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Lettre de Yémima Nicole à sa
maman, Renée, martyre du peuple Saint, arrêtée
à Monaco
avec son mari Sylvain et son fils François, transférée
à Drancy, dépouilléede ses derniers biens
avec reçu réglementaire par la policefrançaise
à Drancyet livrée par elle aux nazis pour êtreexterminée
à Auschwitz,
le tout dûment enregistré.
Lettre écrite en
1990, 46 ans après les événements
Lettre de Yémima
"Ma petite Maman chérie, tu es partie depuis si
longtemps,si loin, si loin. Tu es partie sans me le dire.
Ma pauvre petite Maman,comme tu as dû penser à
moi que tu aimais tant, qui t'aimaittant. Comme tu as dû
avoir peur, et froid, et faim. J'ai su que tuavais un bonnet
bleu et toujours tes jolis yeux bleus. Toujours tu es dansmon
coeur avec moi, partout où je suis, partout où
je vais.Souvent je me dis, c'était horrible, mais maintenant
depuis longtemps,c'est fini, elle ne souffre plus. Oh, Maman
chérie, si tu étaisrestée, nous aurions
vécu ensemble, à deux. Toi etmoi. Ca aurait
été dur pour toi mais tu n'aurais pas souffertce
que tu as souffert et que seule toi tu connais, et moi j'aurai
eu mamaman, je t'aurais eue, aimée, protégée.
Mais voilà,tu es partie, emmenée par ces bêtes,
ces monstres àfigure d'homme. Et maintenant quand on
parle d'Auschwitz, ou de 6 millionsde morts, je dois me forcer
à admettre que toi, Papa et Françoisen font
partie, que vous êtes parmi ce nombre anonyme, global.
Maispour moi, non, ce n'est pas ça, vous êtes
vous, et vous vivezen moi et vous vivez en moi jusqu'à
mon dernier souffle. Jamaisje ne parle de toi, Maman chérie,
sauf à Roger. Les autresn'ont pas besoin de savoir.
Peut-être je devrais en parler plus àmon François,
pour qu'il t'aime lui aussi de façon plus concrète.Mais
lui aussi est si pudique que je ne sais comment lui en parler.
Quepensais-tu Maman chérie dans l'enfer sur terre ?
Croyais-tu en Dieu? Qu'étaient pour toi tous ces juifs
autour de toi, perdus commetoi dans le néant, dans
la sauvagerie, dans la pire des détresses?
Pourquoi, pourquoi ?
Sans réponse, sans mot sans sourire de toi depuis
ce 15 mars1944 où je t'ai laissée dans ton lit
le matin, avec ta liseuserose, et moi partie à mon
cours. Et quand je suis revenue àmidi, la maison vide.
Oh, ce coup de téléphone au magasin.La voix
de l'Allemand, puis celle de Papa : "Viens immédiatementnous
sommes embarqués tous les 4". Et moi perdue. Que faire,
y aller? Papa me le dit. Mais il a dit aussi : "Si jamais
l'un est pris, il fautque les autres s'en sortent". Et je
suis partie en courant chez les amisd'en face. Et puis ce
fut fini, à partir de cette minute là,j'ai été
seule, avec un seul impératif : vivre.
D'abord, ça a été vivre
en vous attendant. Vivrecourageusement pour que quand vous
reviendriez, vous puissiez êtrefiers de moi. Vivre debout.
Forte. Monaco, Nice, les Michot et leur chaleurbruyante, Marie-Louise,
la mort de grand'mère, les faux papierspar ce garçon
aux yeux noirs brillants qui par la suite fut arrêtéet
torturé. Je ne me souviens plus comment je me souvenais
des moyensde le contacter... Et on espérait toujours,
on ne savait pas vraiment.Ceux qui rentraient, qu'on allait
voir. Puisqu'il y en avait qui rentraient,pourquoi pas vous
?"
Seule, à Monaco, s'étant cachée
quelques semaines chez une famille amie, Yémima découvre
que les gens du voisinage la recherchent pour la livrer également
; la petite fille timide et incapable de vivre quelques instants
sans sa maman, part seule à plusieurs centaines de
kilomètres, à la recherche des maquis dont elle
a entendu dire qu'il y en avait dans les Alpes. Elle les trouve,
se fait accepter et assure la liaison entre les maquis dispersés,
fière d'attaquer l'ennemi. Son maquis est ensuite l'un
des premiers à être intégré dans
l'armée provisoire du Gouvernement français
provisoire, avant la libération totale. Obstinée,
elle obtient d'être exceptionnellement enrôlée
et sous l'uniforme bien que mineure, et est sous la responsabilité
d'une femme gradée. Elle quitte l'armée après
la libération. Descendante de Dévora et Judith.
