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Comment étudier le Talmud
"Un véritable cours d'initiation
progressive au Talmud sur le Web"
par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour
Site Modia http://www.modia.org
Présentation
Ici, vous ne suivez pas un cours de guémara où l'enseignant
vous la traduit
mais il vous transmet aussi tout ce que les commentateurs avaient
en tête quand ils ont écrit leur commentaire, afin de comprendre
la guémara comme eux, avec eux.
Ce cours est également très fructueux pour tous ceux
qui ont un rôle de conseil, d'aide ou d'éducation auprès
de Juifs, car il leur permet de comprendre comment le Juif pense, et est
formé à penser depuis plusieurs millénaires. On ne
peut pas assimiler le Juif à la seule pensée culturelle ambiante.
Ici, la recommandation rabbinique
sur la qualité de cet enseignement du talmud.
Ici, l'étude du Traité Baba Qama, base de notre méthode,
en cours gratuit.
L'usage normal et optimal de
ce cours, gratuit, est de participer à l'étude avec quelqu'un
d'autre
ou dans un groupe et de préparer les leçons ou de
réviser avec l'aide de ce texte.
Mais tout
Juif qui ne bénéficie pas de ces conditions traditionnelles
d'étude peut,
cependant, avancer grandement avec ces pages-ci.
Début du 1e cours

ICI, le cours de Talmud (valable pour tous niveaux)
: basé sur Baba Qama
© Les textes de Modia sont mis gratuitement à votre disposition par l'auteur, selon la mistva obligatoire pour le Juif qui est d'etudier et d'enseigner simultanement. Vous pouvez donc imprimer et dupliquer ces textes pour l'etude personnelle et de groupe, ou pour l'enseignement. Bien entendu, selon la Torah, en ne supprimant pas le nom de l'auteur et l'adresse du site. Les sites ne peuvent faire qu'un lien vers ces textes sans les capter.
Voyez les règles du Copyright.
Ne pas oublier que, sur votre version imprimee ou polycopiee, vous perdez tous les liens qui renvoient aux autres textes de Modia. Or, ils sont indispensables dans l'etude.
I. Les données de base à acquérir:
1. Ici, l'orientation pédagogique de notre méthode d'enseignement : Rachi, le Chla, Rav Yits'haq Qanepanetone
2. Importants conseils pour bien etudier.
3. Méthode pour l'étude.
4. L'araméen, l'apprendre. Et son sens dans la tradition.
5. Sages du talmud, vie, oeuvre et succession
II. Plan des cours sur le texte
(il y a une logique dans la succession de ces cours, les étudier dans l'ordre la première fois).
1e cours : Etude générale de la première michna du Traité Baba Qama
2e cours : Transmission de la Torah et rédaction de notre Michna
3e cours : Etude détaillée de la michna.
4e cours : Etude des thèmes de Baba Qama
5e cours : Le commentaire des tossafistes sur le commentaire de Rachi
6e cours: Les middotes ou modes de raisonnement utilisés par les commentateurs de la Torah ou par les Sages du Talmud
7e cours : le raisonnement par le biniane av
8e cours : le raisonnement par qal va 'homer, a fortiori
9e cours : le raisonnement par la guézéra chava
10e cours : les middotes 4 à 7, selon Hillel. Et la liste des middotes selon Ribbi Yichmâél. Exercices de reconnaissance de ces middotes sur la Torah.
Exercice de mémorisation de cette phase (cours 7 à 10).
11e cours : Passage de la michna à l'étude de la guémara. Les caractéristiques principales d'un texte de guémara.
12e cours : Le vocabulaire fréquent de la guémara.
13e cours: la page d'étude quotidienne, le daf yomi.
14e cours : connaître tout sur l'art de la question
15e cours: découvrir et comprendre le sens-clef des mots d'introduction
16e cours. la prise de parole .
Je suis la méthode du Rav Qanepanetone (sépharade) et du Chla ha qaddoche (askénaze) qui estiment qu'il faut apporter toutes les notions au fur et à mesure et les intégrer par un travail systématique. L'étudiant verra son niveau s'élever très rapidement et il pourra vite participer à ces cours quotidiens ou à des cours avec un 'haver avec le plus grand fruit.
