(2e cours) de halakha:
La halakha de la prière chez les Juifs du Maroc
par le Rav Chalom Messas, zal.
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cours de halakha
par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour
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sur le Rav Chalom Messas
Ce cours
ne peut être compris qu'après avoir bien étudié
la leçon précédente (lien
ici) sur l'histoire de la halakha depuis la Torah, avant d'y parvenir
dans un contexte local particulier.
Dans le judaïsme que l'on nomme oriental, il y a au moins trois grands
groupes différents:
- la zone de Bavel
(Babylone) avec les grands halakhistes modernes et contemporains comme
le Ben Iche 'Haï, Ribbi Ôvadia Yossef. Ce ne sont pas des sépharades.
- la zone du Yémen, dont l'excellence est reconnue par tous et
qui ont leur autonomie de tradition et ne peuvent aucune façon
être nommés sépharades.
- toutes les communautés sépharades dont l'origine partielle
ou totale se rattache à l'Espagne: Afrique du Nord et pays du Bassin
méditeranéen. Bien entendu, au point de départ, ils
sont originaires des exilés de la terre d'Israël, puis s'y
sont sont des exilés de la Babylonie, et même des exilés
pourchassés par les Croisades, et des exilés d'Afrique du
Nord. Eux seuls sont
les Sépharades qui avaient pris une unité particulière
en Espagne. Leurs maîtres vont de Alfasi, Maïmonide, au Rachba
et Rambane à Barcelone puis sur la terre d'Israël, , Yossef
Caro l'auteur du Choulhane Aroukh en Turquie et terre d'Israël. Et
toutes les Ecoles de l'Algérie, du Maroc et de Tunisie (que l'on
aime symboliser par leurs initiales Emet-vérité). Cela avait
commencé avec le père de Maïmonide à Fez ou
Elfassi, Alfasi en Lybie, Rabbénou Nissim et Rabbenou Hananel en
Tunisie, les plus grands et suivant les persécutions les migrations
furent constantes entre l'Espagne, l'Afrique du Nord et la terre d'Israël.
Et une constante millénaire, les Sages de l'île de Djerba
en Tunisie.
En Algérie, ils
sont innombrables les grands halakhistes: depuis le Rif Alfassi, les Sages
de la famille Dourane, surtout le Ribach (Ribbi Yits'haq Bar Chéchéte,
14e siècle), le Rachbats (Ribbi Chimeone ben Sémah Dourane,
14e siècle), récemment le Rav Cohen Scali. Sur chacun des
noms de la
liste (lien ici) il faudrait rapporter des travaux rabbiniques importants.
Chacun connait le siddour Pata'h Eliahou.
En Tunisie,
reportez-vous à
la page qui est consacrée à ces rabbins.
Centrons-nous sur l'époque récente, au Maroc, le
grand halakhiste (décisionnaire sur les applications de la Torah
à la vie quotidienne, ou posséq) Ribbi Raphaél
Berdugo (1747-1822) et de nombreux sages de sa famille depuis. Ceux de
la famille Messas de Meknes (Ribbi Yossef, Ribbi Chalom), ceux de la famille
Monsonégo de Féz. Ribbi Raphael Encaoua de Salé.Les
grands de la famille Abou'hatséira dans le Sud.
Cette photo récente en Israël nous montre le lien de trois
générations vivant dans la Torah: le
Rav Chalom Messas, le Rav Yéhiel Abirssera de Ramlé qui
lui baise la main, et le fils de ce dernier lors de sa bar-mitsva. On
rencontre là ce qu'est la tradition: la "classe" dans
la tenue, le sens de la beauté, de la dignité, du respect
mais aussi la proximité, l'union, l'affection, regardez les positions
des doigts. C'est le vrai judaïsme. Comment des gens ont-ils pu mépriser
une collectivité bénéficiant d'une telle culture?

Les précisions que nous allons étudier concernant la tradition
des Juifs du Maroc sont dispersées dans les différents ouvrages
du Rav Chalom Messas, zal : livres de
Choute (Chéélote outéchouvotes, questions
et réponses) et dans le Siddour Vézéra’h hachéméche
qui est actuellement, parmi les éditions récentes, le plus
proche de la tradition des Juifs du Maroc.