Ici, l'ensemble de son histoire familiale qui avait tant apporté
aux autres. L'échec apparent puis le courage jusqu'à
l'aboutissement en Israël. Nous continuons: cliquez
ici
Et voici ce qu'elle a dessiné dans sa dernière
année, longtemps après les événements:
lumière, elle veille son papa seul et souffrant à
Auschwitz d'où il ne reviendra pas. Voilà ce
qu'elle a gardé en son secret toute sa vie.
N'oublions pas ces intimités que nous aurions pu vivre
également.




Tous nous étions et nous sommes visés.
Nous avons réussi à être humains et frères
en ces conditions. Ne plus jamais nous écarter de la
fraternité:
La Torah sans cette bonté est nulle.
S'ils ont aidé, porté et écouté
même en ces extrêmes faiblesses,
comment pourrions-nous sans honte ne penser qu'à notre
argent,
à choisir de vivre tranquilles pour n'aider personne
et être riches,
et ne pas apporter à notre peuple ce que nous pouvons
construire,
mais fuir et déserter et ne pas apporter?
Ecoute, Israël... tu aimeras de tout ton coeur, de tout
ton être, de toutes tes forces, de tous tes biens...
Et voici le poème de Yémima
avant son départ,
chacun de ces humains partait en aimant la terre, la vie,
ses proches.
N'en faisons pas pas une catégorie différente
de nous, des "déportés" ou des "survivants".
Ils sont nous.
Avant de partir
Avant de partir,
à mon amour
je dis mon amour,
à ma tendresse
ma tendresse.
Bête ma bête,
Vive ma vie,
Chaud ma chaleur,
Parle ma parole, parle.
J'écoute la tienne
qui cherche la mienne,
la trouve, la perd,
et la trouve encore.
J'écoute la tienne,
j'écoute la mienne,
paroles de si loin,
de si nous,
paroles de chemin,
notre chemin
à nous deux,
à ToiMoi.
Merci,
Vie
Fleurs
Cailloux
Herbe Pierre
Rouge Bleu Or
Merci
Vent
Vagues
Algues vertes qui
chantent encore
tout autour de
mes jambes
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SOS, nous devons réagir car nous semblons
oublier les leçons minimales de la fraternité,
de nos valeurs que devraient nous rappeler tous ces événements.
Aujourd'hui, jour de la libération d'Auschwitz, en
2005, 60 ans après, le journal Maâriv
(pas moi) met sur une page entière la photo du ministre
des Affaires étrangères Silvane Shalom disant:
"ani ken mamash roé
éfcharoute lé mil'hémét a'him,
Moi, oui, réellement, je vois la possibilité
que l'on est en train de se diriger vers une guerre entre
frères".
Ce n'est pas moi qui le dit, ni qui accuse notre société,
ni qui accuserait le sionisme; tout cela est mon pays, ma
famille, et tout simplement l'humanité. Et, nous
Juifs, nous avons un projet d'amélioration du monde,
de re-Création vers la fraternité enseigné
par la Torah.
Or, nous aussi, nous osons agir entre nous, par l'injustice
sociale cruelle, par le mépris du Juif en ses valeurs,
et aller froidement jusqu'à nous préparer
à utiliser les armes et l'armée contre nos
frères, sans que cela nous semble une monstruosité.
Quelle folie nous prend? Il ne nous a pas suffi que les
autres le fassent, nous l'avons vu et nous en serions capables
à notre tour.
Oui, une partie de la population a faim dans l'indifférence
de l'autre et en crève. Inadmissible après
ces images de la Shoa.
Un ministre d'un parti haineux a dit il y a quelques mois:
"Un Juif a le droit d'être antisémite".
Inadmissible après la Shoa.
Un grand sculpteur dit il y a quelques mois: "quand
je vois les Juifs religieux, je comprends ce que l'on a
fait pendant la Shoa". Inadmissible après la
Shoa, cette haine. Et, malgré toutes les protestations,
il a reçu le prix de l'Etat d'Israël attribué
par une commission présidée par le Ministre
de la Culture et de l'Education. Inadmissible après
la Shoa.
Que ce jour nous sorte de nos folies qui augmentent sans
freins.
Nous apprenons par la Shoa et par notre folie actuelle que
tout humain peut devenir fou et haïr.
Il est temps d'aimer, de ne plus déserter.
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