Apprendre avec les Sages...

Le Grand Rabbin Chalom Messas, zal
ner nichmato
"sa néchama est lumière pour nous"

par le Rav Yehoshua Rahamim Dufour (Dipour, en hébreu)
http://www.modia.org

Retour au plan de tous les pages consacrées à l'oeuvre du Rav
Cette page est complétée au fur et à mesure des témoignages que je reçois.
Le Copyright selon le dine Torah et selon le droit international ne permet pas de capter les images du site ni de les reproduire
sous aucune forme autre que pour l'usage personnel de lecteur.

On pourra dire les psaumes 33,16,17,72,91,104,130 et 119
spécialement les chapitres de ce psaume 119 commençant par les lettres
de son nom: chine,lamed,vav,mem,mem,chine,aleph,chine




Le Rav Chalom Messas, zal. Baroukh dayane ha éméte.
était le Grand Rabbin de Jerusalem depuis 25 ans, et le Président des Présidents des tribunaux rabbiniques de Jérusalem. Il est décédé à Jérusalem ce Chabbate 12 avril 2003, ce 10 Nissane 5763, jour de la hiloula de Myriam la prophétesse, soeur de Moché Rabbénou et de Aharone le Cohen Gadol. Il était âgé de 90 ans de bénédiction.
Il est aussi le principal posseq et décisionnaire actuel de halakha selon la tradition des  communautés sépharades d'Afrique du Nord. (voir aussi la page des rabbins du Maroc). Il est remarquable de constater que c'est lui, et de cette communauté qui avait été choisi par tous pour tenir ces nobles fonctions pour la première ville d'Israël.
Il avait été sollicité en 1978 par le Grand Rabbin d'Israël askénaze Chlomo Goren et par le Grand Rabbin sépharade Richone lé Tsione Ôvadia Yossef, pour tenir ce rôle qui était resté vacant plusieurs années faute de personnalité adéquate. Il était alors Grand Rabbin du Maroc après avoir été Président du Tribunal rabbinique de Casablanca depuis 1949.
Il avait été capable de faire sa publication à l'âge de 17 ans, jeune prodige en connaissance de la Torah, et publia son dernier livre (Vé'ham hachéméche, commentaire en deux volumes sur toute la Torah à quelques semaines avant son décès à l'âge de 90 ans. Alors qu'il était alors encore en pleine activité, il fut emporté par un malaise cardiaque en 10 minutes, mitate néchica, laissant ses proches désemparés par cette séparation soudaine, de même que ses innombrables disciples, rabbins et jeunes qu'il aidait continuellement de ses conseils et de sa réassurance dans les capacités de chacun pour avancer dans la Torah. Il était l'instance de recours de tous les tribunaux rabbiniques de nombreux pays pour les cas les plus complexes et qui paraissaient insolubles.Et il travaillait sur ces dossiers jusquéà résolution, par amour intense pour tout être souffrant. Sans ménager ses heures ni ses forces. Plus l'âge avançait, et plus il était sollicité pour sa sainteté, sa lumière, sa science, sa sagesse et son humanité. Il était un exemple et une démonstration que la Torah fait vivre.

Je vais vous faire partager cette vie avec un Sage. Vous aurez ainsi eu cette expérience et serez prêt à étudier la Torah en fréquentant les Sages. Des centaines d'autres pourraient vous transmettre leur expérience, plus grande, mais je n'ai que celle-ci. La leur serait certainement identique, et ajouterait beaucoup d'autres dimensions.

Chaque lecteur de Modia lui est grandement redevable car nous puisons à sa sagesse, à son amour inconditionnel de tout Juif, et de toutes communautés, à son mélange de connaissances approfondies, de sa capacité d'aller vers l'essentiel au milieu de la complexité. Il se comportait en père, plus: en papa, envers chacun.
C'est pour cela que des milliers et milliers de jeunes l'ont accompagné à juste titre lors de son enterrement. Chaque lecteur peut dire de lui ce qu'il disait de tous ceux qui ont contribué à le former, dans sa préface à son livre Chéméche oumaguène:

"vé hakkol bizékhoute avotaï haqédochim ner nichmatam"
"et tout est par le mérite de mes pères ces saints, leur néchama (âme) est une lumière".

Et, que, en ces jours où nous devons vivre la sortie d'Egypte comme si nous même nous sortions d'Egypte pour nous diriger vraiment en tout notre être (et pas seulement dans notre tête) vers la terre de la Chékhina, la terre donné celle d'Israël, maintenant et pas l'an prochain comme un rite de répétition sans réalité:

"vézakhiti lé'habbér séfarim ché hem torate haaréts"
"et j'ai reçu le mérite décrire des livres qui sont la Torah de la terre d'Israël" (et non plus la Torah de la galoute).
C'est lui qui écrivait cela de ses précédents livres, ce qui ne leur enlève rien mais donne aux derniers une valeur supplémentaire.

