Qu'est-ce que la halakha
? (1e cours)
Auteurs. Méthodes.Oeuvres. Qu'est-ce
que la Torah orale ? (Torah ché bé âl pé)
Voir ici ensuite le 2e cours
sur la tradition de la halakha d'Afrique du Nord
par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour
Cette étude est dédiée à l'heureuse
mémoire de mon père en Torah Ribbi
Moché Yossef Zénou pour sa hiloula (16 Tamouz).
Pour qui n'a pas étudié beaucoup, le judaïsme
semble situé dans un écart bizarre entre le texte
de la Torah et des prescriptions concrètes et méticuleuses
nommées halakha. Et il a raison. Mais il ne sait
pas quel est ce lien qui les réunit, c'est ce que nous
allons comprendre, et que nous avons développé
dans notre livre Le Lev Gompers, introduction à l'étude
du Talmud.
1) Il faut d'abord comprend que la Torah est "une" sous
la forme de "deux" composantes indispensables l'une
à l'autre :
la Torah écrite et la Torah orale.
2) La halakha, ensuite, est l'application de cet enseignement
dans les situations concrètes de la vie, c'est une "Torah
qui marche, qui avance, qui va, ce qui est le sens hébraïque
du mot halakha.
Parfois, les gens se disent pratiquants quand ils
vont demander à un rabbin une question pratique avec l'intention
honnête d'appliquer la réponse. Par exemple:"
faut-il mettre une mézouza à l'entrée d'un
couloir dans la maison". Ils obtiennent la réponse
et l'appliquent. C'est oui ou non, point final. C'est déjà
bien mais ce n'est pas le judaïsme, seulement cela.
En effet, si vous consultez des livres de Questions
et réponses (Choutes, en hébreu, abréviation
de Chéélote ou Téchouvote) aux Rabbins
jusqu'au début du 20e siècle, quand une question
était posée, que disait le rabbin? Il ne répondait
pas par "oui ou non", ni par "cela est permis ou
défendu", ni "faites ceci et pas cela".
Il montrait les dimensions diverses posées par la question,
il allait chercher les diverses sources apparentes dans la Torah
et comment les ont utilisées les différents Sages
pour en tirer des indications pratiques, il mettait en valeur
les convergences ou divergences dans les avis, il cherchait à
éclaircir le pourquoi, montrait les erreurs éventuelles
ou expliquait l'apparente erreur par un autre motif, etc. Et puis,
c'est tout. Il ne concluait pas car il avait tout présenté
au bon Juif, qui n'avait plus qu'à réfléchir,
à continuer à étudier, à décider
et à appliquer. C'est cela le judaïsme véritable.
Ensuite, après étude, le Juif peut revenir vers
le rabbin et continuer à échanger et questionner
plus précisément. Cela est aussi très exigeant
pour le rabbin qui a en face de lui des interlocuteurs respectueux
mais qui ne s'en laissent pas compter facilement. C'est cela le
judaïsme
Si vous regardez les livres de halakha, de Choutes
("questions et réponses") des grands posseqim
(décisionnaires) d'aujourd'hui comme le Grand
Rabbin Chalom Messas, Président des Tribunaux rabbiniques
de Jérusalem, ou comme le Rav Ôvadia Yossef,
ils présentent leur études souvent pendant des pages
(et mettent quand même ensuite mais presque secondairement
une conclusion brève) car l'étude et l'examen de
toute la question est le principal. Et si eux, les très
grands, étudient de cette manière si longue et sérieuse
avant d'arriver à leur conclusion, combien nous à
plus forte raison qui n'avons pas tout ce bagage, devons nous
être prudent et ne pas dire "c'est oui ou c'est non,
j'ai entendu que, un tel a dit que, c'est simple, ya qu'à...".
Aujourd'hui, nous vivons dans une déformation
de la pensée; la télévision et la radio interdisent
la pensée: tout raisonnement y est coupé en 10 secondes
par une autre question ou objection ou des flashes d'images qui
passent d'un sujet à l'autre et, incapables de penser,
nous nous croyons développés et nous ne demandons
débilement que ceci : "que faut-il faire, cela est-il
permis ou défendu". Jamais, dans notre profession
ou pour nos intérêts d'argent, on ne se comporterait
avec ce manque de réflexion ni en s'en remettant à
un expert de façon aussi débile.
Sur Modia, on vous considère responsable,
intelligent, adultes, exactement ce que vous êtes, et donc
nous vous remettons le maximum de données pour que vous
soyiez ainsi dans la véritable démarche juive. Ensuite,
(je dis bien "ensuite" et non pas "d'abord"),
comme l'on dit : "ôte-moi d'un doute", on a le
droit de demander encore des précisions claires au rabbin,
mais on parle alors en adultes sérieux. Certes, tout le
monde n'est pas encore entré dans l'étude, ou parfois
il est des questions urgentes sur lesquelles nous devons trancher
sans avoir le temps d'étudier et on a le droit de poser
la question directe pour recevoir une réponse étroite
et fermée, comme on dit. Mais cela ne doit jamais dispenser
d'aller étudier ensuite, selon la procédure que
nous venons de décrire. C'est ce service rapide que propose
le site Chééla qui est tenu par des rabbins sérieux
et compétents. Mais ce service rapide ne peut pas dispenser
de l'étude, avant ou ensuite. Nous l'avons bien compris
maintenant.
De plus, faites bien attention aussi à ce
point: une question claire, par écrit ou par oral, peut
recouvrir des intentions très différentes qu'il
faut découvrir progressivement et trier pour répondre
à 'la' véritable question de l'interlocuteur, et
cela ne peut se faire que dans un tête-à-tête.
Et, souvent, il faut aussi tenir compte des mentalités
locales ou des usages locaux, ou de la situation de la personne
dans le judaïsme pour comprendre. C'est pour cela que Rachi
refusait absolument qu'un rabbin d'une autre ville envoie une
réponse par écrit pour quelqu'un habitant Troyes,
là où il vivait avec sa communauté.
En ce sens, dans un nouveau livre 'Familles face
au divorce" (Edi. Safed, 42 rue Monge, Paris) vous verrez
combien des rabbins essaient de comprendre les différentes
directions juives, logiques et psychologiques d'une question humaine
avant de pouvoir commencer à y répondre.
