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Apprendre avec les Sages...

A Paris, un enseignement et un texte émouvant:
Hommage de toute la famille juive de nombreux pays au Rav Chalom Messas
http://www.modia.org 
Texte communiqué par les participants.
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Grande cérémonie d’hommage au Grand Rabbin de Jérusalem Rav Chalom Messas Zatsal, en la synagogue des Tournelles, Dimanche 18 Mai 2003.
 

Lui ont rendu hommage, le Grand Rabbinat d’Israël, par le Grand Rabbin d’Israël Rav Chelomo Moché Amar et l’ancien Grand Rabbin d’Israël Rav Méïr Israël Lau, le Grand Rabbinat de France, par le Grand Rabbin de France Joseph Haïm Sitruk et le Grand Rabbin René Samuel Sirat, le Grand Rabbinat de Paris par le Grand Rabbin de Paris David Messas et le Grand Rabbin Alain Goldman, le mouvement Loubavitch, en la présence du Rav Pewzner et du Rav Azimo et du Rav Edelman de Casablanca, de nombreux Rabbins et Grands Rabbins toutes tendances confondues, ainsi que des représentants de la société civile et une assistance nombreuse et attentive.

 

Avec la disparition du Grand Rabbin de Jérusalem, Rabbi Chalom Messas Zatsal, une véritable onde de choc a traversé le peuple juif d’orient en occident. Ainsi, en Israël, à Jérusalem, Bné Brak, Achdod et Holon, en France, à Paris et Strasbourg, au Maroc, à Casablanca et Meknes et enfin au Canada, à Montréal, les communautés juives se sont rassemblées en grand nombre pour commémorer la personnalité qui nous a quitté. La famille Messas a reçu des milliers de lettres de condoléances et de marques de sympathie. Depuis le coup de fil du Président Jacques Chirac au Grand Rabbin de Paris Rav David Messas, à la visite du Président de l’Etat d’Israël Moché Katsav au domicile du Rav Chalom Messas à Jérusalem pendant les Shiv’a, à la lettre du Premier Ministre de l’Etat d’Israël Ariel Sharon, dans laquelle il confère à Rabbi Chalom Messas une stature de personnage historique du peuple juif. Mais, au delà de toutes ces marques de soutien, c’est la présence du Rav Ovadia Yossef à chacune des occasions importantes du deuil qui a marqué la famille et l’ensemble de la communauté juive religieuse à travers le monde. Le Rav Yossef Chlita assista à la lévaya, à l’enterrement, vint au domicile pour présenter les condoléances à la famille et fut la personnalité marquante des Chlochim à Jérusalem.

 

Le Rav Chalom Messas était cet être d’exception qui sut tout réussir dans sa vie et qui semblait avoir vaincu la mort elle même. Sa seule présence était pour tous un véritable témoignage de la présence de D. sur terre. Partout les plus hautes autorités rabbiniques insistèrent sur les différents traits de sa personnalité afin que celle-ci reste pour nous une source d’enseignement intarissable. A une époque où le mal semble gagner de plus en plus de terrain et où la vérité, le bien et la justice deviennent de plus en plus des vues de l’esprit, je pense qu’il est rassurant et réconfortant de savoir qu’il existait jusqu’à présent en ce monde un être juste pure et sacré.

 

Il semble qu’un événement hors du commun vienne de se dérouler sous nos yeux ce Dimanche 18 Mai à Paris. Voilà que plus de trois milles personnes se sont réunies au beau milieu d’un bel après midi de repos pour venir écouter des Rabbanim de France et d’Israël parler d’une personnalité rabbinique qui vient de nous quitter et qui a marquer son temps. Le Rabbinat a été au centre de cette journée. La piété et le recueillement ont envahi les cœurs un instant. Nous avons tous été extirpé du moment présent pour être plongé dans un temps éternel, celui des vraies valeurs, celui de la vérité éternelle.

 

La soirée débuta par une lecture de Psaumes qui tout de suite plongea l’assemblée dans une atmosphère de recueillement et d’introspection. Puis vint la prière de Min’ha, suivie par une intervention du Grand Rabbin Touitou, Rabbin de la communauté des Tournelles. Le Grand Rabbin Touitou remarqua qu’il régnait dans la synagogue une ambiance de Kipour. Emu, il déclara que c’était un grand honneur pour la communauté des Tournelles d’avoir été choisie pour accueillir cette cérémonie. Puis le Grand Rabbin Touitou rappela que la Grand Rabbin Messas savait créer avec tout un chacun une relation privilégiée, une relation familiale. Il se souvint qu’il y a de cela quatre ans, alors que le Rav ne voulait plus quitter Jérusalem, il l’avait, malgré cette réticence, invité à célébrer le mariage de son fils dans un kibouts distant de plusieurs dizaines de kilomètres de Jérusalem. Il raconta que le Rav Messas lui dit alors : « Pour toi j’y vais ». Il ajouta qu’à chaque fois que le Rav Chalom Messas rencontrait quelqu’un, il l’asseyait à ses cotés et chantait car, dit le Grand Rabbin Touitou, la vie du Rav c’était montrer qu’à chaque instant la présence de D. doit être ressentie pleinement par le chant et par l’émotion religieuse. Le Rav Chalom Messas, conclut le Grand Rabbin Touitou, arrivait à faire sentir le moment présent comme un moment divin sur terre, il était un homme de douceur et en même temps un homme de halakha qui savait défendre comme il se doit les valeurs de la Torah.