Je pourrais raconter sans fin sur sa modestie, base de son accueil, de son affection, de sa proximité. Et surtout sur son souci de trouver des solutions aux nombreuses souffrances des personnes qui s'adressaient aux tribunaux rabbiniques.
Entrons. Combien de fois, j'ai vu ce bureau couvert de dossiers, tous très bien rangés, et le texte final de sa décision rédigé à la main d'une plume claire et régulière. La pleine jeunesse. Il me disait, en hébreu: "aujourd'hui, grâce à D.ieu, j'ai pu rendre 7 décisions qui vont régler des problèmes difficiles. Je reçois des dossiers des tribunaux rabbiniques de partout devant des cas qui semblent insolubles. Et j'ai pu trouver là une erreur, là une autre façon de prendre le problème, là une décision déjà rendue sur ces cas, surtout des cas de divorces, de agounotes, de mamzérim". Heureux d'avoir pu alléger des souffrances, vraiment heureux. Mais au prix d'une nuit entière de travail, soutenu par un modeste yaourt pris le soir. Une conception de l'hygiène que peu connaissent.

Je pouvais lui parler, lui demander conseil pour ma vie, mon étude, moi l'insignifiant à côté de sa lumière. Et on pouvait parler avec le plus grand sérieux de questions graves dans la qédoucha. Toujours très directement et rapidement. Et il adorait quand je lui demandait une précision sur une coutume ancienne dont il avait été témoin ou sur ce qu'il avait fait dans sa jeunesse, comment il avait progressé. Il me semblait que c'est justement parce qu'il avait été brillant si tôt qu'il accordait beaucoup de temps aux jeunes car il pensait (à juste raison) sur sa propre base que le potentiel de chacun est immense.


Je ressentais cela (comme tous en témoignent), sa lumière de qédoucha, sa transparence, sa proximité et son affection et quand, en conclusion, il me donnait sa bénédiction: "Hachém yimalé éte michalotéikha lé tova, que Hachém accorde la réalisation complète à tes aspirations dans le sens du bien", je savais que ses mots brefs après notre échange étaient des phares sûrs pour ma vie, mon étude, ma façon intime de vivre et de pratiquer le judaïsme, en conclusion de l'échange, des questions soumises, et des conseils demandés.

Ici, il prépare son loulav, et j'apprends ainsi comment il l'entoure de fils selon la tradition. "Asseyez-vous ici à côté de moi". Vous voyez ici cette proximité affectueuse et dans quelle lumière est ce contact. Un être toute lumière (à gauche!). On est immédiatement situé à notre petit niveau. On ne peut pas se tromper sur soi devant ce miroir.


Avec son humour immense autant que sa sincérité, il ajoutait: "beaucoup de gens viennent me demander une bénédiction, qui suis-je moi pour donner la bénédiction, mais ils me le demandent, je la donne"!

Le voici, assis à la même place mais un peu plus à gauche (comparez d'après la position des livres).

C'est juste en face de son bureau dont vous voyez le dessus tout en bas de la photo. Entre le bureau et le canapé, il y avait environ un mètre où il faisait glisser une table basse sur laquelle il posait des dossiers qu'il lisait ou quand il grignotait. Il aimait s'asseoir sur le divan jambes repliées sous lui, comme les anciens au Maroc. (Ici, photo prise un jeune visiteur à qui il a consacré beaucoup de temps et qui pourrait vous dire exactement tout ce que je dis, comme beaucoup d'autres).


Il y a peu de temps, il a relu devant moi la recommandation qu'il avait faite sur mon livre d'introduction à l'étude du Talmud, Le Lév Gompers. Je le regardais, inquiet. Il hochait la tête, avançant d'un air étonné et approbateur, en avançant lentement ligne par ligne, comme s'il lisait un texte écrit par quelqu'un d'autre. Ensuite, il me redit sa satisfaction en termes que je ne peux oublier. C'était sa bonté. Et de savoir prendre du temps pour l'autre.

En face, son bureau relativement petit (environ un mètre sur un peu plus) et ce grand fauteuil pivotant dans lequel il pouvait bien se reposer après s'être longtemps penché en avant sur les dossiers dont il lisait chaque mot lentement avec une grande concentration. Quand on entrait, il relevait la tête et, s'il pouvait s'écarter de son travail, il faisait pivoter le fauteuil vers vous pour vous accueillir.On voyait son sourire et ses yeux brillaient pour vous montrer qu'il était content de vous recevoir. On lui baisait la main respectueusement.

