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Expliquez-moi la prière
juive
3e cours: un axe pour ne pas chuter hors de la vie.
Comment se placer dès les premiers
mots de la prière du matin dans une attitude de méditation très
efficace.
La
première prière, le matin est : Modé ani ou Moda
ani
par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour
basés sur les livres de nos
Sages
images de l'auteur
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1. Le "Modé ani" ou
le "Moda ani"...
Dès le réveil, encore au lit, le Juif quel qu'il soit, où qu'il soit, dit cette phrase
qui va épanouir son être:
Modé ani léfanékha, Mélékh 'Haï
vékayam,
chéhé'hézarta bi nichmati bé'hémla,
rabba émounatékha.
"Je te remercie (ou je reconnais), Roi vivant et qui subsistes,
que Tu aies fait revenir en moi ma néchama, dans Ta bonté,
immense est Ta fidélité".
la Juive dit cette même phrase au féminin:
Moda ani léfanékha, Mélékh 'Haï vékayam,
chéhé'hézarta bi nichmati bé'hémla,
rabba émounatékha.
(Apprendre par coeur cette phrase, et bien la comprendre par sa traduction).
Commentaire qui vous enseigne selon la Torah
la méthode juive de méditation
afin de vous
permettre
de réaliser
(au sens fort du mot) en vous et par vous
la puissance de chaque mot de cette phrase
et de l'intégrer
chaque matin: Le constat
Sur le verset de Vayiqra 18, 5 "vous accomplirez mes préceptes
de façon à ce que l'homme qui les réalise haï
bahém en vive, vive en eux, et vive par eux", le fils du Chla
tenait ceci de son père: dès le réveil, l'homme est
assaillé par la paresse et la fatigue et la tristesse (le Tour
ajoute aussi: par la peur que lui inspirent les autres et surtout les
railleurs qui lui font perdre toute assurance; donc, c'est aussi la peur panique de la solitude et de l'impuissance).
Ce sont comme des forces extérieures
- qui neutralisent l'homme,
- qui l'influencent pour lui donner de mauvaises raisons de ne pas
tenir debout devant l'existence et devant les tâches qu'il a à
entreprendre, de ne pas être capable de vivre dans les mitsvotes
de la Torah et dans la prière ;
- il ressent que ses membres et son être sont faibles et comme
morts. Il commencerait donc sa journée dans une direction de
faiblesse et de non vie, d'impuissance.
La réaction
La tradition nous enseigne comment réagir : comme un guépard
qui bondit, comme un lion puissant (voir le début du livre du Tour).
Mais le Chla précise bien :...de manière à adhérer
à Celui qui est Lui-même la Vie. Il s'agit donc de nous placer
-
dans la REALITE où nous sommes en relation,
- dans cette relation où nous ressentirons la vie que nous avons et recevons de Lui, - de rester conscient de cette adhésion constamment.
Un véritable travail est à faire n'est donc pas seulement
de se lever mais, auparavant, de dire cette phrase qui permet
- de franchir ces étapes à travers les mots de cette
phrase,
- en étant conscient à ce qui y est dit.
- pour passer de la non-existence à la vie,
- qui sera "la" vie venant directement de Celui qui est la
source de tout existant.
- de maintenir cette vie captée.
Cette méthode que certains pourraient nommer "méthode
de méditation" est expliquée nettement par la Torah et Rachi à chacun
et aux enseignants:
dans la paracha Michpatim (Chémote 21,1) il est écrit:
vé
ellé ha michpatim achér tassim lipnéhéim (et
celles-ci sont les choses ordonnées que tu placeras devant eux)
et Rachi nous explique ce que cela veut dire: Le Saint Béni soit
Il dit à Moché:
qu'il ne te vienne pas à l'esprit (lo taâlé âl
daâtékhé) qu'il
puisse te suffise de leur enseigner un chapitre ou une loi deux ou trois
fois jusqu'à ce qu'ils les connaissent mot à mot automatiquement,
sans devoir t'astreindre à leur en faire comprendre les raisons
et la signification. Voilà pourquoi il est écrit: "que
tu placeras devant eux, c'est à dire
comme une table préparée (choul'hane âroukh) pour celui
qui s'installe pour y manger".