Il est nécessaire de donner ces sources car, aujourdhui,
par le prestige des livres de halakha de géants de la tradition
de Bavel qui sont des Juifs orientaux, nommés abusivement Sépharades
en Israël pour des raisons administratives, des originaires d'Afrique
du Nord et du Maroc adoptent leurs coutumes et livres de prières
pensant à tort que ce sont celles de leur lignée. Il était
donc indispensable de remettre de l'ordre dans les esprits.
Nous allons utiliser ces oeuvres comme base de
formation en halakha.
En 1962, sortie du livre du Rav Chalom Messas, décisionnaire
en halacha, Mizra'h Chéméche

En 1979, sortie de son livre de halacha, Tévouote
Chéméche, 4 tomes.
Depuis 1986, sortie de son livre de halacha, Chéméche
oumaghéne tomes 1 à 3
dans la lumière de Jérusalem comme Grand
Rabbin de la ville sainte, et Premier Président des tribunaux rabbiniques.

Le Rav Chalom Messas, Grand Rabbin de Jérusalem
et Roche Avote baté ha dine, Premier Président des
tribunaux rabbiniques de Jérusalem (1999). Il est le fleuron de
toutes ces lignées revenues ainsi à leur source, d'où
elles enseignent par lui, à Jérusalem.
Le voici, dédicaçant l'un de ses livres, dans ses vêtements
et sa position de travail traditionnels (des siècles de traditions
sont là présents):
Un siddour ou livre des prières quotidiennes Vézéra'h
hachéméche
publié à Jérusalem comprend ses notes et décisions
concernant les particularités des communautés du Maroc dans
la prière. On les trouve également dans ses autres ouvrages
et nous les plaçons sur le site pour que les nouvelles générations
puissent les continuer. Voici la couverture de ce siddour;
Diffusion. Tel 972-2-6524273 ou 6768153.
Voici un texte manuscrit du Rav Chalom Messas, le grand-père du
Rav Chalom Messas (1909-2003) qui est sur les photos précédentes,
en écriture traditionnelle judéo-marocaine et la magnifique
signature de ces Sages d'alors. Son nom est juste au dessus de la signature.
Pour parvenir à déchiffrer lisez la page que nous avons
consacré à cette lecture (lien
ici).Ces textes étaient écrits au roseau.

Nécessité du particularisme, introduction personnelle
Avant tout, il faut préciser que l'ensemble des pratiques de base
est identique chez tous les Juifs mais que des nuances sont apportées
par chaque tradition sur des points particuliers, on les appelle des minhaguim
ou coutumes. (Voyez la leçon précédente
pour bien comprendre ces nuances).
Une conception simpliste et erronée consisterait
à dire : il serait préférable que tous les Juifs
du monde prient selon le même protocole (noussa’h), cela
manifesterait l’unité du peuple qui est le plus grand rempart contre
les ennemis, mais cela serait le meilleur hommage à l’unité
divine.
Chacun de ces concepts est exact mais simplifié. En effet, la Torah
insiste sur le fait que cette Création de l’homme s’est déroulée
selon le dessein divin dans une diversité. C’est seulement une
unité dans la diversité qui exprime le mieux la ressemblance
au divin. De même que la double composante homme-femme et leur unité,
leur couplage exprime seulement l’unité de l’homme initial créé
à l’image de D.ieu.
Dans le désert, dans le camp des Hébreux (voyez
absolument ce lien, Paracha Bémidbar), chaque tribu était
placée sous son drapeau, ce qui veut dire selon sa spécificité
et l’unité était exprimée par la disposition relative
et par le fait que, sur chaque drapeau il n’y avait qu’une lettre des
noms des Patriarches et qu’une des lettres du Nom divin. C’était
ainsi, à la fois, l’ensemble qui manifestait cette unité
mais aussi la prise en compte de la particularité de chacun.
Enfin, l’expression spirituelle de ces caractéristiques a été
exprimée par le Ari, zal, dans son introduction à
la prière, au début de Péri Ets ‘Hayim, quand
il écrit que chaque forme de prière des Juifs italiens,
catalans, sépharades, achkénazes, etc, a sa nécessité
et sa justification, exprime seule une composante du lien au divin, et
seule ouvre l’une des portes particulières de la prière ;
et qu’il serait donc une perte essentielle que de négliger ces
particularités.
