Expliquez-moi la prière juive
6e cours
La prière de Min'ha

Commentaires et traductions et photos ©
par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour
basés sur les livres de nos Sages
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La prière de l'après-midi se nomme Min'ha.

Yits'haq a institué la prière de l'après-midi, min'ha, comme il est dit en Béréchite 24, 63 (paracha 'Hayé  Sara) où le verbe lassoua'h signifie prière (voir, pour preuve, le psaume 102, 1). 

La tonalité de min'ha est marquée par la fin de l'après-midi : c'est l'heure de l'angoisse, de la lassitude et de la fatigue; Yits'haq a subi de nombreuses épreuves angoissantes dans l'après-midi de sa vie, y compris le sacrifice d'Avraham et Yits'haq, la âqéda; tout ce que la Torah nous enseigne de Yits'haq à ce sujet vient nourrir cette prière. Il faut encore se  reporter aux commentaires de Béréchite pour pouvoir bien vivre ces orientations. 
Les guerres, cruelles parfois, ont éclaté dans la journée comme ce merle qui brusquement fonce sur un innocent vers de terre et le détruit définitivement. Pourquoi de telles inégalités?

La prière de Min'ha est au milieu d'une guerre et prend, a contrario, des dimensions de beauté que nous avons à comprendre. Cette tension entre ces deux faces est essentielle, et nous allons essayer de la comprendre. Comme il ne s'agit pas uniquement d'en avoir une conception intellectuelle, mais être capable de ressentir pour bien prier avec tout notre être, je vais éclairer les enseignements de nos sages, non pas avec des histoires de middrachim mais avec des photos car nous sommes dans une génération qui comprend par les images.

Pour bien saisir le sens du sacrifice présent dans Min'ha, il faut lire le commentaire de la paracha Tsav (lien ici). La prière de min'ha est située dans les heures du sacrifice du 'havitine de min'ha. On  appelle ce sacrifice de la fin de l'après-midi mine'hate êrév. (Vérifier cela dans : Psaume 141, 2 ; I Rois 18,  36 ; Ezra 9, 4-5 ; Daniel 9, 21). 

Le temps normal et optimal pour dire min'ha est pendant min'ha qétana (la petite min'ha),qui s'étend de 9 heures et 1/2 à 10 heures 45, sur la base de la division du jour en 12 heures égales depuis le lever du soleil. Ce moment s'appelle pélag ha min'ha. Ensuite, c'est le début de la prière du soir ou Arvite. 
Pour que les gens, pris par leur activités ne laissent pas passer le temps de min'ha, on "peut" dire min'ha une demi-heure après le milieu de la journée, soit 6 heures et 1/2 après le lever du soleil. On appelle cela min'ha guédola (la grande min'ha) qui dure de 6 heures et 1/2 jusqu'à 9 heures et 1/2. 
A 6 heures 1/2 sur les 12 heures solaires de la journée. Début de min'ha guédola (la grande min'ha) jusqu'à l'heure de Ârvite. 
A 9 heures : ne plus rien faire avant de commencer min'ha. 
A 9 heures 30 : début de min'ha qétana jusqu'à l'heure de ârvite ; c'est l'heure idéale pour faire min'ha, à proximité de l'heure de Ârvite.
Pour l'équivalence de ces 12 heures solaires inégales en durée d'un jour à l'autre avec notre calendrier de 24 heures identiques, il y a des calendrier imprimés dans chaque communauté.

Min'ha est une heure où nous devons sortir de notre travail ou même de notre étude de la Torah pour rencontrer hors de tout cela notre Créateur.

La prière juive est toujours cosmique et reliée à la nature, c'est pour cela que les heures précises de la prière sont importantes. Nous ne sommes pas des anges mais des êtres spirituels insérés dans la matière. Ainsi, la prière de Cha'harite nous prend dans la renaissance de toute la journée, celle de Ârvite baigne déjà dans l'intimité de la nuit, celle de 'Hatsote ou minuit est l'intimité de l'intimité, et celle de Min'ha voir la nature virer, se transformer avec stupéfaction et obédience car nous reprenons conscience -après notre agitation de la journée où nous avons pensé que nous dirigions ce que nous faisions- nous reprenons conscience de la grandeur de l'espace qui est Création et relation à Hachém, et Sa présence. Nos angoisses sont alors situées dans Son cadre grandiose qui est Son habitation.
Nous comprenons alors intensément les paroles du psaume 84 que les Sépharades disent en commençant la prière de Min'ha.Allez le lire.
Ainsi, sur le psaume 84, 5 achré yochevé véïtékha,

les commentateurs comme le 'Hida soulignent qu'il n'est pas écrit bévéïtékha "heureux ceux qui sont assis dans ta maison" mais véïtékha "heureux ceux qui sont les assis de ta maison, et sont ta maison". Nous sommes Son sanctuaire, Sa maison, et non pas seulement "dans" sa maison, ainsi qu'il est dit âssou li miqdache véchakhaneti vétokham, "faites-moi un sanctuaire et je séjournerai en eux".

