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Cours de Modia

Comment étudier le Talmud
Etude détaillée de la michna
3e Cours
 

par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour 
Site Modia http://www.modia.org 

"Un véritable cours d'initiation progressive au Talmud sur le Web"
Ici, vous ne suivez pas un cours de guémara où l'enseignant vous la traduit
mais il vous transmet aussi tout ce que les commentateurs avaient  en tête quand ils ont écrit leur commentaire, afin de comprendre la guémara comme eux, avec eux.

Ici, la recommandation rabbinique sur la qualité de cet enseignement du talmud.



 


I. Rappelons le texte sur lequel nous étudions :
Franchissons un nouveau pas.
Cette fois, nous n'allons plus lire l'hébreu de la michna avec les voyelles mais, exactement, sur la page de la guémara, sans voyelles.
Mais, aidons-nous de la transcription phonétique ci-dessous pour lire et de la traduction pour bien comprendre.
Lisons le texte en hébreu jusqu'à une lecture aisée
et apprenons aussi par coeur cette michna. 

1. "Arbaâ avote néziqim
 quatre principes de fauteurs de dommages ; 

ha chor, ha bor, ha mavêh vé ha hévêr
le chor ou taureau, le bor ou puits, le  mav'éh à définir plus tard comme dent ou autre concept, le hévêr
                                           à définir plus tard comme incendiaire ou autre concept ; 
lo haré ha chor kaharé ha  mav'éh 
pas semblable aux caractéristiques du chor ce qui est semblable aux caractéristiques du mav'éh (concepts 1 * 3) 
 2. 
vé lo haré mav'éh kaharé ha chor 
et pas semblable aux caractéristiques du mav'éh ce qui est semblable aux caractéristiques du chor (concepts 3 * 1) 
 3. 
vélo zé vazé, ché yéche bahén roua'h 'hayim, kaharé haéche chééïne ba roua'h 'hayim ;
et pas l'un et l'autre qui ont en eux le souffle de vie (et) ce qui est semblable au feu qui n'a pas en soi le souffle de vie  (concepts 1-3 * 4) 
 4. 
vélo zé vazé,  chédarkane lélékh ouléhaziq, 
et pas ceux-là dont la voie est d'aller et de causer des dommages 
kaharé ha bor chééïne darko lélékh ouléhaziq
(et) ce qui est semblable aux caractéristiques du bor dont la voie n'est pas d'aller et de nuire (concepts 1-3-4 * 2) 
 5. 
Hatsad hachavé chébahén ché darko léhaziq
le côté semblable qui est en eux est que leur voie est de créer des dommages (concepts 1=2=3=4) 
 6. 
ouchémiratane âlékha,
et s'en garder est un devoir (concepts 1-2-3-4) 
 7. 
oukhéchéhiziq 'hav hamaziq léchalém tachloumé nézéq
et quand il y a dommage a l'obligation celui qui nuit de payer les prix du dommage (concepts 1-2-3-4) 
 8. 
bémétav haaréts
du meilleur de la terre. 

II. se rappeler que chaque mot est porteur de questions :
kol mila vékol 'héléq miméno yoré âl davar 'haddache
"tout mot et toute partie de ce texte nous propulsent vers quelque chose de nouveau".

III. essayer donc de sortir de chaque mot et de chaque partie le maximum de questions avant même de passer à la lecture des questions que se sont posées les Sages 
 (DAT, Introduction, 3) : la voie directe est que tu réfléchisses sur tout ce que tu peux parvenir à comprendre dans la guémara, et ensuite tu viendras vers le commentaire et tu regarderas si ce que tu as compris est en accord ou non avec ce qu'il commente

IV. inscrire ces questions et les organiser pour les préciser et s'en souvenir, étape essentielle que la tradition appelle “faire des simanim”.

