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Dufour
 


 29, Le psaume de la paix-plénitude et du Chabbate

par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour
basés sur les livres de nos Sages
http://www.modia.org
Attention! Cette page comporte des lettres saintes, ne la déposer que dans un lieu respectable.

Je dédie cette étude à tant de personnes qui souffrent injustement (comme le peuple juif);
cette intention, pour que la bénédiction de bonté qui a créé leur programme de vie
puisse se réaliser en toutes les étapes prévues par le Ciel. Jusqu'au dernier verset de ce psaume.
Chacun peut entendre cela pour soi aussi! La suite de l'étude le fera comprendre.




Par cette photo que j'ai prise d'une pierre parfaite en sa forme extérieure comme en toutes parties de son intérieur et qui le montre de manière étonnante, en rayonnement, j'ai essayé de traduire mieux qu'en mots la plénitude de ce psaume, aussi bien dans sa structure que dans ce qu'il exprime.

Pour cela, nous sommes devant un psaume qui a pris une place exceptionnelle aux yeux de tous les Juifs et qu'ils ont placé aux moments les plus importants pour le peuple.
Il est chanté le Chabbate et les jours de fêtes, et plus encore par les Sépharades. Dans beaucoup de synagogues, on se tourne vers l'Ouest pour le dire, les yeux fermés comme si on est devant le Trône de la Gloire, pour recevoir le retour de l a Chékhina (Présence divine) pendant "qabalate Chabbate, la réception du Chabbate" où on dit aussi le Lékha dodi. Et on le fait suivre souvent de la prière Ana vé khoa'h car on est arrivé, alors, directement dans les noms de Haqqadoche Baroukh Hou.
On en cite le dernier verset avant la fin de la prière du matin, juste avant Alénou lé chabéa'h (lien ici). Et dans la fin de la Âmida, prière des 18 bénédictions, on dit les deux mots si importants dans ce psaume: ôz vé chalom. Nous verrons pourquoi.
Et tout le peuple connaît son dernier verset:

"Hachém ôz lé âmmo yitén, Hachém yévarékh éte âmmo va chalom
Hachém la force Il la donnera à Son peuple, Hachém bénira Son peuple par le chalom, la paix complétude". Ce futur est grammaticalement un présent.

Tout cela nous montre que la paix véritable nous viendra par la plénitude que nous parviendrons à recevoir pendant le Chabbate, et non pas seulement par des coalitions politiques soutenues par des puissances militaires. C'est toujours notre illusion que de passer tant de temps à ces manoeuvres qui sont bien souvent horribles, au lieu de faire avancer positivement la paix par ce qui véhicule le bonheur et la bénédiction.
Voilà pourquoi -en cette époque (édane) où les peuples vivent de façon larvée une troisième guerre mondiale du tiers monde puis de l'islam contre la civilisation occidentale hégémonique, et Israël étant bien entendu toujours placée entre le marteau et l'enclume par les peuples- j'ai pensé qu'il est plus qu'utile, il est indispensable de comprendre mieux ce psaume qui apporte le bonheur à la Création.

Nous avancerons en plusieurs parties:
I. Sa traduction pour en comprendre le sens global et les nuances avec précisions.
II. Une étude de sa structure pour saisir comment il est bâti pour nous transmettre son message.
III. La découverte de la richesse de son contenu.


I. Traduction du psaume 29.
Important de prendre le temps de bien lire avec la transcription pour bien doubler les sons quand il le faut; et bien redécouvrir l'exact mot à mot que les traductions habituelles ont modifié.


Mizmor lé David. Chant de David.
(Appel, exhortation)

1. Havou lHachém béné élim, havou lHachém kavod vaôz
2. Havou lHachém kavod Chémo, hichta'havou lHachém béhadrate qodéche.

1. Donnez à Hachém êtres sublimes, donnez à Hachém respect de gloire et force.
2. Donnez à Hachém gloire de Son nom; inclinez-vous devant Hachém dans la beauté de Son Sanctuaire.



(Description de cette gloire et de son déploiement par la
voix en 7 étapes marquées chacune par le cercle noir; versets 3 à 9).

3. Qol Hachém âl-hammayim
El-hakkavod hirîm; Hachém âl-mayim rabbim

Voix de Hachém sur les eaux
le D.ieu de gloire a tonné, Hachém sur les grandes eaux.



4. Qol-Hachém békoa'h, qol Hachém véhadar.
Voix de Hachém avec force, voix de Hachém avec beauté.



5. Qol Hachém chovér arazim, vayachbbér Hachém éte-arzé hallévanone.
Voix de Hachém brise les cèdres, et Il brise Hachém les cèdres du Liban.
6. Vayarqidém kémo-êghel, levanone vésiriyone kémo vén-réémim.
Et il les fait bondir comme un jeune taureau, le Liban et le Siriyone comme des jeunes buffles.


7. Qol-Hachém 'hotsév lahavote éche
Voix de Hachém fait jaillir des flammes de feu.



8. Qol Hachém ya'hil midbbar, ya'hil Hachém midbbar qadéche.
Voix de Hachém fait trembler un désert, fait trembler Hachém le désert de Qadéche.



9. Qol Hachém yé'holél ayalote, vayé'héssof yéârote
ouvéhékhalo koullo omér kavod.

Voix de Hachém fera réagir les biches, dépouille les forêts
et dans Son palais tout ce qui s'y tient dit : Gloire.



10.Hachém lammaboul yachav, vayéchév Hachém mélékh léôlam.
Hachém le déluge Il l'avait décrété de Son trône de justice, mais Il y siège Hachém en Roi de justice pour toujours.



11. Hachém ôz lé âmmo yitén, Hachém yévarékh éte âmmo va chalom
Hachém la force Il la donnera à Son peuple, Hachém bénira Son peuple par le chalom, la paix complétude".



(Etude de la structure du psaume 29 pour bien saisir le message que cette structure transmet autant que ses mots. Bien plus, ces mots trouvent leur sens véritable par la structure).