Notre méthode a reçu les approbations rabbiniques (lisez la amlatsa). Elle est aussi à la disposition des animateurs et enseignants qui peuvent ainsi en faire profiter les étudiants . Par la somme et la rigueur des notions et référence, le Grand Rabbin de Jérusalem zal, le Rav Chalom Messas, zal, avait écrit en 1994 dans son asqama : "J'ai examiné avec attention le livre sur le Talmud, ouvrage important par la masse de son contenu aussi bien que par sa qualité, réalisation d'un homme à qui on peut se fier, ouvrage plus précieux que les perles, qu'a rédigé le Professeur le Rav Ribbi Yehoshua Dufour... Il regorge de connaissances, de règles et d'introductions présentées aussi bien que pour celui qui a déjà l'oeil aiguisé et il facilitera leur élévation dans l'étude... et même les 'hakhamim les plus confirmés dans l'étude du Talmud et de ses commentaires apprécieront ses paroles basées sur celles des grands maîtres de la tradition et ils y trouveront leur profit".
En 2001, le Rav étendit son asqama et amlatsa à l'ensemble de mon écriture sur la Torah.
(voici ce texte ci-dessous).
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Commençons l'étude.
La michna que nous étudions est située dans le Traité Baba
Qama du Talmud.
Voici l'apparence de la première page :
et voici le sens de chaque partie de cette belle mise en page séculaire
:
La première michna de Baba Qama étudie quatre prototypes
de fauteurs de dommages que nous nommerons désormais uniquement
selon le concept hébraïque (chor ou taureau, bor
ou puits, mav'éh à définir plus tard comme
dent ou autre concept, hévêr à définir
plus tard comme incendiaire ou autre concept).
Voici le début du texte comme il apparaît dans le livre:
et reprenons le début, à la loupe:
Traduisons littéralement pour conserver l'approche analytique :
"Arbaâ avote néziqim
quatre principes de fauteurs de dommages ;
le chor ou taureau, le bor ou puits, le mav'éh
à définir plus tard comme dent ou autre concept, le hévêr
à définir plus tard comme incendiaire ou autre concept ;
lo haré ha chor kaharé
pas semblable au chor ce qui est semblable
ha mav'éh vé lo haré mav'éh kaharé
ha chor
au mav'éh et pas semblable au mav'éh ce
qui est semblable au chor
vélo zé vazé, ché yéche bahén
roua'h 'hayim, kaharé
et pas l'un et l'autre qui ont en eux le souffle de vie ce qui est
semblable
haéche chééïne ba roua'h 'hayim ; vélo
zé vazé,
au feu qui n'a pas en soi le souffle de vie et pas ceux-là
chédarkane lélékh ouléhaziq , kaharé
ha bor chééïne
dont la voie est d'aller et de causer des dommages ce qui est semblable
au bor dont n'est pas
darko lélékh ouléhaziq. Hatsad hachavé
chébahén
la voie d'aller et de nuire le côté semblable qui est
en eux
ché darko léhaziq ouchémiratane âlékha,
oukhéchéhiziq
est que leur voie est de créer des dommages et s'en garder est
un devoir et quand il a causé dommage
- 'hav hamaziq léchalém tachloumé nézéq
bémétav
a l'obligation celui qui nuit de payer les prix du dommage du meilleur
haaréts
de la terre."
Ce texte sera immédiatement suivi de son explication par la guémara,
comme ceci:

Revenons au début, à la michna. "Arbaâ avote néziqim
quatre principes de fauteurs de dommages ; le chor ou taureau,
le bor ou puits, le mav'éh à définir
plus tard comme dent ou autre concept, le hévêr à
définir plus tard comme incendiaire ou autre concept ; lo haré
ha chor kaharé pas semblable au chor ce qui est semblable"
etc.
Soyons sincères : ce texte nous semble obscur, rédigé
d'une façon incompréhensible, peu claire, et nous ne comprenons
pas comment on peut prétendre véhiculer les enseignements
les plus importants dans un tel style. N'importe quel écolier recevrait
un zéro pour une telle rédaction. Il fallait prendre conscience
de notre réaction.
Mais il faut être sérieux : un texte médical n'est
pas compréhensible non plus ; il faut connaître la technique
de rédaction, et le vocabulaire, et les codes, et les Ecoles, et
les auteurs ; alors tout devient clair.
