Le 9 Av est un jour terrible et de deuil
pour tout le peuple juif (Etude, ici).
Pour cela, chacun y lit le texte des Lamentations, Eikha (Il
est ici, avec son commentaire, pour vous).
Mais, j'ai lu un commentaire de mon Rav, le Rav Chalom Messas, zatsal,
dans lequel il attire l'attention sur le fait que 3 grands prophètes
(Moise, Isaïe et Jérémie) ont employé ce mot
de Eikha qui ouvre le livre des Lamentations. Je suis donc allé
faire une étude approfondie de ce mot dans les diverses sources
et commentaires et voici cette etude supplementaire sur Modia: un commentaire
sur tous les enseignements du mot "Eikha" ("Hélas")...
qui ouvre ce texte.
Voici les images, la traduction et le commentaire
de toutes les fois où ce mot Eikha apparait dans tout le Tanakh
(la Bible). C'est une étude unique. Méthode indispensable
pour étudier la Torah. Je dois vous expliquer cette méthode
qu'il est indispensable de comprendre avant de commencer.
Quand vous êtes avec des proches, un mot employé évoque
immédiatement tout un passé. Il n'a pas du tout la même
signification pour d'autres personnes présentes. Bien souvent,
des jeunes mariés font, douloureusement, cette expérience:
les mots les plus simples ne sont pas compris ou sont mal interprétés,
malgré l'amour immense, simplement parce que les multiples contextes
passés ne sont pas encore mis en commun. Cela crée des
malentendus souvent douloureux. Et il faudra faire progressivement cette
mise en commun, c'est ce que nous allons faire.
Autre perspective: Tous les psychologues et psychanalystes (dont je
suis aussi) écoutent la personne qui vient les voir et leur expose
leur vie et les énigmes et souffrances qu'ils essayent d'élucider
sans y parvenir malgré leur intelligence. Pourquoi? Simplement,
parce que notre conscience et notre intelligence, justement n'ont "pas
conscience" des multiples liens entre les charges de significations,
d'émotions, de souffrances, de souhaits qui sont reliées
en nous; le psychologue ou psychanalyste a appris à écouter
et, peu à peu, il entend des mots ou des images revenir mais
ce n'est pas suffisant. Il ajoute ceci: il entend les contextes qui
sont juxtés à ces mots ou images ou sensations et c'est
entre ces contextes qu'à l'intérieur de nous il y a des
jonctions. Et comme nous ne les percevions pas, nous ne parvenions pas
à nous piloter. J'en est tiré peu à peu la conclusion
que "notre conscience et notre intelligence sont débiles"
de fait; et, seulement si elles se placent devant le miroir (ce que
nous sommes bien contraints de réaliser pour nous rendre compte
avant de sortir comment nous sommes) qu'elles peuvent se relier à
la richesse intérieure et piloter avec... intelligence. Malheur
ceux qui disent: "je ne suis pas fou pour avoir besoin de voir
des psychologues", ils se conduiront certainement avec folie en
voulant ainsi ignorer leur propre intériorité. Car le
psychologue, comme le miroir n'est qu'un simple instrument provisoire
mais qui permet d'apprendre beaucoup; ensuite, la personne devient son
propre psychologue et miroir et capte avec aisance ce qui risquait de
rester inconscient et perturber si on ne le prend pas en compte.
Ainsi de la Torah. Le sens ne se trouve
pas simplement là où sont les mots, de même que
le poteau qui indique telle ville n'est pas la ville. Si vous objectez
que Rachi, le maître par excellence, au contraire, prend chaque
mot dans sa plus grande simplicité (le pchate) et en reste là,
c'est que vous n'avez jamais étudié ni compris Rachi.
Car, certes, Rachi nous apprend à bien voir le mot tel qu'il
est mais il dit souvent que le middrache (imaginatif) est le sens véritable
du pchate. Il utilise aussi constamment la régle de sémikhoute
(proximité et conjonction) par laquelle le sens n'est pas trouvé
dans la phrase seulement mais dans un autre contexte où il est
aussi utilisé: et ce sont les deux contextes qui s'éclairent
l'un l'autre par leur intériorité et par leur environnement.
Vous venez de faire une découverte essentielle: la Torah et l'esprit
humain fonctionnent de la même manière. Voyons, cela est
normal! ils sont la même Création. Et ces deux formations
sont indispensables simultanément. L'une ne remplace pas l'autre,
et la formation dans l'une ne remplace pas la formation dans l'autre,