1.
Une structure globale du sens des mots est celle de ce que l'on appelle le dine, la puissance, la rigueur, la gloire, la justice qui décrête. Elle s'exerce sur toute la nature, sur tous les niveaux, elle a même produit le déluge. Mais, à Son peuple, c'est la force de bénédiction et non pas de destruction que Hachém donne. En fait, il y a puissance mais le nom par lequel D.ieu est nommé dans ce psaume est celui de Hachém qui est la manifestation de la miséricorde (ra'hamim) qui assume le contrôle de la rigueur (dine) de la puissance. Cette bonté assure la vie et tend à s'unir à la Création. Elle le fait dans le psaume par la répétition 18 fois de ce nom de Hachém. Pourquoi? Parce que c'est le rythme optimal du processus d'union bénéfique, et c'est pour cela que l'on a la prière des 18 bénédictions que l'on dit le matin (cha'harite, dans l'après-midi (min'ha) et le soir (ârvite).

2.
Une structure en trois temps déploie cette manifestation (lisez la suite et captez ce que vous ressentez et pensez au fur et à mesure de cette découverte:

- les versets 1 et 2 s'adressent aux anges ou aux puissances célestes et les invitent à célébrer la Gloire divine.

A ce niveau, le mot havou (donnez, célébrez, exprimez, du verbe araméen yahav) est répété 3 fois, car en ces hauteurs, ce qui peut être saisi est en 3 descentes de la bénédiction, comme les 3 fois où on dit qadoche, qadoche, qadoche, ou comme les cabalistes parleront des 3 premières séfirotes qui ne sont pas de notre monde. Mais il est remarquable de constater que c'est l'homme qui dit le psaume (David puis nous son peuple) qui a le pouvoir de mettre en route tout le fonctionnement de cet orchestre. On dit qu'il n'y a pas d'éveil (itôréroute) d'En-haut tant qu'il n'y a pas d'éveil par le bas. Nous reviendrons sur le sens de cette première partie.


- les versets 3 à 9 sont cette célébration qui décrit cette gloire qui se déploie. Elle le fait en 7 étapes de la voix (qol) qui est nommée 7 fois (voyez le mot placé sous le rond qui le situe pour votre facilité de lecture):

On sait que tout ce qui est de notre montre est selon le rythme du 7 comme les 7 jours de la semaine, des bénédictions du mariage, du deuil, etc.


- les deux derniers versets, 10 et 11:


résument l'histoire de cette manifestation: il y a eu le déluge comme justice, mais il y a pour Son peuple la bonté qui est force et bénédiction.

Voici maintenant l'ensemble du psaume 29, avec ces rythmes que j'ai fait apparaître; ici, je les rappelle et les complète:
- les 18 noms de miséricorde par le rond noir. Comptez.
- les trois parties délimitées par les pointillés à partir de la marge à droite.
- les 7 "qol, voix" par le rond en nuage estompé, accompagné de sa numérotation. Comptez.
- les trois "havou, donnez, célébrez" dans la première partie, ils sont surmontés pour votre facilité de lecture par les petits cercles juxtaposés.
- le psaume a aussi 91 mots, cela a sens, nous le verrons. Ne vous faisons pas attendre, c'est l'union parfaite en ce monde entre le nom de 4 lettres qui est le don de la Torah d'En-haut, et le nom de 4 lettres de Adonoute qui est la réception féminine par nous, par Israël, de la présence divine. Un mariage idéal qui est tout le projet de la Torah. Quel psaume!
- remarquez enfin, que le mot "oz" se trouve au début du psaume (à la fin du premier verset) et aussi à la fin du psaume (deuxième mot du dernier verset), nous verrons que cela encadre le psaume et le situe dans un cadre de oz, force, que nous comprendrons.
Lisez maintenant le texte, lentement, en marquant une petite pause sur chacun de ces signes pour bien y être présent et lisez tout le texte. Reprenez depuis le début quand vous n'y parvenez plus et vous verrez très vite que vous comprenez magnifiquement le psaume, en suivant le rythme comme dans un morceau musical. C'est bien pour cela qu'il s'appelle "chant".

Donc, cela ayant été bien perçu, nous pourrons dire le psaume comme si nous déroulions un rouleau qui fait déployer progressivement ces 3 niveaux (céleste, descente en ce monde du 7, notre peuple), avec les 18 noms de la Bonté permanente qui dominent l'ensemble et l'imprègnent par la descente de la bénédiction.

Maintenant, lisez le texte en vous servant uniquement de la présence des mots, de la séparation des 3 parties que vous avez momérisée.


Il reste une dernière structure qu'il faut respecter, c'est la ponctuation et la scansion exactes.
Sinon, on déformerait le sens. Pour apprendre cette question, une page lui est consacrée sur le site (http://www.modia.org/priere/ps.teamim.html). Il faut s'y reporter pour bien assimiler ces points de façon définitive. Je les applique ici à ce psaume, simplement.

1. Chaque verset forme une unité dont la fin est signalée par le petit trait vertical, le sof passouq, sous le dernier mot, avant les deux gros points verticaux en fin de ligne. Un exemple:


2. Presque toujours, les versets sont divisés en deux petites phrases, comme lorsqu'on sépare en français par un point-virgule. La moitié du verset ou plutôt la grande division en deux parties
- quand le verset est long (comme dans les versets 1, 3 et 9 de ce psaume) , la séparation est faite par cet exemple:
On appelle cet ensemble de deux signes :  ôlé vé yoréd (monte et descend) et le premier signe, en haut, est un chofar méhoupakh, tandis que le deuxième signe, en bas,  est un maarikh. Regardez, nous le trouvons après le second mot du 1e verset (donc y faire une longue pause) et après le 4e mot du 3e verset (donc y faire une longue pause) et après le 6e mot du 9e verset. On appelle ce des signes disjonctifs. Su le texte de ce psaume, ici, la pause est bien indiquée par un espacement large des mots pour faciliter votre lecture mais cet élargissement n'existe pas dans le manuscrit des psaumes.

3. Dans les versets plus courts (tous les autres versets de ce psaume), les deux parties différentes du verset sont délimitées par un autre signe disjonctif, le atnah, une sorte de fourche à deux dents vers le bas, sous le mot, comme ceci:
Regardez ainsi chaque verset, et lisez donc en faisant la pause qui est indiquée (pour vous aider) par un intervalle plus large. Cette entrainement de lecture est nécessaire pour ne pas faire des contresens, d'autant plus faciles que l'hébreux est avare de toutes les nombreuses conjonctions qui évitent les erreurs en français, tout doit être placé dans la mémoire. Je vous assure que cet entrainement n'est pas long et il vous permettra de lire avec exactitude tous les psaumes. Quel plaisir!