 

Le Grand Rabbin René Samuel Sirat commença ses propos en citant une sentence de nos sages : « Lorsqu’un Talmid Haham est rappelé à D. tous les membres de la communautés sont ses proches parents et doivent porter le deuil. Il ajouta : « toute la communauté de Jérusalem, toute la communauté d’Israël, la communauté de Paris et l’ensemble des communautés juives du Canada sont en deuil. Nous sommes tous orphelins d’une autorité rabbinique hors du commun ». Le Grand Rabbin Sirat tint à exprimer sa reconnaissance publiquement au Rav Chalom Messas pour l’honneur qu’il lui avait fait alors qu’il venait d’être élu Grand Rabbin de France. Il rappela que le Rav Messas l’avait invité à son domicile pour un repas « qui devint un véritable festin » à l’occasion de son élection au poste de Grand Rabbin de France ; repas auquel furent invité tout ce que Jérusalem comptait de Rabbanim et responsables religieux de premier ordre. Le Grand Rabbin Sirat déclara : « J’étais particulièrement écrasé par l’honneur immense qui m’avait été fait ce jour là. Je me rendais bien compte que l’affection personnelle qu’il voulait bien me prodiguer trouvait là son expression la plus belle, la plus digne, la plus élevée. Je lui portai beaucoup de déférence, une amitié respectueuse et il me le rendait au centuple. C’est pourquoi j’ai ressenti et je ressens encore aujourd’hui sa disparition comme un grand chagrin, comme un grand vide. Et même s’il était avancé en âge, nous sommes tous stupéfaits par ce malheur qui a frappé la famille d’abord, mais aussi la grande famille, c’est à dire l’ensemble de la communauté. Oui, effectivement nous avons perdu un grand homme, nous avons perdu un Grand Rabbin ». Puis, le Grand Rabbin Sirat expliqua que le Grand Rabbin Chalom Messas avait réussi à faire en lui la synthèse de la proximité avec autrui avec la piété et la sainteté. Il cita un enseignement du Rabbi de Kots sur le verset : « Et vous serez pour moi des hommes de sainteté ». Le Rabbi de Kots remarquait que les termes « hommes » et « sainteté » semblaient antinomiques ; que la sainteté était l’apanage de D. et des anges et qu’elle pouvait difficilement être détenue par le genre humain. Et le Rabbi de Kots expliquait que la Torah nous enseignait par là que lorsque l’homme agit en tant qu’homme, il doit d’aspirer à la sainteté. Mais à l’opposé, lorsque l’homme se comporte en tant que « saint », en tant que Rabbin ou enseignant, comme celui qui montre l’exemple à l’ensemble de la communauté, il ne doit pas oublier la dimension humaine et doit toujours en tenir compte en toute circonstance. Le Grand Rabbin ajouta : « Ssi nous devons résumer la qualité première du Grand Rabbin Chalom Messas au cours de ses soixante dix années de rabbinat nous dirons qu’il a réussi cette synthèse extrêmement difficile des « hommes de sainteté ». Il était proche de chacun et profondément humain. Il était celui que l’on allait voire lorsque l’on avait un problème. Il savait trouver le mot apaisant ou la solution au problème ». Puis le Grand Rabbin Sirat cita un enseignement du Rav Chalom Messas Zatsal allant dans ce sens : « A propos du verset du Lévitique où il est dit que le Cohen doit ramasser les cendres des sacrifices qui avaient brûlé toute la nuit sur l’autel , le Rav Chalom Messas expliquait que le rôle des rabbins était de s’occuper de ceux qui sont situés « au plus bas  de l’échelle religieuse », de ceux qui pourraient être considérés comme de moindre importance afin de les mettre prés de l’autel, afin de les faire entrer dans la sainteté et la pureté. Cela doit nous apprendre combien on doit se dévouer pour la communauté, même si cela doit entraîner des désagréments, même si cela doit nous faire descendre du pied destal dans lequel on se trouve. On ne doit pas prêter garde à cette descente provisoire, car on remontera et on entraînera avec soi ceux qui sont au bas de l’échelle. Et c’est là, conclut le Rav Messas, la grandeur et la magnificence du rabbin ». Le Grand Rabbin Sirat conclut : « Je crois qu’il y a là une leçon extraordinaire pour mes frères rabbins. Il est extrêmement important qu’ils ne restent pas enfermés dans une tour d’ivoire, qu’ils ne refusent pas de descendre vers les autres, car c’est là le meilleur moyen de s’élever soi même et d’élever sa communauté ». En conclusion, le Grand Rabbin Sirat, rappelant que le Rav se prénommait CHALOM, qui veut dire la paix, commenta un texte du Rav sur la Paix. « Le Rav écrit dans son dernier ouvrage que la condition préalable à la paix est l’unité et la fraternité, la volonté d’être tous ensemble, à l’image de cette longue tige qui unifiait tous les poteaux formant les cloisons du Michkane. Et le Grand Rabbin Sirat d’ajouter : Ce qui va permettre la paix universelle, c’est le sentiment que nous sommes tous créés à l’image de D. et à sa ressemblance… Nous pouvons dire à notre maître qui nous a laissé et a laissé sa famille dans le chagrin et la tristesse, que nous partageons, que vienne enfin cette unité, condition préalable de la paix, de la paix universelle, de nos jours et rapidement, Amen ».

