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La lecture du Livre des Lamentations
(Eikha)
Le
jour du 9 Av, Ticheâ bé Av
- Regard
actuel sur
Les lamentations de Jérémie (NOUVEAU)
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à la page des prières La
page sur la fraternité nécessaire pour
éviter ces catastrophes
Présentation
du livre
Sur Modia, nous sommes au Beit ha middrache, la maison d'étude,
et donc ce texte-ci n'est pas une simple introduction ou présentation,
mais c'est une véritable étude pour rencontrer la Torah
avec les maîtres qui nous l'ont transmise oralement et avec Celui
qui nous la donne. Ecoutons.

Le Livre des Lamentations a été écrit
par le prophète Jérémie. Etudiez ici ce qu'est un
prophète et particulièrement qui
est le prophète Jérémie sur ce lien, et absolument
aussi sur cette
seconde page.
Ce livre de Eikha est composé de 5 chapitres ou
5 lamentations (quinotes). Dans les siècles précédents,
on l'appelait séfer quinotes ou méguilate quinote,
ou quinote; seulement récemment, on le nomme par le premier
mot du livre. Ces deux façons de nommer sont fréquentes
dans tous les livres de la Bible.
Qu'est ce qu'une qina ?
C'est un cantique (pioute) ou chant
(chir) à l'occasion d'une tragédie (tsara),
d'une destruction ('horbane), d'un deuil (évél).
Ce genre se trouve dans différents livres du Tanakh (Bible). Voyez
ce mot en Jérémie 7.29 ou 9,9 ou 9,19; de nombreuses fois
chez Ezéchiel: 19,1 ou 14,19 ou 26,17 ou 27,2 et 27,32 ou 28,12
ou 32,2 et 16, chez Amos 8,10, etc. Ceci pour que l'on ne limite pas à
Jérémie cette pratique. Reportez-vous à ces références.
Continuons avec le Talmud. Ouvrons le Traité
'Haguiga, page 5b. C'est un Traité très court mais le coeur
du Talmud par ses enseignements élevés, au point que certains
ne sont pas enseignés en groupe. Le premier texte que nous y étudions
en liaison avec Eikha nous place dans une relation conjugale entre le
Créateur et nous, dans des niveaux intimes et secrets, jusqu'aux
moments les plus tragiques de l'existence. Début du texte avec
l'araméen et sa traduction:
Ribbi Ila hava saléq bé dargua montait les marches
dé bé de la maison de Rabba ben Chila et chémâé
lé yanouqa il entendit un enfant qa qéré
qui lisait: "ki hinné yotsér harim car voici
que Celui qui a formé les montagnes ouboré roua'h
et crée le vent, et qui dit à l'homme quelle est sa conversation,
ou maguid lé Adam ma si'ho..." (Amos 4,13)... ma
hi. Quelle est cette conversation? Amar Rav Selon Rav, afilou
si'ha yétéra même la moindre des conversations
inutiles ché béïn adam lé ichto qu'il
y a eu entre un homme et sa femme, maguidim lo lé adam D.ieu
répète à l'homme, bi chéâte mita
au moment où il meurt...
Un verset de Jérémie 13,17 dit:
"Védamoâ didmâ Mes larmes couleront vétéréd
êni dimâ et mes yeux fondront de larmes, ki nichba
êder Hachém parce que le troupeau de Hachém
sera emmené captif". Chaloche dimaôte hallalou lamma?
Pourquoi le texte parle-t'il trois fois de larmes dans tout ce passage?
Âl miqdache richone, âl miqdache chéni, les
deux premières larmes sont pour les deux destructions du Temple,
âl Yisrael ché ggalou et la troisième pour
la dispersion d'Israël. Vé ikh dé amri Et certains
disent que a'hate âl bitoul Tora une larme est pour l'oubli
de la Torah. âl Yisrael ché ggalou et la troisième
pour la dispersion d'Israël. Eïne bitoul Torah gadol mi
zé car il n'y a pas de plus grande annulation de la Torah que
cela (la dispersion d'Israël). (Commentaire: donc ne nous lamentons
pas seulement pour la destruction du Temple, car ce Temple est constitué
de ceux qui ne sont pas ici et le Ciel nous dit que cela est la plus grande
annulation de la Torah qui puisse exister. Cela doit bien entrer dans
la tête et dans le coeur, avec larmes et changement.)
Les Sages ont enseigné: Chélocha
Haqqadoche baroukh Hou bokhé âléhén békhol
yom, 3 choses font pleurer tous les jours le Saint béni soit-Il:
- âl ché éfchar laâssoq
ba Torah vé éino ôsséq, celui qui a la
possibilité d'étudier la Torah et ne le fait pas,
- âl ché i-efchar laâssoq ba Torah vé ôsséq,
celui qui n'a pas la possibilité d'étudier la Torah et qui
le fait quand même,
- vé âl parnas ha mitgahé et qu'un dirigeant
de communauté s'enorgueillisse âl ha tsibour et se
comporte envers le public comme un tyran.
Rabbi hava naqéte Rabbi prit
un jour Séfer Qinote, le Livre des qinotes (les lamentations
de Jérémie, et tout cela nous montre que c'était
une introduction à notre thème) et le lut et quand il arriva
lé hahi péssouqa au verset 2,1: "Hichlikh
mi chamayim éréts, Il a jeté depuis les cieux
par terre (la splendeur d'Israël)", son livre néfal
mi yadé tomba de ses mains et amar il dit: méigara
ram tomber de si haut, lévéra âmiqa dans
un abîme si profond." Fin de ce texte du Talmud.
Commentaire. Le Talmud a eu besoin de nous
dire tout cela avant de commencer à entrer dans un verset du Livre
des Lamentations, maintenant l'axe est clair. Là vous voyez ce
qu'est l'étude et le Talmud: un simple verset du Tanakh nous est
démontré en quelques lignes avec tous les niveaux qu'il
touche (références entre les textes, Ciel, notre existence,
le couple, le dirigeant de communauté, les sentiments affectifs
ou l'orgueil, l'exil, les retrouvailles, etc). On comprend maintenant
qu'on ne peut pas se dispenser d'étudier la tradition car sans
elle nous n'aurions rien vu de tout cela. Certains pensent qu'étudier
nos textes, c'est lire et rabâcher hors de la vie. Ils sont simplement
des ignorants; et ils auraient découvert une grande richesse s'ils
se mettaient à expérimenter l'étude. Il fallait lire
tout cela avant de se mettre devant les premières lignes du livre
de Eikha. Commençons maintenant à lire Eikha, nous avons
le bon axe. Toute personne qui n'aurait pas la Bible en français,
au moins, doit se la procurer mais, attention, une Bible avec traduction
juive car les
autres éditions sont très "orientées" (voir
mon analyse de ce sujet par ce lien).