En cette position, lors de ma dernière visite, il y a quinze jours, je lui ai demandé s'il voulait bien m'accorder une photo pour les lecteurs. C'est très désagréable de demander cela, apparemment disposer de l'image de quelqu'un, mais je me disais qu'il me répondrait comme il l'entend. "Bien sûr, me dit-il; des gens me demandent cela, c'est qu'ils ont besoin!": toujours le service du peuple et l'humour gentil, sous apparence enfantine mais, en fait, la sagesse de celui qui est très très loin de notre situation dans ce monde.

Je me rappelle notre premier contact. Je lui avais transmis le texte de ce livre ne sachant pas s'il était souhaitable de l'imprimer ou non. Il lisait parfaitement et parlait parfaitement le français mais l'échange était en hébreu. Il me dit: "je vais le lire, donnez-moi huit jours, retéléphonez-moi". Ce que je fis, il me redit: "je travaille dessus, redonnez moi une dizaine de jours". Je tremblais du verdict, assuré que j'allais entendre: "mon petit monsieur, allez étudier trente ans en yéchiva et revenez alors me présenter votre manuscrit". Je téléphonais à la date indiquée, il me dit: "vous pouvez venir". Vous imaginez mon tremblement, véritablement. Les articles scientifiques ou livres ne suscitent chez moi aucune appréhension des critiques mais, là, il s'agit de qédoucha et j'ai un respect total et ne voudrais pas porter atteinte ni tromper des lecteurs, ce serait très grave. J'arrivais, il terminait de parler debout avec un jeune de yéchiva qui partit. "Ah! vous voilà". Il se mit à bouger les bras et le corps comme s'il dansait, il était joyeux, heureux, il me dit: "je vous bénis, vous devez continuer, vous devez continuer, j'ai tout lu, ligne par ligne, je n'enlève rien, vous pouvez y aller, je vous ai fait la amlatsa (recommandation), la voici, continuez continuez". J'étais complètement surpris et me devais d'obéir. J'obtempère.
Voilà le grand sage, tellement proche des petits, aidant, encourageant, chaque fois que cela aide le peuple d'Israël. Mais toujours en réfléchissant, en prenant le temps, en examinant à la loupe, pesant chacun de ses mots écrits.


Quand il parlait avec son secrétaire et chauffeur, j'étais frappé de la proximité et de sa joie, comme s'il était heureux d'être avec un ami et il lui disait: "Le Rav Untel travaille à...?" L'autre répondait: "Non, à... il fait ceci et cela". Et je voyais qu'il recueillait à travers cela des informations en donnant crédit affectueusement à celui qui parlait, sans en discuter.

Le téléphone sonnait: c'était un Juif originaire du Maroc qui avait envie de se laisser pousser les péotes et se demandait si cela correspondait ou non à sa tradition et qu'en pensait le Rav. Voici sa réponse que j'ai entendue: "Très peu en avaient au Maroc, j'en ai vu quelques uns et ils étaient comme des anges". Et il quittait gentiment le correspondant. Il avait été bref, respectueux, ne disant jamais de mal, parlant en positif, plaçant les choses à leur véritable niveau. La réponse était remarquable: c'était rare dans la tradition mais possible, et si le correspondant se sent faire partie de ces anges, à lui de voir; mais on le laisse penser et on a été respectueux. En plus, quel enseignement non pas sur le cas mais sur la relation.
Voir cela, c'est apprendre dans le chimouche talmidé 'hakhamim, la pratique à avoir de la fréquentation des Sages. On ne peut apprendre la Torah que comme cela, sinon elle est théorique et souvent cassante, extrémiste. Il parlait avec le ton de la même appréciation de rabbins des différents courants d'Israël.

Et il aimait me raconter son enfance, j'adorais. Les coutumes. Il me disait, "venez, asseyez-vous là près de moi". Les visages étaient proches, j'écoutais, c'est tout, et ensuite j'ajoutais une autre question. Il aimait cela aussi et me proposait de revenir bientôt. Et il me parlait aussi tout simplement de sa santé ou de son horaire de vie. Et un peu aussi de la situation de notre peuple, et il ne prolongeait pas et soupirait et je sentais qu'il souffrait paternellement et il abrégeait.
Par contre, quand il était dans des dossiers, il donnait sa bénédiction d'un geste et d'une phrase et sans perdre une seconde ni un mot, et il était déjà rentré dans son dossier. On partait.

