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Comment étudier le Talmud 11e Cours Le passage de la michna à
la guémara
par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour "Un véritable cours d'initiation progressive au Talmud sur
le Web".
Plan
Il y a un lien entre la michna que nous avons étudiée au 3e cours et tout le Traité de Baba Qama qui ne fait que la développer et l'étudier. Prenons donc à nouveau le traité Baba Qama au péréq richone (premier chapitre), à la première page.
La guémara va reprendre, fragment par fragment, le texte de la
michna pour l'analyser. Cela commence à la 9e ligne de la première
page par l'abréviation du mot guémara, écrite en caractères
gras.
1. "Arbaâ avote néziqim
ha chor, ha bor, ha mavêh vé ha hévêr
Exercice de localisation des passages de cette michna dans tout le Traité de la guémara Nous allons découvrir visuellement cette reprise de la michna par la guémara en allant trouver dans le texte de la guémara là où sont ces fragments de michna, en nous y reportant avec précision à chaque fois pour voir la différence entre le texte de la guémara et celui de la michna : Le premier fragment de cette michna se trouve à la page
2 a, à la 9e ligne du texte, après l'abréviation du
mot guémara, en caractères gras, avec la reprise du mot avote
;
Nous voyons une fois de plus, par là, qu'il est indispensable
d'étudier sur une édition qui respecte la présentation
graphique traditionnelle
Exercice de localisation des phases de l'analyse Revenons au premier commentaire.
Ensuite la guémara analyse successivement et longuement ce que
sont ces prototypes de dommages que sont le chor, le bor,
etc. Découvrons la structure de cette analyse dans la guémara
en nous reportant à nouveau à la scansion des marches de
l'analyse :
Première analyse Examinons la première ligne de notre guémara, dont voici
le texte. Il est écrit :
Cette première phrase situe exactement toute la guémara
:
Précaution dans l'étude Avant de poursuivre cette analyse, nous devons établir quelques
précisions sur le fonctionnement de la guémara, ses buts,
son vocabulaire, ses méthodes.
Buts de la guémara : - Développer et éclaircir le sens des prescriptions de
la michna.
Vocabulaire de la guémara et ses règles - La guémara utilise un vocabulaire spécifique, qui a des fonctions propres à chaque fois, mais on risque de ne pas le percevoir car ces mots-codes ne sont pas particuliers (comme dans les sciences chimiques : H2O) : ce sont les mots d'un discours ordinaire (comme dans les sciences psychologiques où les concepts sont des mots de tous les jours : pulsion). - Le même mot peut avoir plusieurs significations différentes, ainsi le mot moutar (permis) peut indiquer que la chose est autorisée ; mais, d'autres fois, cela indique qu'elle est autorisée dans le contexte de telle interdiction éventuelle précise et circonscrite mais non comme règle générale, d'où la prudence nécessaire dans l'analyse et dans la pratique qui en découle, et la nécessité de se faire confirmer l'analyse par une personne compétente. - Les mots indiquant l'obligation n'ont pas tous la même force contraignante : ainsi 'hayav (il doit) indique que, souvent, cette prescription (halakha) s'impose directement de par la Torah et que quiconque ne la respecte pas est coupable, tandis que le mot tsarikh (il doit) indique que cette prescription est tranchée par les autorités rabbiniques compétentes, qu'elle s'impose et qu'il est obligatoire de la respecter. Souvent la différence entre les deux termes correspond à la différence entre "contraignant" et "indispensable de". - Quand la michna commence par le mot kol (tout), cela ne veut
pas dire que la phrase ainsi ouverte s'applique dans tous les cas : c'est
le principe éïn lamédine mine hakklaloute (on
n'apprend pas de la généralité, traité Êrouvine
27) ; et il ne faut pas penser que les seules exceptions sont celles qui
seraient immédiatement ouvertes par la phrase consécutive
'houts
mizé vézé, qui signifie "sauf".
Règles de la composition du texte de la guémara Le texte de la guémara n'est pas homogène dans sa composition et les particularités diverses du texte doivent inciter le débutant à la prudence avant qu'il ne tire avec certitude des conclusions ; pour y parvenir, il faut donc défricher soi-même comme on peut le faire par cette méthode-ci ; mais il faut aussi apprendre directement en compagnie de personnes connaissant les différentes modalités du texte du talmud dans son étendue. On ne peut pas apprendre le talmud seul mais avec un enseignant et réviser avec un autre compagnon d'étude. Présentons différentes caractéristiques de ce
texte de la guémara.