4. A l'intérieur de ces deux parties du verset, il peut y avoir une autre division comme une virgule et elle est marquée par le le losange noir du raviâ qui est un interrupteur de second niveau. Il est nommé raviâ chez les Sépharades et réviî chez les Askénazes.

Chaque fois que vous trouvez ici ce signe, il faut faire une légère pause, comme on le fait spontanément en français, même en parlant. Imaginez quelqu'un qui ne fait pas ces scansions, ce serait incompréhensible comme quelqu'un qui parlerait sur le même ton monocorde sans pause, faites l'expérience et vous aurez compris qu'on ne peut pas lire ainsi un texte, surtout quand il a la sainteté des psaumes. Nouvel exercice de lecture. Il vous fera "sentir" le sens, c'est donc très important.
Un autre signe a cette même valeur de virgule (si l'on peut dire), c'est le tsinor que l'on trouve au verset 9,

Vérifiez et lisez ce verset.
Pour les autres signes, reportez vous à la page indiquée ci-dessus.

Si vous n'êtes pas convaincu que cela est important pour exprimer le véritable sens du psaume, je vous propose deux expériences: préparez un texte que vous allez dire à qui habite avec vous et entraînez-vous à le lui dire sans ponctuation ou en plaçant des ponctuations là où il ne faut pas et vous verrez la réaction: on pensera que vous êtes devenu fou. Exemple: "bonjour jesuis, venu vous, dire que je pars dans dix, minutes" ;-)) C'est exactement comme cela qu'on lit les psaumes quand on ne fait pas l'effort d'apprendre ces ponctuations. On n'y met certainement pas le sens qu'il a.
Deuxième exemple. Les deux premiers mots sont : Mizmor lé David. Celui qui n'a pas appris ces signes dira : "Cantique de David". Mais celui qui a appris, comme vous, dira: "Cantique, ...de David". Cela change tout. En effet, "Cantique de David" est une erreur de sens, cela attribue le Cantique à David. Or il y a plus: en effet, dans le Middrache Téhilim 24,1 il est dit que
- chaque fois que le psaume commence par "mizmor lé David", cela veut dire que David commença à chanter et ensuite la Chékhina vint vers lui.
- par contre, quand on a d'abord "LéDavid mizmor", cela veut dire que le Roua'h ha qodéche, la parole divine vint d'abord sur David et l'inspira et ensuite il chanta.
Donc, sur cet exemple insignifiant apparemment, quand nous faisons bien une pause après le premier mot "mizmor... lé David"

c'est comme si nous disions: "mizmor (David commença à chanter et ensuite la Chékhina vint vers...) David". Et nous serons alors avec la Chékhina quand nous commençerons à dire les mots qui suivent et qui, effectivement, sont de ce niveau céleste.
Vous le voyez, la simple connaissance et exécution de ces signes de lecture est grandiose et capitale. Aucune nuance n'est médiocre dans la Torah.
Munis de tous ces outils, nous pouvons maintenant dégustez plus facilement le sens.



III. Etude du sens

1.
Si nous avons été bien attentif pour percevoir
- ces mots précis,
- ces trois étages, qui sont une descente successive de la bénédiction avec ce rythme des 3 étapes du haut, des 7 qui parviennent jusqu'à l'union dans les deux derniers verset. Avec le finale de la paix complétude qu'est le chalom.
- cette fonction que nous avons de déclencher (itoréroute) ainsi ce flux de la bénédiction par la prière jusqu'à sa réalisation dans le réel le plus concret, et pour tout le peuple;

alors, nous avons découvert:
- la fonction du peuple juif dans le monde qui est de produire la bénédiction dans le monde,
- la fonction de la prière qui le réalise, et alors nous prierons,
- la fonction de l'étude qui nous fait découvrir cela, une étude qui est à la fois rigouseuse et sensorielle et chaleureuse.
- le rôle de faiseurs de paix que sont en Israël et dans le monde ceux qui étudient la Torah. Et nous ne dirons plus jamais que ce sont des fait-néant. Car ils "font" la vraie existence, et ce que l'on désire le plus, la paix, la réalisation des meilleures aspirations, l'harmonie.

2.
Nous allons pouvoir maintenant, dans ce cadre, situer les enseignements de plusieurs grands Sages qui ne disent pas tout cela, puisque pour eux ce cadre est connu et évident. Sachons qu'ils ont tout cela dans la tête et dans les yeux et dans le coeur quand ils écrivent leur commentaire sur tel point particulier.
C'est cela que j'essaie de vous transmettre sur Modia, ce que les Sages ont ainsi dans la tête et qu'ils ne disent pas (comme Rachi) mais qui est le préalable de ce commentaire que vous lisez. C'est pour cela que l'on doit étudier non pas seul mais avec quelqu'un qui connaît davantage la tradition.

Avec Rachi (lien ici)
Rachi dit ceci sur le premier verset: "célébrez Hachém, vous qui êtes béné élim, les fils de sublimes de la terre, les Patriarches". Il relie ainsi les niveaux célestes et humains, et la terre est toujours la terre par excellence qu'est Israël. Ainsi, il ne sépare pas les anges et les humains. Mais ce processus de la bénédiction nous concerne puisque nous sommes de la racine qui est à la fois terrestre et céleste: les Patriarches aussi bien que la terre d'Israël.
Alors, permettons-nous de louer Hachém. Nous pouvons "donner" à Hachém, audace! Rachi précise bien que havou vient du verbe araméen yahav, et qu'il s'agit de l'activité de donner, nétina. Le Juif doit prendre conscience du rôle sublime que le Créateur lui a donné. Ne pas le discuter, c'est cela la ânava, l'humilité (même si les antisémites disent que nous nous prenons pour un peuple élu alors que nous ne sommes que des serviteurs, tant pis).
Effectivement, dit Rachi, les élim sont des sarim, des "princes qui pilotent le monde". Nous ne sommes pas ces princes, mais nous sommes ben Avraham, les fils de ces princes qui, par leur qualité et entièrement serviteurs de Hachém, pilotent le monde pour le bien dans la bénédiction. C'est ce psaume.

