La situation présente exige de recourir à ce psaume.
Sur le plan individuel, beaucoup sont fatigués: perte
d'être chers, échecs sentimentaux, professionnels, insatisfactions
diverses et envers soi-même. La question est "comment continuer
à combattre, à bien combattre".
Sur le plan collectif, ce psaume nous a été préparé
pour le temps où on est dans l'obligation de lutter, de faire
face à des ennemis, à des nations malfaisantes, où
le mensonge et la perfidie sont les armes utilisées contre
Israël, où le danger est réel, mais aussi où
les forces de gestion ne ressemblent qu'à du vent qui tourbillonne.
C'est la situation présente.
Le psaume reprend ces différents thèmes aux deux niveaux,
et il nous en donne le traitement.
Bilan conscient
Les gouvernants anciens sont finissants, obnubilés seulement
par leur image et par leur place dans l'histoire comme seul phare,
font les pires erreurs de pilotage qui conduisent à des centaines
de pertes de vies humaines, s'obstinent dans la marche au gouffre
car ils n'ont plus de repères valables.
Les jeunes qu'ils ont formés à leur école n'ont
pas l'expérience des combats vitaux, ni les valeurs anciennes.
Aucun capitaine ne semble à même de tenir la barre du
navire.
Et pourtant la jeune génération doit transmettre,
et porter à son tour le flambeau des lumières reçues.
Elle doit surtout vivre hors de ces folies qui les mènent droit
dans les cimetières.
L'axe et la lumière donnés par le phare nécessaire
qui fonde le peuple sont totalement absents du pilotage officiel du
pays, des compte-rendus et des analyses données par les informations,
et il y a même dans une petite partie du peuple l'idéologie
de collaborer avec l'ennemi. Les boussoles ne fonctionnent plus.
Les Sages se taisent et gèrent chacun leur propre séminaire,
intemporellement.
Réponse thérapeutique
Voici la réponse du psaume au niveau personnel et au niveau
collectif..
En ces heures, le Roi David nous a préparé un psaume
qui redonne l'axe, qui assume bien ce paysage, qui nous apprend à
appeller l'aide de la seule manière dont elle peut venir vers
le peuple d'Israël.
Alors la lucidité, la confiance, les forces reviennent; plus
de panique ni d'exil forcé, plus de peur de vivre.
Nous comprendrons à nouveau, et nous serons encore une génération
de plus qui dira:
"Achré ha âm ché kakha lo, heureux
le peuple qui a un tel sort,
Achré ha âm ché Hachém Elohav, le
peuple est heureux lui qui reconnaît que son D.ieu est Hachém".
Car nous aurons retrouvé ce qui nous guide et nous fait vivre.
Oui, la vie est un combat comme le dit le psaume, et la réussite
essentielle y est celle de l'amour: le combat se dit qérav,
mais cette racine veut dire aussi "rapprochement". Et le
sacrifice est un qorbane, mot de la même racine. Tout
cela nous indique que le rapprochement d'amour est un combat qui va
exiger un apprentissage, une formation, des étapes, des luttes
et des renoncements:
"Lé David, Baroukh Hachém tsouri, hamélamméd
yadaï laqrav, étsbéôtav lammil'hama.
A David. Béni Hachém, mon rocher, qui enseigne
mes mains au combat, mes doigts à la guerre".
Je dédie cette étude à de nombreuses personnes
qui souffrent dans ces combats.
Mais nous n'y sommes pas seuls: la Torah nous enseigne cet art de
ce combat de rapprochement. C'est ce que nous enseigne le psaume.
Et nous allons le comprendre et nous pourrons ainsi chanter un chant
nouveau comme le dit le verset 9:
"Elohim chir 'hadache achira lakh, Eloqim un chant nouveau
je Te chanterai".
Comme nous le dit le psaume 51, 12:
"Lev taor béra-li Eloqim vé roua'h nakhone 'haddéche
béqirbi,
Un coeur pur m'a créé Eloqim et un esprit juste Il a
renouvelé en mon sein".
Mais cet apprentissage ne se fait que par des éclosions qui
brisent nos coquilles bien montées sur nos rêves clos,
c'est pour cela qu'il est dit en 51,19:
"c'est un esprit brisé et un coeur brisé qui vont
vers D.ieu et Il ne les dédaigne pas". La prière
