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Lév Gompers |
A Paris,
un enseignement et un texte
émouvant:
Grande cérémonie d’hommage
au Grand Rabbin de Jérusalem Rav Chalom Messas Zatsal, en la synagogue
des Tournelles, Dimanche 18 Mai 2003.
Avec la disparition du Grand Rabbin de Jérusalem,
Rabbi Chalom Messas Zatsal, une véritable onde de choc a traversé
le peuple juif d’orient en occident. Ainsi, en Israël, à
Jérusalem, Bné Brak, Achdod et Holon, en France, à
Paris et Strasbourg, au Maroc, à Casablanca et Meknes et enfin
au Canada, à Montréal, les communautés juives se
sont rassemblées en grand nombre pour commémorer la personnalité
qui nous a quitté. La famille Messas a reçu des milliers
de lettres de condoléances et de marques de sympathie. Depuis le
coup de fil du Président Jacques Chirac au Grand Rabbin de Paris
Rav David Messas, à la visite du Président de l’Etat d’Israël
Moché Katsav au domicile du Rav Chalom Messas à Jérusalem
pendant les Shiv’a, à la lettre du Premier Ministre de l’Etat d’Israël
Ariel Sharon, dans laquelle il confère à Rabbi Chalom Messas
une stature de personnage historique du peuple juif. Mais, au delà
de toutes ces marques de soutien, c’est la présence du Rav Ovadia
Yossef à chacune des occasions importantes du deuil qui a marqué
la famille et l’ensemble de la communauté juive religieuse à
travers le monde. Le Rav Yossef Chlita assista à la lévaya,
à l’enterrement, vint au domicile pour présenter les condoléances
à la famille et fut la personnalité marquante des Chlochim
à Jérusalem.
Le Rav Chalom Messas était cet être d’exception qui sut tout réussir dans sa vie et qui
semblait avoir vaincu la mort elle même. Sa seule présence
était pour tous un véritable témoignage de la
présence de D. sur terre. Partout les plus hautes autorités
rabbiniques insistèrent sur les différents traits de sa
personnalité afin que celle-ci reste pour nous une source d’enseignement
intarissable. A une époque où le mal semble gagner de plus
en plus de terrain et où la vérité, le bien et la
justice deviennent de plus en plus des vues de l’esprit, je pense qu’il
est rassurant et réconfortant de savoir qu’il existait jusqu’à
présent en ce monde un être juste pure et sacré.
Il semble qu’un événement hors du commun
vienne de se dérouler sous nos yeux ce Dimanche 18 Mai à
Paris. Voilà que plus de trois milles personnes se sont réunies
au beau milieu d’un bel après midi de repos pour venir écouter
des Rabbanim de France et d’Israël parler d’une personnalité
rabbinique qui vient de nous quitter et qui a marquer son temps. Le Rabbinat
a été au centre de cette journée. La piété
et le recueillement ont envahi les cœurs un instant. Nous avons tous
été extirpé du moment présent pour être
plongé dans un temps éternel, celui des vraies valeurs,
celui de la vérité éternelle. La soirée
débuta par une lecture de Psaumes qui tout de suite plongea l’assemblée
dans une atmosphère de recueillement et d’introspection. Puis vint
la prière de Min’ha, suivie par une intervention du Grand Rabbin
Touitou, Rabbin de la communauté des Tournelles. Le Grand Rabbin
Touitou remarqua qu’il régnait dans la synagogue une ambiance de
Kipour. Emu, il déclara que c’était un grand honneur pour
la communauté des Tournelles d’avoir été choisie
pour accueillir cette cérémonie. Puis le Grand Rabbin
Touitou rappela que la Grand Rabbin Messas savait créer avec
tout un chacun une relation privilégiée, une relation familiale.
Il se souvint qu’il y a de cela quatre ans, alors que le Rav ne voulait
plus quitter Jérusalem, il l’avait, malgré cette réticence,
invité à célébrer le mariage de son fils dans
un kibouts distant de plusieurs dizaines de kilomètres de Jérusalem.
Il raconta que le Rav Messas lui dit alors : « Pour toi j’y
vais ». Il ajouta qu’à chaque fois que le Rav Chalom Messas
rencontrait quelqu’un, il l’asseyait à ses cotés et chantait
car, dit le Grand Rabbin Touitou, la vie du Rav c’était montrer
qu’à chaque instant la présence de D. doit être ressentie
pleinement par le chant et par l’émotion religieuse. Le Rav Chalom
Messas, conclut le Grand Rabbin Touitou, arrivait à faire sentir
le moment présent comme un moment divin sur terre, il était
un homme de douceur et en même temps un homme de halakha qui savait
défendre comme il se doit les valeurs de la Torah.
Le Grand Rabbin
René Samuel Sirat
commença ses propos en citant une sentence de nos sages :
« Lorsqu’un Talmid Haham est rappelé à D. tous les
membres de la communautés sont ses proches parents et doivent porter
le deuil. Il ajouta : « toute la communauté de Jérusalem,
toute la communauté d’Israël, la communauté de Paris
et l’ensemble des communautés juives du Canada sont en deuil. Nous
sommes tous orphelins d’une autorité rabbinique hors du commun ».
