|
Présentation du livre
Sur Modia, nous sommes au Beit ha middrache, la maison d'étude,
et donc ce texte-ci n'est pas une simple introduction ou présentation,
mais c'est une véritable étude pour rencontrer la
Torah avec les maîtres qui nous l'ont transmise oralement
et avec Celui qui nous la donne. Ecoutons.

Le Livre des Lamentations a été écrit par
le prophète Jérémie. Etudiez ici ce qu'est
un prophète et particulièrement qui
est le prophète Jérémie sur ce lien, et
absolument aussi
sur cette seconde page.
Ce livre de Eikha est composé de 5 chapitres ou 5 lamentations
(quinotes). Dans les siècles précédents,
on l'appelait séfer quinotes ou méguilate
quinote, ou quinote; seulement récemment, on le
nomme par le premier mot du livre. Ces deux façons de nommer
sont fréquentes dans tous les livres de la Bible.
Qu'est ce qu'une qina ?
C'est un cantique (pioute) ou chant (chir) à
l'occasion d'une tragédie (tsara), d'une destruction
('horbane), d'un deuil (évél). Ce genre
se trouve dans différents livres du Tanakh (Bible). Voyez
ce mot en Jérémie 7.29 ou 9,9 ou 9,19; de nombreuses
fois chez Ezéchiel: 19,1 ou 14,19 ou 26,17 ou 27,2 et 27,32
ou 28,12 ou 32,2 et 16, chez Amos 8,10, etc. Ceci pour que l'on
ne limite pas à Jérémie cette pratique. Reportez-vous
à ces références.
Continuons avec le Talmud. Ouvrons le Traité 'Haguiga, page
5b. C'est un Traité très court mais le coeur du Talmud
par ses enseignements élevés, au point que certains
ne sont pas enseignés en groupe. Le premier texte que nous
y étudions en liaison avec Eikha nous place dans une relation
conjugale entre le Créateur et nous, dans des niveaux intimes
et secrets, jusqu'aux moments les plus tragiques de l'existence.
Début du texte avec l'araméen et sa traduction:
Ribbi Ila hava saléq bé dargua montait les
marches dé bé de la maison de Rabba ben Chila
et chémâé lé yanouqa il entendit
un enfant qa qéré qui lisait: "ki hinné
yotsér harim car voici que Celui qui a formé les
montagnes ouboré roua'h et crée le vent, et
qui dit à l'homme quelle est sa conversation, ou maguid
lé Adam ma si'ho..." (Amos 4,13)... ma hi. Quelle
est cette conversation? Amar Rav Selon Rav, afilou si'ha
yétéra même la moindre des conversations
inutiles ché béïn adam lé ichto
qu'il y a eu entre un homme et sa femme, maguidim lo lé
adam D.ieu répète à l'homme, bi chéâte
mita au moment où il meurt...
Un verset de Jérémie 13,17 dit: "Védamoâ
didmâ Mes larmes couleront vétéréd
êni dimâ et mes yeux fondront de larmes, ki nichba
êder Hachém parce que le troupeau de Hachém
sera emmené captif". Chaloche dimaôte hallalou
lamma? Pourquoi le texte parle-t'il trois fois de larmes dans
tout ce passage? Âl miqdache richone, âl miqdache
chéni, les deux premières larmes sont pour les
deux destructions du Temple, âl Yisrael ché ggalou
et la troisième pour la dispersion d'Israël. Vé
ikh dé amri Et certains disent que a'hate âl
bitoul Tora une larme est pour l'oubli de la Torah. âl
Yisrael ché ggalou et la troisième pour la
dispersion d'Israël. Eïne bitoul Torah gadol mi zé
car il n'y a pas de plus grande annulation de la Torah que cela
(la dispersion d'Israël). (Commentaire: donc ne nous lamentons
pas seulement pour la destruction du Temple, car ce Temple est constitué
de ceux qui ne sont pas ici et le Ciel nous dit que cela est la
plus grande annulation de la Torah qui puisse exister. Cela doit
bien entrer dans la tête et dans le coeur, avec larmes et
changement.)
