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Le Lév Gompers
L'originalité de l'étude juive
par Yehoshua Ra'hamim Dufour
Sujet du cours :
Quelle est l'originalité de
l'étude juive.
Qu'est-ce que l'étude de la Torah ?
L'étude de la Torah est une
nécessité liée à la création
Rabbi Moché 'Hayim Luzzatto, dans Dérékh
Hachém, dit que
hiné talmoud hatTorahhou îniane moukhra'h :
l'étude de la Torah, talmoud Tora, n'est pas
seulement souhaitable mais elle est absolument nécessaire.
Elle est nécessaire, non seulement pour comprendre ce que nous
faisons, mais parce que l'étude de la Torah est liée à
l'existence et au fonctionnement de l'ensemble des mondes tels
que le Créateur les a établis dans l'instant de la création et
dans son projet de développement.
Rachi le précise avec force dès son premier commentaire
de la Torah. Le récit de la création ne nous décrit pas
l'ordre de succession physique dans lequel les choses ont été
créées mais il nous décrit le but de la création qui est
l'union entre D-ieu et la créature. Ce projet s'est concrétisé
dans trois réalités interdépendantes :
l'acte de D.ieu qui donne Sa Torah, à Son peuple Israël, qui
doit la vivre sur Sa terre d'Israël.
Rabbi 'Hayim de Volozhyne, dans Néféche
Ha'hayim, rend ce projet en des formules concises :
hou itbarakh chémo védibouro 'had
Lui, béni soit Son nom, et Sa parole sont Un.
Et il relie cette unité à l'étude en ajoutant que celui qui
est occupé à l'étude, par là même, adhère et colle (c'est
le concept de dévéqoute) à la volonté intime et à la
parole de D-ieu car Lui, Sa volonté et Sa parole sont Un.
Dans un passage suivant, il affine cet enseignement en indiquant
que, pour être valable et se situer au niveau de sa réalité
qui est la mise en vie des mondes ('hayoutam), leur
illumination (oram), leur maintien dans l'existence (qioumam),
l'étude doit être réalisée avec exactitude (âl
nakhone), comme il convient (karaouille),
c'est-à-dire à l'intérieur d'Israël.
L'étude, la création et
Israël
Cela pour le motif que non seulement D-ieu,
Sa volonté et Sa parole sont Un, comme nous venons de le voir,
mais également:
qoudcha vérikh hou véorayéta véYisrael koula 'had
la qédoucha ou sainteté, bénie soit-elle, et Sa lumière
et Israël sont Un.
On comprend alors pourquoi, simultanément, ajoute-t-il,
- - le Middrache Raba écrit que les
pensées concernant Israël ont tout précédé,
- - et que, ailleurs, il est dit que la
Torah a tout précédé même la création du monde, car
tout cela est Un et, également, la Torah et
Israël sont le début de tout : hatTorahvé
Yisrael niqréou réchite / la Torah et Israël sont
nommés "commencement de...".
Nous, membres d'Israël
Est venue l'étape dans laquelle nous
sommes, depuis le don de la Torah et depuis que Moché Rabbénou
a fait descendre la Torahsur terre (ba Moché véhorida
laaréts) : depuis lors, la vie et le maintien de tous
les mondes d'une extrémité à l'autre dans l'existence,
"sans aucun doute" (bilti choum saféq klal),
ajoute-t-il, lui qui est habituellement en seules nuances, ne
dépendent uniquement (raq) que du souffle
de nos lèvres et de notre étude.
Alors "par l'étude de la Tora, l'intention du Saint
béni soit-Il arrive à sa complétude dans sa création qui
était uniquement pour la Torah dont Israël ferait sa
tâche" :
Le Chla expose également tout ce plan dans son Introduction à Chnéï
Lou'hote Habbrite intitulée Toledote adame et dans
son commentaire des trois dernières sections de la Tora.
Ce plan, nous, et la terre
d'Israël
Il souligne, en plus, que ces diverses
composantes ne sont pas hétérogènes car elles sont totalement
imprégnées de la même vie ; et cette même vie
concerne également la terre d'Israël comme l'indique la
même racine adama-adam qui est la matrice de
- adame, l'homme fait à l'image
de D-ieu et dont Israël est le prototype qui est appelé
à vivre au maximum les dynamiques potentielles inscrites
dans la création,
- adama, la terre, dont la
source, par excellence, est la terre d'Israël.
C'est la conception juive de l'étude de
la Torah et de l'étude ; il ne s'agit pas d'une simple activité
de compréhension pour emmagasiner des connaissances : c'est le
fonctionnement du monde qui serait remis en question si Son
peuple Israël, que D-ieu nous en préserve, ne s'adonnait plus
à vivre de cette unité indissoluble "étude - prière -
terre - peuple - Torah - création - D-ieu".
