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Image Judaica, Sweetchild Software


 Le sens de la prière "Aleinou léchabéa'h"

par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour
basés sur les livres de nos Sages
http://www.modia.org


Cette prière de Aléinou léchabéa'h clôture les trois offices quotidiens de Cha'harite Mine'ha Ârvite. Comme ces trois flammes de lumière sur ces 3 luminaires. Pour retenir ces trois noms, remarquez que leur première lettre, les raché tévote, forment le mot chéma, comme le Chémâ Yisraël.

Un Juif a le réflexe immédiat de toujours se dire: "pourquoi?" et il a raison de soulever cette question et il devient évident qu'il faut y répondre une fois qu'on l'a pointée. Il y a sens à ce que cela termine l'office, le travail de toute la prière, et que nous repartions sur cette note.

Une autre nuance vient ajuster la couleur: c'est le disciple de Moché Rabbéinou, Yéhoshouâ bine Noune, qui a rédigé (tiqén) cette prière de Aléinou léchabéa'h lorsqu'il a agi pour prendre Jéricho (kavache Yérikho), obstacle et barrage à l'entrée du peuple. Cela peut aussi nous donner son sens. Il l'a rédigée lors du pas décisif dans la réalisation du plan général de toute la Création divine et du rôle des hommes et d'Israël dans cette réussite.

Je rédige cette étude le 25 Eloul, anniversaire de la Création du monde, comme l'entrée en Israël est la re-Création du monde par l'action des hommes qui ont étudié la Torah et qui vont mettre cette levure dans l'activité humaine pour qu'elle lève comme il se devait. Ce que je dis ici est exactement dans le sens de cette prière.

Yéhoshouâ la disait en tournant autour de la ville 7 fois (ce que nous ferons à Souccote, lors des haqafotes), et chaque fois il disait un des versets de la prière Ana vékoa'h, prière forte aux 42 mots liées aux 42 Noms divins. Donc, nous voyons plusieurs dimensions présentes: la science de l'homme, son activité qui utilise les forces divines, les obstacles travaillés par cette action et cela par cette prière. Sur ce fond de scène, nous pouvons mieux comprendre ce que disent nos Sages du contenu de Aléinou léchabéa'h et, donc, de l'attitude intérieure qu'il faudra avoir au fur et à mesure de ces mots lorsque nous les dirons en priant.

Précisons tout-de-suite que, parfois (!) cette prière est dite très rapidement par des gens pressés de partir ou de parler avec leurs voisins, après l'effort intense d'être venu prier et de s'être concentré et tu pendant la très longue prière du matin. Or, il ne faudrait pas quitter la synagogue sans s'être assis à nouveau pour ne pas perdre conscience déjà de tout ce que nous avons vécu et gagné, il ne faut jamais non plus dire une prière sans "intention" (kavana), ni parler pendant que les autres prient encore. Et, de plus, il faut rester en silence car des endeuillés vont faire suivre cette prière du Qaddiche (lien ici). Beaucoup de motifs déjà, avant que nous découvrions la grandeur très particulière de Aléinou léchabéa'h.

Voici le début:
"Aléinou léchabéa'h léadone hakkol.
Nous avons l'obligation sur nous de louer le Maître du monde".

Le sens par la situation

Prenons l'office de Cha'harite, la très longue prière du matin qui dure plus d'une heure chez les Sépharades. La prière est une longue reprise en mains de nous-même dans l'axe de notre être qui ne vit que par la bénédiction et dans la bénédiction. En effet, nous commençons par les 18 bénédictions du lever, puis une longue épuration se fait par la lecture du Sacrifice d'Avraham, des rites des sacrifices dans le Temple de Jérusalem, des psaumes de purification puis de louange, la traversée de la Mer rouge, les louanges, la montée vers l'unification du Chémâ Yisrael et l'accès au sommet de la qédoucha (sainteté divine) lors de la Âmida ou prière des 18 bénédictions. Chaque étape d'élévation passe par la montée d'un monde vers un autre plus élevé grâce à notre activité dans la prière du Qaddiche que nous avons déjà étudiée (lien ici). Ensuite, il y a une redescente où nous essayons de garder les qualités touchées et reçues, et nous terminons par notre Aléinou léchabéa'h.

Ceci nous fait comprendre que Aléinou léchabéa'h est ainsi rédigé qu'il va pouvoir conserver les dynamiques positives que nous venons de traverser et qu'il va nous permettre de nous rendre dans la vie mouvementée avec ces qualités de lumière et de force. Nous allons voir comment nous le présentent les Sages en ce sens.

Vous pourrez essayer de découvrir, dans la composition de Cha'harite, ces phases de montées progressives scandées nettement par une phase de qédoucha qu'est le qaddiche. Nos Sages délimitent ainsi 4 phases dans l'avancée de la prière qui sont 4 mondes ou états depuis le plus extérieur jusqu'au plus intérieur et lumineux de la Présence créative directe de Ha Qadoche Baroukh Hou dans le Chémâ puis la Âmida lors de la répétition. Cela nous indique plusieurs points:

- le monde ne peut être heureux que lorsqu'il se relie à sa Source.