V. Maintenant, comparer les résultats de votre recherche personnelle à ces questions formulées par les Sages :
Exemples de questions trouvées par les Sages sur notre michna :
-  Pourquoi Rabbi a-t-il rédigé son rapport de cette manière, en liste de quatre avote, et seulement 4, d'autant que Rav Hochaya établit 13 avote, le Tour 6 avote ? (question des tossafotes)
-  Pourquoi ne pas avoir utilisé la formule hén qui clôture fréquemment une énumération ? (question des tossafotes)
-  Est-ce que l'emploi ou le non-emploi du hén final indiquerait qu'il inclut ou non d'autres composantes ? (question du Méiri et du Rachba)
-  Peut-être la michna ne veut-elle pas recenser une quantité de avote mais simplement les confronter dans leur différence ? Mais pourtant la baraïta en faisait bien un recensement, alors pourquoi ces différences dans l'énumération ? Y-a-t-il ou non des règles qui régenteraient les formules de recensement et d'énumération ? 
 (question des tossafotes)
-  Pourquoi mettre la liste des 4 dommages dans cet ordre ? 
 (question de Rachi et du Maharcha)
-  Pourquoi la Torah a-t-elle voulu donner la liste de tous les préjudices ? 
 (question du Méiri)
-  Pourquoi la michna parle-t-elle de néziquine (préjudices) et non de méziqim ou causeurs de dommages ? (question du Méiri qui en fait une question initiale puisque la méthode d'étude de la Torah doit commencer par l'étude des précisions linguistiques :
dérékh hattalmoud bité'hila lédaqdéq béléchone Torah.
-  Le mot néziquine (préjudices) et non méziqim ou causeurs de dommages voudrait-il dire que l'énumération des 4 types de néziqine comprend, parmi toutes les formes possibles de préjudices, seulement ceux qui sont faits intentionnellement, comme cela aurait été le cas avec le mot méziqim ? (question de la Chita Méqoubétséte)
-  Dans l'expression de la michna (véchémiratane âléikha, et de les garder sera sur toi), cela veut-il dire que tu n'aurais à assurer le préjudice causé par ton bien que lorsqu'il aurait été sous ta surveillance directe et non pas si tu l'as déléguée à quelqu'un d'autre ? 
 (question dans Nimouqéï Yossef de R. Yossef bar 'Haviva)
-  Est-ce que toute cette michna ne concerne que les conséquences du fait qu'un propriétaire a transgressé un interdit de la Torah ("klapéï chemâya", envers le Ciel) en ne surveillant pas son bien susceptible de créer des dommages... et non pas la question générale de la réglementation des dédommagements ? (question du Gra'h de Brisq)
-  Quel serait cet interdit de porter atteinte au corps d'autrui ? Relèverait-il de l'interdit de voler (gazal), comme le dit Rabbénou Yona (Début de traité Avote et sur la base du Rachi à la page 94 b de BQ, à propos du berger qui fait paître son troupeau sur le terrain d'autrui et le détruit en le volant. Question discutée dans Séfér Devar Moshé, sur BQ par le Rav Moshé Rozmerine) en ce qui concerne tous les néziquine, ou de l'interdit de ne pas détruire (bal tach'hite), comme le penserait le Roche (début de Middote)  qui n'y voit pas l'acquisition de quelque chose qui aurait été volé ?
-  Faut-il analyser comme le Rambam (Début de Hilkhote Nizqéï Mamone), qui voit dans notre michna l'obligation d'analyser les cas pour aboutir aux dédommagements mais ne fait aucune allusion à un interdit de ne pas porter préjudice (néziqine) ?

L'intention qui nous a fait transmettre cette longue liste est claire : nous faire comprendre une fois pour toutes que chaque mot est posé là dans la michna comme un réceptacle de multiples questions que nous devons ouvrir pour en faire sortir les multiples problèmes qu'elles contiennent à propos de la Torah et à propos de la vie quotidienne des hommes. Ce modèle devra s'exercer sur toute phrase de la michna, c'est cela dont nous sommes témoins dans les recherches des Sages du talmud.


Qui sont ces commentateurs que nous venons de citer ?

Ces talmidéï 'hakhamim (élèves des sages) ont rédigé les principaux commentaires sur notre michna.
Nous les trouvons souvent, dans les éditions de ce même volume de la guémara, après notre traité. Nous recommandons donc de faire l'exercice d'aller examiner dans un volume traditionnel de notre traité, qui comprend le traité lui-même puis, à la suite, les commentaires de chacun de ces auteurs. Cela constituera un pas très important dans la familiarisation avec le talmud. Avec l'aide d'un étudiant avancé, on pourra lire ou se faire traduire les quelques lignes que chacun a consacrées au début de la michna que nous étudions, et indiquer également où se trouvent leurs noms dans la liste complète de la table des matières qui est en tête de chaque volume de guémara. Nous les plaçons ici dans leur ordre historique.

Rachi Nous allons revenir longuement sur  ses commentaires.

les tossafistes Nous allons revenir longuement sur  leurs commentaires.