Cela ayant bien été éclairci,
nous avons maintenant un programme clair d'étude sur chacune
de ces phases, pour parvenir à comprendre avec exactitude
tout le passage progressif depuis le texte de la Torah jusqu'à
la technique de déduction halakhique qui s'applique à
un cas particulier de la vie quotidienne dans notre époque.
Nous allons étudier sérieusement chacune
de ces phases.
Reprenons ces points qui sont le détail de
ce que nous avons à étudier ensemble.
1e partie du cours de formation. Il faut d'abord bien connaître
la Torah écrite. Le site Modia la
présente à travers l'étude des commentateurs.
C'est une étude continue de semaine en semaine autour de
la paracha et de ses commentaires, livre de la Torah en mains
en même temps que le texte de Modia. Le mieux, c'est de
revoir cette étude individuelle, ensuite avec quelqu'un
d'autre pour y confronter ce qui nous a touché ou ce qui
a été plus obscur.
2e partie du cours de formation. Puis il faut comprendre
le passage de cette Torah écrite à la Torah orale
qui transmet des enseignements non mis par écrit et tient
compte de tout l'ensemble pour préciser les règles
de passage aux conclusions pratiques de halakha. Pour cela,
il faut donc bien savoir ce qu'est la Torah orale dont l'étude
englobe celle de la Michna et celle du Talmud.
Nous avons sur le site tout ce qu'il faut pour avancer dans l'étude
de cette phase et, si nous participons à un groupe d'étude
de la Michna ou du Talmud, alors nous y aurons de grandes satisfactions
avec le niveau que nous allons acquérir individuellement.
3e partie du cours de formation. Ensuite
encore, cela se concrétise dans la connaissance des conclusions
pratiques de halakha pour chaque
fête, pour le chabbate,
pour la prière
et pour chaque
étape de la vie. Ces pages de Modia nous fournissent
la matière à chaque fois.
Essayons d'acquérir systématiquementcette
base en trois points; cela est possible pour chacun et nous serons
alors des Juifs solides, comme nous le sommes dans nos compétences
professionnelles ou dans la qualité de notre vie personnelle
ou familiale.
Résumons cette progression logique de notre
formation:
Progression dans l'étude sur Modia pour
comprendre la halakha
1e partie du cours de formation.
Ici, la
Torah à travers l'étude des commentateurs.
2e partie du cours de formation
Comprenons ce qu'est la Torah orale.
D'une part, conceptuellement, nous pouvons dire
que la Torah orale est composée de différentes dimensions.
D'autre part, pour comprendre son fonctionnement, il faut saisir
toutes ces dimensions simultanément, en une seule dynamique
vivante.
Les différentes dimensions de la Torah
orale
1. La Torah orale est l'une des deux composantes de la révélation
qui a été transmise à Moché Rabbénou
sur le Mont Sinaï (an 2448 après la création)
La preuve traditionnelle en est donnée dans la Torah
écrite elle-même ; dans le livre de Chémote,
Exode 34, 27, il est écrit :
ki âl pi haddévarim haéllé karati
itékha bérite vé éte Yisrael
car (âl pi, par) par ces paroles j'ai conclu une
alliance avec toi et avec Yisrael.
L'importance majeure de cette phrase est manifeste quand nous
savons qu'elle est mise, précisément, en tête
de leur présentation de la Torah orale ou du talmud aussi
bien par
- le Séfér Hakkéritoute,
- le Chla dans Torah che bé al pé, Torah
orale, ouvrage inséré dans les Chnéï
Lou'hote Habbrite,
- Rabbénou Yossef Qaro dans ses Klaléï Hagguémara,
etc.
Essayons de découvrir ce que nous dit cette expression
âl pi.
Les deux composantes (parole et écrit) sont indiquées
en ce verset car l'expression âl pi (qui signifie
par) veut dire littéralement : sur la bouche, par la parole
orale. A partir de la condensation de ces deux significations
(révélation de la Torah et "sur la bouche"), le
Chla présente tout l'ensemble des règles qui permettent
de lire et de comprendre le talmud. Il répartit ces règles
selon l'anagramme de chacune des lettres de ce verset, artifice
pédagogique qui veut authentifier et fixer encore ce point
de l'unité de la transmission de la Torah écrite
et de la Torah orale.
Le côté oral de la Torah est rendu par la racine
(pé, la bouche) indiquée dans le verset cité,
mais il est rendu aussi dans l'expression disant que Moché
Rabbénou a reçu la Torah par un processus de transmission
qui s'est fait (pé él pé, bouche à
bouche) ; il est dit ensuite que cette Torah a été
transmise de génération en génération,
et ainsi (kol é'had omér, chacun dit) ce
qu'il a entendu de la bouche dans la chaîne de réception
(chemouâto mi pi haqqabbala), chacun de la bouche
de chacun (iche mipi iche).
Rachi appelle ce processus : la michna, c'est à dire "le
processus continu d'enseignement traditionnel passant de bouche
en bouche" et non seulement la michna comme "recueil" réalisé
par Ribbi Yéhouda Hannassi.
Le traité Guittine 60 b se réfère également
à l'idée de la conjonction de la Torah écrite
et de la Torah orale : Moché Rabbénou a reçu
en même temps à la fois les mitsvotes, et leur signification,
comme le dira Maïmonide (kol mitsva bi féroucha,
toute mitsva dans sa signification).
Ensuite, Moché Rabbénou a transmis à la fois
la mitsva et sa signification à Yéhochouâ
bine Noun (Josué) qui les a intégralement transmises
par seule transmission orale aux zéqénim
(anciens), eux-mêmes aux néviim (prophètes),
eux ensuite aux Anechéï knésséte
hagguédola (maîtres de la Grande Assemblée)
et ceux-là aux maîtres de la michna (les zougotes
puis les tannaïm, puis les amoraïm, puis
les savoraïm, puis les guéonim, etc..
Cette partie de la transmission peut être l’objet de la
compréhension par la réflexion (dérékh
sévara), grâce aux 13 middotes ou règles
particulières d’analyse et d’interprétation (dérékh
îyoune).
L'instance qui établissait officiellement le contenu
de la Torah ché bé âl pé était
le Grand Sanhédrine de Jérusalem et, tant qu'il
existait, il n'y avait pas de querelles sur ces questions.
2. La Torah orale explicite la Torah écrite
Donnons un exemple : dans le livre de Dévarim (Deutéronome
12, 21), il est écrit :
vézava'hta mibékarékha... kaachér
tsivitikha
tu pourras tuer ton bétail de la manière que je
t'ai prescrite.