Cela nous enseigne qu'il faut bien connaître le sens de chaque mot, bien
y être présent quand nous le disons et le prions. Ainsi nous ferons sur
ce premier texte de la journée.
C'est cela qui est mis dans cette phrase :
• Modé ani : l'immédiateté de la
création et de la transformation est rendue par le sens du
verbe modé, où il n'y a aucune tergiversation ; en hébreu,
il n'est pas écrit "je te remercie", ni "je reconnais", mais "reconnais,
je", c'est beaucoup plus décisif. Dire ces mots en
les accompagnant que nous sommes engagés dans ces mots et devenons
ce que nous disons, réellement, définitivement.
Cette
immédiateté
efficace (des psychologues appellent cela "réalisation symbolique")
est aussi enseignée
par la Torah dans la paracha Nitsavim (Dévarim 30,19): "Je prends à témoins
contre vous aujourd'hui le ciel et la terre, la vie et la mort J'ai donné
devant toi, la bénédiction et la malédiction, tu choisiras
la vie afin que tu vives...". Il y a deux camps, le négatif destructeur
et le positif vital, et nous avons le pouvoir de choisir (ouva'harta ba'hayim,
et tu choisiras la vie) totalement, efficacement. CE choix sera décisif
et réalisateur.
Et la suite du commentaire de Rachi insiste sur le fait que cette puissance
est aussi indiscutable que l'existence des mouvements des planètes ou
des lois de la nature qui sont là pour nous enseigner la puissance de
cette efficacité
absolue du bien placé devant nos yeux comme un enseignement constant.
Rachi dit: sur le début du verset "Je prends à témoins
contre vous aujourd'hui le ciel et la terre": Voici ce qu'a voulu dire
le Saint Béni soit-Il à Israël:
observez le ciel que J'ai créé pour vous servir. A-t'il modifié sa
nature? Est-il arrivé que le disque solaire ne se soit pas levé à l'Est
pour éclairer
l'univers entiers comme il est écrit dans Qohélét 1,5
("le soleil se lève et
le soleil se couche"). Observez la terre que J'ai créée
pour vous servir. A-t'elle modifié sa nature? Est-il arrivé que
vous l'ayez ensemencée sans qu'elle ait
fait germer...".
C'est aussi le motif pour lequel nous mettons ces photos de nature sur le
site Modia
pour que nous prenions l'habitude constante de voir devant nos yeux cette Torah
enseignée dans sa vérité et présence efficace.
Ainsi, la certitude que "ce qui est dit dans la relation à Dieu
(de Lui à nous
et de nous à Lui dans la droiture) est exact et efficace" a cette
puissance absolue des lois de la nature.
Je précise tout ceci en ce moment de la prière du matin, dès
les premiers mots, pour "REALISER" (au sens fort du mot) ce qui
est dit en chaque mot au moment où nous
le disons. Cela se réalise alors.
Cette attitude, comprise et montée chez nous dans la prière,
est l'attitude juive de méditation qui nous assure la présence
effective à ce que nous disons,
et assure alors sa réalisation, comme nous l'enseigne la Torah.
Continuons maintenant à exprimer chaque mot de cette première
phrase capitale du matin.
• léfanékha (devant Toi): le face à face
n'est plus avec soi-même dans l'auto-centration somnolante ou
destructrice, mais c'est une mise en présence de l'Autre qui
est LE roi, LE vivant, LE continuant à parvenir à
exister, contrairement à celui qui est encore sans forces. Dire
à nouveau ces mots en les accompagnant que nous sommes engagés
dans ces mots et devenons ce que nous disons, réellement, donc
véritablement présents à Sa présence.