Rachi remarque que, venant de dire cela, le psaume parle de gloire (kavod) qui est la sainteté (qédoucha) mais aussi de force (ôz). Le psaume va donc nous présenter la force que la sainteté d'En-haut donne au monde, et que nous pouvons aider à faire circuler par notre prière de ce psaume.
Il fait, à partir de là, le lien entre les 18 noms de 4 lettres et la prière de la Âmida ou des 18 bénédictions; cette prière et celle de ce psaume 29 sont donc les deux exercices qui font véhiculer le flux de la bénédiction créatrice et force pour atteindre la paix-complétude dans le bien parfait.

Rachi passe ensuite à la seconde partie qui traite des 7 voix (qol).Il nous dépeint ce processus en montrant les exemples historiques de notre peuple.
- La première (voix de Hachém sur les eaux): Rachi réfère à ce qui s'est produit dans l'épisode de la Mer Rouge fendue. L'eau est toujours bonté mais, cette fois, elle fut aussi force (ôz) et libération. Voilà un exemple de cette descente divine qui est bénédiction pour l'homme. C'est parole, même si on ne la pas entendu, contrairement à ce qui s'est passé au Sinaï. Donc, entends qui veut lorsque le Créateur intervient de facto dans la nature et les événements.
- La seconde (voix de Hachém par la force): Rachi réfère au don de la Torah au Sinaï où la voix s'est exprimée puisqu'il est dit que tout le peuple a vu les voix. Et Rachi souligne que Hachém a contrôlé la puissance de Sa voix pour qu'elle soit supportable pour Israël au niveau de ses forces bien moindres (Chémote 19,19): voyez l'épisode, où Moïse parlait et la voix divine lui répondait, donc à son niveau moindre.
- La quatrième (voix de Hachém brise les cèdres): Rachi réfère à I Samuel 7. Il faut le lire et il apportera force dans le contexte qui ne change pas depuis ces millénaires. Les "Philistins", terme repris par les Romains pour nommer la Palestinie et les Palestiniens, du nom des ennemis perpétuels du peuple juif (sans commentaire, c'est l'histoire). Les Philistins menaçaient Israël qui craignaient et (verset 10) tandis que Chmouel offrait le sacrifice de ôla, les Philistins s'avancèrent pour déclancher la guerre contre Israël va yarêm Hachém, et Hachém tonna contre les Philistins par une voix forte, béqol gadol, ils furent étourdis et battus par Israël. C'est étonnant de voir combien la Torah nous donne les outils précis pour vivre et survivre. Et Rachi nous avertit.
Rachi nous fait le lien avec le chapitre 4 de Chémote, à lire ici. A nouveau la crainte, chez Moché cette fois devant la force du Pharaon de l'époque (nous avons les nôtres). Le terme "voix" revient dans cet épisode et il décrit ce que dit Rachi: la voix entendu par notre peuple fut vie et elle fut mort pour nos ennemis.
Et les montagnes vinrent alors, celles de Lévanone de de Siriyone, pour entendre ces voix, lors du don de la Torah au Sinaï. Ainsi est bâtie Jérusalem, dis-je, colline plus modeste mais entourée des autres plus élevée qui viennent autour de sa sainteté.

- La cinquième (voix de Hachém fait jaillir des étincelles de feu): Rachi réfère encore au don de la Torah où le feu du Ciel jaillissait et sculptait sur la pierre de Moché les dix commandements.

- La sixième (voix de Hachém fait trembler le désert): Rachi réfère à la douleur de la femme qui enfante car c'est le même verbe utilisé ici et en Jérémie 6,24, quand le peuple se conduit mal et que, alors, Hachém permet à des ennemis cruels de venir commettre des atrocités sur la terre d'Israël contre notre peuple. Cela veut nous montrer que "notre" comportement est ce qui empêche la voix d'être voix de vie et de libération comme nous l'avons vu jusqu'ici, et elle se tourne alors en tragédie: la voix des ennemis, notre voix comme la voix de la femme qui souffre dans l'enfantement. Il faut lire ce chapitre 6 de Jérémie pour comprendre, et pour réfléchir sur notre situation présente en dispersion aussi bien qu'en Israël.
Et la suite du verset parle du midbar qadéche. Car c'est là qu'Israël devient saint ou non.

- La septième (voix de Hachém fait réagir les biches): Rachi réfère aux nations qui sont fières comme des biches et arrogantes quend Israël est petit ou faible ou pèche. Mais leur affirmation méchante se changera en tremblements comme ce verbe yé'holél le signifie dans d'autres passages de la Torah. Finalement tout leur jeu est vain et tout se tient en ces deux faits: Hachém donne la Torah à Son peuple, Lui qui est le Créateur de tout, alors que les peuples forts, railleurs et menaçants ne sont que des tigres de papier, et rien n'empèchera que Hachém, de la même manière donnera Sa force et Sa paix à Son peuple.
Rachi a voulu nous montrer que ce processus de descente de la bénédiction n'est pas une mystique spirituelle éthérée, mais qu'elle est à la fois spirituelle et effective dans l'histoire, dans la lecture que nous devons avoir de notre situation concrète dans le monde aujourd'hui.
A l'instant, quelqu'un (un Juif) m'a apporté quelque chose et me dit :"j'ai reçu un appel téléphonique de cousins de Paris qui m'ont dit: mais qu'est-ce que tu avais à aller faire dans ce pays (Israël) où il y a tous ces problèmes!". De la même manière les non Juifs diront à ces Juifs parisiens: "mais qu'avez-vous à rester Juifs ainsi, c'est par cela que vous créez tous vos problèmes". Et l'étape suivante, c'est "disparaissez". Et on passe à l'action, pour les aider à ne plus vivre cela, à ne plus vivre.
Le Juif, où qu'il soit ne peut pas éviter d'être problème pour le monde qui, lui aussi, envie ce texte millénaire sur lequel il se fonde lui-même moralement. Ni Descartes, ni Kant, ou Marx ou Khoméni ou Bush ne pèsent dans leur désir de conquérir toute la planète (par l'esprit, l'économie ou les armes, ou l'art) et de supplanter la force de cette seule "parole". Et les Juifs ne peuvent échapper à ce rôle. Il faut le comprendre et assumer.
Le psaume nous rappelle d'où nous vient notre force dans notre faiblesse et jusqu'où ira cette force spirituelle: jusqu'à la paix.

