- Mon fils, regarde ton Papa élégant :
pour voter et choisir entre l'escroc et le facho, j'ai mis
ces gants.
En sortant, j'ai chanté "qu'un sang impur, qu'un
sang..."
en défilant avec des milliers et des cents.
Mon fils, pour l'Histoire, je te lègue ces gants.
- Pourquoi, Papa, sur tes mains ya du sang ?
- Ce n'est rien, mon fils, la fuite d'un mauvais gant probablement.
Je vais laver mes mains et oublier ce contretemps.
- Papa, il reste sur tes mains du sang,
une petite étoile juive couleur de sang.
- Mon fils, cela passera avec le temps.
- Papa, je veux savoir pourquoi ce sang.
- Voilà, c'était écrit : sur un bulletin
en noir :
"Chirac-Pro Arafat-Hôtel Park-un massacre"
et sur l'autre, dans le même noir :
"Le Pen-crématoires, un détail de l'Histoire".
Moi, je trouvais ce Le Pen insolent et trop indécent
de dire tout haut ce qu'on fait aux Juifs maintenant
et ces massacres de vieillards, femmes et enfants,
c'est loin de nous dans le temps et dans l'espace au Proche-Orient.
Et si toute l'Europe veut leur anéantissement,
même les Verts, et la gauche et tous nos gouvernants
et les journalistes et les pacifistes et les musulmans,
maintenant comme depuis 2000 ans,
ai-je le choix, j'enfile des gants et je suis dans le rang.
- Papa, j'ai lu que Papon, lui aussi, avait des gants
quand il signait des Juifs l'embarquement,
et les officiers nazis quand ils poussaient les files en
avant.
- Mon fils, cela suffit, tu n'as que dix ans
bientôt tu suivras toi aussi la mode des adolescents,
tu gesticuleras et tu danseras tous les airs dans le vent.
Tu n'auras déjà plus la force d'être
indépendant.
- Papa, c'est déjà long 10 ans et tout le
temps j'entends
les cris de ces enfants qu'on tue en explosant.
Ce que tu fais, c'est collabo et non pas résistant.
J'ai même rêvé que celui qui le tuait
te ressemblait étrangement
et sur tes mains je vois toujours son sang.
Papa, quand je serai grand, moi je serai résistant.
Et pour ne jamais oublier, je garderai tes gants.
Si même mon Papa est capable de çà,
je comprends maintenant le psaume des Juifs disant :
"Notre D.ieu, sans Toi qui est seul si grand,
tous les peuples absolument nous avaleraient vivants,
comme un lion terrible et rugissant.
Nous étions un oiseau dans leur filet sans mouvements
et Toi tu nous as sauvés miraculeusement.
Notre salut est en Toi seul absolument".
Papa, je suis un homme pleinement
même si je n'ai que mes dix ans,
et moi j'ai bien choisi mon camp,
celui des résistants.
Papa, soyons tous les deux résistants.