Les Sages ont enseigné: Chélocha Haqqadoche baroukh
Hou bokhé âléhén békhol yom, 3
choses font pleurer tous les jours le Saint béni soit-Il:
- âl ché éfchar laâssoq ba Torah vé
éino ôsséq, celui qui a la possibilité
d'étudier la Torah et ne le fait pas,
- âl ché i-efchar laâssoq ba Torah
vé ôsséq, celui qui n'a pas la possibilité
d'étudier la Torah et qui le fait quand même,
- vé âl parnas ha mitgahé et qu'un dirigeant
de communauté s'enorgueillisse âl ha tsibour et
se comporte envers le public comme un tyran.
Rabbi hava naqéte Rabbi prit un jour Séfer
Qinote, le Livre des qinotes (les lamentations de Jérémie,
et tout cela nous montre que c'était une introduction à
notre thème) et le lut et quand il arriva lé hahi
péssouqa au verset 2,1: "Hichlikh mi chamayim
éréts, Il a jeté depuis les cieux par terre
(la splendeur d'Israël)", son livre néfal mi
yadé tomba de ses mains et amar il dit: méigara
ram tomber de si haut, lévéra âmiqa dans
un abîme si profond." Fin de ce texte du Talmud.
Commentaire. Le Talmud a eu besoin de nous dire tout cela avant
de commencer à entrer dans un verset du Livre des Lamentations,
maintenant l'axe est clair. Là vous voyez ce qu'est l'étude
et le Talmud: un simple verset du Tanakh nous est démontré
en quelques lignes avec tous les niveaux qu'il touche (références
entre les textes, Ciel, notre existence, le couple, le dirigeant
de communauté, les sentiments affectifs ou l'orgueil, l'exil,
les retrouvailles, etc). On comprend maintenant qu'on ne peut pas
se dispenser d'étudier la tradition car sans elle nous n'aurions
rien vu de tout cela. Certains pensent qu'étudier nos textes,
c'est lire et rabâcher hors de la vie. Ils sont simplement
des ignorants; et ils auraient découvert une grande richesse
s'ils se mettaient à expérimenter l'étude.
Il fallait lire tout cela avant de se mettre devant les premières
lignes du livre de Eikha. Commençons maintenant à
lire Eikha, nous avons le bon axe. Toute personne qui n'aurait pas
la Bible en français, au moins, doit se la procurer mais,
attention, une Bible avec traduction juive car les
autres éditions sont très "orientées"
(voir mon analyse de ce sujet par ce lien).
Premier mot qui donne son nom au livre : Eikha.
Strictement, le mot de ce livre Eikha veut dire "comment",
eikh. On le trouve souvent dans le livre Dévarim (1,12
ou 7,17 ou 12,30 ou 18,21 ou 32,30). Il veut dire aussi "comment?
où ça?" comme quand la fiancée cherche
son bien-aimé dans le Cantique des Cantiques 1,7 Eikha
tirê eikha tarbits... Et cela se synthétise dans
l'expression de quelqu'un qui est désorienté et perdu,
avec toutes les intonations qui changent le sens ("comment
est-il possible, à ce point, c'est inimaginable?!"):
voyez Jérémie 8,8 et 48,17 et dans notre Livre de
Eikha il revient 4 fois (1,1 et 2,1 et 4,1 et 4,2). Cela
dit bien notre état en perdition et désespoir. Voilà
pourquoi j'ai placé cette semaine l'étude de trois
psaumes de désespoir (83 et 130 et 142) à étudier
sur ce lien.
Lire ici la
lettre d'une petite fille aux prises avec les gendarmes français
et les nazis qui, ensemble, lui retirent sa mère et la tuent.
Vous le voyez, avec l'aimée de D.ieu Israël, nous aimons
chaque mot de la Torah pour ainsi comprendre bien tout ce dialogue,
comme quelqu'un qui lit et relit jusqu'à connaître
par coeur la lettre de quelqu'un qu'il aime (ami, parent, aimée,
enfant lointain) afin d'en saisir toutes les nuances et sentiments.
