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Le Lév Gompers
De la Torah à la Michna 

par Yehoshua Ra'hamim Dufour
http://www.modia.org


(veiller à mémoriser les dates et phrases hébraïques)

Importance de la michna

Dans l'étude du Talmud, beaucoup d'étudiants s'impatientent quand l'enseignant prend du temps pour analyser la michna car ils y voient seulement une énumération préalable ou une table des matières, ils pensent l'avoir immédiatement comprise et veulent courir vers la guémara qui, seule, donnerait le sens et serait, seule, digne de nombreuses recherches et réflexions. 
 
 

L'erreur de cette démarche apparaîtra facilement en prenant en considération les dix points suivants :

1. La michna veut dire "l'enseignement" en hébreu ; elle est donc matière à enseignement.

2. Le Chla, à la suite de Nahmanide, le Rambane, dit que la michna est le cœur de la volonté ou du désir du Roi (rétsone hammélékh).

3. La michna est proche du Roi, comme son serviteur principal (michné).

4. Cette proximité et cette intériorité sont exprimées également par le fait que le mot michna est composé des mêmes quatre lettres que le mot néchama, l'âme.

5. La michna est aussi nommée chalom, paix, qui est un des noms de D-ieu. 

6. Des textes disent que la michna aurait même été créée avant la Torah écrite : michna qodém la miqra.

7. Des textes disent que D-ieu est occupé à l'étude de la Torah pendant le jour, et à l'étude de la michna pendant la nuit.

8. Le Chla montre comment la michna est la couronne de la Torah (kétér Torah), qui donne au peuple d'Israël les voies détaillées pour réussir la guéoula, libération et transformation radicale qui sauve.

9. La michna est l'une des trois composantes inséparables de l'étude, Torah, michna, guémara, auxquelles il faut accorder à chacune le 1/3 de l'étude. Cependant, selon son être personnel, chacun est plus proche de l'une ou de l'autre.

10. La michna est l'armature interne la plus solide que puisse espérer l'homme :
âmoud barzél michna
"la michna est une colonne de fer" (Vayiqra Rabba 21, 4).
 
 

Ainsi, le sentiment d'évidence et l’assurance de savoir constituent les obstacles les plus redoutables dans l'étude car ils rendent aveugles sur les manques, enlèvent la curiosité et l'appétit, font sortir du processus de dévoilement progressif de la Torah, qui exige le temps.
 
 

Pour tous ces motifs, on n'ajoute rien à la michna et on n'en retranche rien :
éïn léossif âléhém o ligroâ méhém.
 
 

En conclusion, l'étudiant devra donc appliquer à la michna toutes les règles d'analyse exposées dans le Lév Gompers (pensée personnelle préalable, recherche des structures, analyse de la langue, recherche des questions personnelles sur le texte), avant d'aller étudier les commentaires.
 
 

Les précurseurs de la rédaction de la michna

La michna avait été donnée au Sinaï à Moshé Rabbénou avec la Torah lors du matane Torah, don de la Torah en l'an 2448, dit de la création du monde (environ 1300 ans avant l'ère actuelle). 

Voir la chronologie abrégée et traditionnelle de la transmission de la Torah.

Depuis Moshé Rabbénou (2448) jusqu'à Hillel Hazzaqén (3768 ou an 8), on enseignait la michna. 

Beaucoup de grands Sages avaient tenté de composer des recueils des différentes traditions "avant Ribbi Yéhouda Hannassi" (qodém Rabbi), nommé aussi Hamé'habér, le rédacteur, ou Rabbi, ou Rabbénou Haqqadoche parce qu'il vécut dans la plus grande pureté jusque dans ses gestes les plus intimes. 
 
 

Ribbi Yéhouda Hannassi a organisé ces traditions d'abord de manière à faciliter la mémorisation, sans que cet ordre ne corresponde à notre conception actuelle des encyclopédies thématiques.
 
 

Ribbi Âqiva avait entrepris le recueil et la classification de toutes les traditions, et il était le Maître des plus grands au nom desquels diverses traditions seront rapportées ensuite :
koulehou aliba déribbi Âqiva
toutes sont de Ribbi Âqiva.235
 
 

Jusqu'à la destruction du Temple ('horbane béit hammiqdache), il y avait certes des traditions multiples mais
lo hayéta ma'hloqéte béïnéhém
il n'y avait pas de dissensions dans les discussions entre eux.
 
 

Les phénomènes d'oubli

Puis, le Temple fut détruit et le Sanhédrine partit pour Yavné avec les yéchivotes et il erra en dix pérégrinations, de ville en ville. Non seulement l'arrêt de la pratique des mitsvotes liées au Temple créa une perte (héfséd) considérable des traditions, mais c'est surtout le traumatisme de cette destruction qui entraîna la perte de nombre de traditions, la perte du rapport entre l'essentiel et l'accessoire, la perte du point commun qui unissait des traditions différentes.

A cause de l'écart entre l'origine divine de la Torah et la nature humaine, et aussi en raison des grandes catastrophes, la tradition avait toujours été confrontée à ces phénomènes d'oubli ; ainsi, Moshé Rabbénou lui-même affronta ce phénomène de l'incertitude237, de la perte des connaissances sous l'effet de la colère (voir Rachi sur Bamidbar 31, 21) ; Yehoshua (Josué), son disciple, et les autres Sages, sous l'effet de la douleur éprouvée à la mort du Maître, oublièrent 300 règles ou 700 règles ou 3000 règles qu'ils avaient reçues (Témoura 15-16).

Un autre processus mettait en péril la connaissance. Les plus grands Maîtres reconnaissaient humblement que les capacités de connaissance baissaient de génération en génération (contrairement à ce qu'en dit le concept moderne de "progrès" dans la connaissance).

Rachi (sur Erouvine 21 b) dit que la compréhension se rétrécissait et qu'ils oubliaient : nitmeâte hallév véchakhé'hou

Maïmonide n'accepte pas cette présentation de l'Histoire et déclare sans ambages qu'il n'y a jamais eu de discussions et dissensions causées par un soi-disant oubli quand il s'agit de questions essentielles, hormis peut-être la question des sonneries du Chofar.

Quoi qu'il en soit, il reste que les grandes Écoles ou yéchivotes s'établirent sans parvenir à unifier leur enseignement et évoluèrent parfois vers de regrettables dissensions. Le manque réciproque de respect envers les divergences ou envers le degré apparent de pratique déclencha d'immenses épidémies mortelles qui décimèrent les rangs des Sages entre Pessa'h et le 33e jour de l'Ômer. 

Le doute s'installa sur la validité du nombre d'enseignements ou sur leur justesse. Les grands Maîtres examinèrent alors toutes les traditions pour préciser quelle était la formulation juste (hannossa'h hannakhone) et on essaya d'aboutir à la formulation la plus succincte et la plus dense de cette formulation, à l'établissement de règles, par exemple celle qui consiste à citer de qui vient l'enseignement, à préciser le nom du Rabbi ou le nom de sa méthode : zé chitate mi, c'est la méthode de qui ?.
 
 
 

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