Or cette manière de la tuer, la ché'hita,
comme le souligne Rachi, n'est pas décrite dans la Torah
; donc la Torah écrite indique bien par là
- qu'il y a d'autres éléments révélés
que ceux qui nous ont été transmis explicitement
par la Torah écrite,
- qu'ils sont, de plus, liés à cette Torah écrite,
puisqu'elle-même s'y réfère,
- qu'ils ont été transmis de génération
en génération, et sont enseignés et pratiqués
par transmission jusqu'à aujourd'hui.
Un autre exemple célèbre est celui de la prescription
concernant le fruit utilisé dans le loulav pour
faire les bénédictions lors de la fête de
Souccote. Le texte de la Torah écrite (Vayiqra, Lévitique
23, 40) parle seulement du "fruit de l'arbre de beauté"
: péri êts hadar. On sait qu'il s'agit de
l'étrog, uniquement par la transmission orale, qui en a
été faite à Moché Rabbénou
et qu'il a transmise à son tour.
Ces types d'éléments constituent une partie de ce
que l'on appelle la Torah orale, qui complète donc la Torah
écrite. Le Sifré précise ce principe (c'est
un middrache halakha due à Ribbi Chimeône
dans la tradition de Ribbi Âqiva).
On verra par ailleurs que cette Torah orale ayant également
été mise par écrit (michna) à
une certaine époque, le terme "orale" (béâl
pé) ne doit donc pas créer une erreur consistant
à croire qu'elle n'est pas mise par écrit jusqu'à
nos jours.
3. La Torah orale fournit les applications de
la Torah écrite
L'exemple précédent nous a montré aussi que
la Torah orale concernant la ché'hita (abattage
rituel) comporte des applications pratiques des grands principes
de la Torah écrite. Sans cette sorte d'éclairage,
de nombreux passages de la Torah écrite seraient inapplicables.
Ce recueil de la tradition orale, donnant les détails pratiques
de l'application dans l'action, est ce que l'on appelle la halakha,
qui vient donc également de Moché Rabbénou15.
Rav Lévi bar Hama, au nom de Réche Laqiche, explique
cela exactement dans le traité Berakhote 5a, après
avoir posé la question :
"Pourquoi est-il écrit dans la Torah (Chémote, Exode
24, 12) : et je te donnerai les tables de pierre et la Torah et
la mitsva que j'ai écrites pour qu'on les enseigne ?"
Le talmud détaille ainsi la signification de toutes les
parties de ce verset :
a)
lou'hote éllou âsséréte haddibérote
"les tables", ce sont les dix paroles,
b)
Torah zé miqra
"la Torah", c'est l'Écriture,
c)
véhammitsva zo michna
"et la mitsva", c'est la michna,
d)
achér katavti éllou néviim oukhétouvim
"que j'ai écrites", ce sont les prophètes et les
écrits hagiographiques,
e)
léhorotam zé guémara
"pour les enseigner", c'est la guémara (et Rachi commente
souvent :
la réflexion sur ce qui fonde les mitsvotes, c'est la guémara),
f)
mélaméd chékoulam niténou léMoché
misinaï
"enseigne", c'est que tous furent donnés à Moché
depuis le Sinaï".
4. La Torah orale, seule, apporte certaines précisions
Parfois, de nombreux passages de la Torah écrite seraient
incompréhensibles en eux-mêmes, comme les totafote
ou "téfilines de la tête" (Chémote, Exode
13, 16 et Dévarim, Deutéronome 6, 8), sans l'explication
reçue de la tradition, qui se base sur l'origine du mot.
Bien souvent, Rachi fournit cette explication recueillie auprès
de la tradition orale, par l'enseignement qu'il en a reçu
ou tel qu'il est transcrit dans les middrachim, dans le Middrache
Tan'houma par exemple, qu'il cite souvent. Cette dimension
de la Torah orale est d'éclaircir la Torah écrite
et de montrer les nombreuses applications d'un passage qui, de
prime abord, ne semblait pas explicite dans la Torah :
miqra mouât véhalakhote méroubote
de l'Ecriture un peu et des halakhotes nombreuses.
5. La Torah orale éclaire sur des prescriptions
non écrites.
Par ailleurs, certaines prescriptions ont été transmises
oralement depuis Moché Rabbénou sans qu'il y ait
de support à cette prescription dans le texte écrit
; on parlera alors techniquement de
halakha léMoché missinaï
prescriptions de Moché depuis le Sinaï.
Il s’agit d’une transmission qui ne peut se rencontrer ni
par la lecture du texte de la Torah (mine hakkatouv) ni
par la réflexion logique (dérékh sévara).
Si la Torah écrite est la Torah fixée en lettres
sur les rouleaux de la Torah, la Torah orale est, donc, fixée
directement dans le souvenir, les actes et les paroles des Juifs.
De plus, ils sont la matière vivante de sa transmission.
Des traditions nombreuses et différentes ont ainsi été
transmises ('Haguiga 12) et nous verrons que plusieurs maîtres
avaient déjà entrepris de les recueillir avant que
Ribbi Yéhouda Hannassi ne décidât de recueillir
"toutes" les traditions de la Torah orale.
6. La Torah orale nous donne les middote
ou règles de compréhension
La Torah orale inclut aussi la tentative de compréhension
de la Torah écrite telle qu'elle découle de la mise
en œuvre des règles traditionnelles d'interprétation
du texte. Ces règles, les middote, ne sont pas établies
par les lecteurs mais elles ont été mises au point,
recensées ou transmises par les grands maîtres :
ce sont les 7 règles de Hillel (chéva middote
chél Hillel), les 13 règles de Ribbi Yichmâel
(chloche esré middote), qui sont elles-mêmes
en liaison, souligne le Chla, avec les 13 démarches de
D-ieu (chloche êsré middote chél Haqqadoche
baroukh Hou), les 32 règles de Ribbi Éliêzér,
fils de Ribbi Yossi Haggalili (chlochim ouchtayim middote),
les 27 règles du Chla. Nous reviendrons sur ces règles.
La mise en jeu de ces règles de lecture et de compréhension
n'a pas encore épuisé tout son potentiel, c'est
l'œuvre de toutes les générations. Elle demande
avant tout une connaissance fine et rigoureuse de la technique
de ces systèmes d'interprétation.