Et il peut dire en vérité: "je n'oublierai jamais
aucun des mots que tu m'as dits, aucun. D'ailleurs, tu me l'as dit
toi aussi. Et la distance et l'invisible ne changent rien, rien.
Je connais tous tes mots et je me les redis sans cesse et ils parlent
en moi sans cesse, chiviti Hachém lénéghdi
tamid, vé dibarta bam". Que le Ciel entende ainsi
notre lecture attentive de Eikha. Pour qu'Il accomplisse aussi chacun
des mots de Sa promesse le plus vite possible, maintenant!
Premiers mots

"Eikha yachéva vadad. Comment elle est assise
solitaire!"
- Toutes les voyelles de ces trois mots sont longues et étirent
la plainte.
- Sous le mot yachéva, elle est assise, il y a le
petit trait vertical du métég qui empêche de
dire yochva mais sépare en ya-ché-va
comme on se sait par les règles du méteg
pour ceux qui veulent apprendre à bien lire la Torah sur
le site, lien ici.
- de même, par ce lien, nous comprendrons la règle
qui fait lire vadad au lieu de l'écriture normale
du mot qui est badad, cela parce que le mot précédent
se termine par l'une des lettres du Nom de Hachém
qui adoucit tout jusqu'à la prononciation. Badad veut
dire "être seul, lévad (D.ieu lui-même
est cela en Dévarim 32,12), comme un enfant unique yé'hidi,
isolé des autres (comme en Vayiqra 12,46) et on le retrouvera
en Eikha 3,28. Quelqu'un en cet état est nommé bodéd
("comme un oiseau seul sur un toit", Psaume 102,8). La
bédidoute est cet isolement. La hitbodédoute
est une technique de retrait temporaire des affaires pendant quelque
temps pour mieux se consacrer temporairement à la Torah en
l'approfondissant dans le calme.
Sur ce mot, Rachi insiste sur le côté galmoud,
isolement de celui qui est abandonné.

"Haîr rabbati âm, la ville si large et
pleine de population".
Rabati, cette forme qui vient du mot rav, grand,
ne se trouve que dans ce verset pour tout le Tanakh, et il y est
deux fois. Mais on la trouve normalement dans toute la littérature
des siècles et dans l'hébreu moderne. On dira Yerouchalayim
rabati, le grand Jérusalem; ou bien quand une lettre
est mise en gros caractère, comme la première de la
Torah, on dit le beit rabati. Une mitsva importante se dite
mitsva rabati. Ou, pour insister, on dira: lo bé
aléf rabati (le mot "non, lo, avec un alef
très grand"), ce qui veut dire "non absolu, et...
n'insistez plus. C'est donc le sens de "immense".
Quand elle signifie simplement grande, l'accent est mis sur la dernière
syllabe. Mais, quand comme ici elle est en liaison avec le mot suivant
(sémikhoute) comme un trait d'union en français,
l'accent se déplace vers l'avant-dernière syllabe,
donc prononcer raBBAti: "pleine de population".

Hayéta kéalmana, elle était (devenue)
comme une veuve.
Nous arrivons à la première grande partie du verset
qui est marquée par le atna'h (la sorte de petite
fourche sous le mot); et le taâm sous le mot précédent
fait une brève coupure qui met cela encore plus en évidence.
Tous ceux qui veulent comprendre et bien lire ces signes, les teâmim
indispensables pour comprendre, se reporteront aux
pages qui y sont consacrées (lien ici).
La veuve, ou le veuf, c'est l'état le plus démuni.
Le Talmud dit que "tout homme qui perd sa première femme,
c'est comme si la destruction du Temple se faisait présentement
pour lui, kol adam ché méta ichto richona kéilou
' hérév beit ha miqdache bé yamav" (Sanhédrine
22a). Parce que le Talmud dit "ichto kégoufo démia,
sa femme, c'est semblable à son corps" (Ména'hote
93b). Destruction, désarticulation, incomplétude,
destruction des promesses et du bonheur, manque de défense
sur tous les plans, le Talmud analyse cela. Généralement,
le monde se détourne vite de ces personnages malheureux,
on leur reproche presque d'être en voisinage avec la mort,
on ne veut pas les aider, et le texte de Eikha dit plusieur fois:
"éine ména'hem, il n'y a pas de miséricordieux
pour ces gens". C'est aussi que les autres ne peuvent pas comprendre
cette expérience: "aucun homme ne meurt si ce n'est
pour son épouse, et une femme ne meurt que pour son mari,
éine iche met élla lé ichto vé éine
icha méta élla lé vaâla" (Sanhédrine
22a).