Le Grand Rabbin Sirat tint à exprimer sa reconnaissance publiquement
au Rav Chalom Messas pour l’honneur qu’il lui avait fait alors qu’il venait
d’être élu Grand Rabbin de France. Il rappela que le Rav
Messas l’avait invité à son domicile pour un repas « qui
devint un véritable festin » à l’occasion de son élection
au poste de Grand Rabbin de France ; repas auquel furent invité
tout ce que Jérusalem comptait de Rabbanim et responsables
religieux de premier ordre. Le Grand Rabbin Sirat déclara :
« J’étais particulièrement écrasé par
l’honneur immense qui m’avait été fait ce jour là.
Je me rendais bien compte que l’affection personnelle qu’il voulait bien
me prodiguer trouvait là son expression la plus belle, la plus
digne, la plus élevée. Je lui portai beaucoup de déférence,
une amitié respectueuse et il me le rendait au centuple. C’est
pourquoi j’ai ressenti et je ressens encore aujourd’hui sa disparition
comme un grand chagrin, comme un grand vide. Et même s’il était
avancé en âge, nous sommes tous stupéfaits par ce
malheur qui a frappé la famille d’abord, mais aussi la grande famille,
c’est à dire l’ensemble de la communauté. Oui, effectivement
nous avons perdu un grand homme, nous avons perdu un Grand Rabbin ».
Puis, le Grand Rabbin Sirat expliqua que le Grand Rabbin Chalom Messas
avait réussi à faire en lui la synthèse de la proximité
avec autrui avec la piété et la sainteté. Il cita
un enseignement du Rabbi de Kots sur le verset : « Et vous serez
pour moi des hommes de sainteté ». Le Rabbi de Kots remarquait
que les termes « hommes » et « sainteté » semblaient
antinomiques ; que la sainteté était l’apanage de D.
et des anges et qu’elle pouvait difficilement être détenue
par le genre humain. Et le Rabbi de Kots expliquait que la Torah
nous enseignait par là que lorsque l’homme agit en tant qu’homme,
il doit d’aspirer à la sainteté. Mais à l’opposé,
lorsque l’homme se comporte en tant que « saint », en tant que
Rabbin ou enseignant, comme celui qui montre l’exemple à l’ensemble
de la communauté, il ne doit pas oublier la dimension humaine et
doit toujours en tenir compte en toute circonstance. Le Grand Rabbin ajouta :
« S
Le Grand Rabbin
Sitruk prit ensuite
la parole. Le Grand Rabbin s’excusa de ne pouvoir nommer trous les Rabbins
présents mais tint à saluer particulièrement la présence
du Grand Rabbin Chelomo Moché Amar, Grand Rabbin d’Israël.
Il rappela que c’était là sa première visite à
Paris depuis sa nouvelle prise de fonction. Il ajouta que cette présence
à elle seule prouvait l’estime dans laquelle était tenue
le Grand Rabbin Chalom Messas par l’ensemble du rabbinat à travers
le monde. Le Rav Sitruk continua en remarquant qu’à ses cotés
se trouvait le Grand Rabbin Méïr Israël Lau, ancien Grand
Rabbin d’Israël et que lui aussi avait tenu à se déplacer
afin de montrer que cet événement
dépassait largement le cadre familial. Puis le Grand Rabbin Sitruk
dit : « J’ai le sentiment que ce soir, les mots réduisent
plus qu’ils n’expriment. Je crois que le Grand Rabbin à fait son
Hesped, son oraison, seul. Il n’avait besoin de personne pour dire
sa grandeur. Et moi, je n’aurai qu’un mot, il n’y a qu’à voir qui
est là, et voilà tout est dit ». Le Grand Rabbin Sitruk
évoqua par la suite quelques aspects de la personnalité
du Rav Chalom Messas Zatsal : « Voilà qui était
le Rav Chalom Messas, un immense ha’ham, sage de la Torah. On aurait
pu l’imaginer seul face à ses livres nécessairement coupé
de la grande communauté d’Israël. Il a cependant réussi
ce que peu d’hommes réussissent à faire dans leur vie :
être prés de D. et prés des hommes. Au point que son
départ, ressentie comme une joie dans le monde d’en haut est perçu
comme une douleur dans le monde d’en bas ». Puis le Grand Rabbin
Sitruk évoqua la sainteté qui caractérisait le Rav
Chalom Messas : « Les Malakhim, les anges ont gagné.
Il est vrai le combat était inégal. Ils avaient tant
d’arguments à faire valoir devant l’Eternel
Puis vint un
hommage vibrant rendu à la Rabbanit Jamila Messas épouse
du Rav : « Je suis extrêmement ému
par une présence ici, celle de son épouse, la Rabbanit.
Ils formaient un couple merveilleux, uni. On ne voyait jamais l’un sans
l’autre. Et je sais quel sentiment de solitude elle doit ressentir aujourd’hui
malgré la grand foule qui l’entoure. Je voudrai simplement qu’elle
sache combien nous tous tenons à sa présence. Echet Haver
Kehaver : « L’épouse d’un sage de la Torah est comme
lui ». Nous voulons vous honorer madame, comme nous avons honorer
votre mari Zatsal. Et ne l’oubliez pas, vous êtes une maman, une
grand maman, une arrière grand maman adulée par ses enfants
qui ont besoin de vous. Comme vous avez été courageuse avec
votre mari pendant tant d’années, restez le encore. Je sais de
vous simplement une chose, le Grand rabbin ne quittait jamais ses livres
et c’est vous, vers trois ou quatre heures du matin qui allait lui rappeler
que l’heure était bien avancée. Cette extraordinaire attention
à veiller à sa santé, à vouloir le protéger,
n’est-ce pas là le plus bel acte d’amour d’une femme à l’égard
de son époux ».