Rabbi Ména'hém ben Chlomo (1249-1315)  dit le Méiri, est né dans le midi de la France et étudia avec les grands Maîtres de Narbonne. Il est d'un apport considérable pour son commentaire du talmud intitulé Séfér 'Hiddouchéï Hamméïri ou Béit habbé'hira. En plus de sa qualité appréciée des plus grands, c'est un ouvrage caractérisé par la limpididé et la clarté de son style, et il facilite grandement la compréhension des questions les plus difficiles pour tout débutant. Il est indispensable de lire son Introduction au traité Avote sur les générations des Maîtres, c'est un modèle pour la connaissance, la clarté, l'affection et la poésie avec lesquelles il dépeint le monde des Sages.

R. Yossef bar 'Haviva (15e siècle), d'Espagne. Son commentaire sur le Rif, intitulé Nimouqéï Yossef, rapporte les avis de nombreux commentateurs séfarades et du Roche ; il porte surtout sur Sanhédrine, Makkote, Yevamote.

R. Achér ben Yé'hiel (1250-1328)  dit le Roche, élève du Maharam de Rottenbourg, est l'un des joyaux de l'apport achkénaze ; son œuvre majeure, Hilkhote Rabbénou Achér ou Hilkhote Achéri, complète l'apport halakhique des Hilkhote Alfassi et est insérée comme celles-là après le traité du talmud. Il dut partir en exil à Tolède et sa yéchiva devint le centre de l'étude des tossafotes. Ses huit fils sont aussi une couronne de Sages et le troisième, Yaâqov , dit le Baâl Hattourim , est l'auteur des Arbaâ tourim, bases de toute la halakha ; ils sont souvent accompagnés du Béit Yossef, dont le Choul'hane Âroukh de Rabbénou Yossef Qaro est le condensé. Le commentaire du Roche se trouve souvent tout de suite après le texte de notre traité.

R. Betsalel ben Avraham Achkénazi (1520-vers 1592) est l'auteur de la Chita Méqoubétséte, livre de base sur le talmud pour l'étudiant guidé. 

Rabbi Chmouel Éliêzér ben Yéhouda Hallévi Édels (1555-1631), dit le Maharcha, est né à Cracow. Il porte le nom de sa belle-mère qui pourvut à ses besoins ainsi qu'à ceux de ses élèves. Ses 'Hiddouchéï Halakhote et 'Hiddouchéï Aggadote sont insérés autour du texte du talmud et apportent pour la compréhension de ce texte ce que Rachi a apporté pour la compréhension du pchate de la Torah. Cela suffit pour en dire la grandeur et la nécessité.


La lecture analytique de la première michna

Après la lecture globale et la découverte des questions, nous devons maintenant commencer une autre phase : la lecture analytique très précise.
Revenons au début du texte de la michna pour en étudier chaque mot.
Le texte dit : "arbâa avote néziquine : quatre principes de nuisances… hacchor : le taureau… véhabbor : et le puits… véhammavé : et ce qui endommage… véhahévêr : et ce qui incendie". Le Chla et le Rav Qanepanetone nous indiquent une autre règle qui est de regarder avec la plus grande précision chaque mot car il n'y en a pas un qui manquerait, il n'y en a pas un seul qui soit de trop, et tout y a sens. 
 

