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Les premières
prières, le matin
(Sur la paracha Vayichla'h,
à l'heure de l'aurore, après le
combat de la nuit)
Lire
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1. Le "Modé"
Dès le réveil, encore au lit, le Juif dit cette
phrase :
Modé ani léfanékha, Mélékh
'Haï vékayam,
chéhé'hézarta bi nichmati bé'hémla,
rabba émounatékha.
"Je te remercie (ou je reconnais), Roi vivant et qui subsistes,
que Tu aies fait revenir en moi ma néchama, dans Ta bonté,
immense est Ta fidélité".
la Juive dit cette même phrase au féminin:
Moda ani léfanékha, Mélékh 'Haï
vékayam,
chéhé'hézarta bi nichmati bé'hémla,
rabba émounatékha.
(Apprendre par coeur cette phrase, et bien la comprendre par sa
traduction).
Commentaire qui permettra de réaliser la puissance
de cette phrase et de l'intégrer chaque matin:
Le constat
Sur le verset de Vayiqra 18, 5 "vous accomplirez mes préceptes
de façon à ce que l'homme qui les réalise
haï bahém en vive, vive en eux, et vive par
eux", le fils du Chla tenait ceci de son père: dès
le réveil, l'homme est assaillé par la paresse et
la fatigue et la tristesse (le Tour ajoute aussi: par la
peur que lui inspirent les autres et surtout les railleurs qui
lui font perdre toute assurance).
Ce sont comme des forces extérieures
- qui neutralisent l'homme,
- qui l'influencent pour lui donner de mauvaises raisons de
ne pas tenir debout devant l'existence et devant les tâches
qu'il a à entreprendre, de ne pas être capable
de vivre dans les mitsvotes de la Torah et dans la prière
;
- il ressent que ses membres et son être sont faibles
et comme morts. Il commencerait donc sa journée dans
une direction de faiblesse et de non vie, d'impuissance.
La réaction
La tradition nous enseigne comment réagir : comme un guépard
qui bondit, comme un lion puissant (voir le début du livre
du Tour).
Mais le Chla précise bien :...de manière à
adhérer à Celui qui est Lui-même la Vie.
Un véritable travail est à faire n'est donc pas
seulement de se lever mais, auparavant, de dire cette phrase qui
permet
- de franchir ces étapes à travers les mots de
cette phrase,
- en étant conscient à ce qui y est dit.
- pour passer de la non-existence à la vie,
- qui sera "la" vie venant directement de Celui qui
est la source de tout existant.
- de maintenir cette vie captée.
C'est cela qui est mis dans cette phrase :
• Modé ani : l'immédiateté
de la création et de la transformation est rendue par le
sens du verbe modé, où il n'y a aucune tergiversation
; en hébreu, il n'est pas écrit "je te remercie",
ni "je reconnais", mais "reconnais, je", c'est beaucoup
plus décisif. Dire ces mots en les accompagnant que
nous sommes engagés dans ces mots et devenons ce que nous
disons, réellement, définitivement.
• léfanékha (devant Toi): le face à
face n'est plus avec soi-même dans l'auto-centration somnolante
ou destructrice, mais c'est une mise en présence de
l'Autre qui est LE roi, LE vivant, LE continuant à
parvenir à exister, contrairement à celui qui
est encore sans forces. Dire à nouveau ces mots en les
accompagnant que nous sommes engagés dans ces mots et
devenons ce que nous disons, réellement, donc véritablement
présents à Sa présence.
• chéhé'hézarta bi nichmati (que
Tu as fait revenir en moi mon âme de vie), la vie que
l'on n'a pas nous le recevons immédiatement, maintenant;
mais ce n'est pas n'importe quelle aide, mais la néchama,
la qualité totalement pure et divine qui est au centre
de notre être ; nous en reprenons conscience que cette
néchama nous réhabite véritablement. Prendre
le temps d'assimiler cette conscience.
• bé'hémla (par tendresse): bien se
dire et bien réaliser que cela est effet de la tendresse,
ce à quoi aucun humain ne peut résister car c'est
l'essentiel de l'existence. Cette phrase n'est donc pas
la récitation intellectuelle et théorique d'une
constitution ou d'une liste de principes de foi. C'est reprendre
conscience que je vis dans l'ensemble de Celui qui est l'Etre
(voir la paracha Vayétsé)
et qui est "bonté". Bien prendre le temps de réaliser
que nous sommes imbibés de cette tendresse divine, que
nous ne sommes pas seuls et non aimés, mais que notre
nature est entièrement dans cette bonté à
tonalité de tendresse.
• rabba émounatékha (elle est grande Ta
confiance). A l'incertitude et à l'inconsistance,
par cette phrase, j'intègre l'immensité de confiance
en soi et de la fidélité, car je suis non pas
dans ma propre confiance fragile et friable et inconstante mais
dans la confiance du Tout-puissant.