Ce qui est frappant chez ces grands Sages, dans le conseil, contrairement aux petits conseilleurs qui jouent aux voyants autoritaires, c'est qu'ils vous renvoient gentiment à votre capacité, la confirment, sont ouverts et donnent une orientation large et non pas une prescription arbitraire. Mais la compréhension de la situation était immédiate et on voyait une immense expérience. Rien qui jouait sur l'autorité, le pouvoir, l'influence.
Un jour, j'avais un conseil à demander concernant mon étude et ma prière et je lui dis en gros: je vis comme ceci, comme cela, est-ce que je me peux me baser sur votre réponse à la question Unetelle dans votre livre? Il me regarda dans les yeux très amusé et me dit sur un ton beaucoup plus bas comme une confidence seulement pour nous deux et pour que l'on ne nous entende pas: "le Rav qui m'a posé la question, c'est moi!". Je lui dis: "je l'avais bien compris" et nous avons ri. En tous cas, j'étais doublement rassuré sur la réponse.


Ce qui me semblait le caractériser, c'était un regard d'une très grande présence et de bonté mais,
en même temps, le regard était relié très loin à une autre Présence.
Et nous le retrouvons avec constance et fidélité à travers les âges. Rencontrons ces regards.
A la frontière de la jeunesse et de l'âge mûr:

Net, clair, unifié, rien de double ni trouble.

Le même regard, mais il a eu la charge de tant de personnes et de souffrances.



Toujours une présence directe mais aussi la retenue,
ce qui est le plus difficile à acquérir. C'est que le lieu où il séjourne est Le maqom.


L'attitude indiquait le respect

Dans l'échange, sa présence devenait très expressive naturellement, en traduisant
sans fard le bonheur d'une rencontre heureuse ou d'une préoccupation.
Et il était entièrement dans la relation.
Le voici, rencontrant le Rabbi de Loubavitch


Une relation unique le reliait au Grand Rabbin Ôvadia Yossef, Richone lé Tsione.
Pour rester dans le domaine de la Torah, personne ne peut contester la dimension exceptionnelle
du Rabbin dont les connaissances ont été prises en compte dans tout le monde des Juifs orientaux qui ne sont pas tous sépharades.
Seul le Rav Chalom Messas pouvait se placer sur ce terrain, à ce niveau et tenir tête ou contester nettement quand l'enseignement du Rav Ôvadia montrait qu'il ne connaissait pas ou ne tenait pas compte des traditions antiques des Juifs du Maroc. On est là entre géants qui portent chacun des siècles de Torah orale. Dans ses ouvrages le Rav Ôvadia répondait et tranchait, mais le Rav Messas rectifiait encore la réponse et tenait bon. Qui sera capable de cela maintenant?
Il y avait donc une stimulation réciproque et ces images montrent cette affection dans la Torah qui ne pouvait se vivre qu'entre ces personnages de sommets.


et en confidence. Regardez la proximité fraternelle des mains.

On peut le dire dans tous les sens de l'expression: ils étaient attachés l'un à l'autre.


Ce qui est remarqué, c'est la proximité affectueuse mais surtout respectueuse des Grands rabbins d'Israël qui écoutent ses éclairages.
Ici, le Rav Modékhaï Eliahou, Richone léTsione, ancien Grand Rabbin d'Israël:


Ici, le Rav Méïr Mazouz, le leader spirituel mondial de la communauté des Juifs tunisiens:

Il est remarquable de constater que c'est toujours cette même relation de leur part: le questionner et l'écouter.
Un exemple à suivre en allant étudier ses livres maintenant (halakha, commentaires de la Torah, sidour).

Ici, encore, la même constance, c'est le Rav qui explique et enseigne avec conviction et jeunesse
dans l'écoute respectueuse du Rav Ôvadia Yossef:

Nous avons découvert là sa puissance. La Torah n'est pas seulement un savoir, c'est être forts,
comme cela a été dit et redit au début du Livre de Yehoshua, allez vérifier.

Impressionnant de voir ces grands être vigilants, soucieux ensemble et également,
quand un problème de la communauté leur est exposé. Ce des des pères, mais ils sont terriblement jeunes
dans leur vigilance et leur capacité intérieure de réaction, comme des félins:

Même pour une bénédiction, c'est au Rav que la primauté est donnée par ces grands:

A droite, on distingue le Rav Chlomo Amar qui est maintenant devenu le Grand Rabbin sépharade d'Israël.



Appel ! Et merci d'avance.
Vous qui avez dans vos archives de famille ou de communauté des photos, videos, enregistrements du Rav Chalom Messas, lettres, recommandations, etc.
Remuez vos archives du Maroc, de France, de famille, de Montréal, de Caracas, de New York, etc, et remuez vos souvenirs... Demandez à vos anciens.