Le début d'une michna

Notre michna commence, en caractères gras dans l'encadré du haut de la page, par le mot "quatre", arbaâ.
Le "quatre" est un thème continu et très important dans tout le judaïsme, depuis l'organisation la plus simple jusqu'aux niveaux les plus élevés du secret vital de la création du monde, de l'homme et du Nom. Une simple lecture de la Haggada de Pessa'h, la Pâque, le fera percevoir immédiatement : les 4 fils, les 4 coupes, les 4 royaumes, etc. Il y a les 4 coudées de la halakha qui englobent tout le monde (Berakhote 8), les quatre voies (Baba Batra 99), les 4 groupes qui ne sont pas tolérés face à la chékhina (Sota 42), les nombreuses classifications qui caractérisent en 4 groupes les humains ou les sages ou les étudiants ou les mitsvotes ou les désirs ; nous avons recensé plus de cent types de classifications différentes selon le chiffre 4 dans cette littérature.
Le Maharcha nous indique que les quatre principes dont il va être question ici se réfèrent aux quatre fléaux qu'envoie le tribunal divin pour arrêter les crimes des hommes (la faim, la peste, le glaive et le feu). Le Rav Nahmane ben Yé'hézqel Cahana (contemporain, qui a écrit en hébreu, pour les débutants, une série de commentaires des tossafotes de nombreux traités du talmud, Méï Ménou'hote, qui se caractérisent par une grande qualité pédagogique), y voit une allusion aux quatre grandes étapes de l'histoire juive. Plus loin, notre guémara parlera aussi des 4 décrets de Moshé Rabbénou à l'endroit d'Israël, que les prophètes ont annulés. Il s'agit bien là d'un schème organisateur de l'univers juif : en effet, avant même de nous introduire dans l'étude, le Chla présente le nom de quatre lettres comme début et structure de toute chose existante (réchite davar îniane chém haêtsém) ; le chém haêtsém est le tétragramme ou nom de la source de l'existence (Voir Toledote adame, au début de Chéné lou'hote ha bérite). Nous n'irons pas plus loin dans cette direction car ce serait prématuré d'arriver à ces grandes synthèses puisque nous sommes à peine entrés dans le hall de la connaissance, mais cela nous donne déjà un avant-goût de ce que nous pourrons mieux comprendre, avec l'aide de D-ieu, par l'étude. Quand le premier niveau de l'étude sera... achevé dans la michna et la guémara, il sera possible, seulement alors, de situer sans erreur et de comprendre les niveaux plus élevés des mêmes textes comme les enseignent, par exemple, le Séfér Maâssé Roqéa'h  du Rav Eliêzér Roqéa'h sur les michnayotes ou le 'Hida, Rabbi 'Hayim Yosséf David Azoulaï (1724-1806), sur le talmud, dans le Séfér Marite Haâyine. Donnons seulement un exemple non commenté : dans le Chaâr Haneagate Hallimoud, le Ari zal, explique le rapport du Sédér Nézéqine avec la Séfira Nétsa’h.

Sur le plan de la méthode utilisée pour cette "entrée", nous sommes en présence d'un procédé fréquent dans la michna : le compte (miniane) ou énumération chiffrée de plusieurs termes qui sont réunis ensemble, sans que ce groupement ne veuille dire que ce groupe est toujours régi par une règle commune. Un autre exemple des plus célèbres, basé sur le chiffre 3, est celui qui ouvre la michna du traité Qiddouchine 2 a : 
ha icha niqnite béchaloche drakhim
la femme est acquise par trois voies.

La guémara cherchera bien entendu le motif et la signification qui justifient ces groupements numériques, ce que l'on appelle leur taâm. Elle se demandera également si le dit compte signifie qu'il insère les cas cités dans une même règle (klal), avec ses composants particuliers (prate) qui relèvent d'un même critère, ou s'il s'agit d'une énumération qui ne serait ni limitative ni homogène dans sa nature.
Quand la guémara confirmera cette dernière hypothèse concernant la michna, elle dira (tena vé chayar, ou véchiyér, il a enseigné ... et il a omis) Baba Qama 15 a, 43 b, 62 b. Par contre, quand elle veut clairement préciser que la règle s'applique limitativement à ces seuls cas énumérés ("il n'y a que les cas suivants..."), elle utilise la formule (éïn béïn... élla... il n'y a que. Qiddouchine 79 a). Quand l'expression est plus complexe, il ne s'agit que d'une comparaison à deux termes, du type : "il n'y a pas de différence entre... et ... si ce n'est ceci" ; les exemples en sont très nombreux.

La saisie de la réalité par l'instrument logique du compte et du chiffre, et non seulement des mots, est une des caractéristiques de la pensée juive (Voir Nombres 14, 34 ; II Rois 10, 30). Il y aurait à en connaître le sens sur des plans profonds, ce qui n'est pas notre propos ici. Une de ces formes, faisant partie des 32 règles d'interprétation de Ribbi Éliêzér, est l'utilisation de la guématria, ou évaluation des lettres d'un mot par leur valeur chiffrée291, comme dans BQ 92 b ("la maladie qui se dit ma'hala, 83 en guématria, soit 40+30+8+5, est une dynamique de 83 maux...").
Ne pas confondre la guématria avec le notaricone qui décompose un mot, ou plusieurs, selon le sens et l'ordre des lettres, comme les commentaires de Genèse 17, 5 : Abraham, père de nombreux peuples ; ou selon le sens des lettres, comme dans I Rois 2, 8 ou Nombres 22, 32 interprété dans Mena'hote, page 66 b.
Voici quelques "guématriotes" du talmud dont on peut aller analyser l'utilisation dans le débat : Berakhote 8 a (903 = totsaote), Chabbate 10 b (51 = na), Yoma 76 a (revia = 221), Makkote 26 b (tora = 611), Moêd Qatane 17 a ('herem = 248), Sanhédrine 100 a (yeche = 310), Horayote 11 b (zé= 12), Nidda 38 b (hérayone = 271)... Les guématriotes significatives sont transmises par la tradition et touchent les niveaux les plus élevés du sens des noms ; pour cela, le particulier ne peut se permettre d'établir par lui-même des guématriotes.