Avec le 'Hida (lien ici et ici),
Son approche se place totalement dans le cadre que nous avons vu jusqu'à maintenant; mais il prend appui, pour démontrer les mêmes dynamiques, non plus sur la signification du récit global éclairé par d'autres phrases aux termes similaires comme Rachi. Il présuppose que nous avons déjà fait ce travail avec Rachi. Il va continuer la démonstration davantage en se basant sur les lettres et sur leur compte numérique, puisque les lettres sont en même temps les chiffres en hébreu. Il faut donc tenir compte aussi de cet autre véhicule du sens. Il nous transmet de façon simple toute une longue tradition qui est souvent d'approche complexe et qui, alors, ne peut être étudiée qu'avec un maître dans une relation à deux.

Dans les deux premiers versets, nous savons qu'ils sont le niveau le plus élevé du psaume, point de départ de la bénédiction. Il montre que la louange se fait par la parole, mais aussi sous sa forme la plus légère qu'on peut nommer hével, vapeur, buée. Notre pensée et notre parole doivent quitter le niveau habituel de la dureté, des affaires à réaliser, des conflits pour rejoindre la source de la parole. On le ressent quand on parle à un tout petit enfant, ou à un être que l'on connait et qui est tombé subitement malade, on lui parle avec une parole légère. Ce mot hével est indiqué par les initiales (raché tévotes) des mots havou laChém bénéi, sur lesquels j'ai placé un rond noir pour le voir clairement.
Cette méthode traditionnelle se nomme le rémez, l'allusion.On ne peut pas jongler avec cela, il faut avoir reçu ce type d'enseignement qui remonte à Moché. D'autres grands maîtres montrent également que ce mot réfère à Abel tandis que béné élim réfèrerait à Caïn. Cela veut dire que nous avons tous en nous les racines (comme au début de ce psaume) de ces deux sources de l'humanité avec leur conflit qui était à l'état brut entre la violence et la spiritualité mal équilibrée. Et ces deux niveaux doivent, en leur source en nous, s'éloigner de l'égoïsme du moi et se soumettre dans la louange du Créateur. Si les grands conflits politiques et militaires se résolvaient ainsi, il y aurait moins de souffrance.
Un autre enseignement, à ce premier niveau du psaume est mis en valeur par les lettres initiales des mots de la fin du second verset. Je les ai surmontées d'un signe. Ces lettres forment le mot qabala. Cela indique que, au moment le plus élevé, le Chabbate, ceux qui ont reçu l'enseignement du coeur de la Torah auprès de maîtres de ce niveau doivent s'y consacrer. (Il ne s'agit pas ici de qabale à bon marché avec des logiciels d'ordinateurs!).
Et ce mot est en parallèle du premier verset du psaume 100: hariou laChém kol haaréts dont les initiales forment le mot halakha, pour indiquer que le niveau moindre qui est le nôtre pendant toute la semaine est celui où nous devons étudier la hakakha pour faire entrer la Torah dans le concret de notre existence.

Le 'Hida développe ensuite beaucoup le dernier verset:

"Hachém ôz lé âmmo yitén, Hachém yévarékh éte âmmo va chalom
Hachém, la force Il la donnera à Son peuple,
Hachém
bénira Son peuple par le chalom, la paix complétude"
.
C'est l'aboutissement du psaume et nous allons nous y attarder.

Le second mot (ôz) est la Torah. Le Chir ha Chirim Rabba 2,10 le dit: "éin ôz élla Torah, il n'est de force (pour le peuple juif) que de la Torah". Et la Torah sera ce qui donne la paix. Elle revêt de paix comme le disent les lettres du dernier mot vachalom qui se combinent pour former le mot malbouche, habit, qui protège, enveloppe, présente et protège.

Comment peut-on arriver à la vivre dans sa complétude, ce qui est le sens du mot chalom?
Le verset donne la solution: quand nous sommes âmmo (bien lire en doublant le m, et non pas amo), c'est-à-dire quand nous vivons en unité dans le peuple, alors nous pouvons recevoir la Torah, et alors elle nous donnera sa force.
ânava, l'humilité C'est un grand enseignement qui nous montre que
- la nécessité que la Torah soit enseignée à tout le peuple,
- l'erreur totale de se dire: nous sommes un bon groupe qui vit dans la Torah, la connaît et les autres se trompent et sont ailleurs et nous nous détournons d'eux. Nous nous savons. Il n'y aura pas de Torah de qualité si elle reste celle d'une secte. Et cette secte ne doit pas penser qu'elle doit diffuser et imposer à tout l'ensemble la Torah de sa propre élite. Ce défaut est fréquent. C'est comme si l'oreille voulait que tous les organies du corps soient des oreilles. C'est la mort immédiate.
-la nécessité de connaître les autres et leur approche de la Torah. C'est pour cela qu'il y a sur le site la lecture de la Torah avec les téâmim différents, la connaissance des différentes communautés, ce n'est pas du folklore, c'est une né-ce-ssi-té/

Un autre grand enseignement: les lettres initiales des quatre premiers mots de ce verset Hachém ôz léâmmo yitén, ont la guématria du mot ânava, l'humilité. La Torah n'a été donnée au peuple d'Israël que parce que c'est un peuple de gens humbles. Les autres peuples ont d'autres forces collectives (art de la pensée, de la guerre, de la beauté, de la science, etc); ce petit peuple reste toujours petit, il ne conquiert pas de territoires, pas de continents, il n'impose pas sa conception par l'épée et le bûcher et les conversions forcées comme l'ont fait le christianisme et l'islam. Il ne cherche pas à être nombreux, il est fidèle à sa petite part, la Torah depuis des millénaires, c'est tout.
C'est ce peuple humble que Haqqadoche barouk Hou a vu qu'il était adapté à recevoir, à recevoir la Torah. De même, parmi tous les choix possibles sur les règles d'application de la Torah dans le concret, c'est selon l'Ecole de Hillel que s'est fait le choix car ses Sages se caractérisaient par la gentillesse, le sens de l'unité et la modestie. Pas selon les autres qui étaient brillants, élitistes, sûrs de leur qualité raffinée. Qu'ensuite, ces gens modestes soient souvent éminents en de nombreux domaines, au contact de la Torah, c'est une conséquence simplement. Mais ils ne tiennent pas cela d'eux. Et ceux qui n'ont pas ce style de ânava, l'humilité, ne se comportent pas selon le génie de leur peuple.