Et cela en chaque membre, en chaque cellule de soi-même. Comme si ces
oiseaux n'étaient qu'un seul et pourtant multiples comme tout ce qui
nous compose mais est un en une seule musique. Face à une seule musique.
Nos antennes fonctionnant.
• chéhé'hézarta bi nichmati (que Tu as
fait revenir en moi mon âme de vie), la vie que l'on n'a pas
nous le recevons immédiatement, maintenant; mais ce n'est
pas n'importe quelle aide, mais la néchama, la qualité
totalement pure et divine qui est au centre de notre être ; nous
en reprenons conscience que cette néchama nous réhabite
véritablement. Prendre le temps d'assimiler cette conscience.
• bé'hémla (par tendresse): bien se dire et
bien réaliser que cela est effet de la tendresse, ce à
quoi aucun humain ne peut résister car c'est l'essentiel de l'existence.
Cette phrase n'est donc pas la récitation intellectuelle et théorique
d'une constitution ou d'une liste de principes de foi. C'est reprendre
conscience que je vis dans l'ensemble de Celui qui est l'Etre (voir
la paracha Vayétsé)
et qui est "bonté". Bien prendre le temps de réaliser
que nous sommes imbibés de cette tendresse divine, que nous ne
sommes pas seuls et non aimés, mais que notre nature est entièrement
dans cette bonté à tonalité de tendresse.
• rabba émounatékha (elle est grande Ta confiance).
A l'incertitude et à l'inconsistance, par cette phrase, j'intègre
l'immensité de confiance en soi et de la fidélité,
car je suis non pas dans ma propre confiance fragile et friable et inconstante
mais dans la confiance du Tout-puissant.
Ayant dit cela, non pas comme une phrase automatique mais en essayant
de bien entendre et de bien sentir, alors le Juif ou la Juive se lèvent.
Pas avant d'avoir bien réalisé et bien stabilisé
cette conscience qui est un présent continu, désormais.
C'est le sens du Modé ani : l'immédiateté
continue, certifiée par moi: "reconnais, je". Et je décide
que cela est maintenu ainsi en permanence d'instant en instants.
Quel qu'il soit, chacun a réintégré sa dignité,
ses forces reçues du Créateur.
D'autant, nous disent nos Sages, que cette phrase a été
construite en 13 mots en fonction des treize middotes du Créateur,
de ses treize caractéristiques et démarches de bonté.
Ensuite, on va faire nétilate yadayim, les ablutions sur
les mains pour éloigner complètement ces forces négatives.
Et on dira les 19 bénédictions qui vont développer
tout ce que l'on vient déjà d'intégrer.
Etude par l'écoute
intérieure
Ci- dessous, un poème, non un exposé, venu de ces mouvements
intérieurs en cette phase du réveil et de la rencontre de
ces mots.
Modé, je reconnais Ta bonté,
premier mot imposé ce matin.
Aucun choix, un seule voie :
tous les soucis où je veux me noyer,
j'ai dû déjà les abandonner,
ils sont loin et dépassés : modé,
seulement Ta bonté.
Modé ani : "je reconnais, c'est moi",
je ne suis que cela :
renouvelé, placé en Ta seule bonté.
Modé ani léfanéikha,
je reconnais, face à Toi.
Et j'ai apporté avec moi
tous ceux que j'aime de fraternité :
celle qui peine, et l'isolé,
le malade et ce pauvre désespéré.
Modé, je les ai aussi dépouillés
des écorces qui enserraient ;
Aharone haCohén ravive le chandelier,
en chaque lampe, l'huile est pure,
la mèche seulement, il nous faut nettoyer,
ne crains pas, mon ami, pour ta liberté.
Un Juif se lève, il trie le monde en secret,
il tire le monde vers Ta bonté,
soudainement : Modé.
Dès maintenant, c'est l'heure
de choisir le bonheur.
C'est fait : Modé,
cette journée est cadrée
en Ta bonté.
Ton bonheur est plus fort
que toutes nos peurs.