Premier mot qui donne son nom au livre : Eikha
Strictement, le mot de ce livre Eikha
veut dire "comment", eikh. On le trouve souvent dans
le livre Dévarim (1,12 ou 7,17 ou 12,30 ou 18,21 ou 32,30). Il
veut dire aussi "comment? où ça?" comme quand
la fiancée cherche son bien-aimé dans le Cantique des Cantiques
1,7 Eikha tirê eikha tarbits... Et cela se synthétise
dans l'expression de quelqu'un qui est désorienté et perdu,
avec toutes les intonations qui changent le sens ("comment est-il
possible, à ce point, c'est inimaginable?!"): voyez Jérémie
8,8 et 48,17 et dans notre Livre de Eikha il revient 4 fois (1,1
et 2,1 et 4,1 et 4,2). Cela dit bien notre état en perdition et
désespoir. Voilà pourquoi j'ai placé cette semaine
l'étude de trois psaumes de désespoir
(83 et 130 et 142) à étudier sur ce lien.
Lire ici la
lettre d'une petite fille aux prises avec les gendarmes français
et les nazis qui, ensemble, lui retirent sa mère et la tuent.
Vous le voyez, avec l'aimée de D.ieu
Israël, nous aimons chaque mot de la Torah pour ainsi comprendre
bien tout ce dialogue, comme quelqu'un qui lit et relit jusqu'à
connaître par coeur la lettre de quelqu'un qu'il aime (ami, parent,
aimée, enfant lointain) afin d'en saisir toutes les nuances et
sentiments. Et il peut dire en vérité: "je n'oublierai
jamais aucun des mots que tu m'as dits, aucun. D'ailleurs, tu me l'as
dit toi aussi. Et la distance et l'invisible ne changent rien, rien. Je
connais tous tes mots et je me les redis sans cesse et ils parlent en
moi sans cesse, chiviti Hachém lénéghdi tamid,
vé dibarta bam". Que le Ciel entende ainsi notre lecture
attentive de Eikha. Pour qu'Il accomplisse aussi chacun des mots de Sa
promesse le plus vite possible, maintenant!
Premiers mots

"Eikha yachéva vadad. Comment elle est assise solitaire!"
- Toutes les voyelles de ces trois mots sont
longues et étirent la plainte.
- Sous le mot yachéva, elle est assise, il y a le petit
trait vertical du métég qui empêche de dire yochva
mais sépare en ya-ché-va comme on se sait par les
règles du méteg
pour ceux qui veulent apprendre à bien lire la Torah sur le site,
lien ici.
- de même, par ce lien, nous comprendrons la règle qui fait
lire vadad au lieu de l'écriture normale du mot qui est
badad, cela parce que le mot précédent se termine
par l'une des lettres du Nom de Hachém qui adoucit tout
jusqu'à la prononciation. Badad veut dire "être
seul, lévad (D.ieu lui-même est cela en Dévarim
32,12), comme un enfant unique yé'hidi, isolé des
autres (comme en Vayiqra 12,46) et on le retrouvera en Eikha 3,28. Quelqu'un
en cet état est nommé bodéd ("comme un
oiseau seul sur un toit", Psaume 102,8). La bédidoute
est cet isolement. La hitbodédoute est une technique de
retrait temporaire des affaires pendant quelque temps pour mieux se consacrer
temporairement à la Torah en l'approfondissant dans le calme.
Sur ce mot, Rachi insiste sur le côté galmoud, isolement
de celui qui est abandonné.

"Haîr rabbati âm, la ville si large et pleine
de population".
Rabati,
cette forme qui vient du mot rav, grand, ne se trouve que dans
ce verset pour tout le Tanakh, et il y est deux fois. Mais on la trouve
normalement dans toute la littérature des siècles et dans
l'hébreu moderne. On dira Yerouchalayim rabati, le grand
Jérusalem; ou bien quand une lettre est mise en gros caractère,
comme la première de la Torah, on dit le beit rabati. Une
mitsva importante se dite mitsva rabati. Ou, pour insister, on
dira: lo bé aléf rabati (le mot "non, lo,
avec un alef très grand"), ce qui veut dire "non
absolu, et... n'insistez plus. C'est donc le sens de "immense".
Quand elle signifie simplement grande, l'accent est mis sur la dernière
syllabe. Mais, quand comme ici elle est en liaison avec le mot suivant
(sémikhoute) comme un trait d'union en français,
l'accent se déplace vers l'avant-dernière syllabe, donc
prononcer raBBAti: "pleine de population".

Hayéta kéalmana, elle était (devenue) comme
une veuve.
Nous arrivons à la première grande partie du verset qui
est marquée par le atna'h (la sorte de petite fourche sous
le mot); et le taâm sous le mot précédent fait
une brève coupure qui met cela encore plus en évidence.
Tous ceux qui veulent comprendre et bien lire ces signes, les teâmim
indispensables pour comprendre,
se reporteront aux
pages qui y sont consacrées (lien ici).
La veuve, ou le veuf,
c'est l'état le plus démuni. Le Talmud dit que "tout
homme qui perd sa première femme, c'est comme si la destruction
du Temple se faisait présentement pour lui, kol adam ché
méta ichto richona kéilou ' hérév beit ha
miqdache bé yamav" (Sanhédrine 22a). Parce que
le Talmud dit "ichto kégoufo démia, sa femme,
c'est semblable à son corps" (Ména'hote 93b). Destruction,
désarticulation, incomplétude, destruction des promesses
et du bonheur, manque de défense sur tous les plans, le Talmud
analyse cela. Généralement, le monde se détourne
vite de ces personnages malheureux, on leur reproche presque d'être
en voisinage avec la mort, on ne veut pas les aider, et le texte de Eikha
dit plusieur fois: "éine ména'hem, il n'y a
pas de miséricordieux pour ces gens". C'est aussi que les
autres ne peuvent pas comprendre cette expérience: "aucun
homme ne meurt si ce n'est pour son épouse, et une femme ne meurt
que pour son mari, éine iche met élla lé ichto
vé éine icha méta élla lé vaâla"
(Sanhédrine 22a).