Le Tanakh parle souvent, plus de 50 fois, de cette situation dramatique
sous la forme de la femme veuve.Et souvent cela est lié 20
fois à la détresse des orphelins (yatom vé
almana) ou du guer (converti) qui est comme un
enfant qui vient de naître et n'a pas de défense (psaume
94,6 et les chapitres 14, 16 et 24 de Dévarim). Les prophètes
reviennent souvent sur ce thème, par exemple Jérémie
7,6 et 22,3.
Cette conception de totalité de l'atteinte est rendu encore
dans Eikha par le fait que les versets de trois des 5 chapitres
commencent par les lettres ordonnées de l'alphabet et un
autre chapitre a également le nombre de versets correpondant
aux nombre de lettres. Les Sages disent que cela doit nous faire
prendre conscience que tout est ainsi détruit parce que nous
portons atteinte à chacune des lettres de la Torah, à
chacune de ses richesses et de ses dons qui nous ont été
transmis.
Le texte de Eikha nous indique donc la présence de la mort,
de la perte et de la désolation sous la forme la plus
intime et la plus sensible et la plus intérieure de l'être.
Il faut donc parvenir à ressentir cela pour Jérusalem
et pour le Temple, et ressentir combien, à ce point nous
lui manquons, sous cette forme quand nous n'y sommes pas. C'est
cela que nous dit le texte. Et que la souffrance est autant, si
l'on peut dire, dans les Cieux. Un état de alménoute
dont parle Béréchite 38,14 et 19.
D.ieu, par la parole des prophètes essaie de nous dire souvent
que son lien à nous ne peut mieux s'exprimer que par la relation
conjugale. Et la perturbation, par ce qui affecte le plus terriblement
cette relation: trahison, béguida, mort mita.
Sur cette image, j'ai placé les 4 premiers versets, en les
mettant chacun en évidence, ainsi que les principales étapes
du verset en allant à la ligne, et en mettant un point virgule
pour la moitié du verset indiquée par l'atnah
(sorte de fourche renversée, voyez la leçon sur les
teâmim).
Vous pourrez ainsi lire lentement l'hébreu. Vous remarquez
que chaque verset commence par une des lettres de l'alphabet, dans
l'ordre.
Verset 1 : Eikha yachéva vadad. Comment elle est
assise solitaire! Haîr rabbati âm, la ville si
large et pleine de population. Hayéta kéalmana,
elle était (devenue) comme une veuve. Rabbati vagoyim,
immense parmi les nations. Sarati bamédinote,
princesse parmi les provinces, Hayéta la mas, elle
est devenue imposée de tribut.
Verset 2. Bakho tivké balaila, Pleurer elle pleure
(continuellement dans la nuit). Védimâtah âl
lé'héyah, et ses larmes sur ses joues. Eïne
la ména'hém, Elle n'a pas de consolateur miséricordieux.
Mi kol ohavéiya, parmi tous ceux qui l'aiment. Kol
réêya baguédou va, Tous ses proches l'ont
trahie. Hayou la léoyévim, et sont devenus
pour elle des ennemis.

Verset 3. Galéta Yéhouda, Yéhouda a
été exilé. Méôni oumérov
âvoda, dans la misère et un puissant esclavage.
Hi yachéva vagoyim, elle s'est installée parmi
les nations. Lo matsea manoa'h, elle n'a pas trouvé
de repos. Kol rodéféya, tous ses persécuteurs,
hissigouah l'ont atteinte, béin hammétsarim
entre les défilés.