- cette montée n'est pas spontanée mais la prise par le monde sordide et violent se fait avec une grande force qui exige de nous un puissant "travail" pour s'en dégager.

- ce travail est remis en nos mains, le salut du monde ou d'Israël ne tombe pas du Ciel mais D.ieu a décidé qu'Il a besoin de nous. Notre pouvoir venant de notre activité est puissant et indispensable. La prière est une transformation, une lutte.

- ce travail se fait par la présence de l'intelligence, du coeur, du corps et de l'intention, à ce que nous disons. Pour cela, il faut le silence, ab-so-lu-ment, de notre part et de la part de l'entourage. Il faut aussi lire la prière dans le texte pour bien en suivre les nuances de chaque mot, même si nous avons l'habitude, et justement pour que ce ne soit pas une habitude.

- cette réussite de tout cela par le lien avec la lumière d'En-haut est nommée dans cette prière "adone hakkol" (maître de tout) car c'est la Source qui maintient en vie, donne la vie et transforme ce qui est poids, tourbe et violence en vérité de lumière et de vie. Et c'est le rôle des premiers mots de louange que d'affirmer ainsi la victoire de cette lumière qui est celle du Créateur du monde. Âléinou, c'est à nous qu'est remise cette tâche.

- en le faisant, nous scellons comme avec un sceau ('hotam) tout le travail qui a été atteint par la longue prière qui a précédé et par son avancée progressive. C'est la première partie de Aléinou léchabéa'h.

Ensuite, dans une seconde partie, le judaïsme nous apprend quelque chose: le monde de la violence, de la vulgarité, de l'impureté (toumea) possède une grande force, et qui impressionne en plus. Nous devons réagir avec force et dédain contre ces niveaux de brutes qui ont toujours l'outrecuidance d'entrer en contact de tout ce qui est bien (idéaux, religion, valeurs) pour le pervertir et le détruire. L'attitude prescrite n'est pas de tendre la joue à ces pervers mais c'est d'agir envers eux avec mépris (guénoute) pour protéger la valeur qui nous a été remise et ne pas nous laisser entamer et détruire jusqu'à notre intérieur. Cette attitude avait déjà commencé lors de la Âmida car la première bénédiction y demande le bouclier (maguéne).

Mais ici, c'est nous qui devons reconnaître que nous avons été créés pour être différents et sans nous laisser impressionner. C'est ce que l'on exprime par les phrases suivantes: "qui ne nous a pas faits comme les nations du monde et comme les familles de la terre, qui ne nous a pas donné la même part, ni le même sort qu'eux tous, eux qui s'inclinent devant ce qui est vain et prient vers une divinité qui ne sauve pas". La signification de cela est ce que j'ai rapporté ci-dessus de l'enseignement de nos Sages, et il n'y a pas à y voir un mépris géographique. Cela prescrit au Juif de faire ce que tout homme devrait connaître: révérer le Créateur du monde qui nous a donné les règles de bonheur qui font fonctionner le monde, et non pas les pseudo-valeurs.

Quand nous disons les mots dans cette intention, alors, par notre louange (chéva'h), la lumière divine imprègne tous les autres mondes plus concrets qui sont ceux de notre réalité et forme aussi une sorte de protection de lumière environnante. On nomme cela en hébreu or maqif.

On comprend maintenant pourquoi Yéhoshua a rédigé et utilisé cette prière pour entrer dans la réalité concrète de ceux qui emplissaient la terre d'Israël de divinités, d'immoralité et de violence. Il fallait bien se brancher sur la Source, s'en imprégner, s'en entourer, faire cela en s'approchant, en entourant complètement ces ennemis et, alors, les murailles solides de l'ennemi se sont écroulées d'elles-mêmes. L'éclairage sur notre situation présente est immédiat et clair: Yéhoshuâ n'est pas resté à des milliers de kilomètres de la terre de la Chékhina, il n'a pas dit que le salut se ferait à New-York, ou à Paris ou en Russie, ou partout ailleurs; il n'a pas dit qu'on pouvait y rester statique, il est entré dans l'univers imparfait (comme aujourd'hui) de la terre d'Israël mais il a pris le temps de s'imprégner totalement de sa Torah et de la connaissance de ses pratiques et de ses prières et, une fois ainsi armé de lumière de la Torah, il est entré. C'est ce que nous faisons dans la prière du matin. C'est ce que nous essayons de faire en Erets Yisrael. Certes, beaucoup de choses qui s'y déroulent sont médiocres ou choquantes mais notre seule tâche est d'essayer de nous remplir de la Torah et d'agir. Alors la situation se transformera et l'impureté s'effondrera comme les murailles de Jéricho.