Plaçons-nous donc dans cette grande maison-temple qu'est le lieu où nous prions Min'ha, orienté vers Jérusalem, orienté depuis Jérusalem. Et quand nous avons le bonheur de "vivre" à Jérusalem, alors l'intensité de la présence est intense et globale. Prenons appui sur la nature qui y vit cette heure de min'ha pour le comprendre.
Première photo, juste avant min'ha, sur les grands arbres autour de chez moi, au sommet viennent se placer à cette heure-là un oiseau à chaque sommet et ils regardent chacun en silence le soleil décliner.Quand je le montre aux gens, ils le voient et me disent qu'ils n'avaient jamais remarqué cela.
Je ne sais si ces oiseaux accompagnent à leur façon la prière de Min'ha mais je suis frappé de leur ponctualité, de leur immobilité, de leur direction identique. Je sais alors qu'il ne faut plus tarder car le temps de Min'ha va bientôt se terminer.
Et si j'ai prié Min'ha, je peux les voir ainsi jusqu'au moment où le service du soleil est fini et ils s'envolent tous jusqu'à demain! Quel pays spécial.
Certains n'aiment Jérusalem, tout y est si dense dans les deux dimensions du monde.
J'aime. N'est-ce pas beau?


Voici un autre oiseau en silence et prière, aujourd'hui, à cette heure respectueuse et orientée vers Celui qui habite les mondes.
Je mets l'image en grand pour assister à ce spectacle de beauté grandiose. Comme nous devont le fait pour Min'ha, les oiseaux ne s'agitent plus, ils ne s'évadent plus comme ils le font toujours au moindre mouvement; maintenant, ils écoutent, regardent et la nature devient ce grand écran de rencontre.
Ils connaissent ce psaume 84: "Que tes demeures sont aimées, Hachém des structures. Mon âme soupirait et languissait après les parvis de Hachém, que mon coeur, tout mon être célèbrent le D.ieu vivant. Même le passereau trouve un abri, l'hirondelle a son nid où elle dépose ses petits".

Voyons de plus près cette attitude qui doit être la nôtre:


Et regardons en nous-mêmes combien toute la nature devient cette grande maison habitée de présence, unifiée de seule décence, vivante comme un orchestre de symphonie, c'est l'heure du retour au calme dans la prière de Min'ha, mais nous sommes encore trop enfermés dans notre obscurité des oeuvres agitées. Le monde sombre est trop présent en nous, nous nous sommes laissés contaminer:


Alors, comme les oiseaux, élevons notre regard pour découvrir la vraie présence. Nous unissons notre dimension et celle de la véritable réalité:
"Heureux ceux qui habitent Ta maison et sans cesse récitent Tes louanges".

Lisons tout ce psaume merveilleux, bien placé par nos Sages en cette heure privilégiée de la rencontre du Ciel lumineux et de la terre sombre.
Nous sommes comme ces images, notre prière devrait atteindre ces vibrations immenses et silencieuses mais amoureuses. Elles sont dans la nature comme elles sont dans les mots de la Torah, et comme elles sont dans notre coeur que nous amenons à la prière de Min'ha.
On comprend alors ce que disent nos Sages que l'heure de Min'ha est celle de l'union d'Israël et de Léa, car c'est l'union du meilleur de l'homme qui a beaucoup vécu et de la femme en sa plénitude céleste qu'était Léa alors que Ra'hel est la femme tellement insérée dans la matière et pas encore accouchante de tout son potentiel. C'est comme l'instant où Ra'hel est présente à son époux réellement mais ne s'y unit pas en totalité. Ainsi de nous en cette heure, nous sommes tellement porteurs de nos lourdeurs de la journée, et pourtant nous voyons aussi intensément la Présence qui vient de se rappeler à nous qui sommes Son peuple aimé, Israël.

Voyons cela aussi, en cette même heure, ce même jour, au même endroit, là où j'habite, fin février en ces jours de la hiloula de Moché Rabbénou, avec les arbres et les fleurs qui vivent ces mêmes jubilations de la Création que souvent nous ne remarquons plus.
C'est le moment de la journée avec ses exhibitions presque indécentes de joie parfaite et pure:

Est-il plus grande pureté, beauté? Des gens sont de telles fleurs, sont ensemble de telles fleurs ainsi proches et heureuses. C'est ce que devrait et doit être Israël.
Reconnaître ce que nous sommes vraiment pour notre Créateur de chaque instant: "âm ségoula, peuple préféré"; le Créateur dit à Israël dans le Cantique des Cantiques: tu es "hayafa ba nachim, la plus belle des femmes", or toutes les femmes sont belles en variété infinie mais Israël est "ségoulate haségoula, la préférée des préférées". C'est de là que vient toute la jalousie meurtière que l'on appelle antisémitisme. Mais ces attaques ne diminueront en rien cette beauté.
Il est des heures, comme des cérémonies de mariage, où la beauté des amitiés et des dévouements dans le peuple est perceptible, chacun également heureux et beau, ensemble:


Nous pensons en ces heures que le bonheur est pour demain,
tout le peuple va se mettre à comprendre le don de la Torah
et venir à l'invitation de mariage sur la terre d'Israël, sans repartir en cachette le lendemain. C'est une jubilation.

