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Expliquez-moi la prière juive
4e cours

Immédiatement au lever : L'élévation des mains ou Âl nétilate yadayim


par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour
basées sur les livres de nos Sages

(Image Sweetchild Judaica)



Sur cette page-ci, vous trouvez les précisions pratiques pour pratiquer la prière juive individuellement ou en collectivité. Nous nous basons sur les grands maîtres de la halakha. Ils sont présentés sur Modia, ainsi que le passage qu'ils font de la Torah aux pratiques concrètes de la halakha, selon des méthodes précises de déduction. Tout un cours est consacré à cette formation théorique sur la halakha, sur la page à laquelle vous arrivez en cliquant ici sur ce lien.

Vous avez ici les détails les plus précis afin que cela soit clair. Ensuite, la Torah s'apprend dans le chimouche, cela veut dire en voyant pratiquer quelqu'un.Prenez donc contact avec des amis qui pratiquent ou avec un rabbin, sans fausse pudeur. Et cela d'autant, qu'il y a des variantes suivant les communautés et selon les traditions et qu'il faut respecter et transmettre notre propre tradition.

Tout ce qui est dit ici se base d'abord sur le Tour (dans le début de Ora'h 'Hayim) et, ensuite, ce que les diverses traditions en ont tiré, surtout le Choulhane Aroukh de Rabbénou Yossef Qaro.

Rappel. I. Modé ani, dès le réveil (voir ce lien)

II. Ensuite, immédiatement: L'élévation des mains ou Âl nétilate yadayim

Cette action de faire nétilate yadayim concerne les ablutions sur les mains pour éloigner complètement les forces négatives (roua'h raâh) qui reposent en particulier sur les mains, extrêmités d'action de l'homme, lorsque notre néchama s'élève pendant le sommeil, rendant le corps plus sensible à ces influences négatives. Egalement pour revivre la journée dans la pureté d'une création nouvelle, et dans la sainteté complète comme le Cohen Gadol, le Grand Prêtre. Elle doit être réalisée aussi bien par les hommes que par les femmes et les enfants dès qu'ils peuvent le réaliser afoin que leut vie soit dans ces dimensions saines et saintes. Il est donc indispensable que les parents la pratiquent bien et entraînent leurs enfants. Comment procède-t'on?

Jusqu'au moment où on aura terminé les ablutions, on ne donc pas toucher (ché lo yigâ) par les mains aucune partie du corps ni autrui ni des aliments (okhéline), ni des objets ni des ustensiles. On ne se touche donc pas les yeux (éinayim), les oreilles (oznayim), les cheveux (séârim), la bouche (), le nez (af), etc. On ne fait que Modé ani avant les ablutions de nétilate yadayim. (Apprenez ainsi tout le vocabulaire du corps dès le matin pour vous nommer en termes hébraïques et pouvoir parler ainsi à vos enfants comme c'est la mitsva que vous dites chaque fois dans le texte du Chémâ Yisraël: "et tu leur parleras dans les mots de la Torah, vé dibbarta bam dès ton lever, 420e mitsva en Dévarim 6,7).

D'abord, nous nous unissons en pensée à cette même action du Cohen gadol, le Grand Prêtre dans le Temple qui, avant de prendre ses fonctions dans la qédoucha, sainteté, accomplissait cette même action de nétilate yadayim avec un récipient et une bassine de cuivre. Dans cette logique, nous le faisons le plus vite possible, avant toute action.

Nous ne franchirons pas la distance plus grande que 5 amotes avant de le faire, soit environ 2 mères 50. Une ama est une mesure de longueur correspondant à environ 50 centimètres comme tout l'avant-bras.Elle correspond à deux fois la zéréte, six fois la largeur de la main ou téfa'h, et 24 fois la largeur du doigt ou étsbâ. Comment résoudre cela? La plupart prennent l'habitude de préparer le soir un récipient ou une bassine pour recevoir les eaux et un pot ou verre (kos) plein d'eau, qui est posé avant cette distance du lit. L'eau sera couverte. Si on ne l'a pas préparé, on va vers le lieu où on le fera, en faisant une pause un instant chaque fois avant cette distance. On trouve dans le commerce ces ustensiles mais on peut le faire avec tout ustensile contenant assez d'eau comme on va le voir. Le kos de nétilate yadayim a généralement deux anses pour pouvoir le prendre avec facilité d'une main puis de l'autre. On ne le fait pas sous le robinet sans cet ustensile. On peut le faire directement sur l'évier et l'eau s'en va dans les conduites. On veille à ce qu'il n'y ait pas d'objets ou de vaisselles dans l'évier pendant cette action (bonne idée pour ceux qui ont la paresse de faire la vaisselle le soir!).