Verset 4. Dakhé Tsione avélote, les chemins
de Sion sont endeuillés. Libéli vaé moêd,
sans que personne ne vienne aux fêtes. Kol chéâréya
chomémim, toutes les portes de ses murailles sont dévastées
et solitaires. Kohanéya nééna'him, tous
ses Cohanim gémissent. Bétoulotéya noukhote,
ses vierges souffrent. Véhi mar-lah, et elle est
dans la détresse amère.
Texte de Eikha, les Lamentations
(traduction Yehoshua Ra'hamim Dufour)
Ensemble du chapitre 1
1
Hélas! Comme elle est assise solitaire,
la ville si peuplée autrefois,
et maintenant comme une veuve !
Immense parmi les nations,
princesse parmi les Etats,
elle est réduite à payer tribut !
2
Elle pleure sans cesse la nuit,
et ses larmes couvrent ses joues.
Elle n'a pas de consolateur
parmi tous ceux qui l'aimaient.
Tous ses amis l'ont trahie
et sont devenus ses ennemis.
3
Yéhouda est allée en exil,
victime de la pauvreté et d'une grande servitude ;
elle habite au milieu des nations,
et elle n'y trouve pas de repos ;
tous ses persécuteurs l'ont surpris
dans l'angoisse de défilés ressérés.
4
Les chemins de Sion sont dans le deuil,
car personne ne va plus aux fêtes ;
toutes ses portes sont en ruine et désertes,
ses cohanim (ses prêtres) gémissent,
ses vierges sont dans la douleur,
et elle est toute amertume.
5
Ses oppresseurs la dominent,
ses ennemis sont en paix ;
car Hachém l'a frappée
à cause de la multitude de ses péchés ;
Ses jeunes enfants ont marché
prisonniers devant l'oppresseur.
6
La fille de Sion a fait partir toute sa beauté ;
Ses princes, sont comme des cerfs
qui ne trouvent pas de paturage,
et ils vont sans force devant celui qui les pourchasse.
7
Elle s'est souvenue, Jérusalem,
aux jours de sa misère et de son accablement,
de toutes les délices qui étaient siennes
aux jours d'antan.
Quand son peuple est tombé dans la main de l'oppresseur,
et que personne n'est là pour l'aider,
ses oppresseurs l'ont vue et ils riaient de sa ruine.
8
Elle a péché lourdement Jérusalem,
c'est pour cela qu'elle est devenue rejetée.
Tous ceux qui lui accordaient de l'honneur
la bafouent car ils ont vu qu'elle est nue.
Elle-même soupire et recule.
9
Sa souillure sur les pans (de son vêtement),
elle ne se souciait pas de ce qui adviendrait.
Et elle est tombée de façon dramatique,
il n'est personne pour la consoler.
Vois, Hachém, sa misère,
car il est devenu puissant l'ennemi.
10
L'ennemi a fait main basse sur tous ses trésors ;
elle a vu des peuples entrer dans sn sanctuaire,
ceux-là même pour qui Tu avais ordonné
qu'ils ne pénètrent pas dans Ta sainte assemblée.
11
Tout son peuple gémit, ils quémandent du pain.
Ils ont donné leurs biens les plus chers
pour quelque aliment qui redonne un peu de vie.
Vois, Hachém, et regarde comme je suis devenue insignifiante.
12
Que cela ne vous advienne pas
vous qui passez par là,
regardez et voyez s'il est une souffrance
comparable à ma souffrance,
celle dont Hachém m'a frappée au jour de Sa
colère.
13
D'en haut, Il a envoyé un feu
dans mes os et il s'y enfonce.
Il a étendu un filet sous mes pas et m'a retiré vers
l'arrière.
Il a fait de moi une ruine, tout le jour en souffrances.
14
Il a rassemblé mes péchés dans Sa main,
Il les a noués et attachés à mon cou,
Il a anéanti mes forces.
Il m'a livrée, le Seigneur, à des mains contre lesquelles
je ne pourrai pas me rebeller.
15
Il a anéanti tous mes héros, le Seigneur, dans mon
propre camp.
Il a proclamé contre moi une date pour briser mes jeunes
gens.
Il a martelé le pas au pressoir sur la vierge, fille de Yéhouda.