 

Le Grand Rabbin Sitruk prit ensuite la parole. Le Grand Rabbin s’excusa de ne pouvoir nommer trous les Rabbins présents mais tint à saluer particulièrement la présence du Grand Rabbin Chelomo Moché Amar, Grand Rabbin d’Israël. Il rappela que c’était là sa première visite à Paris depuis sa nouvelle prise de fonction. Il ajouta que cette présence à elle seule prouvait l’estime dans laquelle était tenue le Grand Rabbin Chalom Messas par l’ensemble du rabbinat à travers le monde. Le Rav Sitruk continua en remarquant qu’à ses cotés se trouvait le Grand Rabbin Méïr Israël Lau, ancien Grand Rabbin d’Israël et que lui aussi avait tenu à se déplacer afin de montrer que  cet événement dépassait largement le cadre familial. Puis le Grand Rabbin Sitruk dit : « J’ai le sentiment que ce soir, les mots réduisent plus qu’ils n’expriment. Je crois que le Grand Rabbin à fait son Hesped, son oraison, seul. Il n’avait besoin de personne pour dire sa grandeur. Et moi, je n’aurai qu’un mot, il n’y a qu’à voir qui est là, et voilà tout est dit ». Le Grand Rabbin Sitruk évoqua par la suite quelques aspects de la personnalité du Rav Chalom Messas Zatsal : « Voilà qui était le Rav Chalom Messas, un immense ha’ham, sage de la Torah. On aurait pu l’imaginer seul face à ses livres nécessairement coupé de la grande communauté d’Israël. Il a cependant réussi ce que peu d’hommes réussissent à faire dans leur vie : être prés de D. et prés des hommes. Au point que son départ, ressentie comme une joie dans le monde d’en haut est perçu comme une douleur dans le monde d’en bas ». Puis le Grand Rabbin Sitruk évoqua la sainteté qui caractérisait le Rav Chalom Messas : « Les Malakhim, les anges ont gagné. Il est vrai le combat était inégal. Ils avaient tant d’arguments à faire valoir devant l’Eternel  pour que l’âme pure et sainte de ce grand Tsadik rejoigne le lieu qui lui était prévu par Hachem Ytebara’h,  par l’Eternel. C’est vrai, lorsqu’on voyait le Grand Rabbin Messas depuis quelques années déjà, on avait l’impression d’être en face d’un Malakh, d’un ange, même son visage était devenu transparent. C’est vrai qu’il a toujours été très beau. Il imposait par la beauté et la finesse de ses traits. Ces dernières années, on avait vraiment l’impression que la Shékhina habitait son corps ».

 

Puis vint un hommage vibrant rendu à la Rabbanit Jamila Messas épouse du Rav : « Je suis extrêmement ému par une présence ici, celle de son épouse, la Rabbanit. Ils formaient un couple merveilleux, uni. On ne voyait jamais l’un sans l’autre. Et je sais quel sentiment de solitude elle doit ressentir aujourd’hui malgré la grand foule qui l’entoure. Je voudrai simplement qu’elle sache combien nous tous tenons à sa présence. Echet Haver Kehaver : « L’épouse d’un sage de la Torah est comme lui ». Nous voulons vous honorer madame, comme nous avons honorer votre mari Zatsal. Et ne l’oubliez pas, vous êtes une maman, une grand maman, une arrière grand maman adulée par ses enfants qui ont besoin de vous. Comme vous avez été courageuse avec votre mari pendant tant d’années, restez le encore. Je sais de vous simplement une chose, le Grand rabbin ne quittait jamais ses livres et c’est vous, vers trois ou quatre heures du matin qui allait lui rappeler que l’heure était bien avancée. Cette extraordinaire attention à veiller à sa santé, à vouloir le protéger, n’est-ce pas là le plus bel acte d’amour d’une femme à l’égard de son époux ».

 

Le Rav Sitruk reprit ensuite l’évocation de la personnalité du Rav. Il rappela que Rabbi Chalom Zatsal ne vivait que par l’étude de la Torah. Il souligna que cette étude était farouchement orientée vers le peuple juif. : « Je voudrai dire de lui une chose très belle à mes yeux. Nous allons lire dans la Paracha de la semaine : Im Bé’houkotaï Télékhou, Si vous suivez mes lois. On ne voit pas ici de quoi parle la Torah. Rachi rapporte la paroles des maîtres : Chéthyou Amélim Batorah : Fatiguez vous pour l’étude de la Torah. S’il y a bien dans cette génération un homme qui s’est fatigué pour la Torah, qui a donné ses jours et ses nuits, qui ne perdait pas une minute, c’est bien le Grand Rabbin Chalom Messas. Mais, il n’a pas fait cela uniquement pour amasser des trésors éternels qui feront de lui dans le ciel une lumière resplendissante. Non, il s’en servait pour faire réfléchir cette lumière sur le Clal Israël ».

Le Grand Rabbin Sitruk rappela ensuite que le Grand Rabbin Chalom Messas était un décisionnaire halakhique mondialement respecté et qu’il utilisait cette force pour trouver des solutions aux problèmes les plus complexes de son temps: « Il était parmi tous les rabbanim, un homme respecté, car on savait que lorsqu’il donnait une halakha, une loi, ce n’était jamais à la légère, qu’il avait pensé, pesé, réfléchit et mesuré sa décision. Les plus grands poskim, les plus grands décisionnaires de notre époque considéraient chacune de ses décisions comme digne de respect et de considération. Il essayait toujours de trouver dans les cas les plus douloureux, la solution compatible avec la halakha qui permettrait à quelqu’un de mieux vivre son judaïsme ». Le Rav Yossef Sitruk continua son propos en évoquant l’amour sans limite que portait le Rav Chalom Messas à l’ensemble du peuple juif : « Toujours cet amour pour le peuple d’Israël. Aujourd’hui on le lui rend faiblement. Vous ne pouvez pas vous imaginer combien il vous a aimé, sans même vous connaître. Quand il était informé d’un cas douloureux, il passait des nuits à réfléchir pour trouver une solution à ce cas, souvent sans connaître la personne en souffrance. Quelle marque d’amour infinie ». Le Rav Sitruk évoqua ensuite ce qu’il considérait être le caractère spécifique et unique du Rav Chalom Messas Zatsal : « Aujourd’hui lorsque l’on veut trouver l’aspect unique du Rav Chalom Messas, je dirai tout d’abord que c’était le dernier représentant des Grands rabbanim du Maroc, émanant d’une lignée qui remonte à des siècles. De plus, il était proche de nous, de tous les fidèles d’origine marocaine, de tous les francophones. Il était certainement le plus grand possek francophone au monde et à ce titre il avait pour nous une valeur unique ».