On procède de la façon suivante en alternant, lésirouguinine:

1.on prend le kos dans la main droite (yad yamine) et on remplit s'il ne l'est pas et on le passe dans la main gauche puis on verse une partie de l'eau sur la main droite à partir de l'articulation incluse du poignet (pérék ha yad) en faisant couler l'eau les doigts (étsbaôtes) étant vers le bas.L'eau coule bien sur tout le pourtour des doigts et de la main. On pose alors le kos. (1 fois versé).

2. On le reprend avec la main droite et on verse sur la main gauche, puis on le passe dans la main gauche et on verse sur la main droite. On pose alors le kos. (2 et 3 fois versé). On recommence cela:

3. On le reprend avec la main droite et on verse sur la main gauche, puis on le passe dans la main gauche et on verse sur la main droite. On pose alors le kos. (4 et 5 fois versé). On recommence cela pour la dernière fois sur une seule main:

3. On le reprend avec la main droite et on verse sur la main gauche. On pose alors le kos (6 fois versé).

Ainsi on a lavé chaque main 3 fois (chaloche péâmim), dans un ordre précis et en alternance, et alors le négatif a quitté les mains et le corps et est parti avec l'eau. Le judaïsme insiste clairement sur le fait qu'ensuite on ne "doit plus" avoir aucune obsession concernant l'impureté ni sa présence dans les eaux, qu'on vide.

4. On frottera (yéchafchéf) alors les mains légèrement trois fois (chaloche péâmim) l'une contre l'autre.

5. On redressera (yizqof) alors les mains vers le haut (lémaâla) devant soi à la hauteur de la tête (roche) ou des oreilles ou du visage (panim), les coudes pliés et non tendus. A ce moment-là on ne dit pas de bénédiction car il est interdit de prier dans l'état où on a besoin d'aller faire ses besoins et on a l'obligation de les faire sans attendre. Vous voyez combien le judaïsme a une connaissance profonde de la gestion totale de l'être dans une harmonie de sainteté. Pas besoin d'aller aux Indes ou en Thaïlande pour trouver ce que l'on a chez soi. Mais que beaucoup ignorent car ils ne pratiquent pas ou ne pratiquent pas avec le minimum de connaissances. On s'essuiera alors les mains et on va aux toilettes.

6. Mais quand on reviendra de faire ses besoins on refera l'ensemble mais cette fois avec la bénédiction lorsque l'on a les mains élevées avant même de les essuyer: Baroukh atta Hachém Eloqénou mélékh ha ôlam achér qiddéchanou bémitsvotav, vé tsivanou âl nétilate yadayim (Béni, Toi, Hachém notre D.ieu, Roi du monde, qui nous a sanctifié par Tes mitsvotes et nous a ordonné au sujet de l'élévation des mains).

7. On dira ensuite (comme chaque fois que l'on revient des toilettes) et debout la bénédiction Achér yatsar qui est magnifique et doit donc être dite sans bouger pour bien réaliser l'importance de chaque mot. Elle nous fait assumer toutes les dimensions de notre être depuis les plus élevées jusqu'à la descente des niveaux avec la bénédiction jusque dans notre concret le plus matériel qui est alors investi de la sainteté. C'est donc très important. Voir son texte plus loin.

8. Dans la journée, chaque fois que l'on a été aux toilettes, on refait nétilate yadayim mais on peut ne verser qu'une fois sur chaque main (coutumes variables, interrogez le rabbin de votre communauté), et on ne dit pas la bénédiction mais on dit achér yatsar. On ne fait pas nétilate yadayim si on a besoin sur le moment d'aller aux toilettes et on le fera après. Une précision: aux toilettes, on veille à utiliser la main gauche pour garder à la main droite sa prévalence et dignité dans la sainteté qui se traduira en particulier dans l'action de placer les téfilines. Toute cette prévalence de la droite sur la gauche est importante de sens dans le judaïsme et ceux qui étudient le découvriront; par exemple, pour ces motifs, jamais on ne croisera les jambes mais surtout pas la jambe gauche sur la droite, a fortiori pendant la prière, pour ne pas exprimer le symbole que ce qui est plus dur l'emporte sur les forces de bonté. De même, comme le majeur gauche est le lieu où on entoure comme une bague avec les téfilines, on veille à ne pas utiliser ce doigt pour des travaux peu dignes. Un grand respect de nous-mêmes et de notre corps est enseigné dans le judaïsme et cela jusqu'à des niveaux très élevés qui se découvrent peu à peu dans l'étude. Important de l'enseigner avec intelligence et doigté aux enfants. Et qu'ils nous voient le faire avec conscience de ce qui s'y passe, et ensuite agir en conséquence dans la qédoucha avec nos proches et dans nos actions; alors, ils accepteront les beaux enseignements.