Pensez à toutes la communauté et à l'avenir.
Prenez quelques minutes pour doubler votre exemplaire
et m'en envoyer un double.
Je l'utiliserai pour l'insérer quand ce sera possible et je le remettrai au fonds officiel que nous constituons ainsi progressivement et qui sera protégé de la dispersion et de l'oubli.
Vos enfants et petits enfants sauront où les chercher.
Pour tous, MERCI !
Envoyer à:
Rav Yehoshua Rahamim Dipour
5 Alef Alroi, 92108 Jérusalem, Israël.


Une autre fois, il partait pour une cérémonie ou un mariage et, avec son même humour qui jouait sur un côté enfantin, il me dit: "je mets cette écharpe blanche, les gens aiment cela, des fois ils me disent: mettez votre écharpe quand vous viendrez!". Il faisait plaisir. Mais, en fait, c'était un insigne des grands dayanim, juges rabbiniques, au Maroc. J'adorais ce mélange d'immensité, et de simplicité. C'est un peu comme cela que les enfants pensent à notre Père qui est dans les Cieux. Bonté totale et immensité.

Comme on le voit sur ces photo. A gauche, le Rabbin Hayim David Serero, Fés. (A droite, le Grand Rabbin Yossef Messas, auteur du livre Mayim 'Hayim, fils de Ribbi Hayim Messas (1843-1904) qui écrivit Nichmate Hayim. Le Rabbin Hayim David Serero est ici avec son écharpe également, bien entendu!

Ci-dessous aussi, le Grand Rabbin Yossef Messas qui étudie, avec écharpe; et, ici encore, à droite, avec le Roi Mohammed V

Voici aussi une photo du même Rav Yossef Messas, oncle du Rav, devenu Grand Rabbin de Haïfa:


Le voici, avec le Beit dine de Casablanca en 1962.
A gauche, le R. Rahamim Bénamara, puis le Rav Yitshaq Hazan, au centre le Rav Hayim Chouchana,
puis le Rav Messas, immense, et à droite le Rav Moché Malka:


Le voici, dans la représentation de ses fonctions, en 1973:


Il y a quelques jours, je vais le saluer et il n'était pas là, il était parti... à la Mer Morte en voiture pour l'inauguration d'un Séfer Torah. Je faisais part de mon étonnement (en effet, c'est loin, très fatigant, les grandes dénivélations, et à son âge). Il a voulu y aller... parce qu'on le lui a demandé 4 fois et il n'a pas voulu faire de la peine. Un vrai jeune. Quelle force.

Notre photo préférée qui résume l'être, sa noblesse, sa lignée, ses fonctions, le Sage, le modeste et celui qui aime tout Israël.

Il vivait totalement dans la Torah, ne dormant que quelques heures, se nourrissant très peu, non pas par ascétisme mais parce que cela lui permettait d'assumer ce train de vie. Une sagesse que l'on ne trouve plus. Un enseignement.

Il venait de terminer et de voir la publication des deux tomes de ses commentaires de la Torah, en hébreu. Il me disait: "je les ai commencés quand j'étais très jeune, vers 17 ans", et il aimait me parler de sa jeunesse dans la Torah, combien il étudiait et chantait. Et j'étais heureux qu'il ait eu dernièrement le bonheur de voir le mariage de l'une de ses filles. Car avec nous, il portait et partageait aussi les soucis pour ses enfants, un souci de santé, une opération.

Voilà, j'ai voulu vous faire partager cette vie avec un grand Sage telle que je l'ai connue. Mille autres que moi auraient pu en dire davantage et plus important, mais j'avais cela à vous faire partager. Vous aurez ainsi eu cette expérience et serez prêt à étudier la Torah en fréquentant les Sages. C'est lumineux, et c'est très simple, parce que spirituellement modeste. Donc qédoucha.
Nous étudierons, si D.ieu veut, ses livres de halakha. Ils sont la base de mon étude constante puisque l'on doit étudier au moins deux halakhotes par jour.

L'une des dernières fois, je lui parlais de ce projet de présenter les réponses aux questions halakhiques en me basant sur ses livres. Je lui montrais son livre sur lequel j'ai mis beaucoup de notes, décortiquant sa méthode d'analyse et la construction de sa décision étapes par étapes. Je voulais en savoir davantage sur le choix de cette méthode, il m'a appris à me préserver en disant: "je sais, il y a aussi des dayanim qui me demandent à étudier avec moi ma méthode mais tout est là dans le livre, étudiez-le".
Je lui disais que j'avais l'intention, dans l'enseignement sur le site, de présenter spécialement une réponse que je trouvais remarquable dans le déroulement rigoureux car elle serait très démonstrative pour les étudiants. Et je lui disais avoir vu alors seulement qu'elle n'était pas de lui mais de son fils David, le Grand Rabbin de Paris et qu'il l'avait insérée dans son propre livre.

