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Extrait
du livre de Poèmes
L'amour au-delà de l'amour par Yehoshua Ra'hamim Dufour Auschwitz
Lettre de Yémima "Ma petite Maman chérie, tu es partie depuis si longtemps,
si loin, si loin. Tu es partie sans me le dire. Ma pauvre petite Maman,
comme tu as dû penser à moi que tu aimais tant, qui t'aimait
tant. Comme tu as dû avoir peur, et froid, et faim. J'ai su que tu
avais un bonnet bleu et toujours tes jolis yeux bleus. Toujours tu es dans
mon coeur avec moi, partout où je suis, partout où je vais.
Souvent je me dis, c'était horrible, mais maintenant depuis longtemps,
c'est fini, elle ne souffre plus. Oh, Maman chérie, si tu étais
restée, nous aurions vécu ensemble, à deux. Toi et
moi. Ca aurait été dur pour toi mais tu n'aurais pas souffert
ce que tu as souffert et que seule toi tu connais, et moi j'aurai eu ma
maman, je t'aurais eue, aimée, protégée. Mais voilà,
tu es partie, emmenée par ces bêtes, ces monstres à
figure d'homme. Et maintenant quand on parle d'Auschwitz, ou de 6 millions
de morts, je dois me forcer à admettre que toi, Papa et François
en font partie, que vous êtes parmi ce nombre anonyme, global. Mais
pour moi, non, ce n'est pas ça, vous êtes vous, et vous vivez
en moi et vous vivez en moi jusqu'à mon dernier souffle. Jamais
je ne parle de toi, Maman chérie, sauf à Roger. Les autres
n'ont pas besoin de savoir. Peut-être je devrais en parler plus à
mon François, pour qu'il t'aime lui aussi de façon plus concrète.
Mais lui aussi est si pudique que je ne sais comment lui en parler. Que
pensais-tu Maman chérie dans l'enfer sur terre ? Croyais-tu en Dieu
? Qu'étaient pour toi tous ces juifs autour de toi, perdus comme
toi dans le néant, dans la sauvagerie, dans la pire des détresses
?
Sans réponse, sans mot sans sourire de toi depuis ce 15 mars 1944 où je t'ai laissée dans ton lit le matin, avec ta liseuse rose, et moi partie à mon cours. Et quand je suis revenue à midi, la maison vide. Oh, ce coup de téléphone au magasin. La voix de l'Allemand, puis celle de Papa : "Viens immédiatement nous sommes embarqués tous les 4". Et moi perdue. Que faire, y aller ? Papa me le dit. Mais il a dit aussi : "Si jamais l'un est pris, il faut que les autres s'en sortent". Et je suis partie en courant chez les amis d'en face. Et puis ce fut fini, à partir de cette minute là, j'ai été seule, avec un seul impératif : vivre. D'abord, ça a été vivre en vous attendant. Vivre
courageusement pour que quand vous reviendriez, vous puissiez être
fiers de moi. Vivre debout. Forte. Monaco, Nice, les Michot et leur chaleur
bruyante, Marie-Louise, la mort de grand'mère, les faux papiers
par ce garçon aux yeux noirs brillants qui par la suite fut arrêté
et torturé. Je ne me souviens plus comment je me souvenais des moyens
de le contacter... Et on espérait toujours, on ne savait pas vraiment.
Ceux qui rentraient, qu'on allait voir. Puisqu'il y en avait qui rentraient,
pourquoi pas vous ?"
Tous nous étions et nous sommes visés. Nous avons réussi à être humains et frères Et voici le poème de Yémima avant son départ, Avant de partir, Merci, SOS, nous devons réagir car nous semblons oublier les leçons minimales de la fraternité, de nos valeurs que devraient nous rappeler tous ces événements. Aujourd'hui, jour de la libération d'Auschwitz, en 2005, 60 ans après, le journal Maâriv (pas moi) met sur une page entière la photo du ministre des Affaires étrangères Silvane Shalom disant: "ani ken mamash roé éfcharoute lé mil'hémét a'him, Moi, oui, réellement, je vois la possibilité que l'on est en train de se diriger vers une guerre entre frères".
Ce n'est pas moi qui le dit, ni qui accuse notre société, ni qui accuserait le sionisme; tout cela est mon pays, ma famille, et tout simplement l'humanité. Et, nous Juifs, nous avons un projet d'amélioration du monde, de re-Création vers la fraternité enseigné par la Torah. Or, nous aussi, nous osons agir entre nous, par l'injustice sociale cruelle, par le mépris du Juif en ses valeurs, et aller froidement jusqu'à nous préparer à utiliser les armes et l'armée contre nos frères, sans que cela nous semble une monstruosité. Quelle folie nous prend? Il ne nous a pas suffi que les autres le fassent, nous l'avons vu et nous en serions capables à notre tour. Oui, une partie de la population a faim dans l'indifférence de l'autre et en crève. Inadmissible après ces images de la Shoa. Un ministre d'un parti haineux a dit il y a quelques mois: "Un Juif a le droit d'être antisémite". Inadmissible après la Shoa. Un grand sculpteur dit il y a quelques mois: "quand je vois les Juifs religieux, je comprends ce que l'on a fait pendant la Shoa". Inadmissible après la Shoa, cette haine. Et, malgré toutes les protestations, il a reçu le prix de l'Etat d'Israël attribué par une commission présidée par le Ministre de la Culture et de l'Education. Inadmissible après la Shoa. Que ce jour nous sorte de nos folies qui augmentent sans freins. Nous apprenons par la Shoa et par notre folie actuelle que tout humain peut devenir fou et haïr. Il est temps d'aimer, de ne plus déserter. Etude sur
Auschwitz et autres poèmes du coeur blessé :
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