Ces règles ne sont pas des artifices d'interprétation
mais elles dévoilent la connaissance de la logique interne
du texte révélé, qui est bâti selon
des règles précises ; ce sont des règles
de compréhension exacte.
Une partie très importante de la guémara est constituée
par ces tentatives d'interprétation réalisées
par les grands maîtres, leurs débats à ce
sujet (souguiyote) et leurs contestations des tentatives
des collègues, ceci dans le but d'être fidèles
au texte. Pour cela, ils utilisent très souvent ces mêmes
règles traditionnelles communes. Leur débat n’est
donc pas une querelle d'Écoles mais une discussion exigeante
par sa rigueur qui est "disputation orientée vers la volonté
du Ciel" :
ma'hloqéte léchém chamayim.
Ces middotes, de par leur complexité, demandent un exposé
séparé ; il sera présenté plus loin,
de même que les règles des (souguiote, débats
talmudiques). Comme il y a une gradation dans la force contraignante
des différentes middotes, une grande place est laissée
au débat, à la confrontation des opinions (ma’hloqète).
7. La Torah orale nous transmet les divréï
sofrim
Les divréï sofrim sont les prescriptions formulées
par les Sofrim ou Sages experts en toutes les lettres de la Torah,
depuis Moché Rabbénou jusqu'à la fin de la
rédaction de la michna.
Leurs préceptes, exprimés avec la plus grande minutie,
ne sont pas des inventions ni des exercices de rhétorique
mais
- ils constituent une formulation des préceptes de la Torah,
- auxquels ils ajoutent aussi des preuves explicites tirées
de la Torah.
Le Maharal de Prague estime ce point si important
qu'il le précise dès le début de son Béer
Haggola, Le Puits de l'exil.
Pour faire comprendre que tout l'édifice de leurs explications
n'est pas une broderie autour de la Torah, le talmud dit que
- D-ieu a montré à Moché Rabbénou
tout ce que ces Sages apporteraient ultérieurement comme
précisions sur la Torah (diqdouqéï sofrim,
les précisions des sofrim) ;
- leurs apports sont à respecter plus encore que ce que
l'on peut comprendre directement de la Torah, au point que leur
transgression est mortelle (voir Méguila 19 b).
8. La Torah orale nous transmet le middrache
Cette formulation est une extension du point précédent.
Le middrache est un travail exégétique approfondi
sur le texte pour en tirer des interprétations solides,
qui ne sont pas évidentes à première lecture.
Un témoignage ancien nous est donné
en Néhémie 8, 8 : "Ils faisaient la lecture de la
Torah de Moché Rabbénou d'une manière distincte
et en indiquaient le sens de sorte que l'on comprit le texte"
(Qiddouchine 37 b).
On parle ainsi de Sages qui étaient des darchanim guédolim,
grands interprètes. Leur activité s'étendait
spécialement aux parties de la Torah qui ne sont pas prescriptives
en mitsvotes mais davantage centrées sur l'exhortation,
la signification et la morale, ce que l'on appelle la haggada
(avec un alef en début de mot, et non un avec un
hé comme dans la haggada de Pessa'h).
On y ajouta aussi des thèmes de cette nature, qui entouraient
les discussions centrées sur la halakha. Ils sont l'œuvre
de Sages nommés rabbanane di aggadata. Ceux qui
ont collecté ces haggadote ont reçu le nom de méssadér
aggadta, comme Rabbi Chimeône ben Pazzi (traité
Bérakhote 10 a).
Les principaux recueils de ces nombreux middrachim
sont :
- le Béréchite Rabba, qui commente tous les
versets du livre de la Genèse, dû à Ribbi
Hochaya, amora du 3e siècle de l'ère actuelle
; des recueils plus récents furent groupés également
pour les autres livres de la Torah ;
- la Mékhilta sur Chémote, le livre de l'Exode,
due à l'École de Ribbi Yichmâel et Ribbi Âqiva
;
- le Sifra, ou Torahte Cohanim sur Vayiqra, le livre
du Lévitique, dû à l'École de Ribbi
Âqiva, de l'époque de Rabbi et de Ribbi 'Hiya.
- le Sifré sur Bamidbbar, le livre des Nombres, dû
à l'École de Ribbi Yichmâel et de Ribbi Âqiva
;
- le Sifré sur Dévarim, le livre du Deutéronome,
composé à la fois de halakha et de haggada
et dû à l'École de Ribbi Yichmâel et
de Ribbi Âqiva ;
- le Middrache Tan'houma ou Tan'houma Yélamdénou
(sur l'ensemble de la Torah) concerne la halakha, l'exégèse
et l'exhortation. Rachi y a puisé de nombreuses interprétations.
- les middrachim sur les livres de Eikha, Lamentations,
Isaïe, Jonas, Job, Cantique des Cantiques (Chir hacchirim),
Ruth, Esther... ;
- les Pirqéï de Ribbi Éliêzér
qui dépeignent les merveilles de D-ieu dans la création
et dans l'histoire de son peuple ; ils sont antérieurs
à la rédaction de la michna.
De nombreux autres recueils de middrachim
existent également.
9. La Torah orale nous transmet les séyagim,
haies.
La guémara consacre une partie de son propos à la
discussion de mesures pertinentes à prendre dans la vie
quotidienne pour qu'elle soit vécue selon la Torah et elle
constate qu'il y a nécessité d'ajouter aux prescriptions
explicites de la Torah des "haies" de protection autour de la
Torah : séyag la Torah ; c'est-à-dire placer
des haies à proximité de choses interdites par la
Torah pour que le Juif parvienne à s'en préserver.
Cette préoccupation ne relève pas d'une tendance
naturelle à la fermeture de la part de tout groupe spécifique
qui s'enclôt sur soi-même en multipliant les interdits,
ni même d'une sagesse particulière mais, comme l'explicite
le traité Yevamote 21 a, d'une prescription inscrite dans
le texte même de la Tora. En effet, dans Vayiqra (Lévitique
18, 30) il est écrit :
ouchémartém éte michmarti
gardez mes observances.
La fonction de ces haies est d'aider l'homme à éviter
la transgression. Il va de soi que si des humains peuvent construire
des haies pour protéger la Tora écrite, ils ne peuvent
pas mettre des haies pour protéger à leur tour celles-là,
qui ne sont plus d'origine divine.