Le Tanakh parle souvent,
plus de 50 fois, de cette situation dramatique sous la forme de la femme
veuve.Et souvent cela est lié 20 fois à la détresse
des orphelins (yatom vé almana) ou du guer (converti)
qui est comme un enfant qui vient de naître et n'a pas de défense
(psaume 94,6 et les chapitres 14, 16 et 24 de Dévarim). Les prophètes
reviennent souvent sur ce thème, par exemple Jérémie
7,6 et 22,3.
Cette conception de totalité
de l'atteinte est rendu encore dans Eikha par le fait que les versets
de trois des 5 chapitres commencent par les lettres ordonnées de
l'alphabet et un autre chapitre a également le nombre de versets
correpondant aux nombre de lettres. Les Sages disent que cela doit nous
faire prendre conscience que tout est ainsi détruit parce que nous
portons atteinte à chacune des lettres de la Torah, à chacune
de ses richesses et de ses dons qui nous ont été transmis.
Le texte de Eikha nous
indique donc la présence de la mort, de la perte et de la désolation
sous la forme la plus intime et la plus sensible et la plus intérieure
de l'être. Il faut donc parvenir à ressentir cela
pour Jérusalem et pour le Temple, et ressentir combien, à
ce point nous lui manquons, sous cette forme quand nous n'y sommes pas.
C'est cela que nous dit le texte. Et que la souffrance est autant, si
l'on peut dire, dans les Cieux. Un état de alménoute
dont parle Béréchite 38,14 et 19.
D.ieu, par la parole des prophètes
essaie de nous dire souvent que son lien à nous ne peut mieux s'exprimer
que par la relation conjugale. Et la perturbation, par ce qui affecte
le plus terriblement cette relation: trahison, béguida,
mort mita.
Sur cette image, j'ai placé les 4 premiers
versets, en les mettant chacun en évidence, ainsi que les principales
étapes du verset en allant à la ligne, et en mettant un
point virgule pour la moitié du verset indiquée par l'atnah
(sorte de fourche renversée, voyez la leçon sur les teâmim).
Vous pourrez ainsi lire lentement l'hébreu.
Vous remarquez que chaque verset commence par une des lettres de l'alphabet,
dans l'ordre.
Verset 1 : Eikha yachéva vadad. Comment
elle est assise solitaire! Haîr rabbati âm, la ville si large
et pleine de population. Hayéta kéalmana, elle était
(devenue) comme une veuve. Rabbati vagoyim, immense parmi les nations.
Sarati bamédinote, princesse parmi les provinces, Hayéta
la mas, elle est devenue imposée de tribut.
Verset 2. Bakho tivké balaila, Pleurer
elle pleure (continuellement dans la nuit). Védimâtah âl
lé'héyah, et ses larmes sur ses joues. Eïne la ména'hém,
Elle n'a pas de consolateur miséricordieux. Mi kol ohavéiya,
parmi tous ceux qui l'aiment. Kol réêya baguédou va,
Tous ses proches l'ont trahie. Hayou la léoyévim, et sont
devenus pour elle des ennemis.

Verset 3. Galéta
Yéhouda, Yéhouda a été exilé. Méôni
oumérov âvoda, dans la misère et un puissant
esclavage. Hi yachéva vagoyim, elle s'est installée
parmi les nations. Lo matsea manoa'h, elle n'a pas trouvé
de repos. Kol rodéféya, tous ses persécuteurs,
hissigouah l'ont atteinte, béin hammétsarim entre
les défilés.
Verset 4. Dakhé
Tsione avélote, les chemins de Sion sont endeuillés.
Libéli vaé moêd, sans que personne ne vienne
aux fêtes. Kol chéâréya chomémim,
toutes les portes de ses murailles sont dévastées et
solitaires. Kohanéya nééna'him, tous ses Cohanim
gémissent. Bétoulotéya noukhote, ses vierges
souffrent. Véhi mar-lah, et elle est dans la détresse
amère.
Texte de Eikha,
les Lamentations
Ensemble du chapitre 1
(traduction Yehoshua Ra'hamim Dipour)
1
Hélas! Comme elle est assise solitaire,
la ville si peuplée autrefois,
et maintenant comme une veuve !
Immense parmi les nations,
princesse parmi les Etats,
elle est réduite à payer tribut !
2
Elle pleure sans cesse la nuit,
et ses larmes couvrent ses joues.
Elle n'a pas de consolateur
parmi tous ceux qui l'aimaient.
Tous ses amis l'ont trahie
et sont devenus ses ennemis.
3
Yéhouda est allée en exil,
victime de la pauvreté et d'une grande servitude ;
elle habite au milieu des nations,
et elle n'y trouve pas de repos ;
tous ses persécuteurs l'ont surpris
dans l'angoisse de défilés ressérés.
4
Les chemins de Sion sont dans le deuil,
car personne ne va plus aux fêtes ;
toutes ses portes sont en ruine et désertes,
ses cohanim (ses prêtres) gémissent,
ses vierges sont dans la douleur,
et elle est toute amertume.
5
Ses oppresseurs la dominent,
ses ennemis sont en paix ;
car Hachém l'a frappée
à cause de la multitude de ses péchés ;
Ses jeunes enfants ont marché
prisonniers devant l'oppresseur.
6
La fille de Sion a fait partir toute sa beauté ;
Ses princes, sont comme des cerfs
qui ne trouvent pas de paturage,
et ils vont sans force devant celui qui les pourchasse.
7
Elle s'est souvenue, Jérusalem,
aux jours de sa misère et de son accablement,
de toutes les délices qui étaient siennes
aux jours d'antan.
Quand son peuple est tombé dans la main de l'oppresseur,
et que personne n'est là pour l'aider,
ses oppresseurs l'ont vue et ils riaient de sa ruine.