Avançons maintenant dans la phrase dite, en méditant chaque mot pour bien nous en approprier toutes les ressources présentes:
Modé
en hébreu, Ta langue sacrée, c'est
reconnaître et avouer,
renoncer et louer,
lâcher toute sécurité
des pensées, anxiétés et projets
pour reconnaître une seule unité,
celle, envers Toi, de ma réceptivité.
car Modé ani
je reconnais que je suis
à l'image du seul "Ani",
seul "Je" établi
pur, vrai, infini.
Je n'ai d'autre "je, ani"
que dans ce lien précis.
Modé ani léfanéika
devant Toi
en Ton face à face,
seul regard et seul espace
dans lequel tout se place.
Nul écart. Double unité.
Modé ani léfanéika Mélékh
je reconnais en moi
que Tu es Roi de tout être,
que tout être vit en Ta loi.
Il n'est de force que la Tienne
en laquelle chacun reçoit tout l'être.
Hors de cela chacun est poussière.
Modé ani léfanéika Mélékh 'Haï
Ce face à face est vie ;
devant lui éclatent
les prisons des soucis,
les regards de haine et d'envie.
Le seul Roi de vie est ici
chez celui qui Lui dit "oui".
Modé ani léfanéika Mélékh 'Haï
vé qayam
Roi de vie vivante et droite,
vie promise et qui subsiste
en un Juif qui marche
en Ta présence vivante.
Ce ne sont pas les buildings
qui dirigent et dominent,
ni les nouvelles et les régimes.
Il n'est d'existence
que dans Ta présence.
Modé ani léfanéika Mélékh 'Haï
vé qayam
ché hé'hézarta
C'est Toi, pas moi,
qui fait revenir notre vie
après les nuits.
Ce ne sont pas les partis,
ni les économies,
ni les choix du prochain roi,
ni les riches,
ni les journalistes.
Encore aujourd'hui,
rien que de Toi
nous recevons la Vie.
Modé ani léfanéika Mélékh 'Haï
vé qayam
ché hé'hézarta bi nichmati
Par Toi, en nous inscrit,
Tu places en source Ta vie
inscrustée en moi
en simple écrin
précieux et fragile,
friable et prétentieux
puisque Tu l'aimes
depuis Tes cieux.
Modé ani léfanéika Mélékh 'Haï
vé qayam
ché hé'hézarta bi nichmati
bé 'hémla
C'est par tendresse tout cela ;
dans les milliards d'autres mots,
un seul est assez beau
pour cerner ce réseau
des univers et des au-delas :
seulement... : tendresse, 'hémla.
Modé ani léfanéika Mélékh 'Haï
vé qayam
ché hé'hézarta bi nichmati
bé 'hémla
raba émounatékha
Elle est immense Ta confiance
en notre engeance décourageante.
Mais notre expérience prend naissance
et renaissance en Ta patience
incessante et vivifiante.
Toi rien que Toi.
Et la joie.
Etude par
la réflexion intellectuelle
La technique
Le Traité Bérakhote du Talmud (5a) dit ceci: 'hassidim
ha richonim hayou chohim chaâ a'hat ou mitpalélim,
les Sages du coeur les plus anciens avaient l'habitude de passer une
heure de préparation avant de prier et ensuite ils faisaient
la prière.
Cela nous indique que si nous plongeons directement dans la prière,
nos mots ne seront pas compris, ne seront pas sentis, ne seront pas
portés par notre intelligence, par notre intention, par notre
coeur. Nous prierons comme des machines et nous acquitterons extérieurement
d'une obligation, même si nous le faisons dans une bonne intention
volontairement, nous ne serons pas présents à ce que
nous disons ni au contenu du message.
Si les plus grands Sages avaient besoin de ce temps d'arrêt
et de préparation, kal va 'homér (a fortiori)
combien plus nous les petits.
Cela nous enseigne que
- les mots sont chargés de sens
- nous ne les captons et nous ne les portons
que si nous faisons un arrêt très organisé.