Puis vint le mot du coeur à Rabbi David Messas et l’affirmation que l’héritage spirituelle de Rabbi Chalom Messas, le Grand Rabbin de Jérusalem, son père, lui revient : « Et je voudrai dire à mon ami, le Grand Rabbin David Messas qu’il a hérité de son père, entre autre, cette gentillesse, cette affection pour tous les juifs. Vous êtes celui qui porte le flambeau. Et je suis sur que votre père, là où il est très fier de vous, comme de tous ses enfants. Et Rabbi David, c’est lui qui est prédestiné à porter à son tour le flambeau. Il faut être courageux et mesurer le poids qui repose sur vos épaules et comprendre combien l’héritage spirituel de votre père vous reviens. Et demain, il faudra faire vivre, de façon plus pertinente encore, les idéaux qui étaient les siens. Je sais que vous en êtes largement capable ».  Le Grand Rabbin Sitruk ajouta que Rabbi Chalom Zatsal était un homme de vérité : «  A coté de cela, il y avait en lui cette extraordinaire objectivité. Pourquoi aimons nous les rabbins ? C’est parce qu’ils cherchent la vérité. Le Emeth, la vérité est une donnée très difficile à trouver. Elle est extrêmement difficile à expliquer et qui parfois fait mal. Alors il faut du courage pour aller la chercher, du courage pour l’exprimer, du courage pour la vivre ». Le Rav Sitruk rappela, au détour d’un passage du Talmud, la différence entre le pouvoir, l’avoir et l’être : « Le Talmud dans le traité Horayot (13) pose le dilemme suivant : Si des terroristes (pour reprendre une terminologie contemporaine) font prisonniers un roi et un  rabbin, le rav doit être sauver prioritairement. Evidemment, on pourrait être tenté de croire que les rabbins qui ont rédigé le Talmud cherchent à se protéger. Rassurez vous ceux ci avaient le sens de la responsabilité et savaient l’importance de leur dirigeant que l’on appelait à l’époque mélekh, roi. Le Talmud explique alors : Un roi meurt, toute personne en Israël peut le remplacer. - Tous les juifs sont aptes à être des rois, n’est-ce pas ? - Lorsqu’un sage de la Torah disparaît, il n’y a pas d’autres comme lui. Ici est exprimé par cette halakha la différence entre le pouvoir et l’être. Avoir est du domaine de chacun. Etre quelqu’un , c’est le travail de toute une vie. L’homme n’emporte jamais ce qu’il a, il emporte toujours ce qu’il est ». Suivi à cela une prière pour qu’émerge prochainement une personnalité rabbinique de premier plan afin que soit perpétuer l’œuvre du tsadik : «  dans l’espoir que s’accomplisse à son sujet ce que dit la Torah : Lorsqu’un soleil se couche un autre se lève. On ne sait pas où, dans le peuple juif, est né un enfant, peut être déjà adulte qui aura la valeur de Rabbi Chalom, pour que le peuple juif ne reste pas orphelin. Cette prière doit être de nature à nous rapprocher les uns les autres, à nous amener à plus d’unité encore et à réaliser qu’autour de nos rabbanim, nous sommes autour de nos valeurs, de notre être ». La conclusion fut consacrée à une exhortation à plus de ferveur religieuse et à l’intériorisation des enseignements du Rav afin que sa mémoire reste à jamais vivante en nos cœurs : « Et en hommage pour notre Grand Rabbin, que tous les juifs ici présents prennent l’engagement de faire une mitsva de plus ; qui étudiera quelques minutes de plus par jour, récitera quelques téhilim, accomplira mieux une mitsva en souvenir du Grand Rabbin. C’est ainsi que les tsadikim restent pour nous éternels, parce que leurs œuvres sont éternelles. Cette cérémonie ne se terminera jamais. Elle aura certes une fin dans quelques instants mais le tsadik continuera à vivre parmi nous et puisse chacun d’entre nous capter, telle une antenne, les ondes qui émanent de lui et faire en sorte que tous ensemble nous soyons capables de le rendre éternel. Amen ».  