9. (Précision extérieure mais qui trouve sa place ici). On doit encore faire le nétilate yadayim abrégé quand on a touché un endroit du corps recouvert d'habits, ou les cheveux, ou que l'on s'est coupé les ongles, ou que l'on a touché une partie ayant de la sueur. On fait aussi le nétilate yadayim avec les 3 allers et retours quand on a touché un mort ou quand on sort d'un cimetière. On fait nétilate yadayim sur une seule main si elle est prise dans un plâtre par exemple mais on dira la formule habituelle.

10. Ensuite, après nétilate yadayim et achér yatsar, les Sépharadim disent chez eux les bénédictions du matin, selon la coutume du Ari, zal. Des Askénazim attendent d'être à la synagogue pour les y dire. En tous cas, quand on s'habille on dit la bénédiction sur les vêtements.


Voici le texte de la bénédiction Achér yatsar (il faut arriver à la connaître par coeur en en comprenant le sens) :

Baroukh Atta Hachém Eloqénou, Mékékh ha ôlam,
Béni, Toi, Hachém notre D.ieu, Roi du monde

achér yatsar éte haAdam bé'hokhma
qui a façonnné l'homme avec sagesse

ou vara vo néqavim néqavim, 'haloulim 'haloulim
et qui a créé en lui des orifices et des vides,

galouï vé yadouâ lifné khissé khévodékha
il est clair et connu davant le Trône de Ta Gloire

ché im yissatém a'had méhém
que s'il se fermait l'un d'eux

o im yipatéa'h a'had méhém
ou s'il s'ouvrait l'un d'eux,

i éfchar léhitqayém afillou chaâ é'hat
il est impossible de survivre même une seule heure.

Baroukh Atta Hachém, rofé khol-bassar ou mafli laâssote.
Béni, Toi, médecin de toute chair et qui fait merveille de les réaliser.


Après la pratique, ajoutons encore quelques réflexions pour en faire sentir toute la profondeur. Nous les prendrons dans Réchite 'Hokhma. Qu'est ce livre et son auteur?

Réchite 'hokhma, "le commencement de la Sagesse", est un ouvrage du Gaone et 'Hassid Rabbi Eliahou Moché Vidas (16e siècle).
Le sujet du livre: Ce livre, vénéré dans tout le judaïsme, est considéré comme l'un des piliers de base de la littérature du moussar (morale de vie) et de la 'hassidoute.
Il a la particularité d'avoir été écrit, à la suite de l'expulsion d'Espagne, par l'un des sages de Safed au 16° siècle, élève de R. Moché Cordovéro et du Ari, zal. Il y fut terminé l'année de la mort de Rabbi Yossef Caro, le 16 du mois de Adar.
Il est basé sur les enseignements de l'Ecole de Safed et des expulsés d'Espagne.
Il fait le lien et la synthèse entre l'étude, la vie intérieure, la prière, l'action et l'éducation. Cette liaison puisée également à cette source se retrouve dans les pages de Modia.
Comment procède-t-il ?
- il se base avec précision sur les sources essentielles : la Torah, la guémara, le middrache, les premiers écrits et le Zohar ;
- en 5 grands chapitres (crainte, amour, téchouva ou retour, qéddoucha ou sainteté, ânava ou humilité) il éclaire sur ce thème: "comment vivre le programme de la Torah dans l'action avec le coeur, la pensée et toutes les forces pour connaïtre Hachém dans toutes nos voies".
Comme la plupart des livres de moussar, il est écrit dans un style limpide.
Les éditions actuelles sont remarquables parce qu'elles donnent toutes les références et sources et la traduction des passages d'araméen en hébreu simple. Ce livre est à placer dans la même catégorie que 'Hovote hallévavote. Il fallait connaître tout cela pour comprendre l'importance des quelques mots qui suivent.

Il fait la liste des impuretés (touméotes) légères pour montrer combien il est souhaitable de même se dégager de cela pour laisser la qédoucha nous emplir (Qédoucha 5, 11). Il montre que ceux qui méprisent nétilate yadayim se retire en fait de la vraie vie qui mène ce monde par sa force (Qédoucha 15, 104). Il décrit combien l'action consciente de faire couler cette eau sur les 28 phalanges des doigts est en rapport avec les 28 lettres du premier verset de la Torah qui décrivent le passage actif de la Création et nous sommes alors en ces dynamiques (Qédoucha 15, 105). Et l'eau sur les dix doits nous met en liaison avec la descente des 10 commandements qui impliquent notre être concret (ibid.). Et il montre avec des citations du Talmud (Yoma 38b, Macote 10b, Bérakhote 51a) que lors de nétilate yadayim on produit ce processus que la droite domine sur la gauche et les tendances bonnes sur les troubles et les impures.Cette complexité, cette pureté et les orientations dans l'espace, c'est un peu ce que j'ai tenté d'exprimer aussi par la photo qui est en tête de la page.
 

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