Conséquences
1. Il n’y a donc aucune crainte à avoir.
2. Il faut absolument maintenir et développer la transmission des
traditions particulières en raison de ces justifications capitales.
3. Il faut donc étudier et connaître ces particularités.
4. Il est interdit de quitter la tradition de ses pères pour adopter
une autre.
5. Il est interdit d’imposer à autrui une autre tradition que la
sienne.
6. Pour bien apprécier les autres traditions et les révérer
pour ce qu’elles expriment du divin et de Son plan, il faut d’abord bien
connaître sa propre tradition.
Spécificités (yi’houdim) de la tradition
de prière sépharade et spécialement du Maroc dans
les pratiques de la prière (min’haguim ou coutumes).
Demandez toujours les précisions oralement à votre Rabbin
sur la base des oeuvres citées, car une imprécision dans
notre transmission écrite peut toujours se glisser. Que cela nous
soit préservé. Bien entendu, la base fondamentale est presque
toujours le Choulkhane Aroukh; mais pour bien l'interpréter, il
faut connaître aussi le Beit Yossef, et savoir que R. Yossef
Caro (Marane) nuançait toujours ses propositions de halakha
avec le conseil de continuer la tradition solide des coutumes chaque fois
qu'elles semblaient diverger de son avis.
Coutumes (minhaguim) avant la prière du
matin (Cha’harite)
Bénédictions
- Dans les bénédictions du matin, le Rav ne disait pas Chém
ou malkhoute dans la bénédiction ha notén
la yaéf coa’h. Mais cet usage n’est pas généralisé.
- Quand on est dans un contexte où on peut répondre, on
répond toujours Baroukh Hou ou varoukh Chémo après
avoir entendu le nom Hachém dans les bénédictions,
même dans le kiddouche, la bénédiction du pain.
Talite qatane
Il est porté jour et nuit sur un premier vêtement et ses
tsitiyotes restent à l’intérieur du vêtement et ne
sont pas montrées à l’extérieur (Chéméche
oumaghen II, 74).
Talite gadol
Il peut être plié et rangé après usage le Chabbate
(Chéméche oumaghen II, 77).
Téfillines
- Les téfilines du bras se mettent assis, mais la bénédiction
et les téfilines de la tête se font debout (Tévouotes
Chémeche, I, 67).
- Si on a parlé entre les téfillines de la main et ceux
de la tête, on redit alors Vé tsivanou âl mitsvate
téfilline.
- On ne fait qu’une bénédiction, pour les téfilines
du bras (Chéméche oumaghen II, YD, 28)..
- Après avoir les téfillines de la tête on dit :
oumé’hokhmatékha El êliyone tatsil âlaï,
etc. jusque lékhol ‘haï ratsone.
- après avoir mis les téfillines, on dit la paracha de Chémote
13 : Qadéche li kol békhor et aussi
Véhaya kyéviakha.
Coutumes (minhaguim) dans la prière du
matin (Cha’harite)
Péti’hate Eliyahou
- on prononce Ante Hou déafiqate et non pas Ante Hou déafiqte.
- on prononce ite’héchiv lé et non pas ite’hachiv lé
- on prononce lévouchine taqinate et non pas
lévouchine taqante.
- on prononce Ante ‘hachivate et non pas Ante
‘hachavte.
- Le Chabbate, on ne commence pas par la âqeda mais par Achrénou,
ma-tov ‘helqénou…
Parachate haqqétoréte
- on prononce qodéche qadachim, avec un qamats gadol (prononcé
a) dans qadachim.
- on prononce lamakhtéchéte et non pas lémakhtéchéte.
- on prononce samémanim et non pas samamanim
- on prononce samémanéya et non pas mamamanéya.
- on prononce af kipate
hayardén kol ché hou et non pas kol ché hi.
Parachate haqqorbanote
- on dit : Abayé méssadér hava et non
pas : Abayé hava méssadér.
Yéhouda ben Téma…
- on prononce la guéhinam et non pas la ghéhinom.
A ’Hanouca
- Au lieu de Aromémékha, dans la prière du
matin, on dit mizmor chir ‘hanoukate…
Qadiche
- on prononce khirouté et non pas kirouté.
- on prononce tichbé’hata et non pas touchbé’hata.
- après ouvizmane qariv véimérou amen, l’assistance
répond amen et continue yéhé chémé
rabba jusque déamirane béâlma.