Le Grand Rabbin d’Israël, Rav Chelomo Moché Amar fut invité à prendre la parole. Après les salutations d’usage, le Rav Amar commença son propos par un verset des Psaumes dans lequel le Roi David dit : « On le l’élèvera dans l’assemblée du peuple et on le louera dans les réunions des sages ». Le Rav Amar expliqua que certaines personnes sont respectées par le peuple par leur attention envers tout un chacun, la beauté de leur discours, de leur verbe, et leur charisme. Cependant ces personnes ne sont pas toujours reconnues comme d’éminents sages de la Torah parmi les grands de la génération, car leur érudition en Torah n’est pas du niveau des plus grands de leur temps. A l’opposé, nous dit le Rav Amar, il existe certains rabbanim qui font l’unanimité au prés des érudits de la Torah, par leur science et leur grandeur dans l’étude de la Torah. Mais cette fois, c’est le peuple qui ne voit pas en eux des personnalités de premier ordre, car ceux-ci ne savent pas parler aux masses et n’arrivent pas à communiquer correctement avec le plus grand nombre. Rares sont ceux qui font l’unanimité, qui sont reconnus par le peuple comme étant de grandes personnalité rabbiniques et sont en même temps considérés par les érudits de la Torah comme des références incontestées. Rares sont ceux qui sont « élever par le peuple » et aussi « louer dans les réunions des sages ». Le Rav Chelomo Moché Amar conclut le Rav Chalom Messas sut être adulé et respecté par les masses par sa simplicité, par l’attention qu’il sut porter à chacun, par le regard lumineux qu’il avait pour tous, par les mots de réconfort qu’il savait adresser à ceux qui se trouvaient dans la détresse. Mais il sut aussi être profondément respecté par la communauté rabbinique mondiale qui avait reconnu sa puissance dans l’étude de la Torah, son assiduité à l’étude, sa piété et sa droiture. Il ajouta : « Il était reconnu par tous les juges rabbiniques à travers le monde comme un décisionnaire de premier plan, dans tous les domaines de la Torah. Des questions lui étaient adressées des quatre coins de la terre. Ses responsa lui ont acquis une renommée prestigieuse ». Par ailleurs le Rav Chelomo Amar vit dans ce verset un autre enseignement en rapport avec la personnalité du Rav Chalom Messas Zatsal. Il expliqua que parfois c’est la communauté qui confère à son Rabbin ses titres de noblesse. Il arrive aussi que le contraire se produise, qu’un Rabbin soit à l’origine du prestige de sa communauté. Il en est ainsi pour le Rav Chalom Messas. Le Rav Amar rappela qu’il fut un temps où il était de bon ton de penser que la communauté juive marocaine avait cessé d’être un vivier dans lequel d’éminents sages de la Torah pouvaient émerger. Que cette communauté n’avait plus aucun espoir de produire des maîtres perpétuant la lignée prestigieuse des sages du Maroc des générations passées. Des l’arrivée de Rabbi Chalom Messas à Jérusalem, ce dénigrement cessa. Les ouvrages de Rabbi Chalom, les propos qu’il tenait, les décisions qu’il rendait lui ont acquis une renommée hors du commun parmi les grands de la génération. Cela a donné alors lustre et gloire à notre communauté. « Il a été loué par l’assemblée du peuple ». « Mais, continua Rav Amar,  cela ne s’arrêta pas là. Rabbi Chalom Messas sut encourager la jeune génération d’étudiants de la Torah. Il donnait de la force aux jeunes rabbins, parfois même à de simples adolescents qui écrivaient des commentaires sur le Talmud ou qui s’essayaient à la rédaction de décisions halakhiques, et qui parfois publiaient des ouvrages de Torah. Ils les « embrassait », les honorait, leur écrivait des mots qui réchauffent le cœur, qui poussent l’homme a aller de l’avant et à progresser plus encore. Il élevait, renforçait, magnifiait les jeunes étudiants de la Torah afin de les encourager à persévérer dans leur voie. « Il était louer parmi les sages ». Les sages de la Torah n’avaient pas de mots pour exprimer leur reconnaissance à son égard. Si Rabbi Chalom a pu faire cela, nous dit le Rav Amar, c’est tout d’abord par son amour de l’étude de la Torah par les efforts surhumains qu’il produisait pour la découvrir et l’approfondire. Mais aussi par la manière exceptionnelle avec laquelle il dirigea les communautés dont il avait la charge. Il sut toujours préserver la paix et la concorde. Même lorsqu’il arriva à Jérusalem, ville riche en rabbins, grands rabbins, en castes religieuses de toutes sortes, il sut rester toujours en dehors de toutes les disputes. Il sut rester fidèle à son nom CHALOM, à la paix qui le caractérisait si bien. Il sut préserver Jérusalem des disputes stériles et faire régner, des années durant, la paix et la sérénité. Visiblement ému, le Rav Chelomo Amar exhorta l’assemblée a plus de ferveur religieuse. Il expliqua que de son vivant le Rav Chalom Messas protégeait le peuple juif grâce à sa Torah, à sa droiture à sa prière. Désormais, afin de ne pas laisser l’espace vide, il faut, dit le Grand Rabbin d’Israël, que chacun d’entre nous décide d’être meilleur encore, de faire de nouvelles mitsvot, d’étudier plus la Torah, d’être plus proche encore de ceux qui souffrent, de s’efforcer de mieux prier. Les Rabbins se d’étudier la Torah avec plus d’intensité et de profondeur. Il faut aussi que de nouveaux décisionnaires émergent afin de ne pas laisser sans réponses ceux qui souffrent. Ces dayanim ne doivent pas se agir sans préparation, ils doivent s’investir dans l’étude avec force afin que leurs décisions soient justes vraies et reconnues par l’ensemble des rabbanim à travers le monde. Le Rav Chelom Amar conclut ses propos par une prière. Il demanda à Rabbi Chalom d’intercéder en faveur de son épouse la Rabbanite, de sa famille et de tout le peuple d’Israël en la période particulièrement difficile qu’il traverse. « Que D. se lève du trône de la rigueur pour s’asseoir sur le trône de la clémence et qu’ainsi cesse toutes les souffrances du peuple juif. Amen ».