Nous allons chaque matin à ce club d'entrainement. Et, sur Modia, nous essayons aussi de "faire savoir" (sens de Modia) cette lumière de la Torah dans sa puissance réelle et concrète et sensible et efficace et de nous y mobiliser. Pour qu'elle nous mobilise, et pour que le peuple ne soit plus alors la victime des forces contraires. Car sans la Torah, les autres tentatives de protection nécessaires seront vaines. Sans notre présence également. Sans notre action également. Sans notre prière d'action également.

Nous comprenons alors la suite de la prière : "mais nous, nous nous prosternons devant le Roi des rois des rois, le Saint Béni soit-Il, qui fonde les cieux et les bases de la terre (Il est la source d'existence de tout). Et nous évoquons l'union de Sa résidence en Haut et de Sa Chékhina ou Présence ici-bas. C'est dire que nous affirmons et réalisons par là la Présence de cette lumière ici. Alors nous pouvons affirmer qu'Il est notre D.ieu et qu'il n'y en a pas d'autre. Qu'il est la vérité du début à la fin du mot Emét, composé du résumé de toutes les lettres.

La dernière phrase ne dit pas que la lumière est ainsi en bas, mais "depuis le bas" (mita'hate) pour bien indiquer que cette transformation positive nécessaire vient par notre action. Et la dernière phrase de cette première partie commence par un vav (véyadâta) et se termine par un dalet (ôd) qui ont ensemble valeur 10: cela indique alors que les dix niveaux de l'être sont pleins de la plénitude de la lumière créatrice.

Alors, disent nos Sages, nous devrons ne plus craindre les forces réelles, puissantes et actives qui caractérisent les aspects négatifs de ce monde. Ni leur capacité d'imprégner ce qui est bien pour le pervertir et le détruire.

Toute la seconde partie de Aléinou léchabéa'h, (depuis Âl kén, c'est pourquoi), décrit la transformation positive que cette lumière qui nous imprègne peut faire maintenant sur le monde environnant. C'est cela le rôle des Juifs, mais à partir de la terre d'Israël comme Yéhoshuâ, nous enseigne cette prière. La terre d'Israël est nommée explicitement. Ne changeons pas les textes pour nous arranger.

Et, si nous prions et vivons ainsi, alors le monde se transformera, et nos ennemis nous reconnaîtront car ils reconnaîtront le maitre du monde dont ils disent avoir fait leur religion. Et, donc, ils reconnaîtront la place et la fonction du peuple de la Torah. On sortira aussi de cette situation générale où il y a nos ennemis, et aussi les Juifs qui veulent vivre ailleurs, et beaucoup qui veulent bien vivre en Israël mais sans cette lumière que nous avons reçue et qui nous explique ce qui seul peut nous protéger et nous donner le bonheur et la paix, et enfin où nombre de nos "amis" externes le sont pour tenter de nous faire abandonner notre relation d'amour tel que le Créateur l'a organisée (en effet, nous avons l'expérience continue de la présence de très nombreux missionnaires dans les cours d'hébreu où ils essayent de capter les Juifs qui reviennent, dans les services sociaux et dans les zones à grandes difficultés sociales, cela derrière un soutien apparent au sionisme et à l'existence d'Israël. Il faut le savoir, le dépister et le dénoncer. Des loups recouverts de peau de mouton).

Cette seconde partie comporte de nombreuses fois les mots de la racine "royauté, roi, royaume" pour définir cet état de bonheur qui respecte la nature de la Création qui est un ensemble défini par lumière, louange et bonheur. Et unité, dernier mot de Aléinou. Et, à nouveau, la dernière phrase commence par le vav et se termine par le dalet qui indique ensemble la plénitude des 10 phases de réalisation de la bénédiction dans le monde.

Le 'Hida nous fait comprendre de nombreux textes pour nous montrer que ces deux pôles (eux/nous) sont en nous-mêmes et que le débat entre être tsaddiq (juste) ou rachâ (mécréant mauvais) est toujours constant en nous-même. Et nous avons à chaque instant à renaître entre ces dimensions ; c'est, dit-il, ce que veut exprimer l'expression: "toute langue te louera". Il est bien dit toute, la nôtre, et cela renaît comme la parole qui recommence sans cesse. Et nous avons à nous considérer comme mécréant mauvais, même si tout le monde nous considérait tsaddiq, ajoute-t'il en citant les Sages.C'est-à dire à refaire ce passage constant.

Espérons que cette étude aidera à donner toute l'importance à cette phase du raccordement de la lumière de la prière avec la réalité banale. Pour ne rien perdre de la lumière.

Si c'est cela, on comprend que ce peuple ait inventé et chanté tellement le mot "Allélou...", louez, réjouissez-vous. Ne sabotons plus Alénou léchabéa'h, nous saboterions la réussite et le bonheur du monde, et de notre cher pays et de notre peuple. A la grande satisfaction des nombreux ennemis. Ne les craignons plus.

 

 

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