Le Rav Sitruk
reprit ensuite l’évocation de la personnalité du Rav.
Il rappela que Rabbi Chalom Zatsal ne vivait que par l’étude de
la Torah. Il souligna que cette étude était farouchement
orientée vers le peuple juif Le Grand Rabbin Sitruk rappela ensuite que le Grand Rabbin Chalom Messas
était un décisionnaire halakhique mondialement respecté et qu’il utilisait cette force pour trouver des solutions
aux problèmes les plus complexes de son temps: « Il était parmi tous les rabbanim,
un homme respecté, car on savait que lorsqu’il donnait une halakha,
une loi, ce n’était jamais à la légère, qu’il
avait pensé, pesé, réfléchit et
mesuré sa décision. Les plus grands poskim, les plus grands décisionnaires de notre époque considéraient
chacune de ses décisions comme digne de respect et de considération. Il essayait toujours de trouver dans les cas les plus douloureux,
la solution compatible avec la halakha qui permettrait à
quelqu’un de
mieux vivre son judaïsme ». Le Rav Yossef Sitruk continua son propos en évoquant
l’amour sans limite que portait le Rav Chalom Messas à l’ensemble
du peuple juif : « Toujours
cet amour pour le peuple d’Israël. Aujourd’hui on le lui rend faiblement.
Vous ne pouvez pas vous imaginer combien il vous a aimé, sans même vous connaître. Quand il était informé
d’un cas douloureux, il passait des nuits à réfléchir
pour trouver une solution à ce cas, souvent sans connaître la personne
en souffrance. Quelle marque d’amour infinie ». Le Rav Sitruk évoqua ensuite ce qu’il considérait être
le caractère spécifique
et unique du Rav Chalom Messas Zatsal : « Aujourd’hui lorsque l’on veut trouver l’aspect
unique du Rav Chalom Messas, je dirai tout d’abord que c’était
le dernier représentant des Grands rabbanim du Maroc, émanant d’une lignée qui remonte à des siècles. De plus, il était proche de nous, de
tous les fidèles d’origine
marocaine, de tous les francophones. Il était certainement le plus
grand possek francophone au monde et à
ce titre il avait pour nous une valeur unique ». Puis vint le mot du coeur à Rabbi David Messas et l’affirmation que l’héritage
spirituelle de Rabbi Chalom Messas, le Grand Rabbin de Jérusalem, son père, lui revient : « Et je voudrai dire à mon ami, le Grand Rabbin
David Messas qu’il a hérité de son père, entre autre,
cette gentillesse, cette affection pour tous les juifs. Vous êtes celui qui porte le flambeau. Et je suis sur que votre père, là où
il est très fier de vous, comme de tous ses enfants. Et Rabbi
David, c’est lui qui est prédestiné à porter à
son tour le flambeau. Il faut être courageux et
mesurer le poids qui repose sur vos épaules et comprendre combien
l’héritage spirituel de votre
père vous reviens. Et demain, il faudra faire vivre, de façon plus pertinente encore, les idéaux qui étaient les siens. Je
sais que vous en êtes
largement capable ». Le Grand
Rabbin Sitruk ajouta
que Rabbi Chalom Zatsal était un homme de vérité : «
A coté de cela, il y avait en lui cette extraordinaire objectivité. Pourquoi aimons nous les rabbins ? C’est parce qu’ils cherchent la vérité. Le Emeth,
la vérité est une donnée très difficile à
trouver. Elle est extrêmement difficile à expliquer et qui
parfois fait mal.
Alors il faut du courage pour aller
la chercher,
du courage pour
l’exprimer, du courage pour la vivre ». Le Rav Sitruk rappela, au détour d’un passage du Talmud, la différence entre le pouvoir,
l’avoir et l’être :
« Le Talmud
dans le traité Horayot (13) pose le dilemme suivant : Si des terroristes (pour reprendre une terminologie
contemporaine) font prisonniers un roi et un rabbin,
le rav doit être sauver prioritairement. Evidemment, on pourrait être
tenté de croire que les rabbins qui ont rédigé le
Talmud cherchent à se protéger. Rassurez vous ceux ci avaient le sens
de la responsabilité
et savaient l’importance de leur dirigeant que
l’on appelait à l’époque mélekh, roi. Le Talmud explique alors : Un roi meurt, toute personne en Israël peut le remplacer. - Tous les juifs sont aptes à être des
rois, n’est-ce pas ? -
Lorsqu’un sage de la Torah disparaît,
il n’y a pas
d’autres comme lui. Ici est exprimé par cette halakha la
différence entre le pouvoir et l’être.
Avoir est du
domaine de chacun. Etre quelqu’un , c’est le travail de toute une vie.
