Page d'accueil

Le Lév Gompers
Comment étudier
le Talmud
La Torah
L'étude
des 54 sections
Les poèmes
L'auteur
Ses publications
Livres et articles

S'inscrire
pour recevoir régulièrement les nouveautés du site
Nous écrire

 © Les textes de Modia sont mis gratuitement à votre disposition par l'auteur, selon la mistva obligatoire pour le Juif qui est d'etudier et d'enseigner simultanement.  Vous pouvez donc imprimer et dupliquer ces textes pour l'etude personnelle et de groupe, ou pour l'enseignement. Bien entendu, selon la Torah, en ne supprimant pas le nom de l'auteur et  l'adresse du site. Les sites ne peuvent  faire qu'un lien vers ces textes sans les capter.
Voyez les règles du Copyright

Ne pas oublier que, sur votre version imprimee ou polycopiee, vous perdez tous les liens qui renvoient aux autres textes de Modia. Or, ils sont indispensables dans l'etude.

 

Cours de Modia

Comment étudier le Talmud
Les thèmes de Baba Qama
4e Cours
 

par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour 
Site Modia http://www.modia.org 

"Un véritable cours d'initiation progressive au Talmud sur le Web"
Ici, vous ne suivez pas un cours de guémara où l'enseignant vous la traduit
mais il vous transmet aussi tout ce que les commentateurs avaient  en tête quand ils ont écrit leur commentaire, afin de comprendre la guémara comme eux, avec eux.

Ici, la recommandation rabbinique sur la qualité de cet enseignement du talmud.



Thèmes du Traité Baba Qama que nous étudions

Après deux leçons très précises qui ont demandé un grand effort d'analyse et de concentratin et de mémorisation,
abordons une question plus simple et plus proche de la pensée habituelle de nos lecteurs :
quel est le thème talmudique sur lequel nous allons faire cet apprentissage de la langue du talmud ?

Nous avons choisi le traité Baba Qama comme un exemple très typique de la méthode suivie par la pensée juive. On y rencontre la Torah, la michna, la guémara, les Maîtres, les Écoles, les techniques de débat et le tout sur un fond de problèmes que nous percevons comme très actuels : la relation de violence ou la recherche d'une coexistence paisible entre les hommes.

La Torah a donné des règles morales de base pour réguler la propension de l'homme à nuire à autrui. La Torah lui donne aussi les moyens de développer son intelligence pour analyser finement les préjudices, les responsabilités, les réparations à apporter après avoir causé des dommages, la défense à accorder au coupable, etc. Il s'agit là de la morale de base qui permet la vie entre les hommes, entre le pouvoir des hommes et la nature, les animaux et les objets : la guémara nous dit qu'il s'agit de cela : dinéï adame, les prescriptions des hommes, et également de bien plus que cela : dinéï chamaïm, les prescriptions du Ciel, BQ 55 b-56 a.

Ces questions de préjudices et dommages ne sont ni claires, ni simples, ni évidentes et, même avec les indications de la Torah ; aussi, les hommes ont besoin de mettre en commun leurs connaissances et leur intelligence aiguisée pour éclaircir ces problèmes. C'est ce que font les Maîtres de la guémara, les talmidéï 'hakhamim, les grands Sages de notre tradition, réunis en université permanente depuis des siècles dans le talmud et sur le talmud : nous avons les actes de leurs débats, leurs tentatives d'analyse et de propositions.
Nous avons à les réassumer parce que le problème de la violence ressurgit à chaque génération, dans chaque inter-relation humaine, à l'intérieur de chaque individu, et parce que la Torah parle aussi pour chaque génération.
Dans cette méthode, nous allons apprendre comment nous approprier ce dossier comme un avocat stagiaire entre dans la connaissance de tous les arcanes des problèmes humains et des tentatives de résolution en observant la pratique de ses collègues plus avancés.
A travers cela, nous allons acquérir la langue et tous les codes très particuliers qui nous permettront ensuite de déchiffrer n'importe quel autre passage du talmud.
Le bénéfice en sera aussi que nous parviendrons à penser à travers les formes de la pensée juive. Nous avons intégré aisément la pensée occidentale, sa façon de penser les problèmes, d'en débattre, ses journaux, livres, programmes d'information, programmes de débats ; nos échanges verbaux avec autrui où nous avons langue commune le prouvent. Mais il est dommage que nombre de Juifs, qui mettent en œuvre dans leur vie sociale un niveau brillant de pensée, de culture et de formation intellectuelle, soient si peu instruits dans leur propre culture dont le niveau intellectuel et créatif est si élevé et s'est montré de siècle en siècle comme une lumière pour toutes les nations.
Or, il n'est pas d'autre accès à cette appropriation culturelle, intellectuelle et morale du comportement que le talmud. On ne naît pas homme, on devient homme ; on ne naît pas adulte, on devient adulte ; qui n'a pas reçu l'éducation qui le favoriserait n'a d'autre choix que de se l'accorder à soi-même par la volonté et le travail ; on ne naît pas Juif achevé, on ne devient vraiment Juif que par l'éducation et l'étude.