Principes, avote
Le terme de avote, principes ou pères, est lui aussi majeur ; le mot avote signifie également "les patriarches", ce qui en souligne l'importance. Nous sommes donc bien ici dans des domaines essentiels, structurellement ou systémiquement, sous l'apparence de problèmes quotidiens de préjudices, de nuisances et de dommages. Et nous verrons même, en page 30 a, le texte arriver à la conclusion que la manière la plus sûre de bien agir en ces matières est de suivre l'enseignement du traité des Avote, Traité des maximes des Pères ; mais nous sommes encore loin de pouvoir comprendre tous ces rapprochements et devons progresser pas à pas.

On va donc aborder des "principes" puisque "les exemples donnés ici, dit Rachi, sont cités avec précision par la Torah écrite comme les principes exemplaires d'où découlent d'autres applications par ressemblance ou analogie". Voici le texte de Rachi sur la page de la guémara, en haut à droite, près de la reliure intérieure du livre.

On lit comme ceci le commentaire de Rachi:
Arbaâ avote néziqine. Avote qéri léhinakh  dikhtivane baqéra bé hadéya ouvaguémara méfaréche hé nihou hatoladote.
Reprenons pour connaitre le vocabulaire :
Arbaâ avote néziqine. Quatre principes de dommages.
Rachi reprend le texte de la michna qu'il va commenter, on appelle cela le dibbour ha mat'hil, la parole qui commence.

Avote qéri léhinakh  Principes est écrit ici
dikhtivane baqéra parce que cela est écrit dans la Torah

bé hadéya avec précision

ouvaguémara méfaréche et dans la guémara on interpréte 
hé nihou hatoladote ce que sont les toladotes, les dérivées.
 

Cette référence de Rachi à la Torah nous indique que toute la michna et le talmud qui la commente ne cherchent qu'à comprendre exactement ce que nous dit la Torah pour en vivre. Cela nous situe exactement le rapport de la guémara à la michna, et le rapport de la michna à la Torah ; nous l'avons précisé également dans la précaution introductive traitant de la Torah, qui est composée d'une Torah écrite et d'une Torah orale indissolublement. Les textes de la michna et de la guémara ne sont pas des textes de discussion philosophique, ni des disputes, ni des exercices à finalité intellectuelle. Les deux premiers commentaires de Rachi de tout ce traité nous apparaissent ainsi comme une mise en référence de ces textes avec celui de la Torah.
Voici les références de la Torah auxquelles fait allusion Rachi (allez les examiner, cela est indispensable) : Chémote 21, 33-36 et 32, 4-5.

Nuisances, néziqim ou néziquine
Il s'agit des types de dommages infligés à autrui. On sait que les deux tables de la Loi ou de l'alliance (chnéï lou'hote habbrite) donnent la même importance aux commandements envers l'homme qu'aux commandements envers D-ieu ; elles les placent en parallèles graphiques tout à fait symétriques. La journée de Kippour rappelle d'ailleurs que l'accès entre l'homme et D-ieu est conditionné absolument par la qualité de la relation entre l'homme et l'homme. Le nézéq, dommage infligé à autrui, est donc ce qui accentue le désordre du monde et de tout le projet de la Création ; inversement, la compétence dans la juste réparation des dommages infligés à autrui est la seule voie pour réparer les désordres qui s'exercent dans l'ensemble de la Création. Ce ne sont pas les seuls grands sentiments ni les seules grandes théories, même les plus généreuses, qui feront avancer sur cette voie. Voilà pourquoi les étudiants des yéchivotes, après leur longue formation générale et avant d'entrer dans la vie sociale et professionnelle, étudient particulièrement les traités de Néziqine et Baba Qama. Il n'est pas de techouva sans réparation et dédommagement.
Nous avons appris que nous traitons ici de nuisances faites à autrui contre lui-même ou contre ses biens et qui sont définies avec précision dans la Torah comme des grandes catégories ( 4 avotes) ; de plus, définition  très importante et à ne pas oublier, il y a des dommages qui ne sont pas écrits explicitement dans la Torah mais qui découlent de ces principes comme des dérivées ou ressemblances ou générations, ce que l'on appelle toladote. Le travail essentiel de la guémara sera de définir aussi ces dérivées (toladote)  pour vivre exactement selon la Torah et pour bien dédommager autrui. Il y a différentes Ecoles qui sont reçu un enseignement sur ces toladote, et la guémara va les comparer et les discuter.