J'abrège, pour donner quelques clefs de méthode qui nous
libéreront de nos critiques intérieures et nous permettront
d'entrer dans la véritable connaissance de ce texte, puisque notre
intention n'est pas de discuter mais d'apprendre.
PREMIER MOTIF DE NOTRE DIFFICULTÉ DE COMPRÉHENSION
:
nous ne savions pas ce qu'est ce texte de Ribbi Yéhouda Hannassi
(Rabbi)
Le 15 Kislév est le jour de la hilloula de Ribbi Yéhouda
Hanassi, rédacteur de la michna.
Ribbi Yéhouda Hannassi, qui était né le jour même
de la mort de Ribbi Âqiva, selon la règle des destinées
majeures (Qiddouchine 72 b), entreprit à son tour de recueillir
après lui l'ensemble des traditions devant le risque de leur disparition
à cause des persécutions.
Un autre risque de perte venait de la méthode pédagogique
traditionnelle qui était utilisée : l'enseignement était
oral et on n'écrivait pas son contenu ; devant l'immensité
de la matière, on veillait à parvenir à l'expression
la plus concise possible, ce que Rabbi fera lui-même, mais les auditeurs
avaient entendu le détail dont cette concision était un résumé
; ils notaient seulement des points de repère (simanim) qui
étaient des moyens mnémotechniques.
Il est clair que, si ce système pédagogique oral développe
la mémoire et assure la transmission dans une situation historique
stable, la transmission est en péril dès qu'il y a un arrêt
temporaire de la transmission directe et de sa vérification : il
n'y a plus alors de traces tangibles et elles ne sont plus guère
compréhensibles pour un lecteur extérieur.
1. Constatant la rapidité de la perte d'information, de compréhension
et de mémorisation et la diversification des enseignements, il se
résolut à organiser et rédiger la tradition orale
pour que tous les Maîtres aient un fond commun qu'ils enseigneraient
d'un plein accord (pé é'had, d'une seule bouche) et
dans une même langue, de façon à ce que sur l'essentiel
on revienne à ce qui était jadis :
bité'hila lo hayéta ma'hloqéte béyisrael
"auparavant où il n'y avait pas de dissensions en Israel".
Il y avait, certes, des discussions vives et nombreuses et des enseignements
réputés pour leur brièveté ou leur longueur
mais, en général, chacun connaissait les autres traditions
et savait distinguer l'essentiel du particulier, et les divergences ne
brisaient pas l'unité de compréhension.
2. Ribbi Yéhouda Hannassi entreprit donc, avec ses élèves,
de rassembler toutes les traditions orales.
Le Chla dit que Rabbi se trouva face à 600 corpus déjà
constitués :
qodém rabbi hayou chéche méote sidréï
michna.
Le traité 'Haguiga 14 parle même de 700 traditions.
Il faut bien réaliser l'immensité de ce savoir juif très
précis qui était alors totalement mémorisé.
3. Ribbi Yéhouda Hannassi a mis en ordre ce fond commun.
Rabbi "mit un ordre dans ces michnayotes" (sidér michnayote)
en se conformant à plusieurs principes.
Il établit 13 classes de méthodes différentes
dans les traditions et les enseigna à Ribbi 'Hiya.
4. Il va de soi qu'il faut étudier ce texte si particulier de
la michna avec des personnes qui, elles-mêmes, ont étudié
et reçu les règles de sa composition, les débats
entre les différentes traditions de la Torah remontant toutes à
Moché notre Maître, sinon on n'y comprendra rien. Et on n'aura
pas appris la Torah. On divaguera en fantaisies, fallacieusement nommées
spiritualité juive ou philosophie juive. Véritables, elles
doivent reposer sur la connaissance de la michna.
SECOND MOTIF DE NOTRE DIFFICULTÉ : Le chemin long est le plus
rapide
Nous avons volontairement transcrit le texte français du paragraphe
de la michna sans ponctuation, comme il est imprimé en hébreu
dans le Talmud et comme l'étaient tous les textes anciens.