Le talmud donne également les modèles de pensée de la famille juive. Si tout Juif français a intégré l'analyse spontanée et originale des occidentaux français jusque dans les expressions et sentences intraduisibles qui les résument (l'Hexagone, prendre la clef des champs, la raison d'Etat, une hirondelle ne fait pas le printemps, etc.), il est indispensable de s'assumer soi-même, de se penser soi-même en intégrant les modèles originaux de la pensée de son propre peuple. Par exemple, la règle qui régule toutes les questions de dédommagement après violence, dans le judaïsme, est très différente de celle qui régule les autres systèmes sociaux : dans le judaïsme, "l'auteur d'un dommage n'a à en assumer les conséquences que s'il a agi comme un délinquant, c'est-à-dire s'il devait avoir conscience que son comportement était susceptible de créer un préjudice et qu'il l'a réalisé. Mais s'il a bien agi, avec attention et prudence, et qu'un dommage a été causé, il n'a pas à en assumer les conséquences" ; en hébreu, cela se dit : "éïn adame mit'hayév banézéq élla im naag bépéchiâ. Kéché lo naag bépéchiâ haréhou anous vépatour. adame nohég bépéchiâ im haya lo lélaâlote âl daâto ché anagato taziq" : ce sont les conclusions de Chalom Albeck dans son étude d'ensemble sur cette question dans tout le talmud, publiées dans Péchér dinéï hannéziqine batalmoud, Analyse des règles des dédommagements dans le talmud, Devir, Tel Aviv, 1990.

Cette règle, surprenante, est la synthèse de toute une conception de l'homme, de soi, des relations, des propositions morales et religieuses. On ne peut la connaître simplement par une participation sociologique au peuple juif, seule l'étude permet d'y accéder.

Notre traité va aboutir à ces conclusions après avoir analysé les versets de la Torah et toutes leurs applications possibles dans des situations très diverses.
Dès maintenant, dans cette perspective, avant d'entrer dans le détail de l'apprentissage très analytique de la langue, plaçons-nous plus haut et près de ces conclusions : 
voici quelques expressions issues du traité Baba Qama qui sont entrées dans la langue quotidienne courante du Juif israélien ou du Juif qui pense à l'intérieur de sa tradition et qui constituent sa structure de relation au monde par la pensée. Donnons-nous déjà, par anticipation, le plaisir de feuilleter le talmud, comme cela nous sera possible après l'étude de la méthode :

- Baba Qama, page 3 b : adame mouâd léôlam, littéralement : un homme témoigné pour toujours ; le terme de mouâd parle, par exemple, d'un animal qui est un récidiviste dangereux dont le propriétaire a été averti dans les règles au sujet de la gravité du cas et qui n'hésite pas, cependant, à transgresser ; mais, en ce qui concerne l’homme, l’expression veut nous indiquer que tout homme est considéré comme ayant été averti dès sa naissance, par son seul statut d’homme, et qu’il est pourtant susceptible de nuire. Ce concept traduit un système très particulier de relations sociales, d'entraide, de responsabilité morale réciproque, qui est typique du judaïsme. En conséquence, l’homme qui a causé un préjudice doit en dédommager la victime, que l’agresseur ait été en état de veille ou endormi, qu’il ait commis l’acte par inadvertance (béchoguég) ou délibérément (bémézid). L'analyse et l'application de ces principes sont complexes.

- Baba Qama, page 10 a : ena véchiyér, il a établi et il a omis ; quand quelqu'un donne quelques exemples de la thèse qu'il soutient, les exemples apportés ne sont pas limitatifs ni contraignants et, à l'avenir, sur cette thèse, il faudra examiner chaque exemple pour lui-même.

- Baba Qama, page 13 b : tena vahadar méfaréche, il a exposé globalement ce qu'il veut dire et ensuite il explique dans tous ses détails. C'est un principe de base de l'exposé dans la michna.