On formule ce principe en disant :
éïn gozérim guézéra laguézéra
on ne rajoute pas de haie à la haie ('Houline 104 b).
Ce sont les prophètes (néviim) puis les Sages
('hakhamim) de la Grande Assemblée qui, parmi les
trois prescriptions qu'ils établirent, fixèrent
les principales haies, comme il est écrit dans le traité
des Pères 1, 1. Ils les nommèrent guézérote,
coupures. Les Sages des différentes époques ont
continué à élaborer ces mesures adaptées
aux conditions de chaque génération.
En ce sens, on parle aussi de Massoréte sayag la
Torah à propos de la tradition qui règle la
façon d'écrire le texte de la Torah dans les moindres
détails (ibid. 3, 13).
Un principe important est qu'une haie n'est prescrite que lorsque
la majorité du peuple peut l'appliquer (Baba Qama 60 b).
10. La Torah orale comprend aussi le nistar
La guémara apporte également, avec discrétion,
des indications sur le sens le plus profond, le plus caché
de la Torah, le nistar,
comme dans le traité 'Haguiga 13. Elle précise
alors comment doit se faire cet enseignement, à un seul
élève, en petit groupe ou en public, suivant l'importance
du sujet.
Concernant ce nistar, une question est souvent discutée
: celle de savoir si l'urgence ou les périls de la destruction
de la communauté juive ne rendraient pas obligatoire l'enseignement
de cet essentiel. D'autres apportent un critère supplémentaire
: l'urgence viendrait du fait que l'on se rapprocherait de la
fin des temps espérés.
11. La Torah orale comprend aussi les minhaguim
La guémara inclut également la description d'us
et coutumes (minhaguim ; minhag, au singulier)
dont, à première vue, il n'est pas toujours clair
de savoir s'ils sont référés à la
Torah ou non. Cette question touche à la plus vive sensibilité
populaire car toute coutume est la forme la plus affective du
lien entre les générations familiales :
minhag avotéihém béyadéhém
le minhag des ancêtres est dans leur mains (Chabbate 35,
Erouvine 104...),
ce qui sous-entendrait que les descendants ne peuvent le modifier,
argument qui est souvent invoqué pour défendre sa
propre pratique. Abbayé l'amora emploie la formule naqtinane
(est admis chez nous) pour indiquer qu'il va donner à l'appui
du problème une tradition de halakha reçue de sa
tradition, et Rachi le précise :
massoréte avotéinou, minhag avotéinou
la tradition transmise par nos pères, de génération
en génération (Erouvine 5 a).
Les Sages ont été sensibles au risque d'immobilisme
ou de transmission de coutumes erronées qui pouvait
en découler car la fidélité affective à
des erreurs récentes des dernières générations
peut ainsi conduire à des traditions nouvelles contraires
à la Torah ; c'est pourquoi les Sages ont apporté
des règles sûres et faciles à comprendre pour
trier le pur de la fantaisie crédule ou de l'imitation
des coutumes locales, surtout quand elles invoquent le principe
mal compris :
minhag mévatél halakha
la coutume annule la halakha (Yébamote, Jérusalem
12).
En fait, ce principe exact ne s'applique que pour un minhag
qui est "antique".
Le Séfér Hakkéritoute (4, 3, 19) le
dit explicitement :
minhag ché amrou ché mévatél halakha
minhag vatiqine
un minhag dont on dit qu'il annule la halakha est
le minhag ancien ;
et ce n'est pas seulement celui que l'on a vu pratiquer soi-disant
"depuis toujours".
Et le Séfér Hakkéritoute ajoute nettement
et délicatement l'adage :
aval minhag ché eïn lo réaya mine hattorah
eïno élla kétoêh béchiqoul haddaâte
mais le minhag qui n'a en lui rien de la Torah n'est rien d'autre
qu'une faute de jugement.
Donc, seul un talmid 'hakham (disciple des Sages) instruit
dans toute la tradition de la Torah et dans l'histoire de la tradition
d'une communauté particulière peut se prononcer
sur ces questions, et les particuliers confrontés à
ce problème ne doivent pas s'en référer à
leur seule fidélité affective ni à leur jugement
insuffisamment éclairé. On ne peut se permettre
de se tromper en ce qui concerne la Torah elle-même.
Le Rav Ôvadia Yossef, Richone létsione, chalita,
recense 24 règles s'appliquant aux minhaguim (pages
17-19 du tome 1 de Yé'ahavé daâte),
dont celles-ci :
- ce que la Torah permet, si on y applique des interdits, ils
viennent des rabbins (talmidéï 'hakhamim, posseqim)
et ce ne sont pas les particuliers qui ont la compétence
pour se prononcer à leur sujet ;
- quand un minhag est en contradiction avec une prescription
de la Torah, on ne peut pas lui appliquer la règle minhag
mévatél halakha (le minhag annule la halakha)
;
- un minhag qui ajoute des interdits qui conduisent à
faire des transgressions de la Torah, c'est une mitsva que de
l'annuler, etc.
La technicité et la gravité du problème
exigent donc une grande connaissance des règles en la matière.
En fait, la source de la majorité de ces coutumes diverses
vient de la dispersion du peuple juif, car lorsque le Béit
dine Haggadol existait à Jérusalem et assurait
l'unité, il n'y avait pas de disputes au sujet de ces coutumes
: il en établissait la validité et leur diversité
éventuelle ne faisait que correspondre clairement aux différentes
voies de la transmission.
Résumons l'ensemble de ces 11 paramètres
de la Torah orale pour bien les mémoriser:
1. Elle est l'une des deux composantes de la révélation
qui a été transmise à Moché Rabbénou
sur le Mont Sinaï, et la Torah écrite et la Torah
orale sont une seule Torah.
2. Elle complète la Torah écrite.
3. Elle fournit les applications de la Torah écrite.
4. Elle apporte certaines précisions.
5. Elle éclaire sur des prescriptions non écrites.
6. Elle donne les middote ou règles de compréhension.
7. Elle transmet les divréï sofrim.
8. Elle transmet le middrache.
9. Elle transmet les séyagim, haies.
10. Elle comprend le nistar.
11. Elle comprend les minhaguim.
Vérification des connaissances
Répondre aux questions suivantes qui ont
été traitées dans cette session. Se reporter
au texte chaque fois que la réponse donnée est imprécise
:
1. Quels rapports existent entre ces trois pôles : la Torah
écrite, la Torah orale et la tradition rapportée
dans le talmud ?