Nous arrivons au mot chor
Puisqu'il désigne aussi bien le taureau, le bœuf ou l'un des bestiaux, nous utiliserons le mot hébraïque. Pour comprendre ce concept, le Chla donne une règle, qui est de se reporter aux autres endroits où le mot apparaît : c'est que le sens n'est pas donné là où l'on rencontre le poteau indicateur de la ville, le poteau indique que la ville est ailleurs. Il suffirait de prendre une concordance et l'on découvrirait vite combien, par exemple, le mot chor est un foyer de multiples sens essentiels, tant dans la Bible (Plus de 70 fois ; exemple, Genèse 32, 5 et 49, 6; Isaïe 1, 3 ; Psaume 69, 32) que dans le middrache (Bamiddbar Rabba 20, 4 ; Vayiqra Rabba 8, 11), le talmud (Berakhote 33 ; Chabbate 28 ; Taânite 5) ou le Zohar (Zohar II, 6 ; III, 24, 289). 

Pour ne pas nous égarer face à ces horizons trop larges, constatons simplement avec Rachi que les quatre mots qui terminent cette phrase sont donnés ici dans l'ordre où ils apparaissent dans la Torah écrite, juste après les dix commandements.
Voici à nouveau ce qu'il a dit :
arbaâ avote néziqine - avote qéri léhanakhe dékétivane béqéra véhadia...
quatre avote de préjudices à dédommager - avote sont appelés ceux-là dont il est écrit dans la Torah avec précision....
Précision : on peut dire léhanakhe ou léhinakhe
Apprenons les mots en phonétique, avec lka traduction
 arbaâ quatre
avote principes
 néziqine préjudices
 qéri sont appelés
léhanakhe ceux-là
 béqéra dans la Torah
 béhadia explicitement

Ce que nous dit par là Rachi, c'est que nous devons aller vérifier cet ordre précis. Or, il ne sera pas aussi clair que nous le dit Rachi. Il va de soi que Rachi ne s'est pas trompé ; il a voulu nous contraindre à une analyse précise pour parvenir à découvrir quelle est la précision non apparente dont il nous parle ; elle serait la clef importante à saisir dès l'entrée dans l'étude de ce texte pour ne pas nous engager dans des voies erronées.

Nous devons donc étudier ce qu'est le commentaire de Rachi pour comprendre cette méthode : c'est ce que nous ferons dans un prochain cours.


Test de vérification des connaissance sur ce second cours








 1. Dans quelle langue est écrite la michna ?
 2. Dans quelle langue est écrite la guémara ?
 3. Qui est Rabbi Yts'haq Qanepanetone ?
 4. Qu'a-t-il écrit ?
 5. Comment doit-on faire la première lecture et pourquoi ?
 6. Réciter par cœur les 7 premiers mots de la michna . Donner leur traduction.
 7. Que signifie avote ?
 8. Qu'est le traité des avote ?
 9. Que signifie nézéqim ?
 10. Que signifie Chéné lou'hote ha bérite ?
 11. Pourquoi l'étude juive ne commence-t-elle pas par le traité des Bénédictions ?
 12. Où se trouvent dans la Torah, selon Rachi, les quatre concepts de cette michna ?
 13. Que signifie le mot michna ?
 14. Que signifie léchone ha qoddéche ?
 15. Qui dit que la michna est le cœur même de la volonté ou du désir du Roi (rétsone ha mélékh) ?
 16. Quelles sont les autres appellations de Ribbi Yéhouda Hannassi ? 
 17. Qui "parle peu et rassemble beaucoup"  ?
 18. Quelles sont les cinq opérations que réalise la guémara ?
 19. Qu'est la tossefta et que veut dire ce mot ?
 20. Par qui les béraïtotes ont-elles été rassemblées (3 sages) ?
 21. Qui a écrit les Darké ha guémara ?
 22. Qu'est-ce qu'un 'hiddouche ?
 23. Qui est le Maharcha ?
 24. Mémoriser les versets de la Bible concernant les dommages car ils seront la base des analyses ultérieures.
 25. Mémoriser les 9 questions d'analyse.
 26. Apprendre par cœur le "premier Rachi" sur la micha étudiée.
 
 

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