 

Ce fut le tour du Rav Méïr Israël Lau de prendre la parole.Ancien Grand Rabbin Askénaze d’Israël, sa présence à Paris pour cette cérémonie prouve combien Rabbi Chalom sut être aimé et respecté par l’ensemble des composantes du peuple juif. Le Rav Lau expliqua que c’est la valeur intrinsèque d’une personne qui importe, plus encore que ce qu’elle peut réaliser au cours de sa vie. Ainsi, au delà de toues les réalisations, de l’érudition , des qualités littéraires, du travail communautaire etc.. ce qui importe c’est la nature de profonde de l’être. La Rav illustra ce propos à partir d’un texte du Talmud (Bérakhot 3b). On y lit qu’au cours d’un de ses voyages, Rabbi Yossi dut s’arrêter sur le chemin pour prier. Il trouva une maison en ruine, y entra, et y pria. Il remarqua au cours de sa prière que le prophète Eliahou se tenait à la porte et l’attendait. A la fin de prière, celui-ci se présenta à lui et le salua. Rabbi Yossi lui rendit son salut. Le prophète Elie lui demanda alors : « Mon fils pourquoi es tu entré dans cette ruine ? » Rabbi Yossi répondit « Pour y prier ». Le prophète Elie lui dit alors : « Tu aurais du prier en chemin ». Rabbi Yossi expliqua qu’il avait eu peur que les passants sur le chemin l’interrompent et l’empêchent de prier correctement. « Tu aurais du faire une prière courte » lui répondit le prophète. Suite à cette anecdote Rabbi Yossi déclara : « J’ai appris du prophète Elie, trois choses : qu’on ne doit pas entrer dans une ruine, que l’on peut prier sur le chemin, que celui qui prie sur le chemin doit faire une prière raccourcie.». Le Rav Landau de Prague, auteur du Noda Byhouda, remarque que le prophète Elie n’a livré que deux enseignements à Rabbi Yossi : « Tu aurai du prier sur le chemin » et « Tu aurai du faire une prière raccourcie ». Concernant l’interdiction d’entrer dans une maison en ruine, il lui a seulement demandé « Pourquoi es tu entré dans une maison en ruine ». Il ne le lui a pas reproché ni interdit. Il explique que Rabbi Yossi n’a pas entendu cet enseignement du prophète Elie, mais il l’a appris de sa manière d’être et son comportement. Le prophète n’est pas entré dans la maison en ruine. Il a attendu que Rabbi Yossi sorte de cet endroit pour s’adresser à lui. Cela fut suffisant pour que Rabbi Yossi comprenne que cela n’était pas correcte et qu’il devait à l’avenir s’abstenir de se conduire de la sorte. Cet enseignement provenait de la personnalité du prophète de sa manière d’être, plus que de qu’il a dit ou enseigner de façon formelle. Il en est de même, dit le Rav Lau, pour le Rav Chalom Messas Zatsal. Chacun d’entre nous pouvait tirer de nombreux enseignements de sa personnalité, de sa droiture, de sa sagesse, de la luminosité de son regard, de son avènement pour chacun, des ses qualités de cœur et d’âme. Ceci, avant ses livres, ses responsa, ses décisions dans les tribunaux rabbiniques. Lorsqu’il entrait dans une pièce, tout le monde se levait spontanément. Que se passe-t-il ? C’est le Rav Chalom Messas qui entre. Quelque soit le nombre de rabbanim qui se trouvait sur la table d’honneur ; quelque soit le nombre de rabbanim qui pouvait se trouver dans la salle où il pénétrait. Qu’il s’y trouve des rabbanim hassidiques ou des Roché Yéchivot, directeurs d’académie talmudique - et nous parlons de Jérusalem qui est une ville de Torah - le silence envahissait la salle. Tout s’arrêtait. Que se passe-t-il ? C’est le Rav Chalom Mesas qui arrive. Et cela avant même qu’il ne prenne la parole. Ce n’est pas trois chose que nous pouvions apprendre du Rav Messas, c’est une multitude de choses que nous avons appris de lui, que son mérite nous protège et protège le clal Israël.

 

Puis le Rav Lau indiqua qu’il tenait à répéter un élément du discours qu’il avait prononcé au cours de l’enterrement du Rav à Jérusalem. Le Talmud (fin du traité Kidouchin) explique que Ezra le scribe monta en Israël de Babel en emmenant avec lui une partie du peuple juif qui se trouvait en exil. Le Talmud mentionne tous les problèmes occasionnés par l’exil concernant le statut personnel. Le Rav Lau ajouta : « A l’époque d’Ezra, l’exil n’avait duré que soixante dix ans, et les exilés ne venaient que d’un seul pays. Aujourd’hui, l’exil a duré plus de deux milles ans et les juifs arrivent en Israël de plus de cents pays à travers le monde. Imaginez le nombre de tragédie, de problèmes insolubles. Et pourtant, au sein du Beit Din Hagadol  de Jérusalem, que j’ai présidé ces dix dernières années, nous savions que même lorsque toutes les limites étaient atteintes, nous pouvions nous adresser au Rav Ovadia Yossef, que D. le garde et lui octroie une longue vie, Amen. Nous savions aussi que nous pouvions nous adresser au Rav Chalom Messas. Le Rav Chalom Messas consacrait ses jours, ses nuits, ses chabbatot, ses jours de fête, à aider, à sauver les familles en détresse. Il voulait leur trouver des solutions acceptables du point de vue de la halakha. Il était unique en son genre, unique dans la génération. Il voulait à tout prix assécher les larmes de ceux qui se sentaient frustrés et spoliés d’un droit naturel à une vie normale. Le nouveau Grand Rabbin d’Israël, Rav Chelomo Amar qui va présider ce Beit Din Hagadol n’aura pas le mérite que j’ai eu de pouvoir consulter le Rav Chalom Messas. Cela sera pour lui un manque et une perte de premier ordre ».

 

Puis le Rav Lau, rappela que le Rav Chalom Messas n’avait pas un seul « ennemi », qu’il avait réussi ce que personne n’a pu faire avant lui, : un véritable consensus autour de sa personne dans l’ensemble du monde rabbinique de Jérusalem. Dans une ville qui compte tellement de castes et de catégories de personnes, telles que les gens de gauches, les gens de droite, les hassisdimes, les orthodoxes des yéchivot, etc…. faire l’unité est véritablement un tour de force. Le Grand Rabbin Chalom Messas était le Rav de tout Jérusalem, et nous pouvons le dire le Rav de tous les enfants d’Israël.

