Regard actuel sur Les lamentations de Jérémie

La situation décrite par le prophète Jérémie dans Eikha (Les lamentations) est très exacte et réaliste mais cela ne semble pas encourageant. Etudions cette question.

En effet, les nations veulent véritablement depuis des millénaires exterminer ce petit peuple, elles le louangent pour ce qu’il a apporté et apporte, mais elles s’allient immédiatement quand un ennemi du peuple juif se lève avec audace, avec cruauté, en falsifiant la réalité et le droit. Et il n’y a plus alors de défenseurs. Immédiatement, toujours, une partie des Juifs s’allient à leur tour avec les accusateurs et les exterminateurs, comme cela a commencé avec ceux qui ont élevé le Veau d’Or, avec Qora’h ou avec les explorateurs pour mettre en valeur les défauts de ceux qui croient en Hachém, en l’histoire juive, dans le destin juif et en la terre d’Israël. Ils détruisent de l’intérieur pendant que les ennemis détruisent de l’extérieur dans une complicité souvent avouée. Et les médias et les railleurs se complaisent à voir l’unanimité contre le peuple d’Israël, sa condamnation unanime, sa faiblesse et son avenir sans issue.

Alors, à l’intérieur, devant ces faits, c’est l’angoisse, la conscience de nos erreurs, de nos infidélités. Et, éikha hélas, devant la difficulté, on oublie toute la beauté et les réalisations fructueuses et morales et on s’en prend souvent à s’entredéchirer. Et, éikha hélas, dans le peuple dispersé, la prudence pousse la majorité à se retirer du combat à mener. On s’émeut, certes, on proteste, on voudrait bien faire quelque chose mais, au lieu de venir sur le terrain d’Israël pour redresser les faits et accomplir le destin propre, beaucoup invoquent alors l’insécurité, l’immoralité, le manque de stabilité et de ressources pour ne pas apporter l’aide nécessaire et indispensable qui serait : apporter sa morale, sa foi, son travail, son intelligence, sa culture, ses compétences, etc. Ceux qui peinent sur place sentent encore plus le découragement, leurs propres manques et erreurs et leur incapacité à être seuls la cible et le moteur de l’histoire tandis qu’il faut quand même réussir à vivre un quotidien concret.

 

Nos Sages ont toujours vécu ces situations et pris le soin de nous transmettre les fruits de leur expérience. Allons dans le Middrache Rabba sur Eikha chapitre 1. 33. C’est le Chlah ha qadoche, dans son livre Chéné lou’hote ha bérite, Les deux tables de l’Alliance, qui a orienté mon regard là-dessus.

« Ribbi Azaria dit au nom de Ribbi Yéhouda ben Ribbi Chimone : Quand Israël accomplit la volonté du maqom (D.ieu, Maître du monde (mosifine koa’h bighvoura chél maâla) il ajoute de la force dans les puissances de la bénédiction d’En-haut.     Comme il est dit (psaume 54. 14) : (béEloqim naâssé ‘haïl) En D.ieu, nous ferons un combattant puissant. ». Précisons qu’aujourd’hui le militaire de Tsahal se nomme un ‘hayal. Ce que le texte nous dit là, c’est que les combats très durs que nous voyons dans la réalité ne sont pas niés, le problème est effectivement de l’emporter et le judaïsme n’est pas passivité ni fatalisme. Il s’agit bien de trouver la force majeure qui l’emportera.

La première solution juive est de ne pas s’en remettre aux puissants de l’époque, ce que les constructeurs du Veau d’or ont proposé qu contraire, et il y a aujourd’hui de nombreux successeurs de ces adorateurs qui ne font que s’allonger devant les mots de dollar, de Président des USA, de leur puissance économique, ou se soumettre en politique ou sécurité uniquement à leurs volontés ; à moindre échelle mais identiquement, nombreux sont ceux qui ont une première préoccupation, se faire bien voir des autorités d’autres pays que le leur.  Faire ce choix juif en conscience est déjà un grand pas dans la retrouvaille de l’identité et dans la participation active à la construction de notre propre histoire.

La seconde solution juive est non pas seulement de demander l’aide de Hachém, mais de donner à Hachém le champ libre pour qu’Il puisse aider son peuple et en être le ‘Haïl comme nous disons au début du chant de Chabbate (Echéte ‘Haïl, l’épouse du puissant). Sa bénédiction est toujours sa volonté et Il est toujours présent et disponible et bon mais c’est nous, les hommes, qui avons reçu le pouvoir d’ouvrir ou de fermer le canal de l’écoulement de sa bénédiction.

Et comment ? Dans la mesure où nous connaissons la Torah, et vivons selon la Torah, individuellement bien sûr mais aussi collectivement. C’est une conception originale mais le judaïsme a toujours, depuis Moché rabénou, dit que c’est la seule politique possible pour notre peuple.

Le texte continue en montrant que, si Israël ne fait pas cela, il se détruit comme il est écrit (Dévarim 32, 18) : tsour yéladékha téchi, le rocher qui n’a fait naître tu l’affaiblis… Au contraire, quand Israël accomplit la volonté du Maqom, il ajoute de la puissance à la puissance d’En-haut comme il est écrit :(véâta yigdal na koa’h adonoute, et maintenant que grandisse, je vous prie, la force de D.ieu). Et si c’est le contraire, alors le peuple devient sans force devant tout persécuteur (øåãó, rodéf).

Et pour que ce ne soit pas compris comme de belles et pieuses paroles, qui ne concerneraient que certaines personnes, le middrache ajoute en citant une longue suite de Rabbins qui sont la garantie de ce propos : un homme disait à son collègue à Jérusalem : « aide-moi à apprendre une page de la Torah » et l’autre de lui répondre : (éin bi koa’h, non je n’ai pas de force en moi). « Alors, enseigne-moi une page de la Michna ». Idem : (éin bi koa’h, non je n’ai pas de force en moi). Alors, Le Saint béni soit-il leur dit : « (tava lakhem chaâ, une heure viendra) (ani ôssé lakhém kakh, où Je ferai la même chose envers vous, où il se passera la même chose de Moi à vous) ». Vous demanderez et vous ne verrez pas Ma force venir. Et vous vous trouverez sans force devant celui qui vous poursuit.

La chose est claire et plusieurs conclusions en découlent : ne plus attendre des prévisions magiques sur un salut venant de dates fatidiques, d’une prévision d’un rabbin miraculeux, d’une guématria bien tournée par ordinateur ou autres magies ; non plus se contenter de prier et de ne pas étudier ce que demande exactement le Créateur qui a organisé les règles du monde ; non plus compter passivement sur la prière et les loteries sans prendre l’action en main, le Créateur a pris Son peuple comme partenaire et lui a remis les règles de l’action et de la réussite.

Et le texte se termine joliment par ceci : de même que cela est totalement sûr qu’Israël sera ainsi dominé et dispersé par le persécuteur puissant (puisque ce mot rodéf est écrit avec l’adjonction d’un vav en plein) ainsi le salut viendra avec la même certitude si nous agissons bien car le mot goel, sauveur, est lui aussi avec plénitude par l’adjonction d’un vav dans le verset de Isaïe 59,20 : ou va léTsione goel, et un sauveur vient pour Sion.

Donc, la lamentation n’est pas un but en soi mais une étape dans notre reprise en main de la situation. Cela est clair.

Voir aussi:

La page sur la fraternité nécessaire pour éviter ces catastrophes.