer de l'aide et on ne laisse plus de place à la polyvalence qui stimule la recherche. Par contre, après avoir été nous-même victimes de cette erreur, nous avons vite découvert que nous avons plus progressé en quelques mois d'étude sur le Talmud traditionnel non pointé et non traduit (sous l'enseignement d'un rabbin) que pendant les cinq ou six années précédentes pendant lesquelles nous assistions à des groupes d'étude en faisant usage d'éditions pointées et traduites, malgré l'impression première d'incompréhension. Il faut donc faire confiance à la sagesse pédagogique des générations.
Quel usage peut-on faire avec fruit de nouvelles éditions pointées et avec traduction parallèle ? Elles correspondent à l'usage que l'on fait d'un dictionnaire : il est utile et souvent absolument indispensable ; pourtant il ne remplace pas la littérature ; le livre d'étude continue ne doit donc jamais être le dictionnaire mais le texte traditionnel seul, dans une édition qui respecte la typographie et la mise en page traditionnelles , qui ont leurs raisons pédagogiques très importantes : la compréhension, la mémorisation s'y développent rapidement.

Toute la tradition, basée sur des milliers de milliers d'expériences, avec la rigueur d'analyse qu'a la pédagogie juive, a mis en garde contre le "chemin court" (dérékh qétsara), qui se révèle ultérieurement un chemin beaucoup plus long et pénible. Cette histoire (haggada) est rapportée pour l'enseigner de siècle en siècle :
"Rabbi Yehoshua dit : voici comment un tout petit enfant (tinoq, bébé) m'a laissé coi. Une fois, je cheminais sur une route et je vois un petit garçon assis à une croisée des chemins (attention au symbole !). Et je lui dis : par quel chemin va-t-on à la ville ? Il m'a dit : celui-ci est court et long (zo qétsara véarouka) et celui-là est long et court (zo arouka véqétsara). Je pris donc le chemin court (le raccourci) mais long et, comme j'approchais de la ville, je me suis trouvé empêtré dans les vergers et les jardins (symbole, ici, de la séduction des méthodes qui se présentent sous l'apparence de la belle facilité) qui l'entouraient et j'ai dû revenir en arrière. Je l'ai retrouvé et lui ai dit : mon enfant, ne m'avais-tu pas dit qu'il était court ? Il m'a répondu : ne t'avais-je pas dit que ce raccourci était long ? Je l'ai embrassé sur la tête (elle le méritait bien pour une telle sagesse précoce) et je lui ai dit : Que vous êtes heureux, membres d'Israël, car tous vous êtes de grands Sages, de vos plus grands jusqu'à vos petits."(Traité Erouvine 53b).
 

L'organisation active

Ce texte du Talmud non ponctué et sans virgules ni points entre les segments de phrases montre que l'approche qui est demandée au Juif face à ce qu'il reçoit de la tradition est une attitude active : le sens ne sera trouvé et placé que si le lecteur cherche et pense pendant sa lecture, s'il y met le rythme, s'il force le texte, s'il lui fait donner l'âme qu'il porte en lui ; sinon ce texte restera lettre incompréhensible. 

Le Rav Qanepanetone (Point 3 de son Introduction. Lire le lien) insiste continuellement sur ce point : 
"la voie la plus directe est que tu recherches tout ce que tu pourras comprendre et après tu verras si ce que tu as compris correspond aux commentaires".
Autre remarque : grâce à la forme logique si complexe du Talmud, on place le Juif qui étudie dans une attitude de recherche particulière, on ne lui demande pas de "penser à" D.ieu, encore moins de "penser" D.ieu mais d'organiser sa propre pensée, à l'instar de l'attitude juive prototypique de Moché Rabbénou devant le buisson ardent, où il organisait seulement sa méthode de pensée (Exode 3, 3) : 
"assoura-na vééreé éte hammareé haggadol hazzé
allons, sortons de notre voie habituelle et allons voir ce qu'est ce phénomène extraordinaire".

Pour en souligner l'importance, le middrache nous dit que Moché Rabbénou fut choisi pour ce motif comme organisateur du peuple futur. Penser, selon le judaïsme, c'est d'abord distinguer, séparer puis relier, pour sortir des confusions et des illusions, comme l'indique la cérémonie qui sépare le Chabbate du début de la semaine ou comme le montre le récit de la création.


Les groupes codés à l'intérieur du texte

Vous allez vite découvrir l'importance de l'organisation du texte par de nombreux codes que je vous traduits, voici par exemple une copie d'une page ordinaire de Baba Qama, la page (3 a), sur laquelle j'ai mis en évidence les nombreuses formules codées qui sont les clefs du raisonnement.

Entre les mots ou formules mis en évidence, on le voit, le vocabulaire qui parle du cas débattu est très limité ; de plus, il est simple. Ce qu'il faut donc éduquer rapidement chez nous, c'est apprendre à l'œil comment repérer ces formules-pivots sans lesquelles le texte n'a pas de sens et qui sont les marches qui permettent au raisonnement de progresser. C'est la fonction de notre cours et livre, le Lév Gompers : j'y donne progressivement l'explication et la fonction de la presque totalité de ces mots-clefs, de ces scansions ; après l'étude de la méthode, l'étudiant "voit" la page de Talmud dans son armature, de la même manière à ce que son regard placé devant un journal structure et pondère activement ce qui est majeur, ce qui est second et par où il faut commencer. Ensuite, le raisonnement peut fonctionner sur le texte compris.