Mais, c'est l'heure de Min'ha et le Ari, zal, dit qu'il y a un doute à cette heure-là. "Ce moment de bonheur va-t'il durer?" se demandent les invités.
C'est bien pour cela qu'il est dit: Min'ha, il faut donner et faire cadeau et offrande, se priver de notre tendance spontanée à recevoir et à ne pas entendre ni donner. Donc, avant Min'ha, nous donnons la tsédaqa, modeste mais vraie et nécessaire.


Et, en cette heure, comme Israël le vit souvent, le ciel s'obscurcit et les couleurs quittent leur exubérance et tremblent presque de cette état si contraire à leur être. C'est l'heure d'une autre union, plus décente, la prière lourde mais confiante de Min'ha pour ne pas être tremblante. Quelques minutes plus tard, l'ombre s'étend et les mêmes couleurs s'éteignent et ressentent la fatigue et la tristesse, comme les membres d'Israël.


C'est nous encore, ces arbres et ces fleurs des heures de Min'ha.

Dans ce monde, nous avons à nous placer dans la prière de Min'ha, c'est subitement revenir à la beauté,
la vraie beauté du monde, sa beauté intense qui ne peut jamais être le fruit d'un hasard.

Elle était là aussi, à quelques mètres de toutes les autres photos de cette page, le même jour, nous y sommes allés les photographier pour vous les montrer. Comme nous sommes allés nous mettre dans l'espace de la prière en faisant les trois pas nécessaires (voir le lien ici sur les trois pas) pour la prière de Min'ha.
Alors, c'est l'instant de rencontre dans la pureté entre nous, pauvres de nous, et le monde de pureté, de sainteté, de vie qui porte vraiment le monde et que nous ne voyons pas quand nous dégringolons.

Il est des gens qui sont cette beauté et cette pureté, nous devons l'être en ces instants de Min'ha. Prenez bien le temps de regarder cette beauté et vous parviendrez aussi à prendre le temps pour Min'ha.

Je vais vous dire un secret (quand on a beaucoup vécu et combattu on peut dire ces choses).
J'étais tout petit et la guerre était intense; chaque nuit, je voyais plus loin l'horizon enflammé par les maisons brûlant sous les bombardements et, bien qu'insouciant et heureux comme tout enfant, dans une famille heureuse et admirable, j'entendais parler des nombreux blesses et tués. C'est l'image de ces heures de min'ha. Et puis, tout le mal destructeur nous est tombé dessus à notre tour dans un bruit infernal et plus de 100 proches, famille et voisins, restèrent sur le terrain exterminés subitement. J'avais reçu de mes parents l'assurance de l'amour, de la vie, des valeurs et, sous les bombes en cet instant, le petit enfant s'est représenté des fleurs dans chaque main et j'ai dit: "je ne lâcherai pas les fleurs". C'était, en un instant, une prière de confiance qui ne m'a jamais quitté. Ces photos en témoignent encore. Nous les recevons encore chaque jour. Je n'aime pas les cueillir les fleurs et les tuer mais je suis attentif à les chercher pour les regarder, les admirer, les montrer, oui, en louangeant et remerciant du baiser entre le Ciel et la terre qu'elles sont.
Dans ce contexte, que nous soyons comme l'abeille qui, sur la photo ci-dessus, se nourrit de ces merveilles. L'aviez-vous vue?
Ainsi, de Min'ha. Etre présent à ce baiser du Ciel dans une heure de difficulté est si important que certains de nos Sages recommandent de fermer les yeux pendant la Âmida de Min'ha pour être présent à cette rencontre.
Si nous essayons de ressentir lentement tout cela pendant la prière de Min'ha, peut-être que nous améliorerons beaucoup le monde.
Je n'aurai pas pu écrire cette page sans l'exemple de proches et d'amis que j'ai vus combattre constamment dans la vie difficile, en payer le prix mais porter avec efficacité les fruits de leurs efforts. Qu'ils en soient remerciés. J'ai pensé à eux en écrivant cette page.

Que le regard de notre coeur ne quitte jamais la beauté. La laideur et la vulgarité n'ont pas place dans un vrai judaïsme. La paracha Tetsavé (lien ici) nous l'enseigne avec autorité.
Ici, un lien avec nos autres photos de fleurs-oiseaux et ciels de Jérusalem.

Ici, la page sur toutes les formes de prières, sur les psaumes, sur nos traductions de diverses prières, sur les bénédictions.
1e cours
: expliquez-moi la prière juive.
2e cours
: tiqoune 'hatsote, à minuit.
3e cours: modé ani ou mada ani, dès le réveil.
4e cours: l'ablution des mains, nétilate yadayim.
5e cours: la prière du matin : Cha'harite.
Ici, la page sur le Chabbate.
Ici, la page sur les fêtes.
Chaque maître de la tradition a écrit des commentaires particuliers sur les prières.
Chaque communauté juive a une tradition particulière pour la prière.
En page d'accueil de Modia, voyez les liens avec Jérusalem, centre de la prière.
Le Kotel, centre de la présence de la Chékhina aujourd'hui.


 

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