Cette présentation, manifestant les formes de la pensée
antique et qui est conservée dans le Talmud, est positive car elle
demande une attitude active de la part du lecteur pour chercher la ponctuation
du sens et, devant la multiplicité des sens possibles quand il n'y
a pas de ponctuation, il est clair qu'il faut aussi se référer
au sens transmis et soutenu par l'enseignement oral si l'on ne veut pas
délirer ou errer. Inversement, des sens multiples sont parfois suggérés
par la non-ponctuation et aiguisent la perspicacité des commentateurs
et des étudiants.
Contrairement à ce que pensent les débutants, la lecture
non pointée de voyelles devient très facile rapidement...
après une phase brève de désarroi. Entreprendre d'étudier
la guémara de façon exclusive dans une édition où
les voyelles sont toutes pointées est une grave erreur. L'expérience
personnelle et celle de nombreux autres montrent alors le progrès
stagné rapidement car on ne pourra plus se passer de l'aide et on
ne laisse plus de place à la polyvalence qui stimule la recherche.
Par contre, après avoir été nous-même victimes
de cette erreur, nous avons vite découvert que nous avons plus progressé
en quelques mois d'étude sur le Talmud traditionnel non pointé
et non traduit (sous l'enseignement d'un rabbin) que pendant les cinq ou
six années précédentes pendant lesquelles nous assistions
à des groupes d'étude en faisant usage d'éditions
pointées et traduites, malgré l'impression première
d'incompréhension. Il faut donc faire confiance à la sagesse
pédagogique des générations.
Quel usage peut-on faire avec fruit de nouvelles éditions pointées
et avec traduction parallèle ? Elles correspondent à l'usage
que l'on fait d'un dictionnaire : il est utile et souvent absolument indispensable
; pourtant il ne remplace pas la littérature ; le livre d'étude
continue ne doit donc jamais être le dictionnaire mais le texte traditionnel
seul, dans une édition qui respecte la typographie et la mise en
page traditionnelles , qui ont leurs raisons pédagogiques très
importantes : la compréhension, la mémorisation s'y développent
rapidement.
Toute la tradition, basée sur des milliers de milliers d'expériences,
avec la rigueur d'analyse qu'a la pédagogie juive, a mis en garde
contre le "chemin court" (dérékh qétsara),
qui se révèle ultérieurement un chemin beaucoup plus
long et pénible. Cette histoire (haggada) est rapportée
pour l'enseigner de siècle en siècle :
"Rabbi Yehoshua dit : voici comment un tout petit enfant (tinoq,
bébé) m'a laissé coi. Une fois, je cheminais sur une
route et je vois un petit garçon assis à une croisée
des chemins (attention au symbole !). Et je lui dis : par quel chemin va-t-on
à la ville ? Il m'a dit : celui-ci est court et long (zo qétsara
véarouka) et celui-là est long et court (zo arouka
véqétsara). Je pris donc le chemin court (le raccourci)
mais long et, comme j'approchais de la ville, je me suis trouvé
empêtré dans les vergers et les jardins (symbole, ici, de
la séduction des méthodes qui se présentent sous l'apparence
de la belle facilité) qui l'entouraient et j'ai dû revenir
en arrière. Je l'ai retrouvé et lui ai dit : mon enfant,
ne m'avais-tu pas dit qu'il était court ? Il m'a répondu :
ne t'avais-je pas dit que ce raccourci était long ? Je l'ai embrassé
sur la tête (elle le méritait bien pour une telle sagesse
précoce) et je lui ai dit : Que vous êtes heureux, membres
d'Israël, car tous vous êtes de grands Sages, de vos plus grands
jusqu'à vos petits."(Traité Erouvine 53b).
L'organisation active
Ce texte du Talmud non ponctué et sans virgules ni points entre
les segments de phrases montre que l'approche qui est demandée au
Juif face à ce qu'il reçoit de la tradition est une attitude
active : le sens ne sera trouvé et placé que si le lecteur
cherche et pense pendant sa lecture, s'il y met le rythme, s'il force le
texte, s'il lui fait donner l'âme qu'il porte en lui ; sinon ce texte
restera lettre incompréhensible.
Le Rav Qanepanetone
(Point 3 de son Introduction. Lire le lien) insiste continuellement sur
ce point :
"la voie la plus directe est que tu recherches tout ce que tu pourras
comprendre et après tu verras si ce que tu as compris correspond
aux commentaires".