des larmes devance par sa sincérité et sa profondeur
vraie toutes les prières des grands tsaddiqim. Et cela réussit
à restaurer Tsiyone et à rebâtir Yérouchalayim.
Image des couples souhaités.
Cela veut dire pour Israël, sur le plan collectif: nous
ne chercherons notre puissance vitale dans aucune des autres puissances
qui semblent aujourd'hui dominantes. Mais bien en Hachém
et en sa Torah qui sont ici pour guider aussi bien chacun individuellement,
chaque famille, le Roi et tout le peuple.
N'oublions jamais que le Roi juif doit avoir toujours deux rouleaux
de la Torah avec lui: un dans sa vie publique et un dans sa vie privée.
On en est loin:
- un sondage du journal Maariv de ce mois d'août 2003 vient
de poser les questions minimales que l'on pose à ceux qui veulent
se convertir et il fournit les réponses de députés:
une ignorance grasse même sur les principaux noms des Patriarches,
par exemple. L'un des hauts personnages (je ne veux pas préciser
davantage) a protesté devant ces exigences placées face
aux candidats à la conversion et il a dit, cela est publié:
"j'aurais été recalé".
- Le Professeur et Rav André Neher m'a souvent raconté
cette scène. Il avait été l'un des 60 sages consultés
par Ben Gourion pour tenter de définir "qui est Juif".
Mais la scène se passe bien plus tard. Bégin dirigeait
et avait l'habitude heureuse d'inviter un Sage pour parler de la Torah
devant des personnalités le Chabbate après-midi. Quant
il invita André Neher, celui-ci parla de la sainteté
de la terre d'Israël. Quand il eut fini, un célèbre
général de l'époque qui devint ensuite Chef de
l'Etat s'approcha et lui dit: "je vous envie, je n'ai ce que
vous avez dit, vous avez des raisons d'être ici, moi vous savez
ce que j'ai fait pour mon pays, mais j'aurais fait la même chose
exactement et j'aurais été le même général
si j'avais vécu en Australie, rien de plus". Aveu modeste,
sincère, touchant et terriblement triste. Et qui demande de
lui trouver une réponse car des centaines de milliers sont
dans ce cas et on n'y apporte pas de solution. Le Grand Rabbin de
Jérusalem, Chalom Messas, a publié une lettre qu'il
avait envoyé à chaque rabbin leur disant qu'ils devraient
descendre dans la rue pour enseigner au peuple, devant cette absence
d'éducation juive fondamentale qui crée tant de problèmes.
Il les mettait devant leurs responsabilités. Rien n'a changé.
L'échange avec André Neher m'a été confirmé
par d'autres personnes présentes.
C'est la base de notre problème, malgré la qualité
des hommes. Tout est dans l'éducation juive ou dans son absence
qui ne permet pas de trouver des réponses puisque nous sommes
contestés en tant que Juifs et en tant que porteur de l'héritage
juif.
Il est temps de retrouver le minimum de formation et d'éducation
pour pouvoir piloter. Imaginons des pilotes qui n'auraient jamais
suivi de stages de voile.
Une clef se trouve dans le dernier verset de ce psaume et il éclaire
bien le problème et apporte la solution:
"Achré ha âm chékakha lo, heureux
le peuple qui a un tel sort". Nos Sages font remarquer que chékakha
a la guématria de "Moché", ce qui veut dire
que la nature du peuple et son pilotage ne sont possibles que dans
la Torah. Mais, alors, ce peuple dispose de sa lumière, de
sa force, de son axe et il tient sur ses pieds chez soi, et les ennemis
n'ont plus aucune consistance.
Nous optons pour cette position optimiste, comme toutes les générations.
Nous ne faiblirons pas, nous de démissionnerons pas, nous ne
trahirons pas.
Nous pouvons maintenant dire ce psaume selon ces axes mis en évidence.
La traduction est littérale sans recherche d'effet, afin d'étudier
et de prier à proximité de l'hébreu.
Doublez bien les lettres doublées, car elles sont un daguéche.
1. Lé David, Baroukh Hachém tsouri, hamélamméd
yadaï laqrav,
étsbéôtav lammil'hama.
A David. Béni Hachém, mon rocher, qui enseigne
mes mains au combat,
mes doigts à la guerre.