(e-mail du Grand Rabbin de Paris pour ceux qui voudraient lui exprimer leur soutien respectueux en ces moments:
david.messas@consistoire.org )
Voici le début:

Alors il me dit combien son fils est brillant et 'harif, dit-il, dans l'étude de la Torah et dans ses travaux de halakha, il se dilatait et était très admiratif et heureux plus encore que fier, et il étendit aussi son compliment à d'autres de ses fils. Le Grand Rabbin David Messas est aussi Président du tribunal rabbinique. Et d'autres enfants sont également rabbins.

Après plus de 70 ans de vie commune avec Madame Messas, nous comprenons combien la séparation peut être douloureuse. Que le Ciel accorde la consolation de Jérusalem à son épouse et à sa famille. Le voici avec elle, il est en train de bénir un jeune enfant qui deviendra probablement un grand Sage. On voit le bonheur du Rav. Regardez la puissance de cette main qui bénit, à près de 90 ans.


Il est dit que la mort du tsaddiq mékhapérét, purifie le peuple et le sauve de ses fautes (lien ici). Que ce soit le cas, d'autant qu'il nous a quitté le jour de la hiloula de celle qui avait sauvé notre peuple qui en a bien besoin: Myriam (voir l'étude ici). Et qu'en Israël, surgissent alors de nombreux bergers comme lui, comme elle, par leur mérite. Amen!
 
En 1962, sortie de son livre de décisionnaire en halacha, Mizra'h Chéméche

    En 1979, sortie de son livre de halacha, Tévouote Chéméche, 4 tomes.

    En 1986, sortie de son livre de halacha, Chéméche oumaghéne tomes 1 à 3

    dans la lumière de Jérusalem comme Grand Rabbin de la ville sainte, et Premier Président des tribunaux rabbiniques.

    Le Rav Chalom Messas, Grand Rabbin de Jérusalem et Roche Avote baté ha dine, Premier Président des tribunaux rabbiniques de Jérusalem (1999). Il est le fleuron de toutes ces lignées revenues ainsi à leur source, d'où elles enseignent par lui, à Jérusalem.

    Un sidour ou livre des prières quotidiennes Vézéra'h hachéméche
    publié à Jérusalem comprend ses notes et décisions concernant les particularités des communautés du Maroc dans la prière. On les trouve également dans ses autres ouvrages et nous les placerons sur le site pour que les nouvelles générations puissent les continuer. Voici la couverture de ce sidour;

    Diffusion. Tel 972-2-6524273 ou 6768153.

    Je termine par cette image qui symbolise bien ce parcours. Voici une lampe juive du 3e siècle (Musée de Rabat), faite pour porter l'huile de la bénédiction et la lumière et qui se joint à la ménorah du Temple. Elle fut trouvée dans les ruines romaines de Vollubilis au Maroc. Ils l'ont aimée et fait luire, elle nous a été transmise malgré beaucoup de ruines. Elle se reliait à Jérusalem. A chacun de nous de la faire luire à nouveau, et à Jérusalem, à chacun de nous de faire notre travail à notre tour.


     

Maintenant, place à la prière
pour le repos et l'élévation de l'âme du Sage,
pour la lecture des téhilim, les psaumes, spécialement le psaume 119
en lisant les paragraphes correspondant aux lettres du nom

et aux lettres de néchama.
et étudier les rites juifs qui suivent le décès, sur cette page.
Et le qaddiche, pour l'élévation de l'âme du défunt.
Puis étudier ses livres. Nous le ferons sur le site, si D. veut.


La famille Messas
hommage

par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour
http://www.modia.org 



La famille Messas
Sources 
- Séfer Maâyane Mayim 'Hayim, du Rav Joseph Messas.
- Tiféréte Banim Avotam,  du Rav Joseph Messas (Fès, 1913). 
- Les noms des Juifs du Maroc, par Abraham I. Laredo (Instituto B. Arias Montano. Madrid 1978).
Merci de me signaler toute erreur ou manque dans cette page.