 

Le Rav Lau conclut en rappelant que les attentats en France et en Israël perduraient. Il demanda alors à Rabbi Chalom Messas d’une façon vibrante et très éloquente de prier pour le peuple juif, pour le monde afin que de telles atrocités ne puissent plus se produire nulle part et qu’ainsi nous puissions atteindre le moment de la rédemption totale par la venue du Machia’h. Amen.

 

Le Grand Rabbin de Paris, Rav David Messas, fils du Grand Rabbin de Jérusalem prit la parole à plusieurs reprises au cours de cette soirée. La première fois après l’intervention du Grand Rabbin de France Rav Joseph Haïm Sitruk. Je restitue ses propos in extenso. Il faut noter qu’il parla avec beaucoup d’émotion et qu’à plusieurs reprises, il ne put contenir ses larmes.

 

« En rentrant d’Israël cette semaine, la première personne qui m’accueillit fut notre cher Av Beit Din Rav Nissim Rebibo. Il me dit : « Tu sais, j’ai rêvé hier soir de ton père. Il m’a demandé : Comment vas mon fils ? Je lui demandai alors dans mon rêve : De quel fils parles-tu ? Il me dit : Rabbi David ». J’en suis encore bouleversé, et rien que d’y penser j’en pleure encore. Cela veut dire que là où il se trouve, il est en train de demander à Rabbi Nissim et à tous les Dayanim, comment, nous la famille vivons cette séparation, comment nous assumons cette souffrance. Tout le monde a dit que mon père était un homme de halakha,  un homme de paix, mais moi je peux témoigner qu’il était un homme d’un piété extraordinaire. Quand il faisait la prière en public, il était comme tout le monde. Personne ne l’a vu prier seul. Moi j’ai pu constater qu’à certains moments, lorsqu’il priait seul dans sa salle de travail à son domicile à Jérusalem, que cette salle tremblait entièrement. Lorsque j’était tout petit à Meknes. Pendant les longues et froides nuits d’hiver, je me souviens de sa main qui venait s’assurer que nous dormions bien. Chaque matin, vers quatre heures du matin, il se levait et chantait des Bakachot des prières liturgiques. Permettez moi de vous chanter l’une d’elles. C’était des moments extraordinaires. Voilà ce qu’il chantait : (suivi le chant de  la prière )

 

Le Grand Rabbin de Paris reprit la parole pour introduire le Rav Edelman, responsable loubavitch de la ville de Casablanca. C’est lui que le Rav Chalom Messas avait nommé pour s’occuper du devenir religieux de la ville après son départ pour Jérusalem. Il faut noter que le Rav Edelman a fait le voyage de Casablanca à Paris  pour assister à cette azkara.

 

« Mon père, Rabbi Chalom Zatsal, est entré à Casablanca après avoir été élu à Jérusalem. Il a été accueilli avec beaucoup d’honneur par les autorités marocaines, très fières de savoir que leur Grand Rabbin avait été nommé Grand Rabbin de la ville sainte. Il est rentré car il ne voulait pas quitter cette ville sans avoir au préalable réglé tous les problèmes en cours et être sûr que les institutions juives de la ville étaient remises en de bonnes mains. Il faut savoir que mon père Zatsal était Avi Yétomim, il était le père des orphelins. Il s’occupait des biens des veuves, des orphelins, des questions d’héritage, de garde d’enfants etc…Il n’a quitté Casablanca pour Jérusalem que six mois plus tard, lorsque tout était en ordre. Il a confié au Rav Edelman que vous voyez ici, qui est un Rav de la communauté loubavitch, avec lequel mon père entretenait des relation très fraternelles. Il avait d’ailleurs de très bonnes relations avec les familles loubavitch présentes au Maroc, les familles Edelman,  Mathusof et Raskine. Rav Edelman est venu spécialement de Casablanca, pas uniquement pour témoigner, mais en raison de l’amitié toute particulière qui le liait à mon père Zatsal. Au delà de la famille loubavitch de Casablanca, il faut souligner la relation très poussée qui le liait au mouvement loubavitch et la considération immense qu’il avait pour le Rabbi de loubavitch, qu’il a consulté plusieurs fois, à qui il a rendu visite. Toute la communauté loubavitch ici présente sait parfaitement que lorsque mon père rendit visite au Rabbi de loubavitch, au moment de se séparer, le Rabbi raccompagna mon père jusqu’à la porte, et il resta à la porte de son domicile jusqu’à ce que mon père s’éloigne. Il paraît que c’était là une marque d’attention tout à fait particulière.

 

A la fin de la cérémonie, le Rav David Messas conclut par la cantillation d’un chant de Kipour : « Et Chaaré Ratson ».