2. 'Hassdi oumétsoudati, misgabi oumfalti. Li
maghinni ouvo 'hassiti, harodéd âmmi ta'htaï.
Il est mon bienfaiteur et mon rempart, ma citadelle, et ma sauvegarde.
Pour moi
Il est mon bouclier, et en Lui je m'abrite; il soumet les peuples
à mon pouvoir.

3. Hachém, ma-adam vatédaêhou, ben-énoche
vaté'hachévéhou;
4. adam lahévél dama, yamav kétsél
ôvér.
Hachém, qu'est-ce qu'un homme que Tu t'en soucies, un
fils d'homme que Tu en tiennes compte?
L'homme à un souffle il est semblable, ses jours sont comme
une ombre qui passe.

5. Hachém hat-chamékha vétéréd,
hâ béharim véyéêchanou.
Hachém, penche Tes cieux et descends, touche aux montagnes
et place les dans la fumée.
6.Béroq baraq outfitsém, chéla'h 'hitséikha
outhoummém.
Fais luire des éclairs et disperse-les, envoie tes flèches
et mets-les dans le trouble.
7. Chéla'h yadéikha mimmarom, pétséni
vé hattsiléni mimmayim rabbim, miyad béné
nékhar.
Envoie Tes mains depuis les hauteurs, arrache-moi du danger et sauve-moi
des eaux nombreuses, de la main des fils de l'étranger
8. achér pihém dibbér-chav, viminam yémin
chaqér.
dont la bouche parle faussement, et dont la droite est une droite
de mensonge.

9. Elohim chir 'hadach achira lékha, béel âssor
azamméra-lakh.
D.ieu, un chant nouveau je Te chanterai, sur le luth à dix
cordes je lancerai mon chant pour Toi.
10. hannotén téchouâ lammélakhim, happotsé
éte-David âvdo mé'hérév raâ.
Toi qui donnes le salut aux rois, qui délivres David Ton serviteur
de l'épée mauvaise.

11. Pétséni véhatssiléni miyad béné-nékhar,
sauve-moi des eaux nombreuses, de la main des fils de l'étranger
achér pihém dibbér-chav, viminam yémin
chaqér.
dont la bouche parle faussement, et dont la droite est une droite
de mensonge.

12. achér banénou kintiîm mékhoudalim
binôuréihém
bénotéinou khézavite, méhouttavote tavnit
hékhal.
car (par Toi, ainsi) nos fils sont comme des plants qui prospèrent
dans leur jeunesse
et nos filles comme des colonnes d'angle, sculptées sur le
modèle du Palais.

13. Mészavéinou méléim mifiqim mizzane
él zane
tsonénou maalifote méroubavote bé'houtsotéinou.
Nos greniers, pleins, regorgent de réserves de nourriture,
nos brebis se multiplient par myriades dans nos campagnes.

14. Alloufénou méssoubalim, éïn-péréts
vééïn yotsét vééïn tséva'ha
bir'hovoténou.
Nos bêtes de trait sont lourdement chargées, pas d'arrêt
et pas d'exil et pas de panique sur nos places.

