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Dynamique et structure du débat talmudique

par Yehoshua Ra'hamim Dufour
http://www.modia.org


Résumons la présentation qu’en donne Rabbénou Moshé 'Hayim Luzzatto dans Dérékh Tevounote, Le chemin de la compréhension.

Il définit 7 dynamiques qui se suivent dans le débat talmudique, en ces termes :

  1. La méimra, ou présentation.
  2. La chééla, ou question.
  3. La téchouva, ou réponse.
  4. La sétira, ou contradiction interne.
  5. La réaya, ou preuve.
  6. La qouchiya, ou contestation.
  7. Le térouts, ou raisonnement qui donne la réponse de résolution.
Développons ces points.

1. La méimra (dire), c'est la présentation par l'intermédiaire du propos par un Sage ; elle est souvent introduit par la racine amar et elle comprend :

La chemouâ ou la transmission d’une tradition de connaissances (concernant aussi bien un fait qu’une halakha ou une règle morale) ;

• Le pérouche, ou commentaire interprétatif et explicatif (souvent introduit par la racine piréche) ; il est subdivisé en :

pérouche mérouva’h, s’il concorde globalement avec le texte, même sans justifier chaque point ;

pérouche da’houq s’il ne concorde qu’en forçant les rapports.
 
 

2. La chééla, ou question : l’un demande à un autre une connaissance supplémentaire ou un avis positif ou négatif sur un sujet quelconque. La question devient une problématique ibaêya quand elle sollicite une prise de position entre plusieurs éventualités.
 
 

3. La téchouva, ou réponse : celui qui est questionné répond à la demande de l’autre ; la réponse est souvent introduite par la racine chiv ou chouv ; elle comprend aussi la péchitoute, ou simplification qui prend position entre plusieurs éventualités (souvent introduite par la racine pachate).
 
 

4. La sétira, ou contradiction interne : c'est l'exigence de retirer ce qui a été présenté car il vient d'être démontré ou il va être démontré qu'il n’est en rien acceptable ; la dé’hya , par contre, repousse un point mais n’annule pas forcément toute l’argumentation.
 
 

5. La réaya, ou preuve ; c'est la partie importante du débat qui peut prendre une forme positive et une forme négative :

5 a. en positif, 

la preuve apporte un élément qui démontre la véracité de l’un des propos ou de l’une des thèses en débat ; elle comprend :

• la réaya mi tsad hattévâ (preuve naturelle) si elle s’appuie sur des évidences admises et incontestables ;

• la réaya mi tsad hahaskama (preuve par accord) si elle s’appuie sur le consensus, l’accord habituel des esprits sur un point ;

• la réaya mi tsad hahéiqéche (preuve par comparaison) si elle s’appuie sur la comparaison logique entre des parties du texte ; 

- c’est le héiqéche mofati quand on compare des prémices (haqdama) et leur suite (tolada) ; 

- on parle de héiqéche taloui quand les prémices sont hypothétiques ;

- on parle de héiqéche mé’haléq quand on se réfère à des principes (nassou) ou à des catégories de sujets (nossé) diverses, comme dans la référence au cas des témoins en Baba Qama 104 a ;

- on parle de siyaêta si la preuve apporte son accord à une thèse et la soutient ou la justifie ;

- on parle de hokha'ha si la preuve démontre la vérité d’une position ;
 
 

5 b. en négatif, 

la preuve est une réfutation qui repousse un argument en montrant qu’il est faux et mensonger (kozév). Elle le réalise :

  • soit par l’évidence (mitsad hattévâ), 
  • soit par un argument ou un verset reconnus (mitsad hahaskama), comme en Baba Qama 83 b qui s’appuie sur une michna sur la blessure à l’œil, 
  • soit par des comparaisons logiques (mitsad hahéqéche), comme en Baba Qama 83 b concernant le dédommagement physique ou financier,
  • soit par le (mima nafchakh, que veux-tu ?) ou présentation systématique de toutes les thèses possibles dont on montre la nullité (exemple du chameau en Baba Qama 29 b),
  • soit quand on prouve que l’argument opposé ne s’applique pas au cas débattu, comme dans le micham réaya,
  • soit quand l’attaqué démontre que sa position est conforme à l’argument même de l’attaquant : "mais justement selon ton argumentation !" (oulétaâmakhe ; oulédidakhe), comme en Baba Qama 88 a, à propos de l’esclave et du converti considérés comme frères. 
On le trouve encore dans d’autres expressions comme (adraba, au contraire !), ou hi hannoténéte, mais il donne !).
 
 

6. la qouchiya, ou contestation : c'est la mise en évidence d’un élément inexact, non pertinent, non cohérent dans une proposition. Elle comprend :

  • la pirkha, quand la thèse ou l’argument sont totalement inacceptables ;
  • la rouméya, quand des thèses sont opposées ou contraires et que l’on recherche la solution.
7. le térouts, ou réponse de résolution : c'est une proposition qui ressort indemne de toutes les attaques qui se sont exercées contre elle.
  • le yéchouv, quand on trouve une solution à l’accusation de pirkha ou de rouméya ;
  • le chinouille, quand une solution est proposée, sans prétendre qu’elle résolve tout le problème.

(Extrait du Lexique :

Luzzatto. Rabbénou Moché 'Hayim Luzzatto. né à Padoue (1707-1746). fut un prodige d’intelligence. de savoir et de créativité dès sa jeunesse. tant dans les connaissances juives que dans les connaissances profanes. Il dut affronter de terribles persécutions suscitées par la jalousie et la médisance. et s’exiler à Amsterdam. Plusieurs de ses œuvres sont des classiques pour la formation de la pensée juive. de la 'hassidoute et du moussar (la morale) (Méssilate Yécharim. Dérékh Hachém. Daâte Tévounote). Sa méthode d’introduction à l’étude du talmud (Dérékh Tévounote. La voie de la compréhension. 1742) est moins connue ; il sait y allier. comme dans ses autres œuvres. une expression claire et la flamme de l’amour de la Torah. utilisant toutes les ressources de la raison chez l’étudiant dans cette ligne ouverte qui a été proposée par le Rav Qanepanetone. Le Gaone de Vilna dit de ses œuvres qu’il n’y manque pas un mot et que aucun n’est superflu.)


Vérification des 42 connaissances

Donner les 7 stades de la discussion talmudique.

Que veulent dire :

  • la méimra
  • la chééla
  • la téchouva
  • la sétira
  • la réaya
  • la qouchiya
  • le térouts
  • la chemouâ
  • le pérouche
  • le pérouche mérouva’h
  • le pérouche da’houq
  • ibaêya
  • la péchitoute
  • la dé’hya 
  • la réaya
  • la réaya mi tsad hattévâ
  • la réaya mi tsad hahaskama
  • la réaya mi tsad hahéiqéche
  • le héiqéche mofati 
  • la haqdama
  • la tolada
  • le héiqéche taloui 
  • le héiqéche mé’haléq 
  • le nossé
  • la siyaêta
  • la hokha'ha 
  • kozév
  • mima nafchakh
  • oulétaâmakhe ; oulédidakhe
  • la qouchiya
  • la pirkha
  • la rouméya
  • le térouts
  • le yéchouv
  • le chinouille
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