L’homme n’emporte jamais ce qu’il
a, il emporte toujours ce qu’il est ». Suivi à cela une prière pour qu’émerge prochainement une
personnalité rabbinique de premier plan afin que soit perpétuer
l’œuvre du tsadik : « …dans l’espoir que s’accomplisse à son sujet ce que dit la Torah :
Lorsqu’un soleil se couche un autre se lève. On ne sait pas où, dans le peuple juif, est né un enfant, peut être déjà adulte qui aura la valeur
de Rabbi Chalom, pour que le peuple juif ne reste pas orphelin. Cette prière doit être
de nature à nous rapprocher
les uns les autres, à nous amener à plus d’unité
encore et à réaliser qu’autour de nos rabbanim,
nous sommes autour de nos valeurs, de notre être ». La conclusion fut consacrée à une exhortation
à plus de ferveur religieuse et à l’intériorisation des enseignements du Rav
afin que sa mémoire reste à jamais vivante en nos cœurs : « Et en hommage pour notre Grand Rabbin, que tous les
juifs ici présents prennent l’engagement de faire une mitsva
de plus ;
qui étudiera quelques minutes de plus par jour, récitera
quelques téhilim, accomplira mieux une mitsva
en souvenir du Grand Rabbin.
C’est ainsi que les tsadikim restent pour nous éternels,
parce que leurs œuvres sont éternelles. Cette cérémonie ne se terminera jamais.
Elle aura certes une fin dans quelques instants mais le tsadik
continuera à vivre parmi nous et puisse chacun d’entre nous capter, telle une antenne, les ondes qui émanent de lui et faire en sorte
que tous ensemble nous soyons capables de le rendre éternel. Amen ». Le Grand Rabbin
d’Israël, Rav Chelomo Moché Amar
fut invité à prendre la parole. Après les salutations
d’usage, le Rav Amar commença son propos par un verset des Psaumes
dans lequel le Roi David dit : « On le l’élèvera
dans l’assemblée du peuple et on le louera dans les réunions
des sages ». Le Rav Amar expliqua que certaines personnes sont respectées
par le peuple par leur attention envers tout un chacun, la beauté
de leur discours, de leur verbe, et leur charisme. Cependant ces personnes
ne sont pas toujours reconnues comme d’éminents sages de la Torah
parmi les grands de la génération, car leur érudition
en Torah n’est pas du niveau des plus grands de leur temps. A l’opposé,
nous dit le Rav Amar, il existe certains rabbanim qui font l’unanimité
au prés des érudits de la Torah, par leur science et leur
grandeur dans l’étude de la Torah. Mais cette fois, c’est le peuple
qui ne voit pas en eux des personnalités de premier ordre, car
ceux-ci ne savent pas parler aux masses et n’arrivent pas à communiquer
correctement avec le plus grand nombre. Rares sont ceux qui font l’unanimité,
qui sont reconnus par le peuple comme étant de grandes personnalité
rabbiniques et sont en même temps considérés par les
érudits de la Torah comme des références incontestées.
Rares sont ceux qui sont « élever par le peuple » et
aussi « louer dans les réunions des sages ». Le Rav Chelomo
Moché Amar conclut le Rav Chalom Messas sut être adulé
et respecté par les masses par sa simplicité, par l’attention
qu’il sut porter à chacun, par le regard lumineux qu’il avait pour
tous, par les mots de réconfort qu’il savait adresser à
ceux qui se trouvaient dans la détresse. Mais il sut aussi être
profondément respecté par la communauté rabbinique
mondiale qui avait reconnu sa puissance dans l’étude de la Torah,
son assiduité à l’étude, sa piété et
sa droiture. Il ajouta : « Il était reconnu par tous
les juges rabbiniques à travers le monde comme un décisionnaire
de premier plan, dans tous les domaines de la Torah. Des questions lui
étaient adressées des quatre coins de la terre. Ses responsa
lui ont acquis une renommée prestigieuse ». Par ailleurs le
Rav Chelomo Amar vit dans ce verset un autre enseignement en rapport avec
la personnalité du Rav Chalom Messas Zatsal. Il expliqua que parfois
c’est la communauté qui confère à son Rabbin ses
titres de noblesse. Il arrive aussi que le contraire se produise, qu’un
Rabbin soit à l’origine du prestige de sa communauté. Il
en est ainsi pour le Rav Chalom Messas. Le Rav Amar rappela qu’il fut
un temps où il était de bon ton de penser que la communauté
juive marocaine avait cessé d’être un vivier dans lequel
d’éminents sages de la Torah pouvaient émerger. Que cette
communauté n’avait plus aucun espoir de produire des maîtres
perpétuant la lignée prestigieuse des sages du Maroc des
générations passées. Des l’arrivée de Rabbi
Chalom Messas à Jérusalem, ce dénigrement cessa.