8
Elle a péché lourdement Jérusalem,
c'est pour cela qu'elle est devenue rejetée.
Tous ceux qui lui accordaient de l'honneur
la bafouent car ils ont vu qu'elle est nue.
Elle-même soupire et recule.
9
Sa souillure sur les pans (de son vêtement),
elle ne se souciait pas de ce qui adviendrait.
Et elle est tombée de façon dramatique,
il n'est personne pour la consoler.
Vois, Hachém, sa misère,
car il est devenu puissant l'ennemi.
10
L'ennemi a fait main basse sur tous ses trésors ;
elle a vu des peuples entrer dans sn sanctuaire,
ceux-là même pour qui Tu avais ordonné
qu'ils ne pénètrent pas dans Ta sainte assemblée.
11
Tout son peuple gémit, ils quémandent du pain.
Ils ont donné leurs biens les plus chers
pour quelque aliment qui redonne un peu de vie.
Vois, Hachém, et regarde comme je suis devenue insignifiante.
12
Que cela ne vous advienne pas
vous qui passez par là,
regardez et voyez s'il est une souffrance
comparable à ma souffrance,
celle dont Hachém m'a frappée au jour de Sa colère.
13
D'en haut, Il a envoyé un feu
dans mes os et il s'y enfonce.
Il a étendu un filet sous mes pas et m'a retiré vers l'arrière.
Il a fait de moi une ruine, tout le jour en souffrances.
14
Il a rassemblé mes péchés dans Sa main,
Il les a noués et attachés à mon cou,
Il a anéanti mes forces.
Il m'a livrée, le Seigneur, à des mains contre lesquelles
je ne pourrai pas me rebeller.
15
Il a anéanti tous mes héros, le Seigneur, dans mon propre
camp.
Il a proclamé contre moi une date pour briser mes jeunes gens.
Il a martelé le pas au pressoir sur la vierge, fille de Yéhouda.
16
Sur tout cela je pleure ;
mes yeux, mes yeux ruissellent d'eau
car s'est éloigné de moi tout consolateur qui me rendrait
mon âme.
Mes enfants sont devenus des ruines car l'ennemis l'a emporté.
Ensemble des autres chapitres
(Traduction du Grand Rabbin Zadoc Kahn, révisée)
Chapitre 2
Le second chapitre de Eikha dépeint la colère
du Ciel devant nos trahisons, et le désastre qui en découle,
avec nos larmes et nos souffrances, et la joie perfide des autres.
Hélas! Comme le Seigneur (Adonaï),
dans sa colère, assombrit la fille de Sion (Tsiyone)! Comme il
a précipité du ciel jusqu'à terre la gloire d'Israël
(Yisraël), sans songer à l'escabeau de ses pieds au jour de
son courroux!
Le Seigneur a bouleversé sans pitié toutes les habitations
de Jacob (Yaâqov); il a démoli, dans son indignation, les
forteresses de la fille de Juda (Yéhouda), en les rasant jusqu'au
sol; il a rejeté royauté et dignitaires.
Il a abattu, dans le feu de sa colère, toute grandeur en Israël;
il a fait reculer sa droite devant l'ennemi et allumé dans Jacob
un feu flamboyant, dévorant tout à la ronde.
Il a bandé son arc comme un ennemi, brandi sa droite comme un adversaire;
il a fait périr tous ceux qui étaient un délice pour
les yeux; dans la tente de la fille de Sion il a déversé
comme un feu son courroux.
Le Seigneur s'est comporté comme un ennemi, il a bouleversé
Israël, il a bouleversé tous ses palais, détruit ses
forteresses; il a multiplié chez la fille de Juda plaintes et lamentations.
II a dévasté son pavillon comme on fait d'un jardin, ruiné
son lieu de rendez-vous; Hachém a fait tomber dans l'oubli fêtes
et Chabbate et rejeté, dans sa furieuse colère, roi et prêtre.
Le Seigneur a délaissé son autel, dégradé
son sanctuaire; il a livré aux mains de l'ennemi les remparts de
ses châteaux-forts. On a poussé des cris dans la maison de
Hachém comme en un jour de fête.
Hachém avait résolu de détruire le mur de la fille
de Sion: il a tendu le cordeau et n'a pas détourné sa main
de l'œuvre de ruine; il a mis en deuil murs et remparts: ensemble
ils sont dans la désolation.
Les portes de Sion se sont enfoncées dans le sol; il en a détruit;
fracassé les verrous; son roi et ses princes vivent au milieu des
nations, sevrés de la Loi; ses prophètes non plus n'obtiennent
de visions de la part de Hachém.
Ils sont assis à terre, frappés de stupeur, les vieillards
de la fille de Sion; ils ont répandu de la poussière sur
leur tête, revêtu des cilices; les vierges de Jérusalem
penchent leur front vers le sol.
Mes yeux se consument dans les larmes, mes entrailles sont brûlantes,
mon cœur se fond en moi à cause du désastre de la fille
de mon peuple, car enfants et nourrissons sont tombés en défaillance
sur les places de la cité.
Ils disaient à leurs mères: "Où trouver du blé
et du vin?" Et ils languissaient comme des blessés à
mort dans les rues de la ville, exhalant leur dernier souffle sur le sein
de leurs mères.
Qui te citerai-je comme exemple? Qui te comparerai-je, ô fille de
Jérusalem? Qui mettrai-je en parallèle avec toi pour te
consoler, vierge, fille de Sion? Car ton désastre est grand comme
la mer: qui pourrait te guérir?
Tes prophètes t'ont communiqué des visions trompeuses et
insipides, ils n'ont pas mis en lumière tes crimes, en vue de défourner
ta ruine; ils ont inventé pour toi des oracles de mensonge et de
déception. Tous les passants battent des mains à ton sujet;
ils ricanent, hochent la tête sur la fille de Jérusalem:
"Est-ce là disent-ils la ville qu'on appelait un centre de
beauté, les délices de toute la terre?"
A ton aspect, ils ont la bouche béante, tous tes ennemis; ils sifflent,
grincent des dents et disent: "Nous avons consommé la ruine!
Ah! Ce jour que nous espérions, nous l'avons atteint, nous le tenons!"