- Baba Qama, page 17 a : hattalmoud mévi lidéi maâssé, l'étude conduit à l'action. Pour ce motif, l'étude de la Torah est importante : gadol limoud Torah ché hallimoud mévi lidéi maâssé.

- Baba Qama, page 27 a : pata'h békhad véssiyém bé'havite, il a ouvert par le vase et fini par le tonneau ; cette expression, basée sur un passage de la michna qui discute d'un problème en prenant successivement ces deux exemples comme s'il s'agissait d'un seul, est appliquée à quelqu'un qui "passe du coq à l'âne".

- Baba Qama, page 27 b : éïn holekhine bémamone a'har harov, on ne va pas dans l'argent selon la majorité ; cette expression indique que, lorsqu'un contrat de vente et d'achat avait des modalités particulières entre les deux partenaires de la transaction, le plaignant éventuel ne peut invoquer l'usage général pour contester ce qu'il a réalisé dans ce contrat particulier.

- Baba Qama, page 28 b : onéss, ra'hamana patré, contraint, le Miséricordieux le dispense ; cette expression indique que, lorsque quelqu'un a été contraint de réaliser quelque chose sans pouvoir exercer son libre arbitre et sans le vouloir, D-ieu et la Torah le dispensent de toutes les conséquences qui découlent de cet acte et qu'il faudrait réparer.

- Baba Qama, page 37 a : avihém chél yétomine, "leurs pères des orphelins" ; cette expression est employée pour parler des juges qui prennent soin des enfants orphelins par leurs décisions.

- Baba Qama, page 51 a : éïn chalia'h lé davar âvéra, il n'y a pas d'envoyé pour les affaires de transgression ; cette expression indique que, lorsque quelqu'un a été envoyé pour faire quelque chose de mal ou d'interdit et qu'il est mis en jugement, il ne peut pas invoquer qu'il n'était que le représentant d'un autre qui l'a envoyé ; il reste responsable du mal qu'il a commis (sur ce point, on n'est pas en train de discuter de la responsabilité de celui qui donne l'ordre).

- Baba Qama, page 79 b : éïn gozerin guézéra âl hattsibour élla im kén rov tsibour yékholine laâmod ba, on n'impose une interdiction au public que si la majorité du public est capable de l'assumer.

- Baba Qama, page 83 b : ayine ta'hate ayine mamone, œil pour œil = argent. La guémara précise que l'expression de la Torah (Chémote 21, 24) ayine ta'hate ayine, œil pour œil, ne concerne aucunement la vengeance qui consisterait à crever l'œil de celui qui vous a endommagé la vue, comme l'a fait croire l'interprétation malveillante envers le judaïsme mais, au contraire, c'est une règle de très haute moralité qui précise qu'il faut atteindre à l'égalité dans le dédommagement financier par rapport aux préjudices de toutes sortes que représente la perte de l'œil.

- Baba Qama, page 85 a : assia demaguéne bémagéne magéne chavé, médecin qui soigne pour rien, rien ne vaut ; cette expression conseille de refuser les soins d'un médecin qui dispenserait son art gratuitement. Sa compétence et son désintéressement en seraient suspects, ainsi que le motif pour lequel il agit en ce sens.

- Baba Qama, page 91 b : éïn adame rachaï la'habol béâtsmo, l'homme n'a pas l'autorisation de porter atteinte à soi-même ; cette expression indique clairement que l'homme ne peut pas exercer un préjudice corporel envers soi-même ni se suicider, mais l'homme qui a porté atteinte à son corps ne recevra pas de sanction corporelle car il n'est pas le "propriétaire" de ce corps.

- Baba Qama, page 91 b : bal tach'hite, ne pas détruire ; à partir de l'indication de la Torah qu'il est interdit de détruire les arbres fruitiers de l'ennemi lors de la guerre, cette règle est tirée qui interdit de détruire ou de porter préjudice à tout ce qui peut servir à autrui.

- Baba Qama, page 96 b : panim 'hadachote baou lékhane, des visages nouveaux sont venus ici ; s'utilise pour parler d'un véritable changement de situation, plus grand encore que ce que l'on croyait possible.

- Baba Qama, page 116 b : poêl yakhol la'hazor bo afilou vé'hatsi hayome, l'employé peut casser son contrat même au milieu de la journée, mais l'employeur devra cependant toujours lui verser le salaire correspondant au travail réalisé.