Autre remarque : grâce à la forme logique si complexe
du Talmud, on place le Juif qui étudie dans une attitude de recherche
particulière, on ne lui demande pas de "penser à" D.ieu,
encore moins de "penser" D.ieu mais d'organiser sa propre pensée,
à l'instar de l'attitude juive prototypique de Moché Rabbénou
devant le buisson ardent, où il organisait seulement sa méthode
de pensée (Exode 3, 3) :
"assoura-na vééreé éte hammareé
haggadol hazzé
allons, sortons de notre voie habituelle et allons voir ce qu'est ce
phénomène extraordinaire".
Pour en souligner l'importance, le middrache nous dit que Moché
Rabbénou fut choisi pour ce motif comme organisateur du peuple futur.
Penser, selon le judaïsme, c'est d'abord distinguer, séparer
puis relier, pour sortir des confusions et des illusions, comme l'indique
la cérémonie qui sépare le Chabbate du début
de la semaine ou comme le montre le récit de la création.
Après ces précautions, séparons donc maintenant
graphiquement les différents passages de la traduction de ce texte
non ponctué pour en faire émerger l'organisation et la ponctuation
du sens, en gardant en mémoire l'ordre des concepts :
(concept 1= chor, taureau ; concept 2 = bor, trou
ou puits ; concept 3 = mav'éh ou dent ; concept
4 = hévêr ou incendiaire).
Il y a 4 catégories de dommages faits à autrui et le
texte les classe selon quatre modèles symboliques et en montre les
différences et les ressemblances. Sur cette base, nous pourrons,
ensuite, analyser toutes les situations concrètes de dommages pour
réparer selon ce que nous demande la Torah, et pour éviter
de nuire.
Voici le texte :
1. pas semblable aux caractéristiques du chor (le taureau)
ce qui est semblable aux caractéristiques du mav'éh (ici,
on met en relation les concepts 1 * 3 parmi la liste des quatre)
2. et pas semblable aux caractéristiques du mav'éh
ce qui est semblable aux caractéristiques du chor (concepts
3 * 1)
3. et pas l'un et l'autre qui ont en eux le souffle de vie (et) ce
qui est semblable au feu qui n'a pas en soi le souffle de vie (concepts
1-3 * 4)
4. et pas ceux-là dont la voie est d'aller et de causer des
dommages (et) ce qui est semblable aux caractéristiques du bor
dont la voie n'est pas d'aller et de nuire (concepts 1-3-4 * 2)
5. le côté semblable qui est en eux est que leur voie
est de créer des dommages (concepts 1=2=3=4)
6. et s'en garder est un devoir (concepts 1-2-3-4)
7. et quand il y a dommage a l'obligation celui qui nuit de payer les
prix du dommage (concepts 1-2-3-4)
8. du meilleur de la terre.
La scansion des groupes successifs du sens
Le texte, ainsi mis en page dans notre regard, devient déjà
plus clair, conforme à ce que nous avons dit des processus de pensée
; le texte apparaît comme remarquablement organisé et on peut
parvenir à réciter ce texte dans l'ordre exact, avec la conscience
claire des groupes successifs. Cela nous apprend que la "catégorie
générale de dommage" ne peut nous satisfaire et que l'un
ne peut être réduit à l'autre mais qu'il faut prendre
chacun comme une catégorie spécifique. Les prescriptions
définies pour l'un ne sont pas valables pour l'autre et, surtout,
on nous met en garde contre l'extrapolation qui est une tendance spontanée
du jugement. De là, on comprend que la Torah ait dû apporter
de nombreux versets pour répondre à toutes ces distinctions.
Le travail de la guémara sera d'explorer, en contrepartie, tout
ce que cela veut dire de grouper seulement en quatre catégories.
Cette organisation des textes et des règles techniques qui la
régissent est une constante dans les différentes branches
de l'étude juive ; ainsi pour l'étude du Choul'hane Âroukh,
livre de base en halakha (précisions d'application de la Torah à
la vie concrète), on trouve 55 règles d'interprétation
présentées par le Rav Ôvadia Yosséf, Richone
létsione, dans Yé'havé Daâte.
Les groupes codés à l'intérieur du texte
Pour illustrer l'importance de cette organisation du texte, nous présentons
une copie d'une page ordinaire de Baba Qama, la page (3 a), sur laquelle
nous avons mis en évidence les nombreuses formules codées
qui sont les clefs du raisonnement.