Hachém a fait ce qu'il avait résolu; il a accompli son arrêt
qu'il avait rendu dès les temps antiques; il a démoli sans
ménagement; il a excité à ton sujet la joie de l'ennemi,
grandi la puissance de tes adversaires.
Que leur cœur crie vers le Seigneur! O rempart de la fille de Sion,
fais couler tes larmes comme un torrent jour et nuit! Ne t'accorde aucun
répit! Que ta pupille ne s'arrête pas de pleurer!
Lève-toi, pousse des sanglots la nuit, au commencement des veilles.
Répands ton cœur comme de l'eau à la face du Seigneur;
élève tes bras vers lui en faveur de la vie de tes jeunes
enfants, qui gisent défaillants de faim à l'entrée
de toutes les rues.
Vois, Hachém, et regarde qui tu as traité de la sorte! Se
peut-il que des femmes dévorent le fruit de leurs entrailles, leurs
jeunes enfants, objet de leurs tendres soins? Que dans le sanctuaire du
Seigneur soient massacrés prêtres et prophètes? Ils
sont étendus sur le sol des rues, le jeune homme et le vieillard,
mes vierges et mes adolescents sont tombés sous le glaive. Tu as
fait tout périr au jour de ta colère, égorgé
sans pitié.
Comme pour un jour de fête, tu as convoqué mes épouvantes
tout à la ronde; au jour de la colère de Hachém,
nul n'a échappé, nul n'est demeuré sain et sauf.
Les enfants que j'avais soignés et élevés, l'ennemi
les a anéantis!
Chapitre 3
Dans le troisième chapitre, l'auteur du livre parle de sa souffrance
à la première personne car même lui qui est fidèle
n'est pas épargné par le désastre général.
C'est la règle dans les grandes catastrophes du peuple, on devrait
mieux le comprendre à l'avance.
Je suis l'homme qui a connu la misère sous la verge de son courroux.
C'est moi qu'il a poussé et fait marcher dans des ténèbres
que ne traverse aucune lueur.
Oui, contre moi il revient à la charge et tourne sa main tout le
temps.
Il a consumé ma chair et ma peau, brisé mes os.
Il a bâti une clôture autour de moi et m'a enveloppé
de venin et de tribulations.
Il m'a relégué dans des régions ténébreuses
comme les morts, endormis pour toujours.
Il m'a entouré d'un mur que je ne puis franchir, chargé
de lourdes chaînes.
En vain, je crie et appelle au secours, il ferme tout accès à
ma prière.
Il barre mes routes avec des pierres de taille, il bouleverse mes sentiers.
Il est pour moi un ours aux aguets, un lion en embuscade.
Il a rendu impraticables mes voies et m'a déchiré; il a
fait de moi une ruine.
Il a bandé son arc et m'a dressé comme une cible à
ses traits.
Il fait pénétrer dans mes reins les enfants de son carquois.
Je suis devenu la risée de tous les peuples, un thème de
leurs chansons incessantes.
Il m'a rassasié d'herbes amères, abreuvé d'absinthe.
Il a broyé mes dents avec du gravier, il m'a roulé dans
la cendre.
Mon âme a dit adieu à la paix, j'ai perdu jusqu'au souvenir
du bonheur,
et j'ai dit: "C'en est fait de mon avenir et de ce que je pouvais
espérer de Hachém."
Rappelle-toi ma misère et mon abandon: je ne connais que poison
et absinthe.
En évoquant ces souvenirs, mon âme s'affaisse en moi.
Mais voici la pensée qui s'éveille en moi, et c'est pourquoi
j'espère.
C'est que les bontés de Hachém ne sont pas taries et que
sa miséricorde n'est pas épuisée.
Elles se renouvellent chaque matin, infinie est ta bienveillance.
" Hachém est mon lot, dit mon âme, aussi espéré-je
en lui."
Hachém est bon pour ceux qui mettent leur confiance en lui, pour
l'âme qui le recherche.
C'est une bonne chose d'attendre en silence le secours de Hachém;
une bonne chose aussi pour l'homme de porter le joug dès sa jeunesse;
de s'asseoir solitaire en se résignant silencieusement, lorsqu'Il
le lui impose.
Qu'il incline sa bouche vers la poussière: peut-être est-il
quelque espoir.
Qu'il présente la joue à celui qui le frappe et se rassasie
d'humiliation
car le Seigneur ne délaisse pas à tout jamais;
mais quand il a frappé, il exerce sa pitié selon l'étendue
de sa bonté.
Car ce n'est pas de bon cœur qu'il moleste et afflige les fils de
l'homme.
Lorsqu'on foule aux pieds tous les captifs du pays,
lorsqu'on fait fléchir le droit d'un homme à la face du
Très-Haut (Eliyone),
lorsqu'on fait tort à un homme dans sa juste cause, le Seigneur
ne peut l'approuver.
A qui donc suffit-il d'ordonner pour qu'une chose soit, si le Seigneur
n'en a décidé ainsi?
N'est-ce pas de la bouche de Hachém qu'émanent les maux
et les biens?
Pourquoi donc se plaindrait l'homme sa vie durant, l'homme chargé
de péchés?
Examinons nos voies, scrutons-les et retournons à Hachém!
Elevons nos cœurs avec nos mains vers Dieu (El) qui est au ciel!
Nous, nous avons failli et désobéi: toi, tu n'as point pardonné.
Tu t'es enveloppé de colère et tu nous as persécutés;
tu as tué sans ménagement.
Tu t'es entouré de nuages, pour empêcher les prières
de passer.
Tu as fait de nous une balayure, un objet de dégoût au milieu
des nations.
Tous nos ennemis ont ouvert la bouche contre nous.
Notre partage, ce furent la terreur et le piège, la ruine et le
désastre.
Mes yeux se répandent en torrents de larmes à cause de la
catastrophe de mon peuple.
Mes yeux se fondent en eau sans s'arrêter, car il n'est point de
répit au mal,
jusqu'à ce que Hachém regarde et voie du haut du ciel.
Le spectacle qui s'offre à mes regards accable mon âme à
cause de toutes les filles de ma ville.
Ils m'ont pourchassé comme un passereau, ceux qui me haïssent
sans motif.
Ils ont confiné ma vie dans la fosse et jeté des pierres
sur moi.