Origines éventuelles du nom
- la synagogue Al-Machacha du Caire existante depuis le début de l"ère actuelle (The Jewish Encyclopaedia 1907, 5, 71),
- la ville de Mézas dans la région de Madrid en Espagne (selon le livre Séfer Maâyane Mayim 'Hayim, du Rav Joseph Messas), et ceux qui en viennent de cette ville en portaient le nom comme il est courant dans la création des noms de famille.
- la ville de Messas dans plusieurs régions du Portugal,
- le mot Messas (tables) en espagnol,
- la profession de barbier, massas en arabe.


Généalogie rabbinique
 
Avant 1492, Selon le Rav Joseph Messas, des pierres tombales en Espagne portent ce nom avant l'expulsion.
Au moment de l'expulsion des Juifs d'Espagne, des actes portent le nom orthographié Almaxes (Fritz Baer, Kastilien inkisisioneakten, Berlin, 1936 (pp. 410, 420).
Au 16e siècle,
- notes de Moché ben Mechacha sur la Grammaire de R. Kalonymous (vers 1520),
- vers 1590, askama de R. Yehouda ben Yits'haq ben Mechach, de Tunis, au Séfér Chéch Kénafayim, de Avraham HaCohen.
- vers 1590, R. Mordékhaï ben Messas est cité dans le Séfér Chéch Kénafayim, de Avraham HaCohen.
Au 17e siècle,
- en 1609, R. Yossef ben Mordékhaï Messas est Grand Rabbin de Debdou. Il s'installe à Meknès.
- son fils R. Eliêzér, rabbin à Meknès, meurt en 1643. C'est la source de la famille actudelle.
- son fils R. Zikhri est rabbin à Meknès en 1690. Il commence une longue série de membres de la famille qui tentèrent en vain de monter en Terre d'Israël, sur plusieurs générations. Mais les persécutions en chemin ne le permirent pas.
Au 18e siècle,
- R. Messod, fils de R. Zikhri,  est rabbin à Meknès. Pendant un an, il tenta de franchir les barrages des priates pour rejoindre la terre d'Israël mais n'y parvint pas. Notre génération est le tiqqoune de tous ces courageux. On connait ses fils Zikhri, Yits'haq et Yaâqov.
- son fils R. Zikhri (1741-1781), rabbin à Meknès,  eut pour fils Aharone, Yeshaya, David et Mordékhaï. Il accueillit en 1773 le célèbre R. Amram Ben Diwan, émissaire de 'Hévrone, qui mourut en 1781 et fut enterré près de Ouezane, tombe qui est devenue un grand lieu de pélerinage. Il tenta de partir à son tour pour la terre d'Israël malgré les menaces des autorités musulmanes, puis organisa un convoi mais il mourut à son passage à Fés. R. Amram Ben Diwan mourut la même année. Les persécutions continuèrent et redoublèrent spécialement celles de Moulay Elyazid dans la décade qui suit. Et une grande partie de la communauté se dispersa dans les pays avoisinants.
Au 19e siècle,
- R. Mordékhaï, fils de R. Zikhri, fut rabbin à Meknès. Il demanda à son fils Zichri de continuer les tentatives de retrour sur la terre d'Israël.
- Ribbi Zichri est connu pour avoir vendu tous ses biens et s'être rendu à Oran pour embarquer mais les guerres locales (entre Oran et Tlemcen et avec l'Espagne) rendirent impossible tout départ. Il fut contraint de rebrousser chemin. Quand aujourd'hui, on répugne à faire la alyah parce que les conditions de prêts ou de travail ne semblent pas assez bonnes, on oublie le courage des ancêtres. Ses trois fils, Chalom, David et Hayim, firent le serment de réaliser leur alyah ensemble, la aliah de groupe était donc déjà pratiquée. Et ils partirent en 1863 mais, juste à ce moment l'une de leurs soeurs Jamila devint veuve et ils restèrent. On trouve désormais la présence des noms actuels de la famille Messas (Jamila, Chalom, David...).
 

Son 1e fils R. Chalom (1827-1886),  à Meknès (époux de Jamila Berdugo), sera père de Eliahou, Chalom et de R. Maïmoun (époux de Rahel Soudry, phos ci-dessus) et lui-même père du Grand Rabbin de Jérusalem Chalom Messas. Rahel était la soeur de l'épouse du Grand Rabbin Yehoshua Masaltouv Berdugo. R. Chalom mourut au moment où il allait partir réaliser son rêve de monter vers la terre d'Israël. Il a écrit Divré Chalom, un livre brillant de Chéélote ou téchouvotes et l'anniversaire de sa hiloula est aujourd'hui, le jour où j'écris ces lignes, le 9. Ce livre fut édité par son petit fils en 1940 à Meknés.
Mais deux membres de la famille réussirent, R. Daniel et R. Chélomo, en 1855 et s'installèrent à Tibériade.