Entre les mots ou formules mis en évidence, on le voit, le vocabulaire
qui parle du cas débattu est très limité ; de plus,
il est simple. Ce qu'il faut donc éduquer rapidement chez nous,
c'est apprendre à l'œil comment repérer ces formules-pivots
sans lesquelles le texte n'a pas de sens et qui sont les marches qui permettent
au raisonnement de progresser. C'est la fonction de ce livre, le Lév
Gompers : nous y donnons progressivement l'explication et la fonction de
la presque totalité de ces mots-clefs, de ces scansions ; après
l'étude de la méthode, l'étudiant "voit" la page de
Talmud dans son armature, de la même manière que son regard
placé devant un journal structure et pondère activement ce
qui est majeur, ce qui est second et par où il faut commencer. Ensuite,
le raisonnement peut fonctionner sur le texte compris.
Les mots-principes de raisonnement
Les principes qui sont proposés à notre étude dans
le thème de la première michna, le regard doit les examiner
dans leurs différents ensembles, sous-ensembles et exclusions.
1. pas semblable aux caractéristiques du chor ce qui
est semblable aux caractéristiques du mav'éh (concepts
1 * 3)
2. et pas semblable aux caractéristiques du mav'éh
ce qui est semblable aux caractéristiques du chor (concepts
3 * 1), etc...
Ils apparaissent alors non plus comme de simples objets (un taureau,
un puits, etc.) mais comme des principes généraux dans le
raisonnement, munis des caractéristiques qu'ils portent ; c'est
le sens du mot avote (pères) . A partir de cette présentation
logique, le dommage étudié ne sera donc plus référé
à l'objet lui-même mais à la catégorie du principe
et aux analogies qu'il représente. Il va donc falloir examiner ces
principes posés par la Torah elle-même, bien les délimiter,
cerner les exclusions, indiquer les extensions et les analogies possibles.
C'est ce qu'ont fait ces Sages et c'est ce que va nous décrire le
Talmud.
Ensuite, de siècle en siècle, les générations
munies de ces outils pourront analyser des situations nouvelles et entièrement
différentes. Le Talmud va nous transmettre l'analyse qu'en a faite
la tradition ou plutôt "les" traditions, et nous mettre sur la voie
en analysant ces principes au long des chapitres suivants. La page 3 a
de notre traité nous donne une idée de l'ampleur de tous
ces codes et outils de raisonnement qui organisent le texte.
Dans notre michna, notre attention est attirée par le fait que
l'étude des Sages se porte sur le mot haréi (semblable),
qui revient 5 fois. Par ce mot, ils passent au crible les vraies similitudes
et les fausses similitudes.
Le texte de notre michna examine d'abord les différences (lo
haréi, pas semblables…) avant d'examiner ce qui est semblable
(hattsad
hacchavé, le côté semblable).
C'est que la justice repose d'abord sur l'exactitude des faits et situations
et, pour atteindre à cette justice, le texte prend le soin d'indiquer
toutes les situations éventuelles et possibles ; la tradition sait
que, sinon, l'homme serait capable d'utiliser chaque obscurité du
texte pour se dispenser de ses devoirs de justice ; Rachi suggère
ce commentaire. La justice repose aussi sur la recherche des points communs
et des distances entre ces points pour éventuellement parvenir à
faire un compromis. Et ce, avant d'aboutir à un jugement, comme
le Baâl Hattourim le suggère par le notaricone (phrase
dont les mots commencent par chacune des lettres d'un mot choisi) sur les
voyelles du mot (hammichpatim, les jugements) :
"haddayane métsouvé chéyaâsssé
péchara térém ché yaâssé michpate
le juge a l'obligation de faire un compromis avant de faire un jugement".
Après une telle analyse rigoureuse des situations semblables
ou différentes, l'homme peut arriver, et seulement alors, dans la
sixième séquence et dans la septième, à pouvoir
parler des obligations morales ('hav âléikha) précisées
dans les détails du faire : c'est cela la halakha.
6. et s'en garder est un devoir pour toi ('hav âléikha)
7. et quand il y a dommage a l'obligation celui qui nuit de payer les
prix du dommage
8. du meilleur de la terre.