- Nous avons vu que le texte recueilli par Rabbi, Ribbi Yéhouda Hannassi, est nommé michna et que le texte "ajouté" de son vivant par son disciple Ribbi 'Hiya est nommé Tossefta. - Le texte ajouté "à l'extérieur" des précédents vers l'an 200 par Ribbi 'Hiya ou Rav, Ribbi Hochaya et Ribbi Qapara, est nommé béraïta,selon le sens du mot "extérieur", comme il est indiqué par Rachi sur le traité Houline 141 a. On parle au pluriel de béraïtotes. Ce sont donc des récits ou commentaires qui ne sont pas de la tradition de Ribbi Yéhouda mais sont surtout de la tradition de Rav, en commentaire sur les textes de la Torah écrite, comme l'indique Rabbi Chmouel Hannaguide ; les noms de ces commentaires sont Torate Cohanim ou Sifra devéi Rav sur Vayiqra (Lévitique), et le commentaire Séar Sifré devéi Rav sur Bémidbbar (Nombres) et Dévarim (Deutéronome) ; ce dernier commentaire est souvent nommé en abrégé le Sifré. - Une michna anonyme doit être attribuée à Ribbi Méïr, une Tossefta anonyme à Ribbi Né'hémia, une sifra anonyme à Ribbi Yéhouda, un sifré anonyme à Ribbi Chimeône, et ils sont tous reçus de leur maître Ribbi Âqiva (Sanhédrine 86 a). - Le texte du Talmoud Yérouchalmi (talmud de Jérusalem) a été rédigé par Ribbi Yo'hanane, élève de Ribbi Yéhouda Hannassi. - Le texte du Talmoud Bavel (talmud de Babylone) a été rédigé par Ravina et Rav Achi, et complété par Meremar vers l'an 505. - Le texte de la michna n'est donné qu'en abrégé car le rédacteur se basait sur la compréhension évidente du lecteur. La guémara peut apporter la précision non pour compléter mais pour faciliter la compréhension abrégée, ce que l'on nomme 'hassoréi mi'hasséra ("il manque des lettres") comme dans Berakhote 13 b. Il est souvent écrit également 'hassouré mi'hasséra. Voir aussi le Rachi en BQ 98 a sur le dibbour ha mat'hil :'hassouré mi'hasséra. - Le texte de la michna est donné le plus en abrégé quand il vient directement des premiers maîtres, les tannaïm ; par contre, les maîtres des générations suivantes explicitent plus leurs discussions, preuves, explications, et l'attribuent eux-mêmes à leur déficience intellectuelle par rapport à l'excellence de leurs prédécesseurs. C'est aussi le motif pour lequel ils ne se permettent pas de discuter leurs décisions. - Le texte actuel n'est pas l'ensemble de la tradition véhiculée à chaque génération depuis Moshé Rabbénou. La guémara indique à propos de nombreuses questions que des milliers d'enseignements ont été oubliés et non transmis. - De plus, Ribbi Yéhouda Hannassi n'a conservé qu'une minorité d'enseignements dans le vaste océan de ce qui était véhiculé : ceux qui semblaient relever de la tradition la plus sûre. - Parfois, la présentation d'un texte est suivie d'une seconde présentation encore plus complète, et on met en garde de ne pas se contenter du premier texte par la règle lo zo af zo qatané (non seulement cela mais tient compte de cela aussi) comme en Erouvine 75a. Parfois c'est l'inverse et la règle devient alors zo vé eïn tsarikh lomar zo (prends en compte la seconde donnée et il n'est pas nécessaire de tenir compte de la première). Cela vient du souci du rédacteur de présenter toutes les versions transmises. - Il n'est pas rare que plusieurs versions soient différentes ou opposées et non seulement complémentaires ; cela tient au fait que le rédacteur a eu connaissance successivement de ces deux versions et n'a pas voulu supprimer la première. - La question qui ouvre une guémara qui discute de la michna n'est pas forcément une question de halakha mais ce peut être une question relevant d'une opinion qui n'a aucun caractère de prescription et on l’utilise pour mettre en question (Chéérite Yossef page 12 b). - La guémara qui suit une michna ne traite pas strictement
le texte de la michna mais elle peut le raccourcir, le rallonger dans les
thèmes ou même dans ses citations précises.
- Quand plusieurs décisions (guézérote) sont indiquées l'une après l'autre, cela ne veut pas dire forcément qu'elles sont placées là pour les comparer, mais elles sont citées pour l'importance individuelle qu'a chacune. - Quand un amora discute une opinion d'un tanna, ce n'est pas forcément pour la mettre en cause, mais c'est parfois pour mettre en évidence un autre aspect qui n'a pas été mis en valeur. La seconde opinion n'invalide pas la première. - De même, quand deux Écoles de Sages présentent deux opinions différentes : c'est le principe éllou vééllou divréi éloqim 'hayim hém, (celles-ci et celles-là sont des paroles du D-ieu de vie), comme on le voit dans le passage de Êrouvine 13 b entre les Écoles de Hillel et de Chammaï sur des questions audacieuses. Mais ce principe concerne la mise en valeur du sens et non pas les décisions halakhiques. - La guémara, parfois, n'accorde pas de valeur à certaines béraïtotes qui ont été véhiculées dans la tradition sans en avoir les garanties (Guittine 72 b et Yevamote 12 b) ; elle rapporte cette béraïta mais l'élimine comme étant erronée méchabachta (voir, par exemple le Rachi en Chabbate 86a sur mane déla), au contraire d'une autre qui sera reconnue comme exacte ou métaratsta (voir le Rachi, par exemple, en Yébamote 58a sur amar Rabba) et donc valable et contraignante. Parfois, cependant, une béraïta minoritaire et peu connue est présentée comme valable et elle est alors citée sous le nom d'un célèbre amora pour éviter tout doute. Tout ces codes et règles étaient indispensables pour comprendre
la guémara quand elle discute de la michna, qui elle-même
veut écaicir la Torah jusqu'à aller trouver les applications
dans la vie pratique (la halakha).
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