2. Nommer de mémoire 11 composantes de la Torah orale,
et leur caractéristique.
3. Quel enseignement tire-t-on de l'expression âl pi
? Citer par cœur son verset (Chémote, Exode 34, 27).
4. Qu'a reçu simultanément Moché Rabbénou
?
5. Citer les différentes étapes historiques de la
transmission entre Moché Rabbénou et les maîtres
de la michna.
6. Quelle était l'instance qui établissait officiellement
le contenu de la Torah ché bé âl pé
?
7. Expliquer les exemples montrant que la Torah orale complète
la Torah écrite.
8. Citer les commentaires sur les totafote ou "téfilines
de la tête".
9. Citer les différentes significations de la phrase de
Chémote 24, 12.
10. Citer la phrase montrant les nombreuses applications d'un
passage qui, de prime abord, ne semblait pas explicite dans la
Torah : (miqra...).
11. Que signifie halakha lé Moché miSinaï
?
12. Que sont les middote ?
13. Qu'est la ma'hlokète léchém chamayim
?
14. Que sont les divréi sofrim ?
15. Citer et commenter le verset de Néhémie 8, 8
sur le middrache.
16. Définitions de : darchanim guédolim, haggadah
et haggadah.
17. Indiquer les huit principaux recueils de middrachim
et leurs caractéristiques.
18. Qui a écrit Béer Haggola ?
19. Que sont les Diqdouqéi sofrim ?
20. Définir sayag la Torah. Citer le verset qui
en est la base.
21. Que signifie : guézéra la guézéra
éine gozerine ?
22. Combien de prescriptions ont fixé les Sages de la Grande
Assemblée ?
Quelle en est la référence ?
23. Qu'est la Massoréte séyag la Torah ?
24. A quelle condition une "haie" est-elle prescrite ?
25. Qu'est le nistar ?
26. Définir les minhaguim.
27. Que signifie : minhag avotéhém béyadéhem
?
28. Que signifie : minhag mévatél halakha
?
29. Que signifie : minhag ché amrou ché mévatél
halakha, minhag vatiqine ?
30. Continuer les mots de la phrase : le minhag qui n'a en lui
rien de la Torah n'est rien d'autre que...
Les principaux recueils
qui rassemblent les prescriptions concrètes de la halakha
Le Rif
Une grande aide peut être trouvée dans
le recueil du Rabbénou Yits'haq Alfassi (1013-1103) dit
le Rif, qui a étudié auprès de R. 'Hananel
et de Rabbénou Nissim à Kairouan, puis a vécu
à Cordoue. Son livre principal, inséré dans
les éditions les plus complètes de la guémara,
est intitulé Hilkhote Rav Alfas ; il ne garde des
passages de la guémara que ce qui concerne les conclusions
halakhiques. Le Rambam estime qu'il n'est pas possible, hormis
quelques cas, de diverger de ses analyses. C'est un livre de base
dans la formation. Il est lui-même commenté, au 12e
siècle, par les Hassagote du Ravad III, par le Baâl
Hammaor ou Rabbénou Zarakhia Hallévi, Rabbénou
Yéhonatane de Lunel ; au 13e siècle, par le Rambane
dans Mil'hamote Hachém et Séfér
Hazzékhoute, et par Rabbénou Yona de Gérondi ;
au 14e siècle, par Rabbénou Nissim de Gérondi
; au 15e siècle, par Rabbénou Yossef 'Haviva dans
Nimouqéï Yossef, etc. Le 'Haféts 'Hayim
dit de son œuvre : "J'ai résolu de donner un bon conseil
sur la manière d'acquérir une large connaissance
de la Torah : que l'on apprenne les bases du talmud, c'est-à-dire
que l'on étudie le condensé qu'en a fait le Rif,
Rabbi Yits'haq Alfassi, avec le commentaire de Rachi... Ce conseil
est donné par le Gaone de Vilna... Utilisant cette méthode,
on pourra acquérir une connaissance large de l'ensemble
de la Torah...".
Tout cela pour insister sur l'importance du Rif. Son commentaire
est souvent placé en fin des commentateurs des traités
du Talmud ; il se reconnaît par le fait qu'il est disposé
typographiquement comme une page de traité du talmud. Il
est suivi du commentaire du Mordékhaï (Mordékhaï
ben Hillel Haccohén, 1240-1298), qui voulait en être
une introduction et le complète en lui ajoutant les conclusions
halakhiques des tossafotes de France.
La liste des mitsvotes dans Michné Torah
Maïmone, Rabbi Moshé ben Maïmone (1135-1204)
, est dit le Rambam ou Maïmonide; son principal ouvrage est
Michné Torah (dit Yad Ha'hazaqa en raison de ses
14 parties, comme l'indique la guématria 14 du mot
yad, qui veut dire "main").
Il est né à Pessa'h en 1135, dcd en 1204. Ribbi
Moché ben Maïmone, ou ben Maïmoun, Maïmonide,
du Roi David. Il reçut l'éducation la plus
élevée auprès de grands maîtres des
sciences arabes. Il écrivait en arabe. On le nommait Abn
Imram Moussa ibn Maïmoun ibn Abdoulah. On le surnomme
aussi Hannéchér haggadol, le grand aigle.
En 1148, Cordoue, sa ville est prise par les musulmans qui
donnent le choix entre la conversion ou l'exil. Sa famille part
ailleurs en Espagne puis à Fez où ils doivent
se faire passer comme musulmans pour éviter la mort. Dévoilé,
il ne peut que fuir et se rend à Acco puis Jérusalem
puis au Caire où il devient célèbre comme
médecin, naguid ou dirigeant de la communauté;
conseiller du roi Saladin et rabbin écrivain.
Le 6 'Héchvane est le jour de la première
prière du Rambam sur le Mont du Temple après son
âlia sur la terre d'Israël (1166). Il
le décrète yom tov. Le 9 'Héchvane
est le jour de la première prière du Rambam sur
les tombes des patriarches et matriarches à 'Hévrone
après son âliah (17 octobre 1166). Il
le décrète yom tov, qu'il célèbrera
avec joie et grand repas familial. Il est enterré à
Tibériade où il est écrit sur sa tombe
: "de Moché à Moché, il ne s'est levé
personne comme Moché".
Sa tombe se trouve à proximité de celle du Chla
haqqaddoche.
