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Extrait du livre de Poèmes
L'amour au-delà de l'amour
par Yéhoshuâ Roger Dufour

Guetteur

J'étais en ville

J'étais en ville dans l'autobus
et j'avais tellement d'amour
pour toi, je voulais te dire un beau
poème qui te donnerait tout cet amour.
C'était dans l'autobus avec tous les gens,
mais je sentais vers toi des choses tellement belles
en moi, douces dans mes lèvres ; nos lèvres ;
des sourires si doux et bons de la tendresse calme,
et des lumières bleu ciel très ciel très clair dans nos yeux noirs,
des fleurs jaunes en nuage dans notre seul cœur à nous deux,
et des fleurs en pivoine rouge de jardin ensoleillé
et de miel orange chaud et remuant
là dans le bas de nos deux ventres ;
je sentais encore la tendresse si douce de ta peau là
et tes doigts lisses sur le dos de ma main.
Le poème s'approchait, et voilà j'ai trouvé,
ces mots qui disaient tout cela :
c'était exactement cela : ani ohév otakh, je t'aime,
ces trois mots comme un nuage
léger qui flottait lentement.
C'était exactement exactement cela.
J'étais avec toi.
Et puis j'ai bien ri, tout seul, dans l'autobus ;
je t'ai dit : si je t'écris ce poème en ses trois mots
qui étaient alors si beaux, pourtant,
tu ne verras rien de ce bonheur que nous avons vécu ensemble.
Comment faire ? Non, c'est trop bête, c'est trop méchant,
ce temps où nous ne sommes pas ensemble.
Trop. Pourquoi ? Dis-moi.
Dévoile-toi, ne sois pas un jardin fermé pour moi.
J'ai le même âge que toi dans notre unique amour, depuis toujours ;
je suis avec toi nuit et jour depuis avant la création du monde,
et pour toujours, c'est dévoilé.
Je vous aime mon Dieu.
Mais, voyons, mon Dieu, je ne suis pas Moché
qui vivait dans l'invisible,
je suis le petit Yéhochouâ de la tente,
celui qui entre dans Ta terre,
celui qui marche avec elle sur Ta bonne terre.
Tu sais, j'aime Ta terre et m’y promener avec elle
dans Ton Gan Edén, à Jérusalem.
Donne-la moi, définitivement, complète,
je sens trop fort sa main
et ses yeux, et ses lèvres, et son regard
jusqu'au tréfonds de mon coeur,

dedans.


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Roger Dufour