Les eaux ont monté par-dessus ma tête, et j'ai dit: "Je
suis perdu!"
Mais j'ai invoqué ton nom des profondeurs de la fosse.
Tu as entendu mon appel: "Ne ferme pas ton oreille alors que je supplie
pour ma délivrance."
Tu es venu près de moi le jour où je t'ai invoqué,
tu as dit: "Sois sans crainte!"
Tu as pris en mains les causes qui me touchent, tu sauves ma vie.
Tu as vu, Hachém, le tort qu'on m'a fait: défends mon droit!
Tu as été témoin de leurs représailles, de
tous leurs complots contre moi.
Tu as entendu, Hachém, leurs outrages, toutes leurs machinations
contre moi.
Les lèvres de mes adversaires et leurs pensées sont dirigées
contre ma personne.
Regarde leurs faits et gestes: je suis l'objet de leurs chants moqueurs.
Puisses-tu leur rendre la pareille, ô Hachém, les traiter
selon l'oeuvre de leurs mains!
Inflige-leur l'angoisse du cœur: ta malédiction vienne sur
eux!
Poursuis-les de ton courroux et anéantis-les de dessous la voûte
de tes cieux.
Chapitre 4
Le quatrième chapitre reprend le thème
des malheurs du peuple, la comparaison de son état glorieux précédent
avec le désastre actuel, mais il ajoute autre chose: à ceux
qui se réjouissent de la chute d'Israël, il les prévient
qu'ils boiront la coupe amère à leur tour.
Hélas. Comme l'or est terni, et altéré le métal
précieux! Comme les pierres sacrées se trouvent éparpillées
à tous les coins de rue!
Les fils de Sion, si prisés, qui valaient leur pesant d'or fin,
hélas! Les voilà estimés à l'égal de
vases de terre, œuvre des mains du potier!
Même les chacals présentent leurs mamelles et allaitent leurs
petits: la fille de mon peuple est devenue, elle, cruelle comme l'autruche
au désert.
La langue du nourrisson, altéré de soif, s'attache à
son palais; les petits enfants demandent du pain: personne ne leur en
offre.
Ceux qui se nourrissaient de mets exquis se meurent dans les rues; ceux
qu'on couvrait d'étoffes de pourpre se nichent dans des tas de
fumier.
Le châtiment de la fille de mon peuple a été plus
grand que la punition de Sodome (Sdom), frappée d'une destruction
instantanée, à laquelle des mains humaines n'ont pas coopéré.
Ses princes étaient plus brillants que la neige, plus blancs que
le lait; leur corps avait la teinte vermeille du corail, leurs contours
d'éclat du saphir.
Et leur figure est devenue plus noire que la suie: on ne les reconnaît
pas dans les rues. Leur peau est collée à leurs os, desséchée
comme du bois.
Plus heureuses les victimes du glaive que les victimes de la faim, qui
s'étiolèrent, débilitées par le manque de
tout produit des champs!
De leurs propres mains, de tendres femmes ont fait cuire leurs enfants,
pour s'en nourrir: dans le désastre de la fille de mon peuple.
Hachém a lâché tout son courroux, id a répandu
le feu de sa colère; il a allumé un incendie dans Sion,
qui en a dévoré jusqu'aux fondements.
Ils ne pouvaient croire, les rois de la terre, les habitants du globe,
qu'un ennemi victorieux franchirait jamais les portes de Jérusalem!
A cause des péchés de ses prophètes, des crimes de
ses prêtres, qui versèrent dans son enceinte le sang des
innocents,
ils titubaient comme des aveugles dans les rues, tellement souillés
de sang qu'on ne pouvait toucher à leurs vêtements:
" Hors d'ici, impurs que vous êtes! leur criait-on; hors d'ici,
hors d'ici! Ne touchez rien!" C'est ainsi qu'ils se sont dispersés,
errant çà et là, tandis que l'on disait parmi les
peuples: "Il ne faut pas qu'ils restent plus longtemps!"
La colère de Hachém les a disséminés, il ne
veut plus leur accorder un regard: on n'a pas respecté les prêtres,
ni montré des égards aux vieillards.
Nos yeux n'avaient cessé de se consumer dans le vain espoir d'un
secours; dans notre folle confiance, nous mettions notre attente en un
peuple impuissant à secourir.
On s'est jeté sur nos talons, nous fermant l'accès de nos
propres rues: notre fin s'approchait, nos jours étaient consommés.
Ah! Elle est venue, notre fin! 19 Plus légers que les aigles dans
les airs étaient nos persécuteurs; ils nous ont pourchassés
sur les montagnes, guettés dans le désert.
Celui qui était pour nous un principe de vie, l'oint de Hachém,
a été pris dans leurs chausse-trapes, lui dont nous disions:
"A son ombre, nous vivrons au milieu des peuples!"
Sois donc gaie et joyeuse, fille d'Edom, habitante du pays d'Ouç!
A toi aussi sera présenté le calice: tu tomberas en ivresse
et tu te mettras à nu!
Fille de Sion, tes fautes sont expiées: Il ne t'enverra plus en
exil! Fille d'Edom, il va châtier tes fautes, faire éclater
au grand jour tes crimes!
Chapitre 5
Le cinquième et dernier chapitre s'adresse
directement à D.ieu, le bien-aimé d'Israël, et reprend
toute l'histoire du peuple dans l'axe des chapitres précédents.
Puis il va jusqu'à interroger et faire des reproches au Créateur
sur son obstination à ne pas revenir de sa réaction de colère
et d'éloignement. Les derniers versets sont donc un éloge
de ce retour, la téchouva, cette spécialité juive
de "revenir" qui va être le leitmotif de notre travail
intérieur jusqu'au jour de Kippour, donc pendant plus d'un mois.
Et cet appel s'adresse autant à D.ieu qu'aux hommes. Et, même,
la téchouva de Dieu est la condition qui rendra possible celle
de l'homme. Audacieuse conclusion et d'une assurance obstinée et
un peu joyeuse.
Et Rachi ne supportait
pas la peine de l'image de la almana, la veuve car il dit: "pas exactement
une veuve mais plutôt une femme dont le mari a dû partir pour
un long voyage et qui va revenir". Côté
toujours tellement humain et sensible de Rachi sur lequel j'ai souvent
parlé. Voir ce lien.