Son livre principal, Michné Tora ou Hayad ha'hazaqa
(la main puissante), est écrit dans un hébreu
michnaïque limpide et forme la base de toute formation du
juif ; il a 14 parties. C'est une somme d'examen des cas rencontrés,
sans indiquer les références des sources ; les commentateurs
les ont ensuite ajoutées. Ses 13 principes de la foi juive
sont admis et chantés par toutes les communautés.
Il publia aussi un traité sur la Michna (Kittab alSSiradi).
Son livre Dalalate alHayarine ou le Guide des Egarés,
fut traduit à sa mort sous le titre Moré Névoukhim
et, expliquant et justifiant le judaïsme par la philosophie,
ce livre suscita de terribles controverses.
Il publia aussi Maamar ha Yi'houd (Traité sur l'unité
de D.ieu), la lettre aux Juifs du Yémén persécutés
(Iguérete ha Téimane), un traité sur
le succès (Péraqim bé atsla'ha), un
autre sur le calendrier, un sur la vie sexuelle, divers traités
médicaux sur les plantes, les poisons, sur l'asthme, sur
l'hygiène, sur les diverses questions médicales,
sur le calendrier, etc. Son fils Avraham et son petit-fils
David lui succédèrent dans ses fonctions publiques.
Quels sont les 14 livres de Michné
Torah ?
N° et Nom du livre. Puis le numéro
du Volume où il se trouve dans la plupart des éditions.
1. Le livre de la connaissance
I
2. Le livre de l'amour I
3. Le livre des époques II
4. Le livre des femmes III
5. Le livre de la sainteté III
6. Le livre des exceptions IV
7. Le livre des semences IV
8. Le livre du service IV
9. Le livre des sacrifices V
10. Le livre de la pureté V
11. Le livre des dommages V
12. Le livre de la possession VI
13. Le livre des jugements VI
14. Le livre des juges. VI
Le Rambam et ses commentateurs :
pour comprendre la structure de la page de Michné Torah
dans les éditions courantes.
Dans un livre de Michné Torah,
du Rambam (Maïmonide, né à Cordoue), on trouve
au centre le texte, et autour, des commentaires très importants
dont les principaux sont :
- le Ravad, de Rabbi Avraham ben
David de Posquières (1120-1198) ;
c'est un des plus grands premiers commentateurs
ou richonim, souvent nommé le Baâl Hahassagote,
qui écrivit également sur la Torah, sur le talmud,
sur les problèmes de permis et interdit et sur le Rif
dont il défendait les vues. Ses analyses sont reconnues
comme les plus importantes et sont souvent très critiques
envers le Rambam. En raison de sa sainteté exceptionnelle,
il fut comparé à Rabbénou Haqqadoche
et les cohanim furent autorisés à assister
à son enterrement.
- les Haggahote Maïmoniyote, de Rabbi
Méïr Haccohén de Rottenbourg (13e siècle),
le Maharam,
l'un des derniers tossafistes achkénazes
et le maître du Roche. Il fut cruellement emprisonné
et refusa la libération dont le prix eut été
exorbitant pour la communauté. Il commente et complète
les halakhotes de Maïmonide avec les écrits
parallèles des tossafistes. Sur notre page, il est situé
en bas à droite.
- le Migdal Ôz, de Rabbi Chém
Tov ben Rabbi Avraham, Gaone d'Espagne (14e siècle),
élève du Rachba, Rabbénou Chlomo Adérete
;
il succéda au Rambane, son maître,
en Espagne ; il était un grand halakhiste et auteur de
commentaires importants sur le talmud ; il commenta également
le Rambane. Il monta en Éréts Yisrael. Sur
notre page, il est situé en bas à gauche.
- le Késséf Michné,
de Rabbénou Yossef Qaro, Marane (1478-1575),
que nous présentons plus bas. Il monta en
Éréts Yisrael. Sur notre page, il est situé
en haut à gauche.
- le Maguide Michné, de Rabbi
Vidal Tom Tov di Tolossa, d'Espagne (14e siècle) ;
il est de la génération du Rabbi Nissim,
le Rane, donne les sources de Maïmonide et prend sa
défense contre les attaques du Rabad. Sur notre
page, il est situé en haut à droite.
- le Lé'hém Michné,
de Rabbi Avraham di Botone, de Salonique (1560-1606).
Il écrit uniquement sur ce que le Késséf
Michné n'a pas commenté. Sur notre page, il
est situé juste sous le texte de Rambam.
- le Michné la mélékh,
de Rabbi Yéhouda Rosanés (1657-1727), de Turquie.
C'est une analyse très aiguisée du
texte.
La liste des mitsvotes dans le Sémag
Sémag, ce sont les abréviations de Séfér
Mitsvote Haggadol ou Grand livre des mitsvotes, écrit
par Rabbi Moshé ben Rabbi Yaâqov de Coucy ou Moshé
Mikoutsi (décédé en 1260), un des derniers
rédacteurs des tossafotes, les baâléï
hattossafote, disciples de Rabbénou Tam à l'époque
des croisades. Il est souvent nommé le Sémag.
Précisons que le Sémag suit l'ordre
des mitsvotes décrit par Maïmonide, ce qui simplifie
l'étude comparée entre plusieurs auteurs, comme
il est d'usage quand on étudie une halakha particulière.
Michné Torah est le livre de base pour l'étude de
ce Maître de toutes les générations qu'est
Maïmonide. Il a tenté de réunir en un seul
ouvrage les fruits des recherches halakhiques de France et d'Allemagne
et celles des Sages d'Espagne. Le Sémag suit finalement
les indications de Maïmonide, sauf quand Rachi, Rabbénou
Tam et le Rif sont d'un avis différent.
La liste des mitsvotes dans le Tour
Le Tour est le livre de base pour l'étude de la halakha.
Son auteur est le Rav Yaakov ben Achér, dit le Baâl
Hattourim. Il vécut de 1270 à 1343, d'abord
en Allemagne où il étudia auprès de son frère,
le Rav Yé'hiel ben Achér (1267-1314), et auprès
de son père, Rabbénou Achér ben Yé'hiel
(1250-1327), dit le Roche, puis en Espagne.