"Achré ha âm ché kakha lo, achré
ha âm ché Hachém Elohav,
heureux le peuple qui a un tel sort,
le peuple est heureux lui qui reconnaît que son D.ieu est Hachém".
Quelques lumières de nos commentateurs
1.
Ils nous font remarquer que le psaume utilise intentionnellement ces
mots:
"Hachém, ma-adam
Hachém, qu'est-ce qu'un homme"
pour bien nous rappeler que l'homme, Adam, nous seulement est fait
à l'image du Créateur et qu'il est en déroute
lorqu'il l'oublie, mais aussi que sont nom lui-même a la même
guématria (45) que l'un des noms de Hachém. Ceci
nous enseigne que la nature de l'homme véritablement homme
trouve sa vie en sa source. Et le désarroi actuel vient de
ce refus ou, plutôt, de la méconnaissance dont la plupart
ne sont même pas responsables. Mais il est un phénomène
nouveau: c'est qu'une partie de l'équipe de nos politiciens
aujourd'hui a comme programme explicite en Israël de détruire
cette référence vitale juive, avec une virulence antisémite
prenant des mesures très concrètes qui cherche à
déduire les fondements du peuple.
2. Le psaume dit:
hannotén téchouâ lammélakhim,
Toi qui donnes le salut aux rois.
Cela veut nous rappeler une dimension de réalité que
nous perdons. Nous parlons souvent des "puissances" de l'heure,
des USA comme gendarmes du monde (en l'approuvant ou non) mais nous
oublions que le judaïsme voit ce niveau des Chefs des nations
comme un niveau totalement dépendant de la puissance du Roi
des rois.
Le psaume veut nous rappeler cette géographie de la réalité,
sans laquelle nous ne pouvons pas retrouver l'optimisme. Tous ces
rois sont passés mais le peuple de la Torah a traversé
les âges. N'oublions pas cette source de notre force. Il est
indispensable de renforce cette "image de soi".
Le monde actuel matraque le public pour lui faire oublier les dimensions
de réalité et les contraindre à penser qu'il
n'y a qu'une réalité donnant le bonheur éternel:
l'achat et la consommation. Il faut dénoncer cette supercherie
qui veut faire de nous des esclaves, travaillant sans cesse pour acheter,
et ne vivant plus, cela pour l'unique profit de ceux qui ont un but
dans la vie: faire de l'argent, pensant qu'ils sont ainsi éternels.
Vanité totale. Le judaïsme fait de nous des hommes marchant
à contre-courant et sachant pourquoi: par la connaissance de
la Torah.
3. Nos Sages nous disent encore que cela est prouvé dans la
qualité de Moché rabbénou montré ainsi
en exemple dans le dernier verset du psaume: cette capacité
de voir loin (comme Avraham aussi) et d'accepter la Torah créatrice
est la "anava", la modestie, l'humilité, qualité
du peuple juif et de Moché qui, par son acceptation exceptionnelle,
était le plus modeste des hommes ainsi qu'il est dit dans les
derniers versets de la Torah. Le 'Hida développe ces pensées
sur le psaume.
4. C'est par la conscience de toute cette science de la réalité
et de l'histoire que le Roi David se réjouit et remercie Hachém
dans le premier verset. Cela lui donne une largeur, une puissance,
un optimisme qui sont fondés. Et avec cela, il vient affronter
la réalité apparente qui était celle de son époque,
comme elle est celle de toutes les époques. C'est pour cela
que nous ne craignons pas: nous avons des millénaires de sagesse,
de conscience, de réassurance. Et le Roi David le dit spécialement
à l'heure où les ennemis semblent puissants, ligués,
fourbes, attaquants. La bénédiction de David vient en
sentiment de reconnaissance pour avoir ainsi éclairé
son peuple sur, comme je le disais plus haut, la véritable
géographie du monde où il ya ce Rocher, cette Bonté,
etc. C'est cet exercice que j'essaie de faire, en apportant les "nouvelles
significatives" et non pas pour être une agence de presse.
Pour vivre notre pays selon cet axe. Il faut pour cela de la rigueur
dans l'analyse, mais aussi un point de vue qui situe le réel
sous un projecteur.
5. Le Roi David ose nous dire: en fonction de tout cela, nous sommes
"heureux". C'est très audacieux d'oser dire cela
à quelqu'un qui se trouve dans les difficultés. Il le
fallait puisque c'est la réalité. Il fallait aussi nous
éduquer à ce bonheur. Ici, David, nous apprend à
ne pas prier seulement pour demander, supplier, mais pour prendre
conscience de notre véritable situation qui est bonne... dans
la mesure où nous en prenons conscience et vivons en conséquence.
Comme peuple et non seulement comme individu.
6. Cette position permet à la bénédiction de
se diffuser. C'est pour cela que le psaume commence par le mot bénédiction.
Alors, elle balaie les ennemis comme le vent fait voler la poussière,
mais aussi elle apporte le bonheur qui est production de bonnes réalités:
vie des enfants, vie des biens, pas d'exil de nécessité,
pas de panique, mais le bonheur. Ce sont les versets 12 à 15.
C'est en ce sens que nous sommes une "famille" car nous
sommes engendrés par cette vie. Et toutes nos difficultés
doivent être replacées sous cet angle qui voit tout le
monde comme le psaume encadré par le début "baroukh,
bénédiction" et la fin "achré,
bonheur"..
7. Ce n'est pas une béatitude planante car tout cela, il est
dit, nous prépare au combat. On peut aller plus loin en disant
comme le psaume 35,1 ( riva Hachém éte-yérivaï,
lé'ham éte lo'hamaï, combats Hachém
contre mes adversaires, combats ceux qui me combattent) qu'Il combat
ainsi pour nous, à condition que nous nous plaçions
dans cet axe.
C'est ce que dit explicitement Chémote 12-14. Il faut le lire:
les Hébreux préfèreraient repartir en Egypte
(ou en Europe, ou aux USA), Moché leur répond de ne
pas craindre ces ennemis vains et il ajoute: "Hachém
yilla'hém lakhém, Hachém combattra pour vous".
Et il ajoute encore une condition essentielle: Vé atém
ta'hatichoune, mais pour vous restez tranquilles! Cela veut dire
que toute cette attitude demande une pédagogie et un travail
psychologique pour y parvenir. Et les prophètes nous disent
que cette aide du Ciel nous sera données à tous les
âges selon le même modèle: "Alors Hachém
viendra combattre contre ces peuples, comme jadis il le fit au jour
de la rencontre" (Zacharie 14,5) et la suite parle bien de ce
qui se passera alors dans Jérusalem et autour. C'est à
lire.
Ce thème apparaît identique en de très nombreux
passages: psaume 31,1 (riva rivi miggoï lo-'hassid, combats
mon combat contre un peuple sans sentiments), psaume 119,154 (riva
rivi ouguéaléni, combats mon combat et sauve-moi).
Voyez de même: I Samuel 24,15 et 25,39 - Jérémie
50,34 - Mikha, Michée 7,9 - Michlé, Les Proverbes 22,23
et 23,11 - Eikha, Les Lamentations 3,58...