Les ouvrages de Rabbi Chalom, les propos qu’il tenait, les décisions
qu’il rendait lui ont acquis une renommée hors du commun parmi
les grands de la génération. Cela a donné alors lustre
et gloire à notre communauté. « Il a été
loué par l’assemblée du peuple ». « Mais, continua
Rav Amar, cela ne s’arrêta
pas là. Rabbi Chalom Messas sut encourager la jeune génération
d’étudiants de la Torah. Il donnait de la force aux jeunes rabbins,
parfois même à de simples adolescents qui écrivaient
des commentaires sur le Talmud ou qui s’essayaient à la rédaction
de décisions halakhiques, et qui parfois publiaient des ouvrages
de Torah. Ils les « embrassait », les honorait, leur écrivait
des mots qui réchauffent le cœur, qui poussent l’homme a aller
de l’avant et à progresser plus encore. Il élevait, renforçait,
magnifiait les jeunes étudiants de la Torah afin de les encourager
à persévérer dans leur voie. « Il était
louer parmi les sages ». Les sages de la Torah n’avaient pas de mots
pour exprimer leur reconnaissance à son égard. Si Rabbi
Chalom a pu faire cela, nous dit le Rav Amar, c’est tout d’abord par son
amour de l’étude de la Torah par les efforts surhumains qu’il produisait
pour la découvrir et l’approfondire. Mais aussi par la manière
exceptionnelle avec laquelle il dirigea les communautés dont il
avait la charge. Il sut toujours préserver la paix et la concorde.
Même lorsqu’il arriva à Jérusalem, ville riche en
rabbins, grands rabbins, en castes religieuses de toutes sortes, il sut
rester toujours en dehors de toutes les disputes. Il sut rester fidèle
à son nom CHALOM, à la paix qui le caractérisait
si bien. Il sut préserver Jérusalem des disputes stériles
et faire régner, des années durant, la paix et la sérénité.
Visiblement ému, le Rav Chelomo Amar exhorta l’assemblée
a plus de ferveur religieuse. Il expliqua que de son vivant le Rav Chalom
Messas protégeait le peuple juif grâce à sa Torah,
à sa droiture à sa prière. Désormais, afin
de ne pas laisser l’espace vide, il faut, dit le Grand Rabbin d’Israël,
que chacun d’entre nous décide d’être meilleur encore, de
faire de nouvelles mitsvot, d’étudier plus la Torah, d’être
plus proche encore de ceux qui souffrent, de s’efforcer de mieux prier.
Les Rabbins se d’étudier la Torah avec plus d’intensité
et de profondeur. Il faut aussi que de nouveaux décisionnaires
émergent afin de ne pas laisser sans réponses ceux qui souffrent.
Ces dayanim ne doivent pas se agir sans préparation, ils
doivent s’investir dans l’étude avec force afin que leurs décisions
soient justes vraies et reconnues par l’ensemble des rabbanim à
travers le monde. Le Rav Chelom Amar conclut ses propos par une prière.
Il demanda à Rabbi Chalom d’intercéder en faveur de son
épouse la Rabbanite, de sa famille et de tout le peuple d’Israël
en la période particulièrement difficile qu’il traverse.
« Que D. se lève du trône de la rigueur pour s’asseoir
sur le trône de la clémence et qu’ainsi cesse toutes les
souffrances du peuple juif. Amen ».
Ce fut le tour
du Rav Méïr Israël Lau de prendre la parole.Ancien
Grand Rabbin Askénaze d’Israël, sa présence à
Paris pour cette cérémonie prouve combien Rabbi Chalom sut
être aimé et respecté par l’ensemble des composantes
du peuple juif. Le Rav Lau expliqua que c’est la valeur intrinsèque
d’une personne qui importe, plus encore que ce qu’elle peut réaliser
au cours de sa vie. Ainsi, au delà de toues les réalisations,
de l’érudition , des qualités littéraires, du
travail communautaire etc.. ce qui importe c’est la nature de profonde
de l’être. La Rav illustra ce propos à partir d’un texte
du Talmud (Bérakhot 3b). On y lit qu’au cours d’un de ses voyages,
Rabbi Yossi dut s’arrêter sur le chemin pour prier. Il trouva une
maison en ruine, y entra, et y pria. Il remarqua au cours de sa prière
que le prophète Eliahou se tenait à la porte et l’attendait.
A la fin de prière, celui-ci se présenta à lui et
le salua. Rabbi Yossi lui rendit son salut. Le prophète Elie lui
demanda alors : « Mon fils pourquoi es tu entré dans
cette ruine ? » Rabbi Yossi répondit « Pour y prier ».
Le prophète Elie lui dit alors : « Tu aurais du prier
en chemin ». Rabbi Yossi expliqua qu’il avait eu peur que les passants
sur le chemin l’interrompent et l’empêchent de prier correctement.
« Tu aurais du faire une prière courte » lui répondit
le prophète. Suite à cette anecdote Rabbi Yossi déclara :
« J’ai appris du prophète Elie, trois choses : qu’on
ne doit pas entrer dans une ruine, que l’on peut prier sur le chemin,
que celui qui prie sur le chemin doit faire une prière raccourcie.».
Le Rav Landau de Prague, auteur du Noda Byhouda, remarque que le
prophète Elie n’a livré que deux enseignements à
Rabbi Yossi : « Tu aurai du prier sur le chemin » et « Tu
aurai du faire une prière raccourcie ». Concernant l’interdiction
d’entrer dans une maison en ruine, il lui a seulement demandé « Pourquoi
es tu entré dans une maison en ruine ». Il ne le lui a pas
reproché ni interdit. Il explique que Rabbi Yossi n’a pas entendu
cet enseignement du prophète Elie, mais il l’a appris de sa manière
d’être et son comportement. Le prophète n’est pas entré
dans la maison en ruine. Il a attendu que Rabbi Yossi sorte de cet endroit
pour s’adresser à lui. Cela fut suffisant pour que Rabbi Yossi
comprenne que cela n’était pas correcte et qu’il devait à
l’avenir s’abstenir de se conduire de la sorte. Cet enseignement provenait
de la personnalité du prophète de sa manière d’être,
plus que de qu’il a dit ou enseigner de façon formelle. Il en est
de même, dit le Rav Lau, pour le Rav Chalom Messas Zatsal. Chacun
d’entre nous pouvait tirer de nombreux enseignements de sa personnalité,
de sa droiture, de sa sagesse, de la luminosité de son regard,
de son avènement pour chacun, des ses qualités de cœur
et d’âme. Ceci, avant ses livres, ses responsa, ses décisions
dans les tribunaux rabbiniques. Lorsqu’il entrait dans une pièce,
tout le monde se levait spontanément. Que se passe-t-il ?