A vous maintenant de continuer
à lire le texte de Eikha pour ressentir, dire et méditer
ces cinq petits chapitres. Et à les enseigner à autrui car
il est interdit d'étudier pour son seul profit.
Souviens-toi, Hachém, de ce qui nous
est advenu; regarde et vois notre opprobre!
Notre héritage a passé à des étrangers, nos
maisons à des gentils.
Nous sommes devenus des orphelins, privés de père; nos mères
sont pareilles à des veuves.
Notre eau, nous ne pouvons 'la boire qu'à prix d'argent; notre
bois, nous n'en disposons qu'en l'achetant.
On nous poursuit l'épée dans les reins; nous sommes à
bout de forces: point de répit pour nous!
En Egypte (Mitsrayim) nous avons tendu la main, et à Achour, pour
avoir du pain en suffisance.
Nos pères avaient péché: ils ne sont plus, et nous
portons le poids de leurs fautes.
Des esclaves ont pris le dessus sur nous: personne ne nous soustrait à
leur pouvoir.
Au péril de notre vie nous nous procurons nos vivres, le glaive
sévissant au désert.
Notre peau est brûlante comme un four, par suite de la fièvre
desséchante de la faim.
On a violenté des femmes dans Sion, des vierges dans les villes
de Juda.
Des princes ont été pendus par leurs mains; on n'a témoigné
nul égard pour la personne des vieillards.
Les adolescents ont dû porter la meule, les jeunes gens ont trébuché,
sous le faix des bûches.
Les vieillards ont cessé de paraître à La Porte, les
jeunes gens d'entonner leurs chansons.
Toute joie est bannie de notre cœur; nos danses joyeuses sont changées
en deuil.
Elle est tombée, la couronne de notre tête; malheur à
nous, parce que nous avons péché!
Ce qui nous déchire le cœur, ce qui obscurcit nos yeux,
c'est de voir le mont Sion en ruines, foulé par les renards.
Toi, Hachém, qui sièges immuable, dont le trône subsiste
d'âge en âge,
pourquoi nous oublies-tu si obstinément, nous délaisses-tu
de si longs jours?
Ramène-nous vers toi, Hachém, nous voulons te revenir; renouvelle
pour nous les jours d'autrefois.
Se peut-il que tu nous aies complètement rejetés et que
tu nourrisses contre nous une colère inexorable? Ramène-nous
vers toi, Hachém, nous voulons te revenir; renouvelle pour nous
les jours d'autrefois.

Que toutes les personnes dont la vie passe par ces
tragédies, sentent qu'elles sont entourées et assumées
par cette catastrophe qui atteint également tout Israël et
le Créateur Tout-puissant Lui-même.
Et qu'elles aient la certitude, pour ces raisons, que l'aurore est pour
très bientôt, si nous ne voulons pas rester à vivre
dans le malheur. Bientôt, Tou
bé Av!
Prochainement, dans quelques
heures, si D.ieu veut, un commentaire sur tous les enseignements du mot
"Eikha" (Hélas... qui ouvre ce texte) dans tout le Tanakh
(la Bible)
|
Pour reprendre courage, après cette
étude réalisée en se reportant aux références
et en lisant les 5 chapitres, il faut absolument aller lire maintenant
ce que nous dit le prophète Isaïe qui reprend ces
thèmes dans son chapitre 52,1: "Revêts tes habits
de fête, Jérusalem". Et au chapitre 54: "Ne
crains pas, le deshonneur de ton veuvage, tu ne t'en souviendras
plus, la compagne de la jeunesse peut-elle être un objet
de dédain. Il faut lire ici tout ces chapitres 52-54
d'Isaïe pour oser revenir méditer et ressentir le
livre de Eikha en en tirant les leçons.

Le Temple, le bien du
monde et l'étude de la Torah
Rabbi 'Hayim de Volozhyne écrit que serait
un non-sens d'être dans une étude abstraite et coupée
de son action sur le monde et qui ne serait pas accompagnée
de sa pratique.
En effet, il n'y a aucune différence entre
la sainteté tournée vers l'homme et la sainteté
tournée vers Dieu à ces niveaux. C'est ainsi qu'il
est écrit :
guédola Torah ché hi noténéte 'hayim
léôsséya elle est grande la Torah qui
donne la vie à ceux qui la réalisent (ch. VI des
Pirqé avote, Principes des Pères),
et il n'est pas écrit, dit-il, "à
ceux qui l'étudient".
Et il va plus loin encore en citant deux passages
qui marquent avec force égale l'importance de l'étude
et de la pratique :
- un passage du traité Avoda Zara 17 b :
kol haôsséq ba Torah bilvad domé kémi
ché éïn lo éloha
tout celui qui s'occupe uniquement de Torah est semblable à
celui qui n'a pas de Dieu ;
- un passage du Middrache Tan'houma sur Bé'houqotaï
:
af im hou tsadik vé eino ôsséq ba Torah
éïn béyado kloum
même s'il est un juste, s'il ne fait pas de la Torah sa
tâche, il n'a absolument rien en main.
Nous voyons toujours, dans les rubriques
Torah et Prière du site (lien ici), comment cet ensemble
structurel des forces qui agissent dans le monde est constamment
recréé et vivifié par la Torah dans la prière
et l'étude.
L'accès aux richesses de la Torah par la
connaissance des méthodes de l'étude permet de développer
cette dynamique d'ensemble. L'étudiant de la Torah construit
le monde.
Dans ce contexte de l'enseignement de nos maîtres,
nous comprenons mieux toutes ces phrases des Sages du talmud :
afilou kol haôlam koulo éino chavé
afilou lédavar é'had mine hatTorah
même l'ensemble de tout l'univers n'égale pas un
seul mot de la Torah. Péa Yérouchalmi 1
afilou kol mitsvotéya chél Torah
éinane chavote lédavar é'had mine hatTorah
même l'ensemble de toutes les mitsvotes n'égale pas
un seul mot de la Torah. Péa Yérouchalmi 1
ilmalé Torah lo nitqayémou chamayim
va arets
sans la Torah ne pourraient subsister les cieux et la terre. Pessa'him
69
gadol talmoud Torah yotér méatsalate
néfachote
l'étude est plus grande que de sauver des humains. Méguila
16
kol hahôsséq batTorah lichma...
méssaméa'h éte hammaqom méssaméa'h
éte habbériote
chacun de ceux qui étudient la Torah réjouit Celui
qui est le lieu du monde et réjouit les créatures.