La morale ou action optative, ce qui est la même chose, est
soumise à la logique et à l'analyse rationnelles ; elles
excluent la précipitation, la projection subjective et l'intérêt
propre recherché inconsciemment. Avec cette rigueur, tout cela est
référé strictement au texte de la Torah qui n'est
jamais perdue de vue dans tous les détours de raisonnement de la
guémara qui sont nécessaires pour la comprendre et pour parvenir
à son application.
Nous voyons aussi que, pour parler de la responsabilité de l'homme,
ce sont des acteurs non-humains qui sont ici décrits (le puits,
le taureau…), ce qui souligne la co-responsabilité de tout ce qui
est dans la création et la dégradation générale
qui s'ensuit quand l'homme ne veille pas à respecter un bon fonctionnement
de l'ensemble.
Que des exemples d'animaux ou d'objets soient pris pour décrire
le comportement humain, cela rappelle aussi combien l'homme doit se considérer
avec la représentation de ces niveaux qu'il porte en lui et qu'il
ne parvient pas aisément à gérer.
L'avant-dernier point abordé par cette michna parle de "l'obligation
de payer pour dédommager" :
'hav hamméziq léchalém tachlouméï
nézéq.
Le judaïsme n'en reste pas à une moralité abstraite
et idéaliste et il ne craint pas d'aborder immédiatement
la question concrète de l'argent ; il ne se cache pas derrière
des considérations dites de spiritualité pour traiter de
la droiture nécessaire dans les rapports entre l'individu et ses
semblables. L'argent est bien, en effet, la mesure et la "valeur" du lien
social. L'homme ne peut rendre à autrui le dédommagement
du préjudice causé simplement par le repentir ou par des
regrets ou par des considérations sur l'amour envers le prochain
; il doit d'abord réparer dans la réalité. La racine
hébraïque du mot "argent" (kassaf) est celle du mot
"aspiration-désir" : l'argent est directement relié à
ces sens élevés, il en est un représentant, d'où
son importance. Dans beaucoup de langues, on parle aussi bien de valeurs
pour ce qui est coté en Bourse que pour les valeurs morales. Et,
selon la Torah, le traité porte bien simultanément sur le
dédommagement monétaire et moral des dommages infligés
à autrui.
Sur le plan de la méthode suivie par notre michna, le texte nous
a ainsi indiqué ici une règle ou principe de halakha
ou de dine (rigueur du jugement) sous une forme qui est fréquente
dans toute la michna : on ne nous y a pas expliqué les justifications
de cette ordonnance par la référence directe à un
verset de la Torah, ni par les déductions logiques qui sous-tendraient
cette règle ; ces déductions nous en auraient révélé
avec évidence ce que l'on appelle le taâm, mot qui veut dire
à la fois "le sens, le goût, le fondement de l'argumentation,
la signification", etc.
Ce sera justement l'une des tâches de la guémara que de
chercher ces sources et significations et d'en discuter en nous donnant
les traditions des Sages qui s'y référaient.
Le dernier point du texte de cette michna comporte une interrogation
:
6. et s'en garder est un devoir (concepts 1-2-3-4)
7. et quand il y a dommage a l'obligation celui qui nuit de payer les
prix du dommage (concepts 1-2-3-4)
8. du meilleur de la terre.
Quel est donc ce "meilleur de la terre" (béméitav haarets)
qui devra être la base de l'estimation financière du dédommagement
?
La suite du texte le précisera mais nous devinons déjà
que présenter un concept si vague sans le préciser davantage,
c'est nous annoncer implicitement qu'il y a de nombreuses acceptions de
ce concept. Ainsi, sous la forme apparente d'une idée, la michna
est une introduction allusive à la "discussion de confrontration"
que l'on nomme ma'hloqéte ou plougta.
Les détails linguistiques
Le mot 'hav, ici utilisé par la michna (de même
en BQ 4 a, 6 b, 9 b, 13 b cinq fois...), comporte ce qui semble être
une faute grammaticale : il est écrit 'hav au lieu de 'hayav.