Le 'Hida essaie de bien nous faire comprendre ces sens majeurs, et j'ouvre l'éventail de ses expressions condensées dans l'hébreu, langue dense, pour bien recueillir toute cette richesse.

Arrivé à ce point de compréhension, nous pouvons entendre la logique de ce que nous dit le 'Hida: quand il nous est indiqué dans le psaume que Hachém yévarékh éte âmmo vachalom, Il bénira son peuple (uni) dans la paix-complétude (de ce qu'Il est), il ajoute deux clefs capitales:

- béli galoute, sans galoute, sans la dispersion d'Israël car c'est une anomalie pour ce peuple de ne pas être dans le lieu de la plénitude qui lui est donnée par le Maître du monde. Quelle ingratitude quand cela est possible. Imaginez une fiancée qui aime son fiancé, et la fête du mariage est organisée, tous les invités sont là et, tout simplement, elle ne vient pas, cela lui suffit de savoir qu'elle est aimée, que son fiancé lui a accordé toute sa vie et tout son être, mais elle conserve en plus les quelques avantages réel qu'elle a ailleurs. C'est tout. Ainsi quand nous disons: ne croyez pas que c'est facile, avec mon métier, mes obligations, mon argent, mes soucis, d'aller là-bas. Il est remarquable que les Sages de tous les siècles qui ont réalisé ce retour vers la complétude sur la terre conjugale Eréts Israël, ne parlent jamais de ces questions des difficultés ou des avantages matériels. Et pourtant, c'était aller dannns le lieu de la persécution et du danger, comme si aujourd'hui on se décidait d'aller vivre en Iran ou en Syrie. Simplement, nous sommes une génération qui a digéré la mentalité de consommation. Et cela passe avant le reste. Cela n'entrait pas enjeu chez ces maïtres comme le Rambam, le Rambane, le Chla, le Ramhal, le 'Hida, etc. Il savaient ce qu'ils disaient en disant ce verset, Hachém yévarékh éte âmmo vachalom, sans galoute.
- béli ma'hloqéte, sans discussion oiseuses où c'est la volonté de divergence qui l'emporte. Une obsession de l'unité dans la diversité. Dans la fraternité. C'est pour cela que j'ai placé ce dossier (lien ici) si important pour parvenir à étudier ce que la Torah entend par là. Cette urgence.

Continuons, car le 'Hida va très loin en nous montrant les implications de cette conception de la Torah. Il déplace un peu la loupe et nous montre que les lettres finales des mots Hachém yévarékh éte, avec l'unité qui les réunit, a la guématria de Machia'h ben David, le Messie fils de David. Que veut-il dire par là? Si nous vivons selon cette perspective que nous enseigne le psaume, dans le peuple, alors le projet divin se réalise automatiquement et le Messie est là. C'est concret. Hélas, beaucoup ne veulent pas aller dans cette logique, c'est plus facile mais nul de jouer à la Loterie nationale hors de toute réalité, malgré notre état si imparfait dans la Torah: Untel a dit qu'il est déjà arrivé, ou qu'il se cache là-bas derrière un arbre, ou en remuant les dés ce sera dans 27 ou dans 98 jours et je vous assure qu'il remue bien les dés. Tout cela est interdit. Nous avons toutes les règles pour qu'Il vienne maintenant, aujourd'hui. Amen. Le reste est de la supercherie, la preuve que les magiciens d'Egypte continuent encore à agir dans le êrev rav, le peuple bigarré qui nous a accompagne. Nous avons tous un peu ces tendances. Alors, nos grands Sages, comme le 'Hida, nous disent calmement: tout est simple, regardez les textes mais vivez-les. Nous avons reçu la promesse de tout, de la fraternité, de la vie, de la paix, nous avons reçu les règles. A nous, quand même de faire une petite partie du travail.
Et nous savons où cela se passe.

Et le 'Hida veut nous sensibiliser à l'immensité de tout ce que nous avons ainsi reçu en n'oubliant pas Qui nous le donne. Le psaume se termine par la force et la paix chalom qui est un Nom divin. Il commançait par la force, ôz et se termine par elle mais nous savons que c'est une certaine force, celle qui vient d'En-haut. Le psaume nous a appris à resté branché sur la source et à l'accompagner dasn sa volonté d'apporter le bonheur. Il montre que cela se concrétise dans le fait que le mot du dernier verset yévarékh a la même guématria 232 que les 4 façons dont on écrit le tétragramme.
Le Juif travaille pour le bonheur du monde, et il en a reçu la science, celle de la présence de Celui qui le crée et qui veut associer l'homme à Son projet. Cela manque dans les thèses remuées dans les journaux, à la radio ou dans les lignes des parties qui veulent redécouper sans cesse la planète. Le délire de se prendre pour D.ieu le Créateur.

Qu'on me permette une toute petite note personnelle, il est possible de résumer tout cela en disant que la lettre initiale
youd et la lettre finale mém de ce dernier verset du psaume 29

sont les mêmes que celles du mot le plus aimé Yérouchalayim:

Ce psaume nous a appris combien dans la prière et dans la réalité, nous construisons le monde dans le bonheur en partenariat avec son Créateur:
Boné Yérouchalayim Hachém, nid'hé Yisrael yékhanness.
Il construit Yérouchalayim Hachém, les dispersés d'Israël Il les rassemble.

Amen!
Et ce qu'Il a prévu en créant les hommes, Il le réussira.
Immense est notre bonheur et privilège d'avoir été créés pour cela. Pour cette tâche.
Nous ne serons pas des lâches ni des ingrats.
Et nous verrons avec Lui ce miracle.
Aucun homme, aucun, n'est capable d'arrêter ce plan de bonheur.
Merci.

C'est ce que nos Sages expriment en disant que les trois mots du premier verset havou laChém kavod forment le mot kala, la fiancée Chabbate qui vient au mariage. Voilà pourquoi on dit Boï kala le soir du Chabbate après ce psaume 29 à la synagogue. Notre peuple est alors dans ce niveau avec son Créateur.


Nos Sages le développent encore en disant que cette unité est exprimée par le mot havou
qui a pour guématria 13 comme le mot é'had (un) ou le mot ahava (amour).

Maintenant, il reste à revenir plusieurs fois sur cette étude pour bien l'intégrer et ensuite dire le psaume en étant présent à ces richesses. Et nous verrons...