- on dit mine qodam élahana
maré chémaya et non pas qadam maré
chémaya.
- après Yéhé chéléma rabba michémaya,
le public répond : ‘hayim ouchévâ.
- après ousli’ha vékhapara, le public répond :
véréva’h véhattsala… lanou ouolékhol âmo
Yisrael.
Psouqé dézimra (entre le qadiche âl
Yisrael et le demi qadichhe qui précède le Chémâ
Yisrael)
- On ne répond pas Amen à d’autres prières entendues
quand on est à l’intérieur d’un passage, mais entre les
passage cela est possible. (Voir Chéméche oumaghen, tome
III, réponse 2).
Psaume 145. Téhilla lé David
- On a coutume de tendre les mains ouvertes vers le haut pour dire
Potéa’h éte yadékha…
Amida
- dans la 12e bénédiction, on dit : oumakhniâ
minim, mais certains disent zédim.
- dans la 19e bénédiction, on dit : oulévarékh
éte-kol mékha Yisrael bérakha chéléma
bérov-ôz véchalom.
- Dans la ’hazara, le ‘hazan dit …vé Elohé Yaâqov,
et l’assistance répond : Aléhem hachalom.
- Dans la ‘hazara, après morid ha tal ou morid haguéchém,
le public répond : livrakha.
- Dans la ’hazara, le ‘hazan continue en silence après la bénédiction
gaâl Yisrael.
- Dans la ’hazara, dans la 14e bénédiction de
Yérouchalayim, le ‘hazan dit …vétokha takhine,
et l’assistance répond : takhine.
- Dans la ’hazara, dans la 15e bénédiction du
Machia’h ben David, le ‘hazan
dit …méhéra tatmia’h, et l’assistance répond :
tatmia’h. et quand il poursuit : véqarno taroum bichouâtékha,
le public répond : ki lichouâtékha qivinou
kol hayom.
- Dans la ’hazara, dans la 17e bénédiction
de Avoda, le ‘hazan dit …béchouvékha
léTsiyone béra’hamim, et l’assistance répond :
kéméâz.
- Dans la ’hazara, dans la 18e bénédiction de
Odaah, le ‘hazan dit … vékhol ha ‘hayim
yodoukha séla, et l’assistance répond : baroukh
‘haï haôlamim. Certains disent baroukh ‘héi haôlamim.
- dans la bénédiction des Cohanim, après qu’ils
aient dit le nom de Hachém, l’assistance répond :
Baroukh Hou ouvaroukh Chémo. Après la bénédiction,
les Cohanim ajoutent à voix basse : Ribone haôlamim,
âssinou ma… (Dévarim 27).
- Quand faire ou ne pas faire la 'hazara (Chémeche ou maghen III,
18-20). Et voyez aussi l'analyse de Rav
Zécharia Zermati (lien ici) car beaucoup d'opinions de bonne volonté
mais erronées portent sur cette question.
Séfér Torah
- Le parchemin est doublé au Maroc d’un long tissu sur toute sa
longueur qui le protège de l’usure et des contacts.
- Il est enveloppé d’un étui en tissu et n’est pas placé
dans un coffret, comme chez les Achkénazes.Contrairement à
d'autres traditions comme celles de Tunisie.
- celui qui monte à la Torah dit : Hachém îmakhém
et l’assistance répond : Yévarékhékha
Hachém, etc…
- après la lecture de la Torah, celui qui est monté dit :
Eméte Toraténou haqqédocha (cela ne constitue
pas une interrumtion entre la Torah et la bénédiction) Baroukh
Atta, etc.
Hallél
- On dit liqro éte ha hallél et On répond Baroukh Hou ou varoukh Chémo
après avoir entendu le nom Hachém, dans la bénédiction.
- on termine le hallél par la bénédiction :
Mélékh méhoulalbatichba’hote, amen.
- quand on ne prie pas en public, on ne fait pas la bénédiction
Liqro éte hahallél mais, à la fin, cependant, on
termine par Mélékh méhoulalbatichba’hote, amen.
Fin de la prière de Cha’harite
- Le Roche ‘Hodéche, on ne dit pas Beit Yaâqov, Chir
hamaâlote, ni Chir chel yom.
-----------------------------------------
Prière de Min’ha
- On ne fait pas de ‘hazara.
- On ne dit pas le demi-qadiche
après Alénou lé chabéa’h.