Nous découvrirons aussi que, dans le Talmud, les disciples tiennent à rapporter intégralement les enseignements de leurs Maîtres, et en leurs noms, même si ces enseignements semblent comporter une particularité curieuse ou apparemment insignifiante, cela par fidélité et droiture, pour assurer la transmission et parce qu'il y a probablement d'importants enseignements dans cette particularité que le disciple n'a pas toujours saisie et qu'il ne peut se permettre de faire tomber dans l'oubli. C'est aussi une règle absolue dans le judaïsme que de citer l'origine d'un enseignement nouveau :
"kol haomér davar bé chém omero mévi guéoula laôlam
tout celui qui dit une chose au nom de celui qui l'a dite amène la libération finale pour le monde" (Traité 'Houline 104b). Pour ce motif, nous inscrivons cette règle dans les conditions du copyright sur le site.

Le Rav Qanepanetone fait de ce point (les codes) l'introduction de toute sa méthode d'étude du Talmud :
"C'est une grande règle dans ton étude que tu détailles très bien le langage et que tu t'efforces de découvrir s'il y a des formes superflues, des expressions négligées, s'il y a une nouveauté dans ces apparences ou non, et examine s'il y a un changement dans le langage... et cherche et questionne bien. Et efforce-toi de mettre en valeur tout aspect du langage car tout mot et toute partie qui le composent jettent un éclairage sur quelque chose qui n'était pas compris jusque-là ; et sache et comprends cela dans sa racine et dans son fondement..."

Le Rav Qanepanetone demande ensuite la même rigueur dans l'examen linguistique du sujet ou du thème étudiés, et dans le langage des commentateurs du texte ; il émet une mise en garde contre toute impression que des parties de phrases seraient sans intérêt, fades, peu claires, sans consistance, alors que tout mot y a été rigoureusement soupesé, trié, assuré comme porteur d'un message.

Rappel. Il importe de souligner, à travers ces indications de méthode, que l'étude du Talmud exige de l'étudiant une mobilisation de son intelligence et son initiative, son originalité de pensée, avant même de parvenir à recevoir le message. D'abord, parce que cela demande une mobilisation très importante des ressources intellectuelles mais aussi parce que l'étudiant porte en lui un regard, un visage de la Torah que nul autre ne peut révéler (chiveîm panim la Torah : la Torah a 70 visages que chaque visage d'étudiant découvre par sa singularité. Otiote de Ribbi Âqiva).


Approfondissement de notions sur le début de la guémara: la question

La guémara commence par des questions sur ce qui nous a été enseigné:
" De quelle source (éikha qaéi déqatanéi), le tanna déduit-il l'obligation de lire le Chémâ?
Pour quel motif commencer par la forme interrogative: A partir de quel instant?"


En effet, le verbe tena, enseigner, est l'un des mots les plus fréquents dans le talmud sous des formes multiples. Les connaître est indispensable, comme posséder le trousseau de clefs de tout un immeuble.
Suivant les formes ou les contextes, il signifie aussi bien "apprendre, répéter,établir la valeur d'un enseignement, enseigner".
Il est donc indispensable d'organiser un minimum si l'on ne veut pas faire de confusions entre ces sens différents, et entre le verbe et les noms qui en découlent. Sans cela nous ne pourrons pas comprendre du tout un texte de guémara, nous ne pourrions qu'écouter quelqu'un faire son cours devant nous et nous retrouver totalement démunis une fois seuls, ou même en équipe de révision, la 'hévrouta.
C'est, évidemment, entrer dans la grammaire mais ne soyons pas impressionnés car toute langue parlée possède une grammaire implicite que nous avons intégrée. Il faut franchir ce stade. Beaucoup n'ont pas eu cette base et piétinent pour cela, font des contresens constants. L'étude de cette base est si importante que Rabbi Yossef ben Méïr (1727-1792), auteur de Péri Mégadim dit dans les conseils qu'il donne aux enseignants: " la connaissance de la grammaire est la pierre d'angle de la torah et, quand on étudie la guémara, il faut également avoir ses livres de grammaire devant soi" (Ce livre est un commentaire sur la partie Ora'h Hayim du Choulkhane Aroukh, intro. 16). Rachi, Maïmonide ou le Chla insistent dans les mêmes termes, cela suffit pour nous donner l'assurance que c'est la bonne méthode et celle qui nous est indispensable.

Plongeons donc dans cette piscine agréable et nécessaire en comprenant le mot "déqatanéi" ou "midéqétané"

Décomposons-le midéqétané: mi (de) déqé (ce que) tané (a été enseigné).

Cela étant bien posé, entrons dans toutes les formes courantes de ce mot tané que le talmud utilise
et nous aurons acquis une large base. Ne nous effrayons pas, lisons et cela entrera peu à peu.


Au lieu de ténou rabanane comme il est écrit, on peut dire aussi tanou rabanane.
Si vous apprenez bien ces formules, vous serez stupéfaits des repères clairs que vous avez acquis tout-à-coup lorsque vous entendrez un cours. Il faut absolument mémoriser ces termes.

Maintenant, puisque vous avez constaté que la guémara ne procède que par questions à élucider, je vais vous fournir les différents codes de ces questions qui indiquent, pour celui qui les connaît, dans quelle direction nous conduit la guémara. C'est indispensable. Voyez ici ce lien suivant qui est le 14e cours sur la guémara dans le site Modia.