Prenons un exemple venant de l'expérience des psychologues,
psychothérapeutes ou conseillers. Quand une personne a fait
avec nous un parcours de psychothérapie ou de psychanalyse
pendant plusieurs années et qu'elle a terminé avec satisfaction,
elle dit souvent en quittant: "tout ce que j'ai découvert,
je l'avais dit dans la première phrase quand je vous ai rencontré,
mais il a fallu tout ce temps là pour l'entendre et le comprendre!".
Quelle perte de temps, d'argent, de vie faisons nous de ne pas entendre.
Nous comprenons maintenant pourquoi la Torah prescrit à tous
les Juifs de redire sans cesse chaque jour cette phrase: "Chéma
Israel, écoute, Israël". Car l'écoute
donnerait toutes les clefs et nous n'écoutons jamais. Nous
ne savons pas écouter.
Dans la formation d'écoutants que sont les conseillers en tous
genres, je développe cela d'abord. Après une session
de formation pour des conseillères juives, qui me demandaient
comment ensuite développer cette aptitude, voici ce que je
leur ai écrit:
"Comme vous l'avez souhaité, je vous ferais parvenir par
intervalles, des textes pour intensifier votre formation sur les dynamiques
que la conseillère doit mettre en oeuvre. Mais, selon notre
axe original, en développant cette formation personnelle aussi
à partir de textes de la Torah et de notre tradition. Vous
constaterez que les axes sont identiques, qu'il n'y a pas contradiction
entre ce qui est nécessaire dans la relation de conseillère
et ce que nous enseigne la Torah pour écouter un texte et pour
le comprendre. Vous ferez ainsi cette formation personnelle au coeur
même de votre identité.
La présence et son développement.
Nous avons vu de multiples fois, dans les entretiens joués
en psychodrame pour les étudier et dans les interrelations
dans le groupe, que l'essentiel est d'être présent à
ce qui est dit, car tout est déjà dit ici et maintenant
sans avoir besoin de chercher la solution par des questionnaires.
Ensuite, nous avons vu comment ouvrir le mot comme un éventail
et la personne découvre d'elle-même sa voie.
Aussi, nous allons nous entraîner sur le début d'une
rencontre: à ne pas glisser sur les
mots
mais
1- à y être intensément présents,
2- à penser ce que l'autre dit en le ressentant intensément,
corporellement, dans
tout notre être
3- à recevoir toute sa multitude de messages.
Pour faire cela, nous allons prendre un exemple que vous pratiquez
chaque jour: les premiers mots du matin (moda ani, ou modé
ani), car ce sont nos premiers mots chaque matin, comme les premiers
mots d'une personne que vous écoutez en consultation.
Vous trouvez cette exercice de formation sur la page suivante de Modia
(celle-ci):
Travaillez cette page seule, puis à plusieurs ensemble. Enfin,
faites-le en cette présence apprise, chaque jour.
Enfin, appliquez cette écoute à ce que vous entendez
de proches et de vosconsultants.
Bon travail personnel."
Dans d'autres cultures (qui ne sont pas des religions basées
sur la substitution au judaïsme), cette approche a été
très développée. Elles sont passées maîtres
parfois dans la capacité de présence et d'écoute
par la méditation, et par la rencontre de soi et la rencontre
avec l'être essentiel qui meut le monde autant que cela est
possible du côté de l'homme sans avoir reçu la
révélation de la Torah. Le Traité Sanhédrine
nous dit de reconnaître les valeurs des autres cultures, d'en
prendre le meilleur et non le pire, mais de savoir que dans le domaine
de l'essentiel nous avons aussi reçu un plus: la révélation
où Hachém a parlé, a dit Qui Il est, comment
Iil nous associe.
Donc, il faut garder les qualités les plus humaines mais aussi
y ajouter ce plus. C'est ce que faisaient les 'hassidim des
temps anciens.