----------------------------------------
Prière de Arvite, le soir
- Avant la prière, on dit le psaume 27 (LéDavid,
Hachém ori vé ichî mimmi ira…). Le psaume 137
(Chir hamaâlote), les versets, etc.
- Après le Chémâ Yisraël, après
Emet, et après Achkivénou, on dit Yirou
êinénou à haute voix (texte extrait de Bérakhote
4b).
- Le soir qui commence Roch ‘hodéche, on dit juste avant la Amida :
Roch ‘hodéche livrakha,lé éhayim tovim ouléchalom.
Un
dur parcours.
Je souhaiterais que vous ne vous imaginiez pas
que cette transmission s'est réalisée sans difficulté.
Nous recueillons maintenant sans peine l'oeuvre d'un grand halakhiste
que beaucoup ont connu et aimé. Mais voyons le dur parcours pour
parvenir à ces fruits. La transmission juive des hauts degrés
de la connaissance dans le concret de l'existence est un combat et non
pas une carrière de type professoral protégée dans
l'Université.
Transportons-nous dans le temps. Nous sommes vers 1965, voici
le Rav, au Maroc en vêtements locaux.
Dans la force de l'âge. Qu'y a-t'il derrière cette stature
de géant?
Je me base
ici sur un texte de A. Guigui ayant raconté ses souvenirs.
Qu’il soit remercié.
Né en 1909, Chalom Messas (voir ici précisions
et photos sur sa famille et ses ancêtres) avait étudié
comme tous les Juifs de l’époque dans les classes surpeuplées
et selon les méthodes répétitives et autoritaires
des ‘hadarim de l’époque dans le quartier juif.
Et il choisit très vite d’avancer dans la Torah et de s’y consacrer.
Il savait profiter des leçons des maîtres et surtout de celles
de Ribbi Yitshaq Sebag qui le distingua. Il
me racontait que vers ses 10-15 ans il écrivait déjà
des commentaires de la Torah de qualité et qu’il a repris ces dernières
années, et qu'il aimait apprendre les chants et connaissait toute
la Torah par coeur avec les téamim. Vers ses 20-25 ans, il avait déjà une oeuvre
de commentaires de la Torah derrière lui et de commentaires talmudiques
et sur le Rambam. Il avait déjà la base de plusieurs livres
publiés ensuite.
A 24 ans, on le nomme directeur d’un nouveau bâtiment qui regroupe
tous les écoliers des pauvres locaux et il se trouve ayant la charge
de 1500 enfants, déjà un berger portant son peuple.
Quand on imagine combien le Maroc surabondait d’éminents anciens
pétris de Torah, de Talmud et de halakha, on imagine quel sens
des relations il lui fallut pour remplir son rôle en étant
si jeune. Il devait déjà maîtriser cet amour de toutes
les personnes qui lui permit d’être également présent
dans la même relation d’amitié, de respect et de sainteté
avec les plus grands comme avec les jeunes et les enfants.
Il sut gérer l’établissement dans des conditions financières
déplorables. Mais il ne se contenta pas de cela. Il organisa l’association
Chouvou Banim (Revenez, enfants) qui organisait des cours de judaïsme
à la portée de différents publics. En fait, il portait
à bout de bras cette structure avec le Rav Yaaqob (comme on disait
au Maroc) Berdugo.
Il s’interrogeait sur la solution à apporter à ce problème :
une mutation se produisait, car le monde juif éclatait avec la
culture française et les jeunes et les jeunes adultes étaient
pris d’admiration pour les métiers et les formations occidentales
et quittaient l’ambiance de la yeshiva et le tissu de la formation solide
se désagrégeait.
Voici une photo de l’époque, en 1959, ce sont les responsables
des mouvements scouts, une autre idéologie qui remportait un grand
succès et à laquelle il sut être présent :
De droite à gauche, Mr Medioni, Seban, le Rav, Mr Guedj Linclair,
Mr Frankel et Autruche selon le totem scout.

Il se retrouvait, en peu de temps, presque seul pour maintenir le bateau,
et il comprit que sans la transmission des oeuvres des Sages et de la
tradition (ce que nous faisons) tout se perdrait. Et que, en quelques
années, des siècles d’un certain judaïsme auront disparu.