 

Puis il ajouta « Je voudrais très brièvement évoquer quelques points de la personnalité de mon père qui pourraient nous servire d’enseignements. On peut dire de lui, dans une certaine mesure, ce qu’a dit Maïmonide du Machia’h, du méssie. : « Vahari’ho béréa’h elokim … » Il avait en effet une sorte d’inspiration lui dictant les besoins communautaires de son époque. Alors âgé de vingt ans - il s’est marié à dix sept ans - c’est dire la pureté de toute sa vie - mon père s’est rendu compte que les livres de nos anciens, de nos grand maîtres,  risquaient de disparaître, car ils demeuraient pour nombre d’entre eux des manuscrits et n’avaient jamais été publié. Au point qu’à un époque on a pu penser que les Rabbanim du Maroc et d’Afrique du Nord  n’étaient pas versés dans l’étude de la Torah, que la Torah avait été oubliée au Maroc. Le monde ne connaissait pas les trésors qui se trouvaient dans ses régions. Rares sont les Rabbanim du Maroc qui avaient une véritable notoriété dans le monde juif. On connaît cependant Rabbi Haïm Benatar, l’auteur du Or Hahaïm sur le Pentateuque. Il a une notoriété exceptionnelle dans le monde entier. Mon père m’a montré la lettre de recommandation que son maître Rabbi Yéhouda Berdugo lui a écrit avant son départ pour la terre sainte. Il le qualifia d’une façon assez simple. Cela veut dire que de son temps, il existait de d’immenses sages de la Torah plus grands encore que Rabbi Haïm Benatar qui eux n’ont pas été connus. Je peux dire aujourd’hui que mon père Zatsal qui a fait connaître dans le monde entier les sages du Maroc de cette époque. Il a fondé une association ayant pour but de recopier les manuscrits des ces rabbanim. Il s’agissait parfois de petits bouts de papier, souvent déchirés. Il fallait faire preuve de beaucoup de patience et d’intelligence pour reconstituer la totalité du texte. Et grâce à cela cette Torah a pu être diffusée dans le monde entier. Permettez moi de vous compter une petite anecdote : Le président de la communauté de Meknes, Monsieur Joseph Berdugo, a reçu le Résident Général du Maroc. Toutes les institutions importantes de la communauté avaient été invitées et mon père alors âgé de vint deux ans faisait parti des convives. Les anciens furent étonnés de sa présence. Mosieur Berdugo les calma en leur disant qu’il était responsable d’une association extrêmement importante. Au cours de la réception, le Résident Général demanda à chacun de lui exposer ses activité. Lorsque le tour de mon père arriva, le Résident Général fut étonné de voire un jeune homme et lui demanda ce qu’il faisait. C’est alors que mon père lui montra les manuscrits sur lesquels il travaillait et lui expliqua que ces petits fragments de papier devenaient de magnifiques livres qui étaient par lui suite lus et étudiés dans le monde entier. Le Résident Général fut extrêmement impressionné. Il dit alors que ce travail était digne « de la Sorbonne » et qu’il avait du mal à imaginer qu’à Meknes, qui était pour lui le bout du monde, on puisse trouver des gens capables de telles prodiges.  

 

Mon père a publié tous les livres Malakh Rabbi Réphaël Berdugo Zatsal. A un moment mon père se rendit compte qu’il n’y avait plus de rabbanim à Meknes. Tous les jeunes allaient faire des études profanes et délaissaient les études rabbiniques. Les jeunes venaient s’installer à coté de mon père avec leur journal et mon père restait accolé à ses livres de Talmud et de halakha. Mon grand père fonda alors une yéchiva pour lui tout seul. Elle fut dirigée par notre maître Rabbi Its’hac Sebbag. Au bout de quelques année de nombreux rabbanim y furent formés et servirent à Meknes et dans le Maroc. Déjà à cette époque, les élèves étaient pris en charge par la yéchiva et pouvaient ainsi étudier la Torah sans se soucier du lendemain. Je me souviens, encore gamin, d’une grande fête réalisée dans cette yéchiva au cours de laquelle dix sept dayanim reçurent leur diplôme. Il disait toujours le travail pour moi, les honneurs pour les autres. 

 

Lorsqu’il arriva à Casablanca, qui était une grande ville, il devint et j’ose à peine le dire : « le roi des juifs ». Il était respecté, adulé et entouré par la communauté et d’ailleurs pas les autres communautés aussi. Il a réussi à donner aux membres de la communauté juive de Casablanca un véritable bonheur de vivre le judaïsme. Il a pu le faire grâce au rayonnement naturel qu’il avait en lui même, j’ai du mal à parler de lui au passé. Là où il passait, c’était la paix, la sérénité. Et vous avez pu entendre les témoignages sur le travail exceptionnel qu’il a accompli  ensuite pendant vingt six ans à Jérusalem.

 

Je voudrai dire aussi qu’il était un homme « responsable ». Il disait « je suis Grand Rabbin de Jérusalem, je suis Av Beit Din, je dois assumer ma responsabilité ». Lorsque quelqu’un posait  une question, il fallait donner rapidement une réponse, oui ou non. Il n’avait aucune crainte. Il écrivait, argumentait, expliquait sa décision, et il disait que ceux qui ne sont pas d’accord avec moi, m’écrivent et je verrai s’ils on raison et je suis prét à revenir sur ma décision s’ils ont raison. Il lui est arrivé d’ailleurs parfois de changer d’avis.

 

Il nous laisse un héritage spirituel spécifique : Dérakhéha darké no’am, ses chemins sont les chemins de la douceur. On peut tout faire avec la douceur avec la gentillesse. C’est un langage de paix qui n’est pas en contradiction avec le langage de la vérité. C’est pourquoi il a été aimé par tout le monde. 

 

J’ai dit le jour de la lévaya qu’il avait un « leit motiv », Vekol ma’assékha yhyou lechem chamaym, et que tous tes actes soient faits au nom de D. Il me disait souvent : « Mon fils pense un instant avant d’agir. Agis-tu au nom de D. ou pour ton intérêt personnel ? Si tu es sûr que tu agis au nom de D., tes ennemis deviendront tes amis. Car ils sauront que tu agis de la sorte par conviction et non par intérêt ».

 

Le Grand Rabbin conclut par une prière pour sa mère et pour l’ensemble du peuple juif et pour la paix dans le monde.

 

Le Grand Rabbin lut par la suite un message fort poignant de l’ancien Grand Rabbin d’Israël, le Rav Mordékhaï Eliahou.




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Dufour