Rien n'est laissé au hasard dans le Talmud et ceci nous fournit
trois indications :
1. On nous rapporte par là que l'auteur de ce texte était
un enseignant (un tanna) de Jérusalem car il s'exprime dans les
particularismes de la prononciation locale de cette époque : 'hav
au lieu de 'hayav, en abrégeant les mots ; cette précision
nous est donnée plus loin, en page 6 b, dans la guémara de
ce même traité. On retrouve aussi ces particularités
en BQ 9 b ou dans le traité Guittine 11 b : les Jérusalmites
avalaient souvent les sons qui sont proches ou semblables à l'intérieur
d'un mot ou quand ils se succédent en finale d'un mot et dans la
syllabe initiale du mot suivant (ils disaient Ravmi au lieu de Rav Ami).
Par contre, quand apparaissent des contractions dans d'autres
passages qui viennent de Babel (Babylone) et non plus d'Éréts
Yisrael, elles sont différentes : on trouvera alors Rami au lieu
de Rav Ami. Ces particularités du texte ne sont pas gratuites car
elles veulent, délibérément, nous donner en fait la
référence précise de l'École qui est à
l'origine de tel ou tel enseignement et elles nous permettent de situer
le concept dans l'approche spécifique de cette École, comme
le ferait une note de bas de page dans les textes actuels. Nous découvrons
par là l'importance de l'examen le plus précis possible de
chaque partie du texte, car tout y fournit le sens, tout y est codé.
2. Nous découvrons aussi que, dans le Talmud, les disciples
tiennent à rapporter intégralement les enseignements de leurs
Maîtres, et en leurs noms, même si ces enseignements semblent
comporter une particularité curieuse ou apparemment insignifiante,
cela par fidélité et droiture, pour assurer la transmission
et parce qu'il y a probablement d'importants enseignements dans cette particularité
que le disciple n'a pas toujours saisie et qu'il ne peut se permettre de
faire tomber dans l'oubli. C'est aussi une règle absolue dans le
judaïsme que de citer l'origine d'un enseignement nouveau :
"kol haomér davar bé chém omero mévi
guéoula laôlam
tout celui qui dit une chose au nom de celui qui l'a dite amène
la libération finale pour le monde" (Traité 'Houline 104b).
Pour ce motif, nous inscrivons cette règle dans les conditions du
copyright sur le site.
Le Rav Qanepanetone fait de ce point (les codes) l'introduction de toute
sa méthode d'étude du Talmud :
"C'est une grande règle dans ton étude que tu détailles
très bien le langage et que tu t'efforces de découvrir s'il
y a des formes superflues, des expressions négligées, s'il
y a une nouveauté dans ces apparences ou non, et examine s'il y
a un changement dans le langage... et cherche et questionne bien. Et efforce-toi
de mettre en valeur tout aspect du langage car tout mot et toute partie
qui le composent jettent un éclairage sur quelque chose qui n'était
pas compris jusque-là ; et sache et comprends cela dans sa racine
et dans son fondement..."
3. Le jeu entre 'hav et 'hayav se joue aussi entre
les sens des mots : 'hayav comporte un sens de culpabilité
et 'hav sous-entend un sens de 'hov, dette envers le
membre du peuple à qui l'on est lié, dans le sens où
l'on dit :
"kol Yisrael 'ârévim zé vazé
chaque membre d'Israël est lié à l'autre et redevable
de lui" (Chevouôte 39 a).
Le Rav Qanepanetone demande ensuite la même rigueur dans l'examen
linguistique du sujet ou du thème étudiés, et dans
le langage des commentateurs du texte ; il émet une mise en garde
contre toute impression que des parties de phrases seraient sans intérêt,
fades, peu claires, sans consistance, alors que tout mot y a été
rigoureusement soupesé, trié, assuré comme porteur
d'un message.
Il importe de souligner, à travers ces indications de méthode,
que l'étude du Talmud exige de l'étudiant une mobilisation
de son intelligence et son initiative, son originalité de pensée,
avant même de parvenir à recevoir le message. D'abord, parce
que cela demande une mobilisation très importante des ressources
intellectuelles mais aussi parce que l'étudiant porte en lui un
regard, un visage de la Torah que nul autre ne peut révéler
(chiveîm
panim la Torah : la Torah a 70 visages que chaque visage d'étudiant
découvre par sa singularité. Otiote de Ribbi Âqiva).
= 2e
cours. Suite
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