Avec le Middrache et le Zohar.
Tout ce psaume nous explique le désir de D.ieu que nous acceptions Son don, comme dit le Yalkoute Chimeôni sur la paracha Yitro, 247, jusqu'à ce que soient remplies nos maisons de la lueur de la Chékhina (âd chénitméléou batéihén miziv haChékhina). Les textes qui entrent davantage dans les niveaux intimes en explorent la technique de diffusion que nous n'indiquons ici que de façon simple et générale.
Beaucoup de textes insistent sur la grandeur de D.ieu qui doit se restreindre pour ne pas briser l'homme. Ainsi, lorsqu'Il parle à Moché, et Rachi insiste beaucout sur cette retenue sur le premier verset de Vayiqra (voir le commentaire). Pour cela, il retient jusqu'à ce que Sa voix ne soit pas entendue de l'extérieur, mais seulement dans la tente de rencontre (ohél moêd ). Il parle à voix basse (qol namoukh). Cela nous apprend que l'essentiel, et la Torah en particulier demandent cette centration intime sans laquelle la rencontre ne peut se faire.

A l'autre bout de la chaîne (ôz vé chalom) de cette diffusion de rencontre, quand elle a pu se brancher et se déployer alors se réalise le dernier verset et il en est dit Torate Hachém témima méchivat nafeph, la Torah est parfaite, elle guérit tout l'être (Traité Dérékh Erets, Chalom 3). Et cette extériorisation réussie est ce que montrent les téfillines portés, ils sont cette force (ha téfiline ôz hem léIsrael, Bérakhote 6,1).Voilà pourquoi beaucoup de Sages portent ces téfilines chaque fois que possible. C'est pour cela qu'il est dit aussi que les disciples des Sages font surabonder la le chalom dans le monde et que ceux qui font de l'étude de la Torah leur métier ont conscience de travail ainsi au bonheur du monde, autant que par toute autre tâche. Comme il est dit en Isaïe 54,13: Tous tes enfants seront disciples de Hachém et grande sera la paix de tes enfants. Ne lis pas banaikh tes enfants mais bonaikh tes constructeurs (Bérakhote 64a). Lisez ici des versets de psaume 119,165 et 122,7 et 19,11.
C'est alors la force non plus destructrice mais la force qui n'est que joie, comme dit le psaume 21,2 sur l'épanouissement de l'homme (Hachém béôzékha yisma'h) comme le remarque la Mékhilta de Ribbi Chiméone bar Yokhaï 15,2.

Le middrache nous éclaire aussi sur le lien entre la paix chalom et le vêtement lévouche, dont nous avons parlé. Chémote Rabba, 8,8,1 pose la question: de quoi s'agit-il quand il est dit que Israël s'est revêtu de l'habit de Ha Qadoche Baroukh Hou? C'est de ôz, la force, comme il est dit dans le psaume 93: lavéche Hachém ôz hitâzar. Et le Middrache téhilim sur ce psaume décrit ce vêtement de force qui a protégé Israël lors de la guerre de l'eau, de la Mer Rouge, ce sont les cuirasses de défense et de vengeance dont parle Isaïe 59,17.
Dans son siddour de prières, le Roqéa'h élargit encore la compréhension. Ce chalom de la fin du psaume ne s'étend pas seulement à Israël. En effet, il est dit : éte âmmo vachalom. Or, nous savons que chaque fois qu'il y a le mot éte, il s'agit d'une extension, d'une adjonction. Il s'agit ici des nations ou des individus qui se sont joints à Israël lors du don de la Torah et depuis. Et qui reçoivent ce même ôz véchalom.

Le Middrache Rabba Bémidbar 2,1,5, en ce sens de la paix totale, met en liaison les 7 voix du psaume avec les 7 bénédictions de la prière de Chabbate, moment de plénitude. Et on sait que la Torah fut donnée ainsi le matin de Chabbate. C'est pour cela aussi, probablement que l'on dit ce psaume ou qu'on le chante touts ensemble avec joie quand on a lu la Torah le Chabbate (pas le lundi ni le jeudi) et que pleins de cette complétude, nous rentrons le rouleau dans le arone ha qodéche. Regardez les textes que l'on dit ensuite pour réaliser à quel haut niveau on est alors.
Dire ce psaume nous met en tous ces niveaux, en toutes ces dynamiques.Que cette étude nous vaille ce bonheur promis. Amen.

Je voudrais insister sur un point ici. On pourrait, à tort, imaginer que la Torah voudrait imprégner ainsi chacun et donner la même note. Souvent des débutants dans le retour au judaïsme ont ainsi une propension à vouloir copier les autres de leur nouveau groupe pour être "comme", pareils, identiques à la masse ou au groupe. Cela se comprend dans la fragilité nouvelle. C'est respectable quand cela ne veut pas s'imposer à autrui au même nouveau rythme qui a pris soudain quelqu'un. Mais tous les middrachim insistent sur ceci: pourquoi est-il dit en Chémote 19 que Eloqim répondait à Moché baqol, dans la voix? Parce que c'était dans une voix telle qu'il pouvait la supporter (lésovlo, Chémote Rabba 5,9,5 et 29,1,5 et 34,1). Et de même envers chacun, et une longue énumération est donnée par les middrachim, aussi bien les hommes que les vieillards, les enfants, ou la femme enceinte, chacun selon sa force et non pas selon la force intégrale de Hachém. C'est pour cela qu'il est dit aussi tout-de-suite, voix en force qol bakoa'h, voix en beauté, qol béhadar. Car elle ne détruit pas mais fait oeuvre de beauté en chacun qui devient beauté. Et c'est pourquoi Ribbi Chiméône bar Yo'haï dit : "voix en beauté, qol béhadar, la Torah leur a rendu leur être, ha Torah vé'hzira lahém nafchotéhem".

En ce sens de largeur, Dévarim Rabba (paracha Nitsavim sur ki ha mitsva) attire l'attention sur le fait que ces 7 voix investissaient toutes les directions avant d'atteindre la plénitude de la réception dans l'état que l'on nomme malkhoute ou royauté. Quelqu'un qui est nourri de la Torah et en vit intérieurement ne devrait pas être restreint, borné, contracté.
Et, de plus, il devrait être doux, adoucissant, car la voix est passé de la force à la beauté. Le Chir ha Chirim Rabba 6,3 le suggère quand il dit que Hachém himtiq lahém éte ha dibbour, Hachém a adouci pour eux la parole. Il faudrait parler ainsi dans une voix que l'autre peut "supporter" (lisbol). Car tout homme est vulnérable à la souffrance. C'est bien ce que dit l'aimée: nafchi yatsea bidévaro, mon âme a défailli par la douceur de ses paroles (voir le Middrache Tan'houma sur le mot Vayiqra).