Tous les peuples le pressentent bien par
l'extrême importance qu'ils accordent sans cesse au moindre
événement se passant sur la terre d'Israël ou au moindre
comportement de Juifs. A juste titre.
C'est également le fonctionnement du monde qui est en question
quand des peuples ou des religions veulent interdire à Israël
de vivre cette unité dans toutes ses dimensions et veulent lui
arracher qui sa terre, qui sa Tora, qui tuer son peuple, ou
veulent s'approprier son héritage : en raison de l'unité de
tous ces éléments, ce qui est présenté comme un problème
particulier est alors une destruction de l'ensemble et un
comportement suicidaire pour l'ensemble de l'humanité.
La "solution finale" qui devait commencer par les Juifs
devait s'étendre aux autres peuples. Il est donc de la plus
extrême importance que les Juifs eux-mêmes ne participent pas
à cette opération de suicide collectif de l'humanité en
cherchant eux aussi à se détourner qui de la Torah d'Israël ,
qui de la terre d'Israël, qui du peuple d'Israël.
La Torah elle-même, par le lien fondamental de toute l'humanité
et du peuple d'Israël, nous a déjà montré que ce conflit
n'est pas seulement externe, entre l'ensemble des peuples et le
peuple juif. Il se manifeste aussi à travers les conflits qui se
déroulaient entre certains membres rebelles du peuple et la
lumière de Moché Rabbénou ; ce peuple est le laboratoire de
toute la création. Car chaque Juif lui-même vit intérieurement
ces débats et ces tensions.
Parfois, dans l'histoire, toutes ces luttes atteignent à des
paroxysmes. Peut-être même, chaque génération doit-elle
affronter ces paroxysmes, comme nous le dit la Haggada de
Pessa'h ; cela, pour que le monde accouche éventuellement
des temps messianiques en chaque génération.
En ces heures, le monde bascule souvent dans le sadisme, le
mensonge, les fascinations utopiques, l'esclavage, situations
analysées tout au long du Talmud. C'est alors la fonction du
peuple juif, par l'étude de la Tora, de maintenir son regard
fixé sur le meilleur du monde comme le faisaient Moché
Rabbénou et ses proches quand ils voyaient "comme les
actions de la pierre de saphir" (ké maâsséï livnate
sapir, Exode 24, 10). Rachi commente alors magnifiquement que
D-ieu lui-même regarde cette pierre de saphir pour se souvenir
de son peuple souffrant dans ses actions laborieuses. Cette
contemplation de beauté qui meuvent le monde et qui sont parfois
obscurcies par l'horreur ? C'est pour faire de ces structures
splendides du saphir de la Torah les structures d'un nouveau
monde comme il est dit en Isaïe 54, 11 :
"ô infortunée, battue par la tempête, privée de
consolation... je te bâtirai sur le saphir"...
Ce qui nous incite à le voir en ce sens, ce sont les
commentaires qui nous indiquent que les deux Tables de l'Alliance
apportées par Moché Rabbénou étaient faites d'un immense
saphir ; les éclats recueillis quand il tailla les pierres lui
donnèrent, dit le middrache, son immense richesse pour toute la
vie.
Enfin, Rabbi 'Hayim de Volozhyne précise que serait un non-sens
une étude abstraite et coupée de son action sur le monde et qui
ne serait pas accompagnée de sa pratique.
Nous venons de voir comment cet ensemble structurel des forces
réciproques qui agissent dans le monde est constamment recréé
et vivifié par la Torah dans la prière et l'étude.
L'accès aux richesses de la Torah par
la connaissance des méthodes de l'étude permet de développer
cette dynamique d'ensemble. Létudiant de la Torah
construit le monde.
Dans ce contexte de l'enseignement de nos maîtres, nous
comprenons mieux toutes ces phrases des Sages du talmud :
afilou kol haôlam koulo éino chavé afilou lédavar é'had
mine hattora
même l'ensemble de tout l'univers n'égale pas un seul mot
de la Torah.
Péa Yérouchalmi 1
ilmalé Torah lo nitqayémou chamayim va arets
sans la Torah ne pourraient subsister les cieux et la terre.
Pessa'him 69
kol hahôsséq batTorah lichma... méssaméa'h éte hammaqom
méssaméa'h éte habbériote
chacun de ceux qui étudient la Torahr éjouit Celui qui est
le lieu du monde et réjouit les créatures. Pirqéï Avote VI, 1
kévane ché loméd éte hatTorahharéi mévi tova laôlam
c'est dans la mesure où il étudie la Torah qu'il apporte le
bien au monde.
Tana devéi Éliyahou Raba 18
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