comme la Torah ne remplace pas la médecine. C'est tout l'ordre
du premier commandement à l'humain exemplaire qu'est Avraham:
Lékh lékha, va vers toi-même. Et étudier
la Torah n'est pas une démarche autre.
Autre conclusion: vous avez découvert aussi qu'il faut lire l'ensemble
de la Bible, le Tanakh, qui nous transmettent l'ensemble de la tradition
pour comprendre ce que l'on pourrait appeler ce "sens dispersé".
Mais aussi étudier la "tradition orale" mise ensuite
par écrit dans les midrachimes, la Michna, le Talmud, le Zohar.
C'est donc une nécessité systémique, pourrait-on
dire, pour comprendre le sens d'un mot simple de la Torah. Revenez aux
commentaires de base et permanents pour tous que sont les commentaires
de Rachi et vous repérerez maintenant qu'il procède sans
cesse de cette manière.
Bien plus, quand on étudie Rachi,
et qu'on lit sa "réponse" sur un verset, il ne faut
pas en rester là mais il faut se dire: "quelle question
s'est-il posée pour avoir fournir cette explication du verset?"
Il faut chercher la question que le texte lui a posé et qu'il
n'a pas écrite. Ainsi, de même, quand on écoute
quelqu'un qu'on aime, ne pas simplement lui dire: "ça va,
j'ai entendu, j'ai compris", il faut vraiment comprendre jusqu'au
pourquoi la personne a dit cela et les allusions implicites mais essentielles
transmises; sans cela, il n'y a pas d'amour vrai dans la relation et
l'impossibilité apparait de vivre avec cet autre qui ne "veut"
pas vous comprendre et prétend toujours avoir raison. On entend
seulement l'autre comme un minuscule dictionnaire logique mais faible.
Quand le dictionnaire est plus large, il va jusqu'à comporter
une multitude de sens et d'homologies et d'expressions autres pour un
seul mot. Vous avez tout compris maintenant, pourquoi nous allons réaliser
cette enquête sur le mot Eikha, longue introduction mais nécessaire.
Bien entendu, comme dans la relation et comme procèdent les psychologues,
chaque perception est accompagnée d'un point d'interrogation
implicite. L'écoute n'a rien des compte-rendus d'analyse sanguine
chiffrés et sûrs mais qui, finalement, ne tiennent pas
compte des autres multiples facteurs d'une santé ou d'une maladie.
Localisations et sens du mot Eikha
Il comporte trois sens. Cela ne veut pas dire que ces trois sens sont
étrangers.
- Eikha peut signifier "comment" (Eikh) comme en Dévarim
1,12 et 12,30 et 18,21 et 32,30 ou en Chofetim (Juges) 20,3 ou en II
Rois 6,15 ou en Jérémie 8,8 et dans le psaume 73, 10.
- Eikha peut signifier "hélas" (Oyi") et il est
alors le commencement d'une lamentation (qina) comme dans Isaïe
1,21; Jérémie 48,17, Eikha 1,1 et 2,1 et 4,1 et 4,2.
- Eikha peut signifier "où" (Eifo) comme dans le Cantique
des Cantiques 7,1 deux fois.
Prononcez, même en français le mot "comment"
dans différents tons de stupéfaction, d'objection, de
dégoût, de demande d'explication, de provocation, d'attaque,
et vous verrez combien un mot peut être un "foyer pivotant
et simultané d'innombrables expériences et défis
existentiels". Je place des guillemets pour bien accentuer sur
cette réalité complexe mais effective.
Ecoutez maintenant tous ces Eikha et ajoutons, caractère essentiel,
que chaque être humain (vous-moi-autrui) a une écoute unique,
irremplaçable que ne peut entendre aucun autre. A vous de jouer.
En ayant confiance en vous-même, c'est le Lékh kékha,
exigé par D.ieu envers les hommes, la confiance en soi et l'assurance
que l'on découvrira en avançant seulement: notre tradition
dit "éizéhou 'hakham ha roé éte ha
nolad", "quel Sage celui qui voit ce qui est à l'état
naissant" (Massékhète Tamid du Talmud, page 32a).
Donc, en avant (qadima!).
Première localisation dans
le premier sens du mot Eikha (comment)
en Dévarim, Deutéronome 1,12-13:
Traduction: "Comment donc je porterais (je parviendrais à
porter) seul votre labeur, vos fardeaux et vos disputes, donnez (nommez)
parmi vous des sages, névonim, reconnus...".
Je n'ai pas traduit le mot névonim que ne rend aucun mot français
qui est trop logique; navone veut dire: celui qui comprend davar mitokh
davar, une chose depuis l'intérieur de cette chose. Vous trouverez
cela dans Rachi sur Chémote 31,3 et dans ses sources dans le
Talmud en Irouvine 100b, Haguiga 14a et Sanhédrine 93b.