16
Sur tout cela je pleure ;
mes yeux, mes yeux ruissellent d'eau
car s'est éloigné de moi tout consolateur qui me rendrait
mon âme.
Mes enfants sont devenus des ruines car l'ennemis l'a emporté.
(Lire la suite dans toute traduction de la Bible)
Le second chapitre de Eikha dépeint la colère du
Ciel devant nos trahisons, et le désastre qui en découle,
avec nos larmes et nos souffrances, et la joie perfide des autres.
Dans le troisième chapitre, l'auteur du livre parle de sa
souffrance à la première personne car même lui
qui est fidèle n'est pas épargné par le désastre
général. C'est la règle dans les grandes catastrophes
du peuple, on devrait mieux le comprendre à l'avance.
Le quatrième chapitre reprend le thème des malheurs
du peuple, la comparaison de son état glorieux précédent
avec le désastre actuel, mais il ajoute autre chose: à
ceux qui se réjouissent de la chute d'Israël, il les
prévient qu'ils boiront la coupe amère à leur
tour.
Le cinquième et dernier chapitre s'adresse directement à
D.ieu, le bien-aimé d'Israël, et reprend toute l'histoire
du peuple dans l'axe des chapitres précédents. Puis
il va jusqu'à interroger et faire des reproches au Créateur
sur son obstination à ne pas revenir de sa réaction
de colère et d'éloignement. Les derniers versets sont
donc un éloge de ce retour, la téchouva, cette
spécialité juive de "revenir" qui va être
le leitmotif de notre travail intérieur jusqu'au jour de
Kippour, donc pendant plus d'un mois. Et cet appel s'adresse autant
à D.ieu qu'aux hommes. Et, même, la téchouva
de Dieu est la condition qui rendra possible celle de l'homme. Audacieuse
conclusion et d'une assurance obstinée et un peu joyeuse.
Et Rachi ne supportait pas la peine de l'image de la almana,
la veuve car il dit: "pas exactement une veuve mais plutôt
une femme dont le mari a dû partir pour un long voyage et
qui va revenir". Côté
toujours tellement humain et sensible de Rachi sur lequel j'ai souvent
parlé. Voir ce lien.
A vous maintenant de continuer à lire le texte de Eikha
pour ressentir, dire et méditer ces cinq petits chapitres.
Et à les enseigner à autrui car il est interdit
d'étudier pour son seul profit.

Que toutes les personnes dont la vie passe
par ces tragédies, sentent qu'elles sont entourées
et assumées par cette catastrophe qui atteint également
tout Israël et le Créateur Tout-puissant Lui-même.
Et qu'elles aient la certitude, pour ces raisons, que l'aurore est
pour très bientôt, si nous ne voulons pas rester à
vivre dans le malheur.
Bientôt, Tou
bé Av! (lien ici).
CONCLUSION



|
Pour reprendre courage, après cette étude
réalisée en se reportant aux références
et en lisant les 5 chapitres, il faut absolument aller lire
maintenant ce que nous dit le prophète Isaïe
qui reprend ces thèmes dans son chapitre 52,1: "Revêts
tes habits de fête, Jérusalem". Et au
chapitre 54: "Ne crains pas, le deshonneur de ton veuvage,
tu ne t'en souviendras plus, la compagne de la jeunesse
peut-elle être un objet de dédain. Il faut
lire ici tout ces chapitres 52-54 d'Isaïe pour oser
revenir méditer et ressentir le livre de Eikha en
en tirant les leçons.

Le Temple,
le bien du monde et l'étude de la Torah
Rabbi 'Hayim de Volozhyne écrit que serait un non-sens
d'être dans une étude abstraite et coupée
de son action sur le monde et qui ne serait pas accompagnée
de sa pratique.
En effet, il n'y a aucune différence entre la sainteté
tournée vers l'homme et la sainteté tournée
vers Dieu à ces niveaux. C'est ainsi qu'il est écrit
:
guédola Torah ché hi noténéte
'hayim léôsséya elle est grande
la Torah qui donne la vie à ceux qui la réalisent
(ch. VI des Pirqé avote, Principes des Pères),
et il n'est pas écrit, dit-il, "à ceux qui
l'étudient".