Le contenu
Alors, nous sommes en présence du contenu réel de la
personne qui parle. Et, dans la prière, qui parle? Hachém
et notre coeur. Hachém est présent,
mais notre coeur et notre conscience ne sont jamais présents
spontanément.
Dommage, car le contenu de ce qui se dit et de ce qui se fait réellement
dès ces premiers mots est terriblement important. voyons-le.
C'est la Création et la re-Création.
1. D'abord, nous "acceptons" l'ordre du monde créé:
modé (pour les hommes) et moda (pour les femmes).
Nous faisons obédience à cet ordre. "Je
reconnais, j'accepte, je loue" en un même mouvement.
2. Ensuite, de par cette reconnaissance, nous disons "ani,
moi, je". Mais le "moi" juif n'est pas simplement
un condensé de tout ce qui m'est personnel à moi, un
self d'identité et de psychologie. L'hébreu n'a pas
choisi pour me nommer un mot sans signification particulière
dans sa structure (je, I, yo, etc) mais il a choisi le mot qui est
le Nom personnel de Hachém. On entre dans des dimensions
plus que cosmiques sur l'identité humaine: le je (ani)
humain est le même mot que le Je (ani) divin.
Au début du livre de Chémote (Exode), Moché cherche
ce Nom de D.ieu et pose la question et D.ieu lui déclare qu'Il
ne s'est pas révélé sous Son nom complet même
aux Patriarches mais Il le lui donne. Les religions orientales comme
l'hindouisme pressentent que le soi individuel le plus élevé
(atman) a un rapport direct mais innommable avec l'être essentiel
(brahmane); l'hindouisme qui va très loin dans la pureté
de cette approche, n'a pourtant pas reçu cette révélation
de la réalité de ce lien dite par l'Etre essentiel Lui-même.
Et nous, nous aurions l'impertinence, ou le privilège d'entendre
cette nomination (ani) et aussi de l'appliquer à nous-même
ou à la valeur d'autrui? Non pas par notre valeur propre mais
uniquement par volonté du Créateur qui en a décidé
ainsi et qui a toujours tenu à nous rappeler par le récit
de la Torah combien nous sommes imparfaits et pas meilleurs que les
autres. Nous avons seulement reçu ce don gratuit de Sa révélation
qui est mission exigeante pour le bien de tous.
Avraham vient de cet orient et étudia toutes les religions
et philosophies et les sciences les meilleures de son époque,
les prenant au sérieux; et il avançait toujours d'avantage
en exigence, insatisfait sur la compréhension de l'essence
du fonctionnement de la création. Nos textes nous le disent.
Et la réponse lui fut donnée quand il se rapprocha de
ce qui sera la terre d'Israël, il comprit que de là venait
la clef, et elle tint en ces mots: lekh lékha (va vers
toi-même), voir
l'important commentaire ici. Cela concerne notre sujet. Et, confimé
dans sa propre recherche sur ce lien du soi à l'essentiel moteur
et organisateur, il découvrit que cela est inscrit dans la
relation qui est ahava-hessed, amour, avec celui qui est lui-même
cela; là est la clef de tout, la vie de tout, l'organisation
interne de tout, bien plus que toutes les autres dynamiques apparentes,
théoriques, scientifiques et autres. Bien entendu, il avait
depuis longtemps balayé l'impasse que constituaient les idoles
(nous ne les abandonnons pas si facilement).
Et il découvrit alors que ce moteur, si l'on peut dire,
Lui-même se révèle et parle. Ce fut le début
de la révélation essentielle qui n'est pas un traité
de théologie mais une révélation basée
sur la quête existentielle du ani (moi) qui découvre
sa relation au Ani source. Nous sommes remis en ce point,
au matin, dès nos premiers indices de reprise de conscience.
