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RogerDufour
 

Le Lév Gompers
La rédaction de la michna 

par Yehoshua Ra'hamim Dufour
http://www.modia.org


(veiller à mémoriser les dates et phrases hébraïques)
 
 

La situation vers les années 170-200 de l'ère actuelle, 

Ribbi Yéhouda Hannassi, qui était né le jour mêmede la mort de Ribbi Âqiva, selon la règle des destinéesmajeures (Qiddouchine 72 b), entreprit à son tour de recueillirl'ensemble des traditions devant le risque de leur disparition àcause des persécutions.

Un autre risque de perte venait de la méthode pédagogiquetraditionnelle qui était utilisée : l'enseignement étaitoral et on n'écrivait pas son contenu ; devant l'immensitéde la matière, on veillait à parvenir à l'expressionla plus concise possible, ce que Rabbi fera lui-même, mais les auditeursavaient entendu le détail dont cette concision était un résumé; ils notaient seulement des points de repère (simanim) qui étaientdes moyens mnémotechniques. 

Il est clair que, si ce système pédagogique développela mémoire et assure la transmission dans une situation historiquestable, la transmission est en péril dès qu'il y aun arrêt temporaire de la transmission directe et de sa vérification: il n'y a plus alors de traces tangibles et elles ne sont plus guèrecompréhensibles pour un lecteur extérieur.

Le Chla dit que "Rabbi se trouva face à 600 corpus déjàconstitués" :
qodém rabbi hayou chéche méote sidréïmichna.

Le traité 'Haguiga 14 parle même de 700 traditions. 

Il faut bien réaliser l'immensité de ce savoir juif trèsprécis qui était alors totalement mémorisé.
 
 

La mise en ordre d'un fond commun

Rabbi "mit un ordre dans ces michnayotes" (sidér michnayote)en se conformant à plusieurs principes. 

Il établit 13 classes de méthodes différentes dansles traditions et les enseigna à Ribbi 'Hiya. Constatant la rapiditéde la perte d'information, de compréhension et de mémorisationet la diversification des enseignements, il se résolut àorganiser et rédiger la tradition orale pour que tous les Maîtresaient un fond commun qu'ils enseigneraient d'un plein accord (péé'had, d'une seule bouche) et dans une même langue, defaçon à ce que sur l'essentiel on revienne à ce quiétait jadis :
bité'hila lo hayéta ma'hloqéte béyisrael
auparavant où il n'y avait pas de dissensions en Yisrael.

Il y avait, certes, des discussions vives et nombreuses et des enseignementsréputés pour leur brièveté ou leur longueurmais, en général, chacun connaissait les autres traditionset savait distinguer l'essentiel du particulier, et les divergences nebrisaient pas l'unité de compréhension.
 
 

La méthode de rédaction

Rabbi tenta d'abord d'éclaircir les traditions qu'il recueillait,de les raccourcir (biér véqitsér), de raccourcirles expressions (qotsér miline), de les classer par thèmes. 

Mais il ne voulut pas détruire les habitudes admises par lesméthodes diverses de mémorisation basées soit surla proximité du sens ou des thèmes (mitsad hannossé),soit simplement par le même nom d’auteur d’enseignements trèsdifférents (mitsad hamédabbér). 

Il adopta finalement un système mixte qui explique le caractèreparfois insolite de la succession des textes. De plus, il fit plusieursrédactions successives, les juxtaposa et ne les synthétisapas ni n'en donna d'explication. Sa méthode était qu'aucundes mots qu'il employait n'était superflu (éïn bomila lévatela).

Enfin, Rabbi intégra telles quelles, sous leur forme connue,des traditions qui étaient tellement "admises par tous ou par laplupart" (mouskam lé kama 'hakhamim) qu'elles ne portaientplus le nom de leur formulateur et que Rabbi transmit au nom de tous (onles nomme alors : divréï 'hakhamim (paroles des Sages); généralement ces michnayotes ne comportent que leur résumé,sans rapporter en même temps toutes les discussions dues aux divergencesd'opinion (makhloqote, au pluriel ; makhloqéte, ausingulier) ou les commentaires qui ont pu les accompagner ; elles fournissentpresque toujours la halakha (qui, le plus souvent, vient de la traditionde Ribbi Méïr, et qui est nommée alors stam ou,au pluriel michnayote setoumote). Ces michnayotes sont donc assuméespar l’autorité de Rabbi qui, ne nommant pas une source particulière,assure qu’on peut y éviter toute discussion superflue.
 