Nous pourrions nous dire: nous ne sommes pas à la hauteur d'un tel programme. Cette réaction est orgueil démesuré et non pas attitude modeste. En effet, ce n'est pas nous qui décidons du monde, ni de quoi nous sommes dignes ou non, ni de la volonté d'union envers nous qu'a le Créateur, etc. Mais nos fautes constantes? Elles ne sont en rien un obstacle, dit le Middrache Téhilim sur "âl ha mayim": ces eaux de la voix, dès le début du psaume et du processus, lave les fautes et les précipitent dans les ravins comme dit Mikha 7,19. Et c'est la tâche de Celui qui est le médecin, qui a donné une bénédiction que nous disons parmi les 18: rofé 'holim, Il guérit les malades. Et nous le sommes tous.

On comprend maintenant que les Sages du Grand Sanhédrine parlaient 70 langues. Ils captaient tout l'influx de la bénédiction qui se répand sur Israël et sur tous les peuples, et ils en étaient le canal de transmission. 70 est la plénitude de 7. Et pourquoi pas 72.Ah, si nos Sages qui existent se mettaient ainsi ensemble. Rien ne devrait les empêcher car ils connaissent bien cette nécessité d'unité qui assure cette paix divine, eux qui connaissent la Torah.

Pour terminer, quelques aperçus dans le Zohar
- Dans le Zohar II, 31a: Voix de Hachém sur les eaux. Les bontés de D.ieu descendent dans toutes les directions nécessaires où chacun reçoit ce dont il a besoin, et parviennent à constituer l'unité optimale. Mais il y a des temps de rigueur et des temps de facilité et de dévoilement, et il faut une grande souplesse et une profonde acceptation des moments dont nous ne connaissons pas les raisons pour que le bien puisse continuer à se dérouler.
- Dans le Zohar II, 70a: tout cela est compris dans l'expression de Chémote 20: "kol haz âm roim éte ha qolote" (tout le peuple a vu les voix), lors du don de la Torah au Sinaï.
- Dans le Zohar II, 187a: (voix du déluge) quand la voix de la rigueur s'exerce sur le monde cela est terrible, et ce fut le cas lors du déluge. Et si D.ieu n'avait pas fait jouer Sa voix de ra'hamim, miséricorde en donnant l'arche à Noé, tout le monde aurait été détruit.
- Dans le Zohar III, 31b: la descente des ces 7 voix, celle des eaux c'est Avraham, celle de la force rigoureuse c'est Yits'haq, celle de la beauté c'est Yaâqov, les deux suivantes sont le duo de victoire et de splendeur, la voix du désert c'est celle du tsaddiq, la voix des biches est celle du tsédéq.
- Dans le Zohar III, 231a: les six voix de la Chékhina qui débouchent dans la septième voix des "buées" (cf. ce que nous avons vu plus hauit: havou, hével) du coeur, les voix intimes du coeur qui montent vers la bouche. Que plaise à D.ieu que nous ayions tous cette qualité ou les pensées intérieures qui vont et viennent seront comme les anges sur l'échelle de Jacob!
- Dans le Zohar III, 249a: les tremblements de la biche saisie par la voix sont les douleurs des naissances difficiles sur tous les plans et sur les plus essentiels pour la réussite de ce monde, qui est la présence réussie de la Chékhina. Et le Ciel ne peut pas le réussir sans nous et sans nos difficultés à y avancer. Mais la voix de la Torah nous y interpelle et ce sont ces difficultés d'accouchement. C'est une union difficile. C'est tout le psaume sur la biche de l'aurore.
- Dans les Tiqouné Zohar 47a: les 7 voix sont comme des fleuves de la descente de la bénédiction qui sortent du Jardin d'Eden depuis la Sagesse (sa source 'hokhma et son fleuve de sortie bina) et que l'on nomme séfirotes. Ils descendent et éclairent selon les sept versets de la prière Ana vékoa'h. (C'est pour cela qu'on le dit souvent après ce psaume). C'est la Torah qui est la voix des eaux de vie et qui est dite en beauté (tiféréte) à Moché et son visage illumine et cela est donné jusque dans les téâmim (lien ici) de la Torah. Mais cela n'est pas complet si nous ne faisons pas remonter ce flux de descente vers nous en bonnes actions et en louanges vers le Créateur.

Questions ou objections
Une étude sans question ou objection n'est pas une véritable étude juive. Après avoir découvert toutes ces beautés qu'il y a rien que dans ce psaume, on pourrait se demander ce qu'ajoute le fait de le "dire". Cela est, nous l'avons appris. Cela ne suffit-il pas?
Autre question: puisque Ha Qadoche Baroukh Hou Lui-même déploie toute la bénédiction aux mondes, que puis-je y ajouter, moi? en le disant je le reconnais, c'est beaucoup mais est-ce que l'on nous demande plus que cela?
1. Dans la paracha Béchala'h de Chémote, nous avons expliqué que Ra'hamana liba baê, "D.ieu recherche le cœur de l'homme" dit le Talmud en Sanhédrine 106 b et son commentaire de Rachi. De même, dans plusieurs parachiyotes de Dévarim: Eqev, Ki tetsé, Vézote ha bérakha j'en ai parlé. Le Chla revient constamment sur ce thème dans toute son œuvre par la phrase âvoda tsorékh gavoa, "de notre prière du cœur, a besoin, le Très-Haut".
Il nous demande d'être co-animateur de Sa Création. Et notre prière a le pouvoir de mobiliser ces processus potentiels qui ont été décrits. Nous savons bien qu'il se produit constamment des blocages des bonnes énergies vitales, tout le Tanakh nous raconte ces péripéties et comme va mal le monde suffit à nous en faire prendre conscience.
Il suffit de notre pureté dans la prière pour que le désir de vie que Hachém a placé dans le monde passe en réalisation concrète. C'est la conception juive: l'étude de la Torah, la prière, les sacrifices, les actions bonnes, la tsédaqa transforment le monde.

 




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