Il voulut alors sauver les nombreux manuscrits de commentaires écrits
au roseau sur des supports de mauvaise qualité mais qui étaient
toute la tradition régionale séculaéire.
Il avança l’argent pour la publication, rechercha l’argent, alla
voir les anciens pour savoir où étaient les écrits
de leurs père et grand père et, laborieusement, il parvint
ainsi à reconstituer des trésors qui auraient disparu en
quelques années. Il leur demandait aussi de l’aider à déchiffrer
pour préparer l’impression.
Il réussit ainsi à éditer 12 livres :
- Torate émete de Ribbi Raphael Berdugo, 1747-1822 auteur
prolifique (Questions et réponses sur le Chouk’hane Aroukh).
- Méi ménou’hote de Ribbi Raphael Berdugo en deux
tomes de commentaires sur la Torah.
- Rab Peninim, de Ribbi Raphael Berdugo sur les fêtes et
les principes de foi de Maïmonide.
- Leb mebine (ainsi les Marocains prononçaient Lév
mévine) et Péné mébin de Ribbi
Mimoun Berdugo fils du précédent 1766-1823 (Questions et
réponses sur le Chouk’hane Aroukh).
- Divré chalom de son Grand-père Ribbi Chalom Messas
sur le Chouk’hane Aroukh.
- Divré Moché de Ribbi Moché Berdugo sur le
Chouk’hane Aroukh.
- Divré Mordékhaï de Ribbi Mordékhaï
Berdugo sur le Chouk’hane Aroukh. Etc.
Nous réalisons maintenant que notre Rav a sauvé les commentaires
de la halakha sépharade du Maroc. Cela était réalisé.
Mais les livres ne suffisent pas.
Il s’attaqua alors à une seconde oeuvre : refaire une yeshiva et il bâtit Kéter Torah pour redonner la beauté d’antan
de ce judaïsme qui disparaissait. Il alla trouver les étudiants
un a un et avec l’aide du Rav Ichag (comme on disait pour Yits'haq Sébag
qui enseignait le Talmul, le Choulkhan Aroukh et la pensée juive,
et lui qui enseignait le Talmud et Michné Torah, il put présenter
en 1947 aux examens de Ribbi Yoshua Berdugo venu de Rabat, après
cinq ans d’enseignement, 17 étudiants qui réussirent les
épreuves du rabbinat. La transmission de la Torah orale et de
la halakha étaient sauvées.
A 40 ans, il fut appelé à Casablanca pour présider
l’une des deux chambres du tribunal rabbinique, l’autre étant présidée
par le Rav Yaacob Berdugo et le Président étant Ribbi Haïm
Chochana. Le dispositif d’action de la tradition se réalisait maintenant
dans la gestion de la communauté. Après le décès
de ces deux personnes, il devint le Président. Et, au Maroc, son
rôle est aussi de diriger toute la communauté civile juive
pour les affaires communautaires et juridiques.
Il manifesta là aussi son incroyable capacité de travail,
réorganisait, réduisant les cas en suspens, organisant une
chambre de conciliation familiale, fit signer aux hommes des contrats
par lesquels ils s’engageaient à donner le divorce juif si celui-ci
était prononcé sur le plan civil, et manifesta déjà
le souci qu’il a toujours eu pour la souffrance des femmes et agounotes.
Quand il fut appelé par les grands rabbins d’Israël
à prendre le poste de Grand Rabbin de Jérusalem et de Président
des tribunaux rabbiniques, il avait déjà réussi à
mettre en oeuvre la Torah dans la halakha vécue par une communauté
vivifiée. Il le continua à Jérusalem mais, aussi,
à l’échelon mondial car son expertise était sollicitée
du monde entier par les tribunaux rabbiniques, les communautés
et les particuliers. Il n’épargnait jamais ses heures de travail
ni ses heures de présence à la commmunauté partout
où on le demandait. Personne ne peut dire qu’il lui a refusé
une entrevue. A 94 ans, il est parti, travaillant tout le jour et toute
la nuit hormis quelques heures de sommeil.
Et, continuant ce dont il avait compris l’importance, il trouva le
temps d’écrire et de publier ses livres qui ne sont pas des
vagues exposés mais des études construites et argumentées
avec une logique d’une précision remarquable, appuyée sur
des sources nombreuses et citées avec précision chaque fois
que nécessaire.
Nous étudierons ces oeuvres de halakha sur le site pour nous initier.