En effet, D.ieu se définit ainsi constamment par Ani
quand il met la puissance de Son être : Ani Hachém
ou bien Ani Ani Hou (Chémote 32,39). Il faut étudier
tout cela avec modestie, humilité (ânava), qualité
de Moché. Et tout reprendre à partir de ce seul fondement
de l'être qu'Il est, fondement de notre être et de notre
ani. D'où ce : modé ani du matin (je reconnais
"moi").
3. Nous sommes donc replacés, en disant ces premiers mots
le matin, dans l'instant de la Création où D.ieu décide
de nous faire, et à Son image et ressemblance. Aussi, quand
nous disons," modé ani, je reconnais moi",
nous disons que nous acceptons d'abandonner notre petit moi embrouillé,
faible ou prétentieux, ou malheureux, ou ou... pour n'être
que comme à l'instant pur et merveilleux de la Création:
uniquement de la qualité du Créateur.
Il va de soi que nous devrons aussi regarder les autres en ce sens
dans la journée.
Quand nous prenons le journal le matin ou la radio, nous sommes loin
d'entendre parler de cette beauté essentielle de l'homme.
Justement, la prière du matin consiste à se remettre
dans l'ordre beau, bon, juste et créateur de bonheur.
Nous essayons très imparfaitement et laborieusement de reprendre
cet axe dans le regard sur les nouvelles d'actualité sur Modia.
On comprend qu'il serait lamentable de ne pas prier le matin selon
de tels mots, ou simplement de mettre les téfillines en vitesse.
Quelle perte nous ferions!
4. Maintenant que nous avons compris comment nous nous branchons en
ces premiers mots, nous allons comprendre en ce même sens les
mots suivants:
modé ani léfaneikha (devant Toi). Ce n'est pas
une formule, mais nous sommes en réalité "devant
Lui", devant le Roi (mélékh) des rois des
rois. Devant le seul Existant qui, seul, donne l'existence que ensuite
les scientifiques découvrent peu à peu dans sa manifestation
mais qu'ils ne créent pas et qui n'a d'être que suspendue
au seul Existant.
La suite le dit:
Modé ani léfanékha, Mélékh 'Haï
vékayam, (Roi vivant et subsistant). Tout cela nous
est donné et branché sur cette source. Il faudra ne
pas l'oublier, ni vivre simplement comme canadien, américain,
français, professionnel de ceci ou cela, etc mais notre identité
est à ce niveau de participation; c'est cela qui est écrit
sur notre carte d'identité réellement. Comment cela?
Le nom Yéhoudi, juif, est composé des 5 lettres du Nom
divin, plus la lettre daléte qui indique les dimensions
de l'espace qui est le nôtre, et du pauvre (dal), et
de la porte qui nous est donnée (déléte).
Tout cela est l'enseignement de nos Sages (Otiotes de Ribbi
Aqiva). Soyons toujours conscients de cette valeur. Et quand des persécuteurs
chrétiens nous ont traités de "sales juifs"
pendant des siècles, ils n'ont fait qu'insulter et salir le
Nom divin mis dans le nom d'identité de Son peuple.
chéhé'hézarta bi nichmati (qui nous a
fait revenir à l'âme essentielle) nous comprenons maintenant
ces mots qui parlent de la re-Création à laquelle nous
venons d'assister ce matin et qui nous redonne le souffle de Sa vie.
bé'hémla, en bonté miséricordieuse.
Oui, c'est un cadeau d'amour immense et dont nous n'avons par nous-mêmes
aucun droit ni mérite. Pourquoi sommes-nous aimés ainsi?
Aucun motif sinon que le Créateur nous aime. Mais cela,
il faut au moins le reconnaître. Et en être conscient
aussi également dans notre regard envers les autres créatures,
toutes, car les Juifs ne sont que le canal de la bénédiction
pour toutes Ses créatures faites à Son image.
rabba émounatékha. Oh quelle est immense la confiance
que Tu nous fait.
5. Maintenant, après cette préparation, posée
par notre tradition comme une condition première avant tout
mot et toute pensée et toute action pendant la journée,
- nous allons essayer de ne pas perdre cette forme de conscience aux
mots dans la suite des bénédictions qui continuent exactement
la création.