Et il va plus loin encore en citant deux passages qui marquent
avec force égale l'importance de l'étude et
de la pratique :
- un passage du traité Avoda Zara 17 b :
kol haôsséq ba Torah bilvad domé
kémi ché éïn lo éloha
tout celui qui s'occupe uniquement de Torah est semblable
à celui qui n'a pas de Dieu ;
- un passage du Middrache Tan'houma sur Bé'houqotaï
:
af im hou tsadik vé eino ôsséq ba
Torah éïn béyado kloum
même s'il est un juste, s'il ne fait pas de la Torah
sa tâche, il n'a absolument rien en main.
Nous voyons toujours, dans les rubriques
Torah et Prière du site (lien ici), comment cet
ensemble structurel des forces qui agissent dans le monde
est constamment recréé et vivifié par
la Torah dans la prière et l'étude.
L'accès aux richesses de la Torah par la connaissance
des méthodes de l'étude permet de développer
cette dynamique d'ensemble. L'étudiant de la Torah
construit le monde.
Dans ce contexte de l'enseignement de nos maîtres,
nous comprenons mieux toutes ces phrases des Sages du talmud
:
afilou kol haôlam koulo éino chavé
afilou lédavar é'had mine hatTorah
même l'ensemble de tout l'univers n'égale pas
un seul mot de la Torah. Péa Yérouchalmi 1
afilou kol mitsvotéya chél Torah éinane
chavote lédavar é'had mine hatTorah
même l'ensemble de toutes les mitsvotes n'égale
pas un seul mot de la Torah. Péa Yérouchalmi
1
ilmalé Torah lo nitqayémou chamayim va
arets
sans la Torah ne pourraient subsister les cieux et la terre.
Pessa'him 69
gadol talmoud Torah yotér méatsalate néfachote
l'étude est plus grande que de sauver des humains.
Méguila 16
kol hahôsséq batTorah lichma... méssaméa'h
éte hammaqom méssaméa'h éte
habbériote
chacun de ceux qui étudient la Torah réjouit
Celui qui est le lieu du monde et réjouit les créatures.
Pirqéï Avote VI, 1
kévane ché loméd éte hatTorah
haréi mévi tova laôlam
c'est dans la mesure où il étudie la Torah
qu'il apporte le bien au monde.
Tana devéi Éliyahou Raba 18
Cette volonté de construction du monde en s'adonnant
pleinement à l'étude de la Torah est parfaitement
rendue par cette illustration représentant le Temple
de Jérusalem ; c'est une belle gravure placée
en fin de l'édition justinienne de Venise, an 1551,
des cinq livres de la Torah en hébreu avec traduction
en latin. Il est d'autant plus remarquable que des non-juifs
aient ainsi été sensibles à ces dimensions
exprimées par les versets qu'ils ont placé
dans les oriflammes qui entourent le Temple :
à l'image de ce que nous venons de dire, le Temple
y est l'image du plan du monde à venir et sa centrale
fondatrice, par son harmonie, par la présence divine,
par les mitsvotes et par l'unité du peuple et des
nations ; c'est l'étude de la Torah qui en révèle
l'essence et en assurera l'avènement et le fonctionnement
dans la création rénovée.
Voici la traduction des versets inscrits autour du bâtiment
du Temple :
• à droite : "la vérité germera de
la terre et la justice brillera depuis les cieux", Psaume
85, 12 ;
• en haut : "la Torah de ta bouche est meilleure pour moi
que des monceaux d'or et d'argent", Psaume 119, 72 ;
• à gauche : "c'est pourquoi j'ai aimé tes
mitsvotes plus que l'or et le métal fin", Psaume
119, 127.
La représentation du bâtiment actuel placé
sur l'esplanade du Temple sous cette guirlande et les mots
écrits sur ce bâtiment ("Béit hammiqdache")
nous en disent long sur la volonté de ces étudiants
de la Torah en l'an 1551 !