 

Adjonctions à la halakha "stam"

D'autres fois, Rabbi a constaté qu'il y avait divergence ou contestationentre les traditions des Sages que chacun, cependant, avait recueilli dela bouche de son maître et qui pouvaient ainsi remonter jusqu'àMoshé Rabbénou. 

Dans ces cas, il choisit de rapporter ces traditions en indiquant lenom du Sage qui en était porteur, non seulement par objectivitémais parce que Rabbi tenait compte de cette vérité importanteque chaque tanna (enseignant majeur) transmet une tradition et que,sur cette base, il est habilité à contester les autres enseignementset à en débattre, compétence qui ne sera plus l’apanaged’aucun après ces grands (hormis Ribbi 'Hiya et Rav).
 
 

C'est ainsi que Rabbi a joint à la halakha stam des traditionsspécifiques formulées par :

• un seul grand Maître qu'il nomme et qui conteste latradition admise ou apporte un éclairage différent ; dansce cas, il ouvre cette adjonction par "Ribbi Untel a dit" (en hébreu: Ribbi ploni amar). On parle alors d'une discussion entre "un seulet un seul" ou ma'hloqéte ya'hid vé ha'hid. S'il s'agissaitd'une simple référence à un auteur, Rabbi mettaitles mots dans un autre ordre, avec le verbe au commencement de l'expression: amar Ribbi ploni comme à la 4e ligne de la page 2 b deBaba Qama : amar Rav Papa.

• une suite de plusieurs Sages qui discutent ou contestent individuellement,par exemple : Ribbi Âqiva omér... Ribbi Yéhoudaomér, etc.

• tout un groupe de Sages qui contestent ; l'expression qui l'indiquesera alors :
'hakhamim omérim lo kédéribbi zé vélo kédéribbi zé 
les Sages disent non comme ce rabbi-ci et non comme ce rabbi-là.

Règles pour détecter les traditions

Des règles permettent aussi de savoir selon qui est la halakhaquand il y a une succession de plusieurs traditions :

• quand il y a à la fois un avis dit stam (c'est-à-direun avis formulé sans référence nominale à l'auteur)et une discussion entre une michna et une béraïta, que le stamsoit dans l'une ou dans l'autre, la halakha est selon le stam ;

• quand il y a simplement un avis stam dans la michna, la halakhava en son sens ;

• quand une michna stam est suivie par une autre stamégalement, mais qui est soutenue par un ensemble de rabbis, c'estcelle-ci qui est retenue, selon le principe stama dérabim âdif;

• quand il y a une michna stam puis une michna de rabbanane groupées,la halakha est selon le groupe (Chéérite Yossef , p. 23 a);

• quand une halakha stam est suivie de discussion, la halakhane va pas selon le stam ;

• quand il y a d'abord une discussion suivie d'une halakha stam, la halakha retenue est selon le stam .

Le langage de la michna

Selon Halikhote Ôlam, Rabbi a tenu à formuler sacollection de textes dans le langage le plus concis (lachone qétsara)et le plus clair (safa béroura), le plus pur et le plus beau(lachone tsa'h), pour en faciliter la connaissance et l'apprentissagemémorisés par chaque génération à venir. 

En ce sens, Rachi (Erouvine 21 b) dit que la michna rend explicite laTorah, qui est pleine de sens cachés, et qu'elle est plus expliciteque la Torah.
 
 

Le Chla, dans Torah ché bé âl pé,dit que Rabbi
omér méâte vécolél harbé
parle peu et rassemble beaucoup.
 
 

Mais la forme composite du texte final pose des problèmes auxcommentateurs, qui se demandent si les changements de style sont simplementdûs à ce que nous venons de dire ou s'ils veulent égalementvéhiculer un sens : 
ce sera, par exemple, la première question des tossafotes surle début de Baba Qama ; en particulier, si le manque de précisiony a sens.
 
 

Rav Achi se retrouva dans la même position face aux questionsde méthode quand il résolut d'entreprendre la rédactiondu talmud.
 
 
 

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