C’est le Rav Chalom Messas qui entre. Quelque soit le nombre de rabbanim
qui se trouvait sur la table d’honneur ; quelque soit le nombre de
rabbanim qui pouvait se trouver dans la salle où il pénétrait.
Qu’il s’y trouve des rabbanim hassidiques ou des Roché
Yéchivot, directeurs d’académie talmudique - et nous
parlons de Jérusalem qui est une ville de Torah - le silence envahissait
la salle. Tout s’arrêtait. Que se passe-t-il ? C’est le Rav
Chalom Mesas qui arrive. Et cela avant même qu’il ne prenne la parole.
Ce n’est pas trois chose que nous pouvions apprendre du Rav Messas, c’est
une multitude de choses que nous avons appris de lui, que son mérite
nous protège et protège le clal Israël.
Puis le Rav Lau
indiqua qu’il tenait à répéter un élément
du discours qu’il avait prononcé au cours de l’enterrement du Rav
à Jérusalem. Le Talmud (fin du traité Kidouchin)
explique que Ezra le scribe monta en Israël de Babel en emmenant
avec lui une partie du peuple juif qui se trouvait en exil. Le Talmud
mentionne tous les problèmes occasionnés par l’exil concernant
le statut personnel. Le Rav Lau ajouta : « A l’époque
d’Ezra, l’exil n’avait duré que soixante dix ans, et les exilés
ne venaient que d’un seul pays. Aujourd’hui, l’exil a duré plus
de deux milles ans et les juifs arrivent en Israël de plus de cents
pays à travers le monde. Imaginez le nombre de tragédie,
de problèmes insolubles. Et pourtant, au sein du Beit Din Hagadol
de Jérusalem, que j’ai présidé ces dix
dernières années, nous savions que même lorsque toutes
les limites étaient atteintes, nous pouvions nous adresser au Rav
Ovadia Yossef, que D. le garde et lui octroie une longue vie, Amen. Nous
savions aussi que nous pouvions nous adresser au Rav Chalom Messas. Le
Rav Chalom Messas consacrait ses jours, ses nuits, ses chabbatot,
ses jours de fête, à aider, à sauver les familles
en détresse. Il voulait leur trouver des solutions acceptables
du point de vue de la halakha. Il était unique en son genre,
unique dans la génération. Il voulait à tout prix
assécher les larmes de ceux qui se sentaient frustrés et
spoliés d’un droit naturel à une vie normale. Le nouveau
Grand Rabbin d’Israël, Rav Chelomo Amar qui va présider ce
Beit Din Hagadol n’aura pas le mérite que j’ai eu de pouvoir
consulter le Rav Chalom Messas. Cela sera pour lui un manque et une perte
de premier ordre ».
Puis le Rav Lau,
rappela que le Rav Chalom Messas n’avait pas un seul « ennemi »,
qu’il avait réussi ce que personne n’a pu faire avant lui, :
un véritable consensus autour de sa personne dans l’ensemble du
monde rabbinique de Jérusalem. Dans une ville qui compte tellement
de castes et de catégories de personnes, telles que les gens de
gauches, les gens de droite, les hassisdimes, les orthodoxes
des yéchivot, etc…. faire l’unité est véritablement
un tour de force. Le Grand Rabbin Chalom Messas était le Rav de
tout Jérusalem, et nous pouvons le dire le Rav de tous les enfants
d’Israël.
Le Rav Lau conclut
en rappelant que les attentats en France et en Israël perduraient.
Il demanda alors à Rabbi Chalom Messas d’une façon vibrante
et très éloquente de prier pour le peuple juif, pour
le monde afin que de telles atrocités ne puissent plus se produire
nulle part et qu’ainsi nous puissions atteindre le moment de la rédemption
totale par la venue du Machia’h. Amen.
Le Grand Rabbin de Paris, Rav David Messas, fils du Grand
Rabbin de Jérusalem prit la parole à plusieurs reprises au cours de cette soirée.
La première fois après l’intervention du Grand Rabbin de
France Rav Joseph Haïm Sitruk. Je restitue ses propos in extenso.
Il faut noter qu’il parla avec beaucoup d’émotion et qu’à
plusieurs reprises, il ne put contenir ses larmes.