Ces quelques exemples échelonnés sur l'ensemble du texte nous montrent clairement que le judaïsme n'est pas ce que l'on appelle une des grandes familles de "spiritualité" mais que la vie de la Torah s'incarne dans la vie matérielle et relationnelle. C'est à travers ces dimensions concrètes que se jouent et la conception de l'homme et son épanouissement humain ou spirituel.
Ainsi, dans le dernier exemple, la rupture de contrat a pour but d'éviter tout esclavage, même sous une forme larvée ; et les Juifs ne sont les esclaves de personne, même pas des autres membres de leur peuple, ils ne sont les serviteurs que de D-ieu, ce qui veut dire à un niveau très élevé et non au niveau de l'esclavage que les hommes s'imposent. Le temps de l'esclavage a été aboli depuis la sortie d'Égypte.
Pour ces motifs il est écrit en Baba Qama 30 a que "Ribbi Yéhouda dit : celui qui veut atteindre à la 'hassidoute doit accomplir ce qui est inscrit dans le traité Nézikim".

Par ces exemples, nous découvrons clairement la méthode que nous allons apprendre à connaître : recueillir un enseignement de la Torah et le confronter à la complexité des situations pour :
- le comprendre exactement, 
- en tirer les véritables principes,
- pouvoir les appliquer à des situations analogues.

Comme ces situations changent dans l'histoire et comme les hommes se succèdent et ont à refaire tout l'apprentissage de cet enseignement, le talmud nous fait le cadeau privilégié de nous servir l'ensemble du dossier des efforts réalisés par les Sages de toutes les générations pour comprendre la Torah et l'appliquer : la table est prête, Choul'hane Âroukh.

Ouvrons ce dossier.
Le traité qui aborde l'ensemble de ces questions (traité de dommages ou traité Néziqim) était originellement (Voir Lévitique Rabba 19, 2) composé de 30 chapitres, tant la matière est abondante en ces problèmes, mais, devant la difficulté que ce nombre élevé de chapitres posait aux esprits enclins au découragement face à l'étude, le traité à été divisé en trois parties égales de 10 chapitres portant le même nom de Baba ("portail") suivi du qualificatif indiquant : premier, second et troisième "portails".
Baba Qama traite des prototypes de dommages et de réparations. Une grande partie du traité concerne la distinction de ces catégories : quatre prototypes, dit-on dès la première michna ou, selon les béraïtotes, 13 selon Ribbi Ochaya (Baba Qama 4 b, 11) ou 24 selon Ribbi 'Hiya (Baba Qama 4 b, 18).
Les 6 premiers chapitres concernent d'abord les préjudices causés par les biens de l'homme (taureau, puits, feu) et aussi par l'homme lui-même.
Le chapitre 7  concerne les réparations dont le montant sera le double du préjudice (tachlouméï khéfél), le quadruple ou le quintuple (tachlouméï arbaâ va 'hamicha) dans le cas du voleur (haggonév).
Le chapitre 8  concerne le cas de l'agresseur (ha'hovél) et de celui qui donne un coup (maka).
Le chapitre 9  concerne les cas de celui qui agit avec brutalité ou par effraction (haggozél).

Il est nécessaire de connaître les noms des chapitres car, souvent dans la littérature juive, on fait référence à un débat qui a lieu dans tel ou tel chapitre de tout le talmud, sans même indiquer le nom du traité en question ni sa page. On parlera ainsi : "dans le péréq ha'hovél, on discute de...", il s'agit alors du chapitre 8 de Baba Qama.

Voici donc les noms des chapitres de notre traité ; ce sont généralement les premiers mots des 10 chapitres de la michna de Baba Qama que commentera ensuite la guémara.
 

Exercice pour les étudiants avancés :
Aller vérifier à chaque page indiquée pour visualiser ces commencements et le changement de titre imprimé en haut de la page, au milieu, ainsi que la formule de clôture du chapitre précédent :

N° du chapitre, Nom du chapitre, Page

 1e Chapitre, Richone : arbaâ avote néziqim. Page 2 a
 2e Chapitre, Chéni : kéitsad haréguél mouêdéte. Page 17 a
 3e Chapitre, Chélichi : hammania'h. Page 27 a
 4e Chapitre, Réviî : chor ché naga'h arbâ vé'hamicha. Page 36 a
 5e Chapitre, 'Hamichi : chor ché naga'h ét happara. Page 46 a
 6e Chapitre, Chichi : hakkonés. Page 55 b
 7e Chapitre, Chiveî : méroubé. Page 62 b
 8e Chapitre, Chémini : ha'hovél. Page 83 b
 9e Chapitre, Téchiî : haggozél êtsim. Page 93 b
 10e Chapitre, Âssiri : haggozél oumaakhil. Page 111 b
 
 
 

Retour à la table de tous les cours Cours suivant