Ce texte nous montre donc par ce mot que
le "pénible" (votre labeur, vos fardeaux et vos disputes)
n'a de solution qu'à la condition de chercher à nouveau
la légèreté de la vie incluse.
Deuxième localisation dans le premier
sens du mot Eikha (comment):
en Dévarim, Deutéronome 7,17:
Traduction: " Peut-être diras-tu en ton coeur: ces nations-là
sont plus considérables que moi, comment pourrais les déposséder...."
Nous retrouvons la même problématique du découragement
éventuel devant l'impossibilité apparente de vaincre.
Troisième localisation dans le premier
sens du mot Eikha (comment):
en Dévarim, Deutéronome 12,30:
Traduction: "comment ces peuples servaient leurs dieux, je vais
faire comme eux moi aussi".

Une autre tentation spontanée qui risque de nous mener à
la catastrophe. Les dieux invoqués aujourd'hui sont la richesse,
la consommation, le refus de prendre en charge les pauvres, le mythe
de l'économie, de l'informatique, la politique, etc. Soyons lucides
sur notre idolatrie.
Quatrième localisation dans le premier
sens du mot Eikha (comment):
en Dévarim, Deutéronome 18,21:
Traduction: "comment reconnaitrons-nous la parole qui n'émane
pas de Hachém?"

Il faut absolument aller lire le contexte car il nous montre la réponse
au piège dans lequel beaucoup tombent actuellement dans le judaïsme
comme en d'autres époques qui ont conduit à des catastrophes
terribles après l'illusion que le Messie allait arriver selon
tel personnage ou telle date, etc,. La règle est claire: ne vous
prononcez JAMAIS sur la qualité d'un tel Sage ou prophète
qui semblerait le meilleur jusqu'à ce qu'il ait donné
la seule preuve valable: il aurait transformé le monde entier.
Point final. Le Rambam a insisté clairement sur cette règle
et il ne s'agit nullement de la preuve transitoire consistant en un
immense amélioration ou en un mouvement immense mais dans la
transformation totale et radicale. La chose a été tranchée
de la manière la plus claire par les plus grands Sages et par
les catastrophes qui ont découlé chaque fois que la règle
a été oubliée ou transgressée.
Cinquième localisation dans le premier
sens du mot Eikha (comment):
en Dévarim, Deutéronome 32,30:
Traduction: "Comment un seul homme pourrait-il en poursuivre 1000,
deux en mettre en fuite une myriade (révava), si Hachém
ne les leur a pas vendus et livrés".

Allez lire le contexte.
Sixième localisation dans le premier
sens du mot Eikha (comment):
en Chofétim, Juges, 20,3:
Traduction: "Explique-nous comment est arrivée cette chose
odieuse".

Encore une fois, les jeûnes et lamentations ne sont pas un rite
externe mais le but est de dénicher la dynamique précise
qui meut nos actes autodestructeurs. Le contexte nous éclaire.
Septième localisation dans le premier
sens du mot Eikha (comment):
en II Rois 6,15:
Traduction: "Ah! mon maître, qu'allons-nous faire!?"

Lisez cette histoire. Seul celui qui sait réagir en reprendant
les axes vrais peut éviter le désastre pour soi-même
et pour le peuple. Une leçon de formation.
Huitième localisation dans le premier
sens du mot Eikha (comment):
en Jérémie 8,8:
Traduction: "Comment pouvez-vous dire: nous sommes des sages, nous
sommes en possession de la doctrine de Hachém?".