« En rentrant
d’Israël cette semaine, la première personne qui m’accueillit
fut notre cher Av Beit Din Rav Nissim Rebibo. Il me dit :
« Tu sais, j’ai rêvé hier soir de ton père. Il
m’a demandé : Comment vas mon fils ? Je lui demandai
alors dans mon rêve : De quel fils parles-tu ? Il me dit :
Rabbi David ». J’en suis encore bouleversé, et rien que d’y
penser j’en pleure encore. Cela veut dire que là où il se
trouve, il est en train de demander à Rabbi Nissim et à
tous les Dayanim, comment, nous la famille vivons cette séparation,
comment nous assumons cette souffrance. Tout le monde a dit que mon père
était un homme de halakha, un homme de paix, mais
moi je peux témoigner qu’il était un homme d’un piété
extraordinaire. Quand il faisait la prière en public, il était
comme tout le monde. Personne ne l’a vu prier seul. Moi j’ai pu constater
qu’à certains moments, lorsqu’il priait seul dans sa salle de travail
à son domicile à Jérusalem, que cette salle tremblait
entièrement. Lorsque j’était tout petit à Meknes.
Pendant les longues et froides nuits d’hiver, je me souviens de sa main
qui venait s’assurer que nous dormions bien. Chaque matin, vers quatre
heures du matin, il se levait et chantait des Bakachot des prières
liturgiques. Permettez moi de vous chanter l’une d’elles. C’était
des moments extraordinaires. Voilà ce qu’il chantait : (suivi
le chant de la prière )
Le Grand Rabbin
de Paris reprit la parole pour introduire le Rav Edelman, responsable
loubavitch de la ville de Casablanca. C’est lui que le Rav Chalom
Messas avait nommé pour s’occuper du devenir religieux de la ville
après son départ pour Jérusalem. Il faut noter que
le Rav Edelman a fait le voyage de Casablanca à Paris
pour assister à cette azkara.
« Mon père,
Rabbi Chalom Zatsal, est entré à Casablanca après
avoir été élu à Jérusalem. Il a été
accueilli avec beaucoup d’honneur par les autorités marocaines,
très fières de savoir que leur Grand Rabbin avait été
nommé Grand Rabbin de la ville sainte. Il est rentré car
il ne voulait pas quitter cette ville sans avoir au préalable réglé
tous les problèmes en cours et être sûr que les institutions
juives de la ville étaient remises en de bonnes mains. Il faut
savoir que mon père Zatsal était Avi Yétomim,
il était le père des orphelins. Il s’occupait des biens
des veuves, des orphelins, des questions d’héritage, de garde d’enfants
etc…Il n’a quitté Casablanca pour Jérusalem que six mois
plus tard, lorsque tout était en ordre. Il a confié au Rav
Edelman que vous voyez ici, qui est un Rav de la communauté loubavitch,
avec lequel mon père entretenait des relation très fraternelles.
Il avait d’ailleurs de très bonnes relations avec les familles
loubavitch présentes au Maroc, les familles Edelman,
Mathusof et Raskine. Rav Edelman est venu spécialement de
Casablanca, pas uniquement pour témoigner, mais en raison de l’amitié
toute particulière qui le liait à mon père Zatsal.
Au delà de la famille loubavitch de Casablanca, il faut souligner
la relation très poussée qui le liait au mouvement loubavitch
et la considération immense qu’il avait pour le Rabbi de loubavitch,
qu’il a consulté plusieurs fois, à qui il a rendu visite.
Toute la communauté loubavitch ici présente sait parfaitement
que lorsque mon père rendit visite au Rabbi de loubavitch, au moment
de se séparer, le Rabbi raccompagna mon père jusqu’à
la porte, et il resta à la porte de son domicile jusqu’à
ce que mon père s’éloigne. Il paraît que c’était
là une marque d’attention tout à fait particulière.
A la fin de la
cérémonie, le Rav David Messas conclut par la cantillation
d’un chant de Kipour : « Et Chaaré Ratson ».
Puis il ajouta
« Je voudrais très brièvement évoquer quelques
points de la personnalité de mon père qui pourraient
nous servire d’enseignements. On peut dire de lui, dans une certaine mesure,
ce qu’a dit Maïmonide du Machia’h, du méssie. :
« Vahari’ho béréa’h elokim … » Il avait
en effet une sorte d’inspiration lui dictant les besoins communautaires
de son époque. Alors âgé de vingt ans - il s’est marié
à dix sept ans - c’est dire la pureté de toute sa vie -
mon père s’est rendu compte que les livres de nos anciens, de nos
grand maîtres, risquaient
de disparaître, car ils demeuraient pour nombre d’entre eux des
manuscrits et n’avaient jamais été publié. Au point
qu’à un époque on a pu penser que les Rabbanim du
Maroc et d’Afrique du Nord n’étaient pas versés dans
l’étude de la Torah, que la Torah avait été oubliée
au Maroc. Le monde ne connaissait pas les trésors qui se trouvaient
dans ses régions. Rares sont les Rabbanim du Maroc qui
avaient une véritable notoriété dans le
monde juif. On connaît cependant Rabbi Haïm Benatar, l’auteur
du Or Hahaïm sur le Pentateuque. Il a une notoriété
exceptionnelle dans le monde entier. Mon père m’a montré
la lettre de recommandation que son maître Rabbi Yéhouda
Berdugo lui a écrit avant son départ pour la terre sainte.
Il le qualifia d’une façon assez simple. Cela veut dire que de
son temps, il existait de d’immenses sages de la Torah plus grands encore
que Rabbi Haïm Benatar qui eux n’ont pas été connus.