Il est ainsi, dans l’histoire du judaïsme un des maillons de la transmission
de la Torah, de la formation, de l’application. Et il réussit à
faire aimer le judaïsme, parlant chaque fois que possible partout
où on le lui demandait.
Il dépensa aussi une activité importante de lecture des
ouvrages des rabbins pour examiner leur oeuvre et l’approuver quand
elle le méritait. Et il donna à beaucoup des lettres d’encouragement
(amlatsa) ou d'approbation (askama) pour ce qu’ils faisaient
de bien. Enfin, lorsqu’un candidat lui semblait conforme à toutes
les exigences de la tradition, il l’examinait pour lui donnait le titre
de rabbin selon les caractéristiques les plus rigoureuses qu’il
définissait.
Et, en plus, il savait être d’une rigueur absolue et parfois terrible
quand il le fallait. Ne craignant personne quand il s’agissait de la vérité
de la Torah.
Son oeuvre porte le nom de Chéméche (soleil) composé
des lettres de son nom mais, surtout, référant au verset
du psaume 19 ,9 : "Les préceptes de Hachém
sont droits, ils réjouissent le coeur. La mitsva de Hachém
est lumineuse, elle éclaire les yeux ". Il était
chacun de ces mots personnifié. Et chacun l’expérimentait
dans les minutes passées auprès de lui. Son écriture
elle-même a ces caractéristiques : d’une incroyable
régularité,équilibre et lumière sur des centaines
de pages.
C’est cela la halakha sépharade d’Afrique
du Nord. Solide, active, sérieuse, gaie, vécue, éclairant.
Poussée à un niveau de connaissance très poussé.
Tout cela vous est partagé et devient votre
propre héritage. Et un exemple de vie juive. Et de vie d'homme,
de menche. Nous avons là l'exemple de ce que peut faire un seul
homme. Comme Avraham.
Et maintenant. Nous disons dans la Âmida,
au moment le plus élevé de la prière, de façon
stupéfiante: Elohé Avraham, Elohé Yistsaq, Elohé
Yaâqov, comme si ce n'etait pas le même pour tous les
trois. Non, chacun a réussi son approche, et la succession s'est
réussie également. C'est "la tradition".
Et tout ce que nous avons vu ne sera pas identique à la génération
suivante, mais les fonctions de soin du peuple sont prises et assumées:
animation et poursuite rigoureuse de la tradition. Son fils David assume
et a pris à son tour le flambeau. Maintenant que la taille géante
du père n'emplit plus concrètement toute la scène,
nous verrons Elohé Avraham, Elohé Yistsaq, Elohé
Yaâqov.
Je vous confie une petite histoire:
J'avais demandé au Rav Chalom Messas l'autorisation qu'il m'a accordée
de prendre des réponses halakhiques qu'il a données, comme
support d'un cours ultérieur sur le site Modia. Et je lui montre
une étude que j'ai préparée à cet effet d'une
réponse particulièrement remarquable dans sa structure pour
faire la démonstration dans l'enseignement (pages 87-89 de Chéméche
oumaguéne, tome 3).
Il approuve, sourit et me vante les qualités de l'auteur, son fils
David, qui -me dit-il- est particulièrement mavrik (brillant)
en halakha et dans ses capacités d'argumentations halakhiques.
Fait étrange: je n'avais pas lu la ligne d'introduction à
cette étude où il disait qu'il insérait cette étude
réalisée par son fils David. Par cette insertion, il l'avait
intronisé au niveau de sa propre oeuvre. Mais, il me le disait
explicitement, grâce à cette erreur de ma part. Merci, le
Ciel.
Et, maintenant, il jubilait de ma distraction qui m'avait permis de lui
présenter cette étude comme une perle pédagogique
particulièrement efficace pour ce que je souhaitais entreprendre.
Dans la prochaine page qui sera placée
sur le site prochainement, nous allons
donc étudier à 4 personnes cette page de halakha:
- vous (ajoutez votre photo!),
- celui qui a réalisé cette étude, le Rav David Messas,

- son père, le Rav Chalom Messas, zal,
qui a placé cette étude dans son ouvrage et y a ajouté
un commentaire,
- votre serviteur qui vous accompagnera pour comprendre la structure et
le vocabulaire utilisé dans une étude de halakha.
 (A
suivre...)
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