Voilà la réponse à découvrir dans le texte
pour une maladie si fréquente aujourd'hui où tant leurrent
le peuple en prétendant qu'ils ont toutes les clefs et eux seuls,
et méprisent les autres à leur droite et à leur
gauche, s'attribuant le monopole de Dieu et du judaïsme. Une énorme
réflexion sur l'actualité est nécessaire constamment
en ce sens selon la Torah. Avec courage.
Neuvième localisation dans le premier sens du mot Eikha (comment):
dans le psaume 73, 10-11:
Traduction: "C'est pourquoi son peuple en arrive au même
point et boit de larges rassades d'eau (Torah falsifiée) tout
en disant: Comment le Tout-Puissant peut-il savoir? Le D.ieu suprême
possède-t'il la science?"
Cela aussi est constant, le règne des "combinotes"
comme on dit en hébreu où on s'arrange avec les tricheries
morales et légales sous prétexte que cela est entre Juifs
ou pour nous. Comme me disait un digne personnage portant tous les habits
de l'emploi et que j'interrogeais sur la contradiction entre ce qu'il
me proposait et la Torah: "Ah, vous, si vous mélangez la
Torah et les affaires...". Bien souvent les antisémites
ont pris appui sur nos fautes en ce domaine.
Première localisation dans le second
sens du mot Eikha (Hélas, la lamentation):
dans Isaïe 1,21:
Traduction: "Hélas, comme elle est devenue une prostituée,
la Cité fidèle..."
Tous ces textes, sont en contradiction avec l'attitude assez généralisée
dans le judaïsme communautaire actuel qui est de refuser de mettre
en évidence les erreurs, prétextant faussement que c'est
une attaque contre le judaïsme lui-même, contre les Sages
et contre D.ieu. C'est l'argument de tous les despotes mensongers. Au
contraire, ces textes nous montrent que cette attitude conduit directement
à la ruine de la morale fraternelle, détruit le peuple,
son existence même, sa possession de la terre, et c'est une atteinte
à la Torah et à la volonté de D.ieu. Le langage
actuel est donc en contradiction avec le type de langage de la Torah
et du Tanakh et le grand argument fallacieux utilisé est que
l'on ferait alors du lachone ha ra, de la médisance. Subtilité
apparente qui ne tient pas une seule seconde devant les textes saints.
En ce jour, nous sommes contraints d'être honnête et d'ajuster
nos mots à ceux de la Torah.
Deuxième localisation dans le second sens du mot Eikha (Hélas):
dans Jérémie 48,17:
Traduction: "Hélas, elle a été brisée,
la verge puissante, le sceptre magnifique."
Voyez le contexte. Il insiste sur le fait que tous le diront car il
n'y a pas de possibilité de tricherie avec ces règles,
et on sera contraint par la Torah de reprendre cette ligne jusqu'à
Kippour.
Troisième localisation dans le second sens du mot Eikha (Hélas):
dans Eikha 1,1:
Traduction: "Hélas, comme elle est assise solitaire, la
cité jadis populeuse..."

Si on ne comprend pas où risque de nous mener notre dérapage,
cela est pourtant bien clair...
Quatrième localisation dans le second sens du mot Eikha (Hélas):
dans Eikha 2,1:
Traduction: "Hélas, comme le Seigneur, dans Sa colère,
assombrit la fille de Sion..."

Un élément nouveau nous est asséné ici:
ce ne sont pas seulement les conséquences fatales de nos actes
qui produiront cela, mais D.ieu ne le supportera absolument pas et le
résultat terrible sera automatique tant que nous irons en ce
sens.
Cinquième localisation dans le second
sens du mot Eikha (Hélas):
dans Eikha 4;1 et 4,2:
Traduction: "Hélas, comme l'or est terni... Hélas,
les voilà estimés à l'égal des vases de
terre dans les mains du potier"

On nous demande de bien prendre conscience que la conséquence
ne sera pas une ambiance, une image, une impression mais une réalité
de destruction concrète.

Le troisième
sens du mot Eikha (où):
dans le Cantique des Cantiques 1;7:
Traduction: "Dis-moi, toi qui aimes mon néféch, (mon
être, ma personne, ma personnalité), où fais-tu
paître (ton troupeau), où tu le fais reposer à midi...?
Pourquoi serais-je comme une femme voilée (en deuil) auprès
des troupeaux de tes amis?"
Ici, nous supplions D.ieu et faisons appel à Son amour envers
nous pour nous aider dans tout cela.
Il est maintenant près de
3 heures du matin, nous avons étudié ensemble longuement
dans la nuit pour parvenir à une étude sérieuse
et cohérente jusqu'à son terme. Nous sommes cadrés
dans les textes et en nous-mêmes, nous ne pouvons plus jouer avec
les mots en les marmonnant sans les comprendre et sans les intérioriser:
Chémâ Israël, entend vraiment Israël. Nous ne
pourrons plus dire que nous ne savons pas.
Les Lamentations n'étaient pas pour jouer la comédie de
pleureurs mais pour prendre conscience de la gravité de l'enjeu
dans nos conduites. Comme a dit quelqu'un: "être ou ne pas
être, là est LA question".
Nous savons maintenant comment écouter, et comment agir.
Et le judaïsme ne nous laissera pas tranquille sur cette piste
jusqu'à Kippour!
Page
sur la fraternité nécessaire pour éviter ces
catastrophes.
Priez pour SARAH COHEN BAT SOULIKA qui est
malade et souffre