- nous allons essayer de ne pas perdre cette forme de conscience aux
mots dans la suite des mots que nous entendrons de toute personne.
- nous veillerons à ce que tous les mots qui sortent de
notre bouche aient cette pureté. Notre corps a été
bien créé pour que les excréments sortent par
un autre endroit que par la bouche et beaucoup l'ignorent et les sortent
par leur langage également. Et il y a des lieux discrets pour
aller sortir les excréments mais ne pas les jeter vers le visage
d'autrui par le langage.
- nous n'oublierons jamais que Ani-ani: tout est basé
dans le monde sur la réciprocité. Nous devons en prendre
conscience, c'est ainsi même pour Hachém. Etre
aimé/e sans réciprocité n'a aucun sens existentiellement,
n'est d'aucune morale, abolit toute autre morale que nous prétendrions
avoir.
Maintenant que l'on a compris l'axe de l'attitude à prendre
dans la prière, nous pouvons aller revoir le
plan de toutes les pages de Modia sur la prière (lien ici)
et nous garderons l'axe.
Et notre prière sera efficace, car elle sera branchée
en mots et sentiments reliés à Celui qui est mots-créateurs.
C'est ce travail de rectification de l'axe que le Roi
fait en chacun de ses psaumes (voyez
nos commentaires, ici), aussi bien pour lui-même que pour
les mots d'autrui (lisez par exemple le psaume 2
Soyez sûrs de la justesse de cette approche. Elle est basée
en particulier sur les commentaires de la prière du Chla
ha qaddoche
(lien ici) dans son introduction à son siddour de prières
Chaar ha chamayim (Portail des cieux) qu'il a attendu d'écrire
jusqu'au moment où il serait dans la sainteté de
Jérusalem après son alyah. Torah Yérouchalayim.
Lieu de la Création du monde et de l'homme. De tous les
humains.
Terminons par une note sur la qualité de l'écoute:
- nous comprenons mieux par cette démarche, combien la
présence effective aux mots nous met dans un univers extrêmement
riche, et qu'il ne faut pas y voir seulement des bribes d'une phrase
globale qui ne serait qu'un poteau indicateur envoyant vers ailleurs.
C'est ici, dedans, que se trouve le trésor. Le Roi David l'a
dit:
"Ahat dibbér Eloqim, chtaïm-zo chamâti"
(une fois a parlé D.ieu, deux fois j'ai entendu. Psaume 62,
12).
- il suffirait d'entendre le contenu et la richesse de ce qui se dit,
ici et maintenant, nous aurions reçu la réponse à
toutes nos attentes.
- D.ieu dit en effet: "léan'hil ohavaï yéch,
j'ai donné à ceux que j'aime un il y a" (Michlé,
Proverbes, 9;21).
- C'est bien pour cela qu'il nous est dit: Chémâ Israel,
Ecoute Israël (voir le commentaire dans la
paracha Vaét'hanane, lien ici). Voilà pourquoi les
prophètes répondent toujours à D.ieu: hinéni,
me voici présent.
- une formation longue, incessante est nécessaire. Elle est
tout à fait possible. Comme il est dit: "qarov éléikha
ha davar méod la chose est très proche de toi, bé
fikha ouvilévavékha tu l'as dans la bouche et dans
le coeur, laâssote pour la réaliser" (Dévarim
30).
Lire aussi les méditations quotidiennes (lien ici) sur les lumières de 'Hanouka qui prolongent ce travail interne et la lecture du psaume 30 qui le résume jusqu'au chant et jusqu'à la joie commune.
SUITE:
1e cours:
toutes les précisions générales
sur la prière
2e cours: tiqoune
'hatsote, à minuit.
3e cours: modé
ani ou mada ani, dès le réveil.
4e cours: l'ablution des mains,
nétilate yadayim.
5e cours: la prière du
matin : Cha'harite.
le Chémâ
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