Son ouvrage essentiel est divisé en quatre grandes parties
ou piliers (tour, en hébreu, et au pluriel tourim),
d'où le nom de son ouvrage : Arbaâ Tourim
(4 piliers). Comme nous le voyons, au Moyen-Âge, les plus
grands Maîtres cherchaient à connaître toutes
les richesses qui étaient recueillies par les diverses
traditions ; pour cela ils voyageaient de pays en pays, ce qui
ne les empêchait nullement de suivre le minhag ou coutume
de leurs pères. Ils étaienty conscient du devoir
de rester dans la coutume de leurs pères, contrairement
à ce que l'on voit parfois aujourd'hui chez des débutants
qui n'ont pas assez étudié et abandonnent leur héritage
pour d'autres traditions. Nous avons des témoignages directs
que le Rabbi de Loubavitch disait lui-même et publiquement
"assour" devant ces déviations.
Ces quatre parties du Tour sont :
1. Ora'h 'Hayim, qui traite des prières quotidiennes,
du Chabbate et des jours de fêtes,
2. Yoré Déâ, qui traite de la cachroute,
des lois de nidda
(pureté familiale) et de la tevila (usage du
bain rituel), des vœux, de la tsédaqa ou bienfaisance,
des convertis,
du deuil,
de ce qui est permis et interdit (hilkhote issour vé
hétér) ;
3. Évén Haêzér, qui traite
du mariage et du divorce,
4. 'Hochén Michpate, qui traite du droit civil.
La liste des mitsvotes dans le Choul'hane
Âroukh
Le Choul'hane Âroukh est un abrégé
d'un ouvrage réalisé sur le Tour par le Rabbénou
Yossef Qaro (1488-1575), ouvrage souvent nommé le Béit
Yossef. En fonction de cela, Rabbénou Yossef Qaro est
souvent nommé le Béit Yossef ou le mé'habér
ou marane par les achkénazes tandis que les séfarades
écrivent marane, pour l'honorer comme une abréviation
qui voudrait dire : nismakh miréich, ordonné
par 200 rabbins.
Le Rav Yossef Qaro est le décisionnaire
majeur et incontesté du judaïsme (même si certaines
communautés ont continué à observer la halakha
de leur tradition après la parution du Choul'hane Âroukh.
Il a suivi exactement l'ordre des chapitres du Tour. Ce Choul'hane
Âroukh est donc un résumé de son ouvrage
principal, le Béit Yossef, auquel il faut souvent
se reporter pour ne pas faire d'erreurs en interprétant
mal la formule abrégée.
Choul'hane Âroukh. Nom d'un livre
de R. Yosséf Qaro.
Le Choul'hane Âroukh est, avec le Tour et le Sémag,
un livre de base dans l'étude des halakhotes. Il reprend
le plan du Tour.
Il a été écrit par Ribbi Yosséf Caro
(1488-1575) à Saféd. Le style clair et simple s'aligne
sur celui de Maïmonide.
Il y a 4 livres dans le Choul'hane Âroukh
1. Ora'h 'Hayim, qui traite des prières quotidiennes,
du Chabbate et des fêtes de toute l'année ;
2. Yoré Déâ, qui traite de la cachroute,
des lois de nidda (pureté familiale) et tévila (usage
du bain rituel), des voeux, de la tsédaqa ou bienfaisance,
des conversions et du deuil, de ce qui est permis et interdit
(Hilkhote issour vé éter) ;
3. Évén Haêzér, qui traite du mariage
et du divorce ;
4. 'Hochén Michpate, qui traite du droit civil.
Ora'h 'Hayim a 697 simanim ou chapitres,
c'est le plus long de ces 4 livres.
Yoré Déâ a 403 simanim.
Évén Haêzér a 178 simanim, le
plus court des 4 livres.
'Hochén Michpate a 427 simanim.
Les chapitres comportent un nombre très
différent de paragraphes ou séifim (de 2
dans le chapitre bassar à 1056 dans le chapitre
chabbate.
Les deux principaux commentateurs de la page
du Choul'hane Âroukh sont, par livres :
1. Pour le Ora'h 'Hayim :
- le Maguén David, de Rabbi David ben Chmouel Hallévi
(1586-1667) qui était déjà reconnu comme
un brillant talmudiste dès son enfance ;
- le Maguén Avraham, de Rabbi Avraham Abeli Gombiner
(1637-1683) qui mérita de voir de nombreux commentaires
écrits sur le sien.
Citons aussi Michna Béroura.
2. Pour le Yoré Déâ :
- le Touréï Zahav (Taz), de Rabbi David ben
Chmouel Hallévi (1586-1667) ;
- le Siftéï Cohén, de Rabbi Chabse Haccohén
(1622-1663), élève brillant du Séma et du
Maharam, nommé le Chakh, qui souffrit des pogromes des
cosaques de Chmielnicki.
3. Pour le Évén Haêzér
:
- le Béit Chmouel, de Rabbi Chmouel Phoébous
(fin du 17e siècle) ;
- le 'Hélkate Mé'hoqéq, de Rabbi Moshé
Lima (1605-1658) qui ne couvre pas l'ensemble du Évén
Haêzér.
4. Pour le 'Hochén Michpate :
- le Séfér Méirate Êynayim (Séma),
de Rabbi Yehoshua Falk (1550-1614), élève du Rama
et du Maharchal, qui a fait un commentaire sur l'ensemble du Choul'hane
Âroukh ;
- le Siftéï Cohén, de Rabbi Chabse Haccohén
(1622-1663).
Nous trouvons aussi dans la colonne extérieure le Béer
Haggola, du Rav Moshé Rivkés (dcd vers 1672). De
Vilna, il se réfugia temporairement à Amsterdam
pendant les pogromes de Chmielnicki et y publia son livre, qui
est une somme des références, talmudiques ou plus
récentes, pour chaque halakha du Choul'hane Âroukh.
Il fait donc le lien entre l'étude du talmud et le Choul'hane
Âroukh.
Le Choul'hane Âroukh est le livre de base
de la halakha. Mais n'oublions pas que le Choul'hane Âroukh
est un résumé du commentaire de Marane sur le Tour,
commentaire dont le nom est le Béit Yossef. En cas de difficulté
sur la compréhension ou en cas d'étonnement sur
une halakha, il faut se reporter au Béit Yossef, qui donne
la formulation la plus précise.
Au second niveau, il sera utile d'étudier le Tour.
Ce cours se continuera
régulièrement.
Il importe de bien en assimiler lentement
les premiers passages avant de continuer.
Qui va piano va sano !
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