Dans la guirlande, l'affirmation est encore plus explicite
: "plus grande sera la splendeur de ce Temple à venir
que celle du premier, dit Hachém tsévaote,
et en ce lieu je donnerai la paix...", Haggaï
2, 9.
|
Voir tout le Kotel
maintenant.
et, ici, en superzoom.
Ici,
votre face à face au Kotel.
Le
point sur le Temple.
Localisation du
Temple.
Saccage du Mont du
Temple
Sous le Mont
du Temple.
Mon Kotel
éternel.
Le vocabulaire
et les dynamiques du texte des Lamentations (Eikha)
pour mieux le méditer et mieux le prier
Lisez ce passage en vous reportant au texte
selon les références précises.
I. Une première
partie dresse le décor
Actions négatives d'elle, Israël
- Pleurer: bakho. Pleure (impératif): tivké. Elle
pleure: bokha. Le fait de pleurer: békhi, békhia.Une
larme: dimeâ. Sa larme: dimeâtah.
- Elle a péché ('hateah). Elle est descendue (vatéréd).
Actions négatives contre elle
- Tombe sur elle (binepol).
Privation
Eïne lah: elle n'a pas, de consolateur(ména'hem),
de lieu de repos (manoa'h), sa beauté (hadarah).
Lieux tristes
Lieux déserts (chomémim), avélote (comme
en deuils). Prison: chévi.
Les relations positives où cela se joue
- Ména'hém: consolateur. Né'hama: la consolation.
- Ohavéiah: ceux qui l'aiment, ses amants. Réêyah:
ses amis (réâ, un ami).
Les relations négatives où cela se joue
- Ils l'ont trahie: baguédou vah. Poursuivant, persécuteur:
rodef. Ils en rient (sa'haqou).
Situations pénibles
- Ses ennuis, persécutions (tsar, tsara, tsarotes). Sa
pauvreté (âniyah). Son errance (méroudéya).Sa
nudité (êrvatah). Son impureté (toumatah).
Situations agréables passées
- Ses états agréables (mah'amoudéya).
II. Une seconde partie analyse
tout le problème et l'enjeu
Interpellation envers Hachém
- (1, 9-11) Vois ma pauvreté (réé éte
ânéyi) car mes ennemis ont grandi (higdil oyév).
- Vois ma détressse (1,20-23 description...) et envoie
Ton jour.
- Regarde les malheurs de Ton peuple, description (2,20-22).
- Rappelle-Toi ma misère (3,19).
- Anéantis nos ennemis (3,64-66).
- Souviens-Toi de nous (5,1-13).
Phase de méditation en espérance envers Hachém
car on comprend que ces tourments sont pour revenir vers Hachém
dans le bien (3,21-41).
Phase d'assurance que l'on sera aidé par Hachém
(3,55-58).
Interpellation envers autrui
- envers ceux qui passent (1,12 et suivants. 1,20).
- envers tous les peuples (1,18 et suivants)
- envers les habitants de Jérusalem à pleurer et
supplier (2,18-19.
- envers les ennemis pour leur annoncer qu'ils recevront pis que
ce qu'ils ont fait à Israël (4,21-22).
Description des fléaux venant de D.ieu contre Israël
(2,1-17) et (3,1-18) et (3,42-54) et (4,1-20).
Description de la situation catastrophique d'Israël
(2,11-16).
II. Une troisième
partie
Le dernier chapitre décale l'ensemble
car il resitue tout cela en rappelant que cet échec
lamentable d'Israël est celui du projet divin lui-même:
- les Sages ne peuvent plus siéger pour gouverner et enseigner
(5,14).
- ceux qui faisaient les louanges ne peuvent plus offivcier (5,14-15).
- c'est Ta couronne qui est tombée et Ton Mont Sion qui
est ruiné (5,16-18), lui qui est à l'image de Ton
trône.
Il conclut donc, logiquement, par le rappel qu'Il est immuable,
ne pas délaisser, va nous ramener vers Lui, renouveler.
La dernière interpellation est forte car elle met D.ieu
en question (5,22).
On reprend le verset de notre téchouva, car c'est là
qu'est la solution.
|