Je sais pourquoi maintenant
le Cantique des Cantiques te ressemble.
Dans tes yeux, dans tes mots, dans tes gestes,
dans les souvenirs que tu me laisses,
il y a toujours d'abord un arc-en-ciel
et puis un long, très long tunnel
où je te recherche des ans, des ères,
et puis, enfin, notre rencontre éternelle
qui s'est faite depuis la naissance du temps
et restera éternelle.
Ainsi les parfums, bessamim, qui terminent
tous les mots du Cantique des Cantiques.
Tu ouvrais le parfum Tocade,
et s'éveillait la note de tête, bergamote et magnolia,
et le trouble prenait le coeur, venaient l'iris et la rose,
enfin, dans le lointain, on écoutait l'ambre et la vanille
qui terminaient le chant. Il ne faut jamais aller vite.
Et nous lisions la Torah ensemble,
le pchate et les mitsvotes qui se rangent,
et tu aimais par ta logique ouvrir les portes du drache,
puis notre coeur chantait aux symboles du midrache,
et nous écoutions sans rien dire les secrets du raz.
La Torah est parfum.
Les antisémites le savaient bien,
les Juifs ont toujours le nez long et fin.
(Photo de l'auteur).
Contexte
Je dédie ce poème à un ami qui enseigne
et s'étonne que les élèves sommeillent. Ils
s'éveillent quand on remplit plusieurs conditions:
- l'étude nécessaire du niveau littéral
apparent, le pchate, doit toujours être une porte
qui ouvre sur le coeur et non pas un blindage qui ferme. Rachi,
pour expliquer le pchate, recourt même souvent aux
images du middrache chaque fois, dit-il, que cela exprime le mieux
ce que le pchate veut dire. Il ne faut pas une étude
monocorde, mononiveau, elle serait monotone, n'éveillerait
pas et l'on sombrerait dans l'ennui et le sommeil. L'être
ne serait pas évéillé.
Lisez ici la
méthode de Rachi (lien ici), et ici celle du coeur
selon
Ribbi Âqiva (lien ici). Le Chla aussi insiste sur les
étapes différentes que l'on doit franchir sur le
même texte: le pchate, puis le sens intérieur,
et terminer par l'application concrète dans l'existence,
voir ici sa méthode.
Toujours, on le voit, il faut passer par le coeur ou le sens intérieur.
La méthode du Grand d'Espagne, le Rav
Qanepanetone (lien ici) veillait à développait
cette aptitude chez l'étudiant en lui demandant de s'éveiller
à soi-même, devant un texte, en découvrant
à haute voix toutes les questions et toutes les interprétations,
avant même de se diriger vers les commentaires des maîtres;
alors il les découvre avec toutes les dimensions de son
être. C'est la méthode suivie également par
Marane,
Rabbénou Yossef Qaro (lien ici), l'auteur du Choulkhane
Aroukh.
C'est tout cela qui nous est dit dans les recherches par étapes
du bien-aimé par Israël dans le Cantique des Cantiques.
Et l'Amant divin, et Israël son Aimée ne se livre
qu'après des étapes successives. Mais ce n'est pas
un échec, c'est une éclosion lente. Tout cela est
dit dans le mot bessamim, parfums. Mais apprenez à
découvrir la note de tête, puis la note de coeur,
puis la note de fond si vous sentez un parfum. C'est important,
nous le savons maintenant. De même avec les êtres.