son 2e fils R. David, rabbin  à Meknès (1833-1878), sera père de Yaâqov rabbin à Meknès,
(1867-1933), lui-même père de David.

son 3e fils R. 'Hayim, rabbin à Meknés et Roche Yeshiva (1843-1904), auteur de Séfér nichmate 'hayim sur la Torah et de réponses halakhiques. C'est lui qui a formé tous les grands maîtres de Méknés, après qu'il ait renoncé à monter en Israël, estimant inutiles les efforts de la famille. Il subit les affreux pogromes de 1903, et en mourut l'année suivante.
Il est le père de Joseph, Yedidya, et 'Hayim Sidi (hébraïsant remarquable, père du Dr Salomon Messas de Strasbourg).Ces trois fils publièrent le recueil de ses textes, Nichmate 'hayim en 1949, et réédités en 1994 à Jérusalem.
R. Yossef, 1892-1974, fils de R. 'Hayim, eut une jeunesse difficile matériellement après la mort de son père, fut rabbin à Meknés, puis Grand rabbin de Tlemcen de 1924 à 1940 où il revint à Meknès comme dayane, puis Grand rabbin sépharade de 'Haïfa en Israël (1964-1974).
Auteur de nombreux ouvrages cités ci-joint.Son fils Elie a été actif pour ses publications posthumes.
Il a donné dans ses téchouvotes, la tonalité typique du Rav Chalom Messas (rigueur mais créativité pour résoudre les problèmes de souffrance et rapprocher les coeurs. On le surnommait l'ange rose, pour son teint et sa bonté. Il a laissé aussi de belles calligraphies, spécialement du psaume 67.

R. Avraham, rabbin à Meknés fut
auteur de commentaires sur le Talmud et de réponses halakhiques.
 Rav Hayim Messas, né à Méknes (1843-1904), auteur de Nichmate hayim .
Son fils est R. Yossef Messas (1892-1974):
- Mayim 'Hayim (Fès 1934, Jérusalem 1967) Réponses halakhiques.
- Ner mitsva (Fès 1939), hilkhote 'hanouka.
- Haggada de Pessa'h
- Zéva'h toda, Hilkhote ché'hita.
- Yéra guérichim, hilkhote guet.
- Bigdé Yéchâ, Hilkhote Souccote.
- Na'halate Avote, en 6 volumes, ses sermons (1940-1957).
- Otsar hammikhtavim, en trois volumes, Correspondance et récits sur l'actualité juive à Tlemcen et Meknés.
 



R. Chalom Messas, né à Meknès, fils comme nous l'avons vu de Rabbi Maïmoun, fut l'élève de R. Yits'haq Sebbag. Il fut un Sage et un fondateur et réalisateur:
- il dirigea le Talmud Torah de l'association féminine Em habanim qui prit une grande expansion jusqu'à plusieurs milliers d'élèves capables de parler l'hébreu moderne. Il forma les cadres de ces cours.
- Il fonda en 1939 la société Dovév chivté yéchanim pour l'impression et la diffusion des oeuvres des rabbins marocains. 
- Le nouveau grand Rabbin du Maroc, R. Yehoshua Berdugo, déplorant le manque de grande yeshiva, R. Chalom fonda la yéchiva Kéter Torah dirigée par R. Yits'hak Sebbag. Il devint dayane à Casablanca en 1949 et Président du tribunal rabbinique puis Grand Rabbin du Maroc en 1955. En 1979, il devient Grand Rabbin Sépharade de Jérusalem. C'était le rêve et le couronnement des efforts de cette famille pendant plusieurs générations et siècles pour atteindre la terre promise.
Ses ouvrages :
- Mizra'h chémeche.
- Kérén Chéméche.
- Tévouôte Chéméche (3 vol.).

Son fils David Messas est né à Meknés, a dirigé le Lycée Yavné à Paris, puis devint Grand Rabbin de Genève, et il est actuellement Grand Rabbin de Paris. Il est père du Rav Ariel.


Ici, page 2, l'hommage rendu au défunt (photos et exemple)
Ici, page 3, des images du Rav en excellente forme, et joyeux, deux mois avant le décès.
Ici, un lexique de tous les rabbins importants pour l'étude.
Ici, les rabbins par communautés.
Ici, les rabbins du Maroc.
 

Rappel:
Le Copyright selon le dine Torah et selon le droit international ne permet pas de capter les images du site ni de les reproduire
sous aucune forme autre que pour l'usage personnel de lecteur.

 


© Copyright
Dufour