Ayant dit cela, non pas comme une phrase automatique mais
en essayant de bien entendre et de bien sentir, alors le Juif
ou la Juive se lèvent. Pas avant d'avoir bien réalisé
et bien stabilisé cette conscience qui est un présent
continu, désormais. C'est le sens du Modé ani
: l'immédiateté continue, certifiée
par moi: "reconnais, je". Et je décide que cela est maintenu
ainsi en permanence d'instant en instants.
Quel qu'il soit, chacun a réintégré sa dignité,
ses forces reçues du Créateur.
D'autant, nous disent nos Sages, que cette phrase a été
construite en 13 mots en fonction des treize middotes du
Créateur, de ses treize caractéristiques et démarches
de bonté.
Ensuite, on va faire nétilate yadayim, les ablutions
sur les mains pour éloigner complètement ces forces
négatives. Et on dira les 19 bénédictions
qui vont développer tout ce que l'on vient déjà
d'intégrer.
Ci- dessous, un poème, non un exposé, venu de ces
mouvements intérieurs en cette phase du réveil et
de la rencontre de ces mots.
Modé, je reconnais Ta bonté,
premier mot imposé ce matin.
Aucun choix, un seule voie :
tous les soucis où je veux me noyer,
j'ai dû déjà les abandonner,
ils sont loin et dépassés : modé,
seulement Ta bonté.
Modé ani : "je reconnais, c'est moi",
je ne suis que cela :
renouvelé, placé en Ta seule bonté.
Modé ani léfanéikha,
je reconnais, face à Toi.
Et j'ai apporté avec moi
tous ceux que j'aime de fraternité :
celle qui peine, et l'isolé,
le malade et ce pauvre désespéré.
Modé, je les ai aussi dépouillés
des écorces qui enserraient ;
Aharone haCohén ravive le chandelier,
en chaque lampe, l'huile est pure,
la mèche seulement, il nous faut nettoyer,
ne crains pas, mon ami, pour ta liberté.
Un juif se lève, il trie le monde en secret,
il tire le monde vers Ta bonté,
soudainement : Modé.
Dès maintenant, c'est l'heure
de choisir le bonheur.
C'est fait : Modé,
cette journée est cadrée
en Ta bonté.
Ton bonheur est plus fort
que toutes nos peurs.
Modé
en hébreu, Ta langue sacrée, c'est
reconnaître et avouer,
renoncer et louer,
lâcher toute sécurité
des pensées, anxiétés et projets
pour reconnaître une seule unité,
celle, envers Toi, de ma réceptivité.
car Modé ani
je reconnais que je suis
à l'image du seul "Ani",
seul "Je" établi
pur, vrai, infini.
Je n'ai d'autre "je, ani"
que dans ce lien précis.
Modé ani léfanéika
devant Toi
en Ton face à face,
seul regard et seul espace
dans lequel tout se place.
Nul écart.
Modé ani léfanéika Mélékh
je reconnais en moi
que Tu es Roi de tout être,
que tout être vit en Ta loi.
Il n'est de force que la tienne
en laquelle chacun reçoit tout l'être.
Hors de cela chacun est poussière.
Modé ani léfanéika Mélékh
'Haï
Ce face à face est vie ;
devant lui éclatent
les prisons des soucis,
les regards de haine et d'envie.
Le seul Roi de vie est ici
chez celui qui Lui dit "oui".
Modé ani léfanéika Mélékh
'Haï vé qayam
Roi de vie vivante et droite,
vie promise et qui subsiste
en un Juif qui marche
en Ta présence vivante.
Ce ne sont pas les buildings
qui dirigent et dominent,
ni les nouvelles et les régimes.
Il n'est d'existence
que dans Ta présence.
Modé ani léfanéika Mélékh
'Haï vé qayam
ché hé'hézarta
C'est Toi, pas moi,
qui fait revenir notre vie
après les nuits.
Ce ne sont pas les partis,
ni les économies,
ni les choix du prochain roi,
ni les riches,
ni les journalistes.
Encore aujourd'hui,
rien que de Toi
nous recevons la Vie.
Modé ani léfanéika Mélékh
'Haï vé qayam
ché hé'hézarta bi nichmati
Par Toi, en nous inscrit,
Tu places en source Ta vie
inscrustée en moi
en simple écrin
précieux et fragile,
friable et prétentieux
puisque Tu l'aimes
depuis Tes cieux.
Modé ani léfanéika Mélékh
'Haï vé qayam
ché hé'hézarta bi nichmati
bé 'hémla
C'est par tendresse tout cela ;
dans les milliards d'autres mots,
un seul est assez beau
pour cerner ce réseau
des univers et des au-delas :
seulement... : tendresse, 'hémla.
Modé ani léfanéika Mélékh
'Haï vé qayam
ché hé'hézarta bi nichmati
bé 'hémla
raba émounatékha
Elle est immense Ta confiance
en notre engeance décourageante.
Mais notre expérience prend naissance
et renaissance en Ta patience
incessante et vivifiante.
Toi rien que Toi.
Et la joie.
2. Le
Chémâ
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