Pirqéï Avote VI, 1
kévane ché loméd éte
hatTorah haréi mévi tova laôlam
c'est dans la mesure où il étudie la Torah qu'il
apporte le bien au monde.
Tana devéi Éliyahou Raba 18
Cette volonté de construction du monde en
s'adonnant pleinement à l'étude de la Torah est
parfaitement rendue par cette illustration représentant
le Temple de Jérusalem ; c'est une belle gravure placée
en fin de l'édition justinienne de Venise, an 1551, des
cinq livres de la Torah en hébreu avec traduction en latin.
Il est d'autant plus remarquable que des non-juifs aient ainsi
été sensibles à ces dimensions exprimées
par les versets qu'ils ont placé dans les oriflammes qui
entourent le Temple :
à l'image de ce que nous venons de dire,
le Temple y est l'image du plan du monde à venir et sa
centrale fondatrice, par son harmonie, par la présence
divine, par les mitsvotes et par l'unité du peuple et des
nations ; c'est l'étude de la Torah qui en révèle
l'essence et en assurera l'avènement et le fonctionnement
dans la création rénovée.
Voici la traduction des versets inscrits autour
du bâtiment du Temple :
• à droite : "la vérité germera
de la terre et la justice brillera depuis les cieux", Psaume 85,
12 ;
• en haut : "la Torah de ta bouche est meilleure
pour moi que des monceaux d'or et d'argent", Psaume 119, 72 ;
• à gauche : "c'est pourquoi j'ai aimé
tes mitsvotes plus que l'or et le métal fin", Psaume 119,
127.
La représentation du bâtiment actuel
placé sur l'esplanade du Temple sous cette guirlande et
les mots écrits sur ce bâtiment ("Béit
hammiqdache") nous en disent long sur la volonté de
ces étudiants de la Torah en l'an 1551 !
Dans la guirlande, l'affirmation est encore plus
explicite : "plus grande sera la splendeur de ce Temple à
venir que celle du premier, dit Hachém tsévaote,
et en ce lieu je donnerai la paix...", Haggaï 2, 9.
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Voir tout le
Kotel maintenant
et, ici, en superzoom
Ici,
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Le point
sur le Temple
Localisation du Temple
Saccage du Mont
du Temple
Sous le Mont du Temple
Mon Kotel éternel
Le vocabulaire et les dynamiques du texte des Lamentations (Eikha) pour
mieux le méditer et mieux le prier
Lisez ce passage en vous reportant au texte selon les références
précises.
I. Une première partie dresse
le décor
Actions négatives d'elle, Israël
- Pleurer: bakho. Pleure (impératif): tivké. Elle pleure:
bokha. Le fait de pleurer: békhi, békhia.Une larme: dimeâ.
Sa larme: dimeâtah.
- Elle a péché ('hateah). Elle est descendue (vatéréd).
Actions négatives contre elle
- Tombe sur elle (binepol).
Privation
Eïne lah: elle n'a pas, de consolateur(ména'hem), de lieu
de repos (manoa'h), sa beauté (hadarah).
Lieux tristes
Lieux déserts (chomémim), avélote (comme en deuils).
Prison: chévi.
Les relations positives où cela se joue
- Ména'hém: consolateur. Né'hama: la consolation.
- Ohavéiah: ceux qui l'aiment, ses amants. Réêyah:
ses amis (réâ, un ami).
Les relations négatives où cela se joue
- Ils l'ont trahie: baguédou vah. Poursuivant, persécuteur:
rodef. Ils en rient (sa'haqou).
Situations pénibles
- Ses ennuis, persécutions (tsar, tsara, tsarotes). Sa pauvreté
(âniyah). Son errance (méroudéya).Sa nudité
(êrvatah). Son impureté (toumatah).
Situations agréables passées
- Ses états agréables (mah'amoudéya).
II. Une seconde partie analyse
tout le problème et l'enjeu
Interpellation envers Hachém
- (1, 9-11) Vois ma pauvreté (réé éte ânéyi)
car mes ennemis ont grandi (higdil oyév).
- Vois ma détressse (1,20-23 description...) et envoie Ton jour.
- Regarde les malheurs de Ton peuple, description (2,20-22).
- Rappelle-Toi ma misère (3,19).
- Anéantis nos ennemis (3,64-66).
- Souviens-Toi de nous (5,1-13).
Phase de méditation en espérance envers Hachém
car on comprend que ces tourments sont pour revenir vers Hachém
dans le bien (3,21-41).
Phase d'assurance que l'on sera aidé par Hachém
(3,55-58).
Interpellation envers autrui
- envers ceux qui passent (1,12 et suivants. 1,20).
- envers tous les peuples (1,18 et suivants)
- envers les habitants de Jérusalem à pleurer et supplier
(2,18-19.
- envers les ennemis pour leur annoncer qu'ils recevront pis que ce
qu'ils ont fait à Israël (4,21-22).
Description des fléaux venant de D.ieu contre Israël
(2,1-17) et (3,1-18) et (3,42-54) et (4,1-20).
Description de la situation catastrophique d'Israël (2,11-16).
II. Une troisième partie
Le dernier chapitre décale l'ensemble
car il resitue tout cela en rappelant
que cet échec lamentable d'Israël est celui du projet divin
lui-même:
- les Sages ne peuvent plus siéger pour gouverner et enseigner
(5,14).
- ceux qui faisaient les louanges ne peuvent plus offivcier (5,14-15).
- c'est Ta couronne qui est tombée et Ton Mont Sion qui est ruiné
(5,16-18), lui qui est à l'image de Ton trône.
Il conclut donc, logiquement, par le rappel qu'Il est immuable,
ne pas délaisser, va nous ramener vers Lui, renouveler.
La dernière interpellation est forte car elle met D.ieu en
question (5,22).
On reprend le verset de notre téchouva, car c'est là qu'est
la solution
|