Je peux dire aujourd’hui que mon père Zatsal qui a fait connaître
dans le monde entier les sages du Maroc de cette époque. Il a fondé
une association ayant pour but de recopier les manuscrits des ces rabbanim.
Il s’agissait parfois de petits bouts de papier, souvent déchirés.
Il fallait faire preuve de beaucoup de patience et d’intelligence pour
reconstituer la totalité du texte. Et grâce à cela
cette Torah a pu être diffusée dans le monde entier. Permettez
moi de vous compter une petite anecdote : Le président de
la communauté de Meknes, Monsieur Joseph Berdugo, a reçu
le Résident Général du Maroc. Toutes les institutions
importantes de la communauté avaient été invitées
et mon père alors âgé de vint deux ans faisait parti
des convives. Les anciens furent étonnés de sa présence.
Mosieur Berdugo les calma en leur disant qu’il était responsable
d’une association extrêmement importante. Au cours de la réception,
le Résident Général demanda à chacun de lui
exposer ses activité. Lorsque le tour de mon père arriva,
le Résident Général fut étonné de voire
un jeune homme et lui demanda ce qu’il faisait. C’est alors que mon père
lui montra les manuscrits sur lesquels il travaillait et lui expliqua
que ces petits fragments de papier devenaient de magnifiques livres qui
étaient par lui suite lus et étudiés dans le monde
entier. Le Résident Général fut extrêmement
impressionné. Il dit alors que ce travail était digne « de
la Sorbonne » et qu’il avait du mal à imaginer qu’à
Meknes, qui était pour lui le bout du monde, on puisse trouver
des gens capables de telles prodiges.
Mon père
a publié tous les livres Malakh Rabbi Réphaël
Berdugo Zatsal. A un moment mon père se rendit compte qu’il n’y
avait plus de rabbanim à Meknes. Tous les jeunes allaient
faire des études profanes et délaissaient les études
rabbiniques. Les jeunes venaient s’installer à coté de mon
père avec leur journal et mon père restait accolé
à ses livres de Talmud et de halakha. Mon grand père
fonda alors une yéchiva pour lui tout seul. Elle fut dirigée
par notre maître Rabbi Its’hac Sebbag. Au bout de quelques année
de nombreux rabbanim y furent formés et servirent à
Meknes et dans le Maroc. Déjà à cette époque,
les élèves étaient pris en charge par la yéchiva
et pouvaient ainsi étudier la Torah sans se soucier du lendemain.
Je me souviens, encore gamin, d’une grande fête réalisée
dans cette yéchiva au cours de laquelle dix sept dayanim
reçurent leur diplôme. Il disait toujours le travail pour
moi, les honneurs pour les autres.
Lorsqu’il arriva
à Casablanca, qui était une grande ville, il devint et j’ose
à peine le dire : « le roi des juifs ». Il était
respecté, adulé et entouré par la communauté
et d’ailleurs pas les autres communautés aussi. Il a réussi
à donner aux membres de la communauté juive de Casablanca
un véritable bonheur de vivre le judaïsme. Il a pu le faire
grâce au rayonnement naturel qu’il avait en lui même, j’ai
du mal à parler de lui au passé. Là où il
passait, c’était la paix, la sérénité. Et
vous avez pu entendre les témoignages sur le travail exceptionnel
qu’il a accompli ensuite
pendant vingt six ans à Jérusalem.
Je voudrai dire
aussi qu’il était un homme « responsable ». Il disait
« je suis Grand Rabbin de Jérusalem, je suis Av Beit Din,
je dois assumer ma responsabilité ». Lorsque quelqu’un
posait une question, il fallait donner rapidement une réponse,
oui ou non. Il n’avait aucune crainte. Il écrivait, argumentait,
expliquait sa décision, et il disait que ceux qui ne sont pas d’accord
avec moi, m’écrivent et je verrai s’ils on raison et je suis prét
à revenir sur ma décision s’ils ont raison. Il lui est arrivé
d’ailleurs parfois de changer d’avis.
Il nous laisse
un héritage spirituel spécifique : Dérakhéha
darké no’am, ses chemins sont les chemins de la douceur. On
peut tout faire avec la douceur avec la gentillesse. C’est un langage
de paix qui n’est pas en contradiction avec le langage de la vérité.
C’est pourquoi il a été aimé par tout le monde.
J’ai dit le jour
de la lévaya qu’il avait un « leit motiv », Vekol
ma’assékha yhyou lechem chamaym, et que tous tes actes soient
faits au nom de D. Il me disait souvent : « Mon fils pense
un instant avant d’agir. Agis-tu au nom de D. ou pour ton intérêt
personnel ? Si tu es sûr que tu agis au nom de D., tes ennemis
deviendront tes amis. Car ils sauront que tu agis de la sorte par conviction
et non par intérêt ».
Le Grand Rabbin
conclut par une prière pour sa mère et pour l’ensemble du
peuple juif et pour la paix dans le monde.
Le Grand Rabbin
lut par la suite un message fort poignant de l’ancien Grand Rabbin d’Israël,
le Rav Mordékhaï Eliahou. Voir le poème "Père lumière" qui dit mieux que la prose Retour à la page de sa vie et à